On n'est pas des moutons

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Censure au Caire et à France Culture. L’ambassadeur impose ses frontières au géographe

La Terre n’est pas ronde et le Soleil tourne autour d’elle. Je viens d’entendre ça, ou presque, à l’écoute de la radio. Plus sérieu­se­ment : Pla­nète Terre, l’émission scien­ti­fique de France Culture consa­crée le mer­credi à la géo­gra­phie, s’intéressait aujourd’hui à l’Egypte. Sous le titre «  Les ter­ri­toires de la révo­lu­tion au Caire et en Egypte  », l’émission de Syl­vain Kahn avait ainsi défini sa thé­ma­tique aussi per­ti­nente qu’actuelle : « La révo­lu­tion égyp­tienne a d’ores et déjà ses lieux et ses ter­ri­toires. Les villes et quar­tiers où vivent les révol­tés comme ceux qu’ils inves­tissent des­sinent une géo­gra­phie fine et dif­fé­ren­ciée de la révo­lu­tion et de son « peuple ». » Et parmi les invi­tés devait se trou­ver, par télé­phone, Marc Lavergne, géo­graphe du CNRS et déta­ché au Caire depuis 2008. Eh bien non ! Pas ques­tion ! a dit l’ambassadeur de France en inti­mant l’ordre au cher­cheur de la bou­cler, au nom du « devoir de réserve » de tout fonctionnaire !

On croit rêver. On se dit qu’il s’agit sûre­ment d’une méprise, qu’on s’est mélangé les crayons avec un cher­cheur tuni­sien ou égyp­tien empê­ché de par­ler à Radio France – rien que de très attendu alors – par un ambas­sa­deur de Ben Ali ou de Mou­ba­rak, que ça ne concerne pas la Phrance, pays des DDDroits de quoi ? et autres fan­fa­ron­nades ver­beuses pour ministre des affaires étran­gères, etc.

Qu’est-ce donc alors qu’un tel ambas­sa­deur, sinon un pitoyable lar­bin saisi de trouille devant un pré­sident et un gou­ver­ne­ment incon­sis­tants face à des évé­ne­ments historiques ?

A peine venait-​on d’éprouver le flair poli­tique de « notre » ambas­sa­deur à Tunis – éjecté pour n’avoir rien vu venir – que celui-​ci emboîte le pas, main sur la cou­ture du pan­ta­lon diplo­ma­tique. Devoir de réserve contre abus de pou­voir, on aime­rait connaître ses expli­ca­tions, sa concep­tion de la géo­gra­phie et de l’agitation géo­po­li­tique… Et savoir en pas­sant où il se situe entre science et con-​science…

Mais, dira-​t-​on à leur décharge, ils ont des excuses les ambas­sa­deurs : le gou­ver­ne­ment qu’ils repré­sentent n’a plus de « poli­tique arabe ». A-​t-​il d’ailleurs une poli­tique étran­gère ? Ou seule­ment quelques inté­rêts exo­tiques plus ou moins bien compris ?


République française. Trois cas de censure – et d’indignation – sur fond de Palestine et d’antisémitisme

Allez, je vais encore me faire des copains… Trois faits, trois nou­velles rai­sons de s’indigner – ce sport à la mode. De la faute à ce vieux Hes­sel à la peau blin­dée. Du haut de ses 93 hivers, il était donc là, sous son bon­net phry­gien – avec cocarde aux cou­leurs de la Pales­tine – à affron­ter le froid devant 400 per­sonnes place du Pan­théon. Motif de sa nou­velle indi­gna­tion : l’annulation d’une confé­rence qu’il devait tenir ce 18 jan­vier à l’École nor­male supé­rieure (dont il est issu…) Annu­la­tion ? Inter­dic­tion convien­drait mieux.

Sté­phane Hes­sel en 2002. Peut-​on être grand résis­tant et défen­seur de la Pales­tine ? © Ph. gp

En tout cas il s’agit bien d’une cen­sure : celle par laquelle la direc­trice de l’ENS, Monique Canto-​Sperber, a répondu en obtem­pé­rant à la ministre de l’enseignement supé­rieur, Valé­rie Pécresse, elle-​même for­te­ment conseillée par le pré­sident du Conseil repré­sen­ta­tif des ins­ti­tu­tions juives de France (CRIF) et le Bureau natio­nal de vigi­lance contre l’antisémitisme (BNVCA), dénon­çant ce qui leur appa­rais­sait comme un acte de sou­tien à la cam­pagne de boy­cott de pro­duits israé­liens »» Boy­cott, dés­in­ves­tis­se­ment et sanc­tions « , cam­pagne qui avait déjà reçu l’appui de Sté­phane Hessel.

Comme le rap­porte Le Monde du 20 jan­vier, « Bernard-​Henri Lévy, Alain Fin­kiel­kraut ou encore Claude Cohen-​Tannoudji, prix Nobel de phy­sique, ont été féli­ci­tés par Richard Pras­quier, le pré­sident du CRIF, pour avoir » recom­mandé l’annulation du débat. «  » Parmi les pro­tes­ta­taires devant le Pan­théon on rele­vait la pré­sence de Cécile Duflot d’Europe Eco­lo­gie, Daniel Gar­rigue, député vil­le­pi­niste, Alain Kri­vine, du NPA, ainsi que… Leïla Sha­hid, délé­guée géné­rale de l’Autorité pales­ti­nienne auprès de l’Union euro­péenne, qui devait prendre part à la confé­rence interdite.

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Les médias italiens se baîllonnent contre la «loi-​baîllon», cadeau à la maffia et au système Berlusconi

Tan­dis que la droite fran­çaise – plus pré­ci­sé­ment l’UMP, on le com­prend –, lâche sa meute contre les jour­na­listes des «pires moments de l’Histoire»: tan­dis que les fameux «élé­ments de lan­gage» clai­ronnent du «fas­cisme» ou du «trots­kisme» à tout va… Eh bien, l’ensemble des médias ita­liens font aujourd’hui entendre un bruyant silence. Cela pour pro­tes­ter contre une «loi-​baîllon» qui doit en faire rêver plus d’un dans la France du «woerthgate».

Radios, télé­vi­sions, sites et jour­naux de la pénin­sule se sont mis en grève de l’information. Ils ont décrété une «jour­née de silence» afin de pro­tes­ter contre la trop ber­lus­co­nienne «loi-​bâillon» pré­voyant d’interdire la retrans­crip­tion des écoutes télé­pho­niques dans la presse... Un rêve de loi que doivent aussi cares­ser, de ce côté-​ci des Alpes, un régi­ment de poli­ti­ciens plus qu’écornés par l’affaire Woerth-​Bettencourt

Pour aler­ter sur les dan­gers de ce pro­jet, La Repub­blica a pris l’habitude de signa­ler par des post-​it les articles qui ne pour­raient plus paraître après appro­ba­tion de la loi.

Dans son édito titré «Le Sens du silence», La Repub­blica sou­ligne que «cela peut sem­bler contra­dic­toire [de se taire] face à une loi qui entrave la liberté d’information, mais en réa­lité c’est un geste de res­pon­sa­bi­lité pour atti­rer l’attention des citoyens sur une mesure qui porte atteinte à la pro­tec­tion du droit, à la lutte contre la cri­mi­na­lité et la libre cir­cu­la­tion de l’information.»
Les quo­ti­diens Il Cor­riere della Sera, La Stampa, Il Sole - 24 Ore et même La Gaz­zetta dello Sport se sont joints au mouvement.
Déjà adop­tée par le sénat, cette «loi-​bâillon» sera exa­mi­née par l’assemblée fin juillet. Elle inquiète aussi vive­ment les magis­trats car elle limite leur capa­cité à ins­truire des dos­siers sen­sibles. Dans L’Espresso, Roberto Saviano la qua­li­fie de «cadeau à la mafia».

D’Inter à Europe 1. Le pied de nez de Demorand à Val

Et vlan ! pour Val et Hees : Demo­rand passe sur Europe 1. Comme au foot, le jeu des trans­ferts a com­mencé dans les radios. Si la gué-​guerre des radios a frappé plus tôt cette année, c’est qu’une vraie guerre l’avait amor­cée à France Inter. Mais en l’occurrence le fric n’aurait pas été déter­mi­nant – si l’on en croit la direc­tion d’Europe 1: « Il gagnera le même salaire qu’à Inter. » (Com­bien au fait ?)

C’est le cli­mat délé­tère régnant dans la sta­tion publique qui aurait décidé Demo­rand à quit­ter le navire. Il n’a pas appré­cié de s’être vu traité de « traître » sur une machine à café de la Mai­son ronde. Rap­pe­lons que Nico­las Demo­rand, Ber­nard Guetta, Tho­mas Legrand et Phi­lippe Lefé­bure, au « Grand Jour­nal » de Canal+, avaient désa­voué en chœur Didier Porte au len­de­main de sa chro­nique jugée offen­sante pour Sar­kozy. Lâchage que des jour­na­listes d’Inter n’avaient pas vrai­ment appré­cié. A son tour , la Société des jour­na­listes (SDJ) de France Inter estime aujourd’hui que Demo­rand a « trahi le camp qui l’a fait roi sans som­ma­tion et sans en avoir informé ceux qui lui fai­saient aveu­glé­ment confiance ».

Coup dur sup­plé­men­taire pour Val de plus en plus contesté.

Rai­son de plus pour signer la péti­tion


France Inter. Pétition et manifs pour une radio publique indépendante

Après pas mal d’initiatives spon­ta­nées mais hélas écla­tées, une péti­tion sou­te­nue par l’intersyndicale de Radio-​France est à signer sur le site :

Pour la défense de Radio-​France et le retour de Guillon et Porte.

Par ailleurs des manifs sont pré­vues le 1er juillet devant le siège de Radio-​France à Paris et en régions.


France Inter. Une ambiance de merde ne peut produire de la bonne radio

« Quel bor­del ! ». Fran­çois Morel, ce matin sur Inter

« Ambiance de merde à France Inter ».C’est le thème de la chro­nique de Fran­çois Morel sur ladite radio ce matin. Fini de rire, dit-​il. L’écouter ou la réécou­ter, c’est de la den­telle fine et solide. Sur­vi­vant (pro­vi­soire ?) de l’actuel vent de purge qui secoue la radio publique, Morel com­pare Hees à Dome­nech, en dépit du fait que le Pdg de Radio France s’en défen­dait crâ­ne­ment la veille. Morel tape juste en ce sens qu’on ne peut bien jouer au foot dans une ambiance de merde – preuve par le Mon­dial. Ce qui vaut pour toute autre acti­vité, comme de faire vivre une radio, ou un jour­nal pour de la bonne info, une bou­lan­ge­rie pour du bon pain. Ou un gou­ver­ne­ment pour de la bonne jus­tice sociale, entre autres.

Mais si on peut envi­sa­ger de chan­ger de gou­ver­ne­ment ou de régime (ne pas être impa­tient), c’est plus ris­qué pour son bou­lan­ger et quasi impos­sible pour sa radio. Ainsi hier, que c’était grève, fal­lait boire la tasse puba­gère et limite putas­sière de ce qui se pro­mène sur les ondes libé­rales et com­mer­ciales, ça va ensemble. Y avait même pas France Culture pour com­pen­ser, c’est dire le désert.

Que les diri­geants actuels de la radio publique, Hees et Val, s’en prennent à l’humour et à la satire au nom de la qua­lité de l’info (deux domaines sépa­rés), c’est vrai­ment le signe. Signe d’un des­po­tisme chopé comme une sale grippe, par conta­gion de pen­sée, si on ose dire, ou plu­tôt inté­gré, comme natu­ra­lisé par conni­vence et par sou­mis­sion plus géné­rale avec les puis­sants du moment. Non pas que ceux-​ci donnent néces­sai­re­ment leurs ordres, non, pas la peine, ça se fait tout seul, par impré­gna­tion lente, sur­tout s’agissant d’esprits doués pour ça : l’art de bais­ser la tête dès le matin, pour n’avoir pas à se voir dans la glace.


Censure. Les ciseaux d’Anastasie travaillent dans les têtes

Aussi vieille que les médias… Ici, vue par « L’Éclipse », 19 juillet 1874

Le Monde a publié jeudi [6/​5/​10] une tri­bune du jour­na­liste et polé­miste André Ber­coff, inti­tu­lée « La France à la niche - Halte au maso­chisme ! » Les pre­mières lignes indiquent bien le pro­pos et sa tona­lité : « Aujourd’hui, notre pays est occupé dou­ce­ment, gen­ti­ment, insi­dieu­se­ment, par le camp du Bien. La police de la pen­sée cor­recte triomphe sur tous les étals médiatico-​politiques. »

Je me retrouve aussi assez bien dans la suite : «Semble enfin accom­plie la cas­tra­tion de ce peuple fran­çais qui, jadis, pre­nait des bas­tilles et, il y a encore quelques décen­nies, fai­sait mine de défi­ler pour chan­ger la vie. L’alibi de la crise a bien tra­vaillé : tous à la niche. Et à la cen­sure. » Et vous allez voir, à pro­pos de cen­sure, l’écho que ce qui vient sus­cite chez l’auteur de ce blog cen­suré par Le Monde… :

« Désor­mais, il est inter­dit de ne pas inter­dire. Ne fumez plus : can­cer du pou­mon. Ne buvez plus : cir­rhose du foie. Ne bai­sez plus : sida et autres mala­dies sexuel­le­ment trans­mis­sibles (MST). Ne man­gez plus : pes­ti­cides et OGM. Ne sor­tez plus : atten­tats. Ne par­lez plus des juifs : vous serez condamné pour anti­sé­mi­tisme. Ne cari­ca­tu­rez plus Maho­met : vous serez incen­dié avant d’être égorgé. N’osez plus une plai­san­te­rie sur les gays : l’homophobie vous guette. Ne racon­tez pas une his­toire sur les Blacks : vous serez vitu­péré raciste à part entière. En revanche, vous pou­vez vous en don­ner à coeur joie sur la pédo­phi­lie de l’Eglise. Plus besoin de pro­cu­reur : les ciseaux tra­vaillent dans les têtes. »

Et c’est là que je veux en venir, car à ce niveau de l’article, Le Monde place ce qu’on appelle un exergue, censé mettre en valeur un pas­sage fort de l’article – le voici :

Ainsi, d’un côté, le Monde papier, sup­porte la dénon­cia­tion d’un fait déplo­rable (faire des juifs un sujet tabou), et de l’autre, lemonde​.fr, cen­sure un blog (C’est pour dire) à par­tir d’un simple com­men­taire par­lant de « lobby juif » ! D’un côté un Ber­coff qui s’insurge, de l’autre un blog qu’on exé­cute. Je ne dis pas qu’il y ait eu concer­ta­tion entre les deux sup­ports, mais le fait – qui cor­ro­bore la dénon­cia­tion de Ber­coff – est sur­tout qu’un sys­tème auto­ma­tique d’alerte à par­tir de deux mots « inter­dits », lobby-​juif, entraîne une cen­sure non moins auto­ma­tique, aveugle – orwel­lienne pour tout dire. Anas­ta­sie, cette garce cas­tra­trice à l’éternelle jeunesse…


« C’est pour dire » vire au rouge (cerise)

On se sent quand même mieux chez soi… Vous avez vu : grand net­toyage de prin­temps, coup de pein­ture avec virage au rouge, encore quelques tra­vaux en cours, des rac­cords de ci-​de là. « C’est pour dire » a quitté son sous-​pente alloué par Le Monde pour emmé­na­ger dans ses propres murs, ceux de CIN­Q­sur­CINQ, mon ancienne agence consa­crée à la presse, aujourd’hui délo­ca­li­sée à 新 华网_传播中国报道世界.

Virage au rouge, car j’ai vu rouge sous le coup d’une fer­me­ture déci­dée de manière abrupte par les ges­tion­naires du monde​.fr. Ceux-​ci ont en même temps condi­tionné le déblo­cage du blog à la sup­pres­sion de mon der­nier article où je m’élevais contre cette cen­sure tout en ana­ly­sant sa per­ver­sion. Contraint, j’ai fini par sup­pri­mer cet article, pré­ser­vant ainsi le blog et son contenu, ainsi que la pos­si­bi­lité d ‘y trou­ver le nou­veau lien du « C’est pour dire libéré ». Pour plus d’explicaitons, voyez l’article liti­gieux ci-​dessous.

Bref, voilà donc l’An I du nou­veau « C’est pour dire », avec tout son mil­lier d’articles parus sous l’Ancien régime… et qui repart de plus belle, comme en un jour de prin­temps annon­cia­teur du Temps des cerises.

»> Merci spé­cial à l’ami Yanic Gor­net, grand mani­tou et démé­na­geur infor­ma­tique. Et à Anne pour ses fleurs de cerisier.

»> Lors du démé­na­ge­ment, des car­tons pleins de com­men­taires sont tom­bés du camion; il n’en reste donc qu’environ 600 sur ce blog, tan­dis que l’ensemble (quelque 3.000) sont res­tés dans l’ancien loge­ment [http://​gpon​thieu​.blog​.lemonde​.fr] où l’on peut tou­jours les consul­ter. Ainsi fluc­tue la technique.


« Lobby juif » déclenche la censure du Monde​.fr sur «C’est pour dire». Au nom des interdits, du refoulement et du penser correct?

J’en viens à mon tour, indi­rec­te­ment, à l’« affaire Zem­mour », parce qu’elle me semble inté­res­sante à ma modeste échelle, celle qui met en jeu un acte de cen­sure sur ce blog. Voilà : le 28 mars, je reçois par cour­riel, selon la pro­cé­dure habi­tuelle éma­nant du Monde​.fr, un avis de com­men­taire avec ses options de vali­da­tion ou de rejet. Ne par­lons pas encore du contenu. Donc, je me rends sur le pan­neau de ges­tion de mon blog et là, sur­prise, le com­men­taire en ques­tion n’apparaît pas. J’attends quelques jours, et rien ne se passe. J’en viens donc à inter­ro­ger lemonde​.fr selon la pro­cé­dure du « ticket » et de manière ainsi formulée :

« Dis­pa­ri­tion d’un com­men­taire. Éton­nant : un com­men­taire (copie ci-​dessous) par­venu le 28 par cour­riel n’apparaît pas sur la page de ges­tion… Merci d’expliquer ce mys­tère. Gérard Ponthieu »

Et voici ce que je reçois de la part des modé­ra­teurs : « Bon­jour, Si vous pen­sez que ce mes­sage n’avait pas à être sup­primé par les équipes de modé­ra­tions, veuillez ren­voyer le contenu de ce ticket à l’adresse mail sui­vante : moderation@​netino.​com Ici, nous ne gérons que les pro­blèmes d’ordre tech­nique, cette équipe dédiée, elle, pourra vous aider et éven­tuel­le­ment voir avec vous si ce mes­sage peut être remis en ligne ou pas. Cor­dia­le­ment, L’équipe des modé­ra­teurs. »

On doit donc com­prendre que lemonde​.fr fait sous-​traiter l’application de sa cen­sure – appe­lons un chat un chat – par une offi­cine exté­rieure, dénom­mée « netino​.com ». C’est donc à cette der­nière que j’envoie le cour­riel suivant :

« Je suis scan­da­lisé ! De quel droit vous arrogez-​vous pour sup­pri­mer des com­men­taires ? Il s’agit de cen­sure, ou je ne m’y connais pas. Ou voudriez-​vous pré­tendre que tout mes­sage conte­nant le mot « juif » serait écarté ? Assu­mez, je vous prie, cette ano­ma­lie dont j’exige une expli­ca­tion. Gérard Ponthieu »

J’en viens au contenu dudit com­men­taire, tel qu’il m’est parvenu :

« Un nou­veau com­men­taire sur l’article n°2678 « Le Proche-​Orient pour les nuls » attend votre approbation

Auteur : Nadia Amir (IP: 41.200.98.160, 90.84.49.5, 81.52.160.12 , ) E-​mail : fatiaa@​hotmail.​com Whois : http://​ws​.arin​.net/​c​g​i​-​b​i​n​/​w​h​o​i​s​.​p​l​?​q​u​e​r​y​i​n​p​u​t​=​4​1​.​2​0​0​.​9​8​.​160, 90.84.49.5, 81.52.160.12

Com­men­taire : Dru­cker, Elka­bach, Zem­mour tous au ser­vice du lobby juif. Les médias fran­çais sub­jec­tifs.

Pour vali­der ce com­men­taire, allez ici [etc.] »

Comme je n’ai tou­jours pas reçu d’explications ni de réponse [à la date du 7/​4/​10] à cette cen­sure, ni du monde​.fr, ni de ses cer­bères paten­tés, je déballe le tout sur la place publique.

Venons-​en au fond, c’est-à-dire au contenu de ce com­men­taire. Certes, il n’apparaît pas des plus fute-​fute et ce n’est pas sa publi­ca­tion qui aurait inversé les pôles ter­restres et encore moins réglé le conflit du Proche-​Orient ! Je m’apprêtais cepen­dant à le vali­der pour publi­ca­tion. Pour au moins trois raisons :

– D’abord un prin­cipe : le res­pect envers une expres­sion, même mal­adroite, sans me pré­va­loir sur elle d’un droit absolu de vie et de mort. Le pro­pos est dis­cu­table (propre à a dis­cus­sion !) mais nul­le­ment dif­fa­ma­toire, ni inci­tant à la haine ou inju­rieux ou raciste – toutes limites pré­vues par la loi.

Ensuite en rai­son même dudit contenu qui, dans sa forme brute et pri­maire (nul­le­ment meur­trière tout de même !) exprime un refou­le­ment glo­bal, tel­le­ment pré­sent dans notre époque, et en somme confirmé pré­ci­sé­ment par la cen­sure totale dont il fait l’objet.

– Enfin parce qu’on ne doit sépa­rer ce com­men­taire du contexte de son expres­sion ; c’est-à-dire, en prin­cipe, du lieu et de la per­sonne qui l’a émis, mais on n’en sait rien ou presque : une femme du nom de Nadia Amir, mes­sage émis d’un ser­veur en Afrique… ; et sur­tout en cor­ré­la­tion, c’est bien le moins, avec l’article (de 2006 !) auquel il se rap­porte et qui, pré­ci­sé­ment, porte sur le (sale) trai­te­ment par les médias domi­nants du conflit au Proche-​Orient. C’est là l’occasion de retour­ner voir cet article – paru sous la signa­ture de Sin­di­bad au nom de la Coor­di­na­tion des Appels pour une Paix Juste au Proche-​Orient (CAPJPO) – et les com­men­taires, nom­breux, qu’il a suscités.

Main­te­nant, je peux déve­lop­per ces deux points et l’« affaire ».

Comme pour contrer la ver­sion chi­noise de Google, il y a donc au monde​.fr et alen­tours un cyber-​système, type Big-​Brother infor­ma­tique, qui scrute et ana­lyse les conte­nus de la toile tran­si­tant dans ses eaux ter­ri­to­riales. Des détec­teurs de gros mots comme « juif » ou « lobby juif ». Par­ler ou seule­ment évo­quer le lobby juif déclenche donc les alarmes du poli­ti­que­ment cor­rect, ébranle la police des mœurs cor­res­pon­dantes, qui envoie les sbires cas­qués, bot­tés, tase­ri­sés – pour finir à l’échafaud de la cen­sure. Si bien que « logi­que­ment » cet article même devrait être cen­suré ! Quoi ? J’exagère ?

Pour cer­tains, il semble qu’on ne doive pas par­ler de lobby juif. Il n’existe pas. Ou alors il y a long­temps. Avant les lois. Mais aujourd’hui au nom d’un néo-​négationnisme (comme il y a un néo-​libéralisme). Une sorte d’inversion de la liberté, pour cor­rec­te­ment par­ler, mais qui res­semble bou­gre­ment à sa néga­tion. Et au nom d’une pré­ten­due « cor­rec­tion », au nom de nou­veaux tabous et au pré­texte d’en com­battre d’autres, ceux qui ont pré­cédé, mar­qués de la fureur noire de l’antisémitisme.

Je trouve cela minable, révol­tant. Non pas que je fasse une mon­tagne d’une « anec­dote » sous pré­texte qu’elle pié­ti­ne­rait mes petites pla­te­bandes. Ce fait atteint bien une réa­lité concrète et sym­bo­lique, mani­fes­tant ainsi une de ces lâche­tés par les­quelles les socié­tés – la nôtre en par­ti­cu­lier – se délitent, prises et déprises entre l’excès laxiste – plus de fron­tières ni repères, métis­sage de tout et grande rata­touille insi­pide – et, à l’inverse, empi­lage à l’infini de lois, contraintes, pres­sions, influen­çages inces­sants et autres intoxi­ca­tions des esprits et du libre juge­ment, si ce n’est du libre arbitre.

Mettons-​nous à la place de Nadia Amir, cette incon­nue qui ose s’exprimer après s’être aven­tu­rée dans les allées incer­taines de la blo­go­sphère… Elle n’aura tou­jours pas vu son com­men­taire publié… [Je vais bien sûr lui écrire]. Qu’aura-t-elle pensé ? Com­ment ne va-​t-​elle pas trou­ver là matière à confor­ter ce qu’elle tente de dénon­cer, timi­de­ment, à savoir une conni­vence réelle, objec­tive, entre les médias domi­nants et la révol­tante injus­tice qui s’est amon­ce­lée en des décen­nies d’incompréhensions reli­gieuses, de conflits d’intérêts, d’affrontements poli­tiques, de folie géo-​politique de tous bords ?

Cette femme ose un com­men­taire « au niveau de son vécu ». Mais il est vrai aussi qu’elle reste au milieu du gué. Non pas en dénon­çant: « Les médias fran­çais sub­jec­tifs » – rien de plus juste, comme par­tout d’ailleurs –, mais en asso­ciant trois « pipoles » au « lobby juif » pour en faire une géné­ra­li­sa­tion. Du coup elle accuse trois per­sonnes du fait de leur judéité, ce qui est indé­fen­dable et consti­tue la fai­blesse de cette « ana­lyse » évi­dem­ment som­maire. De même en va-​t-​il de l’expression « au ser­vice du lobby juif », écrite au sin­gu­lier accu­sa­teur et tota­li­taire : « le » lobby juif, comme s’il n’y en avait pas de mul­tiples et d’autres dans tous les domaines des reli­gions, de la poli­tique, du biz­ness et tout le reste. Elle exprime ainsi, il est vrai, le dis­cours basi­que­ment « anti­sio­niste » et géné­ra­le­ment anti­sé­mite par lequel se trouve éva­cuée toute la com­plexité his­to­rique et cultu­relle atta­chée à la judéité. Là encore des consi­dé­ra­tions reli­gieuses pri­maires abou­tis­sant à des accu­sa­tions – en fait des croyances, tou­jours, nour­ries de pro­pa­gandes – de « peuple déi­cide », au rejet des Juifs dans des ghet­tos et dans des fonc­tions aux­quelles répu­gnaient les clercs des autres reli­gions, pas seule­ment chré­tienne. Pour en arri­ver à l’ « or des juifs », vam­pires de la lumière de Dieu et autres fadaises notam­ment col­por­tées par la reli­gion catho­lique jusqu’à des temps his­to­riques récents. Pour en arri­ver, bien sûr, à l’abomination abso­lue de la solu­tion finale. L’ignorance consti­tue la source de l’intolérance : refus de l’autre – juifs, tzi­ganes, homo­sexuels, par mil­lions ! – et expia­toire « puri­fi­ca­tion » qui, d’ailleurs, a « jus­ti­fié » bien d’autres géno­cides, dans l’histoire ancienne et récente !

Mais com­ment déve­lop­per toute cette com­plexité dès lors que la cen­sure « coupe court » au juge­ment et à l’intelligence, pour ouvrir le bou­le­vard aux fana­tismes religieux ?

Ces rac­cour­cis cou­pables sont aussi ceux que l’on retrouve chez un Zem­mour, amu­seur média­tique, donc appelé à cari­ca­tu­rer. Il a ainsi été amené à géné­ra­li­ser un fait plu­tôt admis, sinon véri­fié par les sta­tis­tiques poli­cières. Quand il déclare : « Les Fran­çais issus de l’immigration sont plus contrô­lés que les autres parce que la plu­part des tra­fi­quants sont noirs et arabes, c’est un fait. », il livre comme une évi­dence une par­tie seule­ment d’une réa­lité et géné­ra­lise à son tour en lais­sant entendre que le seul fait d’être noir ou arabe implique l’état de tra­fi­quant. Comme s’il oubliait, lui en tant que juif, de sur­croît, la mise en ghet­tos des ban­lieues de ces « Fran­çais issus de l’immigration », stig­ma­ti­sés comme une sous-​population reje­tée de la société, inca­pables de « vivre nor­ma­le­ment », « non civi­li­sés » pour tout dire – cela pou­vant expli­quer ceci…

Voilà pour­quoi je m’insurge tant contre cette cen­sure – car il n’y en a pas de mineure, pro­cé­dant toute de ce même crime contre la pen­sée, via le libre juge­ment libre­ment formé, donc éga­le­ment informé. Faute de quoi on nour­rit le refou­le­ment, l’amertume, la haine, la vio­lence, la guerre – tout le contraire de la civilisation.


Deux « affaires d’Etat » clouent le bec du Monde​.fr et de Libération.fr

Ben mince alors ! Voilà deux infos qui dis­pa­raissent, pas­sées à la trappe on ne sait com­ment, à la mode ex-​soviétique et selon des cou­tumes fina­le­ment tou­jours en vigueur. La der­nière, de ce matin, concerne la visite que Sar­kozy devait rendre aux Ren­contres euro­péennes des jeunes appren­tis. Une par­tie de ces effron­tés – on se demande ce qu’on leur apprend ! – ont sif­flé le pré­sident à l’annonce de son nom. Du coup, dis­cours et visite annu­lés. Pas grave. Ce qui l’est plus, c’est la dis­pa­ri­tion du docu­ment vidéo cor­res­pon­dant sur le site du Monde​.fr. « Contenu effacé » annonce l’écran noir. Voyez vous-​même.

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Deuxième affaire de mise à la trappe, sur libération.fr cette fois. Là c’est un article qui a dis­paru. Il concerne l’envoi d’un mail à «rachida-la-grosse-pute(@)wanadoo.com». L’appel du papier – qui reste réper­to­rié par Google – pro­voque cette réaction :

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Le plus simple et utile à l’information des citoyens de libre juge­ment est encore de redon­ner vie à l’article de Libé, afin que l’on com­prenne bien cette autre « affaire d’État » :

Une insulte à Dati qui coûte cher

Au départ, ça res­semble à un mail lour­dingue, envoyé par un post-​ado en pleine rébel­lion poli­tique. Le genre de mes­sage qu’on ima­gine finir dans une pou­belle, plu­tôt que devant un juge. Le 31 juillet, Damien, tech­ni­cien infor­ma­tique de 24 ans habi­tant la ban­lieue pari­sienne, pro­fite de sa pause de midi, au bou­lot, pour créer une adresse mail bidon : «rachida-la-grosse-pute(@) wana​doo​.com». Puis il rédige le mes­sage sui­vant : «Naze, naze, naze, le peuple aura votre peau» qu’il envoie sur la page web en accès libre de la mai­rie du VIIe arron­dis­se­ment de Paris, dont la garde des Sceaux est la maire. Le des­ti­na­taire du mail est le direc­teur de cabi­net de Rachida Dati. Quand on l’interroge sur le contenu plus qu’hasardeux du mail, Damien recon­naît qu’il ne cher­chait pas à argu­men­ter. «J’ai fait ça avant de par­tir déjeu­ner, après avoir vu un jour­nal d’info qui m’avait fait enra­ger, sans trop réfléchir.»

Per­qui­si­tions

L’anecdote aurait pu s’arrêter là. Mais une semaine plus tard, un chargé de mis­sion de la maire du VIIe juge utile de contac­ter les ser­vices de police. Une enquête est ouverte. «Je n’avais même pas cher­ché à dis­si­mu­ler mon adresse IP car je me fichais qu’ils sachent que cela venait de moi», explique l’outrageur en herbe. Ni une ni deux, les enquê­teurs débarquent sur les lieux du for­fait, l’entreprise à Sur­esnes (Hauts-​de-​Seine) où Damien est employé. Quelques audi­tions du per­son­nel plus tard, son ordi­na­teur est fouillé, la trace de son envoi retrou­vée. Le jeune homme avoue et est placé en garde à vue. Sur ce coup-​là, Damien affirme avoir été bluffé : «Ils étaient sept ou huit, arri­vés dans l’entreprise comme une force de frappe. Je ne pen­sais pas qu’autant de moyens pou­vaient être déployés pour ce simple mail.» D’autant que la police pour­suit ses inves­ti­ga­tions. Quelques heures plus tard, nou­velle per­qui­si­tion au domi­cile du jeune homme. Une mobi­li­sa­tion hors pair qui per­met­tra de retrou­ver un autre mes­sage d’insulte, à base de «j’encule l’UMP Sarko Deved­jian Dati et tous les PD d’extrême droite que vous êtes». Une lit­té­ra­ture pas fran­che­ment ragoû­tante, conte­nue en un para­graphe, bourré de fautes d’orthographe, où l’auteur donne même sa loca­li­sa­tion et son âge. Cette fois encore, Damien avoue être l’auteur du mes­sage, ajou­tant qu’il ne l’a jamais dif­fusé. Pour cela, il ne sera donc pas poursuivi.

«J’assume»

Damien, qui n’a aucun anté­cé­dent judi­ciaire, a perdu son emploi pour «faute lourde». Et le 15 août, à peine quinze jours après les faits, il a reçu une convo­ca­tion devant le tri­bu­nal de grande ins­tance de Paris. Jeudi, le jeune inso­lent com­pa­raî­tra en cor­rec­tion­nelle pour outrage à Rachida Dati per­sonne dépo­si­taire de l’autorité publique. Un délit pas­sible de six mois d’emprisonnement et 7500 euros d’amende.

Ce qui a poussé Damien à écrire ce mail? Quand on lui pose la ques­tion, le jeune homme a la voix posée, le verbe déter­miné. «Je savais bien que ça allait finir comme ça. J’assume. Depuis quelque temps déjà, j’envoyais des com­men­taires sur les sites des dif­fé­rents organes du pou­voir, comme l’UMP. Pour tes­ter la limite de la liberté d’expression à l’ère du sar­ko­zysme. C’est Dati qui a craqué.»

Quant aux rai­sons qui ont poussé le cabi­net de la maire du VIIe arron­dis­se­ment de Paris à se mettre en branle pour cette affaire de mes­sage élec­tro­nique, leur réponse est claire : «Ce mail est une insulte à l’égard de Mme Dati et de toutes les femmes. En tant qu’élue, elle ne vou­lait pas lais­ser pas­ser cela et a donc tenu à ce que l’on dépose plainte.»

– – – – – – – – –

»> Va-​t-​on craindre ici la cen­sure en annon­çant que le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Saint-​Pierre de la Réunion a, ce ven­dredi, jugé irre­ce­vables les pour­suites enga­gées pour dif­fa­ma­tion par Rachida Dati contre un avo­cat du bar­reau de Saint-​Pierre ?

Le 15 mai, lors d’une audience du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Saint-​Pierre, rap­pelle l’AFP, le bâton­nier Georges-​André Hoa­rau qui défen­dait un jus­ti­ciable pour­suivi pour des escro­que­ries aux pres­ta­tions sociales, avait déclaré : « Un pro­cès qui n’aura jamais lieu, c’est celui de notre grand chef à tous, Mme Rachida Dati, qui uti­lise un faux MBA (mas­ter of busi­ness admi­nis­tra­tion). » Il fai­sait allu­sion à des infor­ma­tions de L’Express affir­mant que la ministre avait pré­senté un dos­sier pour inté­grer l’Ecole natio­nale de la magis­tra­ture men­tion­nant « l’obtention d’un MBA euro­péen du groupe HEC-​ISA », diplôme qu’elle n’a pas obtenu.

La ministre de la jus­tice avait alors porté plainte, sans se consti­tuer par­tie civile.

Le 25 sep­tembre, les avo­cats du pré­venu avaient plaidé « le prin­cipe essen­tiel de la liberté d’expression ». Le pro­cu­reur de la Répu­blique avait, lui, estimé que « la liberté d’expression a une limite, c’est la pré­somp­tion d’innocence », requé­rant contre l’avocat 5 000 euros d’amende.


  • Mai 2012, en rouge et bleu…

  • Twitter - Gazouiller

  • « L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances » Ber­trand Russell
  • Non à la propagande d’AREVA !

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