On n'est pas des moutons

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Ciao Siné ! Il n’a pas voulu finir aux Invalides, ni au Panthéon…

siné1Siné, exit. Déjà, faut être con pour mou­rir, lui qui aurait pré­fé­ré cre­ver. Faut être enco­re plus con, dans son cas, pour caner le matin de l’Ascension. À moins qu’il ait opté in fine pour la ligne direc­te. Enfin, c’est son affai­re. On ne sait quand auront lieu ses obsè­ques natio­na­les. Plu­tôt que les Inva­li­des ou le Pan­théon, il s’était réser­vé un coin à Mont­mar­tre – à quel cime­tiè­re (celui du haut ou l’autre sous le pont Cau­lain­court) ? Il y aura une fan­fa­re au moins, com­me à la Nou­vel­le-Orléans ? Une fan­fa­re de jazz, espé­rons, lui qui en était. Oui, l’anar aimait Nina Simo­ne, Ray Char­les, Diz­zy Gil­les­pie, Count Basie, Billie Holi­day… le free aus­si, Col­tra­ne, Pha­roah San­ders, Archie Shepp… Il était aus­si du bas­trin­gue gau­chis­te ; s’était fait embo­bi­ner par Cas­tro, mais avait vite com­pris et en était reve­nu ; avait fré­quen­té Mal­com X dont il disait qu’il n’était ni croyant ni musul­man 1 ; son grand pote Cavan­na, il le trou­vait trop non-vio­lent ; sauf pour ce qui était de bouf­fer du curé, tous cultes confon­dus – c’était son sport favo­ri, à éga­li­té avec l’anti-militarisme ; de quoi orien­ter tou­te une vie de des­si­neu-gran­de-gueu­le au coup de crayon assas­sin ; de quoi en lan­cer des ana­thè­mes défi­ni­tifs, et des « font chier », et des doigts d’honneur grand com­me des cac­tus géants, de celui en bron­ze qui va désor­mais mon­ter la gar­de sur ses cen­dres. Ciao Siné !

Notes:

  1. Dans un inté­res­sant entre­tien avec Julien Le Gros dans « The Dis­si­dent » (http://the-dissident.eu/8126/sine-jattends-toujours-la-revolution/), il pré­ci­sait que Mal­com X a été tué alors qu’il s’apprêtait à fai­re son coming out sur ce point…


« Je suis Charlie ». Deux Russes risquent cinq ans de prison

Deux citoyens rus­ses ont été condam­nés pour avoir par­ti­ci­pé au mou­ve­ment  » Je suis Char­lie ». Ils sont sim­ple­ment des­cen­dus dans la rue avec une pan­car­te sur laquel­le on pou­vait lire ces trois mots qui ont ras­sem­blé près de 4 mil­lions de per­son­nes en Fran­ce, pour la liber­té de la pres­se et d’expression en géné­ral. Ils ris­quent jusqu’à 5 ans de pri­son.

russie charlie

Vla­di­mir Ionov, retrai­té âgé de 75 ans, a été arrê­té à Mos­cou le 10 jan­vier puis condam­né à 20 000 rou­bles d’amende pour avoir mani­fes­té. Par ailleurs, il est incul­pé pour avoir vio­lé un nou­vel arti­cle du Code pénal (arti­cle 212.1 sur la « vio­la­tion répé­tée des règles de mani­fes­ta­tions et ras­sem­ble­ments ») et ris­que jusqu’à 5 ans de pri­son fer­me. Marc Gal­pe­ri­ne, a été condam­né pour les mêmes motifs. Rap­pe­lons que le minis­tre rus­se des Affai­res étran­gè­res Ser­guei Lavrov par­ti­ci­pait à Paris à la mar­che répu­bli­cai­ne du 11 jan­vier.

Une péti­tion a été lan­cée sur inter­net. On peut ajou­ter sa signa­tu­re aux 40.000 déjà recueillies.


En langue des médias, liberté se dit laïcité

Un dimanche matin, celui d’un dimanche d’« après ». Plus tout à fait comme « avant ». Après mes ablutions, le café et toute la procédure de démarrage du lambda qui s’est couché tard pour cause de chaos mondial, j’allume mon ordi resté en mode télé de la veille. Et voilà que je tombe (France 2) sur trois lascars en cravates devisant, peinards, sur l’étymologie des prénoms musulmans en langue arabe. C’est l’émission « Islam » : fort intéressante. Je suis sur le service public de la télé. Vont suivre « La Source de vie », émission des juifs, puis « Présence protestante », puis « Le Jour du Seigneur ». Et, enfin, Nagui reprend les rênes avec « Tout le monde veut prendre sa place »… (Je n’ose voir là-dedans une hiérarchie calculée…)

Donc, pas de pain, mais du religieux et du reli-jeux… Facile ? Peut-être mais quand même un chouïa profond. Dans les deux cas, il s’agit de relier, autant que possible, selon des niveaux de croyances bien séparés de la pensée critique, en strates, en couches sédimentaires. Je veux dire qu’entre « tout ça », ça ne relie pas beaucoup… Chacun restant dans ses référents ancrés au plus profond de soi, depuis l’inculcation parentale, selon qu’on sera né à Karachi, Niamey, Los Angeles, Marseille, Paris XVIe ou Gennevilliers.

Entre-temps j’ai allumé le poste (France Culture, ma radio préférée, de loin !). Et là, dimanche oblige, vont se succéder : Chrétiens d'Orient, Service protestant, La Chronique science (trois minutes…), Talmudiques, Divers aspects de la pensée contemporaine : aujourd’hui la Grande loge de France (ça peut aussi être le Grand orient, la Libre pensée, etc., selon le tour de « garde »). Et, bien sûr, la Messe.

On est toujours sur le service public des médias d’un pays laïc et je trouve ça plutôt bien, même si, on le devine, toutes les innombrables chapelles, obédiences et autres tendances font la queue devant le bureau de la programmation de Radio France pour quémander leurs parts de prêche.

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– Maintenant, je voudrais vous poser la question que doivent se poser tous nos spectateurs : Comment votre concept onirique à tendance kafkaïenne coexiste-t-il avec la vision sublogique que vous vous faites de l'existence intrinsèque ? [© Sempé]

Je trouve ça plutôt bien, et qu'on nous foute la paix ! Surtout dans la mesure où – pour parler précisément de France Culture – le reste des programmes est essentiellement orienté sur la culture, au sens plein – incluant à l’occasion les religions –, et tout le champ des connaissances : philosophiques, historiques, anthropologiques, sociologiques –scientifiques en général, sans oublier l’information (les Matins avec Marc Voinchet, 6 h 30 – 9 h, sont exemplaires).

Je me dis qu’une telle radio s’inscrit dans l’« exception culturelle » française et qu’elle est précisément un produit de notre laïcité. Et je note aussi un autre effet, tout récent celui-là car lié aux attentats du 7 janvier, et en particulier le premier contre Charlie Hebdo. Il ne s’agit nullement de minimiser celui contre les juifs du magasin casher, évidemment, mais seulement d’en rester au fait de la liberté d’expression et de caricature. Je trouve, en effet, que le ton des médias a monté d’un cran dans l’expression même de cette liberté, du moins dans une certaine vigueur de langage, voire une verdeur – ce qui constitue un signe manifeste et supplémentaire de libération.

Encore un effort ! Et pourvu que ça dure.


« Charlie Hebdo ». Tenter de vivre

Riss-charlie

Lau­rent Sou­ris­seau, alias Riss, va repren­dre les rênes de « Char­lie Heb­do ».

Hier soir mar­di, au jour­nal télé, appa­ri­tion de Riss com­me un sur­vi­vant, qu’il est, de la tue­rie de Char­lie Heb­do. Regard ter­ri­ble­ment mar­qué, lui qui a vécu l’horreur, en a réchap­pé sans trop savoir com­ment ; mais abat­tu quand même, mar­qué, tou­ché par cet­te vio­len­ce abso­lu­tis­te qui l’a atteint et meur­tri. Un regard si tris­te der­riè­re des paro­les emprein­tes de séré­ni­té et peut-être aus­si d’un grand scep­ti­cis­me sur l’humanité. Le mot de Valé­ry, plus que jamais : « Le vent se lève, il faut ten­ter de vivre ».

Ce mer­cre­di matin, sur Fran­ce Cultu­re, la hau­teur de vue d’un Pier­re Nora sur les évé­ne­ments et ses sui­tes pos­si­bles, par­lant en his­to­rien de l’émergence de la « conscien­ce de soi »,  de la révo­lu­tion de « 36 », et cel­le de « 68 » qui ont chan­gé l’Histoire. Et main­te­nant ? Main­te­nant que, « dans les quar­tiers » le mot « rai­son » s’apparente à la domi­na­tion – ce mot issu des Lumiè­res, appa­ren­té « à la clas­se qui sait, et qu’on récu­se par défi­ni­tion ». Tan­dis qu’à cet­te jeu­nes­se délais­sée, sans ave­nir, « en face on pro­po­se une cau­se, une aven­tu­re, l’ivresse des armes, une cama­ra­de­rie : le roman­tis­me de la jeu­nes­se, une fra­ter­ni­té et le para­dis au bout après le sacri­fi­ce… » Alors, la tâche sera rude !

Il ne s’agira pas de se payer de mots en dénon­çant un « apar­theid ter­ri­to­rial, social, eth­ni­que » dans les quar­tiers fran­çais. Ce qui est un début. De même que déblo­quer 700 mil­lions d’euros est une maniè­re de fai­re face à l’urgence du dan­ger, tan­dis que de trai­ter les cau­ses pro­fon­des ayant conduit aux dra­mes pren­dra au moins une ou deux dizai­nes d’années.

Sans tom­ber dans la déma­go­gie, ni vou­loir tout mélan­ger, remar­quons cepen­dant que bien des décen­nies d’injustice socia­le, dans notre pays com­me dans le mon­de en géné­ral, n’ont jamais conduit à décré­ter un état d’urgence huma­ni­tai­re ! Et on relè­ve à cha­que hiver, dans les rues, à même les trot­toirs et selon le froid, des dizai­nes de morts.

Cet­te année enco­re, dans la riche sta­tion hel­vè­te de Davos, les « grands » du mon­de vont devi­ser gra­ve­ment sur l’état de l’économie mon­dia­le et « se pen­cher » sur la conjonc­tu­re et ce fait révol­tant révé­lé par un rap­port de l’ONG Oxfam :

Les 85 per­son­nes les plus riches du mon­de pos­sè­dent autant que la moi­tié la plus pau­vre de la popu­la­tion, soit 3,5 mil­liards de per­son­nes.

Y a-t-il vio­len­ce plus révol­tan­te et, de ce fait, plus géné­ra­tri­ce des désor­dres mon­diaux ? Oui, la tâche sera rude !


 

Pascal Blan­chard, his­to­rien et auteur de La Fran­ce ara­bo-orien­ta­le était mar­di l’invité de Clai­re Ser­va­jean dans le jour­nal de 13 heu­res de Fran­ce Inter. Il revient sur ce ter­me « d’Apartheid » uti­li­sé par Manuel Valls pour par­ler de la situa­tion socia­le en Fran­ce. Son ana­ly­se méri­te d’être (ré)entendue.


Pas­cal Blan­chard : « Employer des mots com­me apar­theid…  »


 

Choqués par un repor­ta­ge « sur le quar­tier de Cou­li­ba­ly » paru dans le Figa­ro le 15 jan­vier 2015, des étu­diants en jour­na­lis­me d’Ile-de-France ont publié une vidéo dans laquel­le ils disent refu­ser l »idéo­lo­gie et les pré­ju­gés ». Les Repor­ters Citoyens ont choi­si de réagir avec des mots. La Télé­Li­bre, l’EMI et Alter­mon­des, par­te­nai­res du pro­jet de for­ma­tion aux métiers du jour­na­lis­me et de l’image ont déci­dé de publier et de sou­te­nir leur tri­bu­ne.


 Réac­tion de Repor­ters Citoyens à un repor­ta­ge du Figa­ro


Poussée d’athéisme dans le monde arabe et dans l’islam

Depuis l’instauration du « cali­fat isla­mi­que  », les lan­gues com­men­cent à se délier dans le mon­de ara­be. Les cri­ti­ques ne visent plus seule­ment les « mau­vai­ses inter­pré­ta­tions de la reli­gion », mais la reli­gion elle-même. Dans le mon­de, des voix – cer­tes rares – s’élèvent aus­si par­mi la dia­spo­ra musul­ma­ne pour s’opposer à l’oppression isla­mi­que.

wafa sultanC’est le cas depuis plu­sieurs années de Wafa Sul­tan, psy­chia­tre amé­ri­ca­no-syrien­ne, exi­lée aux États-Unis, et qui s’exprime avec cou­ra­ge et véhé­men­ce sur les télé­vi­sions – dont Al Jazee­ra…  « C’est pour dire » a dif­fu­sé en 2007 deux de ses vidéos [ICI] et []. Cel­les-ci, rap­por­tées à l’actualité, pren­nent tout leur sens, notam­ment quand cet­te fem­me – mena­cée, faut-il-le dire ? – sou­li­gne avec for­ce com­bien, selon elle, il est impor­tant de fai­re bar­ra­ge au ter­ro­ris­me reli­gieux. Les pro­pos de Wafa Sul­tan, et en par­ti­cu­lier les vidéos qui la mon­trent, ont été détour­nés par d’autres fana­ti­ques, anti-isla­mi­ques en géné­ral et à l’occasion anti-Ara­bes et anti­sé­mi­tes – autant dire d’horribles racis­tes, dont de bien fran­chouillards ! (Voir le géné­ri­que de fin d’une  des deux vidéos en lien ci-des­sus).

En Fran­ce, des athées ont lan­cé un Conseil des ex-musul­mans de Fran­ce. Leur mani­fes­te remon­te à 2003. L’Obs a aus­si publié en 2013 le tex­te de Sami Bat­ti­kh, un jeu­ne vidéas­te liber­tai­re d’origine musul­ma­ne. Sous le titre para­doxal Athée, voi­ci pour­quoi je défends désor­mais la pra­ti­que de l’islam, l’auteur expo­se sa moti­va­tion anti­ra­cis­te et jus­ti­fie ain­si sa soli­da­ri­té avec les musul­mans. Il  se réfè­re à Han­nah Arendt et à sa réflexion autour de la bana­li­té du mal et de l’acceptation pas­si­ve d’une idéo­lo­gie. « Un demi-siè­cle après la publi­ca­tion de Eich­mann à Jéru­sa­lem, s’indigne l’auteur de l’article, notre socié­té n’a jamais été si pro­che de cet­te épo­que som­bre et nau­séa­bon­de. »
Les réseaux dits sociaux dif­fu­sent par ailleurs de nom­breux tweets d’ex-muslims » apos­tats, notam­ment des États-Unis.
En octo­bre der­nier, Omar Yous­sef Sulei­man, a publié sur le site liba­nais indé­pen­dant Raseef22 (Trot­toir22) un arti­cle évo­quant les pous­sées de l’athéisme dans le mon­de ara­be. Bouillon­ne­ment qu’il com­pa­re à celui qui a pré­cé­dé la Révo­lu­tion fran­çai­se…  En voi­ci des extraits :
Dans le mon­de ara­be, on pou­vait cer­tes cri­ti­quer les per­son­nes char­gées de la reli­gion, mais cri­ti­quer la reli­gion musul­ma­ne elle-même pou­vait coûter la vie à celui qui s’y ris­quait, ou du moins le jeter en pri­son. Le mot d’ordre « l’islam est la solu­tion » a été scan­dé durant tou­te l’ère moder­ne com­me une répon­se tou­te fai­te à tou­tes les ques­tions en sus­pens et à tous les pro­blè­mes com­plexes du mon­de musul­man.
 Ammar Mohammed Raseef22

Raseef22 a publié un repor­ta­ge sur ce jeu­ne Yémé­ni­te de 11 ans, Ammar Moham­med

Mais la créa­tion de l’Etat isla­mi­que par Dae­ch et la nomi­na­tion d’un “cali­fe ayant auto­ri­té sur tous les musul­mans”sou­lè­vent de nom­breu­ses ques­tions. Elles met­tent en dou­te le tex­te lui-même [les fon­de­ments de la reli­gion] et pas seule­ment son inter­pré­ta­tion, l’idée même d’une solu­tion reli­gieu­se aux pro­blè­mes du mon­de musul­man. Car, au-delà de l’aspect ter­ro­ris­te du mou­ve­ment Dae­ch, sa pro­cla­ma­tion du cali­fat ne peut être consi­dé­rée que com­me la concré­ti­sa­tion des reven­di­ca­tions de tous les par­tis et grou­pes isla­mis­tes, à com­men­cer par [l’Egyptien fon­da­teur des Frè­res musul­mans], Has­san Al-Ban­na, au début du XXe siè­cle. Au cours de ces trois der­niè­res années, il y a eu autant de vio­len­ces confes­sion­nel­les en Syrie, en Irak et en Egyp­te qu’au cours des cent années pré­cé­den­tes dans tout le Moyen-Orient.

Cela pro­vo­que un désen­chan­te­ment chez les jeu­nes Ara­bes, non seule­ment vis-à-vis des mou­ve­ments isla­mis­tes, mais aus­si vis-à-vis de tout l’héritage reli­gieux. Ain­si, en réac­tion au radi­ca­lis­me reli­gieux, une vague d’athéisme se pro­pa­ge désor­mais dans la région. L’affirmation selon laquel­le « l’islam est la solu­tion » com­men­ce à appa­raî­tre de plus en plus clai­re­ment com­me une illu­sion. Cela ouvre le débat et per­met de tirer les leçons des erreurs com­mi­ses ces der­niè­res années.

Peu à peu, les intel­lec­tuels du mon­de musul­man s’affranchissent des phra­ses impli­ci­tes, ces­sent de tour­ner autour du pot et de mas­quer leurs pro­pos par la rhé­to­ri­que pro­pre à la lan­gue ara­be qu’avaient employée les cri­ti­ques [musul­mans] du XXe siè­cle, notam­ment en Egyp­te : du [roman­cier] Taha Hus­sein à [l’universitaire décla­ré apos­tat] Nasr Hamed Abou Zayd.

Car la mise en dou­te du tex­te a une lon­gue his­toi­re dans le mon­de musul­man. Elle s’est déve­lop­pée là où domi­nait un pou­voir reli­gieux et en paral­lè­le là où l’extrémisme s’amplifiait au sein de la socié­té. [ L’écrivain ara­be des VIIIe-IXe siè­cles] Al-Jahiz et [l’écrivain per­san consi­dé­ré com­me le père de la lit­té­ra­tu­re ara­be en pro­se au VIIIe siè­cle] Ibn Al-Muqaf­fa avaient déjà expri­mé des cri­ti­ques impli­ci­tes de la reli­gion. C’est sur leur héri­ta­ge que s’appuie la désa­cra­li­sa­tion actuel­le des concepts reli­gieux et des figu­res his­to­ri­ques, relayée par les réseaux sociaux, lieu de liber­té pour s’exprimer et débat­tre.

Le bouillon­ne­ment actuel du mon­de ara­be est à com­pa­rer à celui de la Révo­lu­tion fran­çai­se. Cel­le-ci avait com­men­cé par le rejet du sta­tu quo. Au départ, elle était diri­gée contre Marie-Antoi­net­te et, à la fin, elle abou­tit à la chu­te des ins­tan­ces reli­gieu­ses et à la pro­cla­ma­tion de la Répu­bli­que. Ce à quoi nous assis­tons dans le mon­de musul­man est un mou­ve­ment de fond pour chan­ger de cadre intel­lec­tuel, et pas sim­ple­ment de pré­si­dent. Et pour cela des années de lut­te seront néces­sai­res.

Omar Yous­sef Sulei­man
Publié le 3 octo­bre 2014 dans Aseef22 (extraits) Bey­rou­th

Aseef22 entend cou­vrir les infor­ma­tions poli­ti­ques, éco­no­mi­ques, socia­les et cultu­rel­les des 22 pays ara­bes. Fon­dé en août 2013, il s’adresse aux 360 mil­lions d’Arabes.


Ajout du 25/1/15, dans L’Obs.com, sur la dif­fi­cul­té d’être athée en Egyp­te.

« Les Egyptiens pensent toujours que les athées ont besoin d’une aide médicale  »


« Soumission » et Houellebecq démentis par le 11 janvier

Par Jean-François Hérouard

Charlie du jour du drame

Charlie du jour du drame

Sous le titre « Les prédictions du mage Houellebecq », Charlie hebdo du 7 janvier, jour du massacre, caricaturait l’auteur de Soumission, Michel Houellebecq (MH), en illuminé éthylique. Mais en page intérieure, son ami Bernard Maris, un des assassinés, louait l’aspect « crédible » de cette politique-fiction, soit la victoire politique de l’Islam en France en 2022. Les manifestations  de ce dimanche 11 janvier viennent de démentir avec éclat ce scénario.

En 2022, les partis PS+UDI+UMP font alliance avec la Fraternité musulmane (FM) pour contrer le FN. Mohammed Ben Abbes devient Président de la République, Bayrou Premier ministre, pour appliquer une charia « light » aux effets immédiats. Les femmes revêtent de longues blouses sur leurs pantalons ; encouragées par des allocations familiales renforcées, elles quittent le marché du travail, faisant reculer le chômage… masculin, tandis que la polygamie est promue. Dans les cités, la délinquance disparaît. Laissant les ministères régaliens à ses alliés,  Ben Abbes, qui a dû lire les thèses de Gramsci sur l’hégémonie culturelle, privatise l’enseignement, dont il a réservé le ministère à son parti.

Devant le calme social retrouvé, les conversions se multiplient, en tout premier lieu à l’Université, dont celle du narrateur (sans nom), anti-héros comme tous les personnages de MH. Universitaire sans vocation, spécialiste de Huysmans, cet auteur décadent d’A rebours dans la deuxième partie du XIXe siècle, notre narrateur dépressif finit par se convertir. Pourquoi ? J’allais dire par flemme ! Bien sûr, il y trouve un intérêt de carrière et de salaire, les non-convertis étant peu à peu évincés ; mais surtout il se voit doté ipso facto de trois épouses d’âges étagés selon leurs fonctions, sexuelle, domestique, de représentation sociale, lui dont la vie amoureuse lamentable allait de médiocres conquêtes étudiantes en masturbations devant des vidéos porno.

Plus fondamentalement  (si j’ose dire !), à l’instar de Des Esseintes, ce personnage de Huysmans se convertissant au catholicisme pour ses qualités esthétiques, il s’agit par cette soumission de mettre fin à la désespérance crépusculaire dont il souffre, et qu’il attribue à l’absence de transcendance dans la civilisation contemporaine.

On comprend comment une certaine gauche a pu porter  au pinacle MH pour sa critique du libéralisme et de la société de consommation, tandis qu’une droite extrême se retrouvait dans son regret d’un prétendu ordre naturel, dont le fondement religieux soutiendrait l’ordre patriarcal. Les déclarations de MH à l’Obs (8 au 11 janvier) jettent le masque : « Un courant d’idées né avec le protestantisme, qui a connu son apogée au siècle des Lumières, et produit la Révolution, est en train de mourir (…) Un compromis est possible entre catholicisme renaissant et l’islam [d’où faire de Bayrou un Premier ministre - NdR !]. Mais pour cela, il faut que quelque chose casse. Ce sera la République. »

Houellebecq / Faber

© faber 2015

Habile conteur, MH sait tricoter à coup sûr une fiction. Au détail près de l’hypothèse initiale : comment imaginer qu’un électorat de cinq millions de musulmans, eux-mêmes bien loin d’être unanimes (à supposer qu’ils aient eu le droit de vote et l’exercent…), entraîneraient  leurs compatriotes à suivre les consignes de partis dévalués pour élire Ben Abbes ?

EXTRAIT « Là où Tariq Ramadan présentait la charia comme une option novatrice, voire révolutionnaire, Ben Abbes lui restituait sa valeur rassurante, traditionnelle – avec un parfum d’exotisme qui la rendait de surcroît désirable. Concernant la restauration de la famille, de la morale traditionnelle et implicitement du patriarcat, un boulevard s’ouvrait devant lui que la droite ne pouvait emprunter, et le Front national pas davantage, sans se voir qualifiés de réactionnaires, voire de fascistes par les ultimes soixante-huitards, momies progressistes mourantes, sociologiquement exsangues mais réfugiés dans des citadelles médiatiques d’où ils demeuraient capables de lancer des imprécations […] ; lui seul était à l’abri de tout danger. » (Soumission, p.153)

Ecrivain certes, MH est surtout un idéologue subtilement dissimulé derrière un humoriste. Barthes – et Godard en d’autres termes – disait à peu près que la grammaire était affaire d’éthique. C’est ce que confirme le style « plat » très particulier de MH, proche de celui des revues de vulgarisation scientifique, qu’il agrémente en ravaudant différents types de discours en habit d’Arlequin, avec dans ce puzzle de styles des morceaux de vrai langage parlé, à la limite de l’écriture des romans de gare. Le tout vise à donner au texte un effet insidieux de vérité sociologique.

Dans le même temps, ce style en patchwork séduisant, accessible au plus grand nombre mais plein de clins d’œil érudits en direction des  bac+5, entretient chez le lecteur une méfiance envers le langage, incapable d’aucune vérité, siphonné de tout sens possible, comme miné de l’intérieur par une pathologie nihiliste, parfaitement synchrone avec le diagnostic de MH sur le monde contemporain. D’où cet effet pervers : MH brouille les pistes, on adhère (partiellement) à ses dénonciations de phénomènes auxquels il  contribue lui-même par son style aguicheur, sans qu’on puisse jamais trancher l’ambiguïté entre ce qu’il met dans la bouche de son personnage et ce qu’il pense, lui.

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Un des derniers Cabu dans Charlie

C’est ainsi que j’analyse les raisons de son succès (le Goncourt 2010 est l’auteur français le plus lu et le plus traduit dans le monde) et… mon malaise. Car comme tous les déclinistes, haïssant Mai 68 et le féminisme, MH amène à penser que face à un prétendu état d’avachissement désenchanté de la France, il nous faudrait un pouvoir fort.  Ne déclarait-il pas (Lire d'août 2001) que De Gaulle l'énervait, précisant: « Finalement,  j'ai plus de sympathie pour Pétain! » Alors, à défaut de l’irréaliste présidence islamique, une alliance UMP-FN ? À la dernière page du Charlie assassiné, Cabu montre un MH souffreteux sur les genoux de Mme Le Pen qui lui dit : « Tu seras mon Malraux » !

Aux dernières nouvelles, après la journée historique du 11 janvier, affichant de toutes autres valeurs que la soumission !, MH renoncerait à la promotion de son livre et quitterait le sol français.


La défaite Charlie, par André Gunthert (*) 

Aus­si inté­res­sant que sujet à polé­mi­que, le tex­te qui suit, à rebrous­se-poil des pre­miers élans, ne man­que pas de ques­tion­ner, sinon de déran­ger. En par­ti­cu­lier par son pes­si­mis­me dont cha­cun appré­cie­ra la dis­tan­ce – ou proxi­mi­té – avec sa pro­pre per­cep­tion de la réa­li­té sur­gie des tra­gi­ques évé­ne­ments de la semai­ne der­niè­re. 

Plus impor­tan­te mobi­li­sa­tion en Fran­ce depuis la Libé­ra­tion, la mar­che de diman­che a-t-elle été l’«élan magni­fi­que» d’un peu­ple qui redres­se la tête face à la bar­ba­rie? Je vou­drais le croi­re. Mais l’extrême confu­sion qui carac­té­ri­se la lec­tu­re “répu­bli­cai­ne” de l’affaire Char­lie ne fait qu’accroitre ma tris­tes­se et mon inquié­tu­de. Je peux me trom­per, mais mon sen­ti­ment est que cet­te appa­ren­te vic­toi­re est la signa­tu­re la plus cer­tai­ne de notre défai­te.

Mer­cre­di 7 jan­vier, j’apprends la tue­rie à la rédac­tion de Char­lie, en plein Paris. On annon­ce 11 morts. L’instant de sidé­ra­tion pas­sé, mon cer­veau asso­cie de lui-même le sou­ve­nir de l’affaire des cari­ca­tu­res de Maho­met à l’attentat. Puis j’entends à la radio l’énoncé des qua­tre noms des des­si­na­teurs: Cabu, Wolins­ki, Charb, Tignous. La tris­tes­se et la colè­re m’envahissent, car je connais ces noms, je vois leurs des­sins. Les vic­ti­mes ne sont pas des ano­ny­mes, mais des per­son­na­li­tés sym­pa­thi­ques, bien connues du grand public, pour deux d’entre eux, depuis les années 1960.

Qua­tre noms qui chan­gent tout. Je suis mal­heu­reu­se­ment inca­pa­ble de me rap­pe­ler le nom des vic­ti­mes ano­ny­mes de la pri­se d’otages de Vin­cen­nes, pour­tant plus récen­te. L’attentat à Char­lie-Heb­do est la mar­que d’un chan­ge­ment de stra­té­gie redou­ta­ble des dji­ha­dis­tes. Mal­gré l’horreur des tue­ries per­pé­trées par Moham­med Merah (7 morts, mars 2012) ou Meh­di Nem­mou­che (4 morts, mai 2014), ces atten­tats ont été ran­gés dans la lon­gue lis­te des cri­mes ter­ro­ris­tes, sans pro­vo­quer une émo­tion com­pa­ra­ble à cel­le d’aujourd’hui.

Depuis les réac­tions sus­ci­tées l’été der­nier par l’exécution de James Foley, les jour­na­lis­tes sont deve­nus des cibles de choix des dji­ha­dis­tes. Au choix de la lisi­bi­li­té sym­bo­li­que des atten­tats, très appa­rent depuis le 11 sep­tem­bre, se super­po­se une nou­vel­le option qui consis­te à viser déli­bé­ré­ment la pres­se, pour aug­men­ter l’impact des atten­tats. Selon cet­te grille très mac-luha­nien­ne où le média se confond avec le mes­sa­ge, le réflexe natu­rel des col­lè­gues et amis des vic­ti­mes étant d’accorder plus d’importance à l’événement que lorsqu’il s’agit d’anonymes, l’amplification média­ti­que est bien supé­rieu­re lors­que des jour­na­lis­tes sont tou­chés.

L’efficacité de cet­te stra­té­gie a reçu sa confir­ma­tion le 11 jan­vier. Si 4 mil­lions de Fran­çais sont des­cen­dus dans la rue, c’est à cau­se de la lisi­bi­li­té d’un atten­tat visant la pres­se, ins­ti­tu­tion pha­re de la démo­cra­tie, et à cau­se de l’énorme émo­tion sus­ci­tée par le meur­tre de per­son­na­li­tés connues et aimées.

«Je suis Char­lie» est la mar­que d’une iden­ti­fi­ca­tion d’une lar­ge part du grand public aux vic­ti­mes. Il fal­lait, pour attein­dre ce degré d’empathie, un capi­tal de noto­rié­té et d’affection qui ne pou­vait être réuni que par les des­si­na­teurs d’un jour­nal sati­ri­que pota­che et non-vio­lent.

Les effets de ce piè­ge sont catas­tro­phi­ques. Alors même que la socié­té fran­çai­se glis­se peu à peu dans l’anomie carac­té­ris­ti­que des fins de sys­tè­me, exac­te­ment com­me le 11 sep­tem­bre a gal­va­ni­sé la nation amé­ri­cai­ne, le «pays de Vol­tai­re» ne retrou­ve le sens de la com­mu­nau­té que face à l’adversité ter­ro­ris­te. Com­me l’écrit Daniel Schnei­der­mann: «Elle fla­geo­lait, la Fran­ce. On ne savait plus très bien pour­quoi conti­nuer à l’aimer. Depuis avant-hier, il me sem­ble qu’on com­men­ce à re-com­pren­dre ce qu’on a à défen­dre».

On ne sait pas ce qu’on a à fai­re ensem­ble, mais on sait contre qui. Le pré­cé­dent ras­sem­ble­ment d’ampleur com­pa­ra­ble, celui du 1er mai 2002 contre Jean-Marie Le Pen, réa­li­sait lui aus­si l’«union sacrée» contre un enne­mi de la Répu­bli­que, réunis­sant plus de per­son­nes qu’aucune autre cau­se.

Nul hasard à ce qu’on retrou­ve aujourd’hui la même ima­ge à la Une des jour­naux, cel­le d’un pom­pié­ris­me exal­té, qui s’appuie sur l’allégorie d’institutions pétri­fiées dans un ges­te immo­bi­le. Sou­dée par la peur, le deuil et la colè­re, la com­mu­nau­té qui fait bloc contre l’ennemi est pro­fon­dé­ment régres­si­ve. Elle se ber­ce de sym­bo­les pour fai­re mine de retrou­ver une his­toi­re à laquel­le elle a ces­sé depuis long­temps de croi­re. Dès le len­de­main du 11 jan­vier, on a pu consta­ter que cet­te mytho­gra­phie répu­bli­cai­ne signi­fiait d’abord le retour aux fon­da­men­taux: retour de l’autorité,triom­phe de la répres­sion, dithy­ram­bes des édi­to­ria­lis­tes – jusqu’aux pitre­ries de Sar­ko­zy, pas un clou n’a man­qué au cer­cueil de l’intelligence.

Mais le pire est enco­re à venir. Car mal­gré les appels des modé­rés à évi­ter les amal­ga­mes, c’est bien la droi­te tou­te entiè­re, calée sur les star­ting-blocks de l’islamophobie, qui s’est engouf­frée sur le bou­le­vard de la “guer­re des civi­li­sa­tions” et la dénon­cia­tion de l’ennemi inté­rieur. Inuti­le d’essayer de rap­pe­ler que le dji­ha­dis­me repré­sen­te aus­si peu l’islam que le Front natio­nal la Fran­ce éter­nel­le, la grille de lec­tu­re iden­ti­tai­re, cel­le-là même à laquel­le cédaient les cari­ca­tu­res de Char­lie, qui pei­gnaient le ter­ro­ris­me sous les cou­leurs de la reli­gion, est trop sim­ple pour man­quer de convain­cre les imbé­ci­les.

Les ter­ro­ris­tes ont-ils GAGNÉ? Si l’on par­court la lis­te des motifs qui ali­men­tent la radi­ca­li­sa­tion, dres­sée par Domi­ni­que Boul­lier, qui rejoint cel­le des maux de notre socié­té, on se rend comp­te que rien d’essentiel ne chan­ge­ra, et que rien ne peut nous pro­té­ger de cri­mes qui résul­tent de nos erreurs et de nos confu­sions. Com­me celui de la socié­té amé­ri­cai­ne après le 11 sep­tem­bre, c’est un som­bre hori­zon que des­si­ne l’après-Charlie. Pas­sé le moment de com­mu­nion, aucun élé­ment concret ne per­met pour l’instant de croi­re que ce ne sont pas les plus mau­vais choix qui seront rete­nus.

(*) André Gun­thertcher­cheur en his­toi­re cultu­rel­le et étu­des visuel­les (EHESS)

(Arti­cle paru dans L’image socia­le -13 jan­vier 2015 )



Effet Charlie ? Libé saisi par le blasphème

Sans dou­te conta­mi­né par le « virus Char­lie » et ses agents por­teurs héber­gés dans ses locaux, Libé­ra­tion se lâche à son tour. Sa une de demain 16 jan­vier annon­ce un défou­le­ment blas­phé­ma­toi­re tous azi­muts. Tant qu’à blas­phé­mer, arro­sons gaie­ment et lar­ge­ment. Une bon­ne foi(s ) pour tou­tes ?  Vingt guieux que non ! le sujet étant inépui­sa­ble – ce qu’on appel­le les éner­gies renou­ve­la­bles, cen­sées ali­men­ter l’écologie men­ta­le… 

charlie libé blasphemes

Libé 16/1/15


Personne n’est obligé de lire « Charlie Hebdo » !

charlie hebdo libé

[ Libé du jour 14/1/15

Charlie Hebdo reparaît. On reparle donc du blasphème, plus que de liberté, qui est centrale, essentielle, non négociable. Libre au blasphémé de le faire savoir dans son "Charia Hebdo", par exemple. Libre aussi à tout religieux de ne pas s'adonner à ce qui le chiffonne. En liberté, personne n’est obligé à quoi que ce soit, pas même de lire Charlie Hebdo si ça risque de le déranger ! Autrement dit on a le choix, librement. Tandis que les fanatiques d’Allah, les semeurs de mort à la kalachnikov n’ont laissé aucun choix, aucune liberté à leurs dix-sept victimes.

Ce ne serait pas si compliqué si une moitié de la planète ne pensait pas précisément le contraire. Et même bien plus que la moitié si aux fondamentalismes religieux on ajoute les intégrismes politiques. Il serait d’ailleurs plus simple, pour l’inventaire, de comptabiliser les exceptions. Lesquelles n’étant pas non plus exemptes de tout péché dans ce domaine si sensible aux fluctuations, aux tentations, aux faiblesses autoritaires, facilement liberticides.

charlie hebdo faber

© faber

Charlie reparaît, les regards se tournent vers lui, les consciences se soulagent… et voilà qu’on embastille un Dieudonné ! Du moins l’a-t-on « interpellé ». La question jaillit [Le Monde] : « Pourquoi Dieudonné est-il attaqué alors que “Charlie Hebdo” peut faire des “unes” sur la religion ? » Parce que sa provocation c’est de l’apologie du terrorisme. Certes… Parce que la Liberté ne serait qu’un concept, une lampe allumée au loin, un phare dans la tempête humaine. Parce que la Fraternité est une utopie et l’Égalité un leurre ? Peut-être et raison de plus pour œuvrer à la Justice, autant que faire se peut, dans la complexité du vaste monde et des esprits plus ou moins errants. Et surtout pas dans la Vérité, cette redoutable tueuse. Le dernier mot (ici) à mon vieux pote Montaigne : « Mieux vaut penser contre soi-même que consolider la matière de ses propres convictions ».


« Je suis Charlie ». Les mots, les images, les symboles

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© Mar­tin Argy­ro­glo

Cette pho­to, vite deve­nue emblé­ma­ti­que, a été pri­se par Mar­tin Argy­ro­glo, un pho­to­gra­phe indé­pen­dant. Elle a été par­ta­gée sur Twit­ter des mil­liers de fois. Le cli­ché a été qua­li­fié de « plus bel­le pho­to de la mani­fes­ta­tion », d’instantané « his­to­ri­que » et, com­me tel, com­pa­ré au tableau d’Eugène Dela­croix, La Liber­té gui­dant le peu­ple. Le pein­tre s’était ins­pi­ré du sou­lè­ve­ment popu­lai­re pari­sien contre Char­les X, les 27, 28 et 29 juillet 1830, connues sous le nom des Trois Glo­rieu­ses.

On remar­que­ra aus­si sur cet­te ima­ge, au pied de Mada­me LaNa­tion, une pan­car­te au gra­phis­me typé sou­vent vu dans les manifs. Et pour cau­se : son auteur est un fer­vent pra­ti­quant des manifs, dès lors qu’il en épou­se la cau­se, en Fran­ce et en Euro­pe. Un repor­ter du Monde.fr a retrou­vé ce mili­tant.

L’homme-pancarte par lemon­de­fr

Une autre pho­to tient la vedet­te de cet­te actua­li­té, elle a été pri­se par un pho­to­gra­phe de Nan­tes, Sté­pha­ne Mahé, venu en ren­fort pour l’agence bri­tan­ni­que Reu­ters. Appe­lée « Le crayon gui­dant le peu­ple », elle immor­ta­li­se Char­les Bous­quet, un jeu­ne comé­dien de Lama­lou-les-Bains (Hérault) armé d’un crayon géant et ins­tal­lé sur Le Triom­phe de la Répu­bli­que, pla­ce de la Nation.

Le Crayon guidant le peuple charlie

« Le Crayon gui­dant le peu­ple ». © Sté­pha­ne Mahé, Reu­ters                                                     Le tableau d’Eugène Dela­croix, 1830



« Je suis Charl… »

Ce fameux diman­che, Bat­man n’était pas d’humeur à bati­fo­ler. En appro­che de la Répu­bli­que, croi­sant  sur son che­min la pre­miè­re mani­fes­tan­te, cel­le-ci eut l’innocence de vou­loir lui décli­ner son iden­ti­té.

charlie faberLa pho­to n’a pas été publiée, l’incident est res­té secret et Bat­man a fina­le­ment rebrous­sé che­min : trop de bou­lot pour un diman­che.

Pen­dant ce temps, Faber, lui, manu-fes­sait, his­toi­re de per­pé­tuer l’espèce irré­vé­ren­cieu­se, sacri­lè­ge, ico­no­clas­te et blas­phé­ma­toi­re. Il s’expose aux ter­ri­bles fou­dres dudit Bat­man.

charlie dessin faber

© faber

À sui­vre dans Char­lie Heb­do.


Esprit Charlie es-tu là ?

je-suis-charlie

-

Gran­de célé­bra­tion pro­pi­tia­toi­re* à l’entrée de la crè­che de Char­lie et devant des mil­lions de témoins. Sur la pho­to de rédemp­tion, on recon­naît entre autres : les dix-sept vic­ti­mes de l’horreur obs­cu­ran­tis­te rejoin­tes notam­ment, selon leur ordre de dis­pa­ri­tion, par :  Rei­ser (déco­ra­teur de la crè­che), Gébé, Cho­ron, Cavan­na. Nous ne les oublie­rons pas.

* Du latin pro­pi­tia­to­rium. Qui a pour but de ren­dre (Dieu) pro­pi­ce.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
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