On n'est pas des moutons

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Cinéma. « Another Year », une cosmogonie de l’ordinaire

Le titre me sem­blait s’imposer pour un 31 décembre : Une autre année, et aussi une année autre. Comme un bilan, un constat, et aussi une espé­rance : ça ne pourra qu’aller mieux… Hmm, pas sûr… Ce film de Mike Leigh est rien moins que magni­fique. Je le dis d’abord à ceux qui ris­que­raient de le rater, même si le suc­cès semble l’installer pour un moment… Quoique, jus­te­ment, les choses allant comme elles vont, si vite ou si len­te­ment ; dans l’allégresse ou la détresse, selon… Deux heures et quelques sur le temps. Celui qui passe, celui qu’il fait, dehors et dedans, dans le monde et en soi.


Un film sur le quo­ti­dien autant qu’une cos­mo­go­nie de l’ordinaire, la vie — l’amour — la mort ; l’air — l’eau — la terre ; la ville et son béton, les averses, le coin de pota­ger et ses tomates de fin d’été ; les sai­sons jus­te­ment, les années qui passent. Et s’égrènent secondes et années, et fanent les fleurs, et repoussent d’autres graines : une mort, une nais­sance ; un fils rebelle, un père nau­fragé ; une femme éper­due devant les rides de son miroir, ter­rible face à face – phi­lo­so­pher : apprendre à mou­rir, jusqu’au sui­cide mou au goût acre d’alcool et de tabac ; croire cher­cher l’autre en se fuyant soi-même ; accu­ser, juger pour ne se voir point. (Lire la suite…)


Pétition en faveur du cinéaste iranien Jafar Panahi

En réac­tion à la condam­na­tion à la pri­son du cinéaste ira­nien Jafar Panahi, un col­lec­tif s’est consti­tué autour de pro­fes­sion­nels du cinéma et de la culture afin d’organiser pro­tes­ta­tion et soli­da­rité. Une péti­tion peut être signée en ligne par tous ceux qui se sentent concer­nés par cette nou­velle atteinte por­tée aux droits de l’homme par le régime iranien.

« Nous appre­nons avec colère et inquié­tude le juge­ment du Tri­bu­nal de la Répu­blique Isla­mique à Téhé­ran, condam­nant très lour­de­ment le cinéaste ira­nien Jafar Panahi. La sen­tence : six ans de pri­son ferme, vingt ans d’interdiction d’écrire et de réa­li­ser des films, de don­ner des inter­views aux médias, de quit­ter le ter­ri­toire et d’entrer en rela­tion avec des orga­ni­sa­tions cultu­relles étrangères.

Jafar Panahi, condamné à six ans de pri­son, vingt ans d’interdiction d’écrire et de réa­li­ser des films, de don­ner des inter­views aux médias, de quit­ter le ter­ri­toire et d’entrer en rela­tion avec des orga­ni­sa­tions cultu­relles étrangères.

« Un autre cinéaste, Moham­mad Ras­sou­lov, a éga­le­ment été condamné à six ans de pri­son. Jafar Panahi et Moham­mad Ras­sou­lov vont rejoindre les nom­breux pri­son­niers qui crou­pissent en pri­son en Iran, dans un état de détresse totale. Cer­tains font la grève de la faim, d’autres sont gra­ve­ment malades.

« Que reproche le pou­voir ira­nien à Jafar Panahi ? D’avoir conspiré contre son pays et mené une cam­pagne hos­tile au régime ira­nien. La vérité est que Jafar Panahi est inno­cent et que son seul crime est de vou­loir conti­nuer d’exercer libre­ment son métier de cinéaste en Iran. Depuis plu­sieurs mois le pou­voir ira­nien a mis en place contre lui une véri­table machine de guerre visant à le détruire, à l’enfermer en le contrai­gnant à se taire.

« Jafar Panahi est cinéaste et ses films ont été mon­trés dans le monde entier. Invité par les plus grands fes­ti­vals de cinéma (Cannes, Venise, Ber­lin), il est aujourd’hui empê­ché de pour­suivre son œuvre de cinéaste. La lourde condam­na­tion qui le frappe le prive de liberté, l’empêche phy­si­que­ment et mora­le­ment d’exercer son tra­vail de cinéaste. Il doit désor­mais se taire, s’interdire tout contact avec ses col­lègues cinéastes en Iran et dans le monde entier.

« A tra­vers cette condam­na­tion qui frappe Jafar Panahi, c’est tout le cinéma ira­nien qui est mani­fes­te­ment visé.

« Cette condam­na­tion nous révolte et nous scan­da­lise. Aussi, appelons-nous cinéastes, acteurs et actrices, scé­na­ristes et pro­duc­teurs, tous les pro­fes­sion­nels du cinéma ainsi que tous les hommes et femmes épris de liberté et pour qui les droits de l’homme sont une chose fon­da­men­tale, à se joindre à nous pour exi­ger la levée de cette condamnation. »

Rejoi­gnez l’appel aux côtés de : le Fes­ti­val de Cannes, la SACD, la Ciné­ma­thèque fran­çaise, l’ARP, la Ciné­ma­thèque suisse, le Fes­ti­val inter­na­tio­nal du film de Locarno, le Forum des images, Posi­tif, la SRF, lesCahiers du cinéma, Cité­philo (Lille), France culture, la Mos­tra Inter­na­zio­nale d’Arte Cine­ma­to­ga­fica di Vene­zia, Cultu­res­france, la Quin­zaine des Réa­li­sa­teurs, Sara­jevo Film Fes­ti­val, Cinéma Gin­dou, Centre Audio­vi­suel Simone de Beau­voir, Centre Cultu­rel Pouya.


Tchad, Cinéma. Mahamat Saleh Haroun a gagné la bataille du Normandie

par Ber­nard Nantet

Prix spé­cial du Jury 2010 à Cannes pour son film Un homme qui crie, le cinéaste tcha­dien Maha­mat Saleh Haroun, dit MSH, va pou­voir réa­li­ser son rêve : faire revivre le Nor­man­die, ce cinéma de Ndja­mena en par­tie détruit pen­dant les guerres civiles qui ont déchiré son pays.

Dès 1979, la guerre civile a fait de la capi­tale tcha­dienne un champ clos où les fac­tions se sont affron­tées autour de quelques façades de bâti­ments en dur, en par­ti­cu­lier les ciné­mas. Comme tous les ciné­mas en Afrique, le Nor­man­die, seule salle cou­verte du pays, avait nourri pen­dant des années l’imaginaire des jeunes Tcha­diens. Pas­ser der­rière sa façade à l’architecture néo art déco, c’était plon­ger dans un monde bien plus exo­tique et oni­rique que subir dans le bois sacré l’initiation tra­di­tion­nelle que Fran­çois Tom­bal­baye, le pre­mier pré­sident, avait remise au goût du jour.

Pas­ser der­rière la façade… © Ph. Ber­nard Nantet

Pour les enfants sol­dats des maîtres de la guerre se battre autour du Nor­man­die reve­nait à entrer dans la fic­tion pour en faire une réa­lité mor­telle… sou­vent aux dépends des civils. C’est ainsi que tou­ché à la jambe par une balle per­due, le jeune Maha­mat Saleh Haround, guère plus âgé qu’eux ne dut son salut qu’à la fuite en brouette pous­sée par son père, puis en pirogue au Came­roun voisin.

Petits bou­lots en Libye puis retour­ne­ments de la situa­tion poli­tique avec un père devenu ambas­sa­deur. Arri­vée à Paris en 1982, décou­verte du monde, du jour­na­lisme et des fai­seurs de rêves Cha­plin, Bres­son, Wen­ders, les grands frères Sem­bène Ous­mane et Sou­ley­mane Cissé. Mais les plaies des guerres tcha­diennes n’arrivent pas à se refer­mer et ses films (Bye, Bye Africa, 1999 ; Abouna notre père, 2002 ;  Dar­rat, sai­son sèche, 2006), dont le der­nier Un Homme qui crie, 2010) sont des constats amers de la tra­hi­son des adultes, car «  en Afrique, dit-il, tout adulte est le père ou l’oncle de quelqu’un  ». Et pour MSH, c’est «  cette Afrique [des adultes]  qui a inventé les enfants de la rue et les enfants-solats […] Aujourd’hui, il y a des Afri­cains qui jouent le rôle des colons. Ce que je montre ici relève d’une res­pon­sa­bi­lité tchao-tchadienne  » (Le Monde].

Redon­ner sa place au rêve : grâce à son prix Maha­mat Saleh Haround a poussé le gou­ver­ne­ment à créer un centre de for­ma­tion des jeunes à l’audiovisuel. Et le Nor­man­die, remis de ses bles­sures pro­jet­tera son film en avant-première en atten­dant la résur­rec­tion du Rio, un autre éclopé de l’époque où des kalach­ni­kov avaient rem­placé les pro­jec­teurs dans ces salles qui n’avaient rien d’un Cinema Para­di­sio


Chabrol dernière

Claude Cha­brol mort, qu’ajouter de plus qui n’aurait été déversé dans le flot média­tique ? Rien, ou presque. Juste se dire qu’il aura bien vécu, ainsi qu’il le don­nait à voir. «Bon vivant», l’expression qui revient le plus pour saluer ce cinéaste pro­lixe (60 films, plus ou moins réus­sis), inven­tif (Nou­velle vague), cor­ro­sif (un bour­geois d’origine pour dézin­guer la bour­geoi­sie, il sait de quoi il parle), sym­pa­thique sans la grosse tête – d’où cette photo-clin d’oeil qui me semble assez le résumer.

Hier soir France 2 – plus prompte à modi­fier ses pro­grammes que lors de la mort d’Alain Cor­neau, soit – a dif­fusé L’Ivresse du pou­voir, paro­die autour de l’affaire Elf. Un film plu­tôt embrouillé, des traits for­cés. Mais, par delà, un goût iro­nique et actuel, un par­fum genre l’Oréal-Bettencourt-Woerth et le sys­tème Sarkozy.


Alain Corneau, le musicien à la caméra

Alain Cor­neau au Fes­ti­val du Film Fran­çais de Yoko­hama, le 19 juin 2005. Ph. Wikipedia

Mes papiers « jazz » seront désor­mais plus au chaud sur le site de Citi­zen Jazz.  Je conti­nue­rai à les signa­ler sur C’est pour dire, comme c’est le cas avec cet hom­mage au cinéaste Alain Cor­neau, qui vient de mourir.

Alain Cor­neau, le musi­cien à la caméra


Mort de Lena Horne. Le charme plus que le swing

Lena Horne dans La Pluie qui chante (1946)

Helena Horne, dite Lena, vient de mou­rir aux États-Unis à 92 ans. Je prends les devants car je vois débou­ler à son sujet la cli­che­ton­ne­rie média­tique qui jamais ne  som­meille. Ce midi, sur France Inter, on a eu droit à une queue de jour­nal avec un bout de Stormy Wea­ther saluant la « grande dame du jazz »… Peu après, c’est lemonde.fr qui nous res­ser­vait la même soupe à base de la même « grande dame du jazz ». Mar­mande doit être aux cham­pi­gnons ou quoi, alors, on col­mate comme on peut.

Grande, Lena Horne le fut sur­tout par sa beauté. Une beauté assez hol­ly­woo­dienne, pour être jugée pré­sen­table aux yeux de l’Amérique blanche et raciste. Peau claire, traits fins, sil­houette féline – elle fut sur­nom­mée « la tigresse » –, Lena Horne connut sur­tout le suc­cès au cinéma:  Cabin in the sky (1942), Broad­way Rythm, Swing Fever (1944), Zieg­feld Fol­lies (1946). Mais c’est sur­tout Stormy Wea­ther (1943) qui la consacre par son charme et un éro­tisme dis­cret, voire mystérieux.

En plus de n’être pas très blanche, Lena en vint aussi à épou­ser un juif amé­ri­cain, Hay­ton, l’un des pre­miers chefs d’orchestre et arran­geurs de la MGM. Des stu­dios désap­prouvent cette union « inter-raciale » et le couple est mis au ban. Dans les années cin­quante, le couple est accusé d”« acti­vi­tés anti-américaines » ce qui vau­dra à Lena Horne une tra­ver­sée du désert émaillée de quelques disques qu’elle par­vient tout de même à enre­gis­trer pour RCA. Ses der­niers enre­gis­tre­ments paraî­tront chez Blue Note, sans révé­ler un éclat par­ti­cu­lier. En fait, Lena Horne man­quait plu­tôt de swing. Elle fut plus une chan­teuse de charme que de jazz. Mais certes, quel charme !

»> Voir aussi un de mes papiers de 2005 ainsi que sur Wiki­pe­dia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Lena_Horne

»> Et puis la voir et l’entendre, rien de tel après tout…Lena Horne — Stormy Wea­ther (1943)


Mammuth, un film qui laisse passer la lumière

Mam­muth, un grand film sur les « petites gens ». Ceux qu’un Pierre San­sot avait dénom­més Gens de peu, en leur consa­crant un beau bou­quin cha­leu­reux sous le regard du socio­logue. Jean Gue­not, lui a écrit Gens de rien, un roman. Et qui donc avait dit « Ils ont de petites vies mais de grands rêves » ? Peut-être bien Pré­vert, ou alors Brecht. Ici, atten­tion, cinéma hors les rails ! comme il y a des vies hors les murs – quand on peut s’échapper. Jus­te­ment, il s’agit bien d’une esca­pade, che­vau­chée dans le fan­tasque surgi de l’ordinaire, pré­texte à « dépar­te­men­tale movie » en pays cha­ren­tais – puisque ça se passe là, autant dire dans l’Univers, tout au moins hexa­go­nal, bardé de vignobles et de supermarchés.

Mam­muth– Pilar­dosse –Depar­dieu prend sa retraite, celle qu’on lui concède après dix années d’abattoir por­cin pré­cé­dées d’une bonne tren­taine d’autres, aux quatre coins d’une exis­tence éparse. Scène géniale du pot de départ, style « Strip tease » à la télé, pour dire vite. On lui offre un puzzle en boîte avec ses 2000 pièces. « I’ se sont pas fou­tus de toi ! » com­mente sobre­ment la dame Pilar­dosse (Yolande Moreau, inimi­table). Ter­rible ques­tion­ne­ment devant l’immensité de la tâche, comme de devoir réem­boî­ter les pièces de toute une vie. Un coup à lais­ser tom­ber, à se bar­rer au loin. La moto d’époque fera l’affaire, une vieille toute belle, même pas ridée, une « Munch-Mammuth » pour les affi­dés du deux-roues ; une sorte de Ros­si­nante quasi neuve pour un San­cho Pança qu’aurait sup­planté Qui­chote – je me com­prends… D’ailleurs, pour ce qui est du scé­nar et de la fiche tech­nique du film, y a plein d’endroits à visi­ter comme ici et avec des cri­tiques et tout.

Je veux juste dire – « c’est pour dire », pas vrai ? – à quel point un tel film est rare. Car c’est un film de cinéma, oui : qui a du grain, pas du vir­tuel sauce holyw­wod. Tout a du grain dans Mam­muth, depuis la pel­loche (du super 8, même qu’on dirait un bou­quin d’avant Guten­berg) jusqu’à toute l’histoire bien grai­neuse et sur­tout les per­son­nages qui, tous, ont un grain. Un vrai grain de bonne folie, de ces « fêlés bien­heu­reux, car ils laissent pas­ser la lumière ».

Depar­dieu illu­mine de son entière pré­sence. Acteur tota­le­ment lâché à lui-même dans un rôle taillé pour lui, tan­dis qu’il est taillé pour le film. C’est Obé­lix jouant Fal­staff, pas dans du Sha­kes­peare, ou alors en ver­sion ras du quo­ti­dien, celui des gens de peu, jus­te­ment, de ceux qu’ont pas les mots qu’i faut, sur­tout pour par­ler aux boîtes vocales et autres robots télé­pho­niques qui nous prennent pour des brèmes. Mam­muth c’est aussi l’anti-frime, grosse moto peut-être mais pour rou­ler à vitesse humaine, poussé par un gros-cul, dou­blé par un sau­vage court-la-mort. Mam­muth et sa madame, cais­sière de super­mar­ché, c’est aussi des mots d’amour comme on n’en dit jamais au ciné – sauf là, dans ce débor­de­ment d’humanité.


Film de Coline Serreau. Solutions pour aimer la terre

Ça tombe bien, au fond : le prin­temps, le tout proche temps des cerises, ce vol­can qui nous ramène à notre juste taille, ce blog émi­gré en  une autre terre d’accueil et puis ce film comme une orchi­dée sur notre monde pour­ris­sant… Je parle de Solu­tions locales pour un désordre glo­bal, de Coline Ser­reau. J’avais un peu résisté aux conseils d’une amie et à cause d’un méchant arti­cu­let de Télé­rama. Dira-t-on jamais assez les méfaits de la cri­tique, je veux dire, en tant que chantre de l’esprit cri­tique, de ce type de cri­ti­caille : inculte, sur­faite, plus nui­sible qu’un essaim de cri­quets sur un champ de mil.

Bien fait pour ma pomme, dira-t-on. Certes, pas obligé ni de les lire, ni sur­tout de les écou­ter. Le pro­blème, c’est tou­jours le mélange des genres dans lequel l’information basique se trouve pas­sée à la trappe ou, pire, assas­si­née. Ainsi, en moins d’un feuillet, la Mathilde Blot­tière [Télé­rama du 10 avril 2010] dézingue un film impor­tant, utile ô com­bien, néces­saire et inté­res­sant – soit exac­te­ment l’inverse de son méchant papier. Lequel épuise ses maigres res­sources à filer une vaine oppo­si­tion entre le film de Coline Ser­reau et « Home » d’Arthus-Bertrand, le dandy et esthé­ti­sant gei­gnard. A quoi bon s’échiner avec d’aussi ineptes pro­pos ? A quoi bon, de même, déni­grer le fémi­nisme exprimé dans le film en le repro­chant à la cinéaste, alors qu’il se trouve jus­te­ment exposé par des hommes ? C’est d’ailleurs l’un des axes majeurs de la pro­blé­ma­tique de ce docu­men­taire, à savoir la dénon­cia­tion d’une agri­cul­ture pas­sée aux mains des mâles, notam­ment lors du coup de force de la soi-disant « révo­lu­tion verte », elle-même consé­quence de l’industrialisation outran­cière, elle-même abou­tis­se­ment « logique » de la Guerre. La Guerre avec son grand G, et abou­tis­se­ment de quoi ? de quelle névrose de ce mâle domi­na­teur, frap­pa­dingue de la tes­to­sté­rone, n’ayant de cesse de domi­ner, vio­len­ter, assu­jet­tir la nature et en par­ti­cu­lier la terre,sans oublier au pas­sage, « acces­soi­re­ment », la femme, « sa » chose ? Machisme et machi­nisme mêmes com­bats, mêmes conver­gences dans l’Histoire des drames humains culmi­nant dans notre moder­nité en ses formes « civi­li­sées » – c’est-à-dire en appa­rence pro­prettes et douillettes, très adap­tées à la vaine dis­si­mu­la­tion, vaine puisque le spec­tacle éclate au grand jour, pour qui veut le voir. Ce ne sau­rait être le cas de la cri­ti­queuse, la télé­ra­meuse qui ne voit là que « méta­phores lourdingues ».

Or, voilà que le numéro sui­vant du même hebdo [17 avril 2010], sort sa une et un dos­sier sur la ques­tion « Le monde pay­san est-il condamné ? » On y retrouve l’essentiel de la pro­blé­ma­tique déve­lop­pée dans le film de Ser­reau, en par­ti­cu­lier dans l’entretien avec l’agronome bien nommé, Marc Dufu­mier. Non seule­ment le constat est le même (désordre glo­bal), mais aussi les solu­tions (locales) – les­quelles pas­sant tout de même par une Résis­tance à venir, ou alors c’en sera fait d’une sorte de fas­cisme vert-brun, cou­leur d’une terre-Terre uni­forme parce que pillée, rui­née, traite jusqu’à la der­nière goutte de vie, comme ces pauvres vaches trans­for­mées en « usines à pis­ser le lait ». Le tout au pro­fit des Lac­ta­lis, Danone, Uni­le­ver ainsi que les Leclerc, Auchan et autres Car­re­four – tan­dis que les pay­sans dis­pa­raissent , par­fois en se sui­ci­dant : un mil­lion de moins en qua­rante ans, pas­sant de 1 600 000 en 1970 à 600 000 aujourd’hui.

L’agriculture, c’est à la fois la chaîne de la vie – com­ment peut-elle ne pas être bio­lo­gique ? – et celle de l’Histoire, grand H comme Huma­nité. Jusqu’à ce que l’homo sapiens se mette moins à pen­ser qu’à comp­ter et à entas­ser, pour mieux domi­ner sans doute, com­bler sa peur panique du len­de­main et son vide inté­rieur pro­por­tion­nel… Le « pro­grès » l’a jeté dans la démence, où il se vautre. Afin de per­fec­tion­ner l’ « art » de la guerre il invente les plus puis­sants poi­sons (gaz mou­tarde), explo­sifs (nitrates), et les plus meur­triers engins à moteurs (tanks). Hélas la paix sur­vient ! Alors guerre à la nature, guerre à la terre ! et en avant pes­ti­cides et engrais, trac­teurs et char­rues. Et que je te fou­raille de mon soc puis­sant, mâle et fécon­deur, cette salope de terre, cette traî­née pleine de miasmes ! Et que je lui bourre la gueule de ma chi­mie du pétrole !

Agri­cul­ture de choc pour une indus­trie de guerre éco­no­mique. Le maque­reau exploite la pute autant qu’il méprise la femme. Le mac’ n’existe que dans son minable pré­sent de consom­ma­teur immé­diat, bou­li­mique. Il se fout de demain, et plus encore du futur. Sans doute incons­cient, en tout cas très con, con et mor­ti­fère, Il sème la stérilité.

Jus­te­ment par­lons aussi semences ! Un des enjeux majeurs de la vie sur terre et du deve­nir agri­cole. Tan­dis qu’on stocke les graines dans des coffres-forts, croyant pré­ser­ver la bio­di­ver­sité, des affairistes-industriels s’« ingé­nient » à en exploi­ter quelques spé­ci­mens res­treints, qu’ils tri­potent en bri­co­lant les ADN, qu’ils ver­rouillent par la même occa­sion – pas touche ! et prière de cra­cher au bas­si­net en échange de « mes » semences OGM – appro­pria­tion du vivant, bre­vets com­mer­ciaux sur le bien com­mun de l’humanité ! Ainsi ce ren­ver­se­ment total : du néo­li­thique jusqu’au XIXe siècle, les agri­cul­teurs sélec­tion­naient leurs propres semences. Désor­mais ils doivent adap­ter leurs ter­roirs aux quelques varié­tés que leur imposent les Pio­neer et Mon­santo ! Au nom de la pro­duc­ti­vité indus­trielle, des ren­de­ments en tous sens, pour des terres sté­ri­li­sées qu’il faut d’autant engrais­ser pour qu’elles pro­duisent, si c’est un jour pos­sible, des tomates car­rées plus faciles à loger dans les conte­neurs pour hypermarchés !

Et ainsi de suite… Quelle suite au fait ? C’est bien la ques­tion : que nous réserve ce monde de dingues où le soja du Bré­sil (défo­resté), vient nour­rir des ani­maux bre­tons éle­vés en bat­te­ries, dont le lisier rend l’eau imbu­vable et pol­lue la mer, tan­dis que le céréa­lier de la Beauce gave ses sillons d’engrais de syn­thèse…  Et comme Pierre Rabhi dit dans le film, « bien­tôt quand on se met­tra à table, plu­tôt que de sou­hai­ter bon appé­tit, fau­dra se sou­hai­ter bonne chance »…

Voilà donc un film impor­tant, pour le moins. Parce qu’il réha­bi­lite le beau mot de pay­san, en déplo­rant le triste sort du culti­va­teur enchaîné à ses enne­mis. Parce qu’il touche au noyau vital, celui qui nous a por­tés sur cette terre, où ne sommes jamais qu’en via­ger, sinon en sur­sis. D’où l’urgence d’y vivre à plein, pas à la manque !

»> Les pho­tos sont toutes tirées du film.

Cannes et son cinoche, je m’en fous

cannes.1243256096.jpgLe soir de la Palme – ce soir – j’aimerais pen­ser à autre chose. Mais, para­doxe, le spec­tacle me rat­trape et anéan­tit du même coup ce désir de m’en contre­fiche. Je pense donc à « ça » mais, devant mon ordi, je ne cède en rien à sa célé­bra­tion, à l’étalage des impu­diques mamours de la classe spec­ta­cu­laire. L’air est bon et doux sur la ter­rasse qui n’est pas celle du « Majes­tic » où des jour­na­leux en érup­tion admi­ra­tive brossent à reluire les pompes du vedet­ta­riat. De ma ter­rasse, mon ciné : ma chatte aux yeux pers sur­veille sans angoisse le calme ves­pé­ral de son ter­ri­toire. Deux tour­te­relles en retard lui font lever la tête avec inno­cence ; elle trône sous son lau­rier comme Saint-Louis sous son chêne de légende, le sens his­to­rique en moins – ce qui porte à son comble le sen­ti­ment ambiant de Paix magistrale.

Je me fous de Cannes et de son cinoche. Enfin, je m’en contre­fou­trais tota­le­ment si je ne voyais malice à une telle célé­bra­tion de l’insignifiance, rap­por­tée à la mons­trueuse impor­tance que lui voue cette société, dont je fais par­tie. J’aime assez l’art et donc le cinéma pour ne pas res­ter indif­fé­rent à leurs détour­ne­ments. J’aime assez mes contem­po­rains pour ne pas m’enquérir de la santé de cette par­tie d’entre eux qui cède au satané culte du fac­tice et de la repré­sen­ta­tion. Il en va de même de la plu­part des innom­brables célé­bra­tions cultuelles qui, tour à tour, reli­gieuses ou païennes, émaillent chaque année de ses rites. Non pas que je dénie le sens et l’utilité des rites ; ils sont, sou­vent, consti­tu­tifs de toute société qu’ils per­pé­tuent dans un ordre et une durée. Sou­vent et peut-être de moins en moins, ce qui expli­que­rait en par­tie le déli­te­ment de ces mêmes socié­tés qui, à leur tour, par des méca­nismes les plus per­vers, détournent en spec­tacle la détresse humaine, la modèlent en une sinistre dra­ma­tur­gie. Je pense pré­ci­sé­ment aux « faits divers », atroce et cynique clas­si­fi­ca­tion jour­na­lis­tique, par l’exploitation spec­ta­cu­laire des­quels les vic­times sont dou­ble­ment atteintes : par les faits eux-mêmes et, davan­tage encore, par leur inter­pré­ta­tion « scénographique ».

Et Cannes dans tout ça ? Un même pro­ces­sus de mise en abyme de la détresse humaine – car il s’agit bien plus chi­che­ment, au cinéma, du si ténu bon­heur d’exister, devenu dans notre monde « en crise » une rareté négli­geable. Ainsi l’humanité en désar­roi est-elle deve­nue la prin­ci­pale source d’inspiration, pour ne pas dire la seule, du cinéma domi­nant, indus­triel et com­mer­cial. A l’image d’ailleurs – on ne sau­rait mieux dire – de la télé de masse, ce qui n’exclut pas les chaînes publiques puisque leurs rédac­tions ont inté­gré depuis long­temps ces pro­ces­sus de confor­ma­tion à l’information spec­ta­cu­laire – sorte d’antinomie désor­mais admise, comme « naturalisée ».

Ainsi, qu’il s’agisse du cinéma ou de sa variante télé­vi­sée, ou encore  plus géné­ra­le­ment de leurs pen­dants média­tiques, la per­cep­tion de l’ « actua­lité » est-elle deve­nue pour nous autres – logés à la même enseigne de la repré­sen­ta­tion fac­tice, secon­daire, arran­gée, mani­pu­lée – un même pro­duit vir­tuel, com­mer­cial et, in fine, poli­tique.

Où l’on com­pren­dra pour­quoi et com­ment le « champ de la (pseudo) com­mu­ni­ca­tion » est ainsi devenu l’enjeu pre­mier de nos socié­tés « modernes ». Et pour­quoi et com­ment ledit champ est aussi devenu le prin­ci­pal champ de bataille où s’affrontent les agents domi­nants du capi­ta­lisme mon­dial, c’est-à-dire de l’économie financiarisée.

Non seule­ment cette pré­do­mi­nance du spec­tacle – je me réfère, bien sûr, à ce sujet, à la cri­tique de la société mar­chande éla­bo­rée dans les années 60 par Guy Debord et les situa­tion­nistes revi­si­tant le concept mar­xiste d’aliénation – porte en elle-même son expres­sion poli­tique, mais celle-ci, en retour, se trouve por­tée à la réali­men­ter sans cesse en la ren­for­çant. D’ou cette même mise en abyme, cette infer­nale spi­rale dont on peine à ima­gi­ner aujourd’hui quel coup d’arrêt pour­rait l’anéantir. Faut-il s’y rési­gner dans ce même réa­lisme – pes­si­miste, for­cé­ment – qui peut désor­mais faire dou­ter de l’avenir de la pla­nète et de l’humanité ? Car, au fond, peut-être s’agit-il de cette force de dégra­da­tion entro­pique revê­tant le clin­quant cos­tume du Progrès ?

Il n’est que de le consta­ter : ni l’économie mon­diale dans son chaos, ni la doxa idéo­lo­gique bor­nant tout son hori­zon à la sacro-sainte et sui­ci­daire crois­sance, ne sont dis­po­sées à contrer cette fuite en avant désespérée.

Auquel cas, on ne sau­rait s’étonner de voir le cinéma som­brer dans la même tem­pête tout en orches­trant la super-production du nau­frage annoncé. Le Tita­nic – avant de deve­nir le plus gros suc­cès du cinéma-commerce – était un luxueux palace flot­tant, une sorte de Majes­tic can­nois où une classe domi­nante, sur les ponts supé­rieurs, para­dait en fracs et nœuds pap’. Le peuple du des­sous – d’«en-bas » comme disait l’autre – ne voyait rien à redire à cet état de fait dar­wi­nien. Tout comme à Cannes, le bon populo des gogos, agglu­tiné contre  des bar­rières d’éloignement, vient accla­mer ses vedettes dont il ali­mente les for­tunes éhon­tées. Une photo, un grif­fon­nage à la va-vite, et les voilà payés d’une pauvre illu­sion. Celle-là même qu’ils (et nous avec !) vont cher­cher en échange d’un ticket de cinéma. Si tant est que nous ayons besoin d’illusion. Comme si la vie serait trop insup­por­table sans Elle.

Tout ça pour ça : Cannes, je m’en tape ! Oui et non.

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Des­sin © andré faber


En attendant une autre Renaissance, par Denys Arcand

Le cinéaste qué­bé­cois Denys Arcand – entre autres : Le Déclin de l’empire amé­ri­cain et Les Inva­sions bar­bares –, s’est laissé aller au pes­si­misme lors d’une cau­se­rie récente sur Radio-Canada. Pes­si­miste parce que réa­liste ? Inté­res­sant à médi­ter en tout cas.

Je suis convaincu que la civi­li­sa­tion qu’on a connue, c’est-à-dire la civi­li­sa­tion euro­péenne, celle qui est née avec Mon­taigne et Dante, elle est finie cette civilisation-là et elle meurt sous nos yeux. Elle et morte pen­dant le ving­tième siècle et elle va finir de mou­rir dans le vingt et unième siècle. On s’en va vers un inconnu absolu.

Sim­ple­ment la déban­dade des sys­tèmes d’éducation par exemple. Main­te­nant, ici et en France, on ne peut plus ensei­gner le dix-septième siècle, les élèves ne com­prennent plus. Ils sont phy­si­que­ment inca­pables de lire du Racine, Bos­suet, Pas­cal, tout ce qui forme le cœur de la culture fran­çaise. Sim­ple­ment parce qu’ils ne sont pas capables de lire les mots.

Un copain qui enseigne la lit­té­ra­ture fran­çaise racon­tait que, quand on disait que « madame de Mon­tes­pan avait de l’ascendant sur le Roi », les élèves étaient convain­cus qu’elle habi­tait au-dessus de chez le Roi, parce qu’elle avait de l’ascendant. Le mot ascen­dant leur rap­pe­lait ascen­seur ou quelque chose comme ça. Je cari­ca­ture mais en fait c’est devenu quasi illi­sible pour eux.

Les jeunes aujourd’hui peuvent lire peut-être du dix neu­vième siècle, Flau­bert parce que c’est à peu près le même voca­bu­laire, avant, c’est fini. Ce n’est pas juste vrai au Qué­bec, ça l’est aussi pour la France et les États-Unis.

Les jeunes scé­na­ristes viennent me voir et me demandent com­ment on fait pour écrire un scé­na­rio. Je leur dit que c’est très facile, c’est la poé­tique d’Aristote, vous n’avez qu’à la lire, tout est là. Ils vont l’acheter, ils ont une dif­fi­culté du diable à com­prendre de quoi ça parle et il y a même des grands scé­na­ristes amé­ri­cains qui ont mis en termes modernes la poé­tique d’Aristote: avoir un héros… le défi… regar­dez les rôles d’Arnold Schwart­ze­ne­ger! Mais c’est devenu illi­sible et ainsi de suite pour des tas de choses.

J’ai l’impression que la pein­ture s’est ter­mi­née avec Andy Warhol, après Samuel Beckett, le théâtre, c’est fini. Gilles Maheu et Robert Lepage, « font des shows »; ils disent as-tu vu mon show? Pas ma pièce de théâtre. Le théâtre, c’est fini. Il n’y a qu’à voir la chan­son tal­lée sur mesure pour cette géné­ra­tion qui ne peut se concen­trer que pen­dant trois minutes et encore: à condi­tion d’être tenu par un rythme pri­maire et des paroles répétitives.

Toute la struc­ture de la civi­li­sa­tion c’est fini. Donc, les jeunes qui vivent dans ça, aux yeux de notre géné­ra­tion, sont des bar­bares. Nous n’avons plus rien en com­mun. On s’en va vers le Moyen Âge et donc, à ce moment-là, la seule chose qui est impor­tante, c’est de pro­té­ger les manus­crits (voir la fin des Inva­sions bar­bares) parce que pen­dant dix siècles, les gens ne seront plus capables de lire.

Il faut donc gar­der les disques com­pacts et tout ce qu’on peut pour pou­voir les redé­cou­vrir plus tard, dans un autre éven­tuelle Renaissance.

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[Merci à Robert Blon­din grâce à qui cette par­lure tapus­crite a pu trou­ver refuge de ce côté-ci de l’Atlantique].

En prime, cette Bd phi­lo­so­phale de Faber :

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© andré faber


Bal tragique à Gaza : Claude Berri est mort

Pub ou pas sur les chaînes publiques, ça c’est vrai­ment l’arbre cachant la forêt. La forêt dévas­tée de ces médias eux-mêmes rava­gés par le spec­tacle. Sinon, par temps de guerre au Proche-Orient – de mas­sacre comme rec­ti­fie à juste titre mon cama­rade Lan­glois dans le der­nier Poli­tis –, au nom de quoi, de quel impé­ra­tif jour­na­lis­tique, je vous le demande, on vous gave­rait avec l’ouverture du JT de 20 heures (France 2, lundi soir) sur la mort annon­cée d’une figure de cinéma, fût-il le plus ceci-cela ?

Il ne s’agit en fait pas d’un acci­dent « évé­ne­men­tiel » mais d’une pra­tique deve­nue la norme, impo­sée par le renon­ce­ment des jour­na­listes, ou ce qu’il en reste, devant la mise en spec­tacle géné­ra­li­sée de notre monde. Une règle non énon­cée, impo­sée par la mar­chan­dise spec­ta­cu­laire et ses éma­na­tions poli­tiques, subie par la gent jour­na­lis­tique réduite aux acquêts d’une tech­ni­cité « pro­fes­sion­nelle » empor­tant le fond et le sens de la néces­saire infor­ma­tion, cette mise en forme par laquelle on peut décryp­ter la com­plexité du monde des humains.

f2-12109.1231848208.pngD’où un « jour­nal » qui ouvre sur la mort du cinéaste, qui va lui consa­crer plus de dix minutes dont un direct, non mais, devant le domi­cile du défunt, avec jour­na­liste en deuil et bafouillant d’émotion, ah l’émotion ! D’où la fin du jour­nal et « l’un de ses prin­ci­paux titres », devi­nez quoi… Et entre ces deux tar­tines : l’enseignant blessé à coups de cou­teau, un dépla­ce­ment cha­huté de Sarko, le bra­quage en hausse des petits com­mer­çants, quelques babioles et, ah oui, un mas­sacre en cours avec bombes au phos­phore, un bien spec­ta­cu­laire feu d’artifice là encore.

Ser­vice public ou pas, pub ou pas pub, on en est là de cette télé du diver­tis­se­ment, du trouble géné­ral jeté sur les consciences déso­rien­tées, malaxées et pour tout dire alié­nées. Com­ment dès lors ne pas som­brer dans les juge­ments à l’emporte-pièce, dans le « tout est dans tout » et le rela­ti­visme jeté sur le monde comme une dis­tance gogue­narde, celle pré­ci­sé­ment du spec­ta­teur : cet assis, ramolli, engraissé comme un foie de canard à l’huile léni­fiante des «ter­ribles et belles his­toires » qui fondent nos des­tins résignés ?

Cher­chant un titre à ces lignes, fina­le­ment, retour aux fon­da­men­taux, j’ai trouvé ça : Bal tra­gique à Gaza : Claude Berri est mort. Allez !

»> L’image du spec­tacle télé­visé :un vélo orphe­lin, la France (2) en deuil.

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  • 2sexpolLa Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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