On n'est pas des moutons

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Cinéma. « Toni Erdmann », subversif Père Ubu

S’il n’y avait qu’un film à voir ces temps-ci, ce serait bien ce « Toni Erd­mann » (d’autant que je n’en ai pas vu d’autre…) Un film com­me aucun autre. Cer­tes, sa fac­tu­re for­mel­le est plu­tôt clas­si­que : pas besoin de fai­re des numé­ros de cla­quet­tes quand le fond l’emporte d’une maniè­re aus­si magis­tra­le. Au départ, l’histoire ordi­nai­re d’un père et d’une fille que la vie « moder­ne » a éloi­gnés, jusqu’à les ren­dre étran­gers l’un à l’autre. His­toi­re bana­le, sauf que les per­son­na­ges ne le sont pas, banals.

Le père, d’abord et sur­tout, consta­tant l’abîme qui mena­ce sa fille, pri­se dans l’absurde tour­billon du mon­de mor­ti­fè­re du biz­ness, du coa­ching – tout ce bla­bla secré­té par le règne de la mar­chan­di­se mon­dia­li­sée. Son ins­tru­ment d’action, à l’efficacité impa­ra­ble – c’est le sujet du film – ce sera la dis­tan­ce cri­ti­que por­tée par l’humour et, plus enco­re, par la déri­sion, pla­nè­tes deve­nues inat­tei­gna­bles à cet­te jeu­ne fem­me froi­de, réfri­gé­rée, fri­gi­de. Com­ment peut-elle enco­re être sa fille, cel­le-là qui sur­git entre deux avions, pres­sée, absen­te, l’oreille col­lée au por­ta­ble, habillée en cro­que-mort, en noir et blanc, à la vie gri­se, vide de sens et de sou­ri­res ?

De ce nau­fra­ge annon­cé va sur­gir, en sau­ve­teur lou­fo­que, ce Toni Erd­mann à l’humour déjan­té, lour­din­gue, qui fout la hon­te à cet­te jeu­ne fem­me for­ma­tée, taillée (dans son tailleur strict) pour la com­pé­ti­tion entre tueurs affai­ris­tes – bref, le spec­ta­cle de l’« actu ». Il débar­que donc dans son uni­vers de mor­gue, armé d’une per­ru­que, de faus­ses dents et jusqu’à un cous­sin-péteur – une pano­plie de Père Ubu pour un com­bat contre l’absurdité. « Je vou­lais savoir si tu avais le temps de vivre un peu » lui dit-il, tan­dis qu’elle n’entend pas, deve­nue sour­de à la vie vivan­te, abs­trai­te com­me de l’art « contem­po­rain », mar­chan­di­se elle-même, au ser­vi­ce du mon­de mar­chand, de la finan­ce qui tue le tra­vail et les hom­mes.

Mais rien n’est dit expli­ci­te­ment de tout ça : pas de dis­cours ni démons­tra­tions ; tout sur­git ici dans la lumiè­re de l’écran, des per­son­na­ges, des situa­tions – Éros contre Tha­na­tos, dans l’ordinaire mena­cé des vies déré­glées, mena­cée com­me l’humanité tout entiè­re, par ce réchauf­fe­ment qui refroi­dit : en fait un refroi­dis­se­ment géné­ra­li­sé, une gla­cia­tion des rela­tions entre les êtres en repré­sen­ta­tion : le mon­de rem­pla­cé par son spec­ta­cle.

Un grand film sub­ver­sif, oui, qui fait tom­ber les mas­ques, dénon­ce les jeux de sur­fa­ce mina­bles, rap­pel­le à l’impé­rieu­se et pro­fon­de urgen­ce de vivre.

Mais atten­tion ! dan­ger : si jamais votre des­tin vous a conduit à œuvrer dans ce mon­de du coa­ching, du mana­ge­ment, de la lut­te des requins contre les sar­di­nes…

…n’allez sur­tout pas à la ren­con­tre de ce Toni Erd­mann ! Vous pour­riez ne pas vous en remet­tre.


♦ Film alle­mand de Maren Ade avec Peter Simo­ni­schek, San­dra Hül­ler (2 h 42). Sur le Web : www.hautetcourt.com/film/fiche/302/toni-erdmann

L’Autrichien Peter Simo­ni­schek (ex-pro­thé­sis­te den­tai­re, trop beau pour être vrai) et l’Allemande San­dra Hül­ler y sont géniaux.


« En ces temps troublés ». Quand le maire d’Argenteuil se fait programmateur-censeur de cinéma

Com­me ça, à lui tout seul, d’un trait de plu­me muni­ci­pal, Geor­ges Mothron, mai­re Les Répu­bli­cains d’Argenteuil, déci­de si ses conci­toyens peu­vent ou non aller voir un film au ciné­ma – et même deux.

Voici l’affaire, résu­mée par Le Figa­ro [30/04/2016] :

« Le ciné­ma Le Figuier blanc a dû annu­ler il y a quel­ques jours la pro­jec­tion de deux films en rai­son d’une deman­de expres­se du mai­re de la vil­le du Val-d’Oise, qui crai­gnait que leurs sujets «met­tent le feu aux pou­dres» dans la com­mu­ne.

 G. Mothron dans ses œuvres

Maire-argenteuil Georges Mothron• Pour «chan­ger l’image de la vil­le» […] le bou­le­vard Léni­ne et l’avenue Mar­cel Cachin sont rebap­ti­sés res­pec­ti­ve­ment bou­le­vard du géné­ral Leclerc et ave­nue Mau­ri­ce Utrillo.
• Le 6 août 2007, un arrê­té muni­ci­pal inter­di­sant la men­di­ci­té dans le cen­tre-vil­le d’Argenteuil est asso­cié à la consi­gne aux agents de la voi­rie de dif­fu­ser du mal­odo­re, un répul­sif nau­séa­bond, dans les lieux fré­quen­tés par les sans-abris. La cam­pa­gne de pres­se natio­na­le qui s’ensuit et des contro­ver­ses sur la réno­va­tion urbai­ne en cours lui coû­tent la mai­rie qui revient au socia­lis­te Phi­lip­pe Dou­cet aux élec­tions 2008. Lors des élec­tions muni­ci­pa­les de 2014, il reprend la mai­rie d’Argenteuil face au mai­re sor­tant. [Wiki­pé­dia]

« […] La sal­le, asso­ciée à un cen­tre cultu­rel, a eu la curieu­se sur­pri­se de rece­voir la semai­ne der­niè­re un cour­rier […] dans lequel l’élu deman­dait la dépro­gram­ma­tion de deux films : La Socio­lo­gue et l’ourson, d’Étienne Chaillou et Mathias The­ry, et 3000 nuits, de Mari Mas­ri.

« Le pre­mier, sor­ti le 6 avril, est un docu­men­tai­re qui revient sur les débats autour du maria­ge homo­sexuel en sui­vant la socio­lo­gue Irè­ne Thé­ry et en met­tant en scè­ne, sur un mode péda­go­gi­que et ludi­que, des pelu­ches et des jouets pour évo­quer cer­tai­nes ques­tions et recons­ti­tuer des moments fami­liaux. Le second, dif­fu­sé depuis l’an der­nier dans plu­sieurs fes­ti­vals, racon­te l’histoire de Layal, une jeu­ne Pales­tien­ne incar­cé­rée dans une pri­son israé­lien­ne, où elle don­ne nais­san­ce à un gar­çon.

« Des thè­mes qui pour le mai­re de la com­mu­ne sont sujets à la polé­mi­que, d’où leur inter­dic­tion. Dans les colon­nes du Pari­sien, il expli­que que sa déci­sion est «moti­vée par le fait qu’en ces temps trou­blés, des sujets tels que ceux-là peu­vent rapi­de­ment met­tre le feu aux pou­dres dans une vil­le com­me Argen­teuil». « Dans un sou­ci d’apaisement [...]la vil­le a pré­fé­ré jouer la sécu­ri­té en ne dif­fu­sant pas ces films, évi­tant ain­si des réac­tions éven­tuel­le­ment véhé­men­tes de cer­tains», ajou­te-t-il. Mais l’exigence de l’édile a sur­tout pro­vo­qué une volée de bois vers à l’encontre de la mai­rie d’Argenteuil. »

L’association Argen­teuil Soli­da­ri­té Pales­ti­ne (ASP), qui pro­gram­mait 3000 nuits a dénon­cé « la cen­su­re du mai­re qui, en octo­bre der­nier, avait déjà inter­dit une expo­si­tion sur l’immigration.»

L’Association pour la défen­se du ciné­ma indé­pen­dant (ADCI) d’Argenteuil, dénon­ce « un refus idéo­lo­gi­que de réflexion sur des ques­tions qui se posent dans le contex­te actuel ».

De son côté, la Scam, Socié­té civi­le des auteurs mul­ti­mé­dia, publie un com­mu­ni­qué sur cet acte de cen­su­re. Extraits :

« Les 102.000 habi­tants d’Argenteuil seraient-ils plus décé­ré­brés, osons le dire, plus cons que la moyen­ne ?
« Cer­tai­ne­ment pas, mais c’est ain­si que le mai­re, Geor­ges Mothron, consi­dè­re les habi­tants en les jugeant inca­pa­bles de regar­der serei­ne­ment un docu­men­tai­re de socié­té où les per­son­na­ges prin­ci­paux sont des pelu­ches. Un docu­men­tai­re qui fait réflé­chir sur pour­quoi la socié­té fran­çai­se s’est déchi­rée sur le maria­ge pour tous.
« Si le film sort en DVD, Geor­ges Mothron le fera-t-il sai­sir dans les rayon­na­ges ? Quand le film sera dif­fu­sé à la télé­vi­sion, Geor­ges Mothron fera-t-il cou­per les anten­nes du dif­fu­seur sur sa vil­le ?
« En ces temps trou­blés », Geor­ges Mothron a peur que le film « met­te le feu aux pou­dres ». […]
« En ces temps trou­blés », nous avons bien besoin de films qui nous ouvrent au mon­de, qui appor­tent de la pen­sée dans les réflexes pav­lo­viens de repli sur soi de tel­le ou tel­le com­mu­nau­té.
« La Scam sou­tient la mani­fes­ta­tion orga­ni­sée le 7 mai à 15 heu­res devant la mai­rie d’Argenteuil pour exi­ger la repro­gram­ma­tion des films et rap­pe­ler au mai­re, Geor­ges Mothron, que le suf­fra­ge uni­ver­sel ne lui confie pas pour autant un droit à déci­der ce que ses conci­toyens peu­vent choi­sir d’aller voir au ciné­ma. »

Pour ma part, me réfé­rant à la loi sur le non-cumul des man­dats, je rap­pel­le à ce mai­re qu’il ne peut ni ne doit cumu­ler sa fonc­tion de magis­trat muni­ci­pal avec cel­les de pro­gram­ma­teur-cen­seur de ciné­ma et de direc­teur des conscien­ces. Non mais.


« Merci Patron ! » La belle arnaque

Mer­ci Patron !, un film plus que sym­pa et qui connaît un beau suc­cès depuis sa sor­tie fin février. C’est l’éternelle his­toi­re des David et Golia­th, des pots de ter­re et de fer. Trai­té ici sur le mode « sérieux décon­nant », entre Michael Moo­re et Jean-Yves Lafes­se, par Fran­çois Ruf­fin, rédac’ chef du jour­nal amié­nois Fakir. 

merci-patron!

l’affiche

Joce­ly­ne et Ser­ge Klur fabri­quaient des cos­tu­mes Ken­zo à Poix-du-Nord, près de Valen­cien­nes. Depuis la délo­ca­li­sa­tion de leur usi­ne vers la Polo­gne, le cou­ple est au chô­ma­ge et cri­blé de det­tes. Fran­çois Ruf­fin va sui­vre ce cou­ple et par­tir « dans une cour­se pour­sui­te humo­ris­ti­que avec Ber­nard Arnault, l’homme le plus riche de Fran­ce » dont le grou­pe est pro­prié­tai­re de l’usine. Scè­nes sur­réa­lis­tes et qui­pro­quos en cas­ca­des, Mer­ci Patron ! se trans­for­me en « film d’espionnage ».

« On ne pen­sait même pas fai­re un film mais avec l’histoire qui se dérou­lait sous nos yeux c’est deve­nu impos­si­ble de ne pas le fai­re ! » racon­te Johan­na, de l’équipe de Fakir. Por­té par l’association Fakir, le film a séduit cri­ti­ques et médias. Il a même eut droit à une dou­ble page dans Le Mon­de qu’il qua­li­fie de « chef-d’œuvre du gen­re ».

Pour­tant, tout n’était pas gagné. Le film qui comp­tait sur l’aide finan­ciè­re du Cen­tre natio­nal du ciné­ma voit sa deman­de reje­tée. L’équipe déci­de de pas­ser outre les aides tra­di­tion­nel­les et se tour­ne vers le finan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif. Grâ­ce aux 21 000 € des contri­bu­teurs Ulu­le et une levée de fonds auprès des abon­nés de Fakir, le film ver­ra le jour. Une levée de fonds pour une levée de fron­de : la bon­ne idée pour une bel­le arna­que !


Poussée d’intolérance au Maroc. « Much Loved » interdit, comédienne agressée

Much Loved, du cinéas­te maro­cain Nabil Ayou­ch, est un film remar­qua­ble dont j’aurais dû par­ler ici depuis que je l’ai vu il y a deux mois et qui, heu­reu­se­ment, est tou­jours à l’affiche dans les bon­nes sal­les. Je me déci­de aujourd’hui pour une rai­son plus que ciné­ma­to­gra­phi­que : le film est inter­dit au Maroc, ce qui n’est pas sur­pre­nant, mais, sur­tout, l’actrice qui tient le rôle prin­ci­pal, Loub­na Abi­dar – super­be –, a été vio­lem­ment agres­sée le 5 novem­bre. Elle racon­te cela dans une tri­bu­ne adres­sée au Mon­de [12/11/15 ], expli­quant aus­si pour­quoi elle se voit contrain­te de quit­ter son pays.

Maroc Loubna Abidar agressée

Loub­na Abi­dar vio­lem­ment agres­sée à Casa­blan­ca [Ph. dr]

Une fois de plus, c’est la pla­ce des fem­mes dans la socié­té qui se trou­ve au cen­tre d’une actua­li­té per­ma­nen­te et à peu près géné­ra­le dans le mon­de, même si, bien sûr, les situa­tions sont varia­bles, et donc leur degré de gra­vi­té. N’empêche, cela vaut dans nos socié­tés dites évo­luées. Que l’on son­ge aux dif­fé­ren­ces de salai­res entre hom­mes et fem­mes, à fonc­tions éga­les ; qu’il s’agisse de l’attribution des pos­tes de res­pon­sa­bi­li­té, du har­cè­le­ment sexuel, du machis­me « ordi­nai­re ». On n’entrera même pas ici sur le lamen­ta­ble débat autour des notions de gen­re.

Much Loved qui, com­me son titre ne l’indique pas, est un film sur la condi­tion fémi­ni­ne dans un des pays ara­bes les plus rétro­gra­des sur la ques­tion – et sur tant d’autres, hélas – tan­dis que cet­te royau­té d’un autre âge vou­drait se dra­per dans une pré­ten­due moder­ni­té.

Dans son tex­te, la comé­dien­ne don­ne à voir le pro­pos du film, en même temps qu’elle expri­me une détres­se per­son­nel­le, une impla­ca­ble dénon­cia­tion d’un régi­me d’oppression et l’intolérance d’une socié­té.

Après des petits rôles au théâ­tre et dans des films com­mer­ciaux, j’ai obte­nu le pre­mier rôle dans le long-métra­ge Much Loved, de Nabil Ayou­ch. C’était le plus beau jour de ma vie, car j’allais pou­voir tra­vailler avec un réa­li­sa­teur talen­tueux et inter­na­tio­na­le­ment recon­nu, et par­ce que j’allais don­ner la paro­le à tou­tes cel­les avec les­quel­les j’avais gran­di : ces peti­tes filles des quar­tiers qui n’apprennent ni à lire ni à écri­re, mais aux­quel­les on dit sans ces­se qu’un jour elles ren­con­tre­ront un hom­me riche qui les emmè­ne­ra loin… Dès 14-15 ans, elles sor­tent tous les soirs dans le but de le trou­ver. Un jour, elles réa­li­sent qu’elles sont deve­nues des pros­ti­tuées.

« Dans ce film, j’ai mis tou­te mon âme et tou­te ma for­ce de tra­vail, por­tée par Nabil Ayou­ch et mes par­te­nai­res de jeu. Le film a été sélec­tion­né à Can­nes. J’y étais, c’était magi­que. Mais dès le len­de­main de sa pré­sen­ta­tion, un mou­ve­ment de hai­ne a démar­ré au Maroc. Un minis­tre qui n’avait pas vu le film a déci­dé de l’interdire avant même que la pro­duc­tion ne deman­de l’autorisation de le dif­fu­ser. Much Loved déran­geait, par­ce qu’il par­lait de la pros­ti­tu­tion, offi­ciel­le­ment inter­di­te au Maroc, par­ce qu’il don­nait la paro­le à ces fem­mes qui ne l’ont jamais. Les auto­ri­tés ont décla­ré que le film don­nait une ima­ge dégra­dan­te de la fem­me maro­cai­ne, alors que ses héroï­nes débor­dent de vie, de com­ba­ti­vi­té, d’amitié l’une pour l’autre, de rage d’exister.

« Et une cam­pa­gne de détes­ta­tion s’est répan­due sur les réseaux sociaux et dans la popu­la­tion. Per­son­ne n’avait enco­re vu le film au Maroc, et il était déjà deve­nu le sujet numé­ro un de tou­tes les dis­cus­sions. La vio­len­ce aug­men­tait de jour en jour, à l’encontre de Nabil « le juif » (sa mère est une jui­ve tuni­sien­ne) et à mon encon­tre. Je déran­geais à mon tour, par­ce que j’avais le pre­mier rôle, par­ce que j’en étais fiè­re, et par­ce que je pre­nais posi­tion ouver­te­ment contre l’hypocrisie par des décla­ra­tions nom­breu­ses.

Cachée sous une burqa

« Des mes­sa­ges de sou­tien et d’amour, j’en ai reçu des dizai­nes. Dans les pays d’Europe où le film est sor­ti et a connu un bel accueil (j’ai notam­ment obte­nu le Prix de la meilleu­re actri­ce dans les deux fes­ti­vals majeurs de films fran­co­pho­nes, Angou­lê­me en Fran­ce et Namur en Bel­gi­que). Mais sur­tout, et c’était le plus impor­tant pour moi, au Maroc. Par des gens éclai­rés car ils sont nom­breux. Et aus­si par des pros­ti­tuées qui ont enfin osé par­ler à visa­ge décou­vert pour dire qu’elles se recon­nais­saient dans le film.

« Mais rien n’a cal­mé la hai­ne contre moi. Sur Face­book et Twit­ter, mon nom est asso­cié à celui de « sale pute » des mil­liers de fois par jour. Quand une fille se com­por­te mal, on lui dit « tu fini­ras com­me Abi­dar ». Tous les jours, je lis que je suis la hon­te des fem­mes maro­cai­nes. Cha­que semai­ne, je reçois des mena­ces de mort. J’ai enco­re des amis et des pro­ches pour me sou­te­nir, mais beau­coup se sont détour­nés de moi. Pen­dant des semai­nes, je ne suis pas sor­tie de chez moi, ou alors uni­que­ment pour des cour­ses rapi­des, cachée sous une bur­qa (quel para­doxe, me sen­tir pro­té­gée grâ­ce à une bur­qa…).

« Ces der­niers jours, le temps pas­sant, la ten­sion me sem­blait retom­bée. Alors jeu­di 5 novem­bre, le soir, je suis allée à Casa­blan­ca à visa­ge décou­vert. J’y ai été agres­sée par trois jeu­nes hom­mes. J’étais dans la rue, ils étaient dans leur voi­tu­re, ils m’ont vue et recon­nue, ils étaient saouls, ils m’ont fait mon­ter dans leur véhi­cu­le, ils ont rou­lé pen­dant de très lon­gues minu­tes et pen­dant ce temps ils m’ont frap­pée sur le corps et au visa­ge tout en m’insultant. J’ai eu de la chan­ce, ce n’était « que » des jeu­nes enivrés qui vou­laient s’amuser… D’autres auraient pu me tuer. La nuit a été ter­ri­ble. Les méde­cins à qui je me suis adres­sée pour les secours et les poli­ciers au com­mis­sa­riat se sont ri de moi, sous mes yeux. Je me suis sen­tie incroya­ble­ment seule… Un chi­rur­gien esthé­ti­que a quand même accep­té de sau­ver mon visa­ge. Ma han­ti­se était jus­te­ment d’avoir été défi­gu­rée, de gar­der les tra­ces de cet­te agres­sion sur mon visa­ge, de ne plus pou­voir fai­re mon métier…

« Nabil Ayou­ch était là tout le temps pour me sou­te­nir. J’ai fait des décla­ra­tions de colè­re que je regret­te. Je ne savais plus où j’étais. Alors j’ai déci­dé de quit­ter le Maroc. C’est mon pays, je l’aime, j’y ai ma vie et ma fille, j’ai foi en ses for­ces vives, mais je ne veux plus vivre dans la peur. On s’attaque à moi pour un rôle que j’ai joué dans un film que les gens n’ont même pas vu. Une cam­pa­gne de déni­gre­ment légi­ti­mée par une inter­dic­tion de dif­fu­sion du film, ali­men­tée par les conser­va­teurs, nour­rie par les réseaux sociaux si pré­sents aujourd’hui… et qui conti­nue de tour­ner en rond et dans la vio­len­ce. Au fond, on m’insulte par­ce que je suis une fem­me libre. Et il y a une par­tie de la popu­la­tion, au Maroc, que les fem­mes libres déran­gent, que les homo­sexuels déran­gent, que les dési­rs de chan­ge­ment déran­gent. Ce sont eux que je veux dénon­cer aujourd’hui, et pas seule­ment les trois jeu­nes qui m’ont agres­sée… »

Loub­na Abi­dar

La ban­de-annon­ce de Much Loved.

PS. Des copies du film ont été mises en cir­cu­la­tion au Maroc, dans les­quel­les des scè­nes por­no­gra­phi­ques ont été ajou­tées pour en dénon­cer l’immoralité !


Y a du monde chez Mon oncle

safe_imageCliquer sur l’image, et hop, des Hulot partout !

© Fray Mol­lo


Alain Resnais, ciné-graphiste

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Cou­ver­tu­re du livre de Jean-Luc Douin (Ed. de la Mar­ti­niè­re)

Tout a été dit sur Alain Resnais, depuis sa mort, same­di. Un grand par­mi les grands du ciné­ma, en effet. Ces ima­ges ci-des­sous – affi­ches de quel­ques-uns de sa cin­quan­tai­ne de films – pour sou­li­gner le sens gra­phi­que d’un artis­te du ciné­ma­to-gra­phe. Car l’adepte de l’image en mou­ve­ment en était un aus­si de l’image fixe (pro­je­tée 24 fois par secon­de, au nom de l’illusion de la réa­li­té) et sin­gu­liè­re­ment de l’image des­si­née. Alain Resnais fut un artis­te de la for­me, un for­ma­lis­te pour qui la for­me, pré­ci­sé­ment, est consti­tu­ti­ve du fond ; elle se doit aus­si d’apparaître com­me tel­le, selon cet­te dis­tan­cia­tion brech­tien­ne assu­mant l’artifice de l’art, l’art com­me inter­pré­ta­tion déli­bé­rée et visi­ble d’une réa­li­té. La ban­de des­si­née illus­tre – c’est bien le mot – tout à fait cet­te démar­che; tout com­me l’ont éga­le­ment prô­né et pra­ti­qué des écri­vains com­me Alain Rob­be-Grillet, Mar­gue­ri­te Duras, Clau­de Simon, Geor­ges Per­ec et tout le cou­rant du Nou­veau roman. De lui, je retiens notam­ment ce mot : « Les hom­mes se res­sem­blent par ce qu’ils mon­trent et dif­fè­rent par ce qu’ils cachent  ».

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Les affi­ches d’Enki Bilal (entre­tien dans Le Figa­ro) pour Mon oncle d’Amérique et La Vie est un roman.

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Pour saluer Diderot, à l’occasion de ses 300 ans

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Denis Dide­rot par Louis-Michel van Lo, 1767 (Musée du Lou­vre)

Débar­quant de la  gare de Lyon à Paris, sui­vez-moi, j’emprunte sans tar­der le bou­le­vard Dide­rot, puis celui de la Bas­tille, pour tra­ver­ser le Pont d’Austerlitz. Là, je salue Lamar­ck, sur son socle haut per­ché, à l’entrée du Jar­din des Plan­tes et, par­cou­rant l’allée Buf­fon, me voi­ci à la Gran­de gale­rie de l’Évolution.Vous en connais­sez beau­coup, vous, des endroits de la pla­nè­te où, en un demi-kilo­mè­tre, vous aurez par­cou­ru autant de pages d’histoire ? 

Salut Dide­rot, salut Denis !

Je m’étais pro­mis d’écrire ce modes­te hom­ma­ge à l’occasion du trois cen­tiè­me anni­ver­sai­re de sa nais­san­ce. Il est né à Lan­gres le 5 octo­bre 1713 (je sais, on est en décem­bre… et à la veille de 2014 !).

J’allais embar­quer vers la cou­tel­le­rie fami­lia­le, mais tout ça se trou­ve à por­tée de clics, en maints endroits de la vas­te toi­le et en par­ti­cu­lier sur Wiki­pé­dia, fille tech­ni­que­ment magni­fiée de sa déjà gran­dio­se ancê­tre, L’Encyclopédie. Si loin de l’ordinateur, Dide­rot n’en fut pas moins le grand ordon­na­teur, coor­di­na­teur et co-auteur, avec d’Alembert et plus de cent cin­quan­te autres contri­bu­teurs, éru­dits et pion­niers.  L’Encyclopédie fut l’objet d’un com­bat poli­ti­que contre des adver­sai­res et cen­seurs farou­ches ; ain­si la condam­na­tion de l’ouvrage en 1759 par le pape Clé­ment XIII qui le met à l’Index, et « enjoint aux catho­li­ques, sous pei­ne d’excommunication, de brû­ler les exem­plai­res en leur pos­ses­sion ». Ce fut enfin une aven­tu­re éco­no­mi­que qui mobi­li­sa un mil­lier d’ouvriers pen­dant vingt-qua­tre ans !

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Page de titre du pre­mier tome, 1751

Une œuvre monu­men­ta­le, au plein sens, un pas déci­sif mené contre l’obscurantisme domi­nant dans ce siè­cle qu’on appel­le­rait « des Lumiè­res ». Une oeu­vre qui conti­nue à nous éclai­rer, depuis plus de deux cent cin­quan­te ans, non pas tant direc­te­ment par ses conte­nus désor­mais en par­tie dépas­sés, que par la démar­che et l’esprit qui l ont nour­rie.

L’Encyclopédie, donc, com­me pivot de cet­te pre­miè­re ren­con­tre, due à l’école de la Répu­bli­que, son héri­tiè­re direc­te !

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Anna Kari­na dans le film de Rivet­te (1967)

Deuxiè­me ren­con­tre, lit­té­rai­re et fil­mi­que, quand Jac­ques Rivet­te adap­te La Reli­gieu­se en 1967. Sous la pres­sion d’Alain Pey­re­fit­te, minis­tre de l’Information de de Gaul­le, et sur déci­sion de son secré­tai­re d’État Yvon Bour­ges*, le film est inter­dit aux moins de dix-huit ans, à la dis­tri­bu­tion et à l’exportation. Autant dire condam­né. André Mal­raux, cepen­dant, alors minis­tre de la cultu­re, sou­tient la pré­sen­ta­tion du film à Can­nes… Ram­dam géné­ral de la réac­tion bigo­te. Le film sort à Paris dans cinq sal­les et enre­gis­tre 165 000 entrées en cinq semai­nes, tan­dis que le roman de Dide­rot béné­fi­cie de ce suc­cès et est réédi­té plu­sieurs fois. J’en pro­fi­te aus­si, décou­vrant une œuvre bou­le­ver­san­te, nul­le­ment sul­fu­reu­se com­me les ligues cathos avaient vou­lu le fai­re croi­re, mais assu­ré­ment contre le sys­tè­me d’enfermement dans les cou­vents. La Reli­gieu­se est une ode à la liber­té de choi­sir son des­tin. Une nou­vel­le adap­ta­tion – très réus­sie – est sor­tie en 2013 (film de Guillau­me Nicloux avec Pau­li­ne Étien­ne).

Troi­siè­me ren­con­tre, lit­té­rai­re et théâ­tra­le, avec la ver­sion de Jac­ques le fata­lis­te et son maî­tre, don­née par Milan Kun­de­ra (sous le titre Jac­ques et son maî­tre), piè­ce mon­tée notam­ment au Coli­bri à Avi­gnon, dans une remar­qua­ble mise en scè­ne dont j’ai oublié l’auteur [Je l’avais vue avec mon pote met­teur en scè­ne Alain Mol­lot, mort depuis.]

Qua­triè­me éta­pe et on en res­te­ra là, car elle dure tou­jours : c’est la paru­tion des Œuvres de Dide­rot à la Pléïa­de, cet­te col­lec­tion sur papier bible, qui se prê­te­rait à la dévo­tion si on n’y pre­nait gar­de… S’y trou­vent ras­sem­blés des tex­tes magni­fi­ques à hau­te por­tée phi­lo­so­phi­que, dont les seuls énon­cés sont déjà gages de pro­mes­ses inépui­sa­bles – sélec­tion pêle-mêle : Les Bijoux indis­crets, Sup­plé­ment au voya­ge de Bou­gain­vil­le, Le Neveu de Rameau, Le Rêve de D’Alembert, Entre­tien d’un phi­lo­so­phe avec la maré­cha­le de ***,  De la suf­fi­san­ce de la reli­gion natu­rel­le, La Pro­me­na­de du scep­ti­que, Para­doxe sur le comé­dien, Regrets sur ma vieille robe de cham­bre…

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Mathé­ma­ti­cien, phi­lo­so­phe, Jean Le Rond d’Alembert (1717-1783), son grand com­pli­ce de

Au sens ori­gi­nel de l’expression « liber­tin d’esprit », Dide­rot peut  en effet être consi­dé­ré com­me un liber­tin ; c’est-à-dire un libre pen­seur qui remet en cau­se les dog­mes éta­blis et s’affranchit en par­ti­cu­lier de la méta­phy­si­que et de l’éthique reli­gieu­se. Dide­rot pro­fes­se un maté­ria­lis­me assu­ré et un athéis­me serein, qui lui vau­dront tout de même d’être empri­son­né trois mois au don­jon de Vin­cen­nes en 1749 sui­te à la publi­ca­tion de la Let­tre sur les aveu­gles. Invo­quant la connais­san­ce, il revient sur le sujet dans Le Rêve de d’Alembert : « Croyez-vous qu’on puis­se pren­dre par­ti sur l’intelligence suprê­me, sans savoir à quoi s’en tenir sur l’éternité de la matiè­re et ses pro­prié­tés […] ? » Mais pour autant, amou­reux de la scien­ce, il redou­te le scien­tis­me et un ratio­na­lis­me qui assé­che­rait les pas­sions et la part de spi­ri­tua­li­té chez l’homme.

Autant de ques­tion­ne­ments qui nour­ris­sent des dia­lo­gues les plus sub­tils, dans une dia­lec­ti­que où il ne craint pas, com­me dans Le Neveu de Rameau en par­ti­cu­lier, de s’interpeller, de se met­tre en contra­dic­tion avec lui-même ou du moins de se pous­ser dans ses ulti­mes retran­che­ments, d’exposer jusqu’au para­doxe ses creux et ses bos­ses à la cru­di­té… des lumiè­res.

–––   

* Des habi­tants de Bour­ges ont pro­po­sé de débap­ti­ser leur vil­le pour l’appeler « Dide­rot » ou « Rivet­te » !

> > > Écou­ter  « Les Murs indis­crets »» sur le blog de Frank Lovi­so­lo-Gui­chard. Lire au même endroit la Let­tre sur les aveu­gles à ceux qui voient. Quant aux sourds, ben…


« A Touch of Sin ». Quand la Chine explosera

Chine. A Touch of Sin Un grand film : A Tou­ch of Sin, du Chi­nois Jia Zhanh-Ke – va fal­loir appren­dre le man­da­rin, au moins com­me l’anglais, à l’à-peu-près. Où l’on com­prend que la Chi­ne aus­si est mal bar­rée, tout com­me le mon­de, et acces­soi­re­ment la Fran­ce. Pris qu’ils sont dans la fré­né­sie pro­duc­ti­vis­te et consom­ma­toi­re, les Chi­nois n’ont mis que quel­ques décen­nies à sau­ter dans le pré­ci­pi­ce du « Pro­grès ». Mao se dépla­ce en Fal­con pour effec­tuer, mieux et plus vite, le Grand bond en avant dans le capi­ta­lis­me de choc. La Chi­ne perd son âme dans la reli­gion du ren­de­ment, du cynis­me, de la cor­rup­tion. Donc de la vio­len­ce de plus en plus sau­va­ge. C’est le sujet du film. 

Quatre tableaux com­me les qua­tre sai­sons d’un nou­veau cli­mat, ter­ri­fiant. La Chi­ne, désor­mais, pro­duit aus­si des toma­tes hors-sol, cali­brées et insi­pi­des ; sa cam­pa­gne va s’agglutiner aux mons­truo­si­tés urbai­nes (j’apprends par Télé­ra­ma que six péri­phé­ri­ques entou­rent Pékin, qui gros­sit cha­que année de 250.000 voi­tu­res !) ; sa jeu­nes­se « fout le camp », absor­bée par les modes et les codes occi­den­taux ; le béton bouf­fe la ter­re, les pay­sa­ges, les hom­mes, avi­lis par le pognon et la sexua­li­té mar­chan­de. De même, les ani­maux souf­frent, sont exploi­tés, tor­tu­rés – cet­te scè­ne ter­ri­ble du che­val four­bu et bat­tu sau­va­ge­ment, qui fait pen­ser à Nietz­sche et au Che­val de Turin [Pour­quoi Nietz­sche aujourd’hui ?].

Les ulti­mes et déri­soi­res résis­tants appa­rais­sent sur une estra­de de comé­diens-forains jouant dans la rue une scè­ne d’opéra tra­di­tion­nel. Évi­dem­ment, si le seul trai­te­ment pos­si­ble de cet­te gan­grè­ne est la révol­te indi­vi­duel­le à coups de fusil, de pis­to­let, de cou­teau, de sui­ci­de… on ne don­ne pas cher de l’avenir du mon­de dit civi­li­sé. Ce Soup­çon de péché bute sur un réa­lis­me nour­ri de pes­si­mis­me. Le Tita­nic d’aujourd’hui est un de ces por­te-conte­neurs géants [Voir mon repor­ta­ge de 2006 à bord du « Debus­sy » : Sale temps, mon­dia­li­sa­tion : Et vogue le car­go] que n’effarouchent plus les ice­bergs (ils auront tous fon­du !) et qui, à cha­cu­ne de leurs esca­les débar­quent l’imparable came­lo­te d’un mon­de en train de cre­ver la gueu­le ouver­te. Alors, l’espoir…

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Un goût de Taran­ti­no made in Chi­na, le mes­sa­ge poli­ti­que en plus. Le film n’est tou­jours pas sor­ti en Chi­ne… Les DVD y cir­cu­lent pour­tant et la popu­la­ri­té du réa­li­sa­teur y est très for­te.


Cinéma. « Another Year », une cosmogonie de l’ordinaire

Le titre, « Ano­ther Year » me sem­blait s’imposer pour un 31 décem­bre : Une autre année, et aus­si une année autre. Com­me un bilan, un constat, et aus­si une espé­ran­ce : ça ne pour­ra qu’aller mieux… Hmm, pas sûr… Ce film de Mike Leigh est rien moins que magni­fi­que. Je le dis d’abord à ceux qui ris­que­raient de le rater, même si le suc­cès sem­ble l’installer pour un moment… Quoi­que, jus­te­ment, les cho­ses allant com­me elles vont, si vite ou si len­te­ment ; dans l’allégresse ou la détres­se, selon… Deux heu­res et quel­ques sur le temps. Celui qui pas­se, celui qu’il fait, dehors et dedans, dans le mon­de et en soi.

Un film sur le quo­ti­dien autant qu’une cos­mo­go­nie de l’ordinaire, la vie - l’amour - la mort ; l’air - l’eau - la ter­re ; la vil­le et son béton, les aver­ses, le coin de pota­ger et ses toma­tes de fin d’été ; les sai­sons jus­te­ment, les années qui pas­sent. Et s’égrènent secon­des et années, et fanent les fleurs, et repous­sent d’autres grai­nes : une mort, une nais­san­ce ; un fils rebel­le, un père nau­fra­gé ; une fem­me éper­due devant les rides de son miroir, ter­ri­ble face à face – phi­lo­so­pher : appren­dre à mou­rir, jusqu’au sui­ci­de mou au goût acre d’alcool et de tabac ; croi­re cher­cher l’autre en se fuyant soi-même ; accu­ser, juger pour ne se voir point.


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(Lire la sui­te…)


Pétition en faveur du cinéaste iranien Jafar Panahi

En réac­tion à la condam­na­tion à la pri­son du cinéas­te ira­nien Jafar Pana­hi, un col­lec­tif s’est consti­tué autour de pro­fes­sion­nels du ciné­ma et de la cultu­re afin d’organiser pro­tes­ta­tion et soli­da­ri­té. Une péti­tion peut être signée en ligne par tous ceux qui se sen­tent concer­nés par cet­te nou­vel­le attein­te por­tée aux droits de l’homme par le régi­me ira­nien.

« Nous appre­nons avec colè­re et inquié­tu­de le juge­ment du Tri­bu­nal de la Répu­bli­que Isla­mi­que à Téhé­ran, condam­nant très lour­de­ment le cinéas­te ira­nien Jafar Pana­hi. La sen­ten­ce : six ans de pri­son fer­me, vingt ans d’interdiction d’écrire et de réa­li­ser des films, de don­ner des inter­views aux médias, de quit­ter le ter­ri­toi­re et d’entrer en rela­tion avec des orga­ni­sa­tions cultu­rel­les étran­gè­res.

Jafar Pana­hi, condam­né à six ans de pri­son, vingt ans d’interdiction d’écrire et de réa­li­ser des films, de don­ner des inter­views aux médias, de quit­ter le ter­ri­toi­re et d’entrer en rela­tion avec des orga­ni­sa­tions cultu­rel­les étran­gè­res.

« Un autre cinéas­te, Moham­mad Ras­sou­lov, a éga­le­ment été condam­né à six ans de pri­son. Jafar Pana­hi et Moham­mad Ras­sou­lov vont rejoin­dre les nom­breux pri­son­niers qui crou­pis­sent en pri­son en Iran, dans un état de détres­se tota­le. Cer­tains font la grè­ve de la faim, d’autres sont gra­ve­ment mala­des.

« Que repro­che le pou­voir ira­nien à Jafar Pana­hi ? D’avoir conspi­ré contre son pays et mené une cam­pa­gne hos­ti­le au régi­me ira­nien. La véri­té est que Jafar Pana­hi est inno­cent et que son seul cri­me est de vou­loir conti­nuer d’exercer libre­ment son métier de cinéas­te en Iran. Depuis plu­sieurs mois le pou­voir ira­nien a mis en pla­ce contre lui une véri­ta­ble machi­ne de guer­re visant à le détrui­re, à l’enfermer en le contrai­gnant à se tai­re.

« Jafar Pana­hi est cinéas­te et ses films ont été mon­trés dans le mon­de entier. Invi­té par les plus grands fes­ti­vals de ciné­ma (Can­nes, Veni­se, Ber­lin), il est aujourd’hui empê­ché de pour­sui­vre son œuvre de cinéas­te. La lour­de condam­na­tion qui le frap­pe le pri­ve de liber­té, l’empêche phy­si­que­ment et mora­le­ment d’exercer son tra­vail de cinéas­te. Il doit désor­mais se tai­re, s’interdire tout contact avec ses col­lè­gues cinéas­tes en Iran et dans le mon­de entier.

« A tra­vers cet­te condam­na­tion qui frap­pe Jafar Pana­hi, c’est tout le ciné­ma ira­nien qui est mani­fes­te­ment visé.

« Cet­te condam­na­tion nous révol­te et nous scan­da­li­se. Aus­si, appe­lons-nous cinéas­tes, acteurs et actri­ces, scé­na­ris­tes et pro­duc­teurs, tous les pro­fes­sion­nels du ciné­ma ain­si que tous les hom­mes et fem­mes épris de liber­té et pour qui les droits de l’homme sont une cho­se fon­da­men­ta­le, à se join­dre à nous pour exi­ger la levée de cet­te condam­na­tion. »

Rejoi­gnez l’appel aux côtés de : le Fes­ti­val de Can­nes, la SACD, la Ciné­ma­thè­que fran­çai­se, l’ARP, la Ciné­ma­thè­que suis­se, le Fes­ti­val inter­na­tio­nal du film de Locar­no, le Forum des ima­ges, Posi­tif, la SRF, lesCahiers du ciné­ma, Cité­phi­lo (Lil­le), Fran­ce cultu­re, la Mos­tra Inter­na­zio­na­le d’Arte Cine­ma­to­ga­fi­ca di Vene­zia, Cultu­res­fran­ce, la Quin­zai­ne des Réa­li­sa­teurs, Sara­je­vo Film Fes­ti­val, Ciné­ma Gin­dou, Cen­tre Audio­vi­suel Simo­ne de Beau­voir, Cen­tre Cultu­rel Pouya.


Tchad, Cinéma. Mahamat Saleh Haroun a gagné la bataille du Normandie

par Ber­nard Nan­tet

Prix spé­cial du Jury 2010 à Can­nes pour son film Un hom­me qui crie, le cinéas­te tcha­dien Maha­mat Saleh Haroun, dit MSH, va pou­voir réa­li­ser son rêve : fai­re revi­vre le Nor­man­die, ce ciné­ma de Ndja­me­na en par­tie détruit pen­dant les guer­res civi­les qui ont déchi­ré son pays.

Dès 1979, la guer­re civi­le a fait de la capi­ta­le tcha­dien­ne un champ clos où les fac­tions se sont affron­tées autour de quel­ques faça­des de bâti­ments en dur, en par­ti­cu­lier les ciné­mas. Com­me tous les ciné­mas en Afri­que, le Nor­man­die, seule sal­le cou­ver­te du pays, avait nour­ri pen­dant des années l’imaginaire des jeu­nes Tcha­diens. Pas­ser der­riè­re sa faça­de à l’architecture néo art déco, c’était plon­ger dans un mon­de bien plus exo­ti­que et oni­ri­que que subir dans le bois sacré l’initiation tra­di­tion­nel­le que Fran­çois Tom­bal­baye, le pre­mier pré­si­dent, avait remi­se au goût du jour.

Pas­ser der­riè­re la faça­de… © Ph. Ber­nard Nan­tet

Pour les enfants sol­dats des maî­tres de la guer­re se bat­tre autour du Nor­man­die reve­nait à entrer dans la fic­tion pour en fai­re une réa­li­té mor­tel­le… sou­vent aux dépends des civils. C’est ain­si que tou­ché à la jam­be par une bal­le per­due, le jeu­ne Maha­mat Saleh Haround, guè­re plus âgé qu’eux ne dut son salut qu’à la fui­te en brouet­te pous­sée par son père, puis en piro­gue au Came­roun voi­sin.

Petits bou­lots en Libye puis retour­ne­ments de la situa­tion poli­ti­que avec un père deve­nu ambas­sa­deur. Arri­vée à Paris en 1982, décou­ver­te du mon­de, du jour­na­lis­me et des fai­seurs de rêves Cha­plin, Bres­son, Wen­ders, les grands frè­res Sem­bè­ne Ous­ma­ne et Sou­ley­ma­ne Cis­sé. Mais les plaies des guer­res tcha­dien­nes n’arrivent pas à se refer­mer et ses films (Bye, Bye Afri­ca, 1999 ; Abou­na notre père, 2002 ;  Dar­rat, sai­son sèche, 2006), dont le der­nier Un Hom­me qui crie, 2010) sont des constats amers de la tra­hi­son des adul­tes, car « en Afri­que, dit-il, tout adul­te est le père ou l’oncle de quelqu’un  ». Et pour MSH, c’est « cet­te Afri­que [des adul­tes]  qui a inven­té les enfants de la rue et les enfants-solats […] Aujourd’hui, il y a des Afri­cains qui jouent le rôle des colons. Ce que je mon­tre ici relè­ve d’une res­pon­sa­bi­li­té tchao-tcha­dien­ne » (Le Mon­de].

Redon­ner sa pla­ce au rêve : grâ­ce à son prix Maha­mat Saleh Haround a pous­sé le gou­ver­ne­ment à créer un cen­tre de for­ma­tion des jeu­nes à l’audiovisuel. Et le Nor­man­die, remis de ses bles­su­res pro­jet­te­ra son film en avant-pre­miè­re en atten­dant la résur­rec­tion du Rio, un autre éclo­pé de l’époque où des kalach­ni­kov avaient rem­pla­cé les pro­jec­teurs dans ces sal­les qui n’avaient rien d’un Cine­ma Para­di­sio


Chabrol dernière

Clau­de Cha­brol mort, qu’ajouter de plus qui n’aurait été déver­sé dans le flot média­ti­que ? Rien, ou pres­que. Jus­te se dire qu’il aura bien vécu, ain­si qu’il le don­nait à voir. «Bon vivant», l’expression qui revient le plus pour saluer ce cinéas­te pro­lixe (60 films, plus ou moins réus­sis), inven­tif (Nou­vel­le vague), cor­ro­sif (un bour­geois d’origine pour dézin­guer la bour­geoi­sie, il sait de quoi il par­le), sym­pa­thi­que sans la gros­se tête – d’où cet­te pho­to-clin d’oeil qui me sem­ble assez le résu­mer.

Hier soir Fran­ce 2 – plus promp­te à modi­fier ses pro­gram­mes que lors de la mort d’Alain Cor­neau, soit – a dif­fu­sé L’Ivresse du pou­voir, paro­die autour de l’affai­re Elf. Un film plu­tôt embrouillé, des traits for­cés. Mais, par delà, un goût iro­ni­que et actuel, un par­fum gen­re l’Oréal-Bet­ten­court-Woer­th et le sys­tè­me Sar­ko­zy.


Alain Corneau, le musicien à la caméra

Alain Cor­neau au Fes­ti­val du Film Fran­çais de Yoko­ha­ma, le 19 juin 2005. Ph. Wiki­pe­dia

Mes papiers « jazz » seront désor­mais plus au chaud sur le site de Citi­zen Jazz.  Je conti­nue­rai à les signa­ler sur C’est pour dire, com­me c’est le cas avec cet hom­ma­ge au cinéas­te Alain Cor­neau, qui vient de mou­rir.

Alain Cor­neau, le musi­cien à la camé­ra


Mort de Lena Horne. Le charme plus que le swing

Lena Hor­ne dans La Pluie qui chan­te (1946)

Hele­na Hor­ne, dite Lena, vient de mou­rir aux États-Unis à 92 ans. Je prends les devants car je vois débou­ler à son sujet la cli­che­ton­ne­rie média­ti­que qui jamais ne  som­meille. Ce midi, sur Fran­ce Inter, on a eu droit à une queue de jour­nal avec un bout de Stor­my Wea­ther saluant la « gran­de dame du jazz »… Peu après, c’est lemonde.fr qui nous res­ser­vait la même sou­pe à base de la même « gran­de dame du jazz ». Mar­man­de doit être aux cham­pi­gnons ou quoi, alors, on col­ma­te com­me on peut.

Gran­de, Lena Hor­ne le fut sur­tout par sa beau­té. Une beau­té assez hol­ly­woo­dien­ne, pour être jugée pré­sen­ta­ble aux yeux de l’Amérique blan­che et racis­te. Peau clai­re, traits fins, sil­houet­te féli­ne – elle fut sur­nom­mée « la tigres­se » –, Lena Hor­ne connut sur­tout le suc­cès au ciné­ma:  Cabin in the sky (1942), Broad­way Rythm, Swing Fever (1944), Zieg­feld Fol­lies (1946). Mais c’est sur­tout Stor­my Wea­ther (1943) qui la consa­cre par son char­me et un éro­tis­me dis­cret, voi­re mys­té­rieux.

En plus de n’être pas très blan­che, Lena en vint aus­si à épou­ser un juif amé­ri­cain, Hay­ton, l’un des pre­miers chefs d’orchestre et arran­geurs de la MGM. Des stu­dios désap­prou­vent cet­te union « inter-racia­le » et le cou­ple est mis au ban. Dans les années cin­quan­te, le cou­ple est accu­sé d”« acti­vi­tés anti-amé­ri­cai­nes » ce qui vau­dra à Lena Hor­ne une tra­ver­sée du désert émaillée de quel­ques dis­ques qu’elle par­vient tout de même à enre­gis­trer pour RCA. Ses der­niers enre­gis­tre­ments paraî­tront chez Blue Note, sans révé­ler un éclat par­ti­cu­lier. En fait, Lena Hor­ne man­quait plu­tôt de swing. Elle fut plus une chan­teu­se de char­me que de jazz. Mais cer­tes, quel char­me !

»> Voir aus­si un de mes papiers de 2005 ain­si que sur Wiki­pe­dia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Lena_Horne

»> Et puis la voir et l’entendre, rien de tel après tout…Lena Hor­ne - Stor­my Wea­ther (1943)


Mammuth, un film qui laisse passer la lumière

Mam­mu­th, un grand film sur les « peti­tes gens ». Ceux qu’un Pier­re San­sot avait dénom­més Gens de peu, en leur consa­crant un beau bou­quin cha­leu­reux sous le regard du socio­lo­gue. Jean Gue­not, lui a écrit Gens de rien, un roman. Et qui donc avait dit « Ils ont de peti­tes vies mais de grands rêves » ? Peut-être bien Pré­vert, ou alors Brecht. Ici, atten­tion, ciné­ma hors les rails ! com­me il y a des vies hors les murs – quand on peut s’échapper. Jus­te­ment, il s’agit bien d’une esca­pa­de, che­vau­chée dans le fan­tas­que sur­gi de l’ordinaire, pré­tex­te à « dépar­te­men­ta­le movie » en pays cha­ren­tais – puis­que ça se pas­se là, autant dire dans l’Univers, tout au moins hexa­go­nal, bar­dé de vigno­bles et de super­mar­chés.

Mam­mu­th- Pilar­dos­se -Depar­dieu prend sa retrai­te, cel­le qu’on lui concè­de après dix années d’abattoir por­cin pré­cé­dées d’une bon­ne tren­tai­ne d’autres, aux qua­tre coins d’une exis­ten­ce épar­se. Scè­ne génia­le du pot de départ, sty­le « Strip tea­se » à la télé, pour dire vite. On lui offre un puzz­le en boî­te avec ses 2000 piè­ces. « I’ se sont pas fou­tus de toi ! » com­men­te sobre­ment la dame Pilar­dos­se (Yolan­de Moreau, inimi­ta­ble). Ter­ri­ble ques­tion­ne­ment devant l’immensité de la tâche, com­me de devoir réem­boî­ter les piè­ces de tou­te une vie. Un coup à lais­ser tom­ber, à se bar­rer au loin. La moto d’époque fera l’affaire, une vieille tou­te bel­le, même pas ridée, une « Mun­ch-Mam­mu­th » pour les affi­dés du deux-roues ; une sor­te de Ros­si­nan­te qua­si neu­ve pour un San­cho Pan­ça qu’aurait sup­plan­té Qui­cho­te – je me com­prends… D’ailleurs, pour ce qui est du scé­nar et de la fiche tech­ni­que du film, y a plein d’endroits à visi­ter com­me ici et avec des cri­ti­ques et tout.

Je veux jus­te dire – « c’est pour dire », pas vrai ? – à quel point un tel film est rare. Car c’est un film de ciné­ma, oui : qui a du grain, pas du vir­tuel sau­ce holyw­wod. Tout a du grain dans Mam­mu­th, depuis la pel­lo­che (du super 8, même qu’on dirait un bou­quin d’avant Guten­berg) jusqu’à tou­te l’histoire bien grai­neu­se et sur­tout les per­son­na­ges qui, tous, ont un grain. Un vrai grain de bon­ne folie, de ces « fêlés bien­heu­reux, car ils lais­sent pas­ser la lumiè­re ».

Depar­dieu illu­mi­ne de son entiè­re pré­sen­ce. Acteur tota­le­ment lâché à lui-même dans un rôle taillé pour lui, tan­dis qu’il est taillé pour le film. C’est Obé­lix jouant Fal­staff, pas dans du Sha­kes­pea­re, ou alors en ver­sion ras du quo­ti­dien, celui des gens de peu, jus­te­ment, de ceux qu’ont pas les mots qu’i faut, sur­tout pour par­ler aux boî­tes voca­les et autres robots télé­pho­ni­ques qui nous pren­nent pour des brè­mes. Mam­mu­th c’est aus­si l’anti-frime, gros­se moto peut-être mais pour rou­ler à vites­se humai­ne, pous­sé par un gros-cul, dou­blé par un sau­va­ge court-la-mort. Mam­mu­th et sa mada­me, cais­siè­re de super­mar­ché, c’est aus­si des mots d’amour com­me on n’en dit jamais au ciné – sauf là, dans ce débor­de­ment d’humanité.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­tai­gne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramas­se un frag­ment et dit que tou­te la véri­té s’y trou­ve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le mon­de chan­ge »

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  • Salut cousin !

    Je dou­te donc je suis - gp

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