On n'est pas des moutons

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Comment le nucléaire marque le clivage entre productivisme et humanisme

Quand il se fait pré­di­ca­teur de l’Apocalypse, ce n’est pas ce que j’aime le plus chez Paul Viri­lio, ce pen­seur de la tech­no­lo­gie alliée à la vitesse. C’est sans doute à cause du ton, par trop péremp­toire. Pour­tant, lorsqu’il pré­dit que tout ce qui peut arri­ver finit par arri­ver il est impa­rable et nous plonge le nez dans l’actualité la plus « radieuse ». Ainsi, je résume en sub­stance, en inven­tant le che­min de fer, l’homme a inventé le déraille­ment. De même pour l’auto et les pla­tanes, l’avion et les crashes, les cen­trales nucléaires et Fuku­shima ou Tchernobyl.

Merci donc, Paul V. d’avoir fait de ces évi­dences l’un des pivots de nos moder­ni­tés infernales.

S’agissant du nucléaire, nous nous voyons pro­je­tés dans un autre registre que celui de l’accident, même le moins banal. Ainsi devons-​nous nous attendre, hélas, aux 600 ou même 800 cadavres qu’il fau­dra dénom­brer du crash « annoncé » d’un A-​380 – l’appareil pro­ba­ble­ment vanté dans les pros­pec­tus comme « le plus sûr du monde ». On sait : il en fut de même du Concorde, …jusqu’à son der­nier vol. On repar­lera une autre fois de l’épopée fatale du Tita­nic.

Mais le nucléaire… Ici, nous chan­geons tota­le­ment de registre puisque, même en ayant déjà décrété les actuelles ins­tal­la­tions comme les « plus sûres du monde », cette prétention-​slogan se fra­casse contre la ter­rible « loi » de Paul V. Et aujourd’hui, la ter­ri­fiante et déso­lante actua­lité oblige les tech­no­crates – au sens strict : « qui gou­verne par la tech­nique » – à ajou­ter une couche sup­plé­men­taire à ladite sûreté prise en défaillance. Madame Areva s’est ainsi dépê­chée, au troi­sième jour de l’Apocalypse japo­naise, de pro­mou­voir le super-​modèle déjà en maga­sin sous l’appellation magique de « EPR ». Si les Japo­nais, eut-​elle l’outrecuidance d’énoncer en sub­stance, avaient été équi­pés de cen­trales EPR, ils n’en seraient pas là !

Madame Areva, dans la caté­go­rie géné­rique des tech­no­crates, fait par­tie de la sous-​espèce dite des « nucléo­crates » – ceux qui gou­vernent par le nucléaire. Il s’agit de têtes d’œuf, donc « bien faites et bien pleines » des dogmes de l’infaillibilité de la chose ato­mique. Tel­le­ment bour­rées de ladite chose qu’il n’y a plus, dans ces cer­veaux ainsi satu­rés, la moindre place pour quelques réflexions et connais­sances qui limi­te­raient leurs orgueilleuses pré­ten­tions et les ouvri­raient, sinon vers une franche huma­nité, du moins vers un sens authen­tique du bien commun.

Madame Areva : « Nous, les ensei­gne­ments on les a déjà tirés dans tous nos « desi­gns » (sic)

Pas­sa­gè­re­ment secoués par la catas­trophe de Tcher­no­byl, ils ne man­quèrent pas de se rem­plu­mer lors de ce der­nier quart de siècle, qui vit aussi l’émergence d’une relève de géné­ra­tion toute neuve, pim­pante, sûre d’elle et conquérante…

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Allègre s’estime diffamé par Politis, qu’il attaque en justice

L’ancien ministre Claude Allègre s’estime dif­famé par une tri­bune parue dans Poli­tis le 18 juin 2009. Le texte por­tait les signa­tures de huit per­son­na­li­tés du monde uni­ver­si­taire, scien­ti­fique ou asso­cia­tif. L’hebdo lance une péti­tion de sou­tien.

Les auteurs de la tri­bune qui dérange Allègre, ainsi que le direc­teur de la publi­ca­tion, ont été mis en exa­men pour « dif­fa­ma­tion publique envers un fonc­tion­naire public ». Ledit fonc­tion­naire n’est autre que Claude Allègre, dont Patrick Piro brosse le por­trait dans le numéro en cours.

«Nous n’aimons guère l’adjectif « contro­versé », écrit Denis Sief­fert, le rédac­teur en chef, Mais s’il s’applique à quelqu’un, c’est bien à Claude Allègre. L’homme est de nou­veau, aujourd’hui, au cœur d’une contro­verse qu’il a lui-​même pro­vo­quée en contes­tant vio­lem­ment les tra­vaux des cli­ma­to­logues qui nous mettent en garde contre les consé­quences de cer­taines acti­vi­tés humaines sur l’avenir de la pla­nète. Il est entré dans ce débat comme tou­jours, sans être trop regar­dant sur les moyens ni les argu­ments. Comme un mau­vais rug­by­man dans la mêlée : en pié­ti­nant ses adver­saires. Contrai­re­ment à la pré­sen­ta­tion que l’on fait de lui dans cer­tains médias com­plai­sants, il n’est pas un « scep­tique ». Le scep­ti­cisme ne peut pas plus s’appliquer aujourd’hui aux conclu­sions des cli­ma­to­logues du monde entier qu’à la roton­dité de la terre. Ce que M. Allègre appelle impro­pre­ment scep­ti­cisme, c’est l’incrédulité de l’ignorance. Et pire encore : l’exploitation de cette incré­du­lité par quelqu’un qui sait.

«Mais, en juin 2009, lorsqu’est paru sous le titre « Claude Allègre : ques­tion d’éthique » le texte de Poli­tis, l’important per­son­nage avait une autre actua­lité. On par­lait de lui comme minis­trable dans le gou­ver­ne­ment Fillon. Il s’apprêtait à deve­nir dans le domaine des sciences et de l’éducation ce qu’Éric Bes­son, ancien socia­liste comme lui, est à la soli­da­rité et aux droits de l’homme. Aurions-​nous, mal­en­con­treu­se­ment, inter­féré dans ce calen­drier ? Serait-​ce la cause de la colère de Claude Allègre à notre égard ? Quoi qu’il en soit, nous vou­lons dire ici que, ce texte, nous sommes fiers de l’avoir publié et nous l’assumons plei­ne­ment aux côtés de nos sept amis – sept, hélas, et non pas huit, puisque Jean-​Yves Bar­rère, emporté par la mala­die, nous a quit­tés depuis. Ce texte, il peut se lire comme un bilan cri­tique de toute une car­rière. Mais aussi comme pré­mo­ni­toire de la polé­mique sur le cli­mat. Preuve de sa double actualité.»

»> Voir aussi : Allègre, GIEC, curés pédo­philes. Science et reli­gion dans le plus obs­cur climat


Allègre, GIEC, curés pédophiles. Science et religion dans le plus obscur climat

Malaise dans nos civi­li­sa­tions. Civi­li­sées, le sont-​elles, d’ailleurs, autant qu’elles le pro­clament ? Où que l’on tourne le regard, le doute nous sai­sit. Quels repères, quels sens trou­ver qui indiquent direc­tion, espoir. « Le monde est pourri, la vie est belle », j’aime bien cette parole de Claire, une copine, qui ajou­tait aussi, d’une convic­tion entière, « On fait ce qu’on peut ». Ça res­semble à du banal. Ce n’en est pas, non. Qui, en effet, peut pré­tendre ici-​bas accom­plir tout son pos­sible ? Vrai­ment tout le pos­sible… C’était ma minute philo qui m’entraîne dans la patau­geoire que nous appe­lons aussi « actua­lité », là où tout le pos­sible n’est jamais épuisé. J’en prends deux bouts, les deux extré­mi­tés d’un bâton bien merdique :

– D’un côté des curés per­vers, pas­sant à l’acte sur des enfants qu’ils ont mis­sion de gui­der… ; dans cette lignée, un appa­reil, celui du pou­voir reli­gieux ecclé­sias­tique et sa cohorte éco­no­mique et hié­rar­chique, sous-​papes et pape, l’État vati­ca­nesque, ses suc­cur­sales mon­dia­li­sées pro­pa­geant la « bonne parole » – tu parles, oui !

– De l’autre, une ten­ta­tive de poli­ti­sa­tion de la science par le tru­che­ment de deux illu­sion­nistes média­ti­sés, Vincent Cour­tillot et sur­tout Claude Allègre cumu­lant, lui, la fonc­tion com­plé­men­taire d’escamoteur et chantre du libé­ra­lisme « décomplexé ».

Il s’agit bien d’un seul et même tenant, celui de la dis­si­mu­la­tion, de la fal­si­fi­ca­tion, formes visibles de cet obs­cu­ran­tisme reve­nant à l’offensive sau­vage dans nos temps en perte de lumières.

Les reli­gions – depuis le temps ! – ont impré­gné toutes les strates de nos socié­tés, condi­tion­nant jusqu’à nos incons­cients, notre lan­gage, nos com­por­te­ments. Comme les sys­tèmes tota­li­taires, elles ont aussi sécrété leurs ordres poli­ciers, déployé des agents d’inquisition, enfoncé « leur main noire jusque dans le ventre des hommes » – Panaït Istrati en 1927 à pro­pos du sta­li­nisme. Plus encore, elles ont acquis cette sorte de sta­tut reconnu d’agent cultu­rel, patenté, celui du medium selon la ter­mi­no­lo­gie de Régis Debray qui s’interroge sur leur sens pro­fond et les ques­tion­ne­ments que l’animal humain y place dans la durée de son histoire.

Par­tout dans le monde débous­solé, les reli­gions se sont ins­crites comme des mani­fes­ta­tions « natu­relles » de don­nées émi­nem­ment cultu­relles : les croyances et les super­sti­tions. Dar­win, pour com­men­cer, puis ses conti­nua­teurs dont les plus actuels – entre autres, Patrick Tort en France et Richard Daw­kins en Grande-​Bretagne – ont inté­gré les com­por­te­ments reli­gieux dans les pro­ces­sus de l’évolution natu­relle. Je passe ici sur leur argu­men­ta­tion, for­cé­ment com­plexe, pour plu­tôt faire res­sor­tir les dif­fi­cul­tés énormes que semble affron­ter le genre humain dans son immense majo­rité à pour­suivre son évo­lu­tion en direc­tion d’une ratio­na­lité affir­mée, et pour autant non dénuée de spi­ri­tua­lité – au contraire !

Certes, il fau­drait ici en appe­ler aux plus amples déve­lop­pe­ments ; ce n’est pas le lieu et je n’en ai pas non plus la pré­ten­tion. Je ne fais donc que frô­ler cette pro­blé­ma­tique à l’occasion des affaires de pédo­phi­lie ecclé­sias­tique qu’on peut consi­dé­rer sous deux angles.

Le pre­mier ne serait qu’anecdotique s’il ne tou­chait à une cri­mi­na­lité et à ses vic­times ; il montre que les curés, condam­nés à la névrose et au refou­le­ment sexuel au nom du dogme le plus absurde selon lequel l’amour « nor­mal », sexua­lité com­prise, contre­vien­drait au « dévoue­ment au Sei­gneur »… Faut-​il avoir par­couru toute une chaîne de patho­lo­gies mul­tiples pour accou­cher d’une telle héré­sie. Héré­sie elle-​même fon­da­trice du code géné­ral de défi­ni­tions et dénon­cia­tions de toutes les autres, au nom du Dieu, bien sûr, et plus encore du Dogme cano­nique. Ainsi boucle-​t-​on des sys­tèmes tota­li­taires, en reli­gion comme en poli­tique, ou plus géné­ra­le­ment en idéo­lo­gie. Si on admet que les curés ne sau­raient être moins névro­sés que le reste de la popu­la­tion – c’est l’argument qui sert de défense à l’Église –, outre que cela donne matière à objec­tion, rap­port au fameux « vœu de chas­teté », il ne faut pas oublier que ces « ser­vi­teurs » sont cen­sés se pré­sen­ter en paran­gon de Vertu, et se pré­tendent tels ! On a donc beau et faux jeu que de mini­mi­ser leurs crimes au pré­texte qu’ils ne seraient pas moindres de ceux des autres ber­gers de la société, comme les ins­ti­tu­teurs de la laïque, sui­vez mon regard. L’argument me ren­voie à celui par lequel on oppose le régime cas­triste de Cuba à une pseudo démo­cra­tie capi­ta­liste. Il s’agit bien de dic­ta­tures, mais l’un pré­tend avoir mené son peuple au Para­dis socia­liste. Ce qui n’excuse nul­le­ment l’autre !

Second angle : Ces « ani­croches » cor­res­pon­draient en somme à d’ordinaires ano­ma­lies concer­nant des bre­bis éga­rées. Il suf­fit de les remettre dans le droit che­min et tout ira bien et même mieux qu’avant. Un petit coup de « plai­der cou­pable », quelques contri­tions – vous savez ces séances publiques, bien média­ti­sées, de par­don­nage impu­dique et en larmes de cro­co­diles, même les poli­ti­cards en raf­folent, les patrons bri­gands encore plus, du moment que ça fait pas­ser les pilules du len­de­main… Moyen­nant quoi tout repart comme avant et, pour ce qui est des sys­tèmes d’aliénation reli­gieuse, tout rentre dans l’ordre ecclé­sial et sur­tout sécu­lier. Amen !

Deuxième bout du même bâton, donc. Il touche à la démarche ration­nelle, à la science, à la ten­ta­tive de l’homo sapiens, s’étant mis debout, de voir au delà de la seule chan­delle qu’il porte. La pen­sée construite – c’est-à-dire argu­men­tée et contrée avant vali­da­tion et pour­suite vers l’étape sui­vante – spé­ci­fique de l’ani­mal humain [je tiens cette judi­cieuse expres­sion de Wil­helm Reich], vaut par sa capa­cité à éclai­rer son deve­nir ; elle implique une idée de mieux-​être, d’avancée dans une huma­nité en marche et sou­cieuse de n’abandonner rien de ce qui est humain et de ce qui y contri­bue. Sa rup­ture d’avec l’irrationalité reli­gieuse repose sur l’ancrage pré­ci­sé­ment ter­restre et non céleste, tem­po­rel et non éter­nel, réel et non contingent.

Elle s’écarte aussi de la foi, soit en l’excluant comme hypo­thèse non ration­nelle, soit en la relé­guant au monde de l’intime. Savoir et croire, ça fait deux. Deux états qui se confrontent aussi au quo­ti­dien, notam­ment dans le champ de la (dif­fi­cile) com­mu­ni­ca­tion entre per­sonnes, notam­ment aussi dans l’établissement de ce qu’on appelle réa­lité ou vérité. Entre paren­thèses, le métier de jour­na­liste se trouve pré­ci­sé­ment à la croi­sée de ces états selon les­quels se consti­tuent, pour tout un cha­cun, son propre rap­port au monde.

La Science, quant à elle et moins que toute acti­vité humaine, ne sau­rait s’exclure de la sépa­ra­tion de ces états. Elle part de là et c’est de là aussi que sur­git un cli­vage, voire un schiste : uni­fier savoir et croyance par éli­mi­na­tion « natu­relle » de la der­nière ; ou bien sépa­rer les deux domaines, consi­dé­rer qu’ils peuvent fonc­tion­ner sépa­ré­ment, voire col­la­bo­rer.

Que le doute se sai­sisse du monde scien­ti­fique, ou l’interpelle comme on dit, je n’y vois qu’avantage et néces­sité. Trop de « cer­ti­tudes » ou de « vérité » ne peut que nuire à l’établissement des don­nées de la com­plexité. Mais un soup­çon même de croyance, n’entache-t-elle pas l’ensemble de la démarche scien­ti­fique – point d’interrogation.

Pour en reve­nir aux deux « contre­ve­nants » s’opposant au Groupe d’experts inter­gou­ver­ne­men­tal sur l’évolution du cli­mat (GIEC), je ran­ge­rais Cour­tillot dans la pre­mière caté­go­rie – celle des semeurs de doute quant à la Vérité cli­ma­tique, sous réserve de vali­dité de l’argumentation, bien sûr –, et Allègre dans la seconde, évi­dem­ment, celui des mani­pu­la­teurs déli­bé­rés dont les visées peuvent, pour le moins, être sus­pec­tées d’intentions « impures » quant à la démarche scien­ti­fique. Les 400 cli­ma­to­logues qui lui volent dans les plumes [Le Monde, 2/​4/​10] semblent pos­sé­der de solides argu­ments. Je dis « semblent » car ils en pré­parent une pré­sen­ta­tion pro­chaine. Mais indé­pen­dam­ment, il y a le per­son­nage même d’Allègre, for­te­ment émet­teur d’antipathie – tant de suf­fi­sance ubuesque ! tant d’arrivisme poli­tique ! Il y a aussi et sur­tout son atti­tude de faus­saire l’ayant amené à fal­si­fier des don­nées scien­ti­fiques et des courbes – ce qu’il a reconnu en « rai­son » d’« un choix édi­to­rial ». Et ce qui l’exclut du champ scien­ti­fique. De même lorsqu’il conclut son débat avec un éco­lo­giste [Yan­nick Jadot, France Inter, 31/​03/​10] par, en sub­stance, « De toutes façons, la Nature répare tou­jours les dégâts des hommes »… – ce qui était déjà, dans les même termes, le credo libé­ral d’un Made­lin, ou des néo-​conservateurs états-​uniens. Dès lors, il ne reste plus qu’à tirer l’échelle sous ce Nostra­da­mus à la manque et à le ren­voyer à ses pré­dic­tions vol­ca­niques et autres délires sur l’amiante.


Copenhague. La sirène et la grenouille

2rainette.1261238803.jpg

11rainette.1261239393.jpgC’est un conte de Noël, emprunté à La Pro­vence [18/​12/​09]. Lisez voir ci-​contre [clic droit] leur plat billet, mieux que rien. Mais à la veille du fiasco de Copen­hague – on peut bien cre­ver la gueule ouverte – l’historiette de la rai­nette de Salon valait bien une fable. Même les Fon­taine se tarissent de nos tristes jours. Je tente la mienne, éga­le­ment à base de gre­nouillette, peut-​être même de l’espèce de Salon (de Pro­vence).
J’allais don­ner de ma grande cisaille à déga­ger le lierre enva­his­sant. Je l’ai aper­çue entre les deux lames, me scru­tant de ses yeux d’or, le jabot pal­pi­tant d’une courte res­pi­ra­tion. Inquiète ? Stres­sée ? Elle m’a laissé le temps d’une pause photo et même plus, comme une star­lette sur les marches de Cannes. Elle posait là dans le plus simple appa­reil, sur le plas­tique noir et tech­nique d’un boî­tier élec­trique ; à contem­pler le monde, sans rien savoir de Copen­hague ni de sa petite sirène au chant trom­peur. Mais en en connais­sant bien tous les enjeux. C’est bien ça : elle fré­mis­sait sous l’air incer­tain, souf­flant le chaud et le froid. Comme nous en somme, pauvres humains, sur la même galère en dérive. Jadis ani­mal fétiche de la météo, elle par­cou­rait l’échelle du temps qu’il fait. La voilà deve­nue, petite et magni­fique gre­nouille, sym­bole du temps qui reste.


La dernière du jour : Et si l’Europe se chauffait avec le soleil du Sahara ?

« Un consor­tium alle­mand veut lan­cer un grand pro­jet de cen­trales ther­mo­so­laires. Pro­duite en Afrique saha­rienne, l’électricité tran­si­te­rait sur des lignes à haute ten­sion. Les pre­mières livrai­sons pour­raient avoir lieu dans dix ans ». [Le Monde, 13/​7/​09]

La der­nière richesse de l’Afrique pas encore exploi­tée, le soleil, bon sang, que fai­saient les rapaces à la lais­ser ainsi dorer… au soleil ? Sur­tout, que les Afri­cains ne se dépêchent pas d’entrer « dans l’Histoire », qu’on les pille encore un peu plus !

Remar­quez que les plus pour­ris des poli­ti­ciens afri­cains n’ont pas attendu cette lumi­neuse idée venue du Nord. Ainsi, dans la si longue lignée des dic­ta­teurs du conti­nent, un Mobutu a-​t-​il placé le Congo-​Kinshasa en coupes réglées ; pour exploi­ter, à son compte per­son­nel pour com­men­cer, les immenses richesses minières du pays, il a fait construire des bar­rages hydro­élec­triques, dont un gigan­tesque des­tiné à ali­men­ter les mines de cuivre du Katanga. Les lignes à haute ten­sion tra­versent le pays, sans même condes­cendre dans les pauvres vil­lages quelles sur­plombent [lire sur ce blog : Congo-​Banque mon­diale. Ou com­ment, avec deux euros par mois, rem­bour­ser une dette de 10 mil­liards ]

Donc l’énergie solaire et son exploi­ta­tion, c’est déjà com­mencé avec les bar­rages. La nou­veauté, sous cou­vert « tech­no­lo­gique » – jadis les mis­sion­naires et les mili­taires pré­cé­daient les colons ; aujourd’hui c’est la « tech­no­lo­gie » qui déboule d’abord – c’est de la jouer « écolo » avec des pan­neaux solaires. La blague ! Ils vont tout bon­ne­ment enva­hir le Sahara – pas grave, c’est un désert – et plan­ter leurs pylônes à tout va. Sans doute n’oseront-ils pas, ces affai­ristes tein­tés de sens démo­cra­tique, on ne rigole pas, la jouer car­ré­ment à la Mobutu. Non, ils dis­tri­bue­ront plus visi­ble­ment, osten­si­ble­ment, quelques miettes de kilo­watts à grands coups de com’ tiers-​mondiste. Crai­gnons le pire. Pour le peu que les Chi­nois sur­en­ché­rissent en tirant leurs lignes jusque là-​bas…

Obama devra reve­nir encore et sou­vent sur les traces de ses loin­tains ancêtres s’il veut par­ve­nir à bran­cher leurs actuels des­cen­dants sur les étroites voies du libé­ra­lisme démocraticable.


Écologie mon amour. Le « tour du monde » de Depardon ne vaut pas un pet de baudet

Voici donc l’Air du Bar­bier de Nos­villes : demain on va éco­lo­gi­ser gra­tis et entrer dans une ère nou­velle, prout-​prout ma chère comme dit ma copine Chan­tal. L’ère en ques­tion, l’air nou­veau que voilà demain tout de suite ce sera selon la recette du pâté de che­val à l’alouette : une cen­trale nucléaire, un mou­lin à vent, dixit le Sarko nouvo.

Or, à pro­pos de vents et de prouts, je vais vous en conter une. Si vous sui­vez ma prose blo­gueuse, vous savez donc que l’été der­nier, j’ai effec­tué un périple fan­tas­tique exposé dans un ouvrage du même aca­bit bra­ve­ment inti­tulé « Le tour d’un monde en sept jours avec un âne en Pro­vence ». [Sui­vez le lien pour plus d’info et si pos­sible le com­man­der].
Certes, je me fais un peu de pub au pas­sage mais, vous l’allez voir, elle se jus­ti­fie plei­ne­ment, en par­ti­cu­lier depuis les der­nières euro­péennes, avec les résul­tats qu’on sait.

Donc, disais-​je, pour fêter à sa manière la sor­tie de mon bou­quins [voir ci-​dessus…], ma fian­cée m’a offert… un autre bou­quin au titre pro­vo­ca­teur : « Le tour du monde en 14 jours, 7 escales, 1 visa ». L’auteur est un peu plus connu que celui du « Tour d’un monde, bour­ri­cot, etc. ». C’est un cer­tain Ray­mond Depar­don, qui clame ceci sur la 4e de couv’ : « Je reviens fati­gué, mais heu­reux de voir que la Terre est ronde »… Beuh… Fati­gué, Ray­mond ? On le com­prend, le cham­pagne dans les zincs de pre­mière classe ou classe biz­ness, ça pompe. Il a d’ailleurs la can­deur, notre « pho­to­graphe de répu­ta­tion inter­na­tio­nale », de nous mettre sous le nez, les fac-​simile de ses billets, tous ou presque de Uni­ted Air­lines, comme ça on sait d’où vient le pognon.

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A l’heure de l’écologie triom­phante, pour sûr, notre Depar­don se sent un peu péteux rap­port au kéro­zène qu’il a bouffé, en plus des petits fours de Uni­ted Air­lines. Alors, à la façon du non moins fameux et pom­peux Yann Arthus-​Bertrand [j’ai subi le début de son « Home » et ça m’a bien vite plus que gon­flé aussi…], lequel est à Fran­çois Pinault ce que Depar­don est à Uni­ted Air­lines, notre super pho­to­graphe a cher­ché un ou deux… par­dons par anticipation.

Il l’explique à la toute der­nière page de son bou­quin, une idée d’éditeur on dirait même : « Ray­mond Depar­don a sou­haité com­pen­ser les émis­sions de CO2 liées à son voyage. Il a fait appel à la fon­da­tion suisse Mycli­mate, une des entre­prises de com­pen­sa­tion de car­bone les plus répu­tées (on compte aujourd’hui envi­ron 170 entre­prises de ce type). Le cal­cul des émis­sions de CO2 s’effectue à par­tir de la consom­ma­tion de kéro­sène des avions emprun­tés ainsi que de la classe dans laquelle le pas­sa­ger a voyagé. Pour son tour du monde, Ray­mond Depar­don a par­couru 45157 kilo­mètres en pre­mière classe et en busi­ness. Les émis­sions de car­bone liées à ce voyage sont ainsi esti­mées à 17246 tonnes, com­pen­sables par un don de 1234 €. Cette somme, que Ray­mond Depar­don a rever­sée à Mycli­mate, per­met à cette fon­da­tion de finan­cer des pro­jets spé­cia­li­sés dans la pro­mo­tion des éner­gies renou­ve­lables et dans la limi­ta­tion de la consom­ma­tion d’énergie. » [Sou­li­gné par moi].

Pas beau ça ? Se don­ner bonne conscience, ça coûte pas cher quand on a les moyens. Ce bou­quin est une escro­que­rie intel­lec­tuelle, d’ailleurs révé­lée par les quelques lignes mal­ha­biles ten­tant à jus­ti­fier cet injus­ti­fiable « tour du monde en soli­taire ». Tu parles !

Tan­dis que bibi, avec son « Juju » de bau­det pro­ven­çal, a réa­lisé son tour d’un monde en moi­tié moins de temps et pour zéro émis­sion de CO2… Zéro, vrai­ment ? Ah non, pas tout à fait, il faut comp­ter nos pets – eh ! – et sur­tout ceux de l’âne, pos­si­ble­ment volu­mi­neux mais rares en vérité, si on n’évalue pas ce qui se passe lors de l’émission de crottin.

Or, ce matin, j’aborde la chose avec un spé­cia­liste, Patrick Piro, jour­na­liste « éco­lo­gie » à Poli­tis et vieux copain. Voici ce qu’il m’apprend presque en s’excusant : « Puis-​je sou­li­gner que le pet des bour­ri­cots est neutre cli­ma­ti­que­ment, si l’on consi­dère que l’herbe bouf­fée repousse (fer­ti­li­sée par les déjec­tions), fixant le car­bone relâ­ché ? D’autant que les ânes n’étant pas des her­bi­vores poly­gas­triques comme les bovins, leurs fla­tu­lences n’émettent que peu ou pas de méthane. »

Ainsi étais-​je, en tant que grand voya­geur tour-​de-​mondiste, tota­le­ment absout de pol­lu­tion nocive !

Quant au bou­quin lui-​même, il n’a pas dû être trop dépen­sier : sorti à peu d’exemplaires (400) chez un impri­meur éti­queté « Imprim’ vert », il a seule­ment dû être trans­porté par camion­neur et par la poste.

A ce pro­pos, je peux même vous l’envoyer ! : chèque de 14 euros, et hop vous voya­ge­rez plus qu’avec Depardon !



  • Mai 2012, en rouge et bleu…

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  • « L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances » Ber­trand Russell
  • Non à la propagande d’AREVA !

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  • « La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste » Claude Lévi-​Strauss
  • – Ouah, la poilade !

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  • Fin de bestiaire

    Mou­tons, orangs-​outangs, canards… Dans mon bes­tiaire, on devrait aussi croi­ser la cohorte des humains cré­dules cou­rant après leurs propres sor­nettes… Suf­fit de regar­der autour de soi. Et de se regarder…

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