On n'est pas des moutons

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Cuba. Fidel Castro en apothéose funèbre

Mort, Fidel Castro peut désormais accéder à l’apothéose, dernier grade qui manquait à sa gloire. Il était temps car l'icône se craquelle. Les cérémonies d’adieu au « commandante » s’annoncent grandioses – de vraies pompes funèbres. Mais les « grands » de ce monde modèrent leurs élans « obséquieux »… Ils ne feront pas tous le voyage, pressentant que l’Histoire se garde désormais d’absoudre à l’aveuglette. Une page de Cuba s’est déjà tournée pour les centaines de milliers d’exilés. Cette fois, c’est le livre du mythe révolutionnaire qui va se refermer sur un peuple abusé, gavé de palabres. Un peuple qui va enterrer le Père sans l’avoir tué.

Un 1er mai, place de la Revolucion à La Havane [dr]

Un 1er mai, place de la Revolucion à La Havane [dr]

Il y en eut tant d’autres de ces cérémonies à la gloire du « Commandante » rassemblant son million et plus de « communiants » ! Ce jour-là, c’était jour de fête : la Revolucion offrait la journée de congé, les sandwiches et la bière. Il aurait fait beau snober l’événement ! Sans parler de la vigilance des CDR, Comités de défense de la révolution quadrillant le pays jusqu’aux blocs d’immeubles. Un flicage intégré aussitôt la prise de pouvoir. Au départ, tout peut se justifier dans un processus révolutionnaire. D’autant que l’ennemi ne tarde pas à surgir. Et que cet ennemi sera toujours menaçant, utilement menaçant. Castro en fera son dogme : « Dans une forteresse assiégée, toute dissidence est une trahison ». C’est une phrase de Saint Ignace de Loyola – n’oublions pas que Fidel Castro a fréquenté l’école des jésuites à Santiago…

Le castrisme est enfant de l’Oncle Sam. Il lui a ouvert un boulevard idéologique et surtout politique, selon la pratique impérialiste constitutive des Etats-Unis, celle de la force immanente, mue par le dollar, les armes et bénie de la « main de Dieu » – In God we Trust. Il en fut ainsi des Amérindiens, d’abord, puis des innombrables interventions de la CIA et des militaires 1 Avec son embargo qui resta inefficace en fin de compte 2, le régime américain ne laissa plus d’autre choix à Castro que de se tourner vers l’Union soviétique. De même que la faillite de l’URSS en 1990 imposa le mariage avec le Venezuela de Chavez.

Parmi les adorateurs de « Fidel » (et de Chavez), son camarade Jean-Luc Mélenchon qui, lui, entrera bien dans l’Histoire avec deux fameux tweets (cliquer pour les agrandir) :

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La grande force de Castro – au risque même d’un conflit nucléaire ! – a été d’internationaliser sa résistance à l’empire voisin 3. tout en exploitant à fond l’image biblique du David barbudo affrontant l’affreux Goliath, se prêtant objectivement à cette mise en spectacle dans lequel il tenait le sale rôle. D’où le capital de sympathie accumulé par le régime de Cuba et sa « révolution des Tropiques » à base de rhum, cigares, salsa et petites pépées. De quoi séduire plus d’un Hemingway, et des cohortes de touristes bien canalisés, sans oublier les précieux relais idéologiques que constituaient les intellectuels ébahis, à l’esprit critique en berne.

Ils accoururent à toute vitesse, pour se limiter aux Français, les Gérard Philipe, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, les Agnès Varda, Chris Marker, Jean Ferrat, Bernard Kouchner, Claude Julien, les écrivains Michel Leiris, Marguerite Duras, Jorge Semprun ou l'éditeur François Maspero. Même François Mitterrand, et Danielle surtout, présentèrent leur dévotion au « commandante », sans oublier évidemment Régis Debray – qui en revint sur le tard… Même de Gaulle, de Villepin et jusqu’à Dupont-Aignan saluaient Castro le souverainiste !

Je dois dire que je fus – un peu – de ceux-là, ayant commis quelques articles pas très regardant sur les dessous d’un système manipulateur, avec l’excuse non absolutoire de la jeunesse – c’était de surcroît en mai 68 ! Je n’en fus pas pour autant récompensé : ayant émis quelques timides critiques, Cuba me priva de visa professionnel et dut, par la suite, me contenter d’une visite « touristique », libre mais malgré tout un peu risquée. 4 Cependant tout se passa sans encombres. J’en tirai quelques articles, dont celui-ci, encore inédit.

Place d’Armes, dans la vieille Havane, novembre 2008.

Agitant un petit drapeau russe, le guide rassemble son troupeau du jour. Les bouquinistes vendent la révolution et ses produits dérivés plus ou moins jaunis. Le Che, Camilo Cienfuegos, Hemingway et même Sartre, de Beauvoir. Et Fidel, certes. En bonne place sur son présentoir en bois peint, trône le Cien horas con Fidel, récit des cent heures que le lider maximo a passées en compagnie d’Ignacio Ramonet, qui fut patron du Monde diplomatique

Je m’interroge sur la couverture du livre, sur la photo de Castro, casquette et tenue « olive verde » de rigueur, regard noir, étrange, œil déjouant l’autre ; un œil troublant, comme absent. Il se tient la barbe, entre pouce et index qui semblent aussi obliger le sourire. Sourire ou rictus ? Pose ou attitude de doute – il serait temps… L’image date d’avant la maladie déclarée.

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La Havane, place d’Armes. La bouquiniste a juré ses grands dieux qu’elle n’était pour rien dans ce rapprochement pour le moins sacrilège entre Pinocchio et les cent heures d’entretien Castro-Ramonet… [Ph. gp]

Cent heures…, soit, disons, vingt jours à palabrer… Vingt jours, la durée de mon périple à travers l’île, à la rencontre « des gens » ; à les observer et les écouter, à tenter de comprendre dans sa complexité ce pays si attachant et déroutant. Au pluriel et en espagnol, palabras veut dire discours. En cubain, il ne peut s’agir que des grand-messes castristes. Des offices pagano-religieux voués au culte du lider, place de la Révolution, sous l’œil statufié de José Marti, l’Apostol et père de l’Indépendance, désormais secondé par l'effigie grandiose du Che, devant une foule millionnaire (mais si pauvre) soumise au prêche interminable d’un bonimenteur de carrière…

Roi du baratin pompeux autant que redondant et démagogue, Fidel Castro aura passé au total des mois entiers, voire des années à palabrer. Ses discours ont parfois dépassé les sept heures, à l’image de l’enflure du personnage, de son ego sans limites. Assurément, un tel désir d’adoration par la multitude est bien le propre des dictateurs et de leurs structures caractérielles ; ou bien aussi, il est vrai, des prédicateurs et autres évangélistes si en vogue en ces temps de désespérance.

Je suis toujours devant ce bouquin, m’interrogeant sur la motivation d’un Ignacio Ramonet cédant lui aussi, façon « Monde diplomatique », à une forme d’adoration complice, fût-elle mâtinée de quelque audace critique. Car l’autre tient le beau rôle, côté pouvoir, et le dernier mot – au nom du premier, « L’Histoire m’absoudra », que lançait Castro lors de son procès pour l’attaque en juillet 1953 de La Moncada, caserne de Santiago, l’autre grande ville cubaine. Un slogan de tribunal prononcé tout exprès comme une formule de com’, et une manifestation, déjà, du plus monstrueux des orgueils. Car d’entrée de jeu – il s’agit bien de l’acte théâtral fondateur de la saga castriste –, il exigeait l’Absolution. Tout comme Hitler qui, avant lui, avait lancé la même prédication. La comparaison s’arrête là. Là où l’Histoire questionne les fondements des pouvoirs et de leurs plus virulents agents, avant de passer le relais aux scrutateurs de l’inconscient.

Tandis que reculant d’un pas, je découvre, jouxtant le Castro-Ramonet, un autre livre, bien malicieux celui-là, dans le fond comme dans la présence, si incongrue sur le présentoir…  Las Aventuras de Pinocho voisine, là, juste à côté d’un Commandante soudainement gêné par cette marionnette au nez accusateur… La bouquiniste, que j’interpelle en blaguant, elle-même rigolant de bon cœur, jure ses grands dieux qu’elle n’y est pour rien, que c’est là un pur fait du hasard ! Je ne la crois pas.

Le mensonge… Sur un mur, à Guantanamo – la ville, pas la base états-unienne –, je relève ce graffiti décrépi : « Revolucion es no mentir jamas ». Ne mentir jamais… La brave injonction, comme on en trouve tant, aux couleurs désormais souvent délavées. À Baracoa, pointe orientale de l’île, assis à la porte d’un entrepôt vide, un jeune gardien encadré par deux longues citations murales de José Marti. Qu’en pense-t-il ? Il se lève pour les lire comme s’il les découvrait à l’instant : « Son palabras antiguas », des vieux mots, résume-t-il avant de se rasseoir. Comme si la bonne et vieille propagande s’était usée d’elle-même, polie par les ans, fatiguée. Comme si le mensonge d’État n’opérait plus, même pas par opposition.

A l’aéroport régional, dans la petite salle d’attente pour le vol vers La Havane, une télé diffuse son émission d’éducation politique. Il y est justement question, une fois de plus, de la Moncada et du fameux slogan « L’histoire m’absoudra ». Je suis le seul étranger, semble-t-il – et le seul à regarder cet écran dont tout le monde se contrefout.

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Santiago. Même si des améliorations récentes ont été apportées, les Cubains continuent à s’entasser dans des sortes de bétaillères pour se rendre au travail. [Ph. gp]

La propagande élevée comme un art politique suprême. Une pratique redoutable et ancienne. Voici comment j’en fus victime –  en mai 68 !…Jeune Tintin débarqué là-bas pour son premier grand reportage, regroupé à l’arrivée avec cinq ou six autres journalistes européens. Proposition de mise à disposition d’un minicar, d’une interprète – Olga, charmante blonde… – et d’un « accompagnateur » à fine moustache noire, Eduardo, non moins affable. Programme de visite alléchant. Le Che venait de mourir en Bolivie et le régime castriste s’affairait à orchestrer son immortalité. Mai 68 était amorcé, en France et ailleurs dans le monde, la Tchécoslovaquie pas encore remise au pas – une affaire de semaines. La crise des fusées, 1962, déjà lointaine. Cuba cueillait les dividendes d’une sympathie internationale pas seulement de gauche.

Et la petite bordée de journalistes allait se faire avoir dans la grande longueur, Tintin y compris, bien sûr. On nous balada ainsi – c’est bien le mot – dans le décor révolutionnaire en construction, de plantations de tabac en plage du « débarquement » (Playa Giron, « Baie des Cochons », mercenaires, CIA, Kennedy,1961), de la ferme de Fidel et son élevage de crocodiles en match de base-ball, etc. Que la révolution est jolie !

Manquait tout de même le pompon, qui allait nous être proposé, comme supplément au programme, par l’aimable Eduardo et néanmoins commissaire politique – comment aurait-il pu en être autrement ? Le soupçon ne m’en vint toutefois que tardivement, un matin très tôt où ayant rendez-vous avec un opposant (car il y en avait déjà !), je m’aperçus qu’Eduardo me filait de près, m’obligeant à renoncer et à rebrousser chemin…– J’ai une proposition à vous faire, nous dit-il un matin, en substance : aller à l’île des Pins, tout juste rebaptisée « île de la Jeunesse », afin d’y visiter l’ancienne prison de Batista, où Castro lui-même fut enfermé, et aujourd’hui transformée en lycée modèle…

Comment ne pas adhérer à une telle offre ? La chose s’avérait bien un peu compliquée à organiser, mais voilà l’escouade embarquée, puis débarquée dans l’île au trésor castriste. On n’y séjournerait qu’une journée et une nuit, selon un emploi du temps chargé. Chargé et contrarié par quelques aléas malencontreux. Ce qui n’empêcha pas la visite d’une ferme elle aussi modèle, ni de la maison qu’Hemingway avait dû fréquenter jadis. Mais de la fameuse ex-prison, nous ne pûmes rien voir. Ce n’était pas si grave, puisqu’elle s’était inscrite dans nos imaginations. Quelques « détails » suffiraient à nourrir nos papiers. Ce qui fut fait…

Extrait de mon reportage paru en juillet 68 dans plusieurs quotidiens régionaux : « Quelle est l’image la plus hallucinante ? La crèche des bambins de San Andrès parachutée en pleine Sierra de los Organos ? […] Ou encore cette prison de Batista transformée en école technique à l’île de la Jeunesse ? » Bien joué, non ? Car il s’était bel et bien agi d’une manœuvre grossièrement subtile. Si grossière qu’elle ne pouvait que marcher ! Comment eussions-nous pu suspecter un tel stratagème alors que rien n’avait obligé nos « hôtes » à organiser une telle expédition à l’île de la Jeunesse ? Les difficultés pratiques pour nous y amener ajoutait encore à l’évidente bonne foi de ses organisateurs…

imgresOr, ce n’est que huit années plus tard que j’eus la révélation de l’entourloupe : lorsque parut, fin 76 chez Belfond,  7 ans à Cuba – 38 mois dans les prisons de Fidel Castro. Pierre Golendorf [ancien correspondant de L’Humanité à La Havane] y racontait par le détail les conditions de son arrestation et de son incarcération à La Havane, puis… à l’île des Pins. Dans ce qui était bel et bien demeuré une prison-modèle !

J’avais – nous avions tous, ces journalistes « baladés », été enfumés, mouchés, abusés. Mais la leçon, il faut le reconnaître, apparut magistrale. 5. Chapeau l’intox ! On reconnaissait là un vrai savoir-faire sans doute acquis dans quelque école soviétique. Les élèves cubains montraient de réelles dispositions à égaler sinon à dépasser les maîtres formés à la redoutable propagande stalinienne. Dépasser, non : surpasser, puisque le régime a tant bien que mal survécu à l’effondrement de l’URSS et qu’il continue à œuvrer avec constance et efficacité dans son art consommé de la propagande.

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À n’en pas douter, aujourd’hui, dans toute l’île, de La Havane à Santiago, la machine mystificatrice est en chauffe maximale pour monter au zénith de la propagande mondiale le spectacle des obsèques du « lider maximo », dieu du socialisme…

Cette machine-là n’a jamais cessé de tourner, durant plus d’un demi-siècle ! Deux générations y ont été soumises ; à commencer par les Cubains, bien sûr, mais aussi l’opinion mondiale abreuvée au mythe entretenu de l’héroïsme castriste et guevariste. 6

L’historien – et a fortiori le « pauvre » journaliste sont bien démunis face aux tornades mystifiantes dont les récits prennent force mythique de Vérité éternelle et risquent ainsi de les emporter. Ce que décrit bien, entre autres, l’écrivain et philosophe suisse Denis de Rougemont :

« […] les mythes traduisent les règles de conduite d'un groupe social ou religieux. Ils procèdent donc de l'élément sacré autour duquel s'est constitué le groupe […] un mythe n'a pas d'auteur. Son origine doit être obscure. Et son sens même l'est en partie […] Mais le caractère le plus profond du mythe, c'est le pouvoir qu'il prend sur nous, généralement à notre insu […] » 7

Le mythe est insidieux, il nous pénètre aisément par le biais de notre aptitude à la croyance, ce désir de certitude autant que de rassurance. Les révolutions s’y alimentent et l’alimentent par nécessité de durer. C’est ainsi qu’elles commencent « bien » (ça dépend pour qui, toutefois…), avant de s’affronter à la dure réalité, qu’il faudra plier par la violence et le mensonge. Il n’en a jamais été autrement, de la Révolution française à la bolchevique, en passant par le castrisme, le maoïsme et jusqu’aux « printemps arabes ».

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Trinidad. Croisement d’américaines. Entre les deux ailes de la Plymouth, le gamin en tee-shirt « Miami Beach » tire la langue au photographe… et à un demi-siècle de castrisme. [Ph. gp]

Restons-en au castrisme et une illustration de son caractère monstrueux, dont certains se souviennent peut-être car elle fit grand bruit. Il s’agit de l’affaire Ochoa, soldée par des exécutions, en 1989 :

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Arnaldo Ochoa. Complice forcé et victime d'un procès stalinien.

Arnaldo Ochoa, général de tous les combats, héros national – Sierra Maestra, Santa-Clara avec le Che, Baie des Cochons, puis Venezuela, Éthiopie et Angola – condamné à mort et exécuté en 1989 pour « trafic de drogues ». Il avait eu le tort de résister aux Castro et peut-être même de préparer une évolution du régime. Démasqué, Fidel lui avait imposé un marché de dupes : prendre sur lui ce trafic de drogues entre Cuba et les narcos de Colombie que la CIA s’apprêtait à mettre au grand jour, en échange d’une condamnation à la prison avec une libération arrangée ensuite. D’où la confession autocritique de Ochoa, qui fut cependant exécuté, avec d’autres, un mois après sa condamnation à mort. Le régime fit de ce procès littéralement stalinien, tenu par des juges militaires, retransmis en direct à la télévision, une opération de propagande dont il a le secret. On peut en suivre les principales phases sur internet. C’est stupéfiant – sans mauvais jeu de mots.

Les dirigeants cubains ont toujours voulu masquer toute dissidence et même tout désaccord avec la ligne politique. Le régime ne peut admettre que des « déviances » ("folie", "perversions sexuelles")  ou des « fautes morales » personnelles. À Cuba, la presse est unique, sous contrôle étatique total ; de même la magistrature ; et aussi toute l’économie, en grande partie aux mains des militaires… Il n’y a plus que les Cubains abusés, ou résignés à la servitude volontaire, faute d’avoir pu s’exiler – j’en ai rencontré ! Ailleurs, notamment en France, la désillusion a commencé à poindre, y compris à Saint-Germain-des-Près ; il n’y a plus que le restant des communistes encartés et des Mélenchon mystico-castristes pour allumer des cierges en hommage au Héros disparu.

Tandis que, de La Havane à Santiago, « on » s’échine à faire perdurer le mythe de la Revolucion éternelle – ¡ Hasta siempre ! Patria o muerte ! Les derniers acteurs de cette pièce dramatique s’effacent peu à peu ou meurent avec cette hantise : Que l’Histoire ne les acquitte pas.

Notes:

  1. Pour rappel : Iran (1953), Guatemala (54), Cuba, Baie des Cochons (61), Brésil, Sud-Vietnam (64), République dominicaine, Uruguay (65), Chili (73), Argentine (76), Grenade (83), Nicaragua (84), Panama (89).… Sans oublier la Guerre du Golfe, le Koweït, l’Irak, l’Afghanistan…
  2. J’ai déjà souligné à quel point cette mesure servit à masquer l’incurie du gouvernement des Castro, en particulier l’échec de la politique agraire décidée par Fidel lui-même. Voir à ce sujet la clairvoyante analyse de René Dumont dans son ouvrage Cuba est-il socialiste ? (La réponse est dans la question…) Dans la terminologie castriste et sa propagande, l’embargo a toujours été traduit par bloqueo. Or, il ne s’agit nullement d’un blocus au sens maritime et aérien. Les échanges commerciaux avec Cuba ont été compliqués mais non bloqués. Même des compagnies étasuniennes ont commercé avec Cuba, où un cargo américain assurait une navette commerciale par semaine, ainsi que je l’avais relevé sur place.
  3. Résumé par la formule de Guevara :« Allumer deux, trois, plusieurs Viêtnam »
  4. Journaliste sans visa professionnel, touriste incertain débarquant à La Havane parmi les 400 touristes français quotidiens. J’avais été photographié ici-même en 68 pour les besoins d’une carte de presse cubaine – que j’ai gardée…. Il est vrai que c’était avant l’informatique. Mais je venais de lire ou relire toutes ces histoires terribles de répression, ces témoignages des Golendorf, Valladarès, Huber Matos et leurs années de geôles ; parcouru les rapports de Reporters sans frontières, du CPJ (Centre de protection des journalistes) et de l’IFEX (Échange international de la liberté d'expression) sur la répression des journalistes et des militants des droits de l’homme ; pris contact avec des confrères de retour de reportage… Tout ce qu’il fallait pour lester de parano mon équipement de base.
  5. Ce fut aussi ma plus belle leçon de journalisme : pratiquer strictement le scepticisme méthodique. En 1986, Albin Michel publia Mémoires de prison, Témoignage hallucinant sur les prisons de Castro. Il s'agissait du récit de l'écrivain cubain Armando Valladarès, détenu durant 22 ans, torturé, libéré après une vaste campagne internationale.
  6. Il y aurait tant à dire sur l'icône Guevara, nommé en 1959 par Fidel Castro commandant et « procureur suprême » de la prison de la forteresse de la Cabaña. Il est ainsi surnommé le carnicerito (le petit boucher) de la Cabaña. Pendant les 5 mois à ce poste il décide des arrestations et supervise les jugements qui ne durent souvent qu'une journée et signe les exécutions de 156 à 550 personnes selon les sources. 
  7. D. de Rougemont, L'Amour et l'Occident, 10/18, 2001

Cuba. Castro, le tyran illusionniste

2382184templateidscaledpropertyimagedataheight177v3width312cmpartcom-arte-tv-wwwPourtant sacralisé, immortalisé, Fidel Castro a fini par mourir. Quatre-vingt-dix ans. Tout de même, les dictatures conservent… Ses obsèques vont être grandioses, c’est bien le moins pour couronner la fin d’un tel règne. Neuf jours de deuil national ! Quatre jours à balader ses cendres, reliques d’une « révolution » sanctifiée, spectacle politique, iconographique, religieux, médiatique… Je pèse mes mots, qui pointent les angles du grand Spectacle qui, en effet, a produit, entretenu, consacré le castrisme. Comment cela s’est-il opéré ? Comment cela a-t-il tenu, durant plus d’un demi-siècle ? Comment cela perdure-t-il encore, malgré les désormais évidentes désillusions ?

Comment devient-on tyran ?

Chez les anciens Grecs, « tyran » désignait un homme qui avait pris le pouvoir sans autorité constitutionnelle légitime. Le mot était neutre, tout comme la chose, n’impliquant aucun jugement sur les qualités de personne ou de gouvernant. 1 Le parallèle avec Cuba et Castro, si loin dans le temps et les lieux, c’est la constance du processus d’évolution du Pouvoir. Dans la Grèce antique, de tyran en tyran, l’exercice du pouvoir passe peu à peu d’une forme disons libérale à celle d’un pouvoir militaire incontrôlé. Et les tyrans le devinrent dans le sens d’aujourd’hui.

En tant que phénomène idéologique, le castrisme peut s’analyser selon plusieurs angles :

le contexte géopolitique de la guerre froide plaçant Cuba entre le marteau et l’enclume des impérialismes américain et soviétique ;

l’habileté machiavélique de Fidel Castro dans sa conquête et sa soif du pouvoir avec un sens extrême de la communication, mêlant mystique et mystification ;

la complicité objective des « élites » occidentales surtout, mais aussi tiers-mondistes, fascinées par le castrisme comme « troisième voie » politique.

Ces trois piliers principaux ont permis à Castro d’asseoir une dictature « aimable », sympathique, voire humaniste – une « dictature de gauche » a même osé Eduardo Manet, dramaturge français d’origine cubaine ! « Poids des mots, choc des photos », surtout s'il s'agit d'images pieuses, celles du héros moderne, incarnation du mythe biblique de David contre Goliath. Images renforcées par les multiples tentatives d’assassinat (plus ou moins réelles, sinon arrangées pour certaines) menées par la CIA, jusqu’au débarquement raté d’opposants dans la Baie des Cochons. Ce fiasco militaire ajoute à la gloire du « commandante », gonflant la légende commencée dans la Sierra Maestra avec la guérilla des barbudos, sympathiques débraillés fumant le cigare en compagnie de leur chef adulé, fort en gueule et belle-gueule, taillé pour les médias et qui saura en user et abuser – le New York Times et CBS envoient bien vite leurs reporters.

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L'icône au service de la mythologie. Que la révolution était jolie !

Aujourd’hui, en ces temps d'homélies, on entend sur les radios claironner la doxa consistant à blanchir les excès « autoritaires » en les mettant sur le dos des méchants Américains et leur « embargo », cause de tous les maux des malheureux et valeureux Cubains ! Ledit embargo a certes causé de forts obstacles dans les échanges commerciaux, et financiers surtout, avec l’île ; mais il ne les a pas empêchés ! Les États-Unis sont même le premier pays pour les échanges commerciaux (hors produits stratégiques, certes) avec Cuba. Cet embargo – toujours qualifié de blocus par le gouvernement cubain, ce qu’il n’est nullement ! – a surtout servi à renforcer, en la masquant, l’incurie du régime, chargeant ainsi le bouc émissaire idéal. J’ai montré tout cela lors d’un reportage publié en 2008 dans Politis [L’espérance était verte, la vache l’a mangée, décembre 2008 – disponible en fin d'article] qui m’a valu les foudres de Jeanne Habel, politologue spécialiste de Cuba, et d’être traité d’ « agent de la CIA »…

Passons ici sur l’itinéraire du « futur tyran »,  même si les biographies sont toujours des plus éclairantes à cet égard. Rappelons juste que Castro fut soutenu par les Etats-Unis dès son opposition à la dictature de Batista. Après la prise de pouvoir en 1959, son gouvernement est reconnu par les États-Unis. Nommé Premier ministre, Castro est reçu à la Maison Blanche où il rencontre Nixon, vice-président d’Eisenhower. Les choses se gâtent quand Castro envisage de nationaliser industries et banques, ainsi que les secteurs liés au sucre et à la banane. Il se tourne alors vers l’Union soviétique – qui achète au prix fort la quasi-totalité du sucre cubain. C’est la casus belli : les États-Unis n’auront de cesse d’abattre le « régime communiste » instauré à 150 kilomètres de ses côtes.

J’ai aussi fait apparaître dans ce même reportage comment le refrain de « la santé et de l’éducation gratuites », unanimement repris dans les médias, relève avant tout de slogans publicitaires. Sans même parler de la qualité des soins et de l’enseignement, leur « gratuité » se trouve largement payée par la sous-rémunération des salariés cubains : l’équivalent d’une quinzaine d’euros mensuels en moyenne !

Si toutefois ce régime a tenu sur ses trois piliers boiteux, c’est au prix d’une coercition du peuple cubain. À commencer par le « récit national » – l’expression est à la mode – entrepris dès la prise du pouvoir par Castro, propagé et amplifié par l’enseignement (gratuit !) sous forme de propagande, et par les médias tous dépendants du régime. Coercition dans les esprits et aussi coercition physique par la surveillance et le contrôle étroits menés dans chaque quartier, auprès de chaque habitant, par les Comités de défense de la révolution. De sorte que la dissidence apparaisse comme unique forme possible d’opposition – d’où l’emprisonnement politique, l’exil clandestin, la persécution des déviants.

castro-colombe-1Tyran, certes, Castro était aussi et peut-être d'abord un séducteur des masses doublé d’un illusionniste. Ses talents dans ce domaine étaient indéniables et à prendre au pied de la lettre : ainsi quand, lors d’un de ses interminables sermons, quand il fait se poser, comme par miracle, une blanche colombe sur une de ses épaules… La séquence fut filmée, pour entrer dans l’Histoire… mais la supercherie démontée quelques années plus tard.

Le castrisme, ai-je souligné dans mes reportages, est avant tout un régime de façade – tout comme ces façades d’allure pimpante, restaurées pour la cause, entre lesquelles se faufilent les touristes béats au long des circuits des voyagistes. Ces touristes peuvent aussi, bien souvent, être rejoints par nombre de journalistes, écrivains, politiciens et divers intellectuels en mal de fascination exotique.

La mort de Castro n’implique pas forcément celle du castrisme. Mais que survivra-t-il de cette dictature illusionniste après la mort de ses manipulateurs, une fois que l’Histoire, la vraie, aura fait surgir la réalité d’un demi-siècle de falsifications ?

 

>Mon reportage de 2008 dans Politis :gponthieu241208politis ; et la Tribune qui s'ensuivit de Jeanne Habel : 1038_politis-30-31-j-habel ; enfin, ma réponse : politis_1041reponse-gp-260209

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Un régime de façades. [Ph. gp]

Notes:

  1. Les anciens Grecs, Moses I. Finley, Ed. Maspero, 1971.


Cuba-USA. Arrangements à l’amiable

Barack Obama et Raul Castro ont donc annoncé mercredi le rétablissement de relations diplomatiques entre leurs pays après un demi-siècle de guerre froide. Certes, ce réchauffement vaut mieux que les annonces d’attentats horribles et autres massacres. Mais doucement les clairons ! Les intentions des gouvernants sous tendent des manœuvres peu portées au désintéressement.

Obama tente de redorer un blason pour le moins terni. De sa présidence, l’Histoire retiendra la mise en place d’une couverture santé pour 32 millions d’Américains démunis. Pour le reste, rien de marquant, sinon de grandes déceptions. Surtout sur le plan social et racial, ainsi que l’ont rappelé les émeutes de Ferguson. Obama va donc pêcher en eaux étrangères proches : à Cuba, tout près, à 150 km de la Floride. C’est moins risqué que l’Afghanistan. Bien que Guantanamo le ramène au pire de ses renoncements. Mais ces "fiançailles" à la cubaine, célébrées en grande pompe par la médiasphère, laisseront bien quelques traces.

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Cimetière et musée des "belles américaines". Ici, à Trinidad, le gamin dans l'auto de papa tire la langue au photographe. Sur son T-shirt : "Miami Beach". [© gp-2008]

Raul Castro lui aussi espère bien tirer quelques bénéfices de cette pactisation avec l’ennemi d’un demi-siècle. Les Cubains fantasment toujours sur l’Amérique voisine, en proportion inverse de leur désillusion castriste. Entrouvrir une porte sur des espérances ne coûte pas grand chose et peut même rapporter quelques dollars. D’autant que le fameux « bloqueo » en vigueur depuis 1962, plus justement qualifié d’embargo, ne risque pas d’être officiellement levé vu qu’une telle mesure relève du Congrès, tenu par les républicains. Or ce « blocus » (qui n’en est pas un : l’embargo n’affecte que peu le commerce, y compris avec les États-Unis ! On peut se référer à ce propos à mon reportage dans Politis du 24/12/2008, lisible ici), s’il vise surtout les transactions financières internationales de Cuba*, sert d’abord les dirigeants cubains. Ceux-ci, en effet, et Fidel en tête, n’ont eu de cesse de masquer leur échec politique en le rejetant sur le méchant voisin yanqui.

Le rétablissement des relations diplomatiques cubano-étatsuniennes pourra favoriser cette libéralisation économique « à la vietnamienne » que Raul Castro met en place depuis sa présidence. Pour les Cubains, pour leur vie quotidienne, cela ne changera sans doute pas grand chose. Ce qu’exprime à sa façon Yoani Sanchez l’une des principales opposantes connues au régime castriste. Dans son blog Generacion Y, elle rappelle les grandes étapes encore à venir pour « démanteler le totalitarisme » :

« La libération de tous les prisonniers politiques et prisonniers de conscience; la fin de la répression politique; la ratification des pactes civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, la reconnaissance de la société civile cubaine à l'intérieur et à l'extérieur de l'île. »

En attendant, exhorte la blogueuse :

[…] « Gardez les drapeaux, vous ne pouvez pas encore déboucher les bouteilles et le mieux est de maintenir la pression pour arriver enfin au jour J. »

–––

* Les banques françaises Société générale, BNP Paribas et Crédit agricole ont fait l'objet d'une enquête pour blanchiment d'argent et violations de sanctions américaines contre certains pays – dont Cuba (ainsi que l'Iran et le Soudan).


[Révoltes arabes]. A Cuba, place de la Révolution, on prépare le défilé au pas de l’oie

Cuba Libye Révolution yes© faber

Le pas de l’oie à Cuba, selon Yoani Sanchez sur « Generacion Y  »

 

« Mon quar­tier connaît une peti­te secous­se, un chan­ge­ment qui se pré­sen­te sous la for­me d’une cou­che d’asphalte neu­ve, d’ouvriers qui refont les rues et posent un revê­te­ment noi­râ­tre qui dans quel­ques jours aura dur­ci sous les pneus des voi­tu­res. Nous som­mes tous sur­pris. La joie serait le sen­ti­ment le plus cou­rant si ce n’étaient les rai­sons qui ont conduit à ces répa­ra­tions et la rai­son de ces tra­vaux. Tou­te la Pla­ce de la Révo­lu­tion et la « zone blo­quée » où j’habite se pré­pa­rent au grand défi­lé du 15 avril pro­chain*. Un grand défer­le­ment de puis­san­ce mili­tai­re qui pré­tend dis­sua­der tous ceux qui sou­hai­tent un chan­ge­ment à Cuba.

« Depuis des semai­nes le par­king du sta­de Lati­no-amé­ri­cain est le siè­ge de répé­ti­tions pour le pas de l’oie des sol­dats. Des jam­bes ten­dues à qua­ran­te cinq degrés, qui rap­pel­lent des marion­net­tes tirées par un fil, par une cor­de qui se perd là-haut dans l’immensité du pou­voir.

« Je ne sais pas ce qu’il peut y avoir de beau dans une para­de mili­tai­re, ce qu’il peut y avoir d’émouvant dans le défi­lé de ces êtres syn­chro­nes et auto­ma­ti­ques qui pas­sent le visa­ge tour­né vers le lea­der dans la tri­bu­ne. Mais le résul­tat je le connais bien : on dira ensui­te que le gou­ver­ne­ment est armé jusqu’aux dents et que ceux qui des­cen­dent dans la rue pour pro­tes­ter seront écra­sés contre le sol qu’aujourd’hui même on est en train de répa­rer.

« Le pas des pelo­tons ten­te­ra de nous de nous aver­tir que le Par­ti n’a pas seule­ment des mili­tai­res pour le défen­dre mais aus­si des trou­pes anti-émeu­te et des corps d’élite. J’appellerais ça la cho­ré­gra­phie de l’autoritarisme, mais d’autres pré­fè­rent croi­re que ce sera une démons­tra­tion d’indépendance, d’une auto­no­mie natio­na­le qui res­sem­ble en réa­li­té à cel­le de Robin­son aban­don­né sur son île.

« Mais au-delà de mes réti­cen­ces envers les uni­for­mes, de mon aller­gie au défi­lé d’escadrons qui mar­chent à l’unisson, je suis aujourd’hui pré­oc­cu­pée par le gou­dron, par cet asphal­te posé récem­ment que les chaî­nes des tanks vont endom­ma­ger. »

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

* Note de GP: il s’agit de mar­quer le cin­quan­te­nai­re du débar­que­ment de la baie des Cochons : le 15 avril 1961, ten­ta­ti­ve d’invasion mili­tai­re de Cuba par des exi­lés cubains sou­te­nus par les États-Unis.


Et la révolution à Cuba, c’est pour quand ?

Les révoltes-révolutions arabes en cours ont provoqué un tel retournement historique (révolutions donc) qu’elles ont ringardisé – j’allais dire démonétisé – les plus emblématiques. Je pense à la chinoise, certes, et plus encore à Cuba dans la mesure où celle-ci continue à donner le change auprès de quelques illusionnés d’arrière-garde. J’y pense aussi parce que j’ai gardé là-bas quelques attaches épisodiques (internet étant des plus restreints et surveillés dans l’île des Castro), après un reportage qui, en 2008, me valut quelques accusations d’ « agent de la CIA »  de la part d’idolâtres pro-castristes*.

 

Peut-être le début d'un commencement : des antennes illicites se sont multipliées, comme ici à La Havane.

A quand la révolution à Cuba ? est évidemment une question iconoclaste, et cependant des plus pertinentes. Car elle appuie bien là où ça fait mal, en particulier pour qui considère, avec un minimum de réalisme, à quel point ce demi-siècle d’agitation tropicalo-castriste fut une sinistre mascarade qui aura plombé cette île et son peuple magnifiques.

 

Journaliste spécialiste de Cuba au Monde, Paulo A. Paranagua se l’est aussi posée, cette question qui dérange. Et il s’est donc rendu sur place pour tenter de trouver des réponses [Le Monde, 6/3/11].

 

Son article s’intitule : « A Cuba, les dissidents ne s'attendent pas à une contagion révolutionnaire » C’est une synthèse de quelques entretiens avec des opposants connus, à commencer par Yoani Sanchez, célèbre par son blog Generacion Y – dont j’ai souvent parlé ici [cliquer ici pour le visiter ; il est traduit en plusieurs langues, dont le français – et qui illustre au quotidien la dure réalité de la vie des Cubains confrontés à une lutte permanente pour la survie, la dignité, la liberté.

 

Pour cette femme de 35 ans, assignée dans l’île comme la quasi totalité des Cubains, ainsi qu’elle le raconte au reporter du Monde, « Nous avons tous fait des rapprochements, [mais] la situation n'est pas mûre ici pour une place Tahrir »,

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Le Caire – La Havane. Les parallèles peuvent-elles se rejoindre ?

Les évé­ne­ments révo­lu­tion­nai­res qui secouent le mon­de ara­be nous ques­tion­nent à bien des égards. On ne man­que pas de les com­men­ter, de les inter­pré­ter, de glo­ser. Les Ara­bes en pre­mier lieu, eux qui se voient, en gran­de par­tie sem­ble-t-il, réins­crits dans le cou­rant de l’Histoire. Des tri­bu­nes, « libres opi­nions », et autres fleu­ris­sent ça et là dans les médias, com­me en tou­te pério­de d’effervescence. Le plai­sir n’est pas min­ce pour qui­con­que se pré­oc­cu­pe du bien-être des humains et de la mar­che – si sou­vent clau­di­can­te – du vas­te mon­de, notre si peti­te pla­nè­te.

Sans nul­le­ment vou­lant jouer les rabat-joie, inuti­le de rap­pe­ler aux dures réa­li­tés des len­de­mains de fêtes – elles s’en char­gent tou­tes seules. Les Tuni­siens espè­rent de beaux jours, tout com­me les Égyp­tiens – sinon, à quoi bon avoir lut­té contre la tyran­nie avec une tel­le éner­gie ? Mais voi­là que, déjà, l’âpreté du mon­de glo­ba­li­sé les coin­ce au tour­nant.

Mes réflexions aujourd’hui tour­ne autour d’un rap­pro­che­ment, déjà évo­qué ici en pas­sant, entre deux ima­ges, deux lieux, deux révo­lu­tions et deux pays. Je veux par­ler des pla­ce de la Libé­ra­tion (Tah­rir) au Cai­re et de la Révo­lu­tion, à La Hava­ne, donc de l’Égypte et de Cuba. En fait, on pour­rait tout aus­si bien rap­pro­cher Cuba et la Tuni­sie qui, d’ailleurs, pré­sen­tent des don­nées socio­po­li­ti­ques plus com­pa­ra­bles. Mais res­tons-en à la pre­miè­re hypo­thè­se qui m’est souf­flée par le blog Gene­ra­cion Y de cet­te résis­tan­te cubai­ne, Yoa­ni San­chez qui, depuis plu­sieurs années, tient tête aux dic­ta­teurs cas­tris­tes. [Voir dans mes pré­cé­dents arti­cles, via la case de recher­che ci-contre].

Dans son arti­cle du 12 février, sous le titre « Égyp­te 2.0 » et sous cet­te pho­to de la fameu­se pla­ce Tah­rir enva­hie par une marée humai­ne :

…voi­ci ce qu’elle écrit :

« Pénom­bre et lumiè­re sur la Pla­ce Tah­rir, une phos­pho­res­cen­ce rou­geoyan­te entre­cou­pée par les flashs des appa­reils pho­to et la lueur des écrans de télé­pho­nes por­ta­bles. Je n’y étais pas et pour­tant je sais ce qu’ont res­sen­ti cha­cun des Égyp­tiens réunis la nuit der­niè­re au cen­tre du Cai­re. Moi qui n’ai jamais pu crier et pleu­rer de joie en public […], je confir­me que je ferais la même cho­se, je res­te­rais sans voix, j’embrasserais les autres, je me sen­ti­rais légè­re com­me si mes épau­les étaient sou­dain libé­rées d’un énor­me far­deau. Je n’ai pas vécu de révo­lu­tion, enco­re moins de révo­lu­tion citoyen­ne, mais cet­te semai­ne, mal­gré la pru­den­ce des jour­naux offi­ciels j’ai sen­ti que le canal de Suez et la mer des Caraï­bes n’était pas si éloi­gnés, que les deux endroits n’étaient pas si dif­fé­rents.

« Pen­dant que les jeu­nes Égyp­tiens s’organisaient sur Face­book, nous assis­tions conster­nés à l’exposé pira­té d’un poli­cier cyber­né­ti­que, pour lequel les réseaux sociaux sont « l’ennemi ». Il a bien rai­son ce cen­seur de kilo­bits, et tous ses chefs, de crain­dre ces sites vir­tuels où les indi­vi­dus pour­raient se don­ner ren­dez-vous pour secouer les contrô­les éta­ti­ques, par­ti­sans et idéo­lo­gi­ques. En lisant les paro­les du jeu­ne Wael Gho­nim « Vous vou­lez un pays libre, don­nez leur inter­net !» Je com­prends mieux la dis­cré­tion dont font preu­ve  nos auto­ri­tés à l’heure de nous per­met­tre ou non de nous connec­ter à la toi­le. Ils se sont habi­tués à avoir le mono­po­le de l’information, à régu­ler ce qui nous arri­ve et à réin­ter­pré­ter pour nous ce qui se pas­se à l’intérieur et à l’extérieur de nos fron­tiè­res. Main­te­nant ils savent, par­ce que l’Égypte le leur a appris, que cha­que pas qu’ils nous lais­sent fai­re dans le cybers­pa­ce nous rap­pro­che de Tah­rir, nous por­te à gran­de vites­se vers une pla­ce qui vibre et un dic­ta­teur qui démis­sion­ne. »

[Tra­duit par Jean-Clau­de Marou­by – mer­ci !]

Bien qu’écrit entre ses lignes très sur­veillées, le mes­sa­ge de Yao­ni San­chez est des plus clairs. Il se résu­me en oppo­si­tion avec cet­te autre pho­to, cel­le d’un de ces ras­sem­ble­ments mons­tres orga­ni­sés par le cas­tris­me radieux. Sur cet­te pla­ce de la Révo­lu­tion s’est fina­le­ment échoué l’une des plus men­son­gè­res illu­sions de l’Histoire.

Cin­quan­te ans après sa révo­lu­tion, le peu­ple cubain ne s’est tou­jours pas libé­ré. Le sujet res­te ouvert, appe­lant à des ana­ly­ses pous­sées. On s’en tien­dra là pour aujourd’hui.


Cuba. Le Prix Sakharov à Guillermo Fariñas excite la « bienveillance » de Mélenchon

Jean-Luc Mélen­chon a pré­fé­ré quit­ter l’hémicycle du Par­le­ment de Stras­bourg plu­tôt que d’assister,  mercre­di 15 décem­bre, à la remi­se du prix Sakha­rov au dis­si­dent cubain Guiller­mo Fariñas, empê­ché par la dic­ta­tu­re cas­tris­te de quit­ter l’île. Com­me lors de la remi­se du prix Nobel de la paix à Liu Xiao­bo, cinq jours avant, la céré­mo­nie s’est dérou­lée devant une chai­se vide.

Chai­se vide pour le Prix Sakha­rov (Pn. Par­le­ment euro­péen)

L’auteur de Qu’ils s’en aillent tous ! a décla­ré à l’AFP : « Le Par­le­ment euro­péen est embri­ga­dé dans des croi­sa­des anti­com­mu­nis­tes qui m’exaspèrent. Ça ne veut pas dire qu’on approu­ve l’emprisonnement, ça veut dire qu’on désap­prou­ve la maniè­re dont le Par­le­ment est bien­veillant pour des dic­ta­tu­res fas­cis­tes, et mal­veillant vis-à-vis du camp pro­gres­sis­te. »

Et le « camp pro­gres­sis­te », selon Mélen­chon n’est autre que cet aima­ble club regrou­pant notam­ment Cuba, la Chi­ne et le Vene­zue­la de son ami Cha­vez. Atti­tu­de symp­to­ma­ti­que chez les trots­kis­tes d’un jour ou/et de tou­jours (le lea­der du Par­ti de gau­che fut mem­bre actif de l’Organisation com­mu­nis­te inter­na­tio­na­lis­te).

À pro­pos des rela­tions entre la Fran­ce et la Chi­ne, Mélen­chon écrit dans son livre : « Il y a entre nous une cultu­re com­mu­ne bien plus éten­due et pro­fon­de qu’avec les Nord-Amé­ri­cains. Les Chi­nois, com­me nous, accor­dent depuis des siè­cles une pla­ce cen­tra­le à l’Etat dans leur déve­lop­pe­ment. Dans leurs rela­tions inter­na­tio­na­les, ils ne pra­ti­quent pas l’impérialisme aveu­gle des Amé­ri­cains. La Chi­ne est une puis­san­ce paci­fi­que. Il n’existe aucu­ne base mili­tai­re chi­noi­se dans le mon­de. (...) La Chi­ne n’est pas inté­res­sée au rap­port de for­ces de cet ordre. »  De cet ordre, admet­tons… Mais dans l’ordre de la démo­cra­tie ?

(Lire la sui­te…)


Camembert et ciné. La politique est bien dans le fromage

Diman­che. Je me disais que le Pré­si­dent avait déjà bouf­fé les trois quarts de son camem­bert, com­me ça conne­ment. Com­me un gagnant au loto qui a tout cla­qué et qu’on retrou­ve pen­du un matin, cri­blé de det­tes. À 26% de « popu­la­ri­té » selon les son­da­ges, il bat un record. Je me disais ça et je tom­be sur la page « lec­teurs » du Mon­de [26/9/10], entiè­re­ment consa­crée au « pré­si­dent contes­té ». C’est une volée de bois vert com­me je n’ai pas sou­ve­nir d’en avoir vu après avoir usé quel­ques pré­si­dents et m’être aus­si usé les miret­tes sur bien des gazet­tes.

Sans par­ler des bla­gues en tous gen­res qui par­cou­rent la toi­le [mer­ci Clau­de G.]– ce à quoi ses pré­dé­ces­seurs ont échap­pé par absen­ce tech­ni­que, il est vrai – et consti­tuent un sévè­re indi­ca­teur de la décon­si­dé­ra­tion pour ce per­son­na­ge et la fonc­tion atte­nan­te. Seul Ber­lus­co­ni peut s’aligner – et enco­re par­vient-il à fai­re illu­sion en Ita­lie même. Mais recon­nais­sons au nôtre un méri­te, un vrai. D’avoir été celui par qui la droi­te fran­çai­se aura recon­quis son titre de gloi­re : la plus bête du mon­de.

Diman­che ou un autre jour… Je le vois à la télé, au salon de l’auto où, doigt poin­té au ciel – écou­tez-moi bien ! – gra­ve, sen­ten­cieux, mena­çant pres­que, il don­ne la leçon, pour ne pas dire la fes­sée, aux repré­sen­tants de l’industrie de la bagno­le, leur décla­rant en sub­stan­ce : ne comp­tez plus sur les aides de l’État si c’est pour aller fabri­quer vos autos à l’étranger. Tu par­les, Char­les, cau­se tou­jours mon amour ! Renault venait d’annoncer qu’une voi­tu­re fabri­quée en Rou­ma­nie lui reve­nait 2 000 euros moins chè­re ! Il n’a pas dû oser annon­cer la ver­sion chi­noi­se du gain réa­li­sé.

Diman­che, j’en suis sûr. « Marius et Jean­net­te » sur Arte. Génial film, si géné­reux donc uto­pis­te. Vu et revu, je ten­te un autre mélo, au ciné cet­te fois. Je dis « mélo » exprès par­ce que je lis ça dans la cri­ti­que de Télé­ra­ma. Eux, ils dézin­guent à tout va, spé­cia­le­ment contre mes films pré­fé­rés (le der­nier d’Alain Cor­neau par exem­ple, Cri­me d’amour). Au mieux dans le pire, ils don­nent deux avis, un pour un contre. C’est leur droit, et suis pas obli­gé ni de les lire ni d’en tenir comp­te. On est en répu­bli­que – enfin, je m’avance, voir ci-des­sus. De tou­tes façons, en géné­ral, je ne lis les cri­ti­ques qu’après coup.

Bref, je suis allé voir Amo­re, que le ‘tit bon­hom­me du Télé­ra­ma esti­me « pas mal » (dou­ble néga­tion), ce qui lui vaut vingt lignes. Moi, je lui mets au mini­mum « bien » sinon « bra­vo ». Non pas bra­vo tout de même à cau­se de la musi­que (mélo-die) par­fois lour­din­gue dans la redon­dan­ce, tout com­me l’est la scè­ne d’amour – cen­tra­le, d’où le titre – à la fois subli­me et un peu ratée dans le paral­lè­le appuyé entre l’éveil des sens et l’éveil de la « natu­re », fleu­ret­tes et peti­tes bébê­tes. Il s’en serait fal­lu de peu, jus­te un léger coup de ciseau. Mais qu’il a été con d’appuyer ain­si sur la chan­te­rel­le, ce Luca Gua­da­gni­no qui, pour­tant, sait fil­mer, vingt dieux.

Et jus­te­ment son sty­le, c’est quel­que cho­se ! Ryth­me, mon­ta­ge, pho­to, éclai­ra­ge… Y a du Vis­con­ti là-dedans, et aus­si du Cop­po­la. La lumiè­re est super­be, allia­ge du noir des contre-jours (les visa­ges mas­qués) et du plein pot solai­re des exté­rieurs ; bataille des incons­cients et des refou­le­ment contre le sur­gis­se­ment des pul­sions. Une for­me ne sau­rait suf­fi­re. Le fond aus­si est bon : le mélo de la vie – tou­te vie n’est-elle pas, peu ou prou, un mélo-dra­me, à doses varia­ble de mélo­die et de dra­me ? –, ver­sion gran­de bour­geoi­sie mila­nai­se, aris­to­cra­tie de l’industrie tex­ti­le qu’on voit bas­cu­ler dans le chau­dron mon­dia­li­sé. Ter­rain de pré­di­lec­tion pour le cou­ple Pin­çon (« Le Pré­si­dent des riches », qui vient de sor­tir), tout l’inverse de Marius et Jean­net­te à l’Estaque… Emma (clin d’œil à la Bova­ry) comp­te dans le tableau en tant que piè­ce rap­por­tée (de Rus­sie), sur­tout vouée à ses trois enfants. Les­quels pour­raient repré­sen­ter trois états de la jeu­nes­se : confor­mis­te, roman­ti­que, rebel­le (la fille, les­bien­ne). Sur­vient l’imprévu annon­cé dès le titre (Io sono l’amore en ita­lien, je suis l’amour ), l’aventure, le dra­me com­me sanc­tion de la fau­te – la papau­té veille au grain – et une apo­théo­se en mater dolo­ro­sa. Oui oui, c’est un mélo. Mais que c’est beau !

Lun­di. Arte, mélo tou­jours mais cubain : Frai­se et cho­co­lat. Le film a fait un tabac dans l’île des Cas­tro. On se deman­de com­ment il a échap­pé à la cen­su­re (sor­ti en 1991). Il s’agit moins d’un film sur l’homosexualité que sur la dis­si­den­ce en milieu hau­te­ment contraint de la dic­ta­tu­re. Dans le machis­me domi­nant, l’homo cumu­le les tares du contre-révo­lu­tion­nai­re. Le pédé, c’est donc la ver­sion gay du gusa­no – ce traî­tre de ver ram­pant.

L’histoire tour­ne autour de trois per­son­na­ges cen­traux qui suf­fi­sent à décri­re le quo­ti­dien de la vie à La Hava­ne, sans tom­ber dans le pan­neau direc­te­ment dénon­cia­teur (cen­su­re obli­ge­rait). Je tiens Frai­se et cho­co­lat pour un film sexo-poli­ti­que, d’autant qu’il trai­te, en fait, de la fra­ter­ni­té. C’est un hym­ne à la fra­ter­ni­té avec une scè­ne fina­le pour le moins émo­tion­nel­le. En quoi il est révo­lu­tion­nai­re dans un régi­me qui a fait du mot Révo­lu­tion son fond de com­mer­ce – le mot et sur­tout pas la cho­se –, ce dont il devra bien ren­dre comp­te devant l’Histoire. Ce film y contri­bue, tout com­me l’ont fait d’admirables écri­vains dis­si­dents com­me Rei­nal­do Are­nas (Avant la nuit), Pedro Juan Gut­tié­rez (Tri­lo­gie sale à La Hava­ne), et avant eux le très grand José Leza­ma Lima (Para­di­so) à qui Frai­se et cho­co­lat rend un hom­ma­ge direct.

Post scrip­tum, et tou­jours à pro­pos de fro­ma­ge, ce mar­di voit tom­ber la condam­na­tion du tra­der-vedet­te Ker­viel. Le plus mar­rant, c’est tout de même qu’on lui récla­me sans rire  pres­que 5 mil­liards d’euros ! Ques­tion : com­ment va-t-il s’y pren­dre sans se fai­re pren­dre à nou­veau pour payer sa det­te à la socié­té, en géné­ral ? Il a trois ans devant lui pour trou­ver la mar­tin­ga­le.


Cuba va libérer 52 de ses 170 prisonniers politiques. Une pétition « accuse le gouvernement cubain »

La pres­sion inter­na­tio­na­le, notam­ment euro­péen­ne, ajou­tée à la déplo­ra­ble situa­tion éco­no­mi­que de l’île,  sem­ble condui­re la dic­ta­tu­re cas­tris­te à lâcher du lest. Le régi­me cubain s’apprêterait en effet à libé­rer 52 pri­son­niers poli­ti­ques* incar­cé­rés depuis 2003 (on en dénom­bre envi­ron 170). L’Espagne a joué un rôle impor­tant dans ce jeu de pres­sion auprès de La Hava­ne, à la fois sur le plan diplo­ma­ti­que et aus­si en accep­tant d’accueillir les pri­son­niers à leur libé­ra­tion.

* L’annonce a été fai­te à l’issue d’une réunion entre le car­di­nal cubain Jai­me Orte­ga et le pré­si­dent Raul Cas­tro, en pré­sen­ce du minis­tre espa­gnol des affai­res étran­gè­res, Miguel Angel Mora­ti­nos.

De son côté, un comi­té inter­na­tio­nal s’est consti­tué et a lan­cé une péti­tion ayant déjà recueilli plus de 50.000 signa­tu­res – ce qui déplaît for­te­ment aux Cas­tro.  Ce comi­té s’est inti­tu­lé #OZT, repre­nant les ini­tia­les de Orlan­do Zapa­ta Tamayo, le maçon mort en pri­son le 23 février der­nier après 85 jours de grè­ve de faim. Aus­si­tôt, Guiller­mo Fariñas, psy­cho­lo­gue et jour­na­lis­te de 48 ans, entâ­mait à son tour une grè­ve de la faim. Il se trou­ve en grand dan­ger vital et cet­te libé­ra­tion annon­cée met­tra peut-être fin à son action.

Ce n’est donc pas le moment de relâ­cher la pres­sion ni la soli­da­ri­té. Voi­ci le tex­te de l’appel à péti­tion lan­cé par #OZT.


#OZT: J’accuse le gouvernement cubain

- Aidez-nous à dou­bler le plus de 49.000 signa­tu­res obte­nues pour la libé­ra­tion des pri­son­niers poli­ti­ques cubains.

- Soyez des nôtres lors de la remi­se des signa­tu­res du 18 au 23 juillet 2010

Nous vou­lons recueillir 100 000 signa­tu­res d’ici le 15 juillet et aug­men­ter ain­si l’appui à la deman­de de libé­ra­tion des pri­son­niers poli­ti­ques et au res­pect des droits de l’homme à Cuba. Nous pou­vons réus­sir avec votre sou­tien! Voi­ci ce dont nous avons besoin :

Envoyez un cour­riel à vos contacts en leur deman­dant de signer la Décla­ra­tion de la cam­pa­gne. Soyez bref! Par exem­ple, écri­vez-leur : « Je vous invi­te à signer cet­te Décla­ra­tion pour la libé­ra­tion des pri­son­niers poli­ti­ques cubains. Ceci est très impor­tant pour moi. » N’oubliez pas d’inclure l’hyperlien (http://firmasjamaylibertad.com/ozt)
Invi­tez vos amis sur Face­book, Twit­ter et autres réseaux sociaux à signer la Décla­ra­tion.
Les remi­ses de signa­tu­res auront lieu du 18 au 23 juillet à Cuba, à l’OEA et à l’ONU même qu’aux siè­ges du gou­ver­ne­ment cubain à l’étranger. De gran­des mani­fes­ta­tions et de peti­tes céré­mo­nies de remi­se sont pré­vues selon les endroits. Si vous habi­tez près d’une ambas­sa­de, d’un consu­lat ou tout autre lieu offi­ciel du gou­ver­ne­ment cubain et que vous sou­hai­tez par­ti­ci­per, s’il vous plaît, contac­tez-nous.
Mer­ci de fai­re par­tie de cet­te cam­pa­gne!

#OZT: J’accuse le gou­ver­ne­ment cubain

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E s p a ñ o l

De #OZT: Yo acuso al gobierno cubano

- Ayú­da­nos a dupli­car las más de 49,000 fir­mas reci­bi­das por la liber­tad de los pre­sos polí ticos cuba­nos

- Par­ti­ci­pa con noso­tros en la entre­ga de las fir­mas entre el 18 y el 23 de julio próxi­mos

Que­re­mos lle­gar a 100,000 fir­mas antes del 15 de julio y dupli­car así  el apoyo a la deman­da por la excar­ce­la­ción de los pre­sos polí ticos y el respe­to a los dere­chos huma­nos en Cuba. Con tu ayu­da, pode­mos lograr­lo. Esto es lo que nece­si­ta­mos:

Enví a a tus contac­tos un email invitán­do­los a fir­mar la Decla­ra­ción de la cam­paña. Algo muy bre­ve. Por ejem­plo: « Te invi­to a fir­mar esta Decla­ra­ción por la liber­tad de los pre­sos polí­ti­cos cuba­nos. Para mí  es muy impor­tan­te. » No olvi­des incluir el enla­ce (http://firmasjamaylibertad.com/ozt).
Invi­ta a tus ami­gos en Face­book, Twit­ter y otras redes socia­les a fir­mar la Decla­ra­ción.
La entre­ga de las fir­mas la rea­li­za­re­mos entre el 18 y 23 de julio en las sedes del gobier­no cuba­no alre­de­dor del mun­do. Tam­bién en Cuba, la OEA, la ONU... Fren­te a algu­nas sedes del gobier­no cuba­no rea­li­za­re­mos una concen­tra­ción; en otras, una pequeña cere­mo­nia de entre­ga. Si vives cer­ca de una emba­ja­da, consu­la­do o sede ofi­cial cuba­na y estás dis­pues­to a par­ti­ci­par, contác­ta­nos.

Gra­cias por ser par­te de esta cam­paña.

#OZT: Yo acu­so al gobier­no cuba­no


Cuba, cauchemar de la gauche Iatino

Il est plus que temps de dénon­cer sans la moin­dre ambi­guï­té la dic­ta­tu­re cas­tris­te, cla­me un jour­na­lis­te chi­lien de gau­che. Ce que la plu­part des mili­tants pro­gres­sis­tes du conti­nent ne se sont jamais réso­lus à fai­re. L’article qui suit pro­vient de l’hebdo chi­lien Qué pasa (cen­tre gau­che). Il consti­tue un tour­nant dans la consi­dé­ra­tion jus­que là sans réser­ve dont béné­fi­ciait le régi­me cubain dans la gau­che « lati­no ». Son conte­nu rejoint mon repor­ta­ge publié en 2009 dans Poli­tis, où il me valut les fou­dres de cer­tains lec­teurs et autres « ana­lys­tes ins­pi­rés ».

QUÉ PASA (extraits)
San­tia­go-du-Chi­li

La gau­che lati­no-amé­ri­cai­ne a com­mis une fau­te qu’elle met­tra long­temps à expier: cel­le d’avoir défen­du et sou­te­nu la dic­ta­tu­re cubai­ne bien plus long­temps qu’il n’était accep­ta­ble. Rares en effet ont été les figu­res poli­ti­ques, les artis­tes et les intel­lec­tuels pro­gres­sis­tes qui, assis­tant de près à l’évolution du régi­me cas­tris­te, ont pris la pei­ne de s’élever contre lui. Aujourd’hui, évi­dem­ment, ce n’est plus si dif­fi­ci­le. Les socia­lis­tes chi­liens eux-mêmes osent le fai­re, même s’ils uti­li­sent des cir­con­lo­cu­tions pour cela. Pen­dant des décen­nies, ceux qui ne se sont pas ren­du clai­re­ment com­pli­ces ont fait en sor­te de noyer le pois­son et de diluer en phra­ses inter­mi­na­bles une condam­na­tion qui tient pour­tant en “un mot, « dic­ta­tu­re ».

Fidel en a accueilli beau­coup alors qu’ils fuyaient Pino­chet dans le dénue­ment le plus total, il en a invi­té d’autres tel un maî­tre dans son hacien­da, pour leur mon­trer les mil­le mer­veilles de son fief, les gra­ti­fier de conver­sa­tions hal­lu­ci­nan­tes et les convain­cre, pour la tran­quilli­té et la séré­ni­té de leurs esprits bien-pen­sants, que la « Révo­lu­tion » – mot qui a heu­reu­se­ment per­du son ensor­ce­lant pou­voir – était un rêve réa­li­sa­ble et un com­bat per­ma­nent dont il était l’incarnation. Les tris­tes se sont sen­tis accueillis, les fai­bles se sont sen­tis flat­tés. Le contre­di­re est bien­tôt deve­nu pour bon nom­bre de révo­lu­tion­nai­res un acte aus­si redou­té foi pour un chré­tien. Les Cubains vivent dans un man­que de liber­té inac­cep­ta­ble. Fidel avait des qua­li­tés excep­tion­nel­les, c’est cer­tain. C’est sans dou­te l’homme poli­ti­que vivant le plus expé­ri­men­té au mon­de. Je dou­te que de nom­breux cham­pions de la démo­cra­tie puis­sent le nier. Il a pla­cé sa peti­te île au cen­tre de la car­te du mon­de et, mieux enco­re, y a pla­cé son nom et son pré­nom. Il s’est confron­té aux Etats-Unis d’égal à égal et a incar­né à un moment don­né la digni­té d’un conti­nent pau­vre face à la puis­san­ce bru­ta­le d’un empi­re. Il a par­ti­ci­pé en géant à l’histoire de la guer­re froi­de. Les Cubains peu­vent
haïr Fidel, mais aucun ne le mépri­se. Eux, ces Argen­tins des Caraï­bes, se sen­tent au fond sou­mis par un hom­me gran­dio­se. Com­ment, sinon, expli­quer qu’un peu­ple si fier l’ait sup­por­té un demi-siè­cle sans plus se révol­ter?
Le seul pro­blè­me est qu’avec le temps les hom­mes gran­dio­ses vieillis­sent net­te­ment moins bien que les hom­mes bons. Fidel ne dort pas, Fidel est très grand, Fidel sait tout, Fidel peut par­ler pen­dant des heu­res. Même la droi­te chi­lien­ne l’admire en secret. Lorsqu’il” entre en scè­ne, l’auditoire fré­mit. Ils le crai­gnent tant qu’ils osent à pei­ne pro­non­cer son nom. S’ils veu­lent le cri­ti­quer, les Cubains uti­li­sent de nou­vel­les for­mes gram­ma­ti­ca­les ou lèvent un doigt vers le ciel.
Le jour­nal Gran­ma [jour­nal offi­ciel du régi­me], n’ayant pas de rubri­que de faits divers, on pour­rait croi­re que La Hava­ne ne connaît ni cri­mes ni délits. Le jour­na­lis­me n’existe pas, et ceux-là mêmes qui ailleurs se plai­gnent de la concen­tra­tion des médias dans quel­ques mains par­don­nent à Cuba sans bron­cher. Les Cubains n’ont pas de par­le­ment, les tri­bu­naux sont une far­ce, la poli­ce secrè­te est par­tout. Nous qui croyons en la démo­cra­tie savons par­fai­te­ment qu’un tel gou­ver­ne­ment ne ren­tre pas dans cet­te caté­go­rie.
Rares sont les dis­cours plus hypo­cri­tes que le dis­cours cubain. Si nous y croyions, il nous fau­drait admet­tre que là-bas n’existent ni la pau­vre­té ni les cote­ries pri­vi­lé­giées, que les auto­ri­tés sont irré­pro­cha­bles, qu’elles n’ont fait fusiller per­son­ne, qu’il n’y a pas des maga­sins pour les déten­teurs de devi­ses et d’autres - misé­ra­bles - pour ceux qui n’ont que des pesos cubains, que les jine­te­ras [« cava­liè­res », accom­pa­gna­tri­ces de tou­ris­tes, qui par­fois se pros­ti­tuent] ne gagnent pas mieux leur vie que les ingé­nieurs, que les pri­son­niers poli­ti­ques sont une inven­tion de l’impérialisme, il nous fau­drait accep­ter tout cela alors que même le plus can­di­de des visi­teurs, pour peu qu’il se pro­mè­ne les yeux ouverts, consta­te qu’il n’en est rien. La san­té publi­que et l’éducation, les vieux che­vaux de bataille de Fidel Cas­tro, n’ont jamais été aus­si décriés qu’aujourd’hui: les Cubains n’ont pas même accès à des com­pri­més d’aspirine et ils n’étudient guè­re qu’un seul côté de la médaille. Mal­gré tout, il exis­te un tou­ris­me idéo­lo­gi­que : au lieu de décou­vrir la vraie vie, il cher­che le reflet des illu­sions per­dues.

LA CORRUPTION SÉVIT À GRANDE ÉCHELLE

Pla­ne désor­mais l’idée que tous ces men­son­ges ne pour­ront plus fonc­tion­ner long­temps. Raul est plus mal­adroit que son frè­re, plus bru­tal, moins char­meur. Il a lais­sé mou­rir un gré­vis­te de la faim [Orlan­do Zapa­ta, mort le 23 février au bout de 85 jours de grè­ve de la faim], ten­tant en vain de convain­cre le mon­de que ce n’était qu’un banal voleur. Si ridi­cu­le que cela puis­se paraî­tre, Raul s’emploie aujourd’hui à natio­na­li­ser les rares entre­pri­ses ren­ta­bles. La cor­rup­tion sévit à gran­de échel­le. Et cer­tains parient déjà que cet­te fic­tion qui a rui­né tant de vies tou­che à sa fin. Com­me pour l’URSS, nous décou­vri­rons pro­gres­si­ve­ment la face som­bre de ce conte de fées. Si la gau­che entend de nou­veau nous pro­po­ser un rêve, qu’elle com­men­ce par nous racon­ter son cau­che­mar. Qu’elle n’hésite pas à uti­li­ser, pour par­ler de cel­te dynas­tie cari­béen­ne, le mot « dic­ta­tu­re ». Au Chi­li, nous savons à quel point les mots comp­tent en la matiè­re.
Patri­cio Fer­nan­dez
direc­teur de la revue sati­ri­que « The Cli­nic »

Nous devons cet arti­cle et sa tra­duc­tion à « Cour­rier inter­na­tio­nal » du 15 avril.


CUBA. Nouvelle grève de la faim d’un opposant, durcissement du régime

Tan­dis que le régi­me cubain se dur­cit enco­re davan­ta­ge sous le dou­ble effet de la cri­se et d’un accès de pro­tes­ta­tions, un autre dis­si­dent a entre­pris une grè­ve de la faim. Guiller­mo Fariñas, psy­cho­lo­gue et jour­na­lis­te de 48 ans, prend ain­si le relais de Orlan­do Zapa­ta Tamayo qui, lui, est mort le 23 février à La Hava­ne. Il avait ces­sé de s’alimenter durant plus de deux mois pour pro­tes­ter contre ses condi­tions de déten­tion et cel­les de plu­sieurs dizai­nes d’opposants incar­cé­rés. La déter­mi­na­tion déses­pé­rée de Guiller­mo Fariñas bute sur l’intransigeance du régi­me cas­tris­te. Un affron­te­ment qui fait crain­dre le pire, une fois de plus. D’autant qu’on apprend qu’il a per­du connais­san­ce hier.

L’interview de Guiller­mo Fariñas a été menée par le jour­na­lis­te espa­gnol Mau­ri­cio Vicent et publiée dans le quo­ti­dien madri­lè­ne El Pais mar­di der­nier. En voi­ci la tra­duc­tion.

20100303elpepuint_3.1267811207.jpgLe psy­cho­lo­gue et jour­na­lis­te dis­si­dent Guiller­mo Fariñas a 48 ans et 23 grè­ves de la faim der­riè­re lui. Depuis qu’il a ren­du sa car­te de l’Union des Jeu­nes Com­mu­nis­tes, en 1989, en pro­tes­ta­tion contre l’exécution du géné­ral Arnal­do Ochoa*, il est entré dans l’opposition, et a pas­sé, depuis, 11 ans et demi en pri­son. Il est consi­dé­ré com­me un dur. Sa der­niè­re grè­ve de la faim, en 2006, pour deman­der le libre accès à inter­net pour tous les Cubains, dura plu­sieurs mois et il fal­lut l’opérer à plu­sieurs repri­ses pour lui sau­ver la vie. Il en gar­de de nom­breu­ses séquel­les et sa famil­le, cet­te fois redou­te un rapi­de dénoue­ment fatal.

Dans sa mai­son de San­ta Cla­ra, accom­pa­gné d’une ving­tai­ne d’opposants, Fariñas reçoit El Pais alors qu’il en est à son sep­tiè­me jour sans nour­ri­tu­re ni eau [l’interview a été publiée le 02/03/2010]. Il est extrê­me­ment fai­ble, bien que conscient, et il peut enco­re mar­cher. Il a le regard illu­mi­né, et dit – c’en est effrayant – qu’il veut mou­rir pour deve­nir un « mar­ty­re » et pren­dre le relais de Orlan­do Zapa­ta. Il voit son corps com­me un ins­tru­ment de plus pour « fai­re par­ve­nir Cuba à la liber­té ». Sa mère, Ali­cia Her­nan­dez, et sa fem­me, Cla­ra, s’opposent radi­ca­le­ment à cet­te pro­tes­ta­tion, bien qu’elles res­pec­tent sa déci­sion. Deux méde­cins lui ren­dent visi­te cha­que jour, un dis­si­dent et un autre de l’État, qui sui­vent en per­ma­nen­ce son évo­lu­tion.

Quels objec­tifs recher­chez-vous au tra­vers de cet­te grè­ve ?

– Pre­miè­re­ment, que le gou­ver­ne­ment paie un coût poli­ti­que fort pour l’assassinat de Orlan­do Zapa­ta Tamayo. En second lieu, si les auto­ri­tés ne sont ni cruel­les ni inhu­mai­nes, qu’elles libè­rent immé­dia­te­ment les pri­son­niers poli­ti­ques qui sont mala­des et qui pour­raient bien­tôt deve­nir d’autres Zapa­ta. Le troi­siè­me objec­tif est, si je meu­re, que le mon­de s’aperçoive que le gou­ver­ne­ment lais­se mou­rir ses oppo­sants et que ce qu’il s’est pas­sé avec Orlan­do n’est pas un cas iso­lé.

Mais quel­le est votre deman­de concrè­te ?

– Que le gou­ver­ne­ment libè­re ces 26 pri­son­niers poli­ti­ques qui sont mala­des, et que, jusqu’aux pro­pres ser­vi­ces médi­caux du minis­tè­re on consi­dè­re qu’ils doi­vent être mis en liber­té, puisqu’ils ne sur­vi­vront pas en pri­son.

Et s’ils ne les relâ­chent pas ?

– Je conti­nue­rai jusqu’aux der­niè­res consé­quen­ces...

Vous vou­lez mou­rir ?

– (Silen­ce)... Oui, je veux mou­rir. Il est temps que le mon­de s’aperçoive que ce gou­ver­ne­ment est cruel, et qu’il y a des moments dans l’histoire des pays où il doit y avoir des mar­ty­res.

Vous vou­lez deve­nir un mar­ty­re consciem­ment ?

– Même les psy­cho­lo­gues du minis­tè­re de l’intérieur disent que c’est mon pro­fil : j’ai une gran­de voca­tion de mar­ty­re... Orlan­do Zapa­ta a été le pre­mier chaî­non dans l’intensification de la lut­te pour la liber­té de Cuba. Moi j’ai été celui qui a sai­si le bâton de son relais, et quand je mour­rai, un autre le pren­dra.

Vous êtes sûr ? Vous croyez que cela va pro­vo­quer un sti­mu­lant pour le chan­ge­ment dans votre pays ?

– Moi je suis pes­si­mis­te. Je pen­se que le gou­ver­ne­ment ne va pas chan­ger. Je n’ai pas d’espérance. Le gou­ver­ne­ment cubain se trou­ve dans une pas­se dif­fi­ci­le, mais il ne va pas chan­ger, jusqu’à que nous soyons 50 oppo­sants en grè­ve de la faim, ce qui serait un pro­blè­me au niveau de tou­te la socié­té.

Votre père a com­bat­tu aux côtés de Che Gue­va­ra au Congo. Votre mère était révo­lu­tion­nai­re. Vous-même avez été mili­tai­re et avez étu­dié en Union sovié­ti­que. Com­ment en êtes-vous arri­vé à la dis­si­den­ce ?

– Ce fut un long pro­ces­sus. Les évé­ne­ments de l’ambassade du Pérou en 1980** ont consti­tué le pre­mier désac­cord. J’avais pour rôle de main­te­nir l’ordre. Il y avait des dizai­nes de mil­liers de per­son­nes qui vou­laient par­tir. En URSS, je me suis ren­du comp­te des nom­breu­ses per­ver­sions de ce régi­me auquel, en théo­rie, nous devions res­sem­bler. En 1989, avec l’exécution de Ochoa, j’ai com­plè­te­ment rom­pu. Depuis je ne me suis pas tu, et je ne me tai­rai pas jusqu’à ce que je meu­re.

Qu’est ce qu’il va se pas­ser main­te­nant ?

– Moi je me sens déjà très fai­ble. J’ai mal à la tête et je com­men­ce à me déshy­dra­ter. Il arri­ve­ra un moment où je m’effondrerai et per­drai connais­san­ce. Alors ma famil­le déci­de­ra [la mère et l’épouse disent qu’à ce moment elles le feront entrer à l’hôpital et le nour­ri­ront par voie paren­té­ra­le].

Et quand vous vous réveille­rez à l’hôpital...

– S’ils me met­tent dans une cham­bre fer­mée, où je ne pour­rai pas rece­voir de visi­te de mes frè­res de lut­te, je deman­de­rai l’arrêt de l’alimentation médi­ca­le. S’ils me met­tent dans un endroit où je pour­rai rece­voir la visi­te de mes cama­ra­des, même si ça doit être au tra­vers de vitres, dans la sal­le de soin inten­sif, pen­dant les horai­res régle­men­tai­res des visi­tes, je per­met­trai cet­te ali­men­ta­tion paren­té­ra­le, bien que je ne boi­rai ni man­ge­rai. Dans ce cas, je pour­rai vivre tant que Dieu le vou­dra.

Que croyez-vous que pen­sent de tout ça votre fem­me, votre fille (de huit ans), votre mère ?

– Quand j’ai pris la déci­sion de com­men­cer cet­te grè­ve de la faim, ma mère est res­tée sei­ze heu­res sans me par­ler. Main­te­nant, bien qu’elles s’y oppo­sent tou­jours, elles res­pec­tent ma déci­sion. Je leur dis que pour le bien de la patrie, la famil­le doit souf­frir. J’imagine que la mère de Jose Mar­ti a souf­fert, et aus­si cel­le de Anto­nio Maceo [deux héros emblé­ma­ti­ques de l’indépendance de Cuba]. 

Tra­duc­tion Mari­ne Pon­thieu

Notes de GP :

* Le géné­ral Arnal­do Ochoa , ancien de la Sier­ra Maes­tra et « héros » de la guer­re d’Angola, a été exé­cu­té sous l’accusation de tra­fic de dro­gue au len­de­main d’un pro­cès de type sta­li­nien, avec « aveux » lar­ge­ment média­ti­sés par la télé­vi­sion. L’Histoire, quand elle par­le­ra, livre­ra une tou­te autre ver­sion. Par exem­ple, que les frè­res Cas­tro avaient confon­du Ochoa dans des inten­tions put­schis­tes, avec d’autres mili­tai­res en oppo­si­tion au régi­me ; et cela au moment même où la CIA s’apprêtait à révé­ler la réa­li­té d’un offi­ciel tra­fic de dro­gue entre Cuba et les FARC colom­biens. Un mar­ché aurait été impo­sé à Ochoa : la vie sau­ve contre la recon­nais­san­ce du tra­fic de dro­gue mené à son pro­pre comp­te. Ain­si la « Révo­lu­tion » serait-elle lavée de tout soup­çon d’infamie… Ochoa « avoua » donc, mais fut exé­cu­té un mois après le ver­dict le condam­nant à mort.

** En mars 1980, l’ambassade du Pérou à La Hava­ne avait été lit­té­ra­le­ment enva­hie, en deux jours, par plus de 10 000 can­di­dats à l’émigration. L’affaire pro­vo­qua ensui­te le départ vers les États-Unis de 127 000 « marie­li­tos », du nom du port cubain de Mariel.

»> Voi­là bien­tôt deux mois que je suis sans nou­vel­les de deux amis cubains. J’ose espé­rer qu’il ne leur est rien arri­vé de plus gra­ve que l’interdiction tota­le d’envoyer des cour­riels depuis leurs lieux de tra­vail.

De plus, sur son blog « Gene­ra­cion Y  », l’opposante Yoa­ni San­chez n’a plus dépo­sé d’article depuis le 24 février – ce qui est tout à fait inha­bi­tuel.


CUBA – Orlando Zapata, 42 ans, opposant politique, mort après deux mois de grève de la faim

orlando_zapata_cuba.1267113374.jpgOrlan­do Zapa­ta Tamayo, est mort, mar­di 23 février, dans un hôpi­tal de La Hava­ne. Il menait une grè­ve de la faim de plus de deux mois pour pro­tes­ter contre ses condi­tions de déten­tion. Mem­bre d’une orga­ni­sa­tion de défen­se civi­que illé­ga­le, le Direc­toi­re démo­cra­ti­que cubain, il avait été condam­né en 2003 à dix-huit ans de pri­son pour « désor­dre public ».

Il s’agit du pre­mier déte­nu poli­ti­que « à mou­rir en déten­tion depuis le début des années 1970 à Cuba », affir­me la Com­mis­sion pour les droits de l’homme et la récon­ci­lia­tion natio­na­le, une orga­ni­sa­tion illé­ga­le mais tolé­rée par le pou­voir cubain. Selon son pré­si­dent, Eli­zar­do San­chez, « Il s’agit d’un assas­si­nat vir­tuel, pré­mé­di­té », accu­sant les auto­ri­tés d’avoir trop tar­dé à offrir des soins au dis­si­dent trans­fé­ré la semai­ne der­niè­re seule­ment de Camagüey, dans le cen­tre du pays, où il était incar­cé­ré, dans un hôpi­tal de La Hava­ne.

Prix Sakha­rov 2002 du Par­le­ment euro­péen, le dis­si­dent chré­tien Oswal­do Paya a accu­sé les auto­ri­tés cubai­nes d’avoir « assas­si­né len­te­ment » ce maçon de pro­fes­sion et noir de peau, vic­ti­me, selon lui, de coups et de vio­len­ces racis­tes lors de sa déten­tion. L’économiste dis­si­dent Oscar Espi­no­sa Che­pe, arrê­té en 2003 et libé­ré pour des rai­sons de san­té, esti­me que cet­te affai­re pour­rait se repro­dui­re en rai­son du « très mau­vais état » des pri­sons cubai­nes, où aucu­ne orga­ni­sa­tion inter­na­tio­na­le n’est admi­se. C’est le cas d’Amnes­ty Inter­na­tio­nal, qui esti­me à 65 le nom­bre des « pri­son­niers de conscien­ce » cubains. La plu­part des obser­va­teurs inter­na­tio­naux éva­luent cepen­dant à envi­ron 200 le nom­bre de pri­son­niers poli­ti­ques à Cuba.

Les pré­si­dents bré­si­lien Luiz Inacio Lula da Sil­va et véné­zué­lien Hugo Cha­vez sont arri­vés mar­di soir à La Hava­ne, sans fai­re de com­men­tai­res, après un som­met dit de « l’Unité » au Mexi­que des 32 pays de la région. De son côté, le pré­si­dent cubain, Raul Cas­tro, n’a pas craint de « regret­ter » la mort d’Orlando Zapa­ta. Depuis tou­jours, les auto­ri­tés cubai­nes accu­sent les dis­si­dents d’être des « agents » ou des « mer­ce­nai­res » à la sol­de des Etats-Unis.

La popu­la­tion et l’économie cubai­nes se trou­vent à bout de souf­fle. La cri­se s’est aggra­vée ces der­niers temps, à tel point que le pays est pla­cé au bord d’une ces­sa­tion de paie­ment.

[Sour­ces AFP, Le Mon­de, Yoa­ni Sán­chez – Gene­ra­cion Y]


CUBA. Un journaliste arrêté à Holguín, la liberté d’informer toujours bafouée

Juan Car­los Reyes Ocaña, jour­na­lis­te de la peti­te agen­ce Hol­guín Press, a été arrê­té dans la mati­née du 29 jan­vier par la Poli­ce natio­na­le révo­lu­tion­nai­re (PNR), et emme­né dans une caser­ne sous les incul­pa­tions d” »outra­ge », « déso­béis­san­ce » et « acti­vi­té éco­no­mi­que illi­ci­te ». Remis en liber­té le len­de­main, il obser­ve une grè­ve de la faim dans l’attente de son juge­ment qui pour­rait lui valoir la pri­son fer­me.

Har­cè­le­ments de blo­gueurs, déten­tions arbi­trai­res et mau­vais trai­te­ments de pri­son­niers d’opinion res­tent carac­té­ris­ti­ques d’un régi­me qui ne tolè­re aucu­ne infor­ma­tion en dehors de son contrô­le et dont les timi­des évo­lu­tions depuis février 2008 s’arrêtent au seuil des droits de l’homme. Man­quant à leur paro­le, les auto­ri­tés de La Hava­ne n’ont jamais rati­fié les deux Pac­tes de l’Onu rela­tifs aux droits civils et poli­ti­ques – signés au moment de la pri­se de fonc­tions offi­ciel­les de Raúl Cas­tro –, les­quels incluent la liber­té d’expression. La nor­ma­li­sa­tion des rela­tions avec Cuba prô­née notam­ment par la pré­si­den­ce espa­gno­le de l’Union euro­péen­ne ne sau­rait fai­re l’impasse sur les liber­tés fon­da­men­ta­les.

Aucun ges­te huma­ni­tai­re n’a été consen­ti en faveur des jour­na­lis­tes arrê­tés lors du « Prin­temps noir » de mars 2003, dont Ricar­do Gonzá­lez Alfon­so, condam­né à vingt ans de pri­son. Souf­frant de pro­blè­mes de san­té, en par­ti­cu­lier pul­mo­nai­res, le cor­res­pon­dant de Repor­ters sans fron­tiè­res et fon­da­teur de la revue « De Cuba » s’est vu admi­nis­trer avec retard, le 26 jan­vier, un trai­te­ment qu’il atten­dait depuis des mois. Mal­gré son état, il res­te main­te­nu en cel­lu­le au péni­ten­cier du Com­bi­na­do del Este (La Hava­ne).

Autre pri­son­nier du « Prin­temps noir », éga­le­ment condam­né à vingt ans de pri­son, Juan Car­los Her­re­ra Acos­ta, de l’Agence de pres­se libre orien­ta­le (APLO), a récem­ment dénon­cé les mau­vais trai­te­ments et pri­va­tions ali­men­tai­res dont il a fait l’objet avec d’autres codé­te­nus (voir la vidéo ). Incar­cé­ré depuis six mois, le doc­teur et col­la­bo­ra­teur de médias dis­si­dents Dar­si Fer­rer a, quant à lui, subi un pas­sa­ge à tabac en cel­lu­le alors qu’il était menot­té.

La répres­sion vise de près les blo­gueurs et uti­li­sa­teurs d’Internet. Deux étu­diants ont été ren­voyés au mois de jan­vier pour un tra­vail d’information « non auto­ri­sé ». Darío Ale­jan­dro Pau­li­no Esco­bar a été exclu de l’Université de La Hava­ne pour avoir créé une page sur le réseau social Face­book, conte­nant le comp­te ren­du d’une réunion de l’Union des jeu­nes com­mu­nis­tes (UJC). Fille du pri­son­nier poli­ti­que Félix Navar­ro, Saylí Navar­ro a connu le même sort au sein de l’Université de Matan­zas pour ses acti­vi­tés de jour­na­lis­te indé­pen­dan­te.

Le 6 novem­bre 2009, la Sécu­ri­té de l’État (poli­ce poli­ti­que) a bru­ta­li­sé les blo­gueurs Yoa­ni Sán­chez, créa­tri­ce de la pla­te-for­me Gene­ra­ción Y, et Orlan­do Luis Par­do, à la veille d’une mani­fes­ta­tion [lire sur C’est pour dire]. Un troi­siè­me, Luis Feli­pe Rojas, a été arrê­té à deux repri­ses en décem­bre et assi­gné à rési­den­ce.

[D’après Échan­ge inter­na­tio­nal de la liber­té d’expression (IFEX, Toron­to) et Repor­ters sans fron­tiè­res (RSF, Paris)] 

  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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