On n'est pas des moutons

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Cuba. Fidel Castro en apothéose funèbre

Mort, Fidel Cas­tro peut désor­mais accé­der à l’apothéose, der­nier gra­de qui man­quait à sa gloi­re. Il était temps car l’icône se cra­quel­le. Les céré­mo­nies d’adieu au « com­man­dan­te » s’annoncent gran­dio­ses – de vraies pom­pes funè­bres. Mais les « grands » de ce mon­de modè­rent leurs élans « obsé­quieux »… Ils ne feront pas tous le voya­ge, pres­sen­tant que l’Histoire se gar­de désor­mais d’absoudre à l’aveuglette. Une page de Cuba s’est déjà tour­née pour les cen­tai­nes de mil­liers d’exilés. Cet­te fois, c’est le livre du mythe révo­lu­tion­nai­re qui va se refer­mer sur un peu­ple abu­sé, gavé de pala­bres. Un peu­ple qui va enter­rer le Père sans l’avoir tué.

Un 1er mai, place de la Revolucion à La Havane [dr]

Un 1er mai, pla­ce de la Revo­lu­cion à La Hava­ne [dr]

Il y en eut tant d’autres de ces céré­mo­nies à la gloi­re du « Com­man­dan­te » ras­sem­blant son mil­lion et plus de « com­mu­niants » ! Ce jour-là, c’était jour de fête : la Revo­lu­cion offrait la jour­née de congé, les sand­wi­ches et la biè­re. Il aurait fait beau sno­ber l’événement ! Sans par­ler de la vigi­lan­ce des CDR, Comi­tés de défen­se de la révo­lu­tion qua­drillant le pays jusqu’aux blocs d’immeubles. Un fli­ca­ge inté­gré aus­si­tôt la pri­se de pou­voir. Au départ, tout peut se jus­ti­fier dans un pro­ces­sus révo­lu­tion­nai­re. D’autant que l’ennemi ne tar­de pas à sur­gir. Et que cet enne­mi sera tou­jours mena­çant, uti­le­ment mena­çant. Cas­tro en fera son dog­me : « Dans une for­te­res­se assié­gée, tou­te dis­si­den­ce est une tra­hi­son ». C’est une phra­se de Saint Igna­ce de Loyo­la – n’oublions pas que Fidel Cas­tro a fré­quen­té l’école des jésui­tes à San­tia­go…

Le cas­tris­me est enfant de l’Oncle Sam. Il lui a ouvert un bou­le­vard idéo­lo­gi­que et sur­tout poli­ti­que, selon la pra­ti­que impé­ria­lis­te consti­tu­ti­ve des Etats-Unis, cel­le de la for­ce imma­nen­te, mue par le dol­lar, les armes et bénie de la « main de Dieu » – In God we Trust. Il en fut ain­si des Amé­rin­diens, d’abord, puis des innom­bra­bles inter­ven­tions de la CIA et des mili­tai­res 1 Avec son embar­go qui res­ta inef­fi­ca­ce en fin de comp­te 2, le régi­me amé­ri­cain ne lais­sa plus d’autre choix à Cas­tro que de se tour­ner vers l’Union sovié­ti­que. De même que la failli­te de l’URSS en 1990 impo­sa le maria­ge avec le Vene­zue­la de Cha­vez.

Par­mi les ado­ra­teurs de « Fidel » (et de Cha­vez), son cama­ra­de Jean-Luc Mélen­chon qui, lui, entre­ra bien dans l’Histoire avec deux fameux tweets (cli­quer pour les agran­dir) :

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La gran­de for­ce de Cas­tro – au ris­que même d’un conflit nucléai­re ! – a été d’internationaliser sa résis­tan­ce à l’empire voi­sin 3. tout en exploi­tant à fond l’image bibli­que du David bar­bu­do affron­tant l’affreux Golia­th, se prê­tant objec­ti­ve­ment à cet­te mise en spec­ta­cle dans lequel il tenait le sale rôle. D’où le capi­tal de sym­pa­thie accu­mu­lé par le régi­me de Cuba et sa « révo­lu­tion des Tro­pi­ques » à base de rhum, ciga­res, sal­sa et peti­tes pépées. De quoi sédui­re plus d’un Heming­way, et des cohor­tes de tou­ris­tes bien cana­li­sés, sans oublier les pré­cieux relais idéo­lo­gi­ques que consti­tuaient les intel­lec­tuels éba­his, à l’esprit cri­ti­que en ber­ne.

Ils accou­ru­rent à tou­te vites­se, pour se limi­ter aux Fran­çais, les Gérard Phi­li­pe, Jean-Paul Sar­tre et Simo­ne de Beau­voir, les Agnès Var­da, Chris Mar­ker, Jean Fer­rat, Ber­nard Kouch­ner, Clau­de Julien, les écri­vains Michel Lei­ris, Mar­gue­ri­te Duras, Jor­ge Sem­prun ou l’éditeur Fran­çois Mas­pe­ro. Même Fran­çois Mit­ter­rand, et Daniel­le sur­tout, pré­sen­tè­rent leur dévo­tion au « com­man­dan­te », sans oublier évi­dem­ment Régis Debray – qui en revint sur le tard… Même de Gaul­le, de Vil­le­pin et jusqu’à Dupont-Aignan saluaient Cas­tro le sou­ve­rai­nis­te !

Je dois dire que je fus – un peu – de ceux-là, ayant com­mis quel­ques arti­cles pas très regar­dant sur les des­sous d’un sys­tè­me mani­pu­la­teur, avec l’excuse non abso­lu­toi­re de la jeu­nes­se – c’était de sur­croît en mai 68 ! Je n’en fus pas pour autant récom­pen­sé : ayant émis quel­ques timi­des cri­ti­ques, Cuba me pri­va de visa pro­fes­sion­nel et dut, par la sui­te, me conten­ter d’une visi­te « tou­ris­ti­que », libre mais mal­gré tout un peu ris­quée. 4 Cepen­dant tout se pas­sa sans encom­bres. J’en tirai quel­ques arti­cles, dont celui-ci, enco­re inédit.

Place d’Armes, dans la vieille Havane, novembre 2008. 

Agitant un petit dra­peau rus­se, le gui­de ras­sem­ble son trou­peau du jour. Les bou­qui­nis­tes ven­dent la révo­lu­tion et ses pro­duits déri­vés plus ou moins jau­nis. Le Che, Cami­lo Cien­fue­gos, Heming­way et même Sar­tre, de Beau­voir. Et Fidel, cer­tes. En bon­ne pla­ce sur son pré­sen­toir en bois peint, trô­ne le Cien horas con Fidel, récit des cent heu­res que le lider maxi­mo a pas­sées en com­pa­gnie d’Igna­cio Ramo­net, qui fut patron du Mon­de diplo­ma­ti­que

Je m’interroge sur la cou­ver­tu­re du livre, sur la pho­to de Cas­tro, cas­quet­te et tenue « oli­ve ver­de » de rigueur, regard noir, étran­ge, œil déjouant l’autre ; un œil trou­blant, com­me absent. Il se tient la bar­be, entre pou­ce et index qui sem­blent aus­si obli­ger le sou­ri­re. Sou­ri­re ou ric­tus ? Pose ou atti­tu­de de dou­te – il serait temps… L’image date d’avant la mala­die décla­rée.

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La Hava­ne, pla­ce d’Armes. La bou­qui­nis­te a juré ses grands dieux qu’elle n’était pour rien dans ce rap­pro­che­ment pour le moins sacri­lè­ge entre Pinoc­chio et les cent heu­res d’entretien Cas­tro-Ramo­net… [Ph. gp]

Cent heu­res…, soit, disons, vingt jours à pala­brer… Vingt jours, la durée de mon péri­ple à tra­vers l’île, à la ren­con­tre « des gens » ; à les obser­ver et les écou­ter, à ten­ter de com­pren­dre dans sa com­plexi­té ce pays si atta­chant et dérou­tant. Au plu­riel et en espa­gnol, pala­bras veut dire dis­cours. En cubain, il ne peut s’agir que des grand-mes­ses cas­tris­tes. Des offi­ces paga­no-reli­gieux voués au culte du lider, pla­ce de la Révo­lu­tion, sous l’œil sta­tu­fié de José Mar­ti, l’Apos­tol et père de l’Indépendance, désor­mais secon­dé par l’effigie gran­dio­se du Che, devant une fou­le mil­lion­nai­re (mais si pau­vre) sou­mi­se au prê­che inter­mi­na­ble d’un boni­men­teur de car­riè­re…

Roi du bara­tin pom­peux autant que redon­dant et déma­go­gue, Fidel Cas­tro aura pas­sé au total des mois entiers, voi­re des années à pala­brer. Ses dis­cours ont par­fois dépas­sé les sept heu­res, à l’image de l’enflure du per­son­na­ge, de son ego sans limi­tes. Assu­ré­ment, un tel désir d’adoration par la mul­ti­tu­de est bien le pro­pre des dic­ta­teurs et de leurs struc­tu­res carac­té­riel­les ; ou bien aus­si, il est vrai, des pré­di­ca­teurs et autres évan­gé­lis­tes si en vogue en ces temps de déses­pé­ran­ce.

Je suis tou­jours devant ce bou­quin, m’interrogeant sur la moti­va­tion d’un Igna­cio Ramo­net cédant lui aus­si, façon « Mon­de diplo­ma­ti­que », à une for­me d’adoration com­pli­ce, fût-elle mâti­née de quel­que auda­ce cri­ti­que. Car l’autre tient le beau rôle, côté pou­voir, et le der­nier mot – au nom du pre­mier, « L’Histoire m’absoudra », que lan­çait Cas­tro lors de son pro­cès pour l’attaque en juillet 1953 de La Mon­ca­da, caser­ne de San­tia­go, l’autre gran­de vil­le cubai­ne. Un slo­gan de tri­bu­nal pro­non­cé tout exprès com­me une for­mu­le de com’, et une mani­fes­ta­tion, déjà, du plus mons­trueux des orgueils. Car d’entrée de jeu – il s’agit bien de l’acte théâ­tral fon­da­teur de la saga cas­tris­te –, il exi­geait l’Absolution. Tout com­me Hit­ler qui, avant lui, avait lan­cé la même pré­di­ca­tion. La com­pa­rai­son s’arrête là. Là où l’Histoire ques­tion­ne les fon­de­ments des pou­voirs et de leurs plus viru­lents agents, avant de pas­ser le relais aux scru­ta­teurs de l’inconscient.

Tan­dis que recu­lant d’un pas, je décou­vre, joux­tant le Cas­tro-Ramo­net, un autre livre, bien mali­cieux celui-là, dans le fond com­me dans la pré­sen­ce, si incon­grue sur le pré­sen­toir…  Las Aven­tu­ras de Pino­cho voi­si­ne, là, jus­te à côté d’un Com­man­dan­te sou­dai­ne­ment gêné par cet­te marion­net­te au nez accu­sa­teur… La bou­qui­nis­te, que j’interpelle en bla­guant, elle-même rigo­lant de bon cœur, jure ses grands dieux qu’elle n’y est pour rien, que c’est là un pur fait du hasard ! Je ne la crois pas.

Le men­son­ge… Sur un mur, à Guan­ta­na­mo – la vil­le, pas la base états-unien­ne –, je relè­ve ce graf­fi­ti décré­pi : « Revo­lu­cion es no men­tir jamas ». Ne men­tir jamais… La bra­ve injonc­tion, com­me on en trou­ve tant, aux cou­leurs désor­mais sou­vent déla­vées. À Bara­coa, poin­te orien­ta­le de l’île, assis à la por­te d’un entre­pôt vide, un jeu­ne gar­dien enca­dré par deux lon­gues cita­tions mura­les de José Mar­ti. Qu’en pen­se-t-il ? Il se lève pour les lire com­me s’il les décou­vrait à l’instant : « Son pala­bras anti­guas », des vieux mots, résu­me-t-il avant de se ras­seoir. Com­me si la bon­ne et vieille pro­pa­gan­de s’était usée d’elle-même, polie par les ans, fati­guée. Com­me si le men­son­ge d’État n’opérait plus, même pas par oppo­si­tion.

A l’aéroport régio­nal, dans la peti­te sal­le d’attente pour le vol vers La Hava­ne, une télé dif­fu­se son émis­sion d’éducation poli­ti­que. Il y est jus­te­ment ques­tion, une fois de plus, de la Mon­ca­da et du fameux slo­gan « L’histoire m’absoudra ». Je suis le seul étran­ger, sem­ble-t-il – et le seul à regar­der cet écran dont tout le mon­de se contre­fout.

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San­tia­go. Même si des amé­lio­ra­tions récen­tes ont été appor­tées, les Cubains conti­nuent à s’entasser dans des sor­tes de bétaillè­res pour se ren­dre au tra­vail. [Ph. gp]

La pro­pa­gan­de éle­vée com­me un art poli­ti­que suprê­me. Une pra­ti­que redou­ta­ble et ancien­ne. Voi­ci com­ment j’en fus vic­ti­me –  en mai 68 !…Jeu­ne Tin­tin débar­qué là-bas pour son pre­mier grand repor­ta­ge, regrou­pé à l’arrivée avec cinq ou six autres jour­na­lis­tes euro­péens. Pro­po­si­tion de mise à dis­po­si­tion d’un mini­car, d’une inter­prè­te – Olga, char­man­te blon­de… – et d’un « accom­pa­gna­teur » à fine mous­ta­che noi­re, Eduar­do, non moins affa­ble. Pro­gram­me de visi­te allé­chant. Le Che venait de mou­rir en Boli­vie et le régi­me cas­tris­te s’affairait à orches­trer son immor­ta­li­té. Mai 68 était amor­cé, en Fran­ce et ailleurs dans le mon­de, la Tché­co­slo­va­quie pas enco­re remi­se au pas – une affai­re de semai­nes. La cri­se des fusées, 1962, déjà loin­tai­ne. Cuba cueillait les divi­den­des d’une sym­pa­thie inter­na­tio­na­le pas seule­ment de gau­che.

Et la peti­te bor­dée de jour­na­lis­tes allait se fai­re avoir dans la gran­de lon­gueur, Tin­tin y com­pris, bien sûr. On nous bala­da ain­si – c’est bien le mot – dans le décor révo­lu­tion­nai­re en construc­tion, de plan­ta­tions de tabac en pla­ge du « débar­que­ment » (Playa Giron, « Baie des Cochons », mer­ce­nai­res, CIA, Kennedy,1961), de la fer­me de Fidel et son éle­va­ge de cro­co­di­les en mat­ch de base-ball, etc. Que la révo­lu­tion est jolie ! 

Man­quait tout de même le pom­pon, qui allait nous être pro­po­sé, com­me sup­plé­ment au pro­gram­me, par l’aimable Eduar­do et néan­moins com­mis­sai­re poli­ti­que – com­ment aurait-il pu en être autre­ment ? Le soup­çon ne m’en vint tou­te­fois que tar­di­ve­ment, un matin très tôt où ayant ren­dez-vous avec un oppo­sant (car il y en avait déjà !), je m’aperçus qu’Eduardo me filait de près, m’obligeant à renon­cer et à rebrous­ser che­min…– J’ai une pro­po­si­tion à vous fai­re, nous dit-il un matin, en sub­stan­ce : aller à l’île des Pins, tout jus­te rebap­ti­sée « île de la Jeu­nes­se », afin d’y visi­ter l’ancienne pri­son de Batis­ta, où Cas­tro lui-même fut enfer­mé, et aujourd’hui trans­for­mée en lycée modè­le…

Com­ment ne pas adhé­rer à une tel­le offre ? La cho­se s’avérait bien un peu com­pli­quée à orga­ni­ser, mais voi­là l’escouade embar­quée, puis débar­quée dans l’île au tré­sor cas­tris­te. On n’y séjour­ne­rait qu’une jour­née et une nuit, selon un emploi du temps char­gé. Char­gé et contra­rié par quel­ques aléas mal­en­con­treux. Ce qui n’empêcha pas la visi­te d’une fer­me elle aus­si modè­le, ni de la mai­son qu’Hemingway avait dû fré­quen­ter jadis. Mais de la fameu­se ex-pri­son, nous ne pûmes rien voir. Ce n’était pas si gra­ve, puisqu’elle s’était ins­cri­te dans nos ima­gi­na­tions. Quel­ques « détails » suf­fi­raient à nour­rir nos papiers. Ce qui fut fait…

Extrait de mon repor­ta­ge paru en juillet 68 dans plu­sieurs quo­ti­diens régio­naux : « Quel­le est l’image la plus hal­lu­ci­nan­te ? La crè­che des bam­bins de San Andrès para­chu­tée en plei­ne Sier­ra de los Orga­nos ? […] Ou enco­re cet­te pri­son de Batis­ta trans­for­mée en éco­le tech­ni­que à l’île de la Jeu­nes­se ? » Bien joué, non ? Car il s’était bel et bien agi d’une manœu­vre gros­siè­re­ment sub­ti­le. Si gros­siè­re qu’elle ne pou­vait que mar­cher ! Com­ment eus­sions-nous pu sus­pec­ter un tel stra­ta­gè­me alors que rien n’avait obli­gé nos « hôtes » à orga­ni­ser une tel­le expé­di­tion à l’île de la Jeu­nes­se ? Les dif­fi­cul­tés pra­ti­ques pour nous y ame­ner ajou­tait enco­re à l’évidente bon­ne foi de ses orga­ni­sa­teurs…

imgresOr, ce n’est que huit années plus tard que j’eus la révé­la­tion de l’entourloupe : lors­que parut, fin 76 chez Bel­fond,  7 ans à Cuba – 38 mois dans les pri­sons de Fidel Cas­tro. Pier­re Golen­dorf [ancien cor­res­pon­dant de L’Humanité à La Hava­ne] y racon­tait par le détail les condi­tions de son arres­ta­tion et de son incar­cé­ra­tion à La Hava­ne, puis… à l’île des Pins. Dans ce qui était bel et bien demeu­ré une pri­son-modè­le !

J’avais – nous avions tous, ces jour­na­lis­tes « bala­dés », été enfu­més, mou­chés, abu­sés. Mais la leçon, il faut le recon­naî­tre, appa­rut magis­tra­le. 5. Cha­peau l’intox ! On recon­nais­sait là un vrai savoir-fai­re sans dou­te acquis dans quel­que éco­le sovié­ti­que. Les élè­ves cubains mon­traient de réel­les dis­po­si­tions à éga­ler sinon à dépas­ser les maî­tres for­més à la redou­ta­ble pro­pa­gan­de sta­li­nien­ne. Dépas­ser, non : sur­pas­ser, puis­que le régi­me a tant bien que mal sur­vé­cu à l’effondrement de l’URSS et qu’il conti­nue à œuvrer avec constan­ce et effi­ca­ci­té dans son art consom­mé de la pro­pa­gan­de.

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À n’en pas dou­ter, aujourd’hui, dans tou­te l’île, de La Hava­ne à San­tia­go, la machi­ne mys­ti­fi­ca­tri­ce est en chauf­fe maxi­ma­le pour mon­ter au zéni­th de la pro­pa­gan­de mon­dia­le le spec­ta­cle des obsè­ques du « lider maxi­mo », dieu du socia­lis­me…

Cet­te machi­ne-là n’a jamais ces­sé de tour­ner, durant plus d’un demi-siè­cle ! Deux géné­ra­tions y ont été sou­mi­ses ; à com­men­cer par les Cubains, bien sûr, mais aus­si l’opinion mon­dia­le abreu­vée au mythe entre­te­nu de l’héroïsme cas­tris­te et gue­va­ris­te. 6

L’historien – et a for­tio­ri le « pau­vre » jour­na­lis­te sont bien dému­nis face aux tor­na­des mys­ti­fian­tes dont les récits pren­nent for­ce mythi­que de Véri­té éter­nel­le et ris­quent ain­si de les empor­ter. Ce que décrit bien, entre autres, l’écrivain et phi­lo­so­phe suis­se Denis de Rou­ge­mont :

« […] les mythes tra­dui­sent les règles de condui­te d’un grou­pe social ou reli­gieux. Ils pro­cè­dent donc de l’élément sacré autour duquel s’est consti­tué le grou­pe […] un mythe n’a pas d’auteur. Son ori­gi­ne doit être obs­cu­re. Et son sens même l’est en par­tie […] Mais le carac­tè­re le plus pro­fond du mythe, c’est le pou­voir qu’il prend sur nous, géné­ra­le­ment à notre insu […] » 7

Le mythe est insi­dieux, il nous pénè­tre aisé­ment par le biais de notre apti­tu­de à la croyan­ce, ce désir de cer­ti­tu­de autant que de ras­su­ran­ce. Les révo­lu­tions s’y ali­men­tent et l’alimentent par néces­si­té de durer. C’est ain­si qu’elles com­men­cent « bien » (ça dépend pour qui, tou­te­fois…), avant de s’affronter à la dure réa­li­té, qu’il fau­dra plier par la vio­len­ce et le men­son­ge. Il n’en a jamais été autre­ment, de la Révo­lu­tion fran­çai­se à la bol­che­vi­que, en pas­sant par le cas­tris­me, le maoïs­me et jusqu’aux « prin­temps ara­bes ».

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Tri­ni­dad. Croi­se­ment d’américaines. Entre les deux ailes de la Ply­mou­th, le gamin en tee-shirt « Mia­mi Bea­ch » tire la lan­gue au pho­to­gra­phe… et à un demi-siè­cle de cas­tris­me. [Ph. gp]

Res­tons-en au cas­tris­me et une illus­tra­tion de son carac­tè­re mons­trueux, dont cer­tains se sou­vien­nent peut-être car elle fit grand bruit. Il s’agit de l’affai­re Ochoa, sol­dée par des exé­cu­tions, en 1989 :
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Arnal­do Ochoa. Com­pli­ce for­cé et vic­ti­me d’un pro­cès sta­li­nien.

Arnal­do Ochoa, géné­ral de tous les com­bats, héros natio­nal – Sier­ra Maes­tra, San­ta-Cla­ra avec le Che, Baie des Cochons, puis Vene­zue­la, Éthio­pie et Ango­la – condam­né à mort et exé­cu­té en 1989 pour « tra­fic de dro­gues ». Il avait eu le tort de résis­ter aux Cas­tro et peut-être même de pré­pa­rer une évo­lu­tion du régi­me. Démas­qué, Fidel lui avait impo­sé un mar­ché de dupes : pren­dre sur lui ce tra­fic de dro­gues entre Cuba et les nar­cos de Colom­bie que la CIA s’apprêtait à met­tre au grand jour, en échan­ge d’une condam­na­tion à la pri­son avec une libé­ra­tion arran­gée ensui­te. D’où la confes­sion auto­cri­ti­que de Ochoa, qui fut cepen­dant exé­cu­té, avec d’autres, un mois après sa condam­na­tion à mort. Le régi­me fit de ce pro­cès lit­té­ra­le­ment sta­li­nien, tenu par des juges mili­tai­res, retrans­mis en direct à la télé­vi­sion, une opé­ra­tion de pro­pa­gan­de dont il a le secret. On peut en sui­vre les prin­ci­pa­les pha­ses sur inter­net. C’est stu­pé­fiant – sans mau­vais jeu de mots.

Les diri­geants cubains ont tou­jours vou­lu mas­quer tou­te dis­si­den­ce et même tout désac­cord avec la ligne poli­ti­que. Le régi­me ne peut admet­tre que des « dévian­ces » (« folie », « per­ver­sions sexuel­les »)  ou des « fau­tes mora­les » per­son­nel­les. À Cuba, la pres­se est uni­que, sous contrô­le éta­ti­que total ; de même la magis­tra­tu­re ; et aus­si tou­te l’économie, en gran­de par­tie aux mains des mili­tai­res… Il n’y a plus que les Cubains abu­sés, ou rési­gnés à la ser­vi­tu­de volon­tai­re, fau­te d’avoir pu s’exiler – j’en ai ren­con­tré ! Ailleurs, notam­ment en Fran­ce, la dés­illu­sion a com­men­cé à poin­dre, y com­pris à Saint-Ger­main-des-Près ; il n’y a plus que le res­tant des com­mu­nis­tes encar­tés et des Mélen­chon mys­ti­co-cas­tris­tes pour allu­mer des cier­ges en hom­ma­ge au Héros dis­pa­ru.

Tan­dis que, de La Hava­ne à San­tia­go, « on » s’échine à fai­re per­du­rer le mythe de la Revo­lu­cion éter­nel­le – ¡ Has­ta siem­pre ! Patria o muer­te ! Les der­niers acteurs de cet­te piè­ce dra­ma­ti­que s’effacent peu à peu ou meu­rent avec cet­te han­ti­se : Que l’Histoire ne les acquit­te pas.

Notes:

  1. Pour rap­pel : Iran (1953), Gua­te­ma­la (54), Cuba, Baie des Cochons (61), Bré­sil, Sud-Viet­nam (64), Répu­bli­que domi­ni­cai­ne, Uru­guay (65), Chi­li (73), Argen­ti­ne (76), Gre­na­de (83), Nica­ra­gua (84), Pana­ma (89).… Sans oublier la Guer­re du Gol­fe, le Koweït, l’Irak, l’Afghanistan…
  2. J’ai déjà sou­li­gné à quel point cet­te mesu­re ser­vit à mas­quer l’incurie du gou­ver­ne­ment des Cas­tro, en par­ti­cu­lier l’échec de la poli­ti­que agrai­re déci­dée par Fidel lui-même. Voir à ce sujet la clair­voyan­te ana­ly­se de René Dumont dans son ouvra­ge Cuba est-il socia­lis­te ? (La répon­se est dans la ques­tion…) Dans la ter­mi­no­lo­gie cas­tris­te et sa pro­pa­gan­de, l’embar­go a tou­jours été tra­duit par blo­queo. Or, il ne s’agit nul­le­ment d’un blo­cus au sens mari­ti­me et aérien. Les échan­ges com­mer­ciaux avec Cuba ont été com­pli­qués mais non blo­qués. Même des com­pa­gnies éta­su­nien­nes ont com­mer­cé avec Cuba, où un car­go amé­ri­cain assu­rait une navet­te com­mer­cia­le par semai­ne, ain­si que je l’avais rele­vé sur pla­ce.
  3. Résu­mé par la for­mu­le de Gue­va­ra :« Allu­mer deux, trois, plu­sieurs Viêt­nam »
  4. Jour­na­lis­te sans visa pro­fes­sion­nel, tou­ris­te incer­tain débar­quant à La Hava­ne par­mi les 400 tou­ris­tes fran­çais quo­ti­diens. J’avais été pho­to­gra­phié ici-même en 68 pour les besoins d’une car­te de pres­se cubai­ne – que j’ai gar­dée…. Il est vrai que c’était avant l’informatique. Mais je venais de lire ou reli­re tou­tes ces his­toi­res ter­ri­bles de répres­sion, ces témoi­gna­ges des Golen­dorf, Val­la­da­rès, Huber Matos et leurs années de geô­les ; par­cou­ru les rap­ports de Repor­ters sans fron­tiè­res, du CPJ (Cen­tre de pro­tec­tion des jour­na­lis­tes) et de l’IFEX (Échan­ge inter­na­tio­nal de la liber­té d’expression) sur la répres­sion des jour­na­lis­tes et des mili­tants des droits de l’homme ; pris contact avec des confrè­res de retour de repor­ta­ge… Tout ce qu’il fal­lait pour les­ter de para­no mon équi­pe­ment de base.
  5. Ce fut aus­si ma plus bel­le leçon de jour­na­lis­me : pra­ti­quer stric­te­ment le scep­ti­cis­me métho­di­que. En 1986, Albin Michel publia Mémoi­res de pri­son, Témoi­gna­ge hal­lu­ci­nant sur les pri­sons de Cas­tro. Il s’agissait du récit de l’écrivain cubain Arman­do Val­la­da­rès, déte­nu durant 22 ans, tor­tu­ré, libé­ré après une vas­te cam­pa­gne inter­na­tio­na­le.
  6. Il y aurait tant à dire sur l’icône Gue­va­ra, nom­mé en 1959 par Fidel Cas­tro com­man­dant et « pro­cu­reur suprê­me » de la pri­son de la for­te­res­se de la Cabaña. Il est ain­si sur­nom­mé le car­ni­ce­ri­to (le petit bou­cher) de la Cabaña. Pen­dant les 5 mois à ce pos­te il déci­de des arres­ta­tions et super­vi­se les juge­ments qui ne durent sou­vent qu’une jour­née et signe les exé­cu­tions de 156 à 550 per­son­nes selon les sour­ces. 
  7. D. de Rou­ge­mont, L’Amour et l’Occident, 10/18, 2001

Cuba. Castro, le tyran illusionniste

2382184templateidscaledpropertyimagedataheight177v3width312cmpartcom-arte-tv-wwwPour­tant sacra­li­sé, immor­ta­li­sé, Fidel Cas­tro a fini par mou­rir. Qua­tre-vingt-dix ans. Tout de même, les dic­ta­tu­res conser­vent… Ses obsè­ques vont être gran­dio­ses, c’est bien le moins pour cou­ron­ner la fin d’un tel règne. Neuf jours de deuil natio­nal ! Qua­tre jours à bala­der ses cen­dres, reli­ques d’une « révo­lu­tion » sanc­ti­fiée, spec­ta­cle poli­ti­que, ico­no­gra­phi­que, reli­gieux, média­ti­que… Je pèse mes mots, qui poin­tent les angles du grand Spec­ta­cle qui, en effet, a pro­duit, entre­te­nu, consa­cré le cas­tris­me. Com­ment cela s’est-il opé­ré ? Com­ment cela a-t-il tenu, durant plus d’un demi-siè­cle ? Com­ment cela per­du­re-t-il enco­re, mal­gré les désor­mais évi­den­tes dés­illu­sions ?

Com­ment devient-on tyran ?

Chez les anciens Grecs, « tyran » dési­gnait un hom­me qui avait pris le pou­voir sans auto­ri­té consti­tu­tion­nel­le légi­ti­me. Le mot était neu­tre, tout com­me la cho­se, n’impliquant aucun juge­ment sur les qua­li­tés de per­son­ne ou de gou­ver­nant. 1 Le paral­lè­le avec Cuba et Cas­tro, si loin dans le temps et les lieux, c’est la constan­ce du pro­ces­sus d’évolution du Pou­voir. Dans la Grè­ce anti­que, de tyran en tyran, l’exercice du pou­voir pas­se peu à peu d’une for­me disons libé­ra­le à cel­le d’un pou­voir mili­tai­re incon­trô­lé. Et les tyrans le devin­rent dans le sens d’aujourd’hui.

En tant que phé­no­mè­ne idéo­lo­gi­que, le cas­tris­me peut s’analyser selon plu­sieurs angles :

le contex­te géo­po­li­ti­que de la guer­re froi­de pla­çant Cuba entre le mar­teau et l’enclume des impé­ria­lis­mes amé­ri­cain et sovié­ti­que ;

l’habileté machia­vé­li­que de Fidel Cas­tro dans sa conquê­te et sa soif du pou­voir avec un sens extrê­me de la com­mu­ni­ca­tion, mêlant mys­ti­que et mys­ti­fi­ca­tion ;

la com­pli­ci­té objec­ti­ve des « éli­tes » occi­den­ta­les sur­tout, mais aus­si tiers-mon­dis­tes, fas­ci­nées par le cas­tris­me com­me « troi­siè­me voie » poli­ti­que.

Ces trois piliers prin­ci­paux ont per­mis à Cas­tro d’asseoir une dic­ta­tu­re « aima­ble », sym­pa­thi­que, voi­re huma­nis­te – une « dic­ta­tu­re de gau­che » a même osé Eduar­do Manet, dra­ma­tur­ge fran­çais d’origine cubai­ne ! « Poids des mots, choc des pho­tos », sur­tout s’il s’agit d’images pieu­ses, cel­les du héros moder­ne, incar­na­tion du mythe bibli­que de David contre Golia­th. Ima­ges ren­for­cées par les mul­ti­ples ten­ta­ti­ves d’assassinat (plus ou moins réel­les, sinon arran­gées pour cer­tai­nes) menées par la CIA, jusqu’au débar­que­ment raté d’opposants dans la Baie des Cochons. Ce fias­co mili­tai­re ajou­te à la gloi­re du « com­man­dan­te », gon­flant la légen­de com­men­cée dans la Sier­ra Maes­tra avec la gué­rilla des bar­bu­dos, sym­pa­thi­ques débraillés fumant le ciga­re en com­pa­gnie de leur chef adu­lé, fort en gueu­le et bel­le-gueu­le, taillé pour les médias et qui sau­ra en user et abu­ser – le New York Times et CBS envoient bien vite leurs repor­ters.

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L’icône au ser­vi­ce de la mytho­lo­gie. Que la révo­lu­tion était jolie !

Aujourd’hui, en ces temps d’homélies, on entend sur les radios clai­ron­ner la doxa consis­tant à blan­chir les excès « auto­ri­tai­res » en les met­tant sur le dos des méchants Amé­ri­cains et leur « embar­go », cau­se de tous les maux des mal­heu­reux et valeu­reux Cubains ! Ledit embar­go a cer­tes cau­sé de forts obs­ta­cles dans les échan­ges com­mer­ciaux, et finan­ciers sur­tout, avec l’île ; mais il ne les a pas empê­chés ! Les États-Unis sont même le pre­mier pays pour les échan­ges com­mer­ciaux (hors pro­duits stra­té­gi­ques, cer­tes) avec Cuba. Cet embar­go – tou­jours qua­li­fié de blo­cus par le gou­ver­ne­ment cubain, ce qu’il n’est nul­le­ment ! – a sur­tout ser­vi à ren­for­cer, en la mas­quant, l’incurie du régi­me, char­geant ain­si le bouc émis­sai­re idéal. J’ai mon­tré tout cela lors d’un repor­ta­ge publié en 2008 dans Poli­tis [L’espérance était ver­te, la vache l’a man­gée, décem­bre 2008 – dis­po­ni­ble en fin d’article] qui m’a valu les fou­dres de Jean­ne Habel, poli­to­lo­gue spé­cia­lis­te de Cuba, et d’être trai­té d’ « agent de la CIA »…

Pas­sons ici sur l’itinéraire du « futur tyran »,  même si les bio­gra­phies sont tou­jours des plus éclai­ran­tes à cet égard. Rap­pe­lons jus­te que Cas­tro fut sou­te­nu par les Etats-Unis dès son oppo­si­tion à la dic­ta­tu­re de Batis­ta. Après la pri­se de pou­voir en 1959, son gou­ver­ne­ment est recon­nu par les États-Unis. Nom­mé Pre­mier minis­tre, Cas­tro est reçu à la Mai­son Blan­che où il ren­con­tre Nixon, vice-pré­si­dent d’Eisenhower. Les cho­ses se gâtent quand Cas­tro envi­sa­ge de natio­na­li­ser indus­tries et ban­ques, ain­si que les sec­teurs liés au sucre et à la bana­ne. Il se tour­ne alors vers l’Union sovié­ti­que – qui achè­te au prix fort la qua­si-tota­li­té du sucre cubain. C’est la casus bel­li : les États-Unis n’auront de ces­se d’abattre le « régi­me com­mu­nis­te » ins­tau­ré à 150 kilo­mè­tres de ses côtes.

J’ai aus­si fait appa­raî­tre dans ce même repor­ta­ge com­ment le refrain de « la san­té et de l’éducation gra­tui­tes », una­ni­me­ment repris dans les médias, relè­ve avant tout de slo­gans publi­ci­tai­res. Sans même par­ler de la qua­li­té des soins et de l’enseignement, leur « gra­tui­té » se trou­ve lar­ge­ment payée par la sous-rému­né­ra­tion des sala­riés cubains : l’équivalent d’une quin­zai­ne d’euros men­suels en moyen­ne !

Si tou­te­fois ce régi­me a tenu sur ses trois piliers boi­teux, c’est au prix d’une coer­ci­tion du peu­ple cubain. À com­men­cer par le « récit natio­nal » – l’expression est à la mode – entre­pris dès la pri­se du pou­voir par Cas­tro, pro­pa­gé et ampli­fié par l’enseignement (gra­tuit !) sous for­me de pro­pa­gan­de, et par les médias tous dépen­dants du régi­me. Coer­ci­tion dans les esprits et aus­si coer­ci­tion phy­si­que par la sur­veillan­ce et le contrô­le étroits menés dans cha­que quar­tier, auprès de cha­que habi­tant, par les Comi­tés de défen­se de la révo­lu­tion. De sor­te que la dis­si­den­ce appa­rais­se com­me uni­que for­me pos­si­ble d’opposition – d’où l’emprisonnement poli­ti­que, l’exil clan­des­tin, la per­sé­cu­tion des déviants.

castro-colombe-1Tyran, cer­tes, Cas­tro était aus­si et peut-être d’abord un séduc­teur des mas­ses dou­blé d’un illu­sion­nis­te. Ses talents dans ce domai­ne étaient indé­nia­bles et à pren­dre au pied de la let­tre : ain­si quand, lors d’un de ses inter­mi­na­bles ser­mons, quand il fait se poser, com­me par mira­cle, une blan­che colom­be sur une de ses épau­les… La séquen­ce fut fil­mée, pour entrer dans l’Histoire… mais la super­che­rie démon­tée quel­ques années plus tard.

Le cas­tris­me, ai-je sou­li­gné dans mes repor­ta­ges, est avant tout un régi­me de faça­de – tout com­me ces faça­des d’allure pim­pan­te, res­tau­rées pour la cau­se, entre les­quel­les se fau­fi­lent les tou­ris­tes béats au long des cir­cuits des voya­gis­tes. Ces tou­ris­tes peu­vent aus­si, bien sou­vent, être rejoints par nom­bre de jour­na­lis­tes, écri­vains, poli­ti­ciens et divers intel­lec­tuels en mal de fas­ci­na­tion exo­ti­que.

La mort de Cas­tro n’implique pas for­cé­ment cel­le du cas­tris­me. Mais que sur­vi­vra-t-il de cet­te dic­ta­tu­re illu­sion­nis­te après la mort de ses mani­pu­la­teurs, une fois que l’Histoire, la vraie, aura fait sur­gir la réa­li­té d’un demi-siè­cle de fal­si­fi­ca­tions ?

 

>Mon repor­ta­ge de 2008 dans Poli­tis :gpon­thieu241208­po­li­tis ; et la Tri­bu­ne qui s’ensuivit de Jean­ne Habel : 1038_­po­li­tis-30-31-j-habel ; enfin, ma répon­se : poli­tis_1041­re­pon­se-gp-260209

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Un régi­me de faça­des. [Ph. gp]

Notes:

  1. Les anciens Grecs, Moses I. Fin­ley, Ed. Mas­pe­ro, 1971.


Cuba-USA. Arrangements à l’amiable

Bara­ck Oba­ma et Raul Cas­tro ont donc annon­cé mer­cre­di le réta­blis­se­ment de rela­tions diplo­ma­ti­ques entre leurs pays après un demi-siè­cle de guer­re froi­de. Cer­tes, ce réchauf­fe­ment vaut mieux que les annon­ces d’attentats hor­ri­bles et autres mas­sa­cres. Mais dou­ce­ment les clai­rons ! Les inten­tions des gou­ver­nants sous ten­dent des manœu­vres peu por­tées au dés­in­té­res­se­ment.

Obama ten­te de redo­rer un bla­son pour le moins ter­ni. De sa pré­si­den­ce, l’Histoire retien­dra la mise en pla­ce d’une cou­ver­tu­re san­té pour 32 mil­lions d’Américains dému­nis. Pour le res­te, rien de mar­quant, sinon de gran­des décep­tions. Sur­tout sur le plan social et racial, ain­si que l’ont rap­pe­lé les émeu­tes de Fer­gu­son. Oba­ma va donc pêcher en eaux étran­gè­res pro­ches : à Cuba, tout près, à 150 km de la Flo­ri­de. C’est moins ris­qué que l’Afghanistan. Bien que Guan­ta­na­mo le ramè­ne au pire de ses renon­ce­ments. Mais ces « fian­çailles » à la cubai­ne, célé­brées en gran­de pom­pe par la média­sphè­re, lais­se­ront bien quel­ques tra­ces.

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Cime­tiè­re et musée des « bel­les amé­ri­cai­nes ». Ici, à Tri­ni­dad, le gamin dans l’auto de papa tire la lan­gue au pho­to­gra­phe. Sur son T-shirt : « Mia­mi Bea­ch ». [© gp-2008]

Raul Cas­tro lui aus­si espè­re bien tirer quel­ques béné­fi­ces de cet­te pac­ti­sa­tion avec l’ennemi d’un demi-siè­cle. Les Cubains fan­tas­ment tou­jours sur l’Amérique voi­si­ne, en pro­por­tion inver­se de leur dés­illu­sion cas­tris­te. Entrou­vrir une por­te sur des espé­ran­ces ne coû­te pas grand cho­se et peut même rap­por­ter quel­ques dol­lars. D’autant que le fameux « blo­queo » en vigueur depuis 1962, plus jus­te­ment qua­li­fié d’embargo, ne ris­que pas d’être offi­ciel­le­ment levé vu qu’une tel­le mesu­re relè­ve du Congrès, tenu par les répu­bli­cains. Or ce « blo­cus » (qui n’en est pas un : l’embargo n’affecte que peu le com­mer­ce, y com­pris avec les États-Unis ! On peut se réfé­rer à ce pro­pos à mon repor­ta­ge dans Poli­tis du 24/12/2008, lisi­ble ici), s’il vise sur­tout les tran­sac­tions finan­ciè­res inter­na­tio­na­les de Cuba*, sert d’abord les diri­geants cubains. Ceux-ci, en effet, et Fidel en tête, n’ont eu de ces­se de mas­quer leur échec poli­ti­que en le reje­tant sur le méchant voi­sin yan­qui.

Le réta­blis­se­ment des rela­tions diplo­ma­ti­ques cuba­no-état­su­nien­nes pour­ra favo­ri­ser cet­te libé­ra­li­sa­tion éco­no­mi­que « à la viet­na­mien­ne » que Raul Cas­tro met en pla­ce depuis sa pré­si­den­ce. Pour les Cubains, pour leur vie quo­ti­dien­ne, cela ne chan­ge­ra sans dou­te pas grand cho­se. Ce qu’exprime à sa façon Yoa­ni San­chez l’une des prin­ci­pa­les oppo­san­tes connues au régi­me cas­tris­te. Dans son blog Gene­ra­cion Y, elle rap­pel­le les gran­des éta­pes enco­re à venir pour « déman­te­ler le tota­li­ta­ris­me » :

« La libé­ra­tion de tous les pri­son­niers poli­ti­ques et pri­son­niers de conscien­ce; la fin de la répres­sion poli­ti­que; la rati­fi­ca­tion des pac­tes civils, poli­ti­ques, éco­no­mi­ques, sociaux et cultu­rels, la recon­nais­san­ce de la socié­té civi­le cubai­ne à l’intérieur et à l’extérieur de l’île. »

En atten­dant, exhor­te la blo­gueu­se :

[…] « Gar­dez les dra­peaux, vous ne pou­vez pas enco­re débou­cher les bou­teilles et le mieux est de main­te­nir la pres­sion pour arri­ver enfin au jour J. »

–––

* Les ban­ques fran­çai­ses Socié­té géné­ra­le, BNP Pari­bas et Cré­dit agri­co­le ont fait l’objet d’une enquê­te pour blan­chi­ment d’argent et vio­la­tions de sanc­tions amé­ri­cai­nes contre cer­tains pays – dont Cuba (ain­si que l’Iran et le Sou­dan).


[Révoltes arabes]. A Cuba, place de la Révolution, on prépare le défilé au pas de l’oie

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Le pas de l’oie à Cuba, selon Yoani Sanchez sur « Generacion Y  »

 

« Mon quar­tier connaît une peti­te secous­se, un chan­ge­ment qui se pré­sen­te sous la for­me d’une cou­che d’asphalte neu­ve, d’ouvriers qui refont les rues et posent un revê­te­ment noi­râ­tre qui dans quel­ques jours aura dur­ci sous les pneus des voi­tu­res. Nous som­mes tous sur­pris. La joie serait le sen­ti­ment le plus cou­rant si ce n’étaient les rai­sons qui ont conduit à ces répa­ra­tions et la rai­son de ces tra­vaux. Tou­te la Pla­ce de la Révo­lu­tion et la « zone blo­quée » où j’habite se pré­pa­rent au grand défi­lé du 15 avril pro­chain*. Un grand défer­le­ment de puis­san­ce mili­tai­re qui pré­tend dis­sua­der tous ceux qui sou­hai­tent un chan­ge­ment à Cuba.

« Depuis des semai­nes le par­king du sta­de Lati­no-amé­ri­cain est le siè­ge de répé­ti­tions pour le pas de l’oie des sol­dats. Des jam­bes ten­dues à qua­ran­te cinq degrés, qui rap­pel­lent des marion­net­tes tirées par un fil, par une cor­de qui se perd là-haut dans l’immensité du pou­voir.

« Je ne sais pas ce qu’il peut y avoir de beau dans une para­de mili­tai­re, ce qu’il peut y avoir d’émouvant dans le défi­lé de ces êtres syn­chro­nes et auto­ma­ti­ques qui pas­sent le visa­ge tour­né vers le lea­der dans la tri­bu­ne. Mais le résul­tat je le connais bien : on dira ensui­te que le gou­ver­ne­ment est armé jusqu’aux dents et que ceux qui des­cen­dent dans la rue pour pro­tes­ter seront écra­sés contre le sol qu’aujourd’hui même on est en train de répa­rer.

« Le pas des pelo­tons ten­te­ra de nous de nous aver­tir que le Par­ti n’a pas seule­ment des mili­tai­res pour le défen­dre mais aus­si des trou­pes anti-émeu­te et des corps d’élite. J’appellerais ça la cho­ré­gra­phie de l’autoritarisme, mais d’autres pré­fè­rent croi­re que ce sera une démons­tra­tion d’indépendance, d’une auto­no­mie natio­na­le qui res­sem­ble en réa­li­té à cel­le de Robin­son aban­don­né sur son île.

« Mais au-delà de mes réti­cen­ces envers les uni­for­mes, de mon aller­gie au défi­lé d’escadrons qui mar­chent à l’unisson, je suis aujourd’hui pré­oc­cu­pée par le gou­dron, par cet asphal­te posé récem­ment que les chaî­nes des tanks vont endom­ma­ger. »

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

* Note de GP: il s’agit de mar­quer le cin­quan­te­nai­re du débar­que­ment de la baie des Cochons : le 15 avril 1961, ten­ta­ti­ve d’invasion mili­tai­re de Cuba par des exi­lés cubains sou­te­nus par les États-Unis.


Et la révolution à Cuba, c’est pour quand ?

Les révol­tes-révo­lu­tions ara­bes en cours ont pro­vo­qué un tel retour­ne­ment his­to­ri­que (révo­lu­tions donc) qu’elles ont rin­gar­di­sé – j’allais dire démo­né­ti­sé – les plus emblé­ma­ti­ques. Je pen­se à la chi­noi­se, cer­tes, et plus enco­re à Cuba dans la mesu­re où cel­le-ci conti­nue à don­ner le chan­ge auprès de quel­ques illu­sion­nés d’arrière-garde. J’y pen­se aus­si par­ce que j’ai gar­dé là-bas quel­ques atta­ches épi­so­di­ques (inter­net étant des plus res­treints et sur­veillés dans l’île des Cas­tro), après un repor­ta­ge qui, en 2008, me valut quel­ques accu­sa­tions d’ « agent de la CIA »  de la part d’idolâtres pro-cas­tris­tes*.

 

Peut-être le début d’un com­men­ce­ment : des anten­nes illi­ci­tes se sont mul­ti­pliées, com­me ici à La Hava­ne.

A quand la révo­lu­tion à Cuba ? est évi­dem­ment une ques­tion ico­no­clas­te, et cepen­dant des plus per­ti­nen­tes. Car elle appuie bien là où ça fait mal, en par­ti­cu­lier pour qui consi­dè­re, avec un mini­mum de réa­lis­me, à quel point ce demi-siè­cle d’agitation tro­pi­ca­lo-cas­tris­te fut une sinis­tre mas­ca­ra­de qui aura plom­bé cet­te île et son peu­ple magni­fi­ques.

 

Jour­na­lis­te spé­cia­lis­te de Cuba au Mon­de, Pau­lo A. Para­na­gua se l’est aus­si posée, cet­te ques­tion qui déran­ge. Et il s’est donc ren­du sur pla­ce pour ten­ter de trou­ver des répon­ses [Le Mon­de, 6/3/11].

 

Son arti­cle s’intitule : « A Cuba, les dis­si­dents ne s’attendent pas à une conta­gion révo­lu­tion­naire » C’est une syn­thè­se de quel­ques entre­tiens avec des oppo­sants connus, à com­men­cer par Yoa­ni San­chez, célè­bre par son blog Gene­ra­cion Y – dont j’ai sou­vent par­lé ici [cli­quer ici pour le visi­ter ; il est tra­duit en plu­sieurs lan­gues, dont le fran­çais – et qui illus­tre au quo­ti­dien la dure réa­li­té de la vie des Cubains confron­tés à une lut­te per­ma­nen­te pour la sur­vie, la digni­té, la liber­té.

 

Pour cet­te fem­me de 35 ans, assi­gnée dans l’île com­me la qua­si tota­li­té des Cubains, ain­si qu’elle le racon­te au repor­ter du Mon­de, « Nous avons tous fait des rap­pro­che­ments, [mais] la situa­tion n’est pas mûre ici pour une pla­ce Tah­rir »,

(Lire la sui­te…)


Le Caire – La Havane. Les parallèles peuvent-elles se rejoindre ?

Les évé­ne­ments révo­lu­tion­nai­res qui secouent le mon­de ara­be nous ques­tion­nent à bien des égards. On ne man­que pas de les com­men­ter, de les inter­pré­ter, de glo­ser. Les Ara­bes en pre­mier lieu, eux qui se voient, en gran­de par­tie sem­ble-t-il, réins­crits dans le cou­rant de l’Histoire. Des tri­bu­nes, « libres opi­nions », et autres fleu­ris­sent ça et là dans les médias, com­me en tou­te pério­de d’effervescence. Le plai­sir n’est pas min­ce pour qui­con­que se pré­oc­cu­pe du bien-être des humains et de la mar­che – si sou­vent clau­di­can­te – du vas­te mon­de, notre si peti­te pla­nè­te.

Sans nul­le­ment vou­lant jouer les rabat-joie, inuti­le de rap­pe­ler aux dures réa­li­tés des len­de­mains de fêtes – elles s’en char­gent tou­tes seules. Les Tuni­siens espè­rent de beaux jours, tout com­me les Égyp­tiens – sinon, à quoi bon avoir lut­té contre la tyran­nie avec une tel­le éner­gie ? Mais voi­là que, déjà, l’âpreté du mon­de glo­ba­li­sé les coin­ce au tour­nant.

Mes réflexions aujourd’hui tour­ne autour d’un rap­pro­che­ment, déjà évo­qué ici en pas­sant, entre deux ima­ges, deux lieux, deux révo­lu­tions et deux pays. Je veux par­ler des pla­ce de la Libé­ra­tion (Tah­rir) au Cai­re et de la Révo­lu­tion, à La Hava­ne, donc de l’Égypte et de Cuba. En fait, on pour­rait tout aus­si bien rap­pro­cher Cuba et la Tuni­sie qui, d’ailleurs, pré­sen­tent des don­nées socio­po­li­ti­ques plus com­pa­ra­bles. Mais res­tons-en à la pre­miè­re hypo­thè­se qui m’est souf­flée par le blog Gene­ra­cion Y de cet­te résis­tan­te cubai­ne, Yoa­ni San­chez qui, depuis plu­sieurs années, tient tête aux dic­ta­teurs cas­tris­tes. [Voir dans mes pré­cé­dents arti­cles, via la case de recher­che ci-contre].

Dans son arti­cle du 12 février, sous le titre « Égyp­te 2.0 » et sous cet­te pho­to de la fameu­se pla­ce Tah­rir enva­hie par une marée humai­ne :

…voi­ci ce qu’elle écrit :

« Pénom­bre et lumiè­re sur la Pla­ce Tah­rir, une phos­pho­res­cen­ce rou­geoyan­te entre­cou­pée par les flashs des appa­reils pho­to et la lueur des écrans de télé­pho­nes por­ta­bles. Je n’y étais pas et pour­tant je sais ce qu’ont res­sen­ti cha­cun des Égyp­tiens réunis la nuit der­niè­re au cen­tre du Cai­re. Moi qui n’ai jamais pu crier et pleu­rer de joie en public […], je confir­me que je ferais la même cho­se, je res­te­rais sans voix, j’embrasserais les autres, je me sen­ti­rais légè­re com­me si mes épau­les étaient sou­dain libé­rées d’un énor­me far­deau. Je n’ai pas vécu de révo­lu­tion, enco­re moins de révo­lu­tion citoyen­ne, mais cet­te semai­ne, mal­gré la pru­den­ce des jour­naux offi­ciels j’ai sen­ti que le canal de Suez et la mer des Caraï­bes n’était pas si éloi­gnés, que les deux endroits n’étaient pas si dif­fé­rents.

« Pen­dant que les jeu­nes Égyp­tiens s’organisaient sur Face­book, nous assis­tions conster­nés à l’exposé pira­té d’un poli­cier cyber­né­ti­que, pour lequel les réseaux sociaux sont « l’ennemi ». Il a bien rai­son ce cen­seur de kilo­bits, et tous ses chefs, de crain­dre ces sites vir­tuels où les indi­vi­dus pour­raient se don­ner ren­dez-vous pour secouer les contrô­les éta­ti­ques, par­ti­sans et idéo­lo­gi­ques. En lisant les paro­les du jeu­ne Wael Gho­nim « Vous vou­lez un pays libre, don­nez leur inter­net !» Je com­prends mieux la dis­cré­tion dont font preu­ve  nos auto­ri­tés à l’heure de nous per­met­tre ou non de nous connec­ter à la toi­le. Ils se sont habi­tués à avoir le mono­po­le de l’information, à régu­ler ce qui nous arri­ve et à réin­ter­pré­ter pour nous ce qui se pas­se à l’intérieur et à l’extérieur de nos fron­tiè­res. Main­te­nant ils savent, par­ce que l’Égypte le leur a appris, que cha­que pas qu’ils nous lais­sent fai­re dans le cybers­pa­ce nous rap­pro­che de Tah­rir, nous por­te à gran­de vites­se vers une pla­ce qui vibre et un dic­ta­teur qui démis­sion­ne. »

[Tra­duit par Jean-Clau­de Marou­by – mer­ci !]

Bien qu’écrit entre ses lignes très sur­veillées, le mes­sa­ge de Yao­ni San­chez est des plus clairs. Il se résu­me en oppo­si­tion avec cet­te autre pho­to, cel­le d’un de ces ras­sem­ble­ments mons­tres orga­ni­sés par le cas­tris­me radieux. Sur cet­te pla­ce de la Révo­lu­tion s’est fina­le­ment échoué l’une des plus men­son­gè­res illu­sions de l’Histoire.

Cin­quan­te ans après sa révo­lu­tion, le peu­ple cubain ne s’est tou­jours pas libé­ré. Le sujet res­te ouvert, appe­lant à des ana­ly­ses pous­sées. On s’en tien­dra là pour aujourd’hui.


Cuba. Le Prix Sakharov à Guillermo Fariñas excite la « bienveillance » de Mélenchon

Jean-Luc Mélen­chon a pré­fé­ré quit­ter l’hémicycle du Par­le­ment de Stras­bourg plu­tôt que d’assister,  mercre­di 15 décem­bre, à la remi­se du prix Sakha­rov au dis­si­dent cubain Guiller­mo Fariñas, empê­ché par la dic­ta­tu­re cas­tris­te de quit­ter l’île. Com­me lors de la remi­se du prix Nobel de la paix à Liu Xiao­bo, cinq jours avant, la céré­mo­nie s’est dérou­lée devant une chai­se vide.

Chai­se vide pour le Prix Sakha­rov (Pn. Par­le­ment euro­péen)

L’auteur de Qu’ils s’en aillent tous ! a décla­ré à l’AFP : « Le Par­le­ment euro­péen est embri­ga­dé dans des croi­sa­des anti­com­mu­nis­tes qui m’exaspèrent. Ça ne veut pas dire qu’on approu­ve l’emprisonnement, ça veut dire qu’on désap­prou­ve la maniè­re dont le Par­le­ment est bien­veillant pour des dic­ta­tu­res fas­cis­tes, et mal­veillant vis-à-vis du camp pro­gres­sis­te. »

Et le « camp pro­gres­sis­te », selon Mélen­chon n’est autre que cet aima­ble club regrou­pant notam­ment Cuba, la Chi­ne et le Vene­zue­la de son ami Cha­vez. Atti­tu­de symp­to­ma­ti­que chez les trots­kis­tes d’un jour ou/et de tou­jours (le lea­der du Par­ti de gau­che fut mem­bre actif de l’Organisation com­mu­nis­te inter­na­tio­na­lis­te).

À pro­pos des rela­tions entre la Fran­ce et la Chi­ne, Mélen­chon écrit dans son livre : « Il y a entre nous une cultu­re com­mu­ne bien plus éten­due et pro­fon­de qu’avec les Nord-Amé­ri­cains. Les Chi­nois, com­me nous, accor­dent depuis des siè­cles une pla­ce cen­tra­le à l’Etat dans leur déve­lop­pe­ment. Dans leurs rela­tions inter­na­tio­na­les, ils ne pra­ti­quent pas l’impérialisme aveu­gle des Amé­ri­cains. La Chi­ne est une puis­san­ce paci­fi­que. Il n’existe aucu­ne base mili­tai­re chi­noi­se dans le mon­de. (...) La Chi­ne n’est pas inté­res­sée au rap­port de for­ces de cet ordre. »  De cet ordre, admet­tons… Mais dans l’ordre de la démo­cra­tie ?

(Lire la sui­te…)


Camembert et ciné. La politique est bien dans le fromage

Diman­che. Je me disais que le Pré­si­dent avait déjà bouf­fé les trois quarts de son camem­bert, com­me ça conne­ment. Com­me un gagnant au loto qui a tout cla­qué et qu’on retrou­ve pen­du un matin, cri­blé de det­tes. À 26% de « popu­la­ri­té » selon les son­da­ges, il bat un record. Je me disais ça et je tom­be sur la page « lec­teurs » du Mon­de [26/9/10], entiè­re­ment consa­crée au « pré­si­dent contes­té ». C’est une volée de bois vert com­me je n’ai pas sou­ve­nir d’en avoir vu après avoir usé quel­ques pré­si­dents et m’être aus­si usé les miret­tes sur bien des gazet­tes.

Sans par­ler des bla­gues en tous gen­res qui par­cou­rent la toi­le [mer­ci Clau­de G.]– ce à quoi ses pré­dé­ces­seurs ont échap­pé par absen­ce tech­ni­que, il est vrai – et consti­tuent un sévè­re indi­ca­teur de la décon­si­dé­ra­tion pour ce per­son­na­ge et la fonc­tion atte­nan­te. Seul Ber­lus­co­ni peut s’aligner – et enco­re par­vient-il à fai­re illu­sion en Ita­lie même. Mais recon­nais­sons au nôtre un méri­te, un vrai. D’avoir été celui par qui la droi­te fran­çai­se aura recon­quis son titre de gloi­re : la plus bête du mon­de.

Diman­che ou un autre jour… Je le vois à la télé, au salon de l’auto où, doigt poin­té au ciel – écou­tez-moi bien ! – gra­ve, sen­ten­cieux, mena­çant pres­que, il don­ne la leçon, pour ne pas dire la fes­sée, aux repré­sen­tants de l’industrie de la bagno­le, leur décla­rant en sub­stan­ce : ne comp­tez plus sur les aides de l’État si c’est pour aller fabri­quer vos autos à l’étranger. Tu par­les, Char­les, cau­se tou­jours mon amour ! Renault venait d’annoncer qu’une voi­tu­re fabri­quée en Rou­ma­nie lui reve­nait 2 000 euros moins chè­re ! Il n’a pas dû oser annon­cer la ver­sion chi­noi­se du gain réa­li­sé.

Diman­che, j’en suis sûr. « Marius et Jean­net­te » sur Arte. Génial film, si géné­reux donc uto­pis­te. Vu et revu, je ten­te un autre mélo, au ciné cet­te fois. Je dis « mélo » exprès par­ce que je lis ça dans la cri­ti­que de Télé­ra­ma. Eux, ils dézin­guent à tout va, spé­cia­le­ment contre mes films pré­fé­rés (le der­nier d’Alain Cor­neau par exem­ple, Cri­me d’amour). Au mieux dans le pire, ils don­nent deux avis, un pour un contre. C’est leur droit, et suis pas obli­gé ni de les lire ni d’en tenir comp­te. On est en répu­bli­que – enfin, je m’avance, voir ci-des­sus. De tou­tes façons, en géné­ral, je ne lis les cri­ti­ques qu’après coup.

Bref, je suis allé voir Amo­re, que le ‘tit bon­hom­me du Télé­ra­ma esti­me « pas mal » (dou­ble néga­tion), ce qui lui vaut vingt lignes. Moi, je lui mets au mini­mum « bien » sinon « bra­vo ». Non pas bra­vo tout de même à cau­se de la musi­que (mélo-die) par­fois lour­din­gue dans la redon­dan­ce, tout com­me l’est la scè­ne d’amour – cen­tra­le, d’où le titre – à la fois subli­me et un peu ratée dans le paral­lè­le appuyé entre l’éveil des sens et l’éveil de la « natu­re », fleu­ret­tes et peti­tes bébê­tes. Il s’en serait fal­lu de peu, jus­te un léger coup de ciseau. Mais qu’il a été con d’appuyer ain­si sur la chan­te­rel­le, ce Luca Gua­da­gni­no qui, pour­tant, sait fil­mer, vingt dieux.

Et jus­te­ment son sty­le, c’est quel­que cho­se ! Ryth­me, mon­ta­ge, pho­to, éclai­ra­ge… Y a du Vis­con­ti là-dedans, et aus­si du Cop­po­la. La lumiè­re est super­be, allia­ge du noir des contre-jours (les visa­ges mas­qués) et du plein pot solai­re des exté­rieurs ; bataille des incons­cients et des refou­le­ment contre le sur­gis­se­ment des pul­sions. Une for­me ne sau­rait suf­fi­re. Le fond aus­si est bon : le mélo de la vie – tou­te vie n’est-elle pas, peu ou prou, un mélo-dra­me, à doses varia­ble de mélo­die et de dra­me ? –, ver­sion gran­de bour­geoi­sie mila­nai­se, aris­to­cra­tie de l’industrie tex­ti­le qu’on voit bas­cu­ler dans le chau­dron mon­dia­li­sé. Ter­rain de pré­di­lec­tion pour le cou­ple Pin­çon (« Le Pré­si­dent des riches », qui vient de sor­tir), tout l’inverse de Marius et Jean­net­te à l’Estaque… Emma (clin d’œil à la Bova­ry) comp­te dans le tableau en tant que piè­ce rap­por­tée (de Rus­sie), sur­tout vouée à ses trois enfants. Les­quels pour­raient repré­sen­ter trois états de la jeu­nes­se : confor­mis­te, roman­ti­que, rebel­le (la fille, les­bien­ne). Sur­vient l’imprévu annon­cé dès le titre (Io sono l’amore en ita­lien, je suis l’amour ), l’aventure, le dra­me com­me sanc­tion de la fau­te – la papau­té veille au grain – et une apo­théo­se en mater dolo­ro­sa. Oui oui, c’est un mélo. Mais que c’est beau !

Lun­di. Arte, mélo tou­jours mais cubain : Frai­se et cho­co­lat. Le film a fait un tabac dans l’île des Cas­tro. On se deman­de com­ment il a échap­pé à la cen­su­re (sor­ti en 1991). Il s’agit moins d’un film sur l’homosexualité que sur la dis­si­den­ce en milieu hau­te­ment contraint de la dic­ta­tu­re. Dans le machis­me domi­nant, l’homo cumu­le les tares du contre-révo­lu­tion­nai­re. Le pédé, c’est donc la ver­sion gay du gusa­no – ce traî­tre de ver ram­pant.

L’histoire tour­ne autour de trois per­son­na­ges cen­traux qui suf­fi­sent à décri­re le quo­ti­dien de la vie à La Hava­ne, sans tom­ber dans le pan­neau direc­te­ment dénon­cia­teur (cen­su­re obli­ge­rait). Je tiens Frai­se et cho­co­lat pour un film sexo-poli­ti­que, d’autant qu’il trai­te, en fait, de la fra­ter­ni­té. C’est un hym­ne à la fra­ter­ni­té avec une scè­ne fina­le pour le moins émo­tion­nel­le. En quoi il est révo­lu­tion­nai­re dans un régi­me qui a fait du mot Révo­lu­tion son fond de com­mer­ce – le mot et sur­tout pas la cho­se –, ce dont il devra bien ren­dre comp­te devant l’Histoire. Ce film y contri­bue, tout com­me l’ont fait d’admirables écri­vains dis­si­dents com­me Rei­nal­do Are­nas (Avant la nuit), Pedro Juan Gut­tié­rez (Tri­lo­gie sale à La Hava­ne), et avant eux le très grand José Leza­ma Lima (Para­di­so) à qui Frai­se et cho­co­lat rend un hom­ma­ge direct.

Post scrip­tum, et tou­jours à pro­pos de fro­ma­ge, ce mar­di voit tom­ber la condam­na­tion du tra­der-vedet­te Ker­viel. Le plus mar­rant, c’est tout de même qu’on lui récla­me sans rire  pres­que 5 mil­liards d’euros ! Ques­tion : com­ment va-t-il s’y pren­dre sans se fai­re pren­dre à nou­veau pour payer sa det­te à la socié­té, en géné­ral ? Il a trois ans devant lui pour trou­ver la mar­tin­ga­le.


Cuba va libérer 52 de ses 170 prisonniers politiques. Une pétition « accuse le gouvernement cubain »

La pres­sion inter­na­tio­na­le, notam­ment euro­péen­ne, ajou­tée à la déplo­ra­ble situa­tion éco­no­mi­que de l’île,  sem­ble condui­re la dic­ta­tu­re cas­tris­te à lâcher du lest. Le régi­me cubain s’apprêterait en effet à libé­rer 52 pri­son­niers poli­ti­ques* incar­cé­rés depuis 2003 (on en dénom­bre envi­ron 170). L’Espagne a joué un rôle impor­tant dans ce jeu de pres­sion auprès de La Hava­ne, à la fois sur le plan diplo­ma­ti­que et aus­si en accep­tant d’accueillir les pri­son­niers à leur libé­ra­tion.

* L’annonce a été fai­te à l’issue d’une réunion entre le car­di­nal cubain Jai­me Orte­ga et le pré­si­dent Raul Cas­tro, en pré­sen­ce du minis­tre espa­gnol des affai­res étran­gè­res, Miguel Angel Mora­ti­nos.

De son côté, un comi­té inter­na­tio­nal s’est consti­tué et a lan­cé une péti­tion ayant déjà recueilli plus de 50.000 signa­tu­res – ce qui déplaît for­te­ment aux Cas­tro.  Ce comi­té s’est inti­tu­lé #OZT, repre­nant les ini­tia­les de Orlan­do Zapa­ta Tamayo, le maçon mort en pri­son le 23 février der­nier après 85 jours de grè­ve de faim. Aus­si­tôt, Guiller­mo Fariñas, psy­cho­lo­gue et jour­na­lis­te de 48 ans, entâ­mait à son tour une grè­ve de la faim. Il se trou­ve en grand dan­ger vital et cet­te libé­ra­tion annon­cée met­tra peut-être fin à son action.

Ce n’est donc pas le moment de relâ­cher la pres­sion ni la soli­da­ri­té. Voi­ci le tex­te de l’appel à péti­tion lan­cé par #OZT.


#OZT: J’accuse le gouvernement cubain

- Aidez-nous à dou­bler le plus de 49.000 signa­tu­res obte­nues pour la libé­ra­tion des pri­son­niers poli­ti­ques cubains.

- Soyez des nôtres lors de la remi­se des signa­tu­res du 18 au 23 juillet 2010

Nous vou­lons recueillir 100 000 signa­tu­res d’ici le 15 juillet et aug­men­ter ain­si l’appui à la deman­de de libé­ra­tion des pri­son­niers poli­ti­ques et au res­pect des droits de l’homme à Cuba. Nous pou­vons réus­sir avec votre sou­tien! Voi­ci ce dont nous avons besoin :

Envoyez un cour­riel à vos contacts en leur deman­dant de signer la Décla­ra­tion de la cam­pa­gne. Soyez bref! Par exem­ple, écri­vez-leur : « Je vous invi­te à signer cet­te Décla­ra­tion pour la libé­ra­tion des pri­son­niers poli­ti­ques cubains. Ceci est très impor­tant pour moi. » N’oubliez pas d’inclure l’hyperlien (http://firmasjamaylibertad.com/ozt)
Invi­tez vos amis sur Face­book, Twit­ter et autres réseaux sociaux à signer la Décla­ra­tion.
Les remi­ses de signa­tu­res auront lieu du 18 au 23 juillet à Cuba, à l’OEA et à l’ONU même qu’aux siè­ges du gou­ver­ne­ment cubain à l’étranger. De gran­des mani­fes­ta­tions et de peti­tes céré­mo­nies de remi­se sont pré­vues selon les endroits. Si vous habi­tez près d’une ambas­sa­de, d’un consu­lat ou tout autre lieu offi­ciel du gou­ver­ne­ment cubain et que vous sou­hai­tez par­ti­ci­per, s’il vous plaît, contac­tez-nous.
Mer­ci de fai­re par­tie de cet­te cam­pa­gne!

#OZT: J’accuse le gou­ver­ne­ment cubain

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E s p a ñ o l

De #OZT: Yo acuso al gobierno cubano

- Ayú­da­nos a dupli­car las más de 49,000 fir­mas reci­bi­das por la liber­tad de los pre­sos polí ticos cuba­nos

- Par­ti­ci­pa con noso­tros en la entre­ga de las fir­mas entre el 18 y el 23 de julio próxi­mos

Que­re­mos lle­gar a 100,000 fir­mas antes del 15 de julio y dupli­car así  el apoyo a la deman­da por la excar­ce­la­ción de los pre­sos polí ticos y el respe­to a los dere­chos huma­nos en Cuba. Con tu ayu­da, pode­mos lograr­lo. Esto es lo que nece­si­ta­mos:

Enví a a tus contac­tos un email invitán­do­los a fir­mar la Decla­ra­ción de la cam­paña. Algo muy bre­ve. Por ejem­plo: « Te invi­to a fir­mar esta Decla­ra­ción por la liber­tad de los pre­sos polí­ti­cos cuba­nos. Para mí  es muy impor­tan­te. » No olvi­des incluir el enla­ce (http://firmasjamaylibertad.com/ozt).
Invi­ta a tus ami­gos en Face­book, Twit­ter y otras redes socia­les a fir­mar la Decla­ra­ción.
La entre­ga de las fir­mas la rea­li­za­re­mos entre el 18 y 23 de julio en las sedes del gobier­no cuba­no alre­de­dor del mun­do. Tam­bién en Cuba, la OEA, la ONU... Fren­te a algu­nas sedes del gobier­no cuba­no rea­li­za­re­mos una concen­tra­ción; en otras, una pequeña cere­mo­nia de entre­ga. Si vives cer­ca de una emba­ja­da, consu­la­do o sede ofi­cial cuba­na y estás dis­pues­to a par­ti­ci­par, contác­ta­nos.

Gra­cias por ser par­te de esta cam­paña.

#OZT: Yo acu­so al gobier­no cuba­no


Cuba, cauchemar de la gauche Iatino

Il est plus que temps de dénon­cer sans la moin­dre ambi­guï­té la dic­ta­tu­re cas­tris­te, cla­me un jour­na­lis­te chi­lien de gau­che. Ce que la plu­part des mili­tants pro­gres­sis­tes du conti­nent ne se sont jamais réso­lus à fai­re. L’article qui suit pro­vient de l’hebdo chi­lien Qué pasa (cen­tre gau­che). Il consti­tue un tour­nant dans la consi­dé­ra­tion jus­que là sans réser­ve dont béné­fi­ciait le régi­me cubain dans la gau­che « lati­no ». Son conte­nu rejoint mon repor­ta­ge publié en 2009 dans Poli­tis, où il me valut les fou­dres de cer­tains lec­teurs et autres « ana­lys­tes ins­pi­rés ».

QUÉ PASA (extraits)
San­tia­go-du-Chi­li

La gau­che lati­no-amé­ri­cai­ne a com­mis une fau­te qu’elle met­tra long­temps à expier: cel­le d’avoir défen­du et sou­te­nu la dic­ta­tu­re cubai­ne bien plus long­temps qu’il n’était accep­ta­ble. Rares en effet ont été les figu­res poli­ti­ques, les artis­tes et les intel­lec­tuels pro­gres­sis­tes qui, assis­tant de près à l’évolution du régi­me cas­tris­te, ont pris la pei­ne de s’élever contre lui. Aujourd’hui, évi­dem­ment, ce n’est plus si dif­fi­ci­le. Les socia­lis­tes chi­liens eux-mêmes osent le fai­re, même s’ils uti­li­sent des cir­con­lo­cu­tions pour cela. Pen­dant des décen­nies, ceux qui ne se sont pas ren­du clai­re­ment com­pli­ces ont fait en sor­te de noyer le pois­son et de diluer en phra­ses inter­mi­na­bles une condam­na­tion qui tient pour­tant en “un mot, « dic­ta­tu­re ».

Fidel en a accueilli beau­coup alors qu’ils fuyaient Pino­chet dans le dénue­ment le plus total, il en a invi­té d’autres tel un maî­tre dans son hacien­da, pour leur mon­trer les mil­le mer­veilles de son fief, les gra­ti­fier de conver­sa­tions hal­lu­ci­nan­tes et les convain­cre, pour la tran­quilli­té et la séré­ni­té de leurs esprits bien-pen­sants, que la « Révo­lu­tion » – mot qui a heu­reu­se­ment per­du son ensor­ce­lant pou­voir – était un rêve réa­li­sa­ble et un com­bat per­ma­nent dont il était l’incarnation. Les tris­tes se sont sen­tis accueillis, les fai­bles se sont sen­tis flat­tés. Le contre­di­re est bien­tôt deve­nu pour bon nom­bre de révo­lu­tion­nai­res un acte aus­si redou­té foi pour un chré­tien. Les Cubains vivent dans un man­que de liber­té inac­cep­ta­ble. Fidel avait des qua­li­tés excep­tion­nel­les, c’est cer­tain. C’est sans dou­te l’homme poli­ti­que vivant le plus expé­ri­men­té au mon­de. Je dou­te que de nom­breux cham­pions de la démo­cra­tie puis­sent le nier. Il a pla­cé sa peti­te île au cen­tre de la car­te du mon­de et, mieux enco­re, y a pla­cé son nom et son pré­nom. Il s’est confron­té aux Etats-Unis d’égal à égal et a incar­né à un moment don­né la digni­té d’un conti­nent pau­vre face à la puis­san­ce bru­ta­le d’un empi­re. Il a par­ti­ci­pé en géant à l’histoire de la guer­re froi­de. Les Cubains peu­vent
haïr Fidel, mais aucun ne le mépri­se. Eux, ces Argen­tins des Caraï­bes, se sen­tent au fond sou­mis par un hom­me gran­dio­se. Com­ment, sinon, expli­quer qu’un peu­ple si fier l’ait sup­por­té un demi-siè­cle sans plus se révol­ter?
Le seul pro­blè­me est qu’avec le temps les hom­mes gran­dio­ses vieillis­sent net­te­ment moins bien que les hom­mes bons. Fidel ne dort pas, Fidel est très grand, Fidel sait tout, Fidel peut par­ler pen­dant des heu­res. Même la droi­te chi­lien­ne l’admire en secret. Lorsqu’il” entre en scè­ne, l’auditoire fré­mit. Ils le crai­gnent tant qu’ils osent à pei­ne pro­non­cer son nom. S’ils veu­lent le cri­ti­quer, les Cubains uti­li­sent de nou­vel­les for­mes gram­ma­ti­ca­les ou lèvent un doigt vers le ciel.
Le jour­nal Gran­ma [jour­nal offi­ciel du régi­me], n’ayant pas de rubri­que de faits divers, on pour­rait croi­re que La Hava­ne ne connaît ni cri­mes ni délits. Le jour­na­lis­me n’existe pas, et ceux-là mêmes qui ailleurs se plai­gnent de la concen­tra­tion des médias dans quel­ques mains par­don­nent à Cuba sans bron­cher. Les Cubains n’ont pas de par­le­ment, les tri­bu­naux sont une far­ce, la poli­ce secrè­te est par­tout. Nous qui croyons en la démo­cra­tie savons par­fai­te­ment qu’un tel gou­ver­ne­ment ne ren­tre pas dans cet­te caté­go­rie.
Rares sont les dis­cours plus hypo­cri­tes que le dis­cours cubain. Si nous y croyions, il nous fau­drait admet­tre que là-bas n’existent ni la pau­vre­té ni les cote­ries pri­vi­lé­giées, que les auto­ri­tés sont irré­pro­cha­bles, qu’elles n’ont fait fusiller per­son­ne, qu’il n’y a pas des maga­sins pour les déten­teurs de devi­ses et d’autres - misé­ra­bles - pour ceux qui n’ont que des pesos cubains, que les jine­te­ras [« cava­liè­res », accom­pa­gna­tri­ces de tou­ris­tes, qui par­fois se pros­ti­tuent] ne gagnent pas mieux leur vie que les ingé­nieurs, que les pri­son­niers poli­ti­ques sont une inven­tion de l’impérialisme, il nous fau­drait accep­ter tout cela alors que même le plus can­di­de des visi­teurs, pour peu qu’il se pro­mè­ne les yeux ouverts, consta­te qu’il n’en est rien. La san­té publi­que et l’éducation, les vieux che­vaux de bataille de Fidel Cas­tro, n’ont jamais été aus­si décriés qu’aujourd’hui: les Cubains n’ont pas même accès à des com­pri­més d’aspirine et ils n’étudient guè­re qu’un seul côté de la médaille. Mal­gré tout, il exis­te un tou­ris­me idéo­lo­gi­que : au lieu de décou­vrir la vraie vie, il cher­che le reflet des illu­sions per­dues.

LA CORRUPTION SÉVIT À GRANDE ÉCHELLE

Pla­ne désor­mais l’idée que tous ces men­son­ges ne pour­ront plus fonc­tion­ner long­temps. Raul est plus mal­adroit que son frè­re, plus bru­tal, moins char­meur. Il a lais­sé mou­rir un gré­vis­te de la faim [Orlan­do Zapa­ta, mort le 23 février au bout de 85 jours de grè­ve de la faim], ten­tant en vain de convain­cre le mon­de que ce n’était qu’un banal voleur. Si ridi­cu­le que cela puis­se paraî­tre, Raul s’emploie aujourd’hui à natio­na­li­ser les rares entre­pri­ses ren­ta­bles. La cor­rup­tion sévit à gran­de échel­le. Et cer­tains parient déjà que cet­te fic­tion qui a rui­né tant de vies tou­che à sa fin. Com­me pour l’URSS, nous décou­vri­rons pro­gres­si­ve­ment la face som­bre de ce conte de fées. Si la gau­che entend de nou­veau nous pro­po­ser un rêve, qu’elle com­men­ce par nous racon­ter son cau­che­mar. Qu’elle n’hésite pas à uti­li­ser, pour par­ler de cel­te dynas­tie cari­béen­ne, le mot « dic­ta­tu­re ». Au Chi­li, nous savons à quel point les mots comp­tent en la matiè­re.
Patri­cio Fer­nan­dez
direc­teur de la revue sati­ri­que « The Cli­nic »

Nous devons cet arti­cle et sa tra­duc­tion à « Cour­rier inter­na­tio­nal » du 15 avril.


CUBA. Nouvelle grève de la faim d’un opposant, durcissement du régime

Tan­dis que le régi­me cubain se dur­cit enco­re davan­ta­ge sous le dou­ble effet de la cri­se et d’un accès de pro­tes­ta­tions, un autre dis­si­dent a entre­pris une grè­ve de la faim. Guiller­mo Fariñas, psy­cho­lo­gue et jour­na­lis­te de 48 ans, prend ain­si le relais de Orlan­do Zapa­ta Tamayo qui, lui, est mort le 23 février à La Hava­ne. Il avait ces­sé de s’alimenter durant plus de deux mois pour pro­tes­ter contre ses condi­tions de déten­tion et cel­les de plu­sieurs dizai­nes d’opposants incar­cé­rés. La déter­mi­na­tion déses­pé­rée de Guiller­mo Fariñas bute sur l’intransigeance du régi­me cas­tris­te. Un affron­te­ment qui fait crain­dre le pire, une fois de plus. D’autant qu’on apprend qu’il a per­du connais­san­ce hier.

L’interview de Guiller­mo Fariñas a été menée par le jour­na­lis­te espa­gnol Mau­ri­cio Vicent et publiée dans le quo­ti­dien madri­lè­ne El Pais mar­di der­nier. En voi­ci la tra­duc­tion.

20100303elpepuint_3.1267811207.jpgLe psy­cho­lo­gue et jour­na­lis­te dis­si­dent Guiller­mo Fariñas a 48 ans et 23 grè­ves de la faim der­riè­re lui. Depuis qu’il a ren­du sa car­te de l’Union des Jeu­nes Com­mu­nis­tes, en 1989, en pro­tes­ta­tion contre l’exécution du géné­ral Arnal­do Ochoa*, il est entré dans l’opposition, et a pas­sé, depuis, 11 ans et demi en pri­son. Il est consi­dé­ré com­me un dur. Sa der­niè­re grè­ve de la faim, en 2006, pour deman­der le libre accès à inter­net pour tous les Cubains, dura plu­sieurs mois et il fal­lut l’opérer à plu­sieurs repri­ses pour lui sau­ver la vie. Il en gar­de de nom­breu­ses séquel­les et sa famil­le, cet­te fois redou­te un rapi­de dénoue­ment fatal.

Dans sa mai­son de San­ta Cla­ra, accom­pa­gné d’une ving­tai­ne d’opposants, Fariñas reçoit El Pais alors qu’il en est à son sep­tiè­me jour sans nour­ri­tu­re ni eau [l’interview a été publiée le 02/03/2010]. Il est extrê­me­ment fai­ble, bien que conscient, et il peut enco­re mar­cher. Il a le regard illu­mi­né, et dit – c’en est effrayant – qu’il veut mou­rir pour deve­nir un « mar­ty­re » et pren­dre le relais de Orlan­do Zapa­ta. Il voit son corps com­me un ins­tru­ment de plus pour « fai­re par­ve­nir Cuba à la liber­té ». Sa mère, Ali­cia Her­nan­dez, et sa fem­me, Cla­ra, s’opposent radi­ca­le­ment à cet­te pro­tes­ta­tion, bien qu’elles res­pec­tent sa déci­sion. Deux méde­cins lui ren­dent visi­te cha­que jour, un dis­si­dent et un autre de l’État, qui sui­vent en per­ma­nen­ce son évo­lu­tion.

Quels objec­tifs recher­chez-vous au tra­vers de cet­te grè­ve ?

– Pre­miè­re­ment, que le gou­ver­ne­ment paie un coût poli­ti­que fort pour l’assassinat de Orlan­do Zapa­ta Tamayo. En second lieu, si les auto­ri­tés ne sont ni cruel­les ni inhu­mai­nes, qu’elles libè­rent immé­dia­te­ment les pri­son­niers poli­ti­ques qui sont mala­des et qui pour­raient bien­tôt deve­nir d’autres Zapa­ta. Le troi­siè­me objec­tif est, si je meu­re, que le mon­de s’aperçoive que le gou­ver­ne­ment lais­se mou­rir ses oppo­sants et que ce qu’il s’est pas­sé avec Orlan­do n’est pas un cas iso­lé.

Mais quel­le est votre deman­de concrè­te ?

– Que le gou­ver­ne­ment libè­re ces 26 pri­son­niers poli­ti­ques qui sont mala­des, et que, jusqu’aux pro­pres ser­vi­ces médi­caux du minis­tè­re on consi­dè­re qu’ils doi­vent être mis en liber­té, puisqu’ils ne sur­vi­vront pas en pri­son.

Et s’ils ne les relâ­chent pas ?

– Je conti­nue­rai jusqu’aux der­niè­res consé­quen­ces...

Vous vou­lez mou­rir ?

– (Silen­ce)... Oui, je veux mou­rir. Il est temps que le mon­de s’aperçoive que ce gou­ver­ne­ment est cruel, et qu’il y a des moments dans l’histoire des pays où il doit y avoir des mar­ty­res.

Vous vou­lez deve­nir un mar­ty­re consciem­ment ?

– Même les psy­cho­lo­gues du minis­tè­re de l’intérieur disent que c’est mon pro­fil : j’ai une gran­de voca­tion de mar­ty­re... Orlan­do Zapa­ta a été le pre­mier chaî­non dans l’intensification de la lut­te pour la liber­té de Cuba. Moi j’ai été celui qui a sai­si le bâton de son relais, et quand je mour­rai, un autre le pren­dra.

Vous êtes sûr ? Vous croyez que cela va pro­vo­quer un sti­mu­lant pour le chan­ge­ment dans votre pays ?

– Moi je suis pes­si­mis­te. Je pen­se que le gou­ver­ne­ment ne va pas chan­ger. Je n’ai pas d’espérance. Le gou­ver­ne­ment cubain se trou­ve dans une pas­se dif­fi­ci­le, mais il ne va pas chan­ger, jusqu’à que nous soyons 50 oppo­sants en grè­ve de la faim, ce qui serait un pro­blè­me au niveau de tou­te la socié­té.

Votre père a com­bat­tu aux côtés de Che Gue­va­ra au Congo. Votre mère était révo­lu­tion­nai­re. Vous-même avez été mili­tai­re et avez étu­dié en Union sovié­ti­que. Com­ment en êtes-vous arri­vé à la dis­si­den­ce ?

– Ce fut un long pro­ces­sus. Les évé­ne­ments de l’ambassade du Pérou en 1980** ont consti­tué le pre­mier désac­cord. J’avais pour rôle de main­te­nir l’ordre. Il y avait des dizai­nes de mil­liers de per­son­nes qui vou­laient par­tir. En URSS, je me suis ren­du comp­te des nom­breu­ses per­ver­sions de ce régi­me auquel, en théo­rie, nous devions res­sem­bler. En 1989, avec l’exécution de Ochoa, j’ai com­plè­te­ment rom­pu. Depuis je ne me suis pas tu, et je ne me tai­rai pas jusqu’à ce que je meu­re.

Qu’est ce qu’il va se pas­ser main­te­nant ?

– Moi je me sens déjà très fai­ble. J’ai mal à la tête et je com­men­ce à me déshy­dra­ter. Il arri­ve­ra un moment où je m’effondrerai et per­drai connais­san­ce. Alors ma famil­le déci­de­ra [la mère et l’épouse disent qu’à ce moment elles le feront entrer à l’hôpital et le nour­ri­ront par voie paren­té­ra­le].

Et quand vous vous réveille­rez à l’hôpital...

– S’ils me met­tent dans une cham­bre fer­mée, où je ne pour­rai pas rece­voir de visi­te de mes frè­res de lut­te, je deman­de­rai l’arrêt de l’alimentation médi­ca­le. S’ils me met­tent dans un endroit où je pour­rai rece­voir la visi­te de mes cama­ra­des, même si ça doit être au tra­vers de vitres, dans la sal­le de soin inten­sif, pen­dant les horai­res régle­men­tai­res des visi­tes, je per­met­trai cet­te ali­men­ta­tion paren­té­ra­le, bien que je ne boi­rai ni man­ge­rai. Dans ce cas, je pour­rai vivre tant que Dieu le vou­dra.

Que croyez-vous que pen­sent de tout ça votre fem­me, votre fille (de huit ans), votre mère ?

– Quand j’ai pris la déci­sion de com­men­cer cet­te grè­ve de la faim, ma mère est res­tée sei­ze heu­res sans me par­ler. Main­te­nant, bien qu’elles s’y oppo­sent tou­jours, elles res­pec­tent ma déci­sion. Je leur dis que pour le bien de la patrie, la famil­le doit souf­frir. J’imagine que la mère de Jose Mar­ti a souf­fert, et aus­si cel­le de Anto­nio Maceo [deux héros emblé­ma­ti­ques de l’indépendance de Cuba]. 

Tra­duc­tion Mari­ne Pon­thieu

Notes de GP :

* Le géné­ral Arnal­do Ochoa , ancien de la Sier­ra Maes­tra et « héros » de la guer­re d’Angola, a été exé­cu­té sous l’accusation de tra­fic de dro­gue au len­de­main d’un pro­cès de type sta­li­nien, avec « aveux » lar­ge­ment média­ti­sés par la télé­vi­sion. L’Histoire, quand elle par­le­ra, livre­ra une tou­te autre ver­sion. Par exem­ple, que les frè­res Cas­tro avaient confon­du Ochoa dans des inten­tions put­schis­tes, avec d’autres mili­tai­res en oppo­si­tion au régi­me ; et cela au moment même où la CIA s’apprêtait à révé­ler la réa­li­té d’un offi­ciel tra­fic de dro­gue entre Cuba et les FARC colom­biens. Un mar­ché aurait été impo­sé à Ochoa : la vie sau­ve contre la recon­nais­san­ce du tra­fic de dro­gue mené à son pro­pre comp­te. Ain­si la « Révo­lu­tion » serait-elle lavée de tout soup­çon d’infamie… Ochoa « avoua » donc, mais fut exé­cu­té un mois après le ver­dict le condam­nant à mort.

** En mars 1980, l’ambassade du Pérou à La Hava­ne avait été lit­té­ra­le­ment enva­hie, en deux jours, par plus de 10 000 can­di­dats à l’émigration. L’affaire pro­vo­qua ensui­te le départ vers les États-Unis de 127 000 « marie­li­tos », du nom du port cubain de Mariel.

»> Voi­là bien­tôt deux mois que je suis sans nou­vel­les de deux amis cubains. J’ose espé­rer qu’il ne leur est rien arri­vé de plus gra­ve que l’interdiction tota­le d’envoyer des cour­riels depuis leurs lieux de tra­vail.

De plus, sur son blog « Gene­ra­cion Y », l’opposante Yoa­ni San­chez n’a plus dépo­sé d’article depuis le 24 février – ce qui est tout à fait inha­bi­tuel.


CUBA – Orlando Zapata, 42 ans, opposant politique, mort après deux mois de grève de la faim

orlando_zapata_cuba.1267113374.jpgOrlan­do Zapa­ta Tamayo, est mort, mar­di 23 février, dans un hôpi­tal de La Hava­ne. Il menait une grè­ve de la faim de plus de deux mois pour pro­tes­ter contre ses condi­tions de déten­tion. Mem­bre d’une orga­ni­sa­tion de défen­se civi­que illé­ga­le, le Direc­toi­re démo­cra­ti­que cubain, il avait été condam­né en 2003 à dix-huit ans de pri­son pour « désor­dre public ».

Il s’agit du pre­mier déte­nu poli­ti­que « à mou­rir en déten­tion depuis le début des années 1970 à Cuba », affir­me la Com­mis­sion pour les droits de l’homme et la récon­ci­lia­tion natio­na­le, une orga­ni­sa­tion illé­ga­le mais tolé­rée par le pou­voir cubain. Selon son pré­si­dent, Eli­zar­do San­chez, « Il s’agit d’un assas­si­nat vir­tuel, pré­mé­di­té », accu­sant les auto­ri­tés d’avoir trop tar­dé à offrir des soins au dis­si­dent trans­fé­ré la semai­ne der­niè­re seule­ment de Camagüey, dans le cen­tre du pays, où il était incar­cé­ré, dans un hôpi­tal de La Hava­ne.

Prix Sakha­rov 2002 du Par­le­ment euro­péen, le dis­si­dent chré­tien Oswal­do Paya a accu­sé les auto­ri­tés cubai­nes d’avoir « assas­si­né len­te­ment » ce maçon de pro­fes­sion et noir de peau, vic­ti­me, selon lui, de coups et de vio­len­ces racis­tes lors de sa déten­tion. L’économiste dis­si­dent Oscar Espi­no­sa Che­pe, arrê­té en 2003 et libé­ré pour des rai­sons de san­té, esti­me que cet­te affai­re pour­rait se repro­dui­re en rai­son du « très mau­vais état » des pri­sons cubai­nes, où aucu­ne orga­ni­sa­tion inter­na­tio­na­le n’est admi­se. C’est le cas d’Amnes­ty Inter­na­tio­nal, qui esti­me à 65 le nom­bre des « pri­son­niers de conscien­ce » cubains. La plu­part des obser­va­teurs inter­na­tio­naux éva­luent cepen­dant à envi­ron 200 le nom­bre de pri­son­niers poli­ti­ques à Cuba.

Les pré­si­dents bré­si­lien Luiz Inacio Lula da Sil­va et véné­zué­lien Hugo Cha­vez sont arri­vés mar­di soir à La Hava­ne, sans fai­re de com­men­tai­res, après un som­met dit de « l’Unité » au Mexi­que des 32 pays de la région. De son côté, le pré­si­dent cubain, Raul Cas­tro, n’a pas craint de « regret­ter » la mort d’Orlando Zapa­ta. Depuis tou­jours, les auto­ri­tés cubai­nes accu­sent les dis­si­dents d’être des « agents » ou des « mer­ce­nai­res » à la sol­de des Etats-Unis.

La popu­la­tion et l’économie cubai­nes se trou­vent à bout de souf­fle. La cri­se s’est aggra­vée ces der­niers temps, à tel point que le pays est pla­cé au bord d’une ces­sa­tion de paie­ment.

[Sour­ces AFP, Le Mon­de, Yoa­ni Sán­chez – Gene­ra­cion Y]


CUBA. Un journaliste arrêté à Holguín, la liberté d’informer toujours bafouée

Juan Car­los Reyes Ocaña, jour­na­lis­te de la peti­te agen­ce Hol­guín Press, a été arrê­té dans la mati­née du 29 jan­vier par la Poli­ce natio­na­le révo­lu­tion­nai­re (PNR), et emme­né dans une caser­ne sous les incul­pa­tions d” »outra­ge », « déso­béis­san­ce » et « acti­vi­té éco­no­mi­que illi­ci­te ». Remis en liber­té le len­de­main, il obser­ve une grè­ve de la faim dans l’attente de son juge­ment qui pour­rait lui valoir la pri­son fer­me.

Har­cè­le­ments de blo­gueurs, déten­tions arbi­trai­res et mau­vais trai­te­ments de pri­son­niers d’opinion res­tent carac­té­ris­ti­ques d’un régi­me qui ne tolè­re aucu­ne infor­ma­tion en dehors de son contrô­le et dont les timi­des évo­lu­tions depuis février 2008 s’arrêtent au seuil des droits de l’homme. Man­quant à leur paro­le, les auto­ri­tés de La Hava­ne n’ont jamais rati­fié les deux Pac­tes de l’Onu rela­tifs aux droits civils et poli­ti­ques – signés au moment de la pri­se de fonc­tions offi­ciel­les de Raúl Cas­tro –, les­quels incluent la liber­té d’expression. La nor­ma­li­sa­tion des rela­tions avec Cuba prô­née notam­ment par la pré­si­den­ce espa­gno­le de l’Union euro­péen­ne ne sau­rait fai­re l’impasse sur les liber­tés fon­da­men­ta­les.

Aucun ges­te huma­ni­tai­re n’a été consen­ti en faveur des jour­na­lis­tes arrê­tés lors du « Prin­temps noir » de mars 2003, dont Ricar­do Gonzá­lez Alfon­so, condam­né à vingt ans de pri­son. Souf­frant de pro­blè­mes de san­té, en par­ti­cu­lier pul­mo­nai­res, le cor­res­pon­dant de Repor­ters sans fron­tiè­res et fon­da­teur de la revue « De Cuba » s’est vu admi­nis­trer avec retard, le 26 jan­vier, un trai­te­ment qu’il atten­dait depuis des mois. Mal­gré son état, il res­te main­te­nu en cel­lu­le au péni­ten­cier du Com­bi­na­do del Este (La Hava­ne).

Autre pri­son­nier du « Prin­temps noir », éga­le­ment condam­né à vingt ans de pri­son, Juan Car­los Her­re­ra Acos­ta, de l’Agence de pres­se libre orien­ta­le (APLO), a récem­ment dénon­cé les mau­vais trai­te­ments et pri­va­tions ali­men­tai­res dont il a fait l’objet avec d’autres codé­te­nus (voir la vidéo ). Incar­cé­ré depuis six mois, le doc­teur et col­la­bo­ra­teur de médias dis­si­dents Dar­si Fer­rer a, quant à lui, subi un pas­sa­ge à tabac en cel­lu­le alors qu’il était menot­té.

La répres­sion vise de près les blo­gueurs et uti­li­sa­teurs d’Internet. Deux étu­diants ont été ren­voyés au mois de jan­vier pour un tra­vail d’information « non auto­ri­sé ». Darío Ale­jan­dro Pau­li­no Esco­bar a été exclu de l’Université de La Hava­ne pour avoir créé une page sur le réseau social Face­book, conte­nant le comp­te ren­du d’une réunion de l’Union des jeu­nes com­mu­nis­tes (UJC). Fille du pri­son­nier poli­ti­que Félix Navar­ro, Saylí Navar­ro a connu le même sort au sein de l’Université de Matan­zas pour ses acti­vi­tés de jour­na­lis­te indé­pen­dan­te.

Le 6 novem­bre 2009, la Sécu­ri­té de l’État (poli­ce poli­ti­que) a bru­ta­li­sé les blo­gueurs Yoa­ni Sán­chez, créa­tri­ce de la pla­te-for­me Gene­ra­ción Y, et Orlan­do Luis Par­do, à la veille d’une mani­fes­ta­tion [lire sur C’est pour dire]. Un troi­siè­me, Luis Feli­pe Rojas, a été arrê­té à deux repri­ses en décem­bre et assi­gné à rési­den­ce.

[D’après Échan­ge inter­na­tio­nal de la liber­té d’expression (IFEX, Toron­to) et Repor­ters sans fron­tiè­res (RSF, Paris)] 

  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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