On n'est pas des moutons

Mot-clé: décence commune


Aidons Mme Lagarde à aller se rhabiller !

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Cliquez sur l'image, vous n'en croirez pas vos yeux. Il y a deux ans, "Closer", ce magazine de la vulgarité totale, publiait sans barguigner, avec leurs coûts respectifs ("environ"), les élégances vestimentaires de Madame FMI. Cette pauvresse – "au goût très sûr pour les belles choses (et on la comprend)" – ne craignait pas d'étaler ainsi une garde-robe estimée à : 2800 + 1800 + 5900 + 3500 = 14.000 euros. [Merci François Ponthieu pour cette archive hors de prix !]

L’ « affaire Lagarde »… Quelle affaire ? On n’en parle déjà (presque) plus. Ça tourne si vite, le monde, l’actu, l’ordinaire des choses. Et aujourd’hui encore, un autre nouveau tour du monde, un nouveau héros à la voile. Et puis un héros de la chansonnette qu’on retrouve mort. 1 Toutes ces questions fondamentales. Tandis que les négligences, les étourderies de Madame Lagarde, ça c’est de la broutille à 400 millions, juste une insulte au peuple, même pas tancée par la Cour de Justice [sic] de la République – qui prononce en l’occurrence un véritable déni de justice. Sinon, comment justifier à la fois une faute et une non-faute ?

Alors, quelle République ? Voilà comment ils la galvaudent – les Lagarde, les Cahuzac, les Tapie et tant d'autres – la « Chose Publique », Res Publica ; ces escrocs, ces brigands, ces bandits – et j’en passe ! Cette République considérée comme une traînée, sur laquelle on ne se retourne même plus, une gueuse pour maquereaux profiteurs (pléonasmes) prêts à la refiler aux autres proxos du FN déjà en piste, prêts à la recycler au Nom du Peuple, bien sûr, et même de la République !

Une pétition circule pour exiger « un vrai procès pour Christine Lagarde ». Plus de 200.000 signatures ont été recueillies [la signer ici]. C’est encore trop peu compte tenu de l’outrage à ce qu’un George Orwell appelait la décence commune.

Car nous sommes bien en l’occurrence dans l’indécence totale. Des images de plus en plus nombreuses circulent sur la toile, prenant le relais des mots qui s’étouffent dans la colère, comme les miens ici.

Voici un échantillon de ces photos et dessins qui expriment une révolte des esprits, signes peut-être avant coureurs de révoltes « tout court » qu’ils n’auront pas vu venir

Notes:

  1. Thomas Coville et George Michael, selon la Une du Monde. Je n'ai rien contre eux, je souligne juste un ordre des valeurs médiatiques.

Enfin de la pub, de la vraie, sur les radios du service public !

hara_kiri_pubSur l’autel de (feue) la gau­che, ce gou­ver­ne­ment ne recu­le devant aucun sacri­fi­ce. Ce matin au réveil, j’apprends dans le pos­te qu’un décret paru aujourd’hui même au Jour­nal offi­ciel auto­ri­se la publi­ci­té sur les ondes de Radio Fran­ce !

Le tout-pognon aura enco­re sévi, empor­tant sur son pas­sa­ge les res­tes d’éthique auquel on croyait enco­re pou­voir s’accrocher. Tu croyais, naïf, que les radios du ser­vi­ce public te met­taient à l’abri des saillies de « pub qui rend con – qui nous prend pour des cons »… Maca­che ! Finies les débi­li­tés limi­tées aux seules « oui qui ? Kiwi ! » et autres « Mat­mut » à en dégueu­ler. On est pas­sé au tout-Macron, mon vieux ! Tu savais pas ? Vive le tout-libé­ral, l’indécence com­mu­ne et la vul­ga­ri­té mar­chan­de ! Les enzy­mes glou­tons sont de retour, et les bagno­les à tout-va, les chaus­sée-au-moi­ne, les jus­tin-bri­doux, les mars-et-ça-repart – autant dire que le bon­heur nous revient en splen­deur, avec ses trou­vailles enchan­te­res­ses, la vie faci­le, enfin !

Man­que tout de même à ce gou­ver­ne­ment qui, lui aus­si, nous prend pour des cons, un minis­tre à la hau­teur. Je ne vois que Ségué­la. Un Ségué­la, sinon rien ! Et au com­plet, avec sa rolex et sa conne­rie.

Nous res­te­ra à fer­mer le pos­te. On mour­ra moins con (« oui mais, on mour­ra quand même ! »).

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Solidarité. Le politicien, le patron… et le boulanger

Tel poli­ti­cien se sert dans la gamel­le com­mu­ne de « sa » vil­le, Saint-Quen­tin : Xavier Ber­trand s’octroie une aug­men­ta­tion de salai­re de 4.000 euros. Tel cow­boy d’entreprise, ayant redres­sé les comp­tes d’icelle moyen­nant l’un des plus gros plans sociaux des der­niè­res années : pré­si­dent du direc­toi­re de Peu­geot-Citroën, Car­los Tava­res, a gagné 5,24 mil­lions d’euros en 2015, soit près du dou­ble de l’année pré­cé­den­te.
Une tel­le indé­cen­ce, c’est la « nuée qui por­te l’orage » : Jau­rès, au secours ! Au secours Orwell, oppo­sant à cet­te goin­fre­rie névro­ti­que des pos­sé­dants ce qu’il appe­lait la décen­ce com­mu­ne. Au secours Mon­tai­gne qui, au XVIe siè­cle déjà, aler­tait en ces ter­mes :

« J’ai vu en mon temps cent arti­sans, cent labou­reurs, plus sages et plus heu­reux que des rec­teurs de l’université : c’est aux pre­miers que j’aimerais mieux res­sem­bler […] Il ne faut guè­re plus de fonc­tions, de règles et de lois pour vivre dans notre com­mu­nau­té [humai­ne] qu’il n’en faut eux grues et aux four­mis dans la leur. Et bien qu’elles en aient moins, nous voyons que, sans ins­truc­tion, elles s’y condui­sent très sage­ment. Si l’homme était sage, il esti­me­rait véri­ta­ble­ment cha­que cho­se selon qu’elle serait la plus uti­le et la plus appro­priée à sa vie. » [Les Essais, II, 12 Apo­lo­gie de Ray­mond Sebon, Gal­li­mard].

Illus­tra­tion en ce XXIe siè­cle, avec cet échan­tillon pré­cieux de soli­da­ri­té humai­ne. Oui, cent fois, j’aimerais mieux être ce bou­lan­ger que l’un ou l’autre de ces vam­pi­res inas­sou­vis !

A Dole, dans le Jura, un arti­san bou­lan­ger a déci­dé de céder son entre­pri­se au sans-abri qui lui a sau­vé la vie après une intoxi­ca­tion au monoxy­de de car­bo­ne fin 2015. Depuis plus de trois mois, Michel Fla­mant, bou­lan­ger de 62 ans, apprend le métier à Jérô­me, sans-abri de 37 ans.

Épilogue malheureux de l’histoire…

La bel­le his­toi­re du bou­lan­ger de Dole ne connaî­tra pas de fin heu­reu­se. « Je l’ai viré », expli­que sans amba­ges Michel Fla­mant, confir­mant une infor­ma­tion du jour­nal Le Pro­grès.

« Il a été très très mal­po­li avec une jour­na­lis­te », ajou­te le bou­lan­ger, fai­sant état de pro­pos insul­tants et miso­gy­nes.

Le bou­lan­ger a mis un ter­me au contrat après que son employé eut, au télé­pho­ne, trai­té une jour­na­lis­te de « putain ».

« Une fois qu’il a rac­cro­ché, je lui ai expli­qué que l’on ne par­le pas com­me ça à une fem­me. Il a com­men­cé à s’en pren­dre à moi, à m’insulter, alors je lui ai dit de pren­dre sa vali­se », racon­te Michel Fla­mant.

« Il était saoul com­me un cochon et il avait fumé. Il m’a expli­qué que la pres­sion des jour­na­lis­tes était trop for­te. Mais ça n’excuse pas tout, et je l’avais déjà mis en gar­de », ajou­te le bou­lan­ger.


« Pas de ça chez nous ! » Quand les bourgeois du XVIe parisien puent du bec

En sou­le­vant le cou­ver­cle de la sou­piè­re de por­ce­lai­ne, on a décou­vert un pot de cham­bre et ses relents. C’était lun­di 14 mars au soir, la mai­rie de Paris orga­ni­sait une réunion publi­que d’information sur le cen­tre d’hébergement d’urgence devant être ins­tal­lé d’ici l’été en lisiè­re du bois de Bou­lo­gne, – “à deux pas de l’hippodrome d’Auteuil, du musée Mar­mot­tan et des jar­dins du Rane­lagh”, pré­ci­se judi­cieu­se­ment Le Figa­ro.

Alors que les débats auraient dû se tenir pen­dant deux heu­res entre les habi­tants mécon­tents et les repré­sen­tants de la vil­le de Paris, ils ont dû être écour­tés au bout de 15 minu­tes pour cau­se de débor­de­ments. Quand la bour­geoi­sie du XVIe sort de ses gonds, elle se révè­le dans sa nue cru­di­té.

C’est d’abord au pré­fet de Paris, Sophie Bro­cas, que les “révol­tés” s’en pren­nent. Et en ter­mes par­ti­cu­liè­re­ment châ­tiés. Échan­tillons : “Escroc”, ”fils de pute”, “men­teur”, “col­la­bo”, “sta­li­nien”, ”ven­du”, “salo­pard”, “salo­pe”, “Sophie Bro­cas caca ! » …

Accla­mé par la fou­le en furie, Clau­de Goas­guen, mai­re d’arrondissement LR et prin­ci­pal élu local oppo­sé au pro­jet, a rehaus­sé le niveau sur le mode sédi­tieux, encou­ra­geant ses par­ti­sans à “dyna­mi­ter” la pis­ci­ne ins­tal­lée à proxi­mi­té du futur cen­tre d’hébergement, pré­ci­sant Ne vous gênez pas, mais ne vous fai­tes pas repé­rer ».

Pour com­men­ter pareil évé­ne­ment, Fran­ce Inter a invi­té à son micro la « socio­lo­gue des riches », Moni­que Pin­çon-Char­lot, qui a assis­té à cet­te réunion et n’en revient pas, elle qui en a pour­tant remué du beau lin­ge. Cet­te fois, pour l’effet camé­léon, elle avait même revê­tu un petit man­teau de four­ru­re… syn­thé­ti­que… Voi­ci son récit, gran­dio­se !

Petit flo­ri­lè­ge com­plé­men­tai­re ici.


« Merci Patron ! » La belle arnaque

Mer­ci Patron !, un film plus que sym­pa et qui connaît un beau suc­cès depuis sa sor­tie fin février. C’est l’éternelle his­toi­re des David et Golia­th, des pots de ter­re et de fer. Trai­té ici sur le mode « sérieux décon­nant », entre Michael Moo­re et Jean-Yves Lafes­se, par Fran­çois Ruf­fin, rédac’ chef du jour­nal amié­nois Fakir. 

merci-patron!

l’affiche

Joce­ly­ne et Ser­ge Klur fabri­quaient des cos­tu­mes Ken­zo à Poix-du-Nord, près de Valen­cien­nes. Depuis la délo­ca­li­sa­tion de leur usi­ne vers la Polo­gne, le cou­ple est au chô­ma­ge et cri­blé de det­tes. Fran­çois Ruf­fin va sui­vre ce cou­ple et par­tir « dans une cour­se pour­sui­te humo­ris­ti­que avec Ber­nard Arnault, l’homme le plus riche de Fran­ce » dont le grou­pe est pro­prié­tai­re de l’usine. Scè­nes sur­réa­lis­tes et qui­pro­quos en cas­ca­des, Mer­ci Patron ! se trans­for­me en « film d’espionnage ».

« On ne pen­sait même pas fai­re un film mais avec l’histoire qui se dérou­lait sous nos yeux c’est deve­nu impos­si­ble de ne pas le fai­re ! » racon­te Johan­na, de l’équipe de Fakir. Por­té par l’association Fakir, le film a séduit cri­ti­ques et médias. Il a même eut droit à une dou­ble page dans Le Mon­de qu’il qua­li­fie de « chef-d’œuvre du gen­re ».

Pour­tant, tout n’était pas gagné. Le film qui comp­tait sur l’aide finan­ciè­re du Cen­tre natio­nal du ciné­ma voit sa deman­de reje­tée. L’équipe déci­de de pas­ser outre les aides tra­di­tion­nel­les et se tour­ne vers le finan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif. Grâ­ce aux 21 000 € des contri­bu­teurs Ulu­le et une levée de fonds auprès des abon­nés de Fakir, le film ver­ra le jour. Une levée de fonds pour une levée de fron­de : la bon­ne idée pour une bel­le arna­que !


Le Bonheur selon Bouygues

C’est loin Demain ? Pour Bouy­gues Immo­bi­lier, c’est déjà la réa­li­té – au moins vir­tuel­le. Voi­ci le « pit­ch » de la vidéo ci-des­sous (datée de 2014) :

Le blog Demain La Vil­le vous pré­sen­te la vil­le de demain. Vil­le dura­ble, connec­tée et intel­li­gen­te, tel­les sont les inno­va­tions urbai­nes qui per­met­tront d’améliorer la qua­li­té de vie dans la vil­le du futur. Ren­dre une vil­le har­mo­nieu­se et agréa­ble à vivre où la qua­li­té de l’air sera pri­mor­dia­le avec la construc­tion de bâti­ments verts, tel­les seront les pré­oc­cu­pa­tions majeu­res de la vil­le de demain.

Magni­fi­que, n’est-ce pas ? Orwell s’en retour­ne dans sa tom­be.


Des tas d’urgences

Le hasard m’a fait tom­ber, hier, sur l’article que j’ai consa­cré au jour­na­lis­te polo­nais Richard Kapus­cinski lors de sa mort en 2007. Dans un de ses bou­quins fameux, Impe­rium – sur l’empire sovié­ti­que finis­sant, une sui­te de repor­ta­ges à sa façon –, j’y rele­vais ça :

« Trois fléaux mena­cent le mon­de. Pri­mo, la plaie du natio­na­lisme. Secun­do, la plaie du racis­me. Ter­tio, la plaie du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux. Trois pes­tes unies par la même carac­té­ris­tique, le même com­mun déno­mi­na­teur, la plus tota­le, agres­sive et tou­te-puis­san­te irra­tio­na­lité. Impos­sible de péné­trer dans un esprit conta­miné par un de ces maux. »

Dans le der­nier numé­ro du men­suel L’Histoire (thè­me : New­ton, les Lumiè­res et la révo­lu­tion scien­ti­fi­que : excel­lent autant qu’actuel), un lec­teur revient sur le pré­cé­dent numé­ro (novem­bre) consa­cré aux com­mu­nis­tes et titré « Pour­quoi il y ont cru », sans point d’interrogation. En effet, bien des répon­ses peu­vent être avan­cées. Mais ce lec­teur conti­nue à s’interroger : « Si je ne m’étonne pas du nom­bre d’intellectuels séduits, je n’arrive tou­jours pas à com­pren­dre pour­quoi ils sont res­té com­mu­nis­tes ». Et d’égrener le cha­pe­let des hor­reurs sta­li­nien­nes qui « auraient dû leur ouvrir les yeux ». Oui, mais non ! Confè­re le troi­siè­me fléau selon Kapus­cinski : la plaie du fon­da­men­ta­lis­me reli­gieux.

Même si les cau­ses et les effets dif­fé­rent dans les nuan­ces, nazis­me, sta­li­nis­me et dji­ha­dis­me relè­vent du tronc com­mun de « la plus tota­le, agres­sive et tou­te-puis­san­te irra­tio­na­lité. » Les consé­quen­ces aus­si conver­gent dans la vio­len­ce la plus mor­ti­fè­re condui­sant les peu­ples cré­du­les aux pires hor­reurs.

Notons qu’en ces « champs d’horreur » s’illustrent bien d’autres fana­ti­ques para-reli­gieux. Ain­si les fon­da­men­ta­lis­tes du libé­ra­lis­me ultra, les ado­ra­teurs du Mar­ché et de sa Main invi­si­ble, cel­le qui agit « en dou­ce », par délé­ga­tion, sans se mon­trer au grand jour, et n’en conduit pas moins à son lot d’atrocités, dénom­mées injus­ti­ces, guer­res, misè­re.

Ain­si les néga­tion­nis­tes de la dégra­da­tion du cli­mat qui, à l’instar de leurs illus­tres pré­dé­ces­seurs face aux géno­ci­des nazis, choi­sis­sent la catas­tro­phe plu­tôt que de renon­cer à leurs cultes consom­ma­toi­res. Cultes innom­bra­bles aux­quels d’ajoutent la plus cras­se imbé­cil­li­té tel­le que mon­trée ce jeu­di soir [3/12/15] dans Envoyé spé­cial (Fran­ce 2) exhi­bant de fameux spé­ci­mens du gen­re : ceux qui, aux Etats-Unis, tra­fi­quent leurs die­sel mons­trueux pour qu’il éruc­tent les plus épais­ses fumées noi­res… (J’avais publié une vidéo sur ces éner­gu­mè­nes, mais elle a été désac­ti­vée, je ne sais pour­quoi… Des dizai­nes de vidéos para­dent sur la toi­le – taper « coal rol­ling » et déses­pé­rer du gen­re humain…)

Après eux le délu­ge. Sur le même mode, en som­me, par lequel un tiers des élec­teurs du « pays des Droits de l’Homme » – et pata­ti et pata­ta – seraient prêts à tâter du fas­cis­me pré­sen­ta­ble, jus­te « pour essayer », puis­que les autres leur parais­sent usés – ce qui n’est pas faux, cer­tes !

Mais enfin, quel­le défai­te annon­cée ! Défai­te de la pen­sée, des convic­tions, des valeurs. De sou­bre­sauts en cahots, en culbu­tes et en sur­sauts, l’Histoire n’en finit pas de bégayer, on le sait. Au bord du vide, des haut-le-cœur nous sai­sis­sent.

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Où allons-nous ? « Ça débor­de » de par­tout ; de gau­che et de droi­te„ extrê­me­ment. [Ph. d.r.]


Air France. Sans-chemises et sans-culottes

Une che­mi­se déchi­rée, et même deux. Une agres­sion contre des per­son­nes – fus­sent-elles des « patrons ». Cer­tes, le ges­te est moche. Ou plu­tôt « non esthé­ti­que ». C’est le ges­te du déses­poir, le der­nier ges­te du condam­né avant l’exécution. Il n’est ren­du beau qu’au ciné­ma. Per­dre son emploi de nos jours, c’est une exé­cu­tion. C’est pas­ser du sta­tut de « chan­ceux », pour ne pas dire pri­vi­lé­gié – du pri­vi­lè­ge d’avoir un tra­vail, qui est sou­vent une tor­tu­re… – à celui de déclas­sé, de déchu.
Alors, quand la direc­tion d’Air Fran­ce annon­ce la sup­pres­sion de 2.900 emplois, cela signi­fie 2.900 vies déchi­rées (bien davan­ta­ge, en fait). À côté des­quel­les deux che­mi­ses déchi­rées, même blan­ches et bien repas­sées, c’est une vio­len­ce très modé­rée !


Une vidéo révè­le les négo­cia­tions chez Air Fran­ce par Buzz­Vid

La vidéo ci-des­sus a été pri­se quel­ques minu­tes avant les inci­dents qui for­ce­ront les diri­geants Xavier Bro­se­ta et Pier­re Plis­son­nier à s’échapper du siè­ge d’Air Fran­ce. Des employés ten­tent d’interpeller et d’ouvrir le dia­lo­gue.
Cet­te vidéo est poi­gnan­te, mon­trant le cou­ra­ge et le déses­poir d’une fem­me affron­tant la mor­gue des cols blancs, mains dans les poches ou bras croi­sés, tri­po­tant leurs por­ta­bles, touillant leur café, l’air gogue­nard pour ne pas dire niais, et fina­le­ment muets com­me des tom­bes. « On nous a deman­dé de fai­re des efforts, on les a faits ! » lan­ce cet­te fem­me au bord du san­glot dans un mono­lo­gue pathé­ti­que.

Face à elle, l’indifférence, le mépris. Les cadres regrou­pés dis­cu­tent entre eux, fei­gnant d’ignorer l’interpellation. L’un d’eux lâche enfin : « On n’est pas habi­li­tés, on n’est pas habi­li­tés ».

Ils n’ont rien à répon­dre au réqui­si­toi­re. Car ils ne sont même pas res­pon­sa­bles et ne peu­vent répon­dre de rien… Mina­bles pan­tins cra­va­tés du capi­ta­lis­me plan­qué, sans visa­ge, sui­te de chif­fres et de pour cents, jouant dans les casi­nos finan­ciers  à l’ombre des para­dis fis­caux, fixant de loin, « off sho­re », les taux de ren­de­ment de leur sale pognon dont ils se goin­frent jusqu’à l’intoxication.

Des vio­len­ces autre­ment plus radi­ca­les, la dégra­da­tion géné­ra­le des condi­tions socio-éco­no­mi­ques nous en pro­met ! Les « voyous » et la « chien­lit » se sou­vien­dront peut-être des sans-culot­tes et ne s’en pren­dront plus seule­ment aux che­mi­ses.
Sur son blog, le mili­tant enco­re socia­lis­te Gérard Filo­che a res­sor­ti pour la cir­cons­tan­ce un dis­cours de Jean Jau­rès devant la Cham­bre des dépu­tés le 19 juin 1906. Ces paro­les sont d’une actua­li­té brû­lan­te :

« Le patro­nat n’a pas besoin, lui, pour exer­cer une action vio­len­te, de ges­tes désor­don­nés et de paro­les tumul­tueu­ses ! Quel­ques hom­mes se ras­sem­blent, à huis clos, dans la sécu­ri­té, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quel­ques-uns, sans vio­len­ce, sans ges­tes désor­don­nés, sans éclats de voix, com­me des diplo­ma­tes cau­sant autour du tapis vert, ils déci­dent que le salai­re rai­son­na­ble sera refu­sé aux ouvriers ; ils déci­dent que les ouvriers qui conti­nuent la lut­te seront exclus, seront chas­sés, seront dési­gnés par des mar­ques imper­cep­ti­bles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vin­dic­te patro­na­le. […] Ain­si, tan­dis que l’acte de vio­len­ce de l’ouvrier appa­raît tou­jours, est tou­jours défi­ni, tou­jours aisé­ment frap­pé, la res­pon­sa­bi­li­té pro­fon­de et meur­triè­re des grands patrons, des grands capi­ta­lis­tes, elle se déro­be, elle s’évanouit dans une sor­te d’obscurité. »

Et Filo­che de com­men­ter : « Mal­heu­reu­se­ment, Manuel Valls trai­te les sala­riés de « voyous » et prend fait et cau­se pour la direc­tion d’Air Fran­ce. Il est vrai qu’il se réfè­re plus sou­vent à Clé­men­ceau, le bri­seur de grè­ves, qu’à Jau­rès… »


Réfugiés à Aix-en-Provence : Pas de ça chez moi ! clame Maryse Joissains

Des réfu­giés « chez moi » ? Et quoi enco­re ? La mai­re d’Aix-en-Provence, Mary­se Jois­sains, n’a pas tar­dé à se dis­tin­guer sur ce cha­pi­tre du rejet qui consti­tue son fond de com­mer­ce poli­ti­que. Sa lar­ges­se de vue et d’esprit sur­gis­sent de même, agré­men­tée de sa « dis­tinc­tion » légen­dai­re, décla­rant ain­si [La Pro­ven­ce 8/9/15]:

« Des migrants, j’en ai déjà suf­fi­sam­ment à Aix. Il y a les sans-papiers et les Roms. J’ai mon quo­ta. Je rejet­te la poli­ti­que de dan­ge­ro­si­té de Hol­lan­de qui ne sait pas gérer la cri­se. En plus, après la pho­to de l’enfant syrien, retrou­vé mort noyé, il fait appel à l’émotion popu­lai­re. Ce qui est indi­gne. Les Syriens, il faut les accueillir chez eux, les pro­té­ger chez eux. » Admi­rons la fines­se de l’analyse et sa por­tée géo-poli­ti­que. Elle pour­suit : « Puis, 24.000 ça veut dire quoi ? Il y a des mil­liers de migrants et ça va pro­vo­quer un appel d’air. Ce qu’on est en train de fai­re, c’est de la dépor­ta­tion. [sic] Si c’est ça l’humanisme, alors je n’y com­prends plus rien. » La Pro­ven­ce ajou­te : « Mary­se Jois­sains avoue­ra néan­moins [sous la tor­tu­re des jour­na­lis­tes ? Note du blo­gueur] qu’elle est prê­te à accueillir des Syriens. « Mais des chré­tiens ».

andré faber 2015

© andré faber 2015

Oui, res­tons entre gens de bon­ne com­pa­gnie. Et, sur­tout, pas ques­tion de lais­ser le « mono­po­le » du rejet aux lepe­nis­tes du FN qui pour­raient lui fai­re de l’ombre. Mais de petits arran­ge­ments seront tou­jours pos­si­bles avec cet­te fem­me qui n’est ni démo­cra­te ni répu­bli­cai­ne. Rap­pe­lons ses pro­pos de mai 2012, autour de la pré­si­den­tiel­le :

  «  Même si M. Hol­lande est pro­clamé pré­sident de la Répu­blique, je ne pen­se pas qu’il soit légi­time, par­ce qu’il y arri­ve après un com­bat anti-démo­cra­ti­que com­me on ne l’a jamais vu dans ce pays. »

«  Fran­çois Hol­lande est un dan­ger pour la Répu­blique. Cet hom­me n’a jamais fait la démons­tra­tion qu’il ait fait quel­que cho­se dans sa vie. Je ne le crois pas com­pé­tent, ni capa­ble. En tout cas phy­si­que­ment. Il ne don­nera pas l’image d’un pré­sident de la Répu­blique. J’aurais aimé d’un pré­sident qu’il ait plus de pres­tance et pas qu’il agi­te ses petits bras com­me il le fait dans tous ses mee­tings par­ce que ça me paraît extrê­me­ment ridi­cule. » [Lire sur « C’est pour dire » Sar­ko­zys­me. Le put­sch ver­bal et fas­ci­sant de Mary­se Jois­sains, mai­re d’Aix-en-Provence ]

Mary­se Jois­sains, on le sait, a tou­jours eu un gros fai­ble pour les petits bras agi­tés par son poli­ti­cien pré­fé­ré. Affai­re de goût, de choix. On ne dis­cu­te même pas.

Quant à La Pro­ven­ce – le quo­ti­dien mar­seillais –avec ou sans Tapie à sa tête, il res­te fidè­le à sa ligne pla­te­ment déma­go­gi­que. Ain­si son innom­ma­ble rubri­que « Le vote du jour », en der­niè­re page, entre la météo et l’horoscope, qui sou­met une ques­tion à la répon­se binai­re : oui/non et « Ne se pro­non­ce pas ». Exem­ple de ce mar­di 8/9/15 : À la ques­tion « Faut-il assou­plir les condi­tions d’accueil des réfu­giés syriens ? » « Vous avez voté hier » : Oui, 17 % - Non, 79 %. (Sans avis 4 %).

Une tel­le pra­ti­que est scan­da­leu­se, à plus d’un titre.

Sans dis­cu­ter ici de la vali­di­té des son­da­ges en géné­ral (même pra­ti­qués selon les règles de l’art), le jour­nal, lui, n’indique jamais le nom­bre de répon­ses obte­nues – c’est dire la valeur de ses pour­cen­ta­ges ! Quant aux ques­tions posées, elles vont des plus débi­les aux plus gra­ves com­me cel­le du jour, posée de maniè­re on ne peut plus incon­sé­quen­te : Faut-il assou­plir [que le ver­be est judi­cieux !] les condi­tions d’accueil [les­quel­les ?]…

Ce gen­re de déri­ve relè­ve tout autant de l’abêtissement jour­na­lis­ti­que que de l’absence d’éthique. Elle n’en recè­le pas moins des inten­tions inavouées, peut-être incons­cien­tes – allez savoir !

Sur ce constat et sur les pro­pos de Mme Jois­sains, l’archevêque du Vau­clu­se, Mgr Cat­te­noz a de quoi s’époumoner enco­re davan­ta­ge que dans sa vidéo sur inter­net où il décla­re :

« J’ai hon­te de mon pays, la Fran­ce, qui, à plus de 50% de sa popu­la­tion, refu­se l’accueil des migrants. J’ai hon­te de cer­tains poli­ti­ques qui tien­nent des pro­pos inqua­li­fia­bles lorsqu’ils par­lent de “ces gens-là”. Ils les dési­gnent avec mépris. J’ai hon­te des chré­tiens qui sem­blent igno­rer cet­te tra­gé­die des migrants et sur­tout se refu­sent à per­dre les avan­ta­ges acquis de leur niveau de vie ».

Pro­pos repris dans La Pro­ven­ce du même jour, même arti­cle, même puni­tion.


Séguéla : « Même si on est clochard, on peut arriver à mettre de côté 1 500 euros »

Jacques Ségué­la, le plus con des pubeux bron­zés vient de remet­tre une cou­che  à sa conne­rie déjà gra­ti­née. Après sa sor­tie de 2009 - «Si à cin­quan­te ans on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie !», le célè­bre mora­lis­te s’est sur­pas­sé sur BFM TV. En ten­tant mina­ble­ment de jus­ti­fier sa « pub » pré­cé­den­te – une «conne­rie», admet-il en se don­nant une baf­fe, même s’il ne la «regret­te pas» [sic], il a cru bon d’ajouter : « Il n’y a pas de rai­son de dire aux gens “Vous êtes condam­nés à ne jamais vous fai­re le plai­sir de votre vie”. On a quand même le droit, même si on est clo­chard, on peut arri­ver à met­tre de côté 1 500 euros ! On a le droit de rêver nom de Dieu ! »

À coté de  ce gars-là, Pier­re Bour­dieu fait pen­se-petit, je trou­ve.


On ne peut interdire la connerie du maire de Venelles !

Être trai­té pour un can­cer de la bou­che n’empêche donc pas de dire des conne­ries. Cela y contri­bue­rait-il même ? Stu­pi­des ques­tions pour pro­pos débi­les tenus par « mon » mai­re : Robert Char­don, ci-devant UMP (en pas­se d’exclusion selon NKM – on ver­ra) ou futur FN (non : trop à droi­te pour Mari­ne Le Pen !).

Robert Chardon, croisé de Venelles.

Robert Char­don, croi­sé de Venel­les.

Voilà en tout cas une pub pas bien relui­san­te pour ma peti­te com­mu­ne de Venel­les (8.000 habi­tants). Tou­te la Fran­ce infor­mée connaît désor­mais l’indécente pro­po­si­tion fai­te à Sar­ko­zy (cepen­dant ouvert à tout) de ce pre­mier magis­trat à la gran­de fibre répu­bli­cai­ne : inter­di­re l’islam en Fran­ce. Il y va de l’avenir de la Fran­ce et plus enco­re de la foi judéo-chré­tien­ne.

Dans son élan vers les plus hau­tes pen­sées, ce va-t-en-guer­re (de reli­gion) avan­ce en effet d’audacieuses pro­po­si­tions :

« Je sup­pri­me la loi de 1905 et pro­cla­me que la Répu­bli­que favo­ri­se la pra­ti­que de la foi chré­tien­ne », expli­que l’élu qui se com­pa­re à Louis XIV, qui avait révo­qué l’édit de Nan­tes en 1685.

« Il faut un plan Mar­shall pour le Magh­reb. Il faut aus­si une inter­ven­tion mili­tai­re en Libye. Il faut éga­le­ment met­tre fin au dan­ger que repré­sen­tent les boat peo­ple » [sur Euro­pe 1].

twt chardon

.

Robert Char­don relaie aus­si des mes­sa­ges anti-islam com­me « Pro­té­gez-vous, adop­tez un cochon !  » (sur son comp­te Face­book).

Le plus comi­que, si on peut dire, c’est que Venel­les, à dix kilo­mè­tres d’Aix-en-Provence, est pro­ba­ble­ment l’une des com­mu­nes les moins « isla­mi­sées » de la région, voi­re de Fran­ce ! Pas un « Ara­be », pas un « Noir » à l’horizon : rien que des Blancs, bour­geois, judéo-chré­tiens – tout ce qu’il y a de plus pro­pres, nor­maux et vac­ci­nés, dont 56 % ont voté l’an der­nier pour ce saint-hom­me et ses fan­tas­mes de croi­sé.

Inter­di­re le culte de l’islam, ça peut même se conce­voir – la preu­ve. Mais inter­di­re la conne­rie – là, on est désar­mé.


Capitalisme netarchique. Plein de clics, plein de fric

Sur son blog et dans sa revue de pres­se domi­ni­ca­le, mon cama­ra­de Daniel Chai­ze ne man­que pas de décou­per les meilleurs mor­ceaux dans le lard de la bête média­ti­que. Exem­ple, extrait de Libé de same­di :

[…] Les capi­ta­lis­tes netar­chi­ques (Face­book, Goo­gle, Ama­zon, …) fonc­tion­nent avec 100 % des reve­nus pour les pro­prié­tai­res et 0 % pour les uti­li­sa­teurs qui cocréent la valeur de la pla­te­for­me. C’est de l’hyperexploitation ! Ce sont des modè­les para­si­tai­res : Uber n’investit pas dans le trans­port, ni Airbnb dans l’hôtellerie, ni Goo­gle dans les docu­ments, ni You­Tu­be dans la pro­duc­tion média­ti­que.

Michel Bau­wens, théo­ri­cien de l’économie col­la­bo­ra­ti­ve, Libé­ra­tion, 21 mars 2015

C’est dit et bien dit. On n’aura moins d’excuses à cli­quer com­me ça, ingé­nu­ment et à tour de bras, pour un oui ou un non, pour un rien. Cha­cun de nos clics (à part sur les blogs inno­cents et purs de tout com­mer­ce – et qui enri­chis­sent au sens noble) finis­sent en mon­naie son­nan­te et non tré­bu­chan­te : pas la moin­dre hési­ta­tion quand il s’agit d’engrosser les escar­cel­les déjà débor­dan­tes des capi­ta­lis­tes netar­chi­ques – rete­nons l’expression.

C’est ain­si, en effet, que les plus gros­ses for­tu­nes mon­dia­les se sont consti­tuées à par­tir de petits riens, mul­ti­pliés par trois fois rien, ce qui finit par fai­re beau­coup et même énor­me ! C’est là l’application moder­ne d’un des fon­de­ments de l’accu­mu­la­tion du capi­tal, com­me disait le vieux bar­bu : ven­dre « pas cher » de façon à ven­dre beau­coup. Pas cher : jus­te au-des­sus du prix que les pau­vres peu­vent payer, quit­te à s’endetter – les ban­ques, c’est pas pour les chiens. Et l’avantage, avec les pau­vres, c’est qu’ils sont nom­breux et se repro­dui­sent en nom­bre !

Cet­te fois, ces netar­chi­ques font enco­re plus fort : ils ven­dent du vent et en tirent des for­tu­nes. Et, sur­tout, sans don­ner l’impression qu’ils s’empiffrent ! Ni qu’ils nous escro­quent puisqu’ils « ren­dent ser­vi­ce », ces bra­ves gens, en « flui­di­fiant l’économie », qu’ils pom­pent sans ver­go­gne – et sans même payer d’impôts dans les pays d’implantation ! –, rui­nant des sec­teurs entiers dans les­quels les pau­vres sur­vi­vaient en trou­vant quel­que rai­son d’exister socia­le­ment.

Voyez les taxis, par exem­ple. Une tech­no­lo­gie exploi­tée par des filous (Uber) a com­men­cé à les ren­dre obso­lè­tes, désuets quoi, bons à jeter. Ils avaient un métier (quoi qu’on puis­se dire de cer­tains d’entre eux, mar­gou­lins à l’ancienne), une pla­ce et une fonc­tion socia­les, par­ti­ci­paient à l’économie géné­ra­le de l’échange. N’importe qui (au chô­ma­ge par exem­ple) peut désor­mais les rem­pla­cer, au pied levé, et au noir bien sou­vent…

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1984”, film de Michael Rad­ford d’après Geor­ge Orwell

Ain­si se détruit tout un tis­su, cer­tes non par­fait, mais dont la dis­pa­ri­tion sera dom­ma­gea­ble à l’ensemble de nos socié­tés.

Ain­si nais­sent les nou­veaux empi­res, par glis­se­ments insen­si­bles dans la déma­té­ria­li­sa­tion des échan­ges et d’une gran­de par­tie de la pro­duc­tion mar­chan­de.

Ain­si s’instaure le nou­vel impé­ria­lis­me, que ni Hux­ley ni Orwell n’avaient ima­gi­né dans sa for­me, mais qui réa­li­se bien le contrô­le mon­dial de l’économie sous la tota­li­té (tota­li­tai­re), ou qua­si tota­li­té, de ses varian­tes. Avec, com­me corol­lai­re – à moins que ça n’en consti­tue les pré­mis­ses – le contrô­le phy­si­que et men­tal des indi­vi­dus (déjà bien avan­cé !), le plus sou­vent avec leur consen­te­ment pas­sif – ce qui est le fin du fin dans l’accomplissement de l’aliénation géné­ra­le.

Mais où sont les labo­ra­toi­res de la révo­lu­tion qui s’opposera à ce désas­tre annon­cé ? Les netar­chi­ques seraient-ils déjà en train de s’en occu­per ?…


« SwissLeaks ». Des milliards d’euros, des milliers de fraudeurs – dont 3.000 Français

HSBC (Hong Kong & Shanghai Banking Corporation) est un groupe bancaire international britannique présent dans 84 pays et territoires et rassemblant 60 millions de clients. Son siège social est à Londres.

Elle a été fondée à Hong Kong par l'Écossais Thomas Sutherland pour financer le commerce dans l'Extrême-Orient en 1865 et, à l'origine, le trafic d'opium. Avant de déménager son siège social à Londres au début des années 1990, elle était basée à Hong Kong. Elle fut un temps le quatrième groupe bancaire dans le monde après Citigroup, Bank of America et la Banque industrielle et commerciale de Chine.

Montrer la face cachée du secret bancaire en Suisse, un défi a priori autrement plus coton que d’aller voir derrière la lune ! Le Monde et plusieurs médias internationaux viennent pourtant de dévoiler cet univers de la fraude et de la richesse planquée après avoir eu accès aux données collectées par un informaticien, Hervé Falciani, ex-employé de la banque britannique HSBC à Genève.

Ces révélations ébranlent les milieux bancaires internationaux et mettent en cause de nombreuses célébrités des affaires et du showbiz, de l’humoriste français Gad Elmaleh (celui de la pub télé où il imagine « la banque idéale »…) au roi du Maroc Mohamed VI et au roi Abdallah II de Jordanie, en passant par l’acteur américain John Malkovich, le coiffeur Dessange, le footballeur Christophe Dugarry, le peintre Christian Boltanski, Arlette Ricci, héritière de Nina Ricci, Aymeri de Montesquiou, sénateur (UDI) du Gers, Jean-Charles Marchiani, condamné dans l'Angolagate, etc.

Baptisée « SwissLeaks », l'opération propose un voyage au cœur de l'évasion fiscale, mettant en lumière les ruses utilisées pour dissimuler de l'argent non déclaré. Petite vidéo éducative :


Comprendre la fraude fiscale de HSBC en 3 min par lemondefr

Pendant de nombreuses années, les informations copiées par Hervé Falciani n'étaient connues que de la justice et de quelques administrations fiscales, même si certains éléments avaient filtré dans la presse.

Le Monde a eu accès aux données bancaires de plus de 100 000 clients et a mis les informations à la disposition du Consortium des journalistes d'investigation (ICIJ) à Washington, qui les a partagées avec plus de 50 autres médias internationaux, dont le Guardian, au Royaume-Uni, ou la Süddeutsche Zeitung, en Allemagne.

Les données, analysées par quelque 154 journalistes, portent sur la période allant de 2005 et 2007. 180,6 milliards d'euros auraient ainsi transité, à Genève, par les comptes HSBC de plus de 100 000 clients et de 20 000 sociétés offshore, très précisément entre le 9 novembre 2006 et le 31 mars 2007. Plus de 5,7 milliards d'euros auraient été dissimulés par HSBC Private Bank dans des paradis fiscaux pour le compte de ses seuls clients français, environ 3 000…


Qui a éteint les Lumières ?

par André Gun­thert (*)

Après avoir affron­té d’innombrables trau­ma­tis­mes, guer­res, épi­dé­mies, catas­tro­phes, la socié­té occi­den­ta­le paraît aujourd’hui plus paci­fiée qu’elle ne l’a jamais été. D’où vient alors ce sen­ti­ment lar­ge­ment par­ta­gé de l’échec, du déclin ou de l’effondrement (pour repren­dre le titre emblé­ma­ti­que de Jared Dia­mond, Col­lap­se, 2005) de ce modè­le?

Il serait évi­dem­ment absur­de de pen­ser que nous vivons un moment pire que celui du nazis­me ou du sta­li­nis­me. Même sur un plan ima­gi­nai­re, la mena­ce du réchauf­fe­ment cli­ma­ti­que ou de l’épuisement des res­sour­ces natu­rel­les paraît com­pa­ra­ble à d’autres gran­des peurs, com­me le mil­lé­na­ris­me ou l’apocalypse nucléai­re.

Il paraît donc uti­le de mieux cer­ner les sour­ces de nos inquié­tu­des. Je sou­li­gnais en 2010 un pro­blè­me de pro­jec­tion vers le futur. Alors que la socié­té occi­den­ta­le entre­tient depuis plu­sieurs siè­cles la mytho­lo­gie du pro­grès, l’incapacité de des­si­ner désor­mais un ave­nir dési­ra­ble au-delà du busi­ness as usual paraît une inquié­tan­te consé­quen­ce de la “fin de l’histoire” (Fran­cis Fukuya­ma, 1992).

Déclin- F Ponthieu-Lumieres-dok-images

« Le brouillard idéo­lo­gi­que pro­pre à dif­fé­rer les chan­ge­ments pro­fonds » Déclin, © F. Pon­thieu, 2013
Cli­quer pour agran­dir

Mais ce diag­nos­tic est très incom­plet. Plu­sieurs autres pri­ses de conscien­ce majeu­res ont jalon­né la pério­de récen­te, qui sem­blent remet­tre en cau­se rien moins que le para­dig­me issu des Lumiè­res, auquel on attri­bue la créa­tion d’un sys­tè­me arti­cu­lant démo­cra­tie repré­sen­ta­ti­ve et capi­ta­lis­me libé­ral autour de la rai­son et du débat public (Karl Pola­nyi, La Gran­de Trans­for­ma­tion, 1944; Jür­gen Haber­mas, L’Espace public, 1962).

Issue notam­ment des tra­vaux de Tho­mas Piket­ty ou de la cri­se finan­ciè­re de 2008, l’idée s’impose peu à peu que la for­me néo­li­bé­ra­le du capi­ta­lis­me a engen­dré une éco­no­mie défi­ni­ti­ve­ment toxi­que et patho­gè­ne, qui détruit len­te­ment la socié­té, et ne pro­fi­te qu’à une mino­ri­té de pri­vi­lé­giés.

Il y a aujourd’hui com­me une tra­gi­que iro­nie à voir les poli­ti­ques cou­rir après le res­sort cas­sé de la crois­san­ce, alors que nous som­mes nom­breux à avoir désor­mais la convic­tion que cel­le-ci n’est com­pa­ti­ble ni avec une exploi­ta­tion dura­ble des res­sour­ces, ni avec l’épanouissement des capa­ci­tés humai­nes. La mani­fes­ta­tion la plus crian­te de ce para­doxe est la des­truc­tion inin­ter­rom­pue du tra­vail, alors que celui-ci consti­tue la prin­ci­pa­le sour­ce de reve­nus mais aus­si de légi­ti­mi­té socia­le pour une majo­ri­té de Ter­riens.

Le deuxiè­me constat qui s’affermit est celui de l’impuissance du poli­ti­que. Une impuis­san­ce lar­ge­ment consen­tie, voi­re orga­ni­sée, depuis que le dog­me néo­li­bé­ral du trop d’Etat s’est impo­sé sans par­ta­ge. La dicho­to­mie entre les struc­tu­res du mar­ché, tou­jours plus mon­dia­li­sé, et cel­les des ins­ti­tu­tions poli­ti­ques, qui res­tent régio­na­les, accen­tue le dés­équi­li­bre des pou­voirs au pro­fit des for­ces éco­no­mi­ques, ain­si qu’en témoi­gne le détour­ne­ment fis­cal, qui en est la consé­quen­ce la plus appa­ren­te. Le sys­tè­me de sélec­tion des par­tis, qui favo­ri­se la nota­bi­li­sa­tion et la pro­fes­sion­na­li­sa­tion du per­son­nel poli­ti­que, achè­ve de déman­te­ler la démo­cra­tie repré­sen­ta­ti­ve, qui ne pro­duit plus de res­pon­sa­bles capa­bles de maî­tri­ser les enjeux, enco­re moins de pro­po­ser des solu­tions.

Cet­te absen­ce de pers­pec­ti­ves est une autre carac­té­ris­ti­que de la pério­de. Aucun scé­na­rio cohé­rent n’est dis­po­ni­ble pour fai­re face aux défis du réchauf­fe­ment et de l’épuisement des res­sour­ces natu­rel­les, de la réfor­me de l’économie et des ins­ti­tu­tions poli­ti­ques. Mis à part le pro­jet de reve­nu uni­ver­sel, qui paraît plu­tôt une rus­ti­ne col­lée sur l’échec du capi­ta­lis­me, je ne connais pas d’alternative cré­di­ble au modè­le pro­duc­ti­vis­te. Les pro­jets de VIe Répu­bli­que ou de modi­fi­ca­tion des moda­li­tés de sélec­tion des repré­sen­tants sem­blent de sim­ples gad­gets face à la néces­si­té de res­tau­rer un sys­tè­me indé­pen­dant des lob­bies, sus­cep­ti­ble de garan­tir la défen­se des inté­rêts col­lec­tifs – ce dont l’échec répé­té des négo­cia­tions à pro­pos du réchauf­fe­ment cli­ma­ti­que prou­ve que nous ne som­mes plus capa­bles. La failli­te de la gau­che n’a pas d’autre cau­se que son inca­pa­ci­té à pro­po­ser des solu­tions à ces maux.

Der­nier point d’une lis­te déjà lon­gue, la dis­so­lu­tion des inté­rêts com­muns entraî­ne la frag­men­ta­tion et le retrait dans des logi­ques com­mu­nau­tai­res, à par­tir des­quel­les il sem­ble de plus en plus dif­fi­ci­le de recons­trui­re l’espace public per­du depuis la fin de la sphè­re bour­geoi­se (Haber­mas). Les dif­fi­cul­tés maté­riel­les ren­voient d’autant plus faci­le­ment cha­cun à ses par­ti­cu­la­ris­mes qu’aucun pro­jet col­lec­tif n’est là pour recréer du lien.

Pour autant que les Lumiè­res aient effec­ti­ve­ment été consti­tuées par un sys­tè­me au moins en par­tie vou­lu, plus rien ne sub­sis­te de cet héri­ta­ge, que des rui­nes et une pen­sée zom­bie. En atten­dant l’aggior­na­men­to, nous n’écoutons plus que d’une oreille dis­trai­te les vati­ci­na­tions des poli­ti­ques et de leurs vas­saux média­ti­ques.

Au final, même si ces crain­tes sont pros­pec­ti­ves, elles des­si­nent bel et bien un hori­zon catas­tro­phi­que. Som­mes-nous donc voués à l’obscurité? Après avoir éteint la lumiè­re, il nous faut reve­nir aux sta­des pré­pa­ra­toi­res des gran­des révo­lu­tions de la moder­ni­té. Si l’on consi­dè­re que les bou­le­ver­se­ments poli­ti­ques, éco­no­mi­ques et sociaux du XIXe siè­cle ont été pré­pa­rés par un long tra­vail de réflexion col­lec­ti­ve, l’urgence est cel­le de l’élaboration de pro­po­si­tions théo­ri­ques de fond, et de leur débat.

(*) André Gun­thertcher­cheur en his­toi­re cultu­rel­le et étu­des visuel­les (EHESS)

(Arti­cle paru dans L’image socia­le - 27/12/14 )

Note. J’ai trou­vé ce tex­te des plus inté­res­sants, pour ain­si dire lumi­neux, à l’image de son titre et au mou­ve­ment des Lumiè­res auquel il se réfè­re, bien sûr.  Il ne consti­tue nul­le­ment une éniè­me haran­gue poli­ti­cien­ne, ni une impré­ca­tion appe­lant au chan­ge­ment magi­que, sinon mira­cu­leux. Il y a même lieu de quit­ter ces sen­tiers rebat­tus, qui contri­buent à entre­te­nir l’illusion géné­ra­le, le brouillard idéo­lo­gi­que pro­pre à dif­fé­rer les chan­ge­ments pro­fonds – en fait, les évo­lu­tions au sens dar­wi­nien, com­me fruits de hasards et de néces­si­tés, ce qui jus­ti­fie tout autant le « long tra­vail de réflexion col­lec­ti­ve » néces­sai­re aux bou­le­ver­se­ments de l’organisation socia­le des humains. Ce tex­te offre aus­si de nom­breux liens ren­voyant à d’autres impor­tan­tes contri­bu­tions. J’y ajou­te deux des mien­nes, modes­te­ment : Inven­tai­re avant démo­li­tion ? Le grand dérè­gle­ment de la mai­son Ter­re ; Sur l’idéologie du « Pro­grès » com­me fac­teur de régres­sion Et mes vifs remer­cie­ments à l’auteur pour l’autorisation de repro­dui­re son arti­cle. GP.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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