On n'est pas des moutons

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Mélenchon, l’homme qui ne plantait rien (ou qui plantait tout)

Jean-Luc-Melenchon

[Ph. Gerhard Val­ck, 2015, domai­ne public]

De la mélas­se pré­si­den­tiel­le, que pour­rait-il sor­tir de bon ? Qu’ajouter à cet­te tris­te ques­tion ? « C’est pour dire » n’avait donc rien à dire sur ce cha­pi­tre. Sauf  à le consi­dé­rer sous la plu­me ins­pi­rée d’Eugène Pot­tier écri­vant L’Internationale : « Il n’est pas de sau­veurs suprê­mes / Ni Dieu, ni César, ni Tri­bun ». L’air est aujourd’hui plu­tôt éven­té, mais le mes­sa­ge res­te d’une navran­te actua­li­té. Ain­si m’est-il reve­nu l’autre soir (23/2/17) à la télé en regar­dant le spec­ta­cle mon­té autour de Jean-Luc Mélen­chon. 1

Mélen­chon, ce soir-là, n’a pas craint de se pré­sen­ter com­me « un tri­bun » et même com­me « le tri­bun du peu­ple ». Oui : « Je suis le tri­bun du peu­ple », a-t-il ren­ché­ri, modes­te… On sait l’homme por­té à l’admiration de lui-même, qu’il clo­ne à l’occasion par holo­gram­me inter­po­sé, réus­sis­sant ain­si l’admirable syn­thè­se du Spec­ta­cle à la fois poli­ti­cien & tech­no­lo­gi­que. « Miroir, mon beau miroir… », cet­te si vieille fas­ci­na­tion égo­cen­tri­que… De nos jours – à l’ère du tout média­ti­que – la conquê­te et l’exercice du pou­voir pas­sent par la mise en spec­ta­cle du ges­te et de la paro­le, sur­tout de la paro­le. Il est signi­fi­ca­tif et cocas­se que cet­te émis­sion de Fran­ce 2 s’intitule Des Paro­les et des Actes

Tan­dis que la poli­ti­que se résu­me au Ver­be, à l’effet de tri­bu­ne (pour tri­buns…), un gou­ver­ne­ment peut se res­trein­dre à un seul minis­tè­re, celui de la Paro­le. Cet­te pra­ti­que est, elle aus­si, vieille com­me le mon­de poli­ti­que ; elle remon­te même à la rhé­to­ri­que des Anciens, qui l’avaient éle­vée au rang du dis­cours phi­lo­so­phi­que. Disons qu’aujourd’hui, seul le dis­cours a sub­sis­té. Enfin, sur­tout le dis­cours, par­fois quel­ques idées. Aucun poli­ti­cien n’y échap­pe, sur­tout pas les can­di­dats à la pré­si­den­ce. Il peut être inté­res­sant, voi­re dis­trayant, de lire entre les lignes des ver­bia­ges élec­to­raux, d’en décryp­ter aus­si les non-dits, à l’occasion expri­més par le corps – atti­tu­des, ges­tes, tona­li­tés.

À cet égard, la par­lu­re de Hol­lan­de ponc­tuée, et même truf­fée de « euh… », s’avère tout à fait révé­la­tri­ce de sa gou­ver­nan­ce à base d’hésitations, de dou­tes peut-être et de renon­ce­ments. 2 Cel­le de Mélen­chon, elle, si elle ne man­que pas de souf­fle, res­pi­re peu et ne s’autorise aucun silen­ce. Pas de pla­ce pour le dou­te ou le ques­tion­ne­ment dans cet­te paro­le péremp­toi­re, défi­ni­ti­ve. Un pro­pos sou­vent abrupt, cas­sant, dont son auteur prend par­fois conscien­ce ; alors, il ten­te de se repren­dre par une pirouet­te, com­me dans l’émission de jeu­di : « Eh, on peut plai­san­ter, je suis méri­dio­nal… il y a du Pagnol en moi ! » Ouais… Et du Gio­no aus­si ?

Car Mélen­chon doit se prou­ver en huma­nis­te  3, ce qui ne lui sem­ble donc pas si natu­rel… Voi­là qu’arrive l”« invi­té sur­pri­se » – tou­jours dans la même émis­sion –, le comé­dien Phi­lip­pe Tor­re­ton  4 Or, il a appor­té, pour l’offrir à Mélen­chon, le livre de Jean Gio­no, L’Homme qui plan­tait des arbres. « [Un livre] fon­da­men­ta­le­ment immo­ral ! », lan­ce tout aus­si­tôt Mélen­chon. Éton­ne­ment du comé­dien, qui s’explique néan­moins sur le sens de ce choix lié à l’urgence éco­lo­gi­que, en lit un pas­sa­ge et se lève pour l’offrir au poli­ti­cien du jour, que l’on relan­ce : alors, quel­le immo­ra­li­té ? « L’immoralité, lan­ce Mélen­chon, vient du fait que cet­te his­toi­re est écri­te pen­dant la guer­re, et que quand on lut­te contre le nazis­me on plan­te pas des arbres, on prend une arme et on va se bat­tre ! »

L’ancien mili­tai­re – non : mili­tant trots­kys­te, diri­geant de l’OCI (Orga­ni­sa­tion com­mu­nis­te inter­na­tio­na­lis­te) de Besan­çon (1972-79 selon Wiki­pé­dia), a lâché sa leçon de mora­le, cel­le du poli­ti­cien pro­fes­sion­nel qu’il n’a ces­sé d’être – puis­que c’est un « métier ». Et ain­si de repren­dre, en les sous-enten­dant, les accu­sa­tions vichys­tes et col­la­bo­ra­tion­nis­tes à l’encontre de Gio­no. Lequel avait pris le fusil à baïon­net­te, enfin celui qu’on lui avait mis d’office dans les mains, dès jan­vier 1915, pour ses vingt ans, direc­tion la Som­me, Ver­dun, le Che­min des dames, où il n’est « que » gazé alors qu’il y perd son meilleur ami et tant d’autres. Cho­qué par l’horreur de la guer­re, les mas­sa­cres, la bar­ba­rie, l’atrocité de ce qu’il a vécu dans cet enfer, il devient un paci­fis­te convain­cu. Jus­ques et y com­pris la secon­de gran­de bar­ba­rie. En 1939, s’étant pré­sen­té au cen­tre de mobi­li­sa­tion, il est arrê­té et déte­nu deux mois pour cau­se de paci­fis­me (Il avait signé le tract « Paix immé­dia­te » lan­cé par l’anarchiste Louis Lecoin). Durant la guer­re, il conti­nue à écri­re et publie des arti­cles dans des jour­naux liés au régi­me de Vichy. A la Libé­ra­tion, il est arrê­té, mais relâ­ché cinq mois plus tard sans avoir été incul­pé. 5

J’en reviens à notre sujet, sans m’en être vrai­ment éloi­gné, je crois. En refu­sant de consi­dé­rer pour ce qu’il est, le mes­sa­ge pro­fond – éco­lo­gis­te avant la let­tre, huma­nis­te et uni­ver­sel – de L’Homme qui plan­tait des arbres, pour pla­cer sa paro­le mora­li­sa­tri­ce, le patron de La Fran­ce insou­mise s’érige en Fou­quier-Tin­vil­le du Tri­bu­nal révo­lu­tion­nai­re. Il tran­che. Il se pose en garant du « pur et dur », lui que les guer­res ont heu­reu­se­ment épar­gné, qui n’a pas eu à résis­ter – l’arme à la main –, ni même à s’insoumettre. Lui qui, cer­tes, connut les tran­chées du Par­ti socia­lis­te durant 32 ans (1976-2008) et, tour à tour, les affres du conseiller géné­ral de Mas­sy (1998-2004), du séna­teur de l’Essonne (2004-2010), du minis­tre sous Chi­rac-Jos­pin (2000-2002), du pré­si­dent du Par­ti de gau­che (2009-2014), du dépu­té euro­péen depuis 2009. Que de com­bats héroï­ques, à mains nues cet­te fois ! (Quel­le bel­le retrai­te en pers­pec­ti­ve aus­si, non ?)

Il en a usé de la dia­lec­ti­que, de la stra­té­gie, de la tac­ti­que ! Il en a mâché de la paro­le ver­ba­le ! Tout ça pour rabais­ser le débat poli­ti­que à un cal­cul poli­ti­cien mina­ble. Pour­tant, il l’assure :

– « À mon âge, je fais pas une car­riè­re ; je veux pas gâcher, détrui­re ; j’ai de la hai­ne pour per­son­ne ; il faut convain­cre ! J’ai jamais été mélen­cho­nis­te ! [sic]

– Alors vous seriez prêt à vous reti­rer devant Benoît Hamon ?

Pour­quoi pas lui ? J’ai 65 ans, je veux pas dila­pi­der ! [re-sic]»

Alors Tor­re­ton, deve­nu pâle, sem­ble jeter l’éponge. Non pas tant qu’il se soit dégon­flé, com­me il a été dit, de lui poser LA ques­tion pour laquel­le il avait été l’« invi­té sur­pri­se ». Non, on dirait plu­tôt qu’il com­prend alors que c’est cuit, que Mélen­chon ne démor­dra pas, que sa « voca­tion », son « métier » c’est de s’opposer, de bai­gner dans ce mari­got où il se com­plaît, où son égo enfle avec déli­ce. Un demi-siè­cle de « métier » n’empêche pas, à l’évidence, de s’agripper à une pué­ri­le dia­lec­ti­que de cour d’école.

Et dès le len­de­main de l’émission, il pré­ten­dait sans amba­ges ne pas se sou­ve­nir d’avoir par­lé de rap­pro­che­ment avec le can­di­dat socia­lis­te. « J’ai dit ça hier soir ? Je ne m’en rap­pel­le pas ! » a-t-il assu­ré. À la sor­tie d’un déjeu­ner avec le secré­tai­re natio­nal du PCF, Pier­re Lau­rent, il a reje­té l’idée d’un ras­sem­ble­ment : « Ça n’a pas de sens aujourd’hui. De quoi par­le-t-on ? Benoît Hamon dit qu’il pro­po­se sa can­di­da­tu­re. Moi aus­si. Si vous vou­lez que le pro­gram­me s’applique, la meilleu­re des garan­ties, c’est moi ! » Ain­si, pour lui, la ques­tion d’un ral­lie­ment ne se pose même pas. « Non, faut pas rêver, ça n’aura pas lieu. D’ailleurs, per­son­ne ne le pro­po­sait », a-t-il assé­né.

Le trots­kys­te est reve­nu au galop : « Faut pas comp­ter sur nous pour aller fai­re l’appoint d’une for­ce poli­ti­que qui a du mal à remon­ter sur le che­val ». Aurait-il donc choi­si « objec­ti­ve­ment » l’option Mari­ne Le Pen ? 6 Ira-t-il ain­si jusqu’à refu­ser tou­te col­la­bo­ra­tion avec ce qui res­te de la social-démo­cra­tie, sous enten­du avec Benoît Hamon, puisqu’investi par le Par­ti socia­lis­te ? Ou enco­re, esti­me-t-il que Macron va l’emporter, que l’affaire est pliée et que sa plan­che de salut, par consé­quent, rési­de enco­re et tou­jours dans les déli­ces de l’éternelle oppo­si­tion, dans un hors-sol en quel­que sor­te, à l’abri de tou­te impu­re­té, de tout com­pro­mis.

Com­me si la démo­cra­tie ce n’était pas l’art sub­til des arran­ge­ments accep­ta­bles par le plus grand nom­bre – jamais par tous, évi­dem­ment. Com­me si la vie même ne rele­vait pas en per­ma­nen­ce de ses com­bi­nai­sons com­plexes, ni blan­ches ni noi­res. La pre­miè­re – la démo­cra­tie – se comp­te en siè­cles, par­fois seule­ment en années ; quel­ques semai­nes peu­vent suf­fi­re à l’anéantir. La vie, elle, remon­te à des mil­lions d’années ; elle res­te à la mer­ci de la bêti­se des humains.

Si je vote, ce sera pour Elzéard Bouf­fier, qui plan­tait des arbres.


En pri­me, le très beau film d’animation d’après le récit de Jean Gio­no, dit par Phi­lip­pe Noi­ret, réa­li­sé par Fré­dé­ric Back (1924-2013), Cana­da 1987. L’Homme qui plan­tait des arbres a rem­por­té l’Oscar du meilleur court métra­ge décer­né par l’Academy of Motion Pic­tu­re Arts and Scien­ces de Los Ange­les, aux États-Unis, le 11 avril 1988.

Notes:

  1. Je dis bien spec­ta­cle, au sens de Guy Debord et sa Socié­té du spec­ta­cle (1967); c’est-à-dire au sens de la sépa­ra­tion entre réa­li­té et idéo­lo­gie, entre la vie et sa repré­sen­ta­tion. Dans ce sens la socié­té est deve­nue « une immen­se accu­mu­la­tion de spec­ta­cles », pro­lon­ge­ment de l’« immen­se accu­mu­la­tion de mar­chan­di­ses » énon­cée par Marx dans Le Capi­tal. Au « féti­chis­me de la mar­chan­di­se » (et des finan­ces), puis à celui du Spec­ta­cle, il y aurait lieu aujourd’hui d’ajouter, à la façon d’un Jac­ques Ellul, le féti­chis­me tech­no­lo­gi­que.
  2. Sur cet­te adé­qua­tion idéa­le « paroles/actes », voir ici mon arti­cle de 2014 sur Jau­rès.
  3. « Droit-de-l’hommiste », il est sans dou­te, car cela relè­ve enco­re de la paro­le poli­ti­que, dif­fé­ren­te du sens de l’humain. Je me gar­de d’aborder ici le cha­pi­tre de ses tro­pis­mes lati­nos envers Cha­vez et les Cas­tro – sans par­ler de Pou­ti­ne.
  4. De gau­che, éco­lo­gis­te, il tient actuel­le­ment le rôle-titre dans La résis­ti­ble Ascen­sion d’Arturo Ui, de Brecht – que j’ai vue et appré­ciée il y a peu à Mar­seille ; piè­ce ô com­bien actuel­le sur le fas­cis­me pré­sen­té en l’occurrence com­me « résis­ti­ble »… espé­rons !
  5. Dès 1934, Gio­no avait affir­mé un paci­fis­me inté­gral ancré en pro­fon­deur dans ses sou­ve­nirs d’atrocités de la Gran­de Guer­re. Le titre de son arti­cle paci­fis­te publié dans la revue Euro­pe en novem­bre 1934 « Je ne peux pas oublier » attes­te de cet­te emprein­te indé­lé­bi­le de la guer­re dont il refu­se tou­te légi­ti­ma­tion, même au nom de l’antifascisme. Il affir­me dans « Refus d’obéissance », en 1937, que si un conflit écla­te, il n’obéira pas à l’ordre de mobi­li­sa­tion.
  6. Rap­pel : Jusqu’à l’avènement d’Hitler, l’objectif prin­ci­pal du Par­ti com­mu­nis­te alle­mand demeu­rait la des­truc­tion du Par­ti social-démo­cra­te. Voir à ce sujet Sans patrie ni fron­tiè­res, de Jan Val­tin, impla­ca­ble témoi­gna­ge d’un marin alle­mand sur le sta­li­nis­me en action. Ed. J-C Lat­tès, 1975.



Trente minutes pour « se brosser le cerveau »… et repenser la démocratie

David Van Rey­brou­ck (Bru­ges, 1971) a étu­dié l’archéologie et la phi­lo­so­phie. Ce qui peut être uti­le pour aller au fond des cho­ses et réflé­chir. Et aus­si pour pas­ser à l’acte, ges­te plus rare. Sur­tout lorsqu’il s’agit de repen­ser la démo­cra­tie à l’heure où cel­le-ci se por­te au plus mal, en par­ti­cu­lier là où elle est cen­sée gou­ver­ner – ce ver­be qui a don­né le mot gou­ver­nail… On le déplo­re, hélas, dans les cir­ques élec­to­raux qui achè­vent de dis­cré­di­ter le spec­ta­cle poli­ti­cien, en Euro­pe com­me aux Etats-Unis.

En 2011, David Van Rey­brou­ck lan­ce le G1000, un som­met et une orga­ni­sa­tion de citoyens qui sert main­te­nant de pla­te-for­me d’innovation démo­cra­ti­que en Bel­gi­que. Il y pro­meut la démo­cra­tie déli­bé­ra­ti­ve – ou par­ti­ci­pa­ti­ve. L’idée n’est pas neu­ve – elle remon­te même à la Grè­ce anti­que [voir ici] –, mais se trou­ve ain­si vivi­fiée par une remi­se à jour avec pra­ti­que direc­te à par­tir du tira­ge au sort d’un grou­pe d’information, de réflexion et de déci­sion. Sa réflexion se nour­rit de ces pra­ti­ques et de main­tes obser­va­tions et consi­dé­ra­tions – notam­ment sur la paix inté­rieu­re de cha­cun. En quoi, elle peut pré­ten­dre à une por­tée uni­ver­sel­le.

Ces tren­te minu­tes de vidéo [docu­ment de Télé­ra­ma] valent le coup ; d’autant qu’elles per­met­tent aus­si une bel­le ren­con­tre.

• On peut lire aus­si : Contre les élec­tions de David van Rey­brou­ck, Actes Sud, 220 pp., 9,50 €.




Cuba. Fidel Castro en apothéose funèbre

Mort, Fidel Castro peut désormais accéder à l’apothéose, dernier grade qui manquait à sa gloire. Il était temps car l'icône se craquelle. Les cérémonies d’adieu au « commandante » s’annoncent grandioses – de vraies pompes funèbres. Mais les « grands » de ce monde modèrent leurs élans « obséquieux »… Ils ne feront pas tous le voyage, pressentant que l’Histoire se garde désormais d’absoudre à l’aveuglette. Une page de Cuba s’est déjà tournée pour les centaines de milliers d’exilés. Cette fois, c’est le livre du mythe révolutionnaire qui va se refermer sur un peuple abusé, gavé de palabres. Un peuple qui va enterrer le Père sans l’avoir tué.

Un 1er mai, place de la Revolucion à La Havane [dr]

Un 1er mai, place de la Revolucion à La Havane [dr]

Il y en eut tant d’autres de ces cérémonies à la gloire du « Commandante » rassemblant son million et plus de « communiants » ! Ce jour-là, c’était jour de fête : la Revolucion offrait la journée de congé, les sandwiches et la bière. Il aurait fait beau snober l’événement ! Sans parler de la vigilance des CDR, Comités de défense de la révolution quadrillant le pays jusqu’aux blocs d’immeubles. Un flicage intégré aussitôt la prise de pouvoir. Au départ, tout peut se justifier dans un processus révolutionnaire. D’autant que l’ennemi ne tarde pas à surgir. Et que cet ennemi sera toujours menaçant, utilement menaçant. Castro en fera son dogme : « Dans une forteresse assiégée, toute dissidence est une trahison ». C’est une phrase de Saint Ignace de Loyola – n’oublions pas que Fidel Castro a fréquenté l’école des jésuites à Santiago…

Le castrisme est enfant de l’Oncle Sam. Il lui a ouvert un boulevard idéologique et surtout politique, selon la pratique impérialiste constitutive des Etats-Unis, celle de la force immanente, mue par le dollar, les armes et bénie de la « main de Dieu » – In God we Trust. Il en fut ainsi des Amérindiens, d’abord, puis des innombrables interventions de la CIA et des militaires 1 Avec son embargo qui resta inefficace en fin de compte 2, le régime américain ne laissa plus d’autre choix à Castro que de se tourner vers l’Union soviétique. De même que la faillite de l’URSS en 1990 imposa le mariage avec le Venezuela de Chavez.

Parmi les adorateurs de « Fidel » (et de Chavez), son camarade Jean-Luc Mélenchon qui, lui, entrera bien dans l’Histoire avec deux fameux tweets (cliquer pour les agrandir) :

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La grande force de Castro – au risque même d’un conflit nucléaire ! – a été d’internationaliser sa résistance à l’empire voisin 3. tout en exploitant à fond l’image biblique du David barbudo affrontant l’affreux Goliath, se prêtant objectivement à cette mise en spectacle dans lequel il tenait le sale rôle. D’où le capital de sympathie accumulé par le régime de Cuba et sa « révolution des Tropiques » à base de rhum, cigares, salsa et petites pépées. De quoi séduire plus d’un Hemingway, et des cohortes de touristes bien canalisés, sans oublier les précieux relais idéologiques que constituaient les intellectuels ébahis, à l’esprit critique en berne.

Ils accoururent à toute vitesse, pour se limiter aux Français, les Gérard Philipe, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, les Agnès Varda, Chris Marker, Jean Ferrat, Bernard Kouchner, Claude Julien, les écrivains Michel Leiris, Marguerite Duras, Jorge Semprun ou l'éditeur François Maspero. Même François Mitterrand, et Danielle surtout, présentèrent leur dévotion au « commandante », sans oublier évidemment Régis Debray – qui en revint sur le tard… Même de Gaulle, de Villepin et jusqu’à Dupont-Aignan saluaient Castro le souverainiste !

Je dois dire que je fus – un peu – de ceux-là, ayant commis quelques articles pas très regardant sur les dessous d’un système manipulateur, avec l’excuse non absolutoire de la jeunesse – c’était de surcroît en mai 68 ! Je n’en fus pas pour autant récompensé : ayant émis quelques timides critiques, Cuba me priva de visa professionnel et dut, par la suite, me contenter d’une visite « touristique », libre mais malgré tout un peu risquée. 4 Cependant tout se passa sans encombres. J’en tirai quelques articles, dont celui-ci, encore inédit.

Place d’Armes, dans la vieille Havane, novembre 2008.

Agitant un petit drapeau russe, le guide rassemble son troupeau du jour. Les bouquinistes vendent la révolution et ses produits dérivés plus ou moins jaunis. Le Che, Camilo Cienfuegos, Hemingway et même Sartre, de Beauvoir. Et Fidel, certes. En bonne place sur son présentoir en bois peint, trône le Cien horas con Fidel, récit des cent heures que le lider maximo a passées en compagnie d’Ignacio Ramonet, qui fut patron du Monde diplomatique

Je m’interroge sur la couverture du livre, sur la photo de Castro, casquette et tenue « olive verde » de rigueur, regard noir, étrange, œil déjouant l’autre ; un œil troublant, comme absent. Il se tient la barbe, entre pouce et index qui semblent aussi obliger le sourire. Sourire ou rictus ? Pose ou attitude de doute – il serait temps… L’image date d’avant la maladie déclarée.

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La Havane, place d’Armes. La bouquiniste a juré ses grands dieux qu’elle n’était pour rien dans ce rapprochement pour le moins sacrilège entre Pinocchio et les cent heures d’entretien Castro-Ramonet… [Ph. gp]

Cent heures…, soit, disons, vingt jours à palabrer… Vingt jours, la durée de mon périple à travers l’île, à la rencontre « des gens » ; à les observer et les écouter, à tenter de comprendre dans sa complexité ce pays si attachant et déroutant. Au pluriel et en espagnol, palabras veut dire discours. En cubain, il ne peut s’agir que des grand-messes castristes. Des offices pagano-religieux voués au culte du lider, place de la Révolution, sous l’œil statufié de José Marti, l’Apostol et père de l’Indépendance, désormais secondé par l'effigie grandiose du Che, devant une foule millionnaire (mais si pauvre) soumise au prêche interminable d’un bonimenteur de carrière…

Roi du baratin pompeux autant que redondant et démagogue, Fidel Castro aura passé au total des mois entiers, voire des années à palabrer. Ses discours ont parfois dépassé les sept heures, à l’image de l’enflure du personnage, de son ego sans limites. Assurément, un tel désir d’adoration par la multitude est bien le propre des dictateurs et de leurs structures caractérielles ; ou bien aussi, il est vrai, des prédicateurs et autres évangélistes si en vogue en ces temps de désespérance.

Je suis toujours devant ce bouquin, m’interrogeant sur la motivation d’un Ignacio Ramonet cédant lui aussi, façon « Monde diplomatique », à une forme d’adoration complice, fût-elle mâtinée de quelque audace critique. Car l’autre tient le beau rôle, côté pouvoir, et le dernier mot – au nom du premier, « L’Histoire m’absoudra », que lançait Castro lors de son procès pour l’attaque en juillet 1953 de La Moncada, caserne de Santiago, l’autre grande ville cubaine. Un slogan de tribunal prononcé tout exprès comme une formule de com’, et une manifestation, déjà, du plus monstrueux des orgueils. Car d’entrée de jeu – il s’agit bien de l’acte théâtral fondateur de la saga castriste –, il exigeait l’Absolution. Tout comme Hitler qui, avant lui, avait lancé la même prédication. La comparaison s’arrête là. Là où l’Histoire questionne les fondements des pouvoirs et de leurs plus virulents agents, avant de passer le relais aux scrutateurs de l’inconscient.

Tandis que reculant d’un pas, je découvre, jouxtant le Castro-Ramonet, un autre livre, bien malicieux celui-là, dans le fond comme dans la présence, si incongrue sur le présentoir…  Las Aventuras de Pinocho voisine, là, juste à côté d’un Commandante soudainement gêné par cette marionnette au nez accusateur… La bouquiniste, que j’interpelle en blaguant, elle-même rigolant de bon cœur, jure ses grands dieux qu’elle n’y est pour rien, que c’est là un pur fait du hasard ! Je ne la crois pas.

Le mensonge… Sur un mur, à Guantanamo – la ville, pas la base états-unienne –, je relève ce graffiti décrépi : « Revolucion es no mentir jamas ». Ne mentir jamais… La brave injonction, comme on en trouve tant, aux couleurs désormais souvent délavées. À Baracoa, pointe orientale de l’île, assis à la porte d’un entrepôt vide, un jeune gardien encadré par deux longues citations murales de José Marti. Qu’en pense-t-il ? Il se lève pour les lire comme s’il les découvrait à l’instant : « Son palabras antiguas », des vieux mots, résume-t-il avant de se rasseoir. Comme si la bonne et vieille propagande s’était usée d’elle-même, polie par les ans, fatiguée. Comme si le mensonge d’État n’opérait plus, même pas par opposition.

A l’aéroport régional, dans la petite salle d’attente pour le vol vers La Havane, une télé diffuse son émission d’éducation politique. Il y est justement question, une fois de plus, de la Moncada et du fameux slogan « L’histoire m’absoudra ». Je suis le seul étranger, semble-t-il – et le seul à regarder cet écran dont tout le monde se contrefout.

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Santiago. Même si des améliorations récentes ont été apportées, les Cubains continuent à s’entasser dans des sortes de bétaillères pour se rendre au travail. [Ph. gp]

La propagande élevée comme un art politique suprême. Une pratique redoutable et ancienne. Voici comment j’en fus victime –  en mai 68 !…Jeune Tintin débarqué là-bas pour son premier grand reportage, regroupé à l’arrivée avec cinq ou six autres journalistes européens. Proposition de mise à disposition d’un minicar, d’une interprète – Olga, charmante blonde… – et d’un « accompagnateur » à fine moustache noire, Eduardo, non moins affable. Programme de visite alléchant. Le Che venait de mourir en Bolivie et le régime castriste s’affairait à orchestrer son immortalité. Mai 68 était amorcé, en France et ailleurs dans le monde, la Tchécoslovaquie pas encore remise au pas – une affaire de semaines. La crise des fusées, 1962, déjà lointaine. Cuba cueillait les dividendes d’une sympathie internationale pas seulement de gauche.

Et la petite bordée de journalistes allait se faire avoir dans la grande longueur, Tintin y compris, bien sûr. On nous balada ainsi – c’est bien le mot – dans le décor révolutionnaire en construction, de plantations de tabac en plage du « débarquement » (Playa Giron, « Baie des Cochons », mercenaires, CIA, Kennedy,1961), de la ferme de Fidel et son élevage de crocodiles en match de base-ball, etc. Que la révolution est jolie !

Manquait tout de même le pompon, qui allait nous être proposé, comme supplément au programme, par l’aimable Eduardo et néanmoins commissaire politique – comment aurait-il pu en être autrement ? Le soupçon ne m’en vint toutefois que tardivement, un matin très tôt où ayant rendez-vous avec un opposant (car il y en avait déjà !), je m’aperçus qu’Eduardo me filait de près, m’obligeant à renoncer et à rebrousser chemin…– J’ai une proposition à vous faire, nous dit-il un matin, en substance : aller à l’île des Pins, tout juste rebaptisée « île de la Jeunesse », afin d’y visiter l’ancienne prison de Batista, où Castro lui-même fut enfermé, et aujourd’hui transformée en lycée modèle…

Comment ne pas adhérer à une telle offre ? La chose s’avérait bien un peu compliquée à organiser, mais voilà l’escouade embarquée, puis débarquée dans l’île au trésor castriste. On n’y séjournerait qu’une journée et une nuit, selon un emploi du temps chargé. Chargé et contrarié par quelques aléas malencontreux. Ce qui n’empêcha pas la visite d’une ferme elle aussi modèle, ni de la maison qu’Hemingway avait dû fréquenter jadis. Mais de la fameuse ex-prison, nous ne pûmes rien voir. Ce n’était pas si grave, puisqu’elle s’était inscrite dans nos imaginations. Quelques « détails » suffiraient à nourrir nos papiers. Ce qui fut fait…

Extrait de mon reportage paru en juillet 68 dans plusieurs quotidiens régionaux : « Quelle est l’image la plus hallucinante ? La crèche des bambins de San Andrès parachutée en pleine Sierra de los Organos ? […] Ou encore cette prison de Batista transformée en école technique à l’île de la Jeunesse ? » Bien joué, non ? Car il s’était bel et bien agi d’une manœuvre grossièrement subtile. Si grossière qu’elle ne pouvait que marcher ! Comment eussions-nous pu suspecter un tel stratagème alors que rien n’avait obligé nos « hôtes » à organiser une telle expédition à l’île de la Jeunesse ? Les difficultés pratiques pour nous y amener ajoutait encore à l’évidente bonne foi de ses organisateurs…

imgresOr, ce n’est que huit années plus tard que j’eus la révélation de l’entourloupe : lorsque parut, fin 76 chez Belfond,  7 ans à Cuba – 38 mois dans les prisons de Fidel Castro. Pierre Golendorf [ancien correspondant de L’Humanité à La Havane] y racontait par le détail les conditions de son arrestation et de son incarcération à La Havane, puis… à l’île des Pins. Dans ce qui était bel et bien demeuré une prison-modèle !

J’avais – nous avions tous, ces journalistes « baladés », été enfumés, mouchés, abusés. Mais la leçon, il faut le reconnaître, apparut magistrale. 5. Chapeau l’intox ! On reconnaissait là un vrai savoir-faire sans doute acquis dans quelque école soviétique. Les élèves cubains montraient de réelles dispositions à égaler sinon à dépasser les maîtres formés à la redoutable propagande stalinienne. Dépasser, non : surpasser, puisque le régime a tant bien que mal survécu à l’effondrement de l’URSS et qu’il continue à œuvrer avec constance et efficacité dans son art consommé de la propagande.

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À n’en pas douter, aujourd’hui, dans toute l’île, de La Havane à Santiago, la machine mystificatrice est en chauffe maximale pour monter au zénith de la propagande mondiale le spectacle des obsèques du « lider maximo », dieu du socialisme…

Cette machine-là n’a jamais cessé de tourner, durant plus d’un demi-siècle ! Deux générations y ont été soumises ; à commencer par les Cubains, bien sûr, mais aussi l’opinion mondiale abreuvée au mythe entretenu de l’héroïsme castriste et guevariste. 6

L’historien – et a fortiori le « pauvre » journaliste sont bien démunis face aux tornades mystifiantes dont les récits prennent force mythique de Vérité éternelle et risquent ainsi de les emporter. Ce que décrit bien, entre autres, l’écrivain et philosophe suisse Denis de Rougemont :

« […] les mythes traduisent les règles de conduite d'un groupe social ou religieux. Ils procèdent donc de l'élément sacré autour duquel s'est constitué le groupe […] un mythe n'a pas d'auteur. Son origine doit être obscure. Et son sens même l'est en partie […] Mais le caractère le plus profond du mythe, c'est le pouvoir qu'il prend sur nous, généralement à notre insu […] » 7

Le mythe est insidieux, il nous pénètre aisément par le biais de notre aptitude à la croyance, ce désir de certitude autant que de rassurance. Les révolutions s’y alimentent et l’alimentent par nécessité de durer. C’est ainsi qu’elles commencent « bien » (ça dépend pour qui, toutefois…), avant de s’affronter à la dure réalité, qu’il faudra plier par la violence et le mensonge. Il n’en a jamais été autrement, de la Révolution française à la bolchevique, en passant par le castrisme, le maoïsme et jusqu’aux « printemps arabes ».

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Trinidad. Croisement d’américaines. Entre les deux ailes de la Plymouth, le gamin en tee-shirt « Miami Beach » tire la langue au photographe… et à un demi-siècle de castrisme. [Ph. gp]

Restons-en au castrisme et une illustration de son caractère monstrueux, dont certains se souviennent peut-être car elle fit grand bruit. Il s’agit de l’affaire Ochoa, soldée par des exécutions, en 1989 :

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Arnaldo Ochoa. Complice forcé et victime d'un procès stalinien.

Arnaldo Ochoa, général de tous les combats, héros national – Sierra Maestra, Santa-Clara avec le Che, Baie des Cochons, puis Venezuela, Éthiopie et Angola – condamné à mort et exécuté en 1989 pour « trafic de drogues ». Il avait eu le tort de résister aux Castro et peut-être même de préparer une évolution du régime. Démasqué, Fidel lui avait imposé un marché de dupes : prendre sur lui ce trafic de drogues entre Cuba et les narcos de Colombie que la CIA s’apprêtait à mettre au grand jour, en échange d’une condamnation à la prison avec une libération arrangée ensuite. D’où la confession autocritique de Ochoa, qui fut cependant exécuté, avec d’autres, un mois après sa condamnation à mort. Le régime fit de ce procès littéralement stalinien, tenu par des juges militaires, retransmis en direct à la télévision, une opération de propagande dont il a le secret. On peut en suivre les principales phases sur internet. C’est stupéfiant – sans mauvais jeu de mots.

Les dirigeants cubains ont toujours voulu masquer toute dissidence et même tout désaccord avec la ligne politique. Le régime ne peut admettre que des « déviances » ("folie", "perversions sexuelles")  ou des « fautes morales » personnelles. À Cuba, la presse est unique, sous contrôle étatique total ; de même la magistrature ; et aussi toute l’économie, en grande partie aux mains des militaires… Il n’y a plus que les Cubains abusés, ou résignés à la servitude volontaire, faute d’avoir pu s’exiler – j’en ai rencontré ! Ailleurs, notamment en France, la désillusion a commencé à poindre, y compris à Saint-Germain-des-Près ; il n’y a plus que le restant des communistes encartés et des Mélenchon mystico-castristes pour allumer des cierges en hommage au Héros disparu.

Tandis que, de La Havane à Santiago, « on » s’échine à faire perdurer le mythe de la Revolucion éternelle – ¡ Hasta siempre ! Patria o muerte ! Les derniers acteurs de cette pièce dramatique s’effacent peu à peu ou meurent avec cette hantise : Que l’Histoire ne les acquitte pas.

Notes:

  1. Pour rappel : Iran (1953), Guatemala (54), Cuba, Baie des Cochons (61), Brésil, Sud-Vietnam (64), République dominicaine, Uruguay (65), Chili (73), Argentine (76), Grenade (83), Nicaragua (84), Panama (89).… Sans oublier la Guerre du Golfe, le Koweït, l’Irak, l’Afghanistan…
  2. J’ai déjà souligné à quel point cette mesure servit à masquer l’incurie du gouvernement des Castro, en particulier l’échec de la politique agraire décidée par Fidel lui-même. Voir à ce sujet la clairvoyante analyse de René Dumont dans son ouvrage Cuba est-il socialiste ? (La réponse est dans la question…) Dans la terminologie castriste et sa propagande, l’embargo a toujours été traduit par bloqueo. Or, il ne s’agit nullement d’un blocus au sens maritime et aérien. Les échanges commerciaux avec Cuba ont été compliqués mais non bloqués. Même des compagnies étasuniennes ont commercé avec Cuba, où un cargo américain assurait une navette commerciale par semaine, ainsi que je l’avais relevé sur place.
  3. Résumé par la formule de Guevara :« Allumer deux, trois, plusieurs Viêtnam »
  4. Journaliste sans visa professionnel, touriste incertain débarquant à La Havane parmi les 400 touristes français quotidiens. J’avais été photographié ici-même en 68 pour les besoins d’une carte de presse cubaine – que j’ai gardée…. Il est vrai que c’était avant l’informatique. Mais je venais de lire ou relire toutes ces histoires terribles de répression, ces témoignages des Golendorf, Valladarès, Huber Matos et leurs années de geôles ; parcouru les rapports de Reporters sans frontières, du CPJ (Centre de protection des journalistes) et de l’IFEX (Échange international de la liberté d'expression) sur la répression des journalistes et des militants des droits de l’homme ; pris contact avec des confrères de retour de reportage… Tout ce qu’il fallait pour lester de parano mon équipement de base.
  5. Ce fut aussi ma plus belle leçon de journalisme : pratiquer strictement le scepticisme méthodique. En 1986, Albin Michel publia Mémoires de prison, Témoignage hallucinant sur les prisons de Castro. Il s'agissait du récit de l'écrivain cubain Armando Valladarès, détenu durant 22 ans, torturé, libéré après une vaste campagne internationale.
  6. Il y aurait tant à dire sur l'icône Guevara, nommé en 1959 par Fidel Castro commandant et « procureur suprême » de la prison de la forteresse de la Cabaña. Il est ainsi surnommé le carnicerito (le petit boucher) de la Cabaña. Pendant les 5 mois à ce poste il décide des arrestations et supervise les jugements qui ne durent souvent qu'une journée et signe les exécutions de 156 à 550 personnes selon les sources. 
  7. D. de Rougemont, L'Amour et l'Occident, 10/18, 2001

Cuba. Castro, le tyran illusionniste

2382184templateidscaledpropertyimagedataheight177v3width312cmpartcom-arte-tv-wwwPourtant sacralisé, immortalisé, Fidel Castro a fini par mourir. Quatre-vingt-dix ans. Tout de même, les dictatures conservent… Ses obsèques vont être grandioses, c’est bien le moins pour couronner la fin d’un tel règne. Neuf jours de deuil national ! Quatre jours à balader ses cendres, reliques d’une « révolution » sanctifiée, spectacle politique, iconographique, religieux, médiatique… Je pèse mes mots, qui pointent les angles du grand Spectacle qui, en effet, a produit, entretenu, consacré le castrisme. Comment cela s’est-il opéré ? Comment cela a-t-il tenu, durant plus d’un demi-siècle ? Comment cela perdure-t-il encore, malgré les désormais évidentes désillusions ?

Comment devient-on tyran ?

Chez les anciens Grecs, « tyran » désignait un homme qui avait pris le pouvoir sans autorité constitutionnelle légitime. Le mot était neutre, tout comme la chose, n’impliquant aucun jugement sur les qualités de personne ou de gouvernant. 1 Le parallèle avec Cuba et Castro, si loin dans le temps et les lieux, c’est la constance du processus d’évolution du Pouvoir. Dans la Grèce antique, de tyran en tyran, l’exercice du pouvoir passe peu à peu d’une forme disons libérale à celle d’un pouvoir militaire incontrôlé. Et les tyrans le devinrent dans le sens d’aujourd’hui.

En tant que phénomène idéologique, le castrisme peut s’analyser selon plusieurs angles :

le contexte géopolitique de la guerre froide plaçant Cuba entre le marteau et l’enclume des impérialismes américain et soviétique ;

l’habileté machiavélique de Fidel Castro dans sa conquête et sa soif du pouvoir avec un sens extrême de la communication, mêlant mystique et mystification ;

la complicité objective des « élites » occidentales surtout, mais aussi tiers-mondistes, fascinées par le castrisme comme « troisième voie » politique.

Ces trois piliers principaux ont permis à Castro d’asseoir une dictature « aimable », sympathique, voire humaniste – une « dictature de gauche » a même osé Eduardo Manet, dramaturge français d’origine cubaine ! « Poids des mots, choc des photos », surtout s'il s'agit d'images pieuses, celles du héros moderne, incarnation du mythe biblique de David contre Goliath. Images renforcées par les multiples tentatives d’assassinat (plus ou moins réelles, sinon arrangées pour certaines) menées par la CIA, jusqu’au débarquement raté d’opposants dans la Baie des Cochons. Ce fiasco militaire ajoute à la gloire du « commandante », gonflant la légende commencée dans la Sierra Maestra avec la guérilla des barbudos, sympathiques débraillés fumant le cigare en compagnie de leur chef adulé, fort en gueule et belle-gueule, taillé pour les médias et qui saura en user et abuser – le New York Times et CBS envoient bien vite leurs reporters.

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L'icône au service de la mythologie. Que la révolution était jolie !

Aujourd’hui, en ces temps d'homélies, on entend sur les radios claironner la doxa consistant à blanchir les excès « autoritaires » en les mettant sur le dos des méchants Américains et leur « embargo », cause de tous les maux des malheureux et valeureux Cubains ! Ledit embargo a certes causé de forts obstacles dans les échanges commerciaux, et financiers surtout, avec l’île ; mais il ne les a pas empêchés ! Les États-Unis sont même le premier pays pour les échanges commerciaux (hors produits stratégiques, certes) avec Cuba. Cet embargo – toujours qualifié de blocus par le gouvernement cubain, ce qu’il n’est nullement ! – a surtout servi à renforcer, en la masquant, l’incurie du régime, chargeant ainsi le bouc émissaire idéal. J’ai montré tout cela lors d’un reportage publié en 2008 dans Politis [L’espérance était verte, la vache l’a mangée, décembre 2008 – disponible en fin d'article] qui m’a valu les foudres de Jeanne Habel, politologue spécialiste de Cuba, et d’être traité d’ « agent de la CIA »…

Passons ici sur l’itinéraire du « futur tyran »,  même si les biographies sont toujours des plus éclairantes à cet égard. Rappelons juste que Castro fut soutenu par les Etats-Unis dès son opposition à la dictature de Batista. Après la prise de pouvoir en 1959, son gouvernement est reconnu par les États-Unis. Nommé Premier ministre, Castro est reçu à la Maison Blanche où il rencontre Nixon, vice-président d’Eisenhower. Les choses se gâtent quand Castro envisage de nationaliser industries et banques, ainsi que les secteurs liés au sucre et à la banane. Il se tourne alors vers l’Union soviétique – qui achète au prix fort la quasi-totalité du sucre cubain. C’est la casus belli : les États-Unis n’auront de cesse d’abattre le « régime communiste » instauré à 150 kilomètres de ses côtes.

J’ai aussi fait apparaître dans ce même reportage comment le refrain de « la santé et de l’éducation gratuites », unanimement repris dans les médias, relève avant tout de slogans publicitaires. Sans même parler de la qualité des soins et de l’enseignement, leur « gratuité » se trouve largement payée par la sous-rémunération des salariés cubains : l’équivalent d’une quinzaine d’euros mensuels en moyenne !

Si toutefois ce régime a tenu sur ses trois piliers boiteux, c’est au prix d’une coercition du peuple cubain. À commencer par le « récit national » – l’expression est à la mode – entrepris dès la prise du pouvoir par Castro, propagé et amplifié par l’enseignement (gratuit !) sous forme de propagande, et par les médias tous dépendants du régime. Coercition dans les esprits et aussi coercition physique par la surveillance et le contrôle étroits menés dans chaque quartier, auprès de chaque habitant, par les Comités de défense de la révolution. De sorte que la dissidence apparaisse comme unique forme possible d’opposition – d’où l’emprisonnement politique, l’exil clandestin, la persécution des déviants.

castro-colombe-1Tyran, certes, Castro était aussi et peut-être d'abord un séducteur des masses doublé d’un illusionniste. Ses talents dans ce domaine étaient indéniables et à prendre au pied de la lettre : ainsi quand, lors d’un de ses interminables sermons, quand il fait se poser, comme par miracle, une blanche colombe sur une de ses épaules… La séquence fut filmée, pour entrer dans l’Histoire… mais la supercherie démontée quelques années plus tard.

Le castrisme, ai-je souligné dans mes reportages, est avant tout un régime de façade – tout comme ces façades d’allure pimpante, restaurées pour la cause, entre lesquelles se faufilent les touristes béats au long des circuits des voyagistes. Ces touristes peuvent aussi, bien souvent, être rejoints par nombre de journalistes, écrivains, politiciens et divers intellectuels en mal de fascination exotique.

La mort de Castro n’implique pas forcément celle du castrisme. Mais que survivra-t-il de cette dictature illusionniste après la mort de ses manipulateurs, une fois que l’Histoire, la vraie, aura fait surgir la réalité d’un demi-siècle de falsifications ?

 

>Mon reportage de 2008 dans Politis :gponthieu241208politis ; et la Tribune qui s'ensuivit de Jeanne Habel : 1038_politis-30-31-j-habel ; enfin, ma réponse : politis_1041reponse-gp-260209

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Un régime de façades. [Ph. gp]

Notes:

  1. Les anciens Grecs, Moses I. Finley, Ed. Maspero, 1971.

Trump. « Impensable », puisqu’impensé

Com­ment ne pas en rajou­ter, inuti­le­ment, à ce flot média­ti­que mon­dial déver­sé à pro­pos de Trump et de son élec­tion ? Car le nom­bril du mon­de, on le sait bien, se situe aux États-Unis, capi­ta­le du Capi­tal 1. Qu’un his­trion mil­liar­dai­re en pren­ne les gou­ver­nes, c’est dans « l’ordre des cho­ses ». Dans un cer­tain ordre de cer­tai­nes cho­ses : cel­les de l’argent-roi en par­ti­cu­lier, de la crois­san­ce à tout-va, de l’exploitation sans bor­nes des res­sour­ces natu­rel­les et des humains entre eux. Le cli­mat pla­né­tai­re n’est vrai­ment pas bon.

La nou­veau­té, cet­te fois, c’est que les Cas­san­dre de tous poils en sont res­tés sur le cul. Tous médias confon­dus, ana­lys­tes, pré­vi­sion­nis­tes, son­deurs n’avaient envi­sa­gé « le pire » que sous l’angle qua­si anec­do­ti­que, une vision cau­che­mar­des­que aus­si­tôt refou­lée, com­me pour mieux en conju­rer l’éventualité. C’était impen­sa­ble.

Tel­le­ment impen­sa­ble que cet « ordre des cho­ses » com­man­dait de ne pas y pen­ser. L’impensable résul­tait en effet de l’impensé. Ce fut le pari gagnant de Trump, celui de parier sur le rejet orga­ni­que du « clan Clin­ton », rejet tri­pal – car vécu au plus pro­fond d’êtres frus­trés éco­no­mi­que­ment, socia­le­ment, cultu­rel­le­ment. Trump va sans dou­te les « trum­per », puis­que c’est un ban­dit poli­ti­que qui a su les sédui­re (au sens pre­mier : Détour­ner du vrai, fai­re tom­ber dans l’erreur) en sachant leur par­ler, avec le lan­ga­ge de la vul­ga­ri­té dans lequel ledit peu­ple a la fai­bles­se de se com­plai­re et de se recon­naî­tre.

Et cela, à l’opposé des « éli­tes », les soi-disant sachants, les « qui ne savent rien du tout » de la réa­li­té vécue en dehors des sphè­res de l’entre-soi. On peut met­tre dans ce panier des « ins­truits cons ». 2 Dans cet­te caté­go­rie, on met­tra notam­ment la « clas­se » des jour­na­lis­tes et assi­mi­lés. Je mets le mot entre guille­mets car il n’est pas exact, pas jus­te, en ce sens qu’il dési­gne­rait un ensem­ble homo­gè­ne ; ce n’est pas le cas, car il faut consi­dé­rer les excep­tions, même si elles sont plu­tôt rares, sur­tout aux Etats-Unis. Par­mi elles, Michael Moo­re. Il a été l’un des rares à pres­sen­tir la vic­toi­re de Trump, dès le mois de juillet dans un arti­cle sur son site inti­tu­lé « Cinq rai­sons pour les­quel­les Trump va gagner » 3.

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Le réa­li­sa­teur 4 pré­voyait notam­ment une sor­te de « Brexit de la Cein­tu­re de rouille », en réfé­ren­ce aux États de la région à l’industrie sinis­trée des Grands Lacs tra­di­tion­nel­le­ment démo­cra­tes et qui pour­tant ont élu des gou­ver­neurs répu­bli­cains depuis 2010. Selon Moo­re, cet arc est « l’équivalent du cen­tre de l’Angleterre. Ce pay­sa­ge dépri­mant d’usines en décré­pi­tu­de et de vil­les en sur­sis est peu­plé de tra­vailleurs et de chô­meurs qui fai­saient autre­fois par­tie de la clas­se moyen­ne. Aigris et en colè­re, ces gens se sont fait duper par la théo­rie des effets de retom­bées de l’ère Rea­gan. Ils ont ensui­te été aban­don­nés par les poli­ti­ciens démo­cra­tes qui, mal­gré leurs beaux dis­cours, fri­co­tent avec des lob­byis­tes de Gold­man Sachs prêts à leur signer un beau gros chè­que ».

Cet­te « pro­phé­tie » s’est réa­li­sée mar­di… D’ailleurs ce n’est pas une pro­phé­tie mais la déduc­tion d’une ana­ly­se de ter­rain pro­pre à la démar­che de Moo­re. 5

Recon­nais­sons aus­si à un jour­na­lis­te fran­çais, Ignia­cio Ramo­net (ex-direc­teur du Mon­de diplo­ma­ti­que), d’avoir lui aus­si pen­sé l’« impen­sa­ble ». Le 21 sep­tem­bre, il publiait sur le site Mémoi­re des lut­tes, un arti­cle sous le titre « Les 7 pro­po­si­tions de Donald Trump que les grands médias nous cachent » 6. Extraits :

« Depuis la cri­se dévas­ta­tri­ce de 2008 (dont nous ne som­mes pas enco­re sor­tis), plus rien n’est com­me avant nul­le part. Les citoyens sont pro­fon­dé­ment déçus, désen­chan­tés et déso­rien­tés. La démo­cra­tie elle-même, com­me modè­le, a per­du une gran­de part de son attrait et de sa cré­di­bi­li­té.

[…]

« Cet­te méta­mor­pho­se atteint aujourd’hui les Etats-Unis, un pays qui a déjà connu, en 2010, une vague popu­lis­te rava­geu­se, incar­née à l’époque par le Tea Par­ty. L’irruption du mil­liar­dai­re Donald Trump dans la cour­se à la Mai­son Blan­che pro­lon­ge cet­te vague et consti­tue une révo­lu­tion élec­to­ra­le que nul n’avait su pré­voir. Même si, appa­rem­ment, la vieille bicé­pha­lie entre démo­cra­tes et répu­bli­cains demeu­re, en réa­li­té la mon­tée d’un can­di­dat aus­si aty­pi­que que Trump consti­tue un véri­ta­ble trem­ble­ment de ter­re. Son sty­le direct, popu­la­cier, et son mes­sa­ge mani­chéen et réduc­tion­nis­te, qui sol­li­ci­te les plus bas ins­tincts de cer­tai­nes caté­go­ries socia­les, est fort éloi­gné du ton habi­tuel des poli­ti­ciens amé­ri­cains. Aux yeux des cou­ches les plus déçues de la socié­té, son dis­cours auto­ri­ta­ro-iden­ti­tai­re pos­sè­de un carac­tè­re d’authenticité qua­si inau­gu­ral. Nom­bre d’électeurs sont, en effet, fort irri­tés par le « poli­ti­que­ment cor­rect » ; ils esti­ment qu’on ne peut plus dire ce qu’on pen­se sous pei­ne d’être accu­sé de « racis­te ». Ils trou­vent que Trump dit tout haut ce qu’ils pen­sent tout bas. Et per­çoi­vent que la « paro­le libé­rée » de Trump sur les His­pa­ni­ques, les Afro-Amé­ri­cains, les immi­grés et les musul­mans com­me un véri­ta­ble sou­la­ge­ment.

[…]

« A cet égard, le can­di­dat répu­bli­cain a su inter­pré­ter, mieux que qui­con­que, ce qu’on pour­rait appe­ler la « rébel­lion de la base ». Avant tout le mon­de, il a per­çu la puis­san­te frac­tu­re qui sépa­re désor­mais, d’un côté les éli­tes poli­ti­ques, éco­no­mi­ques, intel­lec­tuel­les et média­ti­ques ; et de l’autre côté, la base popu­lai­re de l’électorat conser­va­teur amé­ri­cain. Son dis­cours anti-Washing­ton, anti-Wall Street, anti-immi­grés et anti-médias séduit notam­ment les élec­teurs blancs peu édu­qués mais aus­si – et c’est très impor­tant –, tous les lais­sés-pour-comp­te de la glo­ba­li­sa­tion éco­no­mi­que. »

Ramo­net détaille ensui­te les « sept mesu­res » en ques­tion, que je vous invi­te à connaî­tre pour mieux com­pren­dre en quoi les outran­ces de Trump – mise en avant, en effet, par le média­tis­me mou­ton­nier et spec­ta­cu­lai­re – n’ont pu gom­mer le réa­lis­me de ses pro­po­si­tions auprès des plus concer­nés, les lais­sés pour comp­te du libé­ra­lis­me sau­va­ge et rava­geur.

Mer­cre­di soir au JT de 20 heu­res sur Fran­ce 2, Mari­ne Le Pen n’a pas man­qué de tirer son épin­gle de ce jeu brouillé, devant un jour­na­lis­te en effet bien for­ma­té selon la pen­sée domi­nan­te, à l’image du « tout Clin­ton » por­tée par la fan­fa­re média­ti­que.

Pour la pré­si­den­te du Front natio­nal,  « la démo­cra­tie, c’est pré­ci­sé­ment de res­pec­ter la volon­té du peu­ple. Et si les peu­ples réser­vent autant de sur­pri­ses, der­niè­re­ment, aux éli­tes, c’est par­ce que les éli­tes sont com­plè­te­ment décon­nec­tées. C’est par­ce qu’elles refu­sent de voir et d’entendre ce que les peu­ples expri­ment. [… ces peu­ples] « on les nie, on les mépri­se, on les moque bien sou­vent. Et ils ne veu­lent pas qu’une peti­te mino­ri­té puis­se déci­der pour eux ». Tout cela envoyé en tou­te séré­ni­té, sur la peti­te musi­que des « éli­tes et du peu­ple » façon FN, une musi­quet­te qui en dit beau­coup sur les enjeux de l’élection de l’an pro­chain.

Notes:

  1. Les bour­ses du mon­de se sont « res­sai­sies » en quel­ques heu­res…
  2. C’était l’expression de mon père pour dési­gner les poli­ti­ciens et les tech­no­cra­tes ; je la trou­ve jus­te, et je suis fier de citer ma sour­ce…
  3. http://michaelmoore.com/trumpwillwin/
  4. On lui doit notam­ment Roger et moi (sur la cri­se dans l’automobile) ou enco­re Bow­ling for Colum­bi­ne (le culte des armes à feu)
  5. Les médias de mas­se états-uniens, com­me les autres ailleurs, reflè­tent cet­te sépa­ra­tion élite/peuple ; autre­ment dit entre ceux qui par­lent « du peu­ple » (les ana­lys­tes dis­tin­gués se pla­çant en posi­tion hau­te…), et ceux qui par­lent « au peu­ple » (le plus sou­vent, hélas, les chaî­nes « popu­lai­res » – cel­les des télés-réa­li­té chè­res à Trump – et les « tabloïds », chan­tres du diver­tis­se­ment vul­gai­re). On retrou­ve là aus­si le cli­va­ge entre jour­na­lis­me de ter­rain et jour­na­lis­me assis. Ce qui me rap­pel­le une sen­ten­ce émi­se par un confrè­re afri­cain : « Il vaut mieux avoir de la pous­siè­re sous les semel­les que sous les fes­ses » ! À ce pro­pos, on aura noté que nos médias hexa­go­naux ont dépla­cé des cohor­tes de jour­na­lis­tes-pro­phè­tes pour « cou­vrir » l’élection états-unien­ne. Et, où se sont-ils amas­sés, ces chers jour­na­lis­tes : dans le nom­bril du nom­bril du mon­de, à Man­hat­tan, par­di ! En avez-vous lu, vu et enten­du depuis le Bronx, ou bien à Detroit (Michi­gan), à Baton Rou­ge (Loui­sia­ne), à Ama­rillo (Texas) ?… par exem­ple.
  6. http://www.medelu.org/Les-7-propositions-de-Donald-Trump


Ciao Siné ! Il n’a pas voulu finir aux Invalides, ni au Panthéon…

siné1Siné, exit. Déjà, faut être con pour mou­rir, lui qui aurait pré­fé­ré cre­ver. Faut être enco­re plus con, dans son cas, pour caner le matin de l’Ascension. À moins qu’il ait opté in fine pour la ligne direc­te. Enfin, c’est son affai­re. On ne sait quand auront lieu ses obsè­ques natio­na­les. Plu­tôt que les Inva­li­des ou le Pan­théon, il s’était réser­vé un coin à Mont­mar­tre – à quel cime­tiè­re (celui du haut ou l’autre sous le pont Cau­lain­court) ? Il y aura une fan­fa­re au moins, com­me à la Nou­vel­le-Orléans ? Une fan­fa­re de jazz, espé­rons, lui qui en était. Oui, l’anar aimait Nina Simo­ne, Ray Char­les, Diz­zy Gil­les­pie, Count Basie, Billie Holi­day… le free aus­si, Col­tra­ne, Pha­roah San­ders, Archie Shepp… Il était aus­si du bas­trin­gue gau­chis­te ; s’était fait embo­bi­ner par Cas­tro, mais avait vite com­pris et en était reve­nu ; avait fré­quen­té Mal­com X dont il disait qu’il n’était ni croyant ni musul­man 1 ; son grand pote Cavan­na, il le trou­vait trop non-vio­lent ; sauf pour ce qui était de bouf­fer du curé, tous cultes confon­dus – c’était son sport favo­ri, à éga­li­té avec l’anti-militarisme ; de quoi orien­ter tou­te une vie de des­si­neu-gran­de-gueu­le au coup de crayon assas­sin ; de quoi en lan­cer des ana­thè­mes défi­ni­tifs, et des « font chier », et des doigts d’honneur grand com­me des cac­tus géants, de celui en bron­ze qui va désor­mais mon­ter la gar­de sur ses cen­dres. Ciao Siné !

Notes:

  1. Dans un inté­res­sant entre­tien avec Julien Le Gros dans « The Dis­si­dent » (http://the-dissident.eu/8126/sine-jattends-toujours-la-revolution/), il pré­ci­sait que Mal­com X a été tué alors qu’il s’apprêtait à fai­re son coming out sur ce point…

« En ces temps troublés ». Quand le maire d’Argenteuil se fait programmateur-censeur de cinéma

Comme ça, à lui tout seul, d’un trait de plume municipal, Georges Mothron, maire Les Républicains d’Argenteuil, décide si ses concitoyens peuvent ou non aller voir un film au cinéma – et même deux.

Voici l’affaire, résumée par Le Figaro [30/04/2016] :

« Le cinéma Le Figuier blanc a dû annuler il y a quelques jours la projection de deux films en raison d'une demande expresse du maire de la ville du Val-d'Oise, qui craignait que leurs sujets «mettent le feu aux poudres» dans la commune.

 G. Mothron dans ses œuvres

Maire-argenteuil Georges Mothron• Pour «changer l'image de la ville» […] le boulevard Lénine et l'avenue Marcel Cachin sont rebaptisés respectivement boulevard du général Leclerc et avenue Maurice Utrillo.
• Le 6 août 2007, un arrêté municipal interdisant la mendicité dans le centre-ville d'Argenteuil est associé à la consigne aux agents de la voirie de diffuser du malodore, un répulsif nauséabond, dans les lieux fréquentés par les sans-abris. La campagne de presse nationale qui s'ensuit et des controverses sur la rénovation urbaine en cours lui coûtent la mairie qui revient au socialiste Philippe Doucet aux élections 2008. Lors des élections municipales de 2014, il reprend la mairie d'Argenteuil face au maire sortant. [Wikipédia]

« […] La salle, associée à un centre culturel, a eu la curieuse surprise de recevoir la semaine dernière un courrier […] dans lequel l'élu demandait la déprogrammation de deux films : La Sociologue et l'ourson, d'Étienne Chaillou et Mathias Thery, et 3000 nuits, de Mari Masri.

« Le premier, sorti le 6 avril, est un documentaire qui revient sur les débats autour du mariage homosexuel en suivant la sociologue Irène Théry et en mettant en scène, sur un mode pédagogique et ludique, des peluches et des jouets pour évoquer certaines questions et reconstituer des moments familiaux. Le second, diffusé depuis l'an dernier dans plusieurs festivals, raconte l'histoire de Layal, une jeune Palestienne incarcérée dans une prison israélienne, où elle donne naissance à un garçon.

« Des thèmes qui pour le maire de la commune sont sujets à la polémique, d'où leur interdiction. Dans les colonnes du Parisien, il explique que sa décision est «motivée par le fait qu'en ces temps troublés, des sujets tels que ceux-là peuvent rapidement mettre le feu aux poudres dans une ville comme Argenteuil». « Dans un souci d'apaisement [...]la ville a préféré jouer la sécurité en ne diffusant pas ces films, évitant ainsi des réactions éventuellement véhémentes de certains», ajoute-t-il. Mais l'exigence de l'édile a surtout provoqué une volée de bois vers à l'encontre de la mairie d'Argenteuil. »

L'association Argenteuil Solidarité Palestine (ASP), qui programmait 3000 nuits a dénoncé « la censure du maire qui, en octobre dernier, avait déjà interdit une exposition sur l'immigration.»

L'Association pour la défense du cinéma indépendant (ADCI) d'Argenteuil, dénonce « un refus idéologique de réflexion sur des questions qui se posent dans le contexte actuel ».

De son côté, la Scam, Société civile des auteurs multimédia, publie un communiqué sur cet acte de censure. Extraits :

« Les 102.000 habitants d’Argenteuil seraient-ils plus décérébrés, osons le dire, plus cons que la moyenne ?
« Certainement pas, mais c’est ainsi que le maire, Georges Mothron, considère les habitants en les jugeant incapables de regarder sereinement un documentaire de société où les personnages principaux sont des peluches. Un documentaire qui fait réfléchir sur pourquoi la société française s’est déchirée sur le mariage pour tous.
« Si le film sort en DVD, Georges Mothron le fera-t-il saisir dans les rayonnages ? Quand le film sera diffusé à la télévision, Georges Mothron fera-t-il couper les antennes du diffuseur sur sa ville ?
« En ces temps troublés », Georges Mothron a peur que le film « mette le feu aux poudres ». […]
« En ces temps troublés », nous avons bien besoin de films qui nous ouvrent au monde, qui apportent de la pensée dans les réflexes pavloviens de repli sur soi de telle ou telle communauté.
« La Scam soutient la manifestation organisée le 7 mai à 15 heures devant la mairie d’Argenteuil pour exiger la reprogrammation des films et rappeler au maire, Georges Mothron, que le suffrage universel ne lui confie pas pour autant un droit à décider ce que ses concitoyens peuvent choisir d’aller voir au cinéma. »

Pour ma part, me référant à la loi sur le non-cumul des mandats, je rappelle à ce maire qu’il ne peut ni ne doit cumuler sa fonction de magistrat municipal avec celles de programmateur-censeur de cinéma et de directeur des consciences. Non mais.


Tchernobyl. L’inavouable bilan humain et économique

 Chronique de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl - 5 

logo55Le bilan humain et économique de la catastrophe de Tchernobyl est quasi impossible à réaliser. L’accident résulte en grande partie de la faillite d’un régime basé sur le secret ; un système à l’agonie qui s’est prolongé cinq ans après l’accident, puis qui a traversé une période des plus troublées, pour aboutir finalement à des système de gouvernement plus ou moins para-maffieux – qu’il s’agisse de l’Ukraine, de la Biélorussie ou de la Russie. Dans de tels systèmes corrompus, les lobbies nucléaires ont eu beau jeu de maintenir leur emprise sur ce secteur militaro-industriel – comme au « bon vieux temps » de l’URSS.

Victoire ! Une banderole apposée sur le réacteur éventré proclame que "le peuple soviétique est plus fort que l'atome" tandis qu'un drapeau rouge est fixé au sommet de la tour d'aération de la centrale à l'issue des travaux de déblaiement. [Tass]

Victoire ! Une banderole apposée sur le réacteur éventré proclame que "le peuple soviétique est plus fort que l'atome" tandis qu'un drapeau rouge est fixé au sommet de la tour d'aération de la centrale à l'issue des travaux de déblaiement. [Tass]

Les victimes n’ont pas été comptabilisées, elles ne figurent sur aucun registre officiel. Établir un bilan non truqué des victimes directes et indirectes, des malades et de leur degré d’affection demeure donc impossible. De même pour ce qui est du coût social lié à l’abandon de domiciles et de territoires, aux familles physiquement, psychologiquement, émotionnellement anéanties. À jamais. Car rien de tels drames n’est réparable. Seules des estimations peuvent être tentées, plus ou moins fondées, plus ou moins catastrophistes ou, au contraire, sciemment minimisées.

Concernant le nombre de morts, les chiffres de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) sont plus que douteux ; cet organisme, rattaché à l’ONU, est en effet lié au lobby nucléaire international qu’il finance notoirement. 1 Il faut aussi savoir que l’OMS (Organisation mondiale de la santé) lui est inféodée, ce qui rend également suspectes toutes ses études sur le domaine nucléaire.…

À défaut d’autres études crédibles, considérons celles de l’AIEA pour ce qu’elles sont : des indications à prendre avec la plus grande prudence. Ainsi, de 2003 à 2005, l'AIEA a réalisé une étude d’où il ressort que sur le millier de travailleurs fortement contaminés lors de leurs interventions durant la catastrophe, « seulement » une trentaine sont morts directement. Quant aux liquidateurs, l'AIEA prétend qu’ils ont été exposés à des doses relativement faibles, "pas beaucoup plus élevées que le niveau naturel de radiation."…

S'agissant des 5 millions d'habitants qui ont été exposés à de « faibles doses », l’étude reconnaît un nombre très élevé des cancers de la tyroïde chez les enfants – 4.000 directement imputables à la catastrophe. L’Agence admet toutefois que la mortalité liée aux cancers pourrait s'accroître de quelques pour-cents et entraîner "plusieurs milliers" de décès parmi les liquidateurs, les habitants de la zone évacuée et les résidents de la zone la plus touchée,

Tchernobyl-radioactivite

Sans légende… [dr]

Ce bilan officiel est fortement contesté par certains chercheurs. En 2010, l'Académie des sciences de New York a publié un dossier à partir de travaux menés par des chercheurs de la région de Tchernobyl. Ils contestent fortement l'étude de l'AIEA, aussi bien s'agissant du nombre de personnes affectées que de l'importance des retombées radioactives. Ainsi, il y aurait eu en réalité 830.000 liquidateurs et 125.000 d'entre eux seraient morts. Quant aux décès dus à la dispersion des éléments radioactifs, il pourrait s'élever au niveau mondial à près d'un million au cours des 20 ans ayant suivi la catastrophe. Cette estimation semble cependant invraisemblable – on l'espère.

Greenpeace a aussi publié un rapport réalisé par 60 scientifiques de Biélorussie, d'Ukraine et de Russie. Le document précise que "les données les plus récentes indiquent que [dans ces trois pays] l'accident a causé une surmortalité estimée à 200 000 décès entre 1990 et 2004."

On le voit, les écarts évaluatifs sont à l’image des enjeux qui s’affrontent autour de ce type de catastrophes. Des divergences semblables apparaissent également au Japon entre opposants (la majorité de la population) et partisans du nucléaire (gouvernants et industriels).

Quant au coût économique, il est plus objectivable que le coût humain à proprement parler ; même si l’un et l’autre ne devraient pas être dissociés.

Le n° de mars comprend un intéressant dossier sur le nucléaire.

Le n° de mars comprend un intéressant dossier sur le nucléaire.

Plusieurs estimations ont été réalisées, aboutissant à des montants situés entre 700 et 1 000 milliards de dollars US – entre 600 et 900 millions d’euros. 2

Un des derniers rapports émane de Green Cross International. 3 Il prend en compte :
– les coûts directs : dégâts causés à la centrale elle-même et dans ses environs, perte de marchandises et effets immédiats sur la santé ;
– les coûts indirects : retrait de la population de la zone contaminée et conséquences sociétales liées à la vie des personnes exposées aux radiations ainsi que leurs enfants.

La Biélorussie estime à 235 milliards d’USD les coûts engendrés par les dommages subis pour les années 1986 à 2015 et à 240 milliards d’USD pour l’Ukraine. Ces montants n’incluent pas les coûts liés à la sécurité, l’assainissement et la maintenance de la centrale désormais arrêtée ainsi que les coûts actuels pour la mise en place du nouveau sarcophage ; ceux-ci sont pris en charge par les gouvernements des nations concernées, soutenus par l’Union Européenne, les États-Unis et d’autres pays. Pour les habitants ayant dû quitter leur maison, des fonds (dont le montant n’est pas connu) ont été débloqués, des programmes sociaux et des aides médicales mis en place. Mais chacun a sans doute essuyé bien plus de pertes dues à l’effondrement de l’économie et subi des séquelles sanitaires et psychologiques impossibles à chiffrer.

Le nucléaire pour la bombe
Ne pas perdre de vue que le nucléaire dit « civil » est d’origine militaire et le reste d’ailleurs, tant qu’il servira à fournir le plutonium destiné à fabriquer les bombes atomiques. Rappelons aussi que le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) 4 fut créé par De Gaulle à la Libération, avec mission de poursuivre des recherches scientifiques et techniques en vue de l’utilisation de l’énergie nucléaire dans les domaines de la science (notamment les applications médicales), de l’industrie (électricité) et de la défense nationale.

De son côté Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant de l'Union soviétique, et aujourd’hui président de la Croix verte internationale (Green Cross) a connu son « chemin de Damas » en 1986 : « C'est la catastrophe de Tchernobyl qui m'a vraiment ouvert les yeux : elle a montré quelles pouvaient être les terribles conséquences du nucléaire, même en dehors d'un usage militaire. Cela permettait d'imaginer plus clairement ce qui pourrait se passer après l'explosion d'une bombe nucléaire. Selon les experts scientifiques, un missile nucléaire tel que le SS-18 représente l'équivalent d'une centaine de Tchernobyl. » (Tchernobyl, le début de la fin de l'Union soviétique, tribune dans Le Figaro, 26/04/2006)

Par comparaison, l’accident de Fukushima, comprenant la décontamination et le dédommagement des victimes, pourrait n'atteindre "que" 100 milliards d'euros. Ce montant émane de l’exploitant Tepco et date de 2013 ; il relève de l'hypothèse basse et ne comprend pas les charges liées au démantèlement des quatre réacteurs ravagés. Ces opérations dureront autour de quarante ans et nécessiteront le développement de nouvelles techniques ainsi que la formation de milliers de techniciens.

Et en France ? L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a présenté en 2013 à Cadarache (Bouches-du-Rhône), une "étude choc" sur l'impact économique d'un accident nucléaire en France.

Un " accident majeur ", du type de ceux de Tchernobyl ou de Fukushima, sur un réacteur standard de 900 mégawatts coûterait au pays la somme astronomique de 430 milliards d'euros. Plus de 20 % de son produit intérieur brut (PIB).

La perte du réacteur lui-même ne représente que 2 % de la facture. Près de 40 % sont imputables aux conséquences radiologiques : territoires contaminés sur 1 500 km2, évacuation de 100 000 personnes. Aux conséquences sanitaires s'ajoutent les pertes sèches pour l'agriculture. Dans une même proportion interviennent les " coûts d'image " : chute du tourisme mondial dont la France est la première destination, boycottage des produits alimentaires.

Le choc dans l'opinion serait tel que l'hypothèse " la plus probable " est une réduction de dix ans de la durée d'exploitation de toutes les centrales, ce qui obligerait à recourir, à marche forcée, à d'autres énergies : le gaz d'abord, puis les renouvelables. Au-delà des frontières, " l'Europe occidentale serait affectée par une catastrophe d'une telle ampleur ".

Les dommages sont d'un tout autre ordre de grandeur que ceux du naufrage de l'Erika en 1999, ou de l'explosion de l'usine AZF de Toulouse en 2001, évalués « seulement » à 2 milliards d'euros. 5

Ces chiffres pourraient doubler en fonction des conditions météorologiques, des vents poussant plus ou moins loin les panaches radioactifs, ou de la densité de population. Un accident grave à la centrale de Dampierre (Loiret) ne forcerait à évacuer que 34 000 personnes, alors qu'à celle du Bugey (Ain), il ferait 163 000 "réfugiés radiologiques ".

Record mondial d'installations nucléaires par habitant.

Record mondial d'installations nucléaires par habitant.

Encore dix ans de plus ? Doc. Sortir du nucléaire.

Encore dix ans de plus ? Doc. Sortir du nucléaire.

Pour tempérer ce tableau apocalyptique, l'IRSN sort la rengaine connue du « risque zéro [qui] n'existe pas » et met en avant « les probabilités très faibles de tels événements. 1 sur 10 000 par an pour un accident grave, 1 sur 100 000 par an pour un accident majeur. "

Pour avoir participé, dans les années 1960, au sein du Commissariat à l'énergie atomique, à l'élaboration des premières centrales françaises, Bernard Laponche ne partage pas du tout cet « optimisme ». Pour ce physicien, le nucléaire ne représente pas seulement une menace terrifiante, pour nous et pour les générations qui suivront ; il condamne notre pays à rater le train de l'indispensable révolution énergétique.

« Il est urgent, clame Bernard Laponche, de choisir une civilisation énergétique qui ne menace pas la vie » 6. Selon lui – entre autres spécialistes revenus de leurs illusions – les accidents qui se sont réellement produits (cinq réacteurs déjà détruits : un à Three Miles Island, un à Tchernobyl, et trois à Fukushima) sur quatre cent cinquante réacteurs dans le monde, obligent à revoir cette probabilité théorique des experts. « La réalité de ce qui a été constaté, estime-t-il, est trois cents fois supérieure à ces savants calculs. Il y a donc une forte probabilité d'un accident nucléaire majeur en Europe."

[Fin de l'interminable feuilleton…] 7

 

Notes:

  1. En particulier au Japon depuis la catastrophe de 2011. À noter que le Saint-Siège (Vatican) est membre de l’AIEA ! (Liaison directe Enfer-Paradis ?…)
  2. Le directeur de Greenpeace France, Pascal Husting, chiffre le coût total de la catastrophe à 1 000 milliards de dollars US.
  3. Croix verte internationale, est une organisation non gouvernementale internationale à but environnemental, fondée en 1993 à Kyōto. Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant de l'URSS, en est le fondateur et l'actuel président.
  4. … « et aux énergies alternatives », ainsi que Sarkozy en eut décidé, en 2009.
  5. Au delà des coûts, un accident nucléaire ne saurait être comparé à un accident industriel dont les effets, même ravageurs, cessent avec leur réparation.
  6. Entretien, Télérama, 18/06/2011.
  7. Une bibliographie se trouve avec le premier article de la série.

  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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