On n'est pas des moutons

Mot-clé: démocratie

Ciao Siné ! Il n’a pas voulu finir aux Invalides, ni au Panthéon…

siné1Siné, exit. Déjà, faut être con pour mou­rir, lui qui aurait pré­fé­ré cre­ver. Faut être enco­re plus con, dans son cas, pour caner le matin de l’Ascension. À moins qu’il ait opté in fine pour la ligne direc­te. Enfin, c’est son affai­re. On ne sait quand auront lieu ses obsè­ques natio­na­les. Plu­tôt que les Inva­li­des ou le Pan­théon, il s’était réser­vé un coin à Mont­mar­tre – à quel cime­tiè­re (celui du haut ou l’autre sous le pont Cau­lain­court) ? Il y aura une fan­fa­re au moins, com­me à la Nou­vel­le-Orléans ? Une fan­fa­re de jazz, espé­rons, lui qui en était. Oui, l’anar aimait Nina Simo­ne, Ray Char­les, Diz­zy Gil­les­pie, Count Basie, Billie Holi­day… le free aus­si, Col­tra­ne, Pha­roah San­ders, Archie Shepp… Il était aus­si du bas­trin­gue gau­chis­te ; s’était fait embo­bi­ner par Cas­tro, mais avait vite com­pris et en était reve­nu ; avait fré­quen­té Mal­com X dont il disait qu’il n’était ni croyant ni musul­man 1 ; son grand pote Cavan­na, il le trou­vait trop non-vio­lent ; sauf pour ce qui était de bouf­fer du curé, tous cultes confon­dus – c’était son sport favo­ri, à éga­li­té avec l’anti-militarisme ; de quoi orien­ter tou­te une vie de des­si­neu-gran­de-gueu­le au coup de crayon assas­sin ; de quoi en lan­cer des ana­thè­mes défi­ni­tifs, et des « font chier », et des doigts d’honneur grand com­me des cac­tus géants, de celui en bron­ze qui va désor­mais mon­ter la gar­de sur ses cen­dres. Ciao Siné !

Notes:

  1. Dans un inté­res­sant entre­tien avec Julien Le Gros dans « The Dis­si­dent » (http://the-dissident.eu/8126/sine-jattends-toujours-la-revolution/), il pré­ci­sait que Mal­com X a été tué alors qu’il s’apprêtait à fai­re son coming out sur ce point…

« En ces temps troublés ». Quand le maire d’Argenteuil se fait programmateur-censeur de cinéma

Comme ça, à lui tout seul, d’un trait de plume municipal, Georges Mothron, maire Les Républicains d’Argenteuil, décide si ses concitoyens peuvent ou non aller voir un film au cinéma – et même deux.

Voici l’affaire, résumée par Le Figaro [30/04/2016] :

« Le cinéma Le Figuier blanc a dû annuler il y a quelques jours la projection de deux films en raison d'une demande expresse du maire de la ville du Val-d'Oise, qui craignait que leurs sujets «mettent le feu aux poudres» dans la commune.

 G. Mothron dans ses œuvres

Maire-argenteuil Georges Mothron• Pour «changer l'image de la ville» […] le boulevard Lénine et l'avenue Marcel Cachin sont rebaptisés respectivement boulevard du général Leclerc et avenue Maurice Utrillo.
• Le 6 août 2007, un arrêté municipal interdisant la mendicité dans le centre-ville d'Argenteuil est associé à la consigne aux agents de la voirie de diffuser du malodore, un répulsif nauséabond, dans les lieux fréquentés par les sans-abris. La campagne de presse nationale qui s'ensuit et des controverses sur la rénovation urbaine en cours lui coûtent la mairie qui revient au socialiste Philippe Doucet aux élections 2008. Lors des élections municipales de 2014, il reprend la mairie d'Argenteuil face au maire sortant. [Wikipédia]

« […] La salle, associée à un centre culturel, a eu la curieuse surprise de recevoir la semaine dernière un courrier […] dans lequel l'élu demandait la déprogrammation de deux films : La Sociologue et l'ourson, d'Étienne Chaillou et Mathias Thery, et 3000 nuits, de Mari Masri.

« Le premier, sorti le 6 avril, est un documentaire qui revient sur les débats autour du mariage homosexuel en suivant la sociologue Irène Théry et en mettant en scène, sur un mode pédagogique et ludique, des peluches et des jouets pour évoquer certaines questions et reconstituer des moments familiaux. Le second, diffusé depuis l'an dernier dans plusieurs festivals, raconte l'histoire de Layal, une jeune Palestienne incarcérée dans une prison israélienne, où elle donne naissance à un garçon.

« Des thèmes qui pour le maire de la commune sont sujets à la polémique, d'où leur interdiction. Dans les colonnes du Parisien, il explique que sa décision est «motivée par le fait qu'en ces temps troublés, des sujets tels que ceux-là peuvent rapidement mettre le feu aux poudres dans une ville comme Argenteuil». « Dans un souci d'apaisement [...]la ville a préféré jouer la sécurité en ne diffusant pas ces films, évitant ainsi des réactions éventuellement véhémentes de certains», ajoute-t-il. Mais l'exigence de l'édile a surtout provoqué une volée de bois vers à l'encontre de la mairie d'Argenteuil. »

L'association Argenteuil Solidarité Palestine (ASP), qui programmait 3000 nuits a dénoncé « la censure du maire qui, en octobre dernier, avait déjà interdit une exposition sur l'immigration.»

L'Association pour la défense du cinéma indépendant (ADCI) d'Argenteuil, dénonce « un refus idéologique de réflexion sur des questions qui se posent dans le contexte actuel ».

De son côté, la Scam, Société civile des auteurs multimédia, publie un communiqué sur cet acte de censure. Extraits :

« Les 102.000 habitants d’Argenteuil seraient-ils plus décérébrés, osons le dire, plus cons que la moyenne ?
« Certainement pas, mais c’est ainsi que le maire, Georges Mothron, considère les habitants en les jugeant incapables de regarder sereinement un documentaire de société où les personnages principaux sont des peluches. Un documentaire qui fait réfléchir sur pourquoi la société française s’est déchirée sur le mariage pour tous.
« Si le film sort en DVD, Georges Mothron le fera-t-il saisir dans les rayonnages ? Quand le film sera diffusé à la télévision, Georges Mothron fera-t-il couper les antennes du diffuseur sur sa ville ?
« En ces temps troublés », Georges Mothron a peur que le film « mette le feu aux poudres ». […]
« En ces temps troublés », nous avons bien besoin de films qui nous ouvrent au monde, qui apportent de la pensée dans les réflexes pavloviens de repli sur soi de telle ou telle communauté.
« La Scam soutient la manifestation organisée le 7 mai à 15 heures devant la mairie d’Argenteuil pour exiger la reprogrammation des films et rappeler au maire, Georges Mothron, que le suffrage universel ne lui confie pas pour autant un droit à décider ce que ses concitoyens peuvent choisir d’aller voir au cinéma. »

Pour ma part, me référant à la loi sur le non-cumul des mandats, je rappelle à ce maire qu’il ne peut ni ne doit cumuler sa fonction de magistrat municipal avec celles de programmateur-censeur de cinéma et de directeur des consciences. Non mais.


Tchernobyl. L’inavouable bilan humain et économique

 Chronique de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl - 5 

logo55Le bilan humain et économique de la catastrophe de Tchernobyl est quasi impossible à réaliser. L’accident résulte en grande partie de la faillite d’un régime basé sur le secret ; un système à l’agonie qui s’est prolongé cinq ans après l’accident, puis qui a traversé une période des plus troublées, pour aboutir finalement à des système de gouvernement plus ou moins para-maffieux – qu’il s’agisse de l’Ukraine, de la Biélorussie ou de la Russie. Dans de tels systèmes corrompus, les lobbies nucléaires ont eu beau jeu de maintenir leur emprise sur ce secteur militaro-industriel – comme au « bon vieux temps » de l’URSS.

Victoire ! Une banderole apposée sur le réacteur éventré proclame que "le peuple soviétique est plus fort que l'atome" tandis qu'un drapeau rouge est fixé au sommet de la tour d'aération de la centrale à l'issue des travaux de déblaiement. [Tass]

Victoire ! Une banderole apposée sur le réacteur éventré proclame que "le peuple soviétique est plus fort que l'atome" tandis qu'un drapeau rouge est fixé au sommet de la tour d'aération de la centrale à l'issue des travaux de déblaiement. [Tass]

Les victimes n’ont pas été comptabilisées, elles ne figurent sur aucun registre officiel. Établir un bilan non truqué des victimes directes et indirectes, des malades et de leur degré d’affection demeure donc impossible. De même pour ce qui est du coût social lié à l’abandon de domiciles et de territoires, aux familles physiquement, psychologiquement, émotionnellement anéanties. À jamais. Car rien de tels drames n’est réparable. Seules des estimations peuvent être tentées, plus ou moins fondées, plus ou moins catastrophistes ou, au contraire, sciemment minimisées.

Concernant le nombre de morts, les chiffres de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) sont plus que douteux ; cet organisme, rattaché à l’ONU, est en effet lié au lobby nucléaire international qu’il finance notoirement. 1 Il faut aussi savoir que l’OMS (Organisation mondiale de la santé) lui est inféodée, ce qui rend également suspectes toutes ses études sur le domaine nucléaire.…

À défaut d’autres études crédibles, considérons celles de l’AIEA pour ce qu’elles sont : des indications à prendre avec la plus grande prudence. Ainsi, de 2003 à 2005, l'AIEA a réalisé une étude d’où il ressort que sur le millier de travailleurs fortement contaminés lors de leurs interventions durant la catastrophe, « seulement » une trentaine sont morts directement. Quant aux liquidateurs, l'AIEA prétend qu’ils ont été exposés à des doses relativement faibles, "pas beaucoup plus élevées que le niveau naturel de radiation."…

S'agissant des 5 millions d'habitants qui ont été exposés à de « faibles doses », l’étude reconnaît un nombre très élevé des cancers de la tyroïde chez les enfants – 4.000 directement imputables à la catastrophe. L’Agence admet toutefois que la mortalité liée aux cancers pourrait s'accroître de quelques pour-cents et entraîner "plusieurs milliers" de décès parmi les liquidateurs, les habitants de la zone évacuée et les résidents de la zone la plus touchée,

Tchernobyl-radioactivite

Sans légende… [dr]

Ce bilan officiel est fortement contesté par certains chercheurs. En 2010, l'Académie des sciences de New York a publié un dossier à partir de travaux menés par des chercheurs de la région de Tchernobyl. Ils contestent fortement l'étude de l'AIEA, aussi bien s'agissant du nombre de personnes affectées que de l'importance des retombées radioactives. Ainsi, il y aurait eu en réalité 830.000 liquidateurs et 125.000 d'entre eux seraient morts. Quant aux décès dus à la dispersion des éléments radioactifs, il pourrait s'élever au niveau mondial à près d'un million au cours des 20 ans ayant suivi la catastrophe. Cette estimation semble cependant invraisemblable – on l'espère.

Greenpeace a aussi publié un rapport réalisé par 60 scientifiques de Biélorussie, d'Ukraine et de Russie. Le document précise que "les données les plus récentes indiquent que [dans ces trois pays] l'accident a causé une surmortalité estimée à 200 000 décès entre 1990 et 2004."

On le voit, les écarts évaluatifs sont à l’image des enjeux qui s’affrontent autour de ce type de catastrophes. Des divergences semblables apparaissent également au Japon entre opposants (la majorité de la population) et partisans du nucléaire (gouvernants et industriels).

Quant au coût économique, il est plus objectivable que le coût humain à proprement parler ; même si l’un et l’autre ne devraient pas être dissociés.

Le n° de mars comprend un intéressant dossier sur le nucléaire.

Le n° de mars comprend un intéressant dossier sur le nucléaire.

Plusieurs estimations ont été réalisées, aboutissant à des montants situés entre 700 et 1 000 milliards de dollars US – entre 600 et 900 millions d’euros. 2

Un des derniers rapports émane de Green Cross International. 3 Il prend en compte :
– les coûts directs : dégâts causés à la centrale elle-même et dans ses environs, perte de marchandises et effets immédiats sur la santé ;
– les coûts indirects : retrait de la population de la zone contaminée et conséquences sociétales liées à la vie des personnes exposées aux radiations ainsi que leurs enfants.

La Biélorussie estime à 235 milliards d’USD les coûts engendrés par les dommages subis pour les années 1986 à 2015 et à 240 milliards d’USD pour l’Ukraine. Ces montants n’incluent pas les coûts liés à la sécurité, l’assainissement et la maintenance de la centrale désormais arrêtée ainsi que les coûts actuels pour la mise en place du nouveau sarcophage ; ceux-ci sont pris en charge par les gouvernements des nations concernées, soutenus par l’Union Européenne, les États-Unis et d’autres pays. Pour les habitants ayant dû quitter leur maison, des fonds (dont le montant n’est pas connu) ont été débloqués, des programmes sociaux et des aides médicales mis en place. Mais chacun a sans doute essuyé bien plus de pertes dues à l’effondrement de l’économie et subi des séquelles sanitaires et psychologiques impossibles à chiffrer.

Le nucléaire pour la bombe
Ne pas perdre de vue que le nucléaire dit « civil » est d’origine militaire et le reste d’ailleurs, tant qu’il servira à fournir le plutonium destiné à fabriquer les bombes atomiques. Rappelons aussi que le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) 4 fut créé par De Gaulle à la Libération, avec mission de poursuivre des recherches scientifiques et techniques en vue de l’utilisation de l’énergie nucléaire dans les domaines de la science (notamment les applications médicales), de l’industrie (électricité) et de la défense nationale.

De son côté Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant de l'Union soviétique, et aujourd’hui président de la Croix verte internationale (Green Cross) a connu son « chemin de Damas » en 1986 : « C'est la catastrophe de Tchernobyl qui m'a vraiment ouvert les yeux : elle a montré quelles pouvaient être les terribles conséquences du nucléaire, même en dehors d'un usage militaire. Cela permettait d'imaginer plus clairement ce qui pourrait se passer après l'explosion d'une bombe nucléaire. Selon les experts scientifiques, un missile nucléaire tel que le SS-18 représente l'équivalent d'une centaine de Tchernobyl. » (Tchernobyl, le début de la fin de l'Union soviétique, tribune dans Le Figaro, 26/04/2006)

Par comparaison, l’accident de Fukushima, comprenant la décontamination et le dédommagement des victimes, pourrait n'atteindre "que" 100 milliards d'euros. Ce montant émane de l’exploitant Tepco et date de 2013 ; il relève de l'hypothèse basse et ne comprend pas les charges liées au démantèlement des quatre réacteurs ravagés. Ces opérations dureront autour de quarante ans et nécessiteront le développement de nouvelles techniques ainsi que la formation de milliers de techniciens.

Et en France ? L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a présenté en 2013 à Cadarache (Bouches-du-Rhône), une "étude choc" sur l'impact économique d'un accident nucléaire en France.

Un " accident majeur ", du type de ceux de Tchernobyl ou de Fukushima, sur un réacteur standard de 900 mégawatts coûterait au pays la somme astronomique de 430 milliards d'euros. Plus de 20 % de son produit intérieur brut (PIB).

La perte du réacteur lui-même ne représente que 2 % de la facture. Près de 40 % sont imputables aux conséquences radiologiques : territoires contaminés sur 1 500 km2, évacuation de 100 000 personnes. Aux conséquences sanitaires s'ajoutent les pertes sèches pour l'agriculture. Dans une même proportion interviennent les " coûts d'image " : chute du tourisme mondial dont la France est la première destination, boycottage des produits alimentaires.

Le choc dans l'opinion serait tel que l'hypothèse " la plus probable " est une réduction de dix ans de la durée d'exploitation de toutes les centrales, ce qui obligerait à recourir, à marche forcée, à d'autres énergies : le gaz d'abord, puis les renouvelables. Au-delà des frontières, " l'Europe occidentale serait affectée par une catastrophe d'une telle ampleur ".

Les dommages sont d'un tout autre ordre de grandeur que ceux du naufrage de l'Erika en 1999, ou de l'explosion de l'usine AZF de Toulouse en 2001, évalués « seulement » à 2 milliards d'euros. 5

Ces chiffres pourraient doubler en fonction des conditions météorologiques, des vents poussant plus ou moins loin les panaches radioactifs, ou de la densité de population. Un accident grave à la centrale de Dampierre (Loiret) ne forcerait à évacuer que 34 000 personnes, alors qu'à celle du Bugey (Ain), il ferait 163 000 "réfugiés radiologiques ".

Record mondial d'installations nucléaires par habitant.

Record mondial d'installations nucléaires par habitant.

Encore dix ans de plus ? Doc. Sortir du nucléaire.

Encore dix ans de plus ? Doc. Sortir du nucléaire.

Pour tempérer ce tableau apocalyptique, l'IRSN sort la rengaine connue du « risque zéro [qui] n'existe pas » et met en avant « les probabilités très faibles de tels événements. 1 sur 10 000 par an pour un accident grave, 1 sur 100 000 par an pour un accident majeur. "

Pour avoir participé, dans les années 1960, au sein du Commissariat à l'énergie atomique, à l'élaboration des premières centrales françaises, Bernard Laponche ne partage pas du tout cet « optimisme ». Pour ce physicien, le nucléaire ne représente pas seulement une menace terrifiante, pour nous et pour les générations qui suivront ; il condamne notre pays à rater le train de l'indispensable révolution énergétique.

« Il est urgent, clame Bernard Laponche, de choisir une civilisation énergétique qui ne menace pas la vie » 6. Selon lui – entre autres spécialistes revenus de leurs illusions – les accidents qui se sont réellement produits (cinq réacteurs déjà détruits : un à Three Miles Island, un à Tchernobyl, et trois à Fukushima) sur quatre cent cinquante réacteurs dans le monde, obligent à revoir cette probabilité théorique des experts. « La réalité de ce qui a été constaté, estime-t-il, est trois cents fois supérieure à ces savants calculs. Il y a donc une forte probabilité d'un accident nucléaire majeur en Europe."

[Fin de l'interminable feuilleton…] 7

 

Notes:

  1. En particulier au Japon depuis la catastrophe de 2011. À noter que le Saint-Siège (Vatican) est membre de l’AIEA ! (Liaison directe Enfer-Paradis ?…)
  2. Le directeur de Greenpeace France, Pascal Husting, chiffre le coût total de la catastrophe à 1 000 milliards de dollars US.
  3. Croix verte internationale, est une organisation non gouvernementale internationale à but environnemental, fondée en 1993 à Kyōto. Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant de l'URSS, en est le fondateur et l'actuel président.
  4. … « et aux énergies alternatives », ainsi que Sarkozy en eut décidé, en 2009.
  5. Au delà des coûts, un accident nucléaire ne saurait être comparé à un accident industriel dont les effets, même ravageurs, cessent avec leur réparation.
  6. Entretien, Télérama, 18/06/2011.
  7. Une bibliographie se trouve avec le premier article de la série.

Tchernobyl. Un nuage, des lambeaux… et le déni français

 Chronique de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl - 4 

logo4Début 2002, la  Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) publie un atlas de 200 pages qui révèle de façon détaillée la contamination de la France et d’une partie de l’Europe par les retombées du « nuage » en ses multiples lambeaux. Plus de 3 000 mesures ont été effectuées de 1999 à 2001 par le géologue André Paris sur le territoire français et jusqu’en Ukraine ; les résultats, les analyses et la cartographie ont été rassemblés et édités par le laboratoire de Valence. C’est un acte d’accusation qui dénonce ainsi le scandaleux déni du gouvernement français et des autorités nucléaires de l'époque.

Pour nous en tenir ici à la Corse et à la région Paca, les plus touchées en France, les relevés mesurent des activités surfaciques de césium 137 supérieures à 30 000 Bq/m2. C’est le cas en particulier dans le Mercantour, autour de Digne, de Gap et de Sisteron avec des pointes à 50 000 Bq/m2.

criirad- Tchernobyl

Paca et Corse. Relevés de la Criirad, 1999, 2000 et 2001. Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

Pour donner une idée de cette contamination, la moyenne des retombées constatées en France à la suite de l'accident était de 4 000 Bq/m2. Le becquerel (Bq) par mètre carré mesure les contaminations de surfaces. L’activité mesure le taux de désintégrations d'une source radioactive, c'est-à-dire le nombre de rayons émis par seconde.

Dans l'instruction d'une plainte déposée en France en 2001 pour « empoisonnement et administration de substances nuisibles » par la Criirad, l'Association française des malades de la thyroïde (AFMT) et des personnes ayant contracté un cancer de la thyroïde, un rapport (notamment co-signé par Georges Charpak) affirme que le SCPRI a fourni des cartes « inexactes dans plusieurs domaines » et « n'a pas restitué toutes les informations qui étaient à sa disposition aux autorités décisionnaires ou au public ». Toutefois, ce rapport reproche au SCPRI une communication fausse mais non pas d'avoir mis en danger la population.

Devant la difficulté d'établir un lien de causalité entre les dissimulations des pouvoirs publics et les maladies de la thyroïde, la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy 1 requalifie pénalement la plainte d'« empoisonnement » en celle plus large de « tromperie aggravée ».

Le 31 mai 2006, Pierre Pellerin est mis en examen pour « infraction au code de la consommation », « tromperie aggravée » et placé sous statut de témoin assisté concernant les délits de « blessures involontaires et atteintes involontaires à l'intégrité de la personne ».

Le procès se termine par un non-lieu le 7 septembre 2011. Le 20 novembre 2012, Pierre Pellerin[Ref] Directeur du SCPRI (Service central de protection contre les rayonnements ionisants). mort en mars 2013 à 89 ans.[/ref] est reconnu innocent des accusations de « tromperie et tromperie aggravée » par la Cour de cassation de Paris qui explique notamment qu'il était « en l'état des connaissances scientifiques actuelles, impossible d'établir un lien de causalité certain entre les pathologies constatées et les retombées du panache radioactif de Tchernobyl ».

Encore aujourd’hui , le débat reste ouvert sur ces pathologies et leurs origines.

Dans la zone de Tchernobyl, beaucoup plus exposée que les régions françaises, une augmentation du nombre d'enfants atteints de cancers provoqués par la catastrophe, estimée à 5 000 cas, a été constatée. Il n'y aurait pas eu d'augmentation des cancers chez les adultes. Le conditionnel reflète le manque de fiabilité des études et statistiques russes.

Le cas des cancers thyroïdiens après Fukushima – Complément d'info pour les sportifs qui souhaitent aller concourir aux JO de 2020 à Tokyo : Kashiwa est à 26 km du centre de Tokyo, à 200 km de la centrale Dai ichi accidentée. Et pourtant, 112 enfants sur 173 diagnostiqués ont des problèmes thyroïdiens à Kashiwa ! Rappelons également ici que les cancers de la thyroïde des enfants de Fukushima sont bien dus à la radioactivité : dans la préfecture de Fukushima, on a détecté une augmentation de quelque 30 fois du nombre de cancers de la thyroïde chez les jeunes âgés de 18 ans et moins en 2011. Le total de jeunes atteints de cancer de la thyroïde est de 127, mais officiellement, cela n'a aucun rapport avec la radioactivité. Cherchez l'erreur ! Note de Pierre Fetet du 10/11/2015, sur le site Fukushima

En France, l'Institut national de veille sanitaire (INVS) exclut une augmentation des cancers de la thyroïde suite aux retombées de Tchernobyl. Toutefois, une thèse de médecine publiée quelques mois après ce rapport, en 2011, établit un lien entre la catastrophe et l'augmentation des cancers diagnostiqués : celle du docteur Sophie Fauconnier, fille du docteur Denis Fauconnier, médecin exerçant en Corse, désormais en retraite. Ce dernier, interrogé en janvier 2015 dans une émission de France Culture, rappelait non sans quelque amertume que, hier comme aujourd’hui, « c'est la politique qui contrôle les données scientifiques ».

Face aux controverses sur les effets sanitaires du nuage radioactif, des faits sont mis en avant :

– Le nombre de cancers de la thyroïde a augmenté en France régulièrement d'environ 7 % en moyenne par an depuis 1975 (soit un quadruplement en 19 ans), sans inflexion particulière en 1986.

– Les cancers de la thyroïde sont très majoritairement féminins et l'évolution de leur nombre suit l'évolution du nombre de cancers du sein.

Deux phénomènes concomitants sont à prendre en compte :

  • l'augmentation du nombre de cancers détectés par l'accroissement de la sensibilité des appareils à ultrasons : le seuil de détection des nodules est passé d'un diamètre de 10 mm à 2 mm ;
  • une évolution dans les comportements féminins de prise d'hormones de substitutions pré- et post- ménopause.

Selon l'étude de l'INVS parue en 2006, les résultats ne vont pas globalement dans le sens d’un éventuel effet de l’accident de Tchernobyl sur les cancers de la thyroïde en France. Toutefois, l'incidence observée des cancers de la thyroïde en Corse est élevée chez l'homme.

ipsn-tchernobyl

Les quatre zones de contamination post Tchernobyl reconnues quelques années après l'accident par l'Institut de protection et de sûreté nucléaire (IPSN). Il apparaît qu'aucune région française n'a été totalement épargnée.

Le 7 mai 1986, un courrier de l'Organisation mondiale de la santé indique que « des restrictions quant à la consommation immédiate [du] lait peuvent donc demeurer justifiées. »

Le 16 mai, une réunion de crise se tient au ministère de l'Intérieur : du lait de brebis en Corse présente une contamination par l'iode 131 anormalement élevée, d'une activité de plus de 10 000 becquerels par litre. Mais dans la mesure où l'iode 131 a une demi-vie courte (l'activité au bout de deux mois est difficilement détectable), il a été jugé que le bilan de l'activité radioactive sur une année ne serait pas affecté sensiblement, et les autorités n'ont pas pris de mesure particulières. Une note du 16 mai émanant du ministère de l'Intérieur, à l'époque dirigé par Charles Pasqua déclare « Nous avons des chiffres qui ne peuvent pas être diffusés. (…) Accord entre SCPRI et IPSN pour ne pas sortir de chiffres. »

Des indices laissaient penser que pour des personnes qui ont vécu ou vivent encore dans les zones de Corse touchées par les pluies du « nuage de Tchernobyl », existait une augmentation du nombre de plusieurs pathologies de la thyroïde, cancer notamment. Mais le lien avec l’accident de Tchernobyl a été contesté. Personne ne nie que dans le monde le nombre de pathologies de la thyroïde a effectivement augmenté (doublement en Europe) et il y a bien une augmentation significative du risque de cancer de la thyroïde signalée et scientifiquement reconnue dans plusieurs pays. Cependant, cette augmentation d'une part a commencé avant l'accident de Tchernobyl, et d'autre part n'est pas centrée sur les zones où il a plu lors du passage du nuage ; une grande partie du monde non concernée par les pluies lors du passage du nuage est également touchée par l'augmentation des thyroïdites.

Tchernobyl - nuage-sans-fin

Remarquable BD éditée par l'Association française des malades de la thyroïde (AMFT). Dessin de Ming.

Depuis mars 2001, 400 poursuites ont été engagées en France contre 'X' par l'Association française des malades de la thyroïde, dont 200 en avril 2006. Ces personnes sont affectées par des cancers de la thyroïde ou goitres, et ont accusé le gouvernement français, à cette époque dirigé par le premier ministre Jacques Chirac 2, de ne pas avoir informé correctement la population des risques liés aux retombées radioactives de la catastrophe de Tchernobyl. L'accusation met en relation les mesures de protection de la santé publique dans les pays voisins (avertissement contre la consommation de légumes verts ou de lait par les enfants et les femmes enceintes) avec la contamination relativement importante subie par l'Est de la France et la Corse.

Pour sortir du doute, les membres de l'Assemblée de Corse ont décidé de « faire réaliser par une structure indépendante (…) une enquête épidémiologique sur les retombées en Corse de la catastrophe de Tchernobyl ». Cette nouvelle étude a été conduite par une équipe d'épidémiologistes et statisticiens de l'unité médicale universitaire de Gênes (Italie). Elle est basée sur l’analyse d’environ 14 000 dossiers médicaux.

Les auteurs concluent en 2013 à un risque effectivement plus élevé chez les hommes des pathologies thyroïdiennes dues à l'exposition au nuage. L'augmentation chez eux des cancers de la thyroïde due au facteur Tchernobyl serait de 28,29 %, celle des thyroïdites de 78,28 %, et celle de l'hyperthyroïdisme de 103,21 %. Concernant les femmes, la faiblesse des échantillons statistiques ne permet pas de conclure pour les pathologies hors thyroïdites ; pour ces dernières, l'augmentation due à Tchernobyl est chiffrée à 55,33 %51. Concernant les enfants corses exposés au nuage, l'étude conclut à une augmentation des thyroïdites et adénomes bénins, et à une augmentation statistiquement non significative des leucémies aiguës et des cas d’hypothyroïdisme.

Cette étude, non publiée dans une revue à comité de lecture, a fait l'objet de critiques mettant en avant des faiblesses méthodologiques. La ministre de la Santé, Marisol Touraine rappelle ce facteur de confusion possible, et rejette ces résultats.

La commission nommée par la collectivité territoriale de Corse, qui a commandé cette étude, et sa présidente Josette Risterucci estiment que l’augmentation du risque est maintenant incontestable et souhaite une « reconnaissance officielle du préjudice ».

[Prochain article : L'inavouable bilan humain et économique]

Notes:

  1. Spécialisée dans les dossiers judiciaires de santé publique (affaires du « sang contaminé », de l'hormone de croissance, de l'amiante sur le campus de Jussieu, de la « vache folle » – ainsi que d'autres dossiers sensibles comme celui de la guerre du Golfe et du nuage de Tchernobyl. A, depuis, quitté ses fonctions, déclarant dans un entretien sur France Inter le 12 février 2013 : « Je suis entrée dans la magistrature car je croyais en la Justice. Je vais en sortir, je n'y crois plus. »
  2. Ministres à la manœuvre : François Guillaume, Agriculture ; Michèle Barzach, Santé ; Alain Carignon, Environnement ; Alain Madelin, Industrie ; Charles Pasqua, Intérieur.

Cologne, suite. L’écrivain algérien Kamel Daoud  « fatwatisé » par des intellectuels français

Une deuxième fatwa vient de frapper l’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud [voir ici et ], à propos de son analyse des violences sexuelles du Nouvel an à Cologne. Cette nouvelle condamnation émane d’une sorte de secte laïque rassemblant une poignée d’« intellectuels autoproclamés » à qui Le Monde a prêté ses colonnes.

Les signataires du "Collectif"Noureddine Amara (historien), Joel Beinin (historien), Houda Ben Hamouda (historienne), Benoît Challand (sociologue), Jocelyne Dakhlia (historienne), Sonia Dayan-Herzbrun (sociologue), Muriam Haleh Davis (historienne), Giulia Fabbiano (anthropologue), Darcie Fontaine (historienne), David Theo Goldberg (philosophe), Ghassan Hage (anthropologue), Laleh Khalili (anthropologue), Tristan Leperlier (sociologue), Nadia Marzouki (politiste), Pascal Ménoret (anthropologue), Stéphanie Pouessel (anthropologue), Elizabeth Shakman Hurd (politiste), Thomas Serres (politiste), Seif Soudani (journaliste).

Dans l’édition du 12 février, sous le titre « Les fantasmes de Kamel Daoud », ce « collectif » lançait son anathème, excluant de son cénacle « cet humaniste autoproclamé ». Le mépris de l’expression dévoilait, dès les premières lignes de la sentence, l’intention malveillante des juges. Les lignes suivantes confirmaient une condamnation sans appel : « Tout en déclarant vouloir déconstruire les caricatures promues par " la droite et l'extrême droite ", l'auteur recycle les clichés orientalistes les plus éculés, de l'islam religion de mort cher à Ernest Renan (1823-1892) à la psychologie des foules arabes de Gustave Le Bon (1841-1931). »

Que veulent donc dire, ces sociologisants ensoutanés, par leur attendu si tranchant ? 1) Que Daoud rejoint « la droite et l’extrême droite »… 2) …puisqu’il « recycle les clichés orientalistes les plus éculés, de l'islam religion de mort »… 3) clichés anciens « chers » à Renan et Le Bon… 4)… ces vieilleries datées (dates à l’appui) et donc obsolètes… 5)… tandis que leur « sociologie » à eux, hein !

Nos inquisiteurs reprochent au journaliste algérien d’essentialiser « le monde d’Allah », qu’il réduirait à un espace restreint (le sien, décrit ainsi avec condescendance : « Certainement marqué par son expérience durant la guerre civile algérienne (1992-1999) [C’est moi qui souligne, et même deux fois, s’agissant du mot expérience, si délicatement choisi] Daoud ne s'embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les promoteurs de cette logique de mort. »), selon une « approche culturaliste ». En cela, ils rejoignent les positions de l'essayiste américano-palestinien Edward Saïd pour qui l’Orient serait une fabrication de l’Occident post-colonialiste. Comme si les cultures n’existaient pas, jusqu’à leurs différences ; de même pour les civilisations, y compris la musulmane, bien entendu.

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

À ce propos, revenons aux compères Renan et Le Bon, en effet contemporains et nullement arriérés comme le sous-entendent nos néo-ayatollahs. Je garde les meilleurs souvenirs de leur fréquentation dans mes années « sexpoliennes » – sexo-politiques et reichiennes –, lorsque l’orthodoxie marxiste se trouva fort ébranlée, à partir de Mai 68 et bien au-delà. Pour un peu je relirais cette Vie de Jésus, d’Ernest Renan, dont Reich s’était notamment inspiré pour écrire Le Meurtre du Christ ; de même, s’agissant de Psychologie des foules, de Gustave Le Bon, dont on retrouve de nombreuses traces dans Psychologie de masse du fascisme du même Wilhelm Reich. Les agressions de Cologne peuvent être analysées selon les critères reichiens du refoulement sexuel et des cuirasses caractérielle et corporelle propices aux enrôlements dans les idéologies fascistes et mystiques. Ces critères – avancés à sa manière par Kamel Daoud – ne sont pas uniques et ne sauraient nier les réalités « objectives » des conditions de vie – elles se renforcent mutuellement. Tandis que les accusateurs de Daoud semblent ignorer ces composantes psycho-sexuelles et affectives.

Traité comme un arriéré, Daoud est ainsi accusé de psychologiser les violences sexuelles de Cologne, et d’« effacer les conditions sociales, politiques et économiques qui favorisent ces actes ». Lamentable retournement du propos – selon une argumentation qui pourrait se retourner avec pertinence !

Enfin, le journaliste algérien se trouve taxé d’islamophobie… Accusation définitive qui, en fait, à relire ces compères, se situe à l’origine de leur attaque. Ce « sport de combat » désormais à la mode, interdit toute critique de fond et clôt tout débat d’idées.

Le « double fatwatisé » pourra cependant trouver quelque réconfort dans des articles de soutien. Ainsi, celui de Michel Guerrin dans Le Monde du 27 février. Le journaliste rappelle que Kamel Daoud a décidé d’arrêter le journalisme pour se consacrer à la littérature. « Il ne change pas de position mais d’instrument. » « Ce retrait, poursuit-il, est une défaite. Pas la sienne. Celle du débat. Il vit en Algérie, il est sous le coup d'une fatwa depuis 2014, et cela donne de la chair à ses convictions. Du reste, sa vision de l'islam est passionnante, hors normes, car elle divise la gauche, les féministes, les intellectuels. Une grande partie de la sociologie est contre lui mais des intellectuels africains saluent son courage, Libération l'a défendu, L'Obs aussi, où Jean Daniel retrouve en lui “toutes les grandes voix féministes historiques”. […] Ainsi va la confrérie des sociologues, qui a le nez rivé sur ses statistiques sans prendre en compte “la chair du réel”, écrit Aude Lancelin sur le site de L'Obs, le 18 février. »

Ainsi, cette remarquable tribune de la romancière franco-tunisienne Fawzia Zouari, dans Libération du 28 février, rétorquant aux accusateurs :

« Voilà comment on se fait les alliés des islamistes sous couvert de philosopher… Voilà comment on réduit au silence l’une des voix dont le monde musulman a le plus besoin. »

 


Fawzia Zouari : "Il faut dire qu'il y a un... par franceinter


Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le « porno-islamisme » s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pourquoi les islamistes détestent-ils autant les femmes ? Pourquoi refusent-ils qu’elles prennent le volant, portent des jupes courtes, aiment librement  ? Autant de questions qui interpellent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ainsi que les autres religions monothéistes. Le journaliste-écrivain algérien Kamel Daoud est l’un des tout premiers et trop rares intellectuels du monde musulman à affronter de face ces questions esquivées par les religions – sans doute parce qu’elles leur sont constitutives. Aujourd’hui, à propos des agressions sexuelles de femmes fin décembre à Cologne, il accuse le "porno-islamisme" et interpelle le regard de l’Occident porté sur l’ « immigré », cet « autre », condamné autant à la réprobation qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

S’interroger valablement sur l’islam conduit à décrypter les mécanismes de haine à l’œuvre dans les discours religieux. Ce qui, par ces temps de fanatisme assassin, ne va pas sans risques. Surtout si on touche aux fondamentaux. Ainsi, le 3 décembre 2014 dans l'émission de Laurent Ruquier On n'est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à propos de son rapport à l'islam :

« Je persiste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l'homme, on ne va pas avancer. La question religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu'on la tranche, il faut qu'on la réfléchisse pour pouvoir avancer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frappé d'une fatwa par un imam salafiste, appelant à son exécution « pour apostasie et hérésie ». Depuis, le journaliste, chroniqueur au Quotidien d’Oran, est placé sous protection policière, avec toutes les contraintes qui s’ensuivent – Salman Rushdie, depuis la Grande-Bretagne, en sait quelque chose…

En juin dernier, dans un entretien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insistait sur la question de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«  Le rapport à la femme est le nœud gordien, en Algérie et ailleurs. Nous ne pouvons pas avancer sans guérir ce rapport trouble à l’imaginaire, à la maternité, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les islamistes sont obsédés par le corps des femmes, ils le voilent car il les terrifie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui représente la perpétuation de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le porno-islamisme. Ils sont contre la pornographie et complètement pornographes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont présentes, c’est une révolution. Libérez la femme et vous aurez la liberté.  »

Ces jours-ci, dans un article publié en Italie dans le quotidien La Repubblica et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nouveau sur la question de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brûlante des événements de la saint-Sylvestre à Cologne. Il pousse son analyse sous l’angle des « jeux de fantasmes des Occidentaux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes et base du binôme barbare-civilisé. Des immigrés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent. »

meursaultsJournaliste et essayiste algérien, chroniqueur au Quotidien d’Oran, Kamel Daoud est notamment l’auteur de Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Goncourt du premier roman. Il s’agit d’une sorte de contrepoint à L'Étranger de Camus. Philippe Berling en a tiré une pièce, Meursaults, jouée jusqu’au 6 février au Théâtre des Bernardines à Marseille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agresseurs mais s’essaie à comprendre, à expliquer – ce qui ne saurait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naïveté », cet angélisme projeté sur le migrant par le regard occidental, qui « voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture […] On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme. »

Il poursuit : « Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. »

Daoud reformule sa « thèse » :

« Le rapport à la femme est le nœud gordien, le second dans le monde d’Allah [après la question de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée. Cela dénote un rapport trouble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la création et à la liberté. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admettre. Elle est l’incarnation du désir nécessaire et est donc coupable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une tentation, d’une fécondation inutile, d’un éloignement de Dieu et du ciel et d’un retard sur le rendez-vous de l’éternité. La vie est le produit d’une désobéissance et cette désobéissance est le produit d’une femme. »

Certes, une telle analyse, par sa finesse et sa pertinence, ne risque pas d’être entendue par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seulement par eux. Ni chez les fanatiques religieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « modérés », tant la frontière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être entendu ? – quand il parle – naïvement ? – de « convaincre l’âme de changer »… et quand il souligne que « le sexe est la plus grande misère dans le « monde d’Allah » ?

Et de revenir sur« ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » :

« Descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burka. L’islamisme est un attentat contre le désir. Et ce désir ira, parfois, exploser en terre d’Occident, là où la liberté est si insolente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le jugement dernier. Un sursis qui fabrique du vivant un zombie, ou un kamikaze qui rêve de confondre la mort et l’orgasme, ou un frustré qui rêve d’aller en Europe pour échapper, dans l’errance, au piège social de sa lâcheté : je veux connaître une femme mais je refuse que ma sœur connaisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la question de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité.

« Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer. »

Où l'on voit que la "guerre" ne saurait conduire à la paix dans les cœurs… Dans ce processus historique millénaire parcouru de religions et de violence, de conquêtes et de domination, de refoulements sexuels, de négation de la femme et de la vie, de haines et de ressentiments remâchés… de quel endroit de la planète pourra bien surgir la sagesse humaine ?


Élections. “On nous refait le coup de la ligne Maginot”, par Philippe Torreton

Valls était beau l’autre soir à la télé, dra­pé de soie­ries yvet­te-hor­né­rien­ne un soir de 14 juillet, il appe­lait à voter pour la droi­te en citant nom­mé­ment les can­di­dats. Ça y est, il peut la dire fiè­re­ment cet­te phra­se, sans s’emmerder à trou­ver des astu­ces et des com­bi­nes pour s’affirmer de gau­che. Et c’est ain­si qu’au len­de­main d’un vote par­ti­cu­liè­re­ment extrê­me, le front répu­bli­cain nous refait son numé­ro de duet­tis­tes com­me les der­niers cache­tons de Stan Lau­rel et Oli­ver Har­dy qui ne se par­laient plus mais ten­taient enco­re de fai­re rire à l’ancienne dans un mon­de pas­sé au sono­re et à la cou­leur. On nous deman­de de voter à droi­te pour bar­rer la rou­te au Front natio­nal. Cela fait plus de tren­te ans que l’on nous remet les mêmes cou­verts pour man­ger la même sou­pe à la gri­ma­ce, ce n’est pas bon mais ça fait du bien. Mais ça fait du bien à qui ? Ça ras­su­re qui ce vote répu­bli­cain ? Ça per­met quoi ? L’eau mon­te à cha­que marée d’équinoxe élec­to­ra­le mais le front de mer répu­bli­cain résis­te, on rebâ­ti en hâte la digue en rajou­tant un rang de par­paings et on se dit qu’on a fait le bou­lot.

Sauf que là, on nous deman­de de voter entre autres pour un Ber­trand ou un Estro­si, c’est-à-dire ce que la droi­te fait de pire, les Las Vegas de la droi­te, des prêts-à-tout… Au nom d’un soi-disant front répu­bli­cain, on nous deman­de d’aller voter pour des oli­brius qui ont mené une cam­pa­gne pra­ti­que­ment indif­fé­ren­cia­ble de cel­le du FN pour contrer jus­te­ment les can­di­dats FN. C’est absur­de, c’est tris­te­ment absur­de. On peut man­ger de la mer­de sous la mena­ce d’une arme, mais je crois qu’il y a des limi­tes à l’humiliation. On vou­drait ren­for­cer le vote FN que l’on ne s’y pren­drait pas autre­ment. Il faut per­met­tre au peu­ple de gau­che de voter et, pour qu’il puis­se voter, il lui faut des can­di­dats. Ce n’est pas en s’asseyant à plu­sieurs sur le cou­ver­cle de la Cocot­te-Minu­te en sur­chauf­fe que l’on fera retom­ber la pres­sion, pour moi le front répu­bli­cain c’est cela et pas autre cho­se. Plus de tren­te ans que l’on nous res­sert avec les airs finauds et gra­ves qui vont avec le coup du « vote de colè­re » et du « vote mes­sa­ge » qu’il faut savoir écou­ter, évi­dem­ment, et que l’on a bien sûr com­pris. Tren­te ans que tout ce beau mon­de y va des mêmes phra­ses creu­ses, tren­te ans que les citoyens qui votent FN n’ont pas com­pris que vous les aviez com­pris, mais tren­te ans de colè­re, ce n’est plus de la colè­re, c’est un pro­gram­me, Mes­sieurs du front répu­bli­cain, c’est une adhé­sion en par­fai­te connais­san­ce de cau­se, on vote FN sans se cacher, sans pren­dre un air bou­gon, on vote FN tran­quille­ment avec les enfants jus­te avant d’aller voir Mamie qui nous a pré­pa­ré une blan­quet­te de veau. Il est curieux de deman­der le retrait de ses can­di­dats arri­vés troi­siè­me mais de ne pas exi­ger la réci­pro­que pour le camp d’en face. C’est moi qui vois le mal par­tout où se cache­rait-il par là un petit cal­cul poli­ti­que, com­me un espoir de réci­pro­que si jamais on se retrou­ve seul face au FN au deuxiè­me tour de l’élection pré­si­den­tiel­le de 2017, plus on s’affichera grand sei­gneur aujourd’hui moins il sera pos­si­ble à l’autre camp de ne pas appe­ler à voter « répu­bli­cain » à son tour ? L’heure est gra­ve et on nous refait le coup de la ligne Magi­not répu­bli­cai­ne…

Il faut entrer en résis­tan­ce et résis­ter, c’est d’abord étu­dier pré­ci­sé­ment ce que l’on va com­bat­tre et pour com­men­cer ce com­bat il faut admet­tre un résul­tat, être capa­ble de le consta­ter, la Fran­ce est majo­ri­tai­re­ment de droi­te et dans cet­te droi­te le FN est le par­ti pha­re. Ce n’est pas en s’abstenant ni en démis­sion­nant des conseils régio­naux que l’on va résis­ter, c’est en y étant pré­sent, en écou­tant les débats, en par­ti­ci­pant aux votes, en dénon­çant l’inadmissible qui ne tar­de­ra pas à poin­ter son nez, même si je pen­se qu’ils vont tout fai­re durant cet­te pau­vre année qui nous sépa­re de la ker­mes­se pré­si­den­tiel­le de 2017 pour ne pas cho­quer le citoyen qui ne vote pas FN.

Ce front répu­bli­cain est un aban­don, c’est de la poli­ti­que de tapis vert. Pour contrer le FN, il eût été pré­fé­ra­ble de ne pas hur­ler en sueur : « J’aime l’entreprise ! » Ou de décla­rer sans sour­ciller que les Roms n’ont pas voca­tion à s’intégrer, mais au contrai­re don­ner le droit de vote aux étran­gers extracom­mu­nau­tai­res aux élec­tions loca­les, au lieu d’abandonner cet­te pro­mes­se au len­de­main d’une défai­te élec­to­ra­le affi­chant une fois de plus un sco­re impor­tant du FN, com­me un acte d’allégeance ; c’était ne pas appe­ler les pays de l’Union euro­péen­ne à res­trein­dre l’accueil des réfu­giés quel­ques jours après le 13 novem­bre, accré­di­tant du même coup les thè­ses du FN qui voit en cha­que réfu­gié un pos­si­ble ter­ro­ris­te ; c’était ne pas mar­te­ler qu’il n’y a qu’une poli­ti­que pos­si­ble ; c’était ne pas cou­per les bud­gets de la Cultu­re à pei­ne arri­vé au pou­voir mais au contrai­re sou­te­nir les fes­ti­vals au lieu de consta­ter leurs fer­me­tu­res avec un air de cir­cons­tan­ce ; c’était ne pas aban­don­ner les inter­mit­tents à la vin­dic­te mépri­san­te du Medef mais au contrai­re les défen­dre immé­dia­te­ment, tota­le­ment. C’était de pro­fi­ter d’un voya­ge au Luxem­bourg pour taper du poing sur la table en condam­nant cet­te poli­ti­que de dum­ping fis­cal que pra­ti­que le grand-duché. Ne pas sup­po­ser le chô­meur frau­deur et l’assuré social tri­cheur sur­tout lors­que des cen­tai­nes de mil­liards nous échap­pent cha­que année par l’exil et l’optimisation fis­ca­le de nos si chers plus riches et de nos si aimées entre­pri­ses. C’était de ne pas appe­ler de ses vœux une jeu­nes­se se rêvant mil­liar­dai­re, c’était oser les Scop lors­que le grand capi­tal détruit nos indus­tries ; c’était ne pas se décou­vrir à moins d’un an de la COP21 une âme d’écologiste.

Lut­ter contre le FN, c’eût été avoir de la constan­ce et des convic­tions, avoir enco­re un idéal autre­ment plus moti­vant que l’équilibre des comp­tes public et nous y emme­ner, oser le bon­heur pour tous, c’était lais­ser le corps ensei­gnant un peu tran­quille pour une fois, l’écouter et lui don­ner de quoi ensei­gner, les profs connais­sent leur métier, c’est leur pas­sion et ils en ont mar­re qu’on leur dise ce qu’il faut fai­re à coup de réfor­mes obs­cu­res et indé­chif­fra­bles dont le seul but est de trans­for­mer l’école en un tube par lequel on entre « espé­rant » pour en res­sor­tir à l’autre bout « consom­ma­teur ». 

Lut­ter contre le FN, c’était être capa­ble d’abandonner la rigueur bud­gé­tai­re euro­péen­ne pour une autre cau­se que notre sécu­ri­té immé­dia­te, par exem­ple pour venir en aide à nos 5 mil­lions de pau­vres, pour construi­re ces loge­ments qui man­quent à plus d’un mil­lion et demi de per­son­nes, c’était fai­re en sor­te que les Fran­çais ne dépen­sent pas plus de la moi­tié de leur paye pour se loger ; bref lut­ter contre le FN, c’était res­ter de gau­che, vrai­ment, réel­le­ment, de gau­che à en mou­rir, de gau­che à en tenir bon sous la mitraille, c’est reve­nir au plus vite et le plus farou­che­ment pos­si­ble aux valeurs de la gau­che pro­lé­ta­rien­ne, redon­ner du sens au tra­vail, à la cultu­re du tra­vail, son hon­neur et sa gran­deur, au lieu de le détrui­re en fai­sant du tra­vail une tâche à accom­plir, tous les trois jours un hom­me ou une fem­me se sui­ci­de à cau­se de son tra­vail qu’il ou elle ne recon­naît plus, le peu­ple de gau­che avec ses valeurs et son hon­neur se fait humi­lier depuis des années sur l’autel de la crois­san­ce, des fonds de pen­sion, du libre-échan­ge, ce peu­ple d’un autre âge qui ne com­pren­drait pas l’évolution du mon­de et à qui on deman­de diman­che de voter com­me un seul hom­me pour des can­di­dats de droi­te en invo­quant Jau­rès.

Phi­lip­pe Tor­re­ton, comé­dien et auteur.
VENDREDI, 11 DÉCEMBRE, 2015 - L’HUMANITÉ

Des tas d’urgences

Le hasard m’a fait tom­ber, hier, sur l’article que j’ai consa­cré au jour­na­lis­te polo­nais Richard Kapus­cinski lors de sa mort en 2007. Dans un de ses bou­quins fameux, Impe­rium – sur l’empire sovié­ti­que finis­sant, une sui­te de repor­ta­ges à sa façon –, j’y rele­vais ça :

« Trois fléaux mena­cent le mon­de. Pri­mo, la plaie du natio­na­lisme. Secun­do, la plaie du racis­me. Ter­tio, la plaie du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux. Trois pes­tes unies par la même carac­té­ris­tique, le même com­mun déno­mi­na­teur, la plus tota­le, agres­sive et tou­te-puis­san­te irra­tio­na­lité. Impos­sible de péné­trer dans un esprit conta­miné par un de ces maux. »

Dans le der­nier numé­ro du men­suel L’Histoire (thè­me : New­ton, les Lumiè­res et la révo­lu­tion scien­ti­fi­que : excel­lent autant qu’actuel), un lec­teur revient sur le pré­cé­dent numé­ro (novem­bre) consa­cré aux com­mu­nis­tes et titré « Pour­quoi il y ont cru », sans point d’interrogation. En effet, bien des répon­ses peu­vent être avan­cées. Mais ce lec­teur conti­nue à s’interroger : « Si je ne m’étonne pas du nom­bre d’intellectuels séduits, je n’arrive tou­jours pas à com­pren­dre pour­quoi ils sont res­té com­mu­nis­tes ». Et d’égrener le cha­pe­let des hor­reurs sta­li­nien­nes qui « auraient dû leur ouvrir les yeux ». Oui, mais non ! Confè­re le troi­siè­me fléau selon Kapus­cinski : la plaie du fon­da­men­ta­lis­me reli­gieux.

Même si les cau­ses et les effets dif­fé­rent dans les nuan­ces, nazis­me, sta­li­nis­me et dji­ha­dis­me relè­vent du tronc com­mun de « la plus tota­le, agres­sive et tou­te-puis­san­te irra­tio­na­lité. » Les consé­quen­ces aus­si conver­gent dans la vio­len­ce la plus mor­ti­fè­re condui­sant les peu­ples cré­du­les aux pires hor­reurs.

Notons qu’en ces « champs d’horreur » s’illustrent bien d’autres fana­ti­ques para-reli­gieux. Ain­si les fon­da­men­ta­lis­tes du libé­ra­lis­me ultra, les ado­ra­teurs du Mar­ché et de sa Main invi­si­ble, cel­le qui agit « en dou­ce », par délé­ga­tion, sans se mon­trer au grand jour, et n’en conduit pas moins à son lot d’atrocités, dénom­mées injus­ti­ces, guer­res, misè­re.

Ain­si les néga­tion­nis­tes de la dégra­da­tion du cli­mat qui, à l’instar de leurs illus­tres pré­dé­ces­seurs face aux géno­ci­des nazis, choi­sis­sent la catas­tro­phe plu­tôt que de renon­cer à leurs cultes consom­ma­toi­res. Cultes innom­bra­bles aux­quels d’ajoutent la plus cras­se imbé­cil­li­té tel­le que mon­trée ce jeu­di soir [3/12/15] dans Envoyé spé­cial (Fran­ce 2) exhi­bant de fameux spé­ci­mens du gen­re : ceux qui, aux Etats-Unis, tra­fi­quent leurs die­sel mons­trueux pour qu’il éruc­tent les plus épais­ses fumées noi­res… (J’avais publié une vidéo sur ces éner­gu­mè­nes, mais elle a été désac­ti­vée, je ne sais pour­quoi… Des dizai­nes de vidéos para­dent sur la toi­le – taper « coal rol­ling » et déses­pé­rer du gen­re humain…)

Après eux le délu­ge. Sur le même mode, en som­me, par lequel un tiers des élec­teurs du « pays des Droits de l’Homme » – et pata­ti et pata­ta – seraient prêts à tâter du fas­cis­me pré­sen­ta­ble, jus­te « pour essayer », puis­que les autres leur parais­sent usés – ce qui n’est pas faux, cer­tes !

Mais enfin, quel­le défai­te annon­cée ! Défai­te de la pen­sée, des convic­tions, des valeurs. De sou­bre­sauts en cahots, en culbu­tes et en sur­sauts, l’Histoire n’en finit pas de bégayer, on le sait. Au bord du vide, des haut-le-cœur nous sai­sis­sent.

tas-urgences

Où allons-nous ? « Ça débor­de » de par­tout ; de gau­che et de droi­te„ extrê­me­ment. [Ph. d.r.]


Poussée d’intolérance au Maroc. « Much Loved » interdit, comédienne agressée

Much Loved, du cinéaste marocain Nabil Ayouch, est un film remarquable dont j’aurais dû parler ici depuis que je l’ai vu il y a deux mois et qui, heureusement, est toujours à l’affiche dans les bonnes salles. Je me décide aujourd’hui pour une raison plus que cinématographique : le film est interdit au Maroc, ce qui n’est pas surprenant, mais, surtout, l’actrice qui tient le rôle principal, Loubna Abidar – superbe –, a été violemment agressée le 5 novembre. Elle raconte cela dans une tribune adressée au Monde [12/11/15 ], expliquant aussi pourquoi elle se voit contrainte de quitter son pays.

Maroc Loubna Abidar agressée

Loubna Abidar violemment agressée à Casablanca [Ph. dr]

Une fois de plus, c’est la place des femmes dans la société qui se trouve au centre d’une actualité permanente et à peu près générale dans le monde, même si, bien sûr, les situations sont variables, et donc leur degré de gravité. N’empêche, cela vaut dans nos sociétés dites évoluées. Que l’on songe aux différences de salaires entre hommes et femmes, à fonctions égales ; qu’il s’agisse de l’attribution des postes de responsabilité, du harcèlement sexuel, du machisme « ordinaire ». On n’entrera même pas ici sur le lamentable débat autour des notions de genre.

Much Loved qui, comme son titre ne l’indique pas, est un film sur la condition féminine dans un des pays arabes les plus rétrogrades sur la question – et sur tant d’autres, hélas – tandis que cette royauté d’un autre âge voudrait se draper dans une prétendue modernité.

Dans son texte, la comédienne donne à voir le propos du film, en même temps qu'elle exprime une détresse personnelle, une implacable dénonciation d’un régime d’oppression et l’intolérance d’une société.

Après des petits rôles au théâtre et dans des films commerciaux, j’ai obtenu le premier rôle dans le long-métrage Much Loved, de Nabil Ayouch. C’était le plus beau jour de ma vie, car j’allais pouvoir travailler avec un réalisateur talentueux et internationalement reconnu, et parce que j’allais donner la parole à toutes celles avec lesquelles j’avais grandi : ces petites filles des quartiers qui n’apprennent ni à lire ni à écrire, mais auxquelles on dit sans cesse qu’un jour elles rencontreront un homme riche qui les emmènera loin… Dès 14-15 ans, elles sortent tous les soirs dans le but de le trouver. Un jour, elles réalisent qu’elles sont devenues des prostituées.

« Dans ce film, j’ai mis toute mon âme et toute ma force de travail, portée par Nabil Ayouch et mes partenaires de jeu. Le film a été sélectionné à Cannes. J’y étais, c’était magique. Mais dès le lendemain de sa présentation, un mouvement de haine a démarré au Maroc. Un ministre qui n’avait pas vu le film a décidé de l’interdire avant même que la production ne demande l’autorisation de le diffuser. Much Loved dérangeait, parce qu’il parlait de la prostitution, officiellement interdite au Maroc, parce qu’il donnait la parole à ces femmes qui ne l’ont jamais. Les autorités ont déclaré que le film donnait une image dégradante de la femme marocaine, alors que ses héroïnes débordent de vie, de combativité, d’amitié l’une pour l’autre, de rage d’exister.

« Et une campagne de détestation s’est répandue sur les réseaux sociaux et dans la population. Personne n’avait encore vu le film au Maroc, et il était déjà devenu le sujet numéro un de toutes les discussions. La violence augmentait de jour en jour, à l’encontre de Nabil « le juif » (sa mère est une juive tunisienne) et à mon encontre. Je dérangeais à mon tour, parce que j’avais le premier rôle, parce que j’en étais fière, et parce que je prenais position ouvertement contre l’hypocrisie par des déclarations nombreuses.

Cachée sous une burqa

« Des messages de soutien et d’amour, j’en ai reçu des dizaines. Dans les pays d’Europe où le film est sorti et a connu un bel accueil (j’ai notamment obtenu le Prix de la meilleure actrice dans les deux festivals majeurs de films francophones, Angoulême en France et Namur en Belgique). Mais surtout, et c’était le plus important pour moi, au Maroc. Par des gens éclairés car ils sont nombreux. Et aussi par des prostituées qui ont enfin osé parler à visage découvert pour dire qu’elles se reconnaissaient dans le film.

« Mais rien n’a calmé la haine contre moi. Sur Facebook et Twitter, mon nom est associé à celui de « sale pute » des milliers de fois par jour. Quand une fille se comporte mal, on lui dit « tu finiras comme Abidar ». Tous les jours, je lis que je suis la honte des femmes marocaines. Chaque semaine, je reçois des menaces de mort. J’ai encore des amis et des proches pour me soutenir, mais beaucoup se sont détournés de moi. Pendant des semaines, je ne suis pas sortie de chez moi, ou alors uniquement pour des courses rapides, cachée sous une burqa (quel paradoxe, me sentir protégée grâce à une burqa…).

« Ces derniers jours, le temps passant, la tension me semblait retombée. Alors jeudi 5 novembre, le soir, je suis allée à Casablanca à visage découvert. J’y ai été agressée par trois jeunes hommes. J’étais dans la rue, ils étaient dans leur voiture, ils m’ont vue et reconnue, ils étaient saouls, ils m’ont fait monter dans leur véhicule, ils ont roulé pendant de très longues minutes et pendant ce temps ils m’ont frappée sur le corps et au visage tout en m’insultant. J’ai eu de la chance, ce n’était « que » des jeunes enivrés qui voulaient s’amuser… D’autres auraient pu me tuer. La nuit a été terrible. Les médecins à qui je me suis adressée pour les secours et les policiers au commissariat se sont ri de moi, sous mes yeux. Je me suis sentie incroyablement seule… Un chirurgien esthétique a quand même accepté de sauver mon visage. Ma hantise était justement d’avoir été défigurée, de garder les traces de cette agression sur mon visage, de ne plus pouvoir faire mon métier…

« Nabil Ayouch était là tout le temps pour me soutenir. J’ai fait des déclarations de colère que je regrette. Je ne savais plus où j’étais. Alors j’ai décidé de quitter le Maroc. C’est mon pays, je l’aime, j’y ai ma vie et ma fille, j’ai foi en ses forces vives, mais je ne veux plus vivre dans la peur. On s’attaque à moi pour un rôle que j’ai joué dans un film que les gens n’ont même pas vu. Une campagne de dénigrement légitimée par une interdiction de diffusion du film, alimentée par les conservateurs, nourrie par les réseaux sociaux si présents aujourd’hui… et qui continue de tourner en rond et dans la violence. Au fond, on m’insulte parce que je suis une femme libre. Et il y a une partie de la population, au Maroc, que les femmes libres dérangent, que les homosexuels dérangent, que les désirs de changement dérangent. Ce sont eux que je veux dénoncer aujourd’hui, et pas seulement les trois jeunes qui m’ont agressée… »

Loubna Abidar

La bande-annonce de Much Loved.

PS. Des copies du film ont été mises en circulation au Maroc, dans lesquelles des scènes pornographiques ont été ajoutées pour en dénoncer l'immoralité !


Herr Diesel, das diktat

TPH_i7N6PWCix-RMQokNYwufEIALe Mon­de de ce 29/10/15 

Die­sel : l’Europe recu­le face aux lob­bys

Après le scan­da­le Volks­wa­gen, la Com­mis­sion euro­péen­ne vou­lait impo­ser des tests d’émissions de gaz pol­luants plus contrai­gnants. Les construc­teurs auto­mo­bi­les, sou­te­nus par les Etats, ont obte­nu de pou­voir émet­tre 2,1 fois le pla­fond d’oxydes d’azote auto­ri­sé, jusqu’en 2019.

L’Europe, l’écologie, la COP21… Du pipeau. Un déni démo­cra­ti­que. Tirons l’échelle !

Nous serons les der­niers, voi­là.


Air France. Sans-chemises et sans-culottes

Une che­mi­se déchi­rée, et même deux. Une agres­sion contre des per­son­nes – fus­sent-elles des « patrons ». Cer­tes, le ges­te est moche. Ou plu­tôt « non esthé­ti­que ». C’est le ges­te du déses­poir, le der­nier ges­te du condam­né avant l’exécution. Il n’est ren­du beau qu’au ciné­ma. Per­dre son emploi de nos jours, c’est une exé­cu­tion. C’est pas­ser du sta­tut de « chan­ceux », pour ne pas dire pri­vi­lé­gié – du pri­vi­lè­ge d’avoir un tra­vail, qui est sou­vent une tor­tu­re… – à celui de déclas­sé, de déchu.
Alors, quand la direc­tion d’Air Fran­ce annon­ce la sup­pres­sion de 2.900 emplois, cela signi­fie 2.900 vies déchi­rées (bien davan­ta­ge, en fait). À côté des­quel­les deux che­mi­ses déchi­rées, même blan­ches et bien repas­sées, c’est une vio­len­ce très modé­rée !


Une vidéo révè­le les négo­cia­tions chez Air Fran­ce par Buzz­Vid

La vidéo ci-des­sus a été pri­se quel­ques minu­tes avant les inci­dents qui for­ce­ront les diri­geants Xavier Bro­se­ta et Pier­re Plis­son­nier à s’échapper du siè­ge d’Air Fran­ce. Des employés ten­tent d’interpeller et d’ouvrir le dia­lo­gue.
Cet­te vidéo est poi­gnan­te, mon­trant le cou­ra­ge et le déses­poir d’une fem­me affron­tant la mor­gue des cols blancs, mains dans les poches ou bras croi­sés, tri­po­tant leurs por­ta­bles, touillant leur café, l’air gogue­nard pour ne pas dire niais, et fina­le­ment muets com­me des tom­bes. « On nous a deman­dé de fai­re des efforts, on les a faits ! » lan­ce cet­te fem­me au bord du san­glot dans un mono­lo­gue pathé­ti­que.

Face à elle, l’indifférence, le mépris. Les cadres regrou­pés dis­cu­tent entre eux, fei­gnant d’ignorer l’interpellation. L’un d’eux lâche enfin : « On n’est pas habi­li­tés, on n’est pas habi­li­tés ».

Ils n’ont rien à répon­dre au réqui­si­toi­re. Car ils ne sont même pas res­pon­sa­bles et ne peu­vent répon­dre de rien… Mina­bles pan­tins cra­va­tés du capi­ta­lis­me plan­qué, sans visa­ge, sui­te de chif­fres et de pour cents, jouant dans les casi­nos finan­ciers  à l’ombre des para­dis fis­caux, fixant de loin, « off sho­re », les taux de ren­de­ment de leur sale pognon dont ils se goin­frent jusqu’à l’intoxication.

Des vio­len­ces autre­ment plus radi­ca­les, la dégra­da­tion géné­ra­le des condi­tions socio-éco­no­mi­ques nous en pro­met ! Les « voyous » et la « chien­lit » se sou­vien­dront peut-être des sans-culot­tes et ne s’en pren­dront plus seule­ment aux che­mi­ses.
Sur son blog, le mili­tant enco­re socia­lis­te Gérard Filo­che a res­sor­ti pour la cir­cons­tan­ce un dis­cours de Jean Jau­rès devant la Cham­bre des dépu­tés le 19 juin 1906. Ces paro­les sont d’une actua­li­té brû­lan­te :

« Le patro­nat n’a pas besoin, lui, pour exer­cer une action vio­len­te, de ges­tes désor­don­nés et de paro­les tumul­tueu­ses ! Quel­ques hom­mes se ras­sem­blent, à huis clos, dans la sécu­ri­té, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quel­ques-uns, sans vio­len­ce, sans ges­tes désor­don­nés, sans éclats de voix, com­me des diplo­ma­tes cau­sant autour du tapis vert, ils déci­dent que le salai­re rai­son­na­ble sera refu­sé aux ouvriers ; ils déci­dent que les ouvriers qui conti­nuent la lut­te seront exclus, seront chas­sés, seront dési­gnés par des mar­ques imper­cep­ti­bles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vin­dic­te patro­na­le. […] Ain­si, tan­dis que l’acte de vio­len­ce de l’ouvrier appa­raît tou­jours, est tou­jours défi­ni, tou­jours aisé­ment frap­pé, la res­pon­sa­bi­li­té pro­fon­de et meur­triè­re des grands patrons, des grands capi­ta­lis­tes, elle se déro­be, elle s’évanouit dans une sor­te d’obscurité. »

Et Filo­che de com­men­ter : « Mal­heu­reu­se­ment, Manuel Valls trai­te les sala­riés de « voyous » et prend fait et cau­se pour la direc­tion d’Air Fran­ce. Il est vrai qu’il se réfè­re plus sou­vent à Clé­men­ceau, le bri­seur de grè­ves, qu’à Jau­rès… »


Le Nobel à Svetlana Alexievitch, écrivaine du courage

nobel litterature 2015

© Ph. Peter Gro­th

En attri­buant le Nobel de lit­té­ra­tu­re à Svet­la­na Alexie­vit­ch, le jury de Stock­holm hono­re une magni­fi­que écri­vai­ne et s’honore lui-même. Un choix cou­ra­geux qui consa­cre une fem­me elle-même vouée à témoi­gner du cou­ra­ge face au ter­ri­ble quo­ti­dien de « héros ordi­nai­res ». Un choix qui s’inscrit dans un contex­te géo-poli­ti­que et éco­lo­gi­que des plus trou­bles, affec­tant tou­te l’humanité.

Je suis d’autant plus sen­si­ble à cet­te recon­nais­san­ce que je dois à Svet­la­na Alexie­vit­ch deux livres qui m’ont par­ti­cu­liè­re­ment bou­le­ver­sé : La Sup­pli­ca­tion (1997) et La Guer­re n’a pas un visa­ge de fem­me (1985).

2290300314Le pre­mier, sous-titré Tcher­no­byl, chro­ni­que du mon­de après l’apocalypse, témoi­gne avec for­ce de l’univers ter­ri­fiant d’après la catas­tro­phe ; les témoi­gna­ges ras­sem­blés don­nent au dra­me sa dimen­sion plei­ne­ment humai­ne, dépein­te sans arti­fi­ce aucun par les témoins et acteurs directs. Une « réa­li­té noi­re », signi­fi­ca­tion lit­té­ra­le de « Tcher­no­byl », ain­si que le sou­li­gne un pho­to­gra­phe, expli­quant pour­quoi il ne prend pas de pho­tos en cou­leur…

Plus loin, un liqui­da­teur racon­te com­ment se blo­quaient les dosi­mè­tres éta­lon­nés jusqu’à deux cents rönt­gens, tan­dis que des jour­naux écri­vaient : « Au-des­sus du réac­teur, l’air est pur » ! « On nous don­nait des diplô­mes d’honneur. J’en ai deux. Avec Marx, Engels, Léni­ne et des dra­peaux rou­ges. »

Une fem­me, épou­se d’un liqui­da­teur, racon­te l’agonie de son hom­me : « Un matin, au réveil, il ne pou­vait pas se lever. Et ne pou­vait rien dire… Il ne pou­vait plus par­ler… Il avait de très grands yeux… C’est seule­ment à ce moment-là qu’il a eu peur… […] Il nous res­tait une année. […] L’homme que j’aimais tel­le­ment […] se trans­for­mait devant mes yeux… en un mons­tre… » Le res­te de ce témoi­gna­ge, oui, c’est une sup­pli­ca­tion ; elle est insup­por­ta­ble et pour­tant on se doit de la lire jusqu’au bout.

Pour l’Union sovié­ti­que, cet­te catas­tro­phe a son­né le début de la fin, qui eut lieu trois ans après. Ses cau­ses en sont autant poli­ti­ques que tech­ni­ques, contrac­tion implo­si­ve d’un sys­tè­me dément et d’une incon­sé­quen­ce scien­tis­te.

Ce livre consti­tue aus­si le plai­doyer le plus impla­ca­ble contre l’énergie nucléai­re dite « paci­fis­te ». Rap­pel : Il y a plus de 400 réac­teurs nucléai­res dans le mon­de – dont 58 en Fran­ce.

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Autre grand livre : La guer­re n’a pas un visa­ge de fem­me… mais les fem­mes ont été de tou­tes les guer­res. En par­ti­cu­lier les fem­mes rus­ses enrô­lées dans l’Armée rou­ge et envoyées au front contre les Alle­mands : auxi­liai­res de tou­tes sor­tes, de tou­tes cor­vées, blan­chis­seu­ses de lin­ge gor­gé de sang, infir­miè­res, bran­car­diè­res, méde­cins, cui­si­niè­res, puis com­bat­tan­tes, tireurs d’élite. Des héroï­nes au même titre que les liqui­da­teurs de Tcher­no­byl. Avec leurs témoi­gna­ges tout aus­si insup­por­ta­bles.

• Svet­la­na Alexan­drov­na Alexie­vit­ch, écri­vai­ne et jour­na­lis­te rus­so­pho­ne, ukrai­nien­ne par sa mère et bié­lo­rus­se par son père, est une dis­si­den­te irré­duc­ti­ble, tant sous le régi­me sovié­ti­que que dans la Rus­sie pou­ti­nien­ne et la Bié­lo­rus­sie du dic­ta­teur Lou­ka­chen­ko.

On lui doit aus­si Cer­cueils de zinc (1991), sur la guer­re sovié­to-afgha­ne, Ensor­ce­lés par la mort, récits (1995), sur les sui­ci­des de citoyens rus­ses après la chu­te du com­mu­nis­me et Der­niers Témoins (2005), témoi­gna­ges de fem­mes et d’hommes qui étaient enfants pen­dant la Secon­de Guer­re mon­dia­le. Enfin, en 2013, La Fin de l’homme rou­ge ou le temps du désen­chan­te­ment, recueille des cen­tai­nes de témoi­gna­ges dans l’ex-URSS (prix Médi­cis essai et « meilleur livre de l’année » par le maga­zi­ne Lire.)

Le prix Nobel de lit­té­ra­tu­re la consa­cre pour « son œuvre poly­pho­ni­que, mémo­rial de la souf­fran­ce et du cou­ra­ge à notre épo­que ».

 

Lire aus­si : Tcher­no­byl – Fuku­shi­ma. 25 ans après, « la leçon de Tcher­no­byl n’a pas été appri­se »

Tcher­no­byl. La ter­reur par le Men­son­ge


Titanic amer 2015 – en avant toute vers la cata !

par Serge Bourguignon*

Prenons cet article pour un signe des temps : celui d'un (possible) retour vers les utopies. À preuve, cette référence (ci-dessous) à l'An 01, de feu Gébé, de la bande d'Hara-Kiri et co-auteur avec Jacques Doillon, Alain Resnais et Jean Rouch, du film du même nom (1973). À preuve, surtout, l'objet même de ce raccourci stimulant qui donne à (entre)voir le cargo Capitalisme lancé plein cap sur la catastrophe. En quoi il serait grand temps de repenser l'avenir !

Aujourd'hui plus qu'hier, la grande majorité des habitants des pays surdéveloppés est comme abasourdie par une prolifération fantastique d’absurdités criantes. Le confort minimal garanti hier encore par l’Etat Providence est désormais remis en question par l’immondialisation de l'économie,  et ce sont les mieux lotis qui expliquent aux moins bien lotis qu’il est temps d’expier la grande dette économique par une grande diète sociale.

La liberté despotique des mouvements de capitaux a détruit des secteurs entiers de la production et l’économie mondiale s’est transformée en casino planétaire. La règle d’or du capitalisme a toujours été, dès la première moitié du XIXe siècle,  la minimisation des coûts pour un maximum de profits, ce qui impliquait logiquement les salaires les plus bas pour une productivité la plus haute possible. Ce sont des  luttes politiques et sociales qui ont contrecarré cette tendance, en imposant des augmentations de salaires et des réductions de la durée du travail, ce qui a créé des marchés intérieurs énormes et évité ainsi au système d’être noyé dans sa propre production.

Le capitalisme ne conduit certainement pas naturellement vers un équilibre, sa vie est plutôt une succession incessante de phases d’expansion – la fameuse expansion économique – et de contraction – les non moins fameuses crises économiques. Les  nouvelles politiques d’interventions de l’Etat dans l’économie, dès 1933 aux Etats-Unis, pour une meilleure répartition du produit social ont été rageusement combattues par l’establishment capitaliste, bancaire et académique. Pendant longtemps les patrons ont proclamé qu’on ne pouvait pas augmenter les salaires et réduire le temps de travail sans entraîner la faillite de leur entreprise et celle de la société tout entière ; et ils ont toujours trouvé des économistes pour leur donner raison. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale qu’augmentations des salaires et régulation étatique ont été acceptées par le patronat, ce qui a entraîné la phase la plus longue d’expansion capitaliste : les « Trente Glorieuses ».

Dès les années 1980, cet équilibre entre le capital et le travail a été détruit par une offensive néo-libérale (Thatcher, Reagan et, en France, dès 1983, Mitterrand) qui s’est étendue à toute la planète. Cette contre-révolution économique a permis  un retour insensé au « libéralisme » sauvage, qui a profité aux grandes firmes de l’industrie et de la finance. Par ailleurs, la monstruosité devenue évidente des régimes soi-disant communistes et réellement totalitaires (ce n’était pas la dictature du prolétariat, mais la dictature sur le prolétariat) a discrédité pour longtemps l’idée même d’émancipation sociale. L’imaginaire capitaliste a fini par triompher.

À tremper sans vergogne dans les eaux glacées du calcul égoïste, les décideurs ont perdu toute lucidité. Ils ont ainsi éliminé les quelques garde-fous que 150 ans de luttes avaient réussi à leur imposer. Les firmes transnationales, la spéculation financière et même les mafias au sens strict du terme mettent à sac la planète sans aucune retenue. Ici il faudrait accepter de se serrer la ceinture pour être concurrentiels. Les élites  dirigeantes se goinfrent  de manière décomplexée, tout en expliquant doctement à la population médusée qu’elle vit  au-dessus de ses  moyens. Aucune « flexibilité » du travail dans nos vieux pays industrialisés ne pourra résister à la concurrence de la main-d’œuvre « à bas coût » (comme ils disent) de pays qui contiennent un réservoir inépuisable de force de travail. Des centaines de millions de pauvres sont mobilisés brutalement dans un processus d’industrialisation  forcenée. Et là-bas comme ici, ce sont des hommes que l’on traite comme quantité négligeable,  c’est notre Terre patrie et ses habitants que l’on épuise toujours plus.

Toujours plus, toujours plus … mais toujours plus de quoi ? Plus d’intelligence et de sensibilité dans nos rapports sociaux ? Plus de beauté dans nos vies ?  Non. Le superflu prolifère, alors que le minimum vital n’est même pas toujours là, et que l’essentiel manque. Plus de téléviseurs extra-plats, plus d’ordinateurs individuels, plus de téléphones portables. C’est avec des hochets qu’on mène les hommes. « Nulle part il n’existe d’adulte, maître de sa vie, et la jeunesse, le changement de ce qui existe, n’est aucunement la propriété de ces hommes qui sont maintenant jeunes, mais celle du système économique, le dynamisme du capitalisme. Ce sont des choses qui règnent et qui sont jeunes ; qui se chassent et se remplacent elles-mêmes. », écrivait déjà Guy Debord en 1967 dans La Société du spectacle.

un-pas-de-côté

Dessin de Gébé.

La société libérale avancée (pour ne pas dire avariée…) est en phase de décomposition et, comme au temps de la décadence de l’Empire romain, Du pain et des jeux est le credo abrutissant des immenses foules solitaires. Toutefois, de belles et bonnes âmes prônent l’adoption d’un développement durable, plus doux pour les humains et leur environnement : on ralentirait  les processus dévastateurs, on consommerait moins de combustibles fossiles, on ferait des économies, etc. Mais c’est  un peu comme si l’on conseillait au commandant du Titanic de simplement réduire la vitesse de son vaisseau pour éviter l’iceberg naufrageur, au lieu de lui faire changer de cap.Le dessinateur utopiste Gébé était beaucoup plus réaliste quand il écrivait dans L’An 01, au début des années 1970, cette formule provocante :« On arrête tout. On réfléchit. Et c’est pas triste. »Un tel propos peut sembler dérisoire, pour ne pas dire révolutionnaire. Mais tout le reste, toute cette réalité qui se morcèle  sous nos yeux, n’est-ce pas  plus dérisoire encore ?Nous avons toute une multitude de chaînes à perdre. Des douces et des moins douces…Et nous avons un monde tout simplement vivable à reconstruire.Ce sera maintenant ou jamais...

* Un simple citoyen, Paris, le 25 mai 2015 onreflechit@yahoo.fr

 • Une première version de ce texte est parue le 1er mai 2010 sous le titre "Titanic Amer"
sur le Blog de Paul Jorion, consacré au déchiffrage de l'actualité économique (www.pauljorion.com/blog).

• Pour mieux comprendre dans quel monde étrange nous vivons, on peut lire La  "rationalité" du capitalisme (dont la première partie de ce texte est librement inspirée), de Cornélius Castoriadis, disponible en poche dans Figures du pensable (1999).

• Le film L'An 01 peut être vu en entier ci-dessous - tout de suite (1h 24). 


À propos d’élections et de démocratie…

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Un vieux sujet de réflexion, tou­jours actuel

À pro­pos d’élections, le tableau ci-des­sus expri­me bien des cho­ses… Il résul­te d’une enquê­te menée auprès de 2.800 per­son­nes pour le comp­te des Échos, le quo­ti­dien de l’économie libé­ra­le – que je me per­mets ain­si de citer, une fois n’est pas cou­tu­me. À cha­cun sa pro­pre lec­tu­re de cet­te « pho­to­gra­phie ».

Mer­ci à ma fille de m’avoir envoyé ce docu­ment, accom­pa­gné de son com­men­tai­re : « En tout cas, cer­tains ont bien inté­rêt à ne pas trop édu­quer les mas­ses... »

Nous tou­chons là à l’essence de la démo­cra­tie, que Chur­chill consi­dé­rait com­me, le « pire sys­tè­me de gou­ver­ne­ment, à l’exception de tous les autres qui ont pu être expé­ri­men­tés ». [« Demo­cra­cy is the worst form of Govern­ment except all tho­se other forms that have been tried from time to time ». Wins­ton Chur­chill, 11 novem­bre 1947, à Lon­dres, Cham­bre des com­mu­nes].


Capitalisme netarchique. Plein de clics, plein de fric

Sur son blog et dans sa revue de pres­se domi­ni­ca­le, mon cama­ra­de Daniel Chai­ze ne man­que pas de décou­per les meilleurs mor­ceaux dans le lard de la bête média­ti­que. Exem­ple, extrait de Libé de same­di :

[…] Les capi­ta­lis­tes netar­chi­ques (Face­book, Goo­gle, Ama­zon, …) fonc­tion­nent avec 100 % des reve­nus pour les pro­prié­tai­res et 0 % pour les uti­li­sa­teurs qui cocréent la valeur de la pla­te­for­me. C’est de l’hyperexploitation ! Ce sont des modè­les para­si­tai­res : Uber n’investit pas dans le trans­port, ni Airbnb dans l’hôtellerie, ni Goo­gle dans les docu­ments, ni You­Tu­be dans la pro­duc­tion média­ti­que.

Michel Bau­wens, théo­ri­cien de l’économie col­la­bo­ra­ti­ve, Libé­ra­tion, 21 mars 2015

C’est dit et bien dit. On n’aura moins d’excuses à cli­quer com­me ça, ingé­nu­ment et à tour de bras, pour un oui ou un non, pour un rien. Cha­cun de nos clics (à part sur les blogs inno­cents et purs de tout com­mer­ce – et qui enri­chis­sent au sens noble) finis­sent en mon­naie son­nan­te et non tré­bu­chan­te : pas la moin­dre hési­ta­tion quand il s’agit d’engrosser les escar­cel­les déjà débor­dan­tes des capi­ta­lis­tes netar­chi­ques – rete­nons l’expression.

C’est ain­si, en effet, que les plus gros­ses for­tu­nes mon­dia­les se sont consti­tuées à par­tir de petits riens, mul­ti­pliés par trois fois rien, ce qui finit par fai­re beau­coup et même énor­me ! C’est là l’application moder­ne d’un des fon­de­ments de l’accu­mu­la­tion du capi­tal, com­me disait le vieux bar­bu : ven­dre « pas cher » de façon à ven­dre beau­coup. Pas cher : jus­te au-des­sus du prix que les pau­vres peu­vent payer, quit­te à s’endetter – les ban­ques, c’est pas pour les chiens. Et l’avantage, avec les pau­vres, c’est qu’ils sont nom­breux et se repro­dui­sent en nom­bre !

Cet­te fois, ces netar­chi­ques font enco­re plus fort : ils ven­dent du vent et en tirent des for­tu­nes. Et, sur­tout, sans don­ner l’impression qu’ils s’empiffrent ! Ni qu’ils nous escro­quent puisqu’ils « ren­dent ser­vi­ce », ces bra­ves gens, en « flui­di­fiant l’économie », qu’ils pom­pent sans ver­go­gne – et sans même payer d’impôts dans les pays d’implantation ! –, rui­nant des sec­teurs entiers dans les­quels les pau­vres sur­vi­vaient en trou­vant quel­que rai­son d’exister socia­le­ment.

Voyez les taxis, par exem­ple. Une tech­no­lo­gie exploi­tée par des filous (Uber) a com­men­cé à les ren­dre obso­lè­tes, désuets quoi, bons à jeter. Ils avaient un métier (quoi qu’on puis­se dire de cer­tains d’entre eux, mar­gou­lins à l’ancienne), une pla­ce et une fonc­tion socia­les, par­ti­ci­paient à l’économie géné­ra­le de l’échange. N’importe qui (au chô­ma­ge par exem­ple) peut désor­mais les rem­pla­cer, au pied levé, et au noir bien sou­vent…

1984-orwell

1984”, film de Michael Rad­ford d’après Geor­ge Orwell

Ain­si se détruit tout un tis­su, cer­tes non par­fait, mais dont la dis­pa­ri­tion sera dom­ma­gea­ble à l’ensemble de nos socié­tés.

Ain­si nais­sent les nou­veaux empi­res, par glis­se­ments insen­si­bles dans la déma­té­ria­li­sa­tion des échan­ges et d’une gran­de par­tie de la pro­duc­tion mar­chan­de.

Ain­si s’instaure le nou­vel impé­ria­lis­me, que ni Hux­ley ni Orwell n’avaient ima­gi­né dans sa for­me, mais qui réa­li­se bien le contrô­le mon­dial de l’économie sous la tota­li­té (tota­li­tai­re), ou qua­si tota­li­té, de ses varian­tes. Avec, com­me corol­lai­re – à moins que ça n’en consti­tue les pré­mis­ses – le contrô­le phy­si­que et men­tal des indi­vi­dus (déjà bien avan­cé !), le plus sou­vent avec leur consen­te­ment pas­sif – ce qui est le fin du fin dans l’accomplissement de l’aliénation géné­ra­le.

Mais où sont les labo­ra­toi­res de la révo­lu­tion qui s’opposera à ce désas­tre annon­cé ? Les netar­chi­ques seraient-ils déjà en train de s’en occu­per ?…


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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