On n'est pas des moutons

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Tchernobyl – Fukushima. 25 ans après, « la leçon de Tchernobyl n’a pas été apprise »

Cli­quer sur l’image pour lire mon article d’il y a cinq ans (déjà…)

26 avril 1986, catas­trophe de Tcher­no­byl. Voilà vingt-​cinq ans. Une réfé­rence pour la fameuse échelle INES, atteinte à son niveau 7, le plus élevé. Atteintes humaines et envi­ron­ne­men­tales incal­cu­lables – des vic­times par cen­taines de mil­liers, décé­dées ou malades ; un ter­ri­toire grand comme la Suisse rendu invi­vable à jamais… Un quart de siècle plus tard, la cen­trale japo­naise de Fuku­shima entre en « com­pé­ti­tion » en attei­gnant à son tour le niveau 7. Pour autant « on » n’ose par­ler de « catas­trophe ». « On » pré­fère euphé­mi­ser, jouer sur le temps, implo­rer le miracle du dieu Tech­nique. « On » : nucléo­crates et poli­tiques fon­dus dans le même moule du ren­de­ment éco­no­mique, de cette ren­ta­bi­lité dans laquelle le fac­teur humain ne consti­tue qu’une variable parmi d’autres. Sauf que la « variable » humaine pour­rait bien se rebif­fer plus sévè­re­ment qu’il y a vingt-​cinq ans où l’ « excuse sovié­tique » – les « Popofs » étant alors consi­dé­rés avec mépris d’un niveau tech­nique inférieur… – avait été invo­quée. La « supé­rio­rité occi­den­tale », celle des cen­trales de concep­tion états-​unienne ins­tal­lées au Japon, comme en France d’ailleurs, a donc apporté la preuve de ses propres limites, met­tant à bas le dogme de l’énergie la plus sûre… Peut-​être mais…, nous dit l’écrivaine bié­lo­russe Svet­lana Alexievitch, «la leçon de Tcher­no­byl n’a pas été apprise»

La catas­trophe de Fuku­shima aura sans doute – quoi qu’il en soit de ses consé­quences – per­mis de battre en brèche l’omerta nucléa­riste. Du moins en aura-​t-​elle pris un sérieux coup, obli­geant à recon­si­dé­rer les fameux dogmes tech­ni­cistes, mais aussi les choix éner­gé­tiques fon­da­men­taux, les poli­tiques de déve­lop­pe­ment, et même la démo­cra­tie elle-​même prise la main dans le sac du secret, du men­songe, de la for­fai­ture. Mais la bête se débat ! (Voir ici à ce pro­pos :Le nucléaire est affaire trop dan­ge­reuse pour la lais­ser aux mains des nucléo­crates !)

Même à armes inégales, le débat sur les choix éner­gé­tiques et de société a été for­te­ment réac­tivé. De même que celui, com­bien fon­da­men­tal, sur les tra­vailleurs du nucléaire, et tout par­ti­cu­liè­re­ment ceux de la sous-​traitance. Cette pra­tique de forme escla­va­giste – cette mal-​traitance – s’est déve­lop­pée et accé­lé­rée depuis le début de pri­va­ti­sa­tion du sec­teur de l’électricité et la démo­li­tion des ser­vices publics en géné­ral. Ainsi EDF en est-​elle venue à se désen­ga­ger en quelque sorte de la main­te­nance et indi­rec­te­ment de la sûreté de ses ins­tal­la­tions. En recou­rant à du per­son­nel cor­véable (moins cher, peu reven­di­ca­tif, peu regar­dant – par néces­sité – sur les risques sani­taires), l’électricien indus­triel se lave les mains de la dan­ge­ro­sité de ses acti­vi­tés, ou tout au moins les déplace-​t-​elle vers les entre­prises pri­vées de cette sous-​traitance.

(Lire la suite…)


Ça plane – deux fois, sais-​tu – pour Sarkozy : deux avions pour un Paris-​Bruxelles…

On en est à comp­ter les tours d’avion de la ministre des affaires étran­gères du temps de la dic­ta­ture tuni­sienne de Ben Ali. Soit, il faut comp­ter. Et comp­ter aussi, tant qu’affaires étranges, les autres tours d’avion de notre ver­tueux (pour les autres) et tou­jours aussi bling-​bling de président.

La presse belge a ainsi épin­glé, ce samedi 5 février, le dépla­ce­ment effec­tué la veille par le pré­sident fran­çais. Celui-​ci, selon les quo­ti­diens belges, a choisi de faire les 300 kilo­mètres qui séparent les deux capi­tales avec... deux avions. Outre l’avion pré­si­den­tiel, le fameux A330, en ser­vice depuis 2010 et rebap­tisé «  Air Sarko One  » par ses détrac­teurs, la pré­si­dence fran­çaise avait éga­le­ment affrété un Fal­con Tx, plus petit. La télé­vi­sion belge a filmé les deux appa­reils qu’on peut voir ici :

L’achat et la mise en ser­vice de l’A330 pré­si­den­tiel avaient déjà donné lieu à une polé­mique sur le coût de l’appareil et de sa trans­for­ma­tion pour répondre aux besoins du chef de l’Etat : 176 mil­lions d’euros au total. Celui-​ci com­mu­nique depuis sur l’économie réa­li­sée en ven­dant les deux appa­reils pré­cé­dents. Il a éga­le­ment pré­cisé à quelques reprises que cet avion serait moins pol­luants que les deux A 319 uti­li­sés pré­cé­dem­ment. L’argument fait flop pour le voyage en ques­tion. De Paris à Bruxelles, le TGV Tha­lys met en moyenne une heure vingt. Une heure de vol de l’A330 pré­si­den­tiel revient envi­ron à 20 000 euros ; celle d’un Fal­con TX revient à 7700 euros. Le billet de train, lui, coûte 141 euros en pre­mière… A vos calculettes !

Le men­suel Terra Eco avait déjà asti­coté la pré­si­dence sur cette ques­tion, esti­mant, en novembre 2010, que Nico­las Sar­kozy était le 6e plus grand émet­teur de CO2 parmi les chefs d’Etat et de gou­ver­ne­ment. « S’il avait voyagé avec Air Sarko One dès cette année (2010), ajoute le maga­zine, il aurait mul­ti­plié par 2,5 ses émis­sions de CO2. Ce qui l’aurait ramené en deuxième posi­tion de ce clas­se­ment », juste après Obama. Allez, encore un effort !

À l’été 2010, Sar­kozy avait fait vali­der par Mati­gnon une note deman­dant aux ministres d’éviter autant que pos­sible les dépla­ce­ments en avion s’ils pou­vaient les rem­pla­cer par le train. [Source : LeMonde​.fr]

» Désolé pour cette sata­née pub col­lante que je ne par­viens pas à reti­rer de la vidéo…


Henri Montant, alias Arthur. Journaliste, satiriste, écologiste

Ph. Le Télégramme

J’apprends par mon pote Lan­glois, dans Panouille, son blog, la mort d’Henri Mon­tant. Celui qui se fai­sait appe­ler Arthur sous ses billets acé­rés, sauf dans Le Monde, où ça n’aurait pas fait sérieux. Arthur, le barbu à la pipe et au regard plissé, comme pour aug­men­ter la pro­fon­deur du champ, sur­tout celui si étendu de la conne­rie. Il fut donc de la bande à Charlie-​Hebdo (de l’époque Cho­ron) et plus encore de celle de La Gueule Ouverte (de Four­nier et Isa­belle Cabut), au temps où l’on pas­sait de l’ « environnement » à l’écologie, y com­pris et sur­tout au sens poli­tique (can­di­da­ture de René Dumont à la pré­si­den­tielle de 74).

On le retrou­vera plus tard dans les feuilles libres et liber­taires comme La Grosse Ber­tha, CQFD, Siné Hebdo et Bakchich.

Nos routes se sont sou­vent croi­sées, notam­ment au temps où nous pas­sions le flam­beau, au Centre de for­ma­tion des jour­na­listes, à Paris.

Il n’est pas mort de la Légion d’honneur, mais d’un can­cer samedi en Bre­tagne, à 70 ans.

Ber­nard Lan­glois lui rend le bel hom­mage, que des lec­teurs enri­chissent, notam­ment Isa­belle Cabut. Le mieux est d’y aller voir.

On lira aussi un beau por­trait de lui par Jacques Chan­teau, dans Le Télé­gramme du 27 mars 2009, alors qu’il pré­si­dait à Mor­laix le jury d’un fes­ti­val de films, «Court mais bref».


Borloo, ami, bienfaiteur, protecteur des gros 4 x 4

À mes yeux (révul­sés), et je ne dois pas être seul, les 4 x 4 repré­sentent un double affront : à la misère du monde et à la souf­france de la pla­nète. Or, que n’apprends-je à la der­nière page du Canard ? Que Bor­loo, le gusse des Gre­nelle et autres fal­ba­las du déve­lop­pe­ment «durable», a signé en mai 2009 – on l’apprend plus d’un an après ! – un arrêté accor­dant, dixit le Canard, «de beaux avan­tages fis­caux» aux gros 4 x 4.

En effet, par ce décret, les entre­prises peuvent les faire homo­lo­guer comme véhi­cules uti­li­taires et ainsi échap­per au malus éco­lo­gique et à la fis­ca­lité anti-​monoxyde de car­bone ! Aux construc­teurs et pachas recon­nais­sants : Bravo le ministre des éco­no­mies d’énergie de pognon !

Selon une note interne de BMW, très concerné et réjoui, l’économie fis­cale se monte à 31 863 euros sur quatre ans pour un modèle vendu 64 000 euros – soit la moi­tié du prix d’achat du monstre ! Oui, vous vous frot­tez les yeux… Nous, citoyens impo­sés, payons la moi­tié de cet engin de luxe qui pue le fric, nous pompe l’air, nous nargue et nous condamne à nous ser­rer les cein­tures des retraites et des ser­vices publics !

De même que nous cas­quons pour offrir à la Bet­ten­court son île pri­vée aux Seychelles !

On dira que les riches bagno­lards pour­ront se rache­ter une bonne conscience (s’ils en ont une mau­vaise…) en signant un chèque « com­pen­sa­tion car­bone » – à l’ordre de BP, tant qu’à faire !

Alors Bor­loo, qu’est-ce qu’on dit de ça ? Ben, euh… que c’est pas moi mais l’Europe et ses direc­tives… Bla­bla habi­tuel. Parce que si ce grand résis­tant à la tech­no­cra­tie bruxel­loise s‘était opposé à pareil méfait, on l’aurait peut-​être su.

Et dire que les fonds de l’État sont si bas qu’on doive immo­ler sur l’autel de la Vertu exem­plaire deux minis­trions ama­teurs de grand luxe… Vrai­ment, comme dit l’empereur, « dans quelle époque vivons nous !? » Et com­bien de temps lui donnons-​nous à cette mer­veilleuse époque ?

Nos docu­ments exclusifs :

1) Jean-​Louis Bor­loo étren­nant son tout nou­veau gros 4×4 et écra­sant du même coup la prime carbone…

2) Le véhi­cule de rem­pla­ce­ment du ministre, dans la cour de l’Élysée, garé juste devant celui du maître.

Merci Tati, merci Mon oncle !


Charlie Jazz Festival à Vitrolles. Trois soirs sans foot !

PROMO : Atten­tion, c’est ven­dredi 2, samedi 3 et dimanche 4 juillet, dès 18 heures ! Char­lie Jazz Fes­ti­val, édi­tion 13, dans le « 13 », Bouches du Rhône, Pro­vence, écrin de ver­dure sur­volé de pla­tanes tri­cen­te­naires, Domaine de Font­blanche, Vitrolles.

L’essentiel est dit, sauf la musique, la fête, la ren­contre. Avec le lieu, avec les autres, avec le jazz de haute volée. Non mais, voyez-​moi un peu le pro­gramme : Jean-​Marie MACHADO (piano), Enrico RAVA (trom­pette), Mina AGOSSI (chant), Odean POPE (saxo), Jeff « Tain » WATTS (bat­te­rie). Ça c’est pour les têtes d’affiche qui, par défi­ni­tion et injus­te­ment, prennent la pre­mière place. En atten­dant la relève, déjà à pleines dents : le groupe MELC, avec Denis JONES, gui­tare (en rési­dence au Mou­lin à Jazz de Vitrolles), Fran­çois CORDAS (saxo) et son quar­tet, le trio SASHIRD LAO et le quin­tet de Florent PUJUILA (anches) ... Sans oublier les fan­fares : La Méca­nique des Fluides, Same­na­koa, Won­der­brass.

Un fes­ti­val de jazz, et éga­le­ment un « éco-​festival » sen­sible aussi à la musique éco­lo­gique : res­tau­ra­tion et bois­sons bio, recy­clage des déchets, éclai­rage par Led, toi­lettes sèches, co-​voiturage, etc.

De Pro­vence ou de pas­sage, ce serait trop bête de rater le Char­lie Jazz Fes­ti­val. Ne serait-​ce que pour se repo­ser du Mondial…

Vous aurez pigé que cet appel n’est rien moins qu’un copi­nage. Y a pas qu’à l’Ump’ qu’on se ren­voie des ascen­seurs. Sauf que celui-​ci n’a rien de doré, qu’il ne mène pas aux Sey­chelles mais tout bon­ne­ment à un bout de para­dis du jazz et du plai­sir de vivre. Et en plus de ça, si vous me ren­voyez votre nom par cour­riel, vous béné­fi­cie­rez d’un tarif réduit de 15 euros la soi­rée (quatre concerts !) au lieu de 20. Suf­fira de vous pré­sen­ter de ma part à l’accueil. Pas beau ça ?

Odean Pope, un col­tra­nien au phrasé pro­fond (Dimanche soir, il se retourne…)

Comptes ren­dus, extraits vidéo et pho­tos des trois jours de fes­ti­val se trouvent là :

http://​www​.concer​tandco​.com/​m​a​r​s​e​i​l​le/


Allègre s’estime diffamé par Politis, qu’il attaque en justice

L’ancien ministre Claude Allègre s’estime dif­famé par une tri­bune parue dans Poli­tis le 18 juin 2009. Le texte por­tait les signa­tures de huit per­son­na­li­tés du monde uni­ver­si­taire, scien­ti­fique ou asso­cia­tif. L’hebdo lance une péti­tion de sou­tien.

Les auteurs de la tri­bune qui dérange Allègre, ainsi que le direc­teur de la publi­ca­tion, ont été mis en exa­men pour « dif­fa­ma­tion publique envers un fonc­tion­naire public ». Ledit fonc­tion­naire n’est autre que Claude Allègre, dont Patrick Piro brosse le por­trait dans le numéro en cours.

«Nous n’aimons guère l’adjectif « contro­versé », écrit Denis Sief­fert, le rédac­teur en chef, Mais s’il s’applique à quelqu’un, c’est bien à Claude Allègre. L’homme est de nou­veau, aujourd’hui, au cœur d’une contro­verse qu’il a lui-​même pro­vo­quée en contes­tant vio­lem­ment les tra­vaux des cli­ma­to­logues qui nous mettent en garde contre les consé­quences de cer­taines acti­vi­tés humaines sur l’avenir de la pla­nète. Il est entré dans ce débat comme tou­jours, sans être trop regar­dant sur les moyens ni les argu­ments. Comme un mau­vais rug­by­man dans la mêlée : en pié­ti­nant ses adver­saires. Contrai­re­ment à la pré­sen­ta­tion que l’on fait de lui dans cer­tains médias com­plai­sants, il n’est pas un « scep­tique ». Le scep­ti­cisme ne peut pas plus s’appliquer aujourd’hui aux conclu­sions des cli­ma­to­logues du monde entier qu’à la roton­dité de la terre. Ce que M. Allègre appelle impro­pre­ment scep­ti­cisme, c’est l’incrédulité de l’ignorance. Et pire encore : l’exploitation de cette incré­du­lité par quelqu’un qui sait.

«Mais, en juin 2009, lorsqu’est paru sous le titre « Claude Allègre : ques­tion d’éthique » le texte de Poli­tis, l’important per­son­nage avait une autre actua­lité. On par­lait de lui comme minis­trable dans le gou­ver­ne­ment Fillon. Il s’apprêtait à deve­nir dans le domaine des sciences et de l’éducation ce qu’Éric Bes­son, ancien socia­liste comme lui, est à la soli­da­rité et aux droits de l’homme. Aurions-​nous, mal­en­con­treu­se­ment, inter­féré dans ce calen­drier ? Serait-​ce la cause de la colère de Claude Allègre à notre égard ? Quoi qu’il en soit, nous vou­lons dire ici que, ce texte, nous sommes fiers de l’avoir publié et nous l’assumons plei­ne­ment aux côtés de nos sept amis – sept, hélas, et non pas huit, puisque Jean-​Yves Bar­rère, emporté par la mala­die, nous a quit­tés depuis. Ce texte, il peut se lire comme un bilan cri­tique de toute une car­rière. Mais aussi comme pré­mo­ni­toire de la polé­mique sur le cli­mat. Preuve de sa double actualité.»

»> Voir aussi : Allègre, GIEC, curés pédo­philes. Science et reli­gion dans le plus obs­cur climat


Louisiane. Le pétrole touche terre

L’envoyé spé­cial en Loui­siane du quo­ti­dien bre­ton Le Télé­gramme l’atteste : le pétrole a bien tou­ché l’embouchure du Mis­sis­sippi. Plages, rochers et maré­cages sont souillés et la nappe, témoigne Pas­cal Bodéré, atteint par­fois jusqu’à un mètre d’épaisseur.

« C’est dégueu­lasse ». [Ph. P. Bodéré, Le Télégramme

Embar­qué sur un pneu­ma­tique de Green­peace, le jour­na­liste bre­ton raconte le « jeu » du chat et de la sou­ris que se mènent mili­tants éco­lo­gistes et garde-​côtes états-​uniens. «Regardez-​moi ça, c’est dégueu­lasse, par­tout!» déplore Paul Hors­man, de Green­peace. Sur les 300 mètres de rocaille, en effet, des spots et des plaques de pétrole bru­nissent les Jet­ties. […] Hors­man des­cend, enfile ses gants et chausse ses bottes. Il glisse ses bras entre les rochers et en res­sort à pleines mains un chewing-​gum brun dégou­li­nant. «Regardez-​moi ça. Ceci est la preuve que la nappe de pétrole est là. Invi­sible jusqu’à aujourd’hui, elle se montre enfin. Cette pol­lu­tion de ces quelques cen­taines de mètres du lit­to­ral de Loui­siane que l’on découvre là, annonce mal­heu­reu­se­ment les mil­liers de litres à venir».

[…] « La veille, pour­suit Pas­cal Bodéré, la Loui­siane mon­trait un visage effrayant. Ciel noir, déluge de pluie, vents à 120 km/​h, le tout agré­menté d’énormes éclairs se cra­shant lit­té­ra­le­ment au sol... […] «La mer a remué. La nappe avance. »


Éco-​meurtre dans le Golfe du Mexique. BP noie la marée noire dans la com’ !

Les appren­tis sor­ciers de la Bri­sith Petro­leum pataugent dans la gadoue péro­lière dans laquelle ils sont aussi en train de plon­ger l’océan et tout un éco­sys­tème. Il est à craindre qu’on n’ait encore pas mesuré toute l’ampleur de cette catas­trophe – la plus épou­van­table du genre. A défaut de pou­voir arrê­ter l’hémorragie de brut, ni même de savoir com­ment s’y prendre, BP se lance dans la… communication.

L’océan tout en noir, et en deuil de solutions.

Le groupe pétro­lier a ouvert un site Inter­net pour déployer le rideau de fumée sur la nappe noire qui s’étend à chaque seconde. Pro­chaine étape à Lourdes avec allu­mage mas­sif de cierges – vu que le pape, hier à Fatima, n’a eu rien à secouer de cette atteinte à la sainte Terre, même pas un bout de début d’homélie.

Donc, sur ce site dédié à la catas­trophe, on peut ainsi suivre les opé­ra­tions en cours, ou du moins les ten­ta­tives; mais aussi sug­gé­rer des « solu­tions alter­na­tives » . C’est dire à quel point les piteux tech­ni­ciens se trouvent dans la débine ! Ils tendent leurs sébiles à idées ! dans l’espoir de ravi­go­ter l’imagination en berne des ingé­nieurs pétroliers. Parmi les « solu­tions » envi­sa­gées, l’injection sous très haute pres­sion de cochon­ne­ries genre débris mul­tiples, mor­ceaux de pneus, balles de gol. C’est ce qu’a avancé, sans rire, l’amiral Thad Allen, chargé de coor­don­ner les opérations.

La pro­chaine « cloche » pour ten­ter de réduire la fuite. On bri­cole comme on peut…

Il y a aussi ça, qui n’est pas une blague : l’association « Mat­ter of trust » récu­père des… che­veux sur tout le conti­nent pour en rem­plir des bas afin d’en faire des éponges à pétrole… Aussi effi­cace que des bar­rages à grillage à poules ou en végé­taux, faute de bar­rages plus effi­caces, inexis­tants… Autant vider la mer avec une cuiller à café. A pro­pos, amenez-​nous aussi le des­sert en même temps. Quant à l’addition, ce sera pour BP. Enfin, on aime­rait bien. Et si en guise de pour­boire, on leur fai­sait ava­ler leur incon­sé­quence avec un vrai boy­cott ? comme cela avait été amorcé envers Total lors du nau­frage de l’Erika…

Morale de ce nou­vel épi­sode éco-​meurtrier : l’Homme est bien le plus néfaste des ani­maux du globe.

»> Voir aussi ci des­sous Loui­siane, golfe du Mexique. La marée noire du fric, pol­lu­tion majeure


Louisiane, golfe du Mexique. La marée noire du fric, pollution majeure

Ah ! cette ter­rible pro­pen­sion des médias à digérer-​évacuer les évé­ne­ments, à les neu­tra­li­ser au fur et à mesure que l’un chasse l’autre. On ne le dira jamais assez. C’en est ainsi de cette sorte de « loi » de l’info-jetable, à l’image de nos temps à la va-​vite. Donc, en ce dimanche 2 mai, je constate que la marée noire du Golfe du Mexique se trouve déjà pha­go­cy­tée par la marée javel­li­sante de l’ « actu »: accord UE-​FMI sur la Grèce (ouf ! il y va de la finance inter­na­tio­nale – voir l’intéressante inter­view de Jean Zie­gler sur la ques­tion dans L’Humanité) ; bombe désa­mor­cée à New-​York (ouf ! on res­pire dans l’empire US et donc dans le monde…) ; PSG sacré roi du foot hexa­go­nal (ouf ! « on » a eu chaud…) ; et cætera.

Ainsi, l’actuelle catas­trophe majeure, ce trou béant qui fait sai­gner le flanc de la pla­nète, cette puru­lence qui s’en échappe et infecte le corps ter­restre, aurait déjà atteint le stade de la diges­tion par le grêle intes­tin de l’info-spectaculaire. Puisqu’il faut bien que le monde conti­nue à tour­ner tant bien que mal. Il le faut ! Impé­ra­tif absolu, et qu’importe le sens de la rota­tion… Le sens, quel sens ? Prio­rité au diver­tis­se­ment, cette poudre à mas­quer l’essentiel. Place au futile, au léger, au secon­daire, à l’insignifiant !

Petites îles madré­po­riques peu­plées de man­groves de palé­tu­viers, les îles Mou­cha et Mas­cali se trouvent à une heure de boutre de Dji­bouti. © g.ponthieu

Infer­nale, la machine à broyer l’ « info » – cette écume sans len­de­main – tourne sans relâche. Pourvu qu’on y pour­voie…, dès lors qu’à pleines pel­le­tées on gave sa chau­dière avide du drame humain mis en spec­tacle. Demain est un autre jour, un nou­vel épi­sode du grand feuille­ton de la comé­die humaine. Atten­dons donc, comme une suite annon­cée, les pro­chaines images du drame en marche : pol­lu­tion des marais à man­groves des côtes du golfe du Mexique, des­truc­tion de la flore et de la faune, mort des éco­sys­tèmes. Ça nous laisse un bon gise­ment de « belles images », une bonne nappe déri­vante d’indignations pas chères. Puis, tout ren­trera « dans l’ordre », autre­ment dit dans le chaos ordi­naire qu’on appelle la marche du monde.

Forêt lit­to­rale, inter­face entre la mer et le domaine ter­restre. © g.ponthieu

A quoi, bien modes­te­ment, j’oppose mes autres belles images, sans guille­mets tou­te­fois, prises en 2006 dans la man­grove de l’île Mou­cha, au large de Dji­bouti. Nous sommes à l’entrée de la mer Rouge, ce cor­ri­dor qui voit défi­ler une armada inces­sante de pétro­liers. Zone de conflits, de pira­tage, de grands dan­gers liés à la folie des humains. Les côtes de la mer Rouge abritent aussi une forte den­sité de man­groves, donc un vivier végé­tal et ani­mal sem­blable à celui de la Loui­siane, un acquis construit au fil des temps immé­mo­riaux – des mil­liers de siècles.

Les palé­tu­viers per­chés sur leurs racines-​échasses. ©g.ponthieu

Voici donc mes pho­tos pour égayer la noir­ceur… Et en plus, ornées d’une coquet­te­rie : En avril 2008, le pré­sident de Dji­bouti – Omar Guel­leh, poten­tat bien gan­grené – a annoncé le pro­jet de louer l’île à des inves­tis­seurs chi­nois qui pré­voient d’y construire un hôtel de luxe et un casino… La marée noire du fric, la plus dévastatrice.

Les man­groves consti­tuent les éco­sys­tèmes les plus pro­duc­tifs en bio­masse de notre pla­nète. © g.ponthieu


Film de Coline Serreau. Solutions pour aimer la terre

Ça tombe bien, au fond : le prin­temps, le tout proche temps des cerises, ce vol­can qui nous ramène à notre juste taille, ce blog émi­gré en une autre terre d’accueil et puis ce film comme une orchi­dée sur notre monde pour­ris­sant… Je parle de Solu­tions locales pour un désordre glo­bal, de Coline Ser­reau. J’avais un peu résisté aux conseils d’une amie et à cause d’un méchant arti­cu­let de Télé­rama. Dira-​t-​on jamais assez les méfaits de la cri­tique, je veux dire, en tant que chantre de l’esprit cri­tique, de ce type de cri­ti­caille : inculte, sur­faite, plus nui­sible qu’un essaim de cri­quets sur un champ de mil.

Bien fait pour ma pomme, dira-​t-​on. Certes, pas obligé ni de les lire, ni sur­tout de les écou­ter. Le pro­blème, c’est tou­jours le mélange des genres dans lequel l’information basique se trouve pas­sée à la trappe ou, pire, assas­si­née. Ainsi, en moins d’un feuillet, la Mathilde Blot­tière [Télé­rama du 10 avril 2010] dézingue un film impor­tant, utile ô com­bien, néces­saire et inté­res­sant – soit exac­te­ment l’inverse de son méchant papier. Lequel épuise ses maigres res­sources à filer une vaine oppo­si­tion entre le film de Coline Ser­reau et « Home » d’Arthus-Bertrand, le dandy et esthé­ti­sant gei­gnard. A quoi bon s’échiner avec d’aussi ineptes pro­pos ? A quoi bon, de même, déni­grer le fémi­nisme exprimé dans le film en le repro­chant à la cinéaste, alors qu’il se trouve jus­te­ment exposé par des hommes ? C’est d’ailleurs l’un des axes majeurs de la pro­blé­ma­tique de ce docu­men­taire, à savoir la dénon­cia­tion d’une agri­cul­ture pas­sée aux mains des mâles, notam­ment lors du coup de force de la soi-​disant « révo­lu­tion verte », elle-​même consé­quence de l’industrialisation outran­cière, elle-​même abou­tis­se­ment « logique » de la Guerre. La Guerre avec son grand G, et abou­tis­se­ment de quoi ? de quelle névrose de ce mâle domi­na­teur, frap­pa­dingue de la tes­to­sté­rone, n’ayant de cesse de domi­ner, vio­len­ter, assu­jet­tir la nature et en par­ti­cu­lier la terre,sans oublier au pas­sage, « acces­soi­re­ment », la femme, « sa » chose ? Machisme et machi­nisme mêmes com­bats, mêmes conver­gences dans l’Histoire des drames humains culmi­nant dans notre moder­nité en ses formes « civi­li­sées » – c’est-à-dire en appa­rence pro­prettes et douillettes, très adap­tées à la vaine dis­si­mu­la­tion, vaine puisque le spec­tacle éclate au grand jour, pour qui veut le voir. Ce ne sau­rait être le cas de la cri­ti­queuse, la télé­ra­meuse qui ne voit là que « méta­phores lourdingues ».

Or, voilà que le numéro sui­vant du même hebdo [17 avril 2010], sort sa une et un dos­sier sur la ques­tion « Le monde pay­san est-​il condamné ? » On y retrouve l’essentiel de la pro­blé­ma­tique déve­lop­pée dans le film de Ser­reau, en par­ti­cu­lier dans l’entretien avec l’agronome bien nommé, Marc Dufu­mier. Non seule­ment le constat est le même (désordre glo­bal), mais aussi les solu­tions (locales) – lesquelles pas­sant tout de même par une Résis­tance à venir, ou alors c’en sera fait d’une sorte de fas­cisme vert-​brun, cou­leur d’une terre-​Terre uni­forme parce que pillée, rui­née, traite jusqu’à la der­nière goutte de vie, comme ces pauvres vaches trans­for­mées en « usines à pis­ser le lait ». Le tout au pro­fit des Lac­ta­lis, Danone, Uni­le­ver ainsi que les Leclerc, Auchan et autres Car­re­four – tan­dis que les pay­sans dis­pa­raissent , par­fois en se sui­ci­dant : un mil­lion de moins en qua­rante ans, pas­sant de 1 600 000 en 1970 à 600 000 aujourd’hui.

L’agriculture, c’est à la fois la chaîne de la vie – com­ment peut-​elle ne pas être bio­lo­gique ? – et celle de l’Histoire, grand H comme Huma­nité. Jusqu’à ce que l’homo sapiens se mette moins à pen­ser qu’à comp­ter et à entas­ser, pour mieux domi­ner sans doute, com­bler sa peur panique du len­de­main et son vide inté­rieur pro­por­tion­nel… Le « pro­grès » l’a jeté dans la démence, où il se vautre. Afin de per­fec­tion­ner l’ « art » de la guerre il invente les plus puis­sants poi­sons (gaz mou­tarde), explo­sifs (nitrates), et les plus meur­triers engins à moteurs (tanks). Hélas la paix sur­vient ! Alors guerre à la nature, guerre à la terre ! et en avant pes­ti­cides et engrais, trac­teurs et char­rues. Et que je te fou­raille de mon soc puis­sant, mâle et fécon­deur, cette salope de terre, cette traî­née pleine de miasmes ! Et que je lui bourre la gueule de ma chi­mie du pétrole !

Agri­cul­ture de choc pour une indus­trie de guerre éco­no­mique. Le maque­reau exploite la pute autant qu’il méprise la femme. Le mac’ n’existe que dans son minable pré­sent de consom­ma­teur immé­diat, bou­li­mique. Il se fout de demain, et plus encore du futur. Sans doute incons­cient, en tout cas très con, con et mor­ti­fère, Il sème la stérilité.

Jus­te­ment par­lons aussi semences ! Un des enjeux majeurs de la vie sur terre et du deve­nir agri­cole. Tan­dis qu’on stocke les graines dans des coffres-​forts, croyant pré­ser­ver la bio­di­ver­sité, des affairistes-​industriels s’« ingénient » à en exploi­ter quelques spé­ci­mens res­treints, qu’ils tri­potent en bri­co­lant les ADN, qu’ils ver­rouillent par la même occa­sion – pas touche ! et prière de cra­cher au bas­si­net en échange de « mes » semences OGM – appro­pria­tion du vivant, bre­vets com­mer­ciaux sur le bien com­mun de l’humanité ! Ainsi ce ren­ver­se­ment total : du néo­li­thique jusqu’au XIXe siècle, les agri­cul­teurs sélec­tion­naient leurs propres semences. Désor­mais ils doivent adap­ter leurs ter­roirs aux quelques varié­tés que leur imposent les Pio­neer et Mon­santo ! Au nom de la pro­duc­ti­vité indus­trielle, des ren­de­ments en tous sens, pour des terres sté­ri­li­sées qu’il faut d’autant engrais­ser pour qu’elles pro­duisent, si c’est un jour pos­sible, des tomates car­rées plus faciles à loger dans les conte­neurs pour hypermarchés !

Et ainsi de suite… Quelle suite au fait ? C’est bien la ques­tion : que nous réserve ce monde de dingues où le soja du Bré­sil (défo­resté), vient nour­rir des ani­maux bre­tons éle­vés en bat­te­ries, dont le lisier rend l’eau imbu­vable et pol­lue la mer, tan­dis que le céréa­lier de la Beauce gave ses sillons d’engrais de syn­thèse… Et comme Pierre Rabhi dit dans le film, « bien­tôt quand on se met­tra à table, plu­tôt que de sou­hai­ter bon appé­tit, fau­dra se sou­hai­ter bonne chance »…

Voilà donc un film impor­tant, pour le moins. Parce qu’il réha­bi­lite le beau mot de pay­san, en déplo­rant le triste sort du culti­va­teur enchaîné à ses enne­mis. Parce qu’il touche au noyau vital, celui qui nous a por­tés sur cette terre, où ne sommes jamais qu’en via­ger, sinon en sur­sis. D’où l’urgence d’y vivre à plein, pas à la manque !

»> Les pho­tos sont toutes tirées du film.

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