On n'est pas des moutons

Mot-clé: islam

En langue des médias, liberté se dit laïcité

Un dimanche matin, celui d’un dimanche d’« après ». Plus tout à fait comme « avant ». Après mes ablutions, le café et toute la procédure de démarrage du lambda qui s’est couché tard pour cause de chaos mondial, j’allume mon ordi resté en mode télé de la veille. Et voilà que je tombe (France 2) sur trois lascars en cravates devisant, peinards, sur l’étymologie des prénoms musulmans en langue arabe. C’est l’émission « Islam » : fort intéressante. Je suis sur le service public de la télé. Vont suivre « La Source de vie », émission des juifs, puis « Présence protestante », puis « Le Jour du Seigneur ». Et, enfin, Nagui reprend les rênes avec « Tout le monde veut prendre sa place »… (Je n’ose voir là-dedans une hiérarchie calculée…)

Donc, pas de pain, mais du religieux et du reli-jeux… Facile ? Peut-être mais quand même un chouïa profond. Dans les deux cas, il s’agit de relier, autant que possible, selon des niveaux de croyances bien séparés de la pensée critique, en strates, en couches sédimentaires. Je veux dire qu’entre « tout ça », ça ne relie pas beaucoup… Chacun restant dans ses référents ancrés au plus profond de soi, depuis l’inculcation parentale, selon qu’on sera né à Karachi, Niamey, Los Angeles, Marseille, Paris XVIe ou Gennevilliers.

Entre-temps j’ai allumé le poste (France Culture, ma radio préférée, de loin !). Et là, dimanche oblige, vont se succéder : Chrétiens d'Orient, Service protestant, La Chronique science (trois minutes…), Talmudiques, Divers aspects de la pensée contemporaine : aujourd’hui la Grande loge de France (ça peut aussi être le Grand orient, la Libre pensée, etc., selon le tour de « garde »). Et, bien sûr, la Messe.

On est toujours sur le service public des médias d’un pays laïc et je trouve ça plutôt bien, même si, on le devine, toutes les innombrables chapelles, obédiences et autres tendances font la queue devant le bureau de la programmation de Radio France pour quémander leurs parts de prêche.

sempe-tele-laicite

– Maintenant, je voudrais vous poser la question que doivent se poser tous nos spectateurs : Comment votre concept onirique à tendance kafkaïenne coexiste-t-il avec la vision sublogique que vous vous faites de l'existence intrinsèque ? [© Sempé]

Je trouve ça plutôt bien, et qu'on nous foute la paix ! Surtout dans la mesure où – pour parler précisément de France Culture – le reste des programmes est essentiellement orienté sur la culture, au sens plein – incluant à l’occasion les religions –, et tout le champ des connaissances : philosophiques, historiques, anthropologiques, sociologiques –scientifiques en général, sans oublier l’information (les Matins avec Marc Voinchet, 6 h 30 – 9 h, sont exemplaires).

Je me dis qu’une telle radio s’inscrit dans l’« exception culturelle » française et qu’elle est précisément un produit de notre laïcité. Et je note aussi un autre effet, tout récent celui-là car lié aux attentats du 7 janvier, et en particulier le premier contre Charlie Hebdo. Il ne s’agit nullement de minimiser celui contre les juifs du magasin casher, évidemment, mais seulement d’en rester au fait de la liberté d’expression et de caricature. Je trouve, en effet, que le ton des médias a monté d’un cran dans l’expression même de cette liberté, du moins dans une certaine vigueur de langage, voire une verdeur – ce qui constitue un signe manifeste et supplémentaire de libération.

Encore un effort ! Et pourvu que ça dure.


« Charlie Hebdo ». Tenter de vivre

Riss-charlie

Lau­rent Sou­ris­seau, alias Riss, va repren­dre les rênes de « Char­lie Heb­do ».

Hier soir mar­di, au jour­nal télé, appa­ri­tion de Riss com­me un sur­vi­vant, qu’il est, de la tue­rie de Char­lie Heb­do. Regard ter­ri­ble­ment mar­qué, lui qui a vécu l’horreur, en a réchap­pé sans trop savoir com­ment ; mais abat­tu quand même, mar­qué, tou­ché par cet­te vio­len­ce abso­lu­tis­te qui l’a atteint et meur­tri. Un regard si tris­te der­riè­re des paro­les emprein­tes de séré­ni­té et peut-être aus­si d’un grand scep­ti­cis­me sur l’humanité. Le mot de Valé­ry, plus que jamais : « Le vent se lève, il faut ten­ter de vivre ».

Ce mer­cre­di matin, sur Fran­ce Cultu­re, la hau­teur de vue d’un Pier­re Nora sur les évé­ne­ments et ses sui­tes pos­si­bles, par­lant en his­to­rien de l’émergence de la « conscien­ce de soi »,  de la révo­lu­tion de « 36 », et cel­le de « 68 » qui ont chan­gé l’Histoire. Et main­te­nant ? Main­te­nant que, « dans les quar­tiers » le mot « rai­son » s’apparente à la domi­na­tion – ce mot issu des Lumiè­res, appa­ren­té « à la clas­se qui sait, et qu’on récu­se par défi­ni­tion ». Tan­dis qu’à cet­te jeu­nes­se délais­sée, sans ave­nir, « en face on pro­po­se une cau­se, une aven­tu­re, l’ivresse des armes, une cama­ra­de­rie : le roman­tis­me de la jeu­nes­se, une fra­ter­ni­té et le para­dis au bout après le sacri­fi­ce… » Alors, la tâche sera rude !

Il ne s’agira pas de se payer de mots en dénon­çant un « apar­theid ter­ri­to­rial, social, eth­ni­que » dans les quar­tiers fran­çais. Ce qui est un début. De même que déblo­quer 700 mil­lions d’euros est une maniè­re de fai­re face à l’urgence du dan­ger, tan­dis que de trai­ter les cau­ses pro­fon­des ayant conduit aux dra­mes pren­dra au moins une ou deux dizai­nes d’années.

Sans tom­ber dans la déma­go­gie, ni vou­loir tout mélan­ger, remar­quons cepen­dant que bien des décen­nies d’injustice socia­le, dans notre pays com­me dans le mon­de en géné­ral, n’ont jamais conduit à décré­ter un état d’urgence huma­ni­tai­re ! Et on relè­ve à cha­que hiver, dans les rues, à même les trot­toirs et selon le froid, des dizai­nes de morts.

Cet­te année enco­re, dans la riche sta­tion hel­vè­te de Davos, les « grands » du mon­de vont devi­ser gra­ve­ment sur l’état de l’économie mon­dia­le et « se pen­cher » sur la conjonc­tu­re et ce fait révol­tant révé­lé par un rap­port de l’ONG Oxfam :

Les 85 per­son­nes les plus riches du mon­de pos­sè­dent autant que la moi­tié la plus pau­vre de la popu­la­tion, soit 3,5 mil­liards de per­son­nes.

Y a-t-il vio­len­ce plus révol­tan­te et, de ce fait, plus géné­ra­tri­ce des désor­dres mon­diaux ? Oui, la tâche sera rude !


 

Pascal Blan­chard, his­to­rien et auteur de La Fran­ce ara­bo-orien­ta­le était mar­di l’invité de Clai­re Ser­va­jean dans le jour­nal de 13 heu­res de Fran­ce Inter. Il revient sur ce ter­me « d’Apartheid » uti­li­sé par Manuel Valls pour par­ler de la situa­tion socia­le en Fran­ce. Son ana­ly­se méri­te d’être (ré)entendue.


Pas­cal Blan­chard : « Employer des mots com­me apar­theid…  »


 

Choqués par un repor­ta­ge « sur le quar­tier de Cou­li­ba­ly » paru dans le Figa­ro le 15 jan­vier 2015, des étu­diants en jour­na­lis­me d’Ile-de-France ont publié une vidéo dans laquel­le ils disent refu­ser l »idéo­lo­gie et les pré­ju­gés ». Les Repor­ters Citoyens ont choi­si de réagir avec des mots. La Télé­Li­bre, l’EMI et Alter­mon­des, par­te­nai­res du pro­jet de for­ma­tion aux métiers du jour­na­lis­me et de l’image ont déci­dé de publier et de sou­te­nir leur tri­bu­ne.


 Réac­tion de Repor­ters Citoyens à un repor­ta­ge du Figa­ro


Poussée d’athéisme dans le monde arabe et dans l’islam

Depuis l’instauration du « cali­fat isla­mi­que  », les lan­gues com­men­cent à se délier dans le mon­de ara­be. Les cri­ti­ques ne visent plus seule­ment les « mau­vai­ses inter­pré­ta­tions de la reli­gion », mais la reli­gion elle-même. Dans le mon­de, des voix – cer­tes rares – s’élèvent aus­si par­mi la dia­spo­ra musul­ma­ne pour s’opposer à l’oppression isla­mi­que.

wafa sultanC’est le cas depuis plu­sieurs années de Wafa Sul­tan, psy­chia­tre amé­ri­ca­no-syrien­ne, exi­lée aux États-Unis, et qui s’exprime avec cou­ra­ge et véhé­men­ce sur les télé­vi­sions – dont Al Jazee­ra…  « C’est pour dire » a dif­fu­sé en 2007 deux de ses vidéos [ICI] et []. Cel­les-ci, rap­por­tées à l’actualité, pren­nent tout leur sens, notam­ment quand cet­te fem­me – mena­cée, faut-il-le dire ? – sou­li­gne avec for­ce com­bien, selon elle, il est impor­tant de fai­re bar­ra­ge au ter­ro­ris­me reli­gieux. Les pro­pos de Wafa Sul­tan, et en par­ti­cu­lier les vidéos qui la mon­trent, ont été détour­nés par d’autres fana­ti­ques, anti-isla­mi­ques en géné­ral et à l’occasion anti-Ara­bes et anti­sé­mi­tes – autant dire d’horribles racis­tes, dont de bien fran­chouillards ! (Voir le géné­ri­que de fin d’une  des deux vidéos en lien ci-des­sus).

En Fran­ce, des athées ont lan­cé un Conseil des ex-musul­mans de Fran­ce. Leur mani­fes­te remon­te à 2003. L’Obs a aus­si publié en 2013 le tex­te de Sami Bat­ti­kh, un jeu­ne vidéas­te liber­tai­re d’origine musul­ma­ne. Sous le titre para­doxal Athée, voi­ci pour­quoi je défends désor­mais la pra­ti­que de l’islam, l’auteur expo­se sa moti­va­tion anti­ra­cis­te et jus­ti­fie ain­si sa soli­da­ri­té avec les musul­mans. Il  se réfè­re à Han­nah Arendt et à sa réflexion autour de la bana­li­té du mal et de l’acceptation pas­si­ve d’une idéo­lo­gie. « Un demi-siè­cle après la publi­ca­tion de Eich­mann à Jéru­sa­lem, s’indigne l’auteur de l’article, notre socié­té n’a jamais été si pro­che de cet­te épo­que som­bre et nau­séa­bon­de. »
Les réseaux dits sociaux dif­fu­sent par ailleurs de nom­breux tweets d’ex-muslims » apos­tats, notam­ment des États-Unis.
En octo­bre der­nier, Omar Yous­sef Sulei­man, a publié sur le site liba­nais indé­pen­dant Raseef22 (Trot­toir22) un arti­cle évo­quant les pous­sées de l’athéisme dans le mon­de ara­be. Bouillon­ne­ment qu’il com­pa­re à celui qui a pré­cé­dé la Révo­lu­tion fran­çai­se…  En voi­ci des extraits :
Dans le mon­de ara­be, on pou­vait cer­tes cri­ti­quer les per­son­nes char­gées de la reli­gion, mais cri­ti­quer la reli­gion musul­ma­ne elle-même pou­vait coûter la vie à celui qui s’y ris­quait, ou du moins le jeter en pri­son. Le mot d’ordre « l’islam est la solu­tion » a été scan­dé durant tou­te l’ère moder­ne com­me une répon­se tou­te fai­te à tou­tes les ques­tions en sus­pens et à tous les pro­blè­mes com­plexes du mon­de musul­man.
 Ammar Mohammed Raseef22

Raseef22 a publié un repor­ta­ge sur ce jeu­ne Yémé­ni­te de 11 ans, Ammar Moham­med

Mais la créa­tion de l’Etat isla­mi­que par Dae­ch et la nomi­na­tion d’un “cali­fe ayant auto­ri­té sur tous les musul­mans”sou­lè­vent de nom­breu­ses ques­tions. Elles met­tent en dou­te le tex­te lui-même [les fon­de­ments de la reli­gion] et pas seule­ment son inter­pré­ta­tion, l’idée même d’une solu­tion reli­gieu­se aux pro­blè­mes du mon­de musul­man. Car, au-delà de l’aspect ter­ro­ris­te du mou­ve­ment Dae­ch, sa pro­cla­ma­tion du cali­fat ne peut être consi­dé­rée que com­me la concré­ti­sa­tion des reven­di­ca­tions de tous les par­tis et grou­pes isla­mis­tes, à com­men­cer par [l’Egyptien fon­da­teur des Frè­res musul­mans], Has­san Al-Ban­na, au début du XXe siè­cle. Au cours de ces trois der­niè­res années, il y a eu autant de vio­len­ces confes­sion­nel­les en Syrie, en Irak et en Egyp­te qu’au cours des cent années pré­cé­den­tes dans tout le Moyen-Orient.

Cela pro­vo­que un désen­chan­te­ment chez les jeu­nes Ara­bes, non seule­ment vis-à-vis des mou­ve­ments isla­mis­tes, mais aus­si vis-à-vis de tout l’héritage reli­gieux. Ain­si, en réac­tion au radi­ca­lis­me reli­gieux, une vague d’athéisme se pro­pa­ge désor­mais dans la région. L’affirmation selon laquel­le « l’islam est la solu­tion » com­men­ce à appa­raî­tre de plus en plus clai­re­ment com­me une illu­sion. Cela ouvre le débat et per­met de tirer les leçons des erreurs com­mi­ses ces der­niè­res années.

Peu à peu, les intel­lec­tuels du mon­de musul­man s’affranchissent des phra­ses impli­ci­tes, ces­sent de tour­ner autour du pot et de mas­quer leurs pro­pos par la rhé­to­ri­que pro­pre à la lan­gue ara­be qu’avaient employée les cri­ti­ques [musul­mans] du XXe siè­cle, notam­ment en Egyp­te : du [roman­cier] Taha Hus­sein à [l’universitaire décla­ré apos­tat] Nasr Hamed Abou Zayd.

Car la mise en dou­te du tex­te a une lon­gue his­toi­re dans le mon­de musul­man. Elle s’est déve­lop­pée là où domi­nait un pou­voir reli­gieux et en paral­lè­le là où l’extrémisme s’amplifiait au sein de la socié­té. [ L’écrivain ara­be des VIIIe-IXe siè­cles] Al-Jahiz et [l’écrivain per­san consi­dé­ré com­me le père de la lit­té­ra­tu­re ara­be en pro­se au VIIIe siè­cle] Ibn Al-Muqaf­fa avaient déjà expri­mé des cri­ti­ques impli­ci­tes de la reli­gion. C’est sur leur héri­ta­ge que s’appuie la désa­cra­li­sa­tion actuel­le des concepts reli­gieux et des figu­res his­to­ri­ques, relayée par les réseaux sociaux, lieu de liber­té pour s’exprimer et débat­tre.

Le bouillon­ne­ment actuel du mon­de ara­be est à com­pa­rer à celui de la Révo­lu­tion fran­çai­se. Cel­le-ci avait com­men­cé par le rejet du sta­tu quo. Au départ, elle était diri­gée contre Marie-Antoi­net­te et, à la fin, elle abou­tit à la chu­te des ins­tan­ces reli­gieu­ses et à la pro­cla­ma­tion de la Répu­bli­que. Ce à quoi nous assis­tons dans le mon­de musul­man est un mou­ve­ment de fond pour chan­ger de cadre intel­lec­tuel, et pas sim­ple­ment de pré­si­dent. Et pour cela des années de lut­te seront néces­sai­res.

Omar Yous­sef Sulei­man
Publié le 3 octo­bre 2014 dans Aseef22 (extraits) Bey­rou­th

Aseef22 entend cou­vrir les infor­ma­tions poli­ti­ques, éco­no­mi­ques, socia­les et cultu­rel­les des 22 pays ara­bes. Fon­dé en août 2013, il s’adresse aux 360 mil­lions d’Arabes.


Ajout du 25/1/15, dans L’Obs.com, sur la dif­fi­cul­té d’être athée en Egyp­te.

« Les Egyptiens pensent toujours que les athées ont besoin d’une aide médicale  »


Algérie. Une douzaine d’emprisonnements pour non observance du ramadan

Pour n’avoir pas obser­vé le jeû­ne pen­dant le rama­dan, Hoci­ne Hoci­ni, 47 ans, et Salem Fel­lak, 34 ans, deux ouvriers algé­riens, ori­gi­nai­res d’Ain El Ham­mam, près de Tizi-Ouzou en Kaby­lie, ont été jetés en pri­son ! Selon El Watan du 9 sep­tem­bre, une dizai­ne d’autres cas sem­bla­bles se sont éga­le­ment pro­duits en Kaby­lie.

Sur­pris en train de boi­re de l’eau par des poli­ciers qui ont immé­dia­te­ment pro­cé­dé à leur arres­ta­tion, audi­tion­nés ensui­te par le par­quet, ces deux Algé­riens, dont l’un est de confes­sion chré­tien­ne, incar­nent à pré­sent le com­bat contre la vio­la­tion des liber­tés fon­da­men­ta­les en Algé­rie.

Une chaî­ne de sou­tien inter­na­tio­na­le s’est mobi­li­sée contre leur pro­cès annon­cé pour le 8 novem­bre. Sur Inter­net, ACOR SOS Racis­me, une ONG suis­se, vient de lan­cer un appel de mobi­li­sa­tion, relayé dans de nom­breux pays et orga­ni­sa­tions inter­na­tio­na­les.

L’Algérie a pour­tant rati­fié les trai­tés inter­na­tio­naux rela­tifs aux droits de l’homme et notam­ment le Pac­te inter­na­tio­nal rela­tif aux droits civils et poli­ti­ques…

L’intolérance, par­ti­cu­liè­re­ment en matiè­re reli­gieu­se, demeu­re une cala­mi­té mon­dia­le. Tan­dis que la tolé­ran­ce poli­ti­que, para­doxa­le­ment, com­me aux Etats-Unis, conduit au déli­re spec­ta­cu­lai­re le pas­teur Ter­ry Jones et son grou­pe inté­gris­te de « brû­leurs de Coran », en Flo­ri­de. Ce fléau est aus­si vieux que le mon­de des croyan­ces exa­cer­bées. On ne cite­ra ici que pour mémoi­re, la com­bien emblé­ma­ti­que affai­re du che­va­lier de la Bar­re, ce jeu­ne hom­me mort dans les plus atro­ces tor­tu­res. Il n’avait pas ôté son cha­peau au pas­sa­ge d’une pro­ces­sion reli­gieu­se. Ça s’est pas­sé à Abbe­vil­le, en 1766 [affai­re évo­quée ici].

L’an der­nier, au Maroc, six jeu­nes avaient aus­si été pour­sui­vis pour refus de pra­ti­quer le rama­dan. Et n’oublions pas, bien sûr, la condam­na­tion à mort par lapi­da­tion qui pèse tou­jours sur l’Iranienne Saki­neh Moham­ma­di Ash­tia­ni, accu­sée d’adultère.

Des­sin de Zino, El Watan, Alger

Le quo­ti­dien d’Alger, El Watan, entre autres médias, fait grand bruit de ces affai­res. Has­san Moa­li s’indigne en ces ter­mes : « Ces poli­ciers, à qui, on s’en dou­te, on a mis la puce à l’oreille, n’ont stric­te­ment aucun droit de punir un non- jeû­neur. L’islam qui est une reli­gion de tolé­ran­ce, abs­trac­tion fai­te des com­por­te­ments odieux de cer­tains zélés, pro­fes­se avec for­ce «qu’en reli­gion, il n’y a point de contrain­te» (La Ikra­ha Fi Eddi­ne). Un fidè­le ou un infi­dè­le n’a de comp­te à ren­dre qu’à Dieu et non à un flic ou un autre bras armé de l’État à qui l’on deman­de de jouer au redres­seur des torts. A tort… »

De nom­breu­ses réac­tions sont publiées sur le site du jour­nal, tel­les cel­le-ci, signée « Bled miki » : « Je sou­tiens tous les non jeû­neurs, car moi même je n’ai jamais jeû­né de ma vie, je ne suis pra­ti­quant d’aucune reli­gion, j’en ai pas besoin de reli­gion pour être quelqu’un de bien, je consi­dè­re que je suis meilleur dans la bon­té que 95% des musul­mans pra­ti­quants, je le vois autour de moi, dans mon tra­vail, y a qu’en mois de rama­dan qu’ils arrê­tent de men­tir et de voler. Je ne suis pas contre aucu­ne reli­gion mais j’ai hor­reur des hypo­cri­tes.

« En tout j’en suis convain­cu d’une cho­se, si vrai­ment le bon dieu exis­te donc il devrait être infi­ni­ment plus intel­li­gent que nous, j’en suis convain­cu que la majo­ri­té des gens qui se disent musul­mans ne goû­te­ront pas à son para­dis tel­le­ment ils sont hypo­cri­tes, into­lé­rants, méchants..car ils ne font le rama­dan et la priè­re que pour l’image ou jus­te par­ce que on leur a pro­mis le para­dis ou par­ce qu’ils ont peur de l’enfer.

« Moi j’ai la conscien­ce tran­quille j’aime tous les êtres humains sans dis­tinc­tion aucu­ne.

« J’en ai plus que mar­re de cet­te into­lé­ran­ce, j’aspire à vivre chez moi en Kaby­lie où l’amour régne­ra en roi ou le res­pect sera de mise, où on res­pec­te la liber­té indi­vi­duel­le et tou­tes croyan­ces.

« Lais­ser nous vivre com­me on veut chez nous. »


Des affiches de Mahomet en jeune éphèbe circulent à Téhéran

Main­te­nant que ça se tas­se, dit l’incendiaire à l’affût, si on en remet­tait un coup sur les cari­ca­tu­res de qui vous savez ? Incen­diai­re ? Non, plu­tôt, rabat­teur de caquets. Voi­ci donc un «por­trait» du pro­phè­te Maho­met, jeu­ne et un tan­ti­net équi­vo­que – rien à voir, cer­tes, avec le vieux bar­bu cari­ca­tu­ré au Dane­mark. Quoi qu’il en soit, cet­te icô­ne n’a nul­le­ment été jugée ico­no­clas­te en Iran où elle cir­cu­le sous for­me d’affiches depuis la fin des années 80.

C’est le quo­ti­dien de Genè­ve, Le Temps, qui racon­te l’affaire dans un arti­cle fort inté­res­sant [22/02/06] inti­tu­lé Ces étran­ges por­traits de Maho­met jeu­ne. L’auteur, Patri­cia Briel, expli­que com­ment deux eth­no­lo­gues suis­ses, Pier­re et Miche­li­ne Cent­li­vres, col­lec­tion­neurs d’images popu­lai­res du mon­de musul­man, ont rame­né de leurs voya­ges quel­ques-uns de ces por­traits à l’esthétique kit­sch, impri­més et mis en ven­te à Téhé­ran, Qom et autres vil­les ira­nien­nes.
« Au hasard d’une pro­me­na­de à Paris, pour­suit l’article, les deux eth­no­lo­gues sont tom­bés sur une affi­chet­te signa­lant une expo­si­tion de pho­to­gra­phies orien­ta­lis­tes de l’Allemand Rudolf Franz Leh­nert (1878-1948). Le por­trait figu­rant sur l’affiche res­sem­ble étran­ge­ment à l’éphèbe de leurs pos­ters. En visi­tant l’exposition, ils décou­vrent avec stu­peur le modè­le ori­gi­nal: une pho­to datant de 1905 ou 1906, sur laquel­le sou­rit un jeu­ne Ara­be à l’épaule dénu­dée.»

La décou­ver­te a été rap­por­tée dans la revue Etu­des pho­to­gra­phi­ques de novem­bre 2005, ima­ges à l’appui [cel­les repro­dui­tes ici]. Les eth­no­lo­gues disent igno­rer com­ment cet­te pho­to, réa­li­sée en Tuni­sie par Leh­nert et édi­tée par son asso­cié Ernst Hein­ri­ch Lan­dro­ck (1878-1966), a pu arri­ver en Iran. Tou­jours est-il qu’elle y cir­cu­le abon­dam­ment sous cet­te for­me kit­cho-sen­suel­le que doi­vent appré­cier les ama­teurs d’éphèbes.

A ce pro­pos, Patri­cia Briel pré­ci­se : « Il est tou­te­fois piquant de consta­ter que les édi­teurs ira­niens se sont ins­pi­rés d’une pho­to­gra­phie à l’esthétique sen­suel­le. Outre les déserts, les mar­chés et les quar­tiers de Tunis, Leh­nert et Lan­dro­ck aimaient éga­le­ment publier des pho­to­gra­phies de fillet­tes pré­pu­bè­res et de jeu­nes gar­çons en par­tie dévê­tus. Les deux asso­ciés, qui avaient créé une entre­pri­se d’édition flo­ris­san­te à Tunis, puis au Cai­re, s’étaient ren­con­trés en Suis­se en 1904. Com­me le remar­quent Pier­re et Miche­li­ne Cent­li­vres dans l’article paru dans la revue Etu­des pho­to­gra­phi­ques, «les jeu­nes gar­çons pris pour modè­les ne lais­saient pas insen­si­ble une clien­tè­le euro­péen­ne adep­te de «l’amour qui n’ose pas dire son nom». C’est l’époque de L’Immoraliste d’André Gide, qui n’a pas hési­té à chan­ter la beau­té des jeu­nes gar­çons du Magh­reb».

Ne dou­tons pas de l’aspect sédui­sant du jeu­ne Maho­met, par contras­te avec ses repré­sen­ta­tions danoi­ses en vieux sbi­re bar­bu et, qui plus est, coif­fé d’une bom­be. Une bom­be à retar­de­ment, cer­tes, mais dont l’effet de souf­fle n’avait tout de même rien à voir avec l’interdit pré­ten­du par d’aucuns de ladi­te repré­sen­ta­tion selon la loi isla­mi­que. On sait désor­mais à qui a pro­fi­té le cri­me de lèse-pro­phè­te.

© Ph. Étu­des pho­to­gra­phi­ques

• Voir d’autres com­men­tai­res ici : http://gponthieu.blog.lemonde.fr/2006/02/27/2006_02_des_affiches_de/


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le mon­de chan­ge »

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