On n'est pas des moutons

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Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juillet 2012, un extrait de 14 minu­tes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musul­mans était pos­tée sur You­Tu­be, met­tant le feu aux pou­dres isla­mis­tes. Dès le 11 sep­tem­bre, des atta­ques furent menées, notam­ment, contre des mis­sions diplo­ma­ti­ques états-unien­nes. Furent ain­si pri­ses d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égyp­te et le consu­lat à Ben­gha­zi (Libye) où l’on déplo­ra qua­tre morts, dont l’ambassadeur.

Inno­cen­ce of Mus­lims, pro­dui­te en 2012, fut alors attri­buée à un cer­tain Nakou­la Bas­se­ley Nakou­la, un cop­te égyp­tien rési­dant en Cali­for­nie, sous le pseu­do­ny­me de « Sam Baci­le ». Selon lui, il s’agissait de dénon­cer les hypo­cri­sies de l’islam en met­tant en scè­ne des pas­sa­ges de la vie de Maho­met…

À cet­te occa­sion, une de plus, j’avais publié un arti­cle sur lequel je viens de retom­ber et qui me sem­ble tou­jours assez actuel, hélas, pour le publier à nou­veau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habille­ment. Et tou­jours les déchaî­ne­ments fana­ti­ques, des affron­te­ments, des vio­len­ces, des morts.

Il a donc suf­fi d’une vidéo de dix minu­tes pour rani­mer la flam­me du fana­tis­me isla­mis­te. Cet­te actua­li­té atter­ran­te et cel­le des vingt ans pas­sés le mon­trent : des trois reli­gions révé­lées, l’islam est aujourd’hui la plus contro­ver­sée, voi­re reje­tée 1. Tan­dis que la judaï­que et la chré­tien­ne, tapies dans l’ombre tapa­geu­se de leur concur­ren­te, font en quel­que sor­te le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peu­vent se don­ner à voir com­me les « meilleu­res », alors qu’elles n’ont pas man­qué d’être les pires dans leurs épo­ques his­to­ri­ques flam­boyan­tes, et qu’elles ne sont tou­jours pas en res­te pour ce qui est de leurs dog­mes, les plus rétro­gra­des et répres­sifs. 2

Préa­la­ble : par­ler « reli­gions » ici c’est consi­dé­rer les appa­reils, et non pas leurs adep­tes, ni leurs vic­ti­mes plus ou moins consen­tan­tes. C’est donc par­ler des cler­gés, des dog­mes et des cohor­tes acti­vis­tes et pro­sé­ly­tes. On en dirait autant des idéo­lo­gies, dont les pires – fas­cis­tes et nazies –, construi­tes com­me des reli­gions, ont enta­ché l’Histoire selon des sché­mas simi­lai­res. Donc, dis­tin­guer les « hum­bles pécheurs » consen­tants, ou mys­ti­fiés par leurs « libé­ra­teurs », tout com­me on ne confon­dra pas ces mili­tants aux grands cœurs abu­sés par les Sta­li­ne, Hit­ler et autres tyrans de tous les temps.

Par­lons donc de l’islam poli­ti­que, mis en exhi­bi­tion dra­ma­ti­que sur la scè­ne pla­né­tai­re, vou­lant en quel­que sor­te se prou­ver aux yeux du mon­de. Aus­si recourt-il à la vio­len­ce spec­ta­cu­lai­re, cel­le-là même qui le rend cha­que jour plus haïs­sa­ble et le ren­for­ce du même coup dans sa pro­pre et vin­di­ca­ti­ve déses­pé­ran­ce. Et ain­si appa­raît-il à la fois com­me cau­se et consé­quen­ce de son pro­pre enfer­me­ment dans ce cer­cle vicieux.

Que recou­vre l’islamisme, sinon peut-être la souf­fran­ce de cet­te frac­tion de l’humanité qui se trou­ve mar­gi­na­li­sée, par la fau­te de cet « Occi­dent » cor­rom­pu et « infi­dè­le » ? C’est en tout cas le mes­sa­ge que ten­te de fai­re pas­ser auprès du mil­liard et plus de musul­mans répar­tis sur la pla­nè­te, les plus acti­vis­tes et dji­ha­dis­tes de leurs meneurs, trop heu­reux de déchar­ger ain­si sur ce bouc émis­sai­re leur pro­pre part de res­pon­sa­bi­li­té quant à leur mise en mar­ge de la « moder­ni­té ». Moder­ni­té à laquel­le ils aspi­rent cepen­dant en par­tie – ou tout au moins une part impor­tan­te de la jeu­nes­se musul­ma­ne. D’où cet­te puis­san­te ten­sion inter­ne entre inté­gris­me mor­ti­fè­re et désir d’affranchissement des contrain­tes obs­cu­ran­tis­tes, entre géron­to­cra­tes inté­gris­tes et jeu­nes­ses reven­di­ca­ti­ves. D’où cet­te pres­sion de « cocot­te minu­te » et ces mani­fes­ta­tions col­lec­ti­ves sans les­quel­les les socié­tés musul­ma­nes ris­que­raient l’implosion. D’où, plus avant, les « prin­temps ara­bes » et leurs nor­ma­li­sa­tions poli­ti­ques suc­ces­si­ves – à l’exception nota­ble de la Tuni­sie.

Un nou­vel épi­so­de de pous­sées clé­ri­ca­les d’intégrisme se pro­duit donc aujourd’hui avec la pro­mo­tion d’une vidéo déni­grant l’islam dif­fu­sée sur la toi­le mon­dia­le et attri­buée à un auteur israé­lo-amé­ri­cain – ou à des sour­ces indé­fi­nies 3. Pré­tex­te à rani­mer – si tant est qu’elle se soit assou­pie – la flam­me des fana­ti­ques tou­jours à l’affût.

On pour­rait épi­lo­guer sur ces condi­tion­ne­ments rep­ti­liens (je par­le des cer­veaux, pas des per­son­nes…) qui se déchaî­nent avec la plus extrê­me vio­len­ce à la moin­dre pro­vo­ca­tion du gen­re. De tout récents ouvra­ges et arti­cles ont ravi­vé le débat, notam­ment depuis la nou­vel­le fiè­vre érup­ti­ve qui a sai­si les sys­tè­mes mono­théis­tes à par­tir de son foyer le plus sen­si­ble, à savoir le Moyen Orient. De là et, par­tant, de la sous-région, depuis des siè­cles et des siè­cles, au nom de leur Dieu, juifs, chré­tiens, musul­mans – et leurs sous-divi­sions pro­phé­ti­ques et sec­tai­res – ont essai­mé sur l’ensemble de la pla­nè­te, ins­tal­lé des comp­toirs et des états-majors, lan­cé escoua­des et armées entiè­res, tor­tu­ré et mas­sa­cré des êtres humains par mil­lions, au mépris de la vie hic et nunc, main­te­nant et ici-bas sur cet­te Ter­re, elle aus­si mar­ty­ri­sée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypo­thé­ti­que, pros­cri­vant à cha­cun sa libre conscien­ce et l’art d’arranger au mieux la vie brè­ve et, de sur­croît, pour le bien de l’entière huma­ni­té.

Va pour les croyan­ces, qu’on ne dis­cu­te­ra pas ici… Mais qu’en est-il de ces sys­tè­mes sécu­liers pro­li­fé­rant sur les plus noirs obs­cu­ran­tis­mes ? On par­le aujourd’hui de l’islam par­ce que les guer­res reli­gieu­ses l’ont repla­cé en leur cen­tre ; ce qui per­met aux deux autres de se revir­gi­ni­ser sur l’air de la modé­ra­tion. Par­ce que l’islamisme « modé­ré » – voir en Tuni­sie, Libye, Égyp­te ; en Iran, Iraq, Afgha­nis­tan, Pakis­tan, etc. – n’est jamais qu’un oxy­mo­re auquel judaïs­me et chris­tia­nis­me adhè­rent obsé­quieu­se­ment, par « cha­ri­té bien com­pri­se » en direc­tion de leur pro­pre « modé­ra­tion », une sor­te d’investissement sur l’avenir autant que sur le pas­sé lourd d’atrocités. Pas­sé sur lequel il s’agit de jeter un voi­le noir, afin de nier l’Histoire au pro­fit des mytho­lo­gies mono­théis­tes, les affa­bu­la­tions entre­te­nues autour des mes­sies et pro­phè­tes, dont les « bio­gra­phies » incer­tai­nes, polies par le temps autant que mani­pu­lées, per­met­tent, en effet, de jeter pour le moins des dou­tes non seule­ment sur leur réa­li­té exis­ten­tiel­le, mais sur­tout sur les inter­pré­ta­tions dont ces figu­res ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Maho­met tel que dépeint ici ou là – c’est selon évi­dem­ment – com­me igna­re, voleur, mani­pu­la­teur, cupi­de et ama­teur de fillet­tes ? Pas plus réel que sa divi­ni­sa­tion, ni cel­le de Moï­se et de Jésus construits hors de leur pro­pre réa­li­té, selon des contes infan­ti­les psal­mo­diés et fai­sant appel à la plus tota­le cré­du­li­té.

Mais, admet­tons que les hom­mes aient créé leurs dieux par néces­si­té, cel­le de com­bler leurs angois­ses exis­ten­tiel­les, de pan­ser leurs misè­res, leurs ver­ti­ges face à l’univers et devant l’inconnu des len­de­mains et d’après la mort. Admet­tons cela et regar­dons l’humanité dans la pers­pec­ti­ve de son deve­nir et de son évo­lu­tion – dans le fait de se lever sur ses deux jam­bes et même de se mon­ter sur la poin­te des pieds pour ten­ter de voir « par des­sus » ce qui abais­se, s’élever dans la condi­tion d’humains dési­rant, par­lant, connais­sant, com­pre­nant, aimant.

Alors, ces reli­gions d’ « amour », ont-elles appor­té la paix, la vie libre et joyeu­se, la jus­ti­ce, la connais­san­ce ? Et la tolé­ran­ce ? Ou ont-elles alié­né hom­mes et fem­mes – sur­tout les fem­mes… –, mal­trai­té les enfants, mépri­sé les ani­maux ; incul­qué la culpa­bi­li­té et la sou­mis­sion ; atta­qué la phi­lo­so­phie et la scien­ce ; colo­ni­sé la cultu­re et impré­gné jusqu’au lan­ga­ge ; jeté des inter­dits sur la sexua­li­té et les mœurs (contra­cep­tion, avor­te­ment, maria­ge et même l’alimentation) ; com­man­dé à la poli­ti­que et aux puis­sants…

Torah, Bible, Évan­gi­les, Coran – com­ment admet­tre que ces écrits, et a for­tio­ri un seul, puis­se conte­nir et expri­mer LA véri­té ? Par quels renon­ce­ments l’humain a-t-il che­mi­né pour fina­le­ment dis­sou­dre sa ratio­na­li­té et son juge­ment ? Mys­tè­re de la croyan­ce… Soit ! enco­re une fois pas­sons sur ce cha­pi­tre de l’insondable ! Mais, tout de même, la reli­gion com­me sys­tè­me sécu­lier, com­me ordre ecclé­sial, avec ses cohor­tes, ses palais, ses for­te­res­ses spi­ri­tuel­les et tem­po­rel­les… Son his­toi­re mar­quée en pro­fon­deur par la vio­len­ce : croi­sa­des, Inqui­si­tion (je voyais l’autre soir sur Arte, Les Fan­tô­mes de Goya, de Milos For­man… ; une his­toi­re de tout jus­te deux siè­cles !), guer­res reli­gieu­ses, Saint-Bar­thé­le­my, les bûchers, et aus­si les colo­ni­sa­tions, eth­no­ci­des, sou­tiens aux fas­cis­mes… Ça c’est pour le judéo-chris­tia­nis­me.

Côté isla­mis­me, qui dit se dis­pen­ser de cler­gé, son empri­se ne s’en trou­ve que plus entiè­re­ment diluée dans les socié­tés, d’où l’impossible laï­cis­me des isla­mis­tes, se vou­draient-ils « modé­rés ». Et que pen­ser de cet­te vio­len­ce endé­mi­que deve­nue syno­ny­me d’islam, jus­que dans nos contrées d’immigration où d’autres extré­mis­mes en nour­ris­sent leurs fonds de com­mer­ce natio­na­lis­tes ? Sans dou­te un héri­ta­ge du Coran lui-même et de Maho­met pré­sen­té dans son his­toi­re com­me le « Maî­tre de la ven­gean­ce » et celui qui anéan­tit les mécréants… Voir sur ce cha­pi­tre les nom­breu­ses sou­ra­tes invo­quant l’anéantissement des juifs, chré­tiens et infi­dè­les – tan­dis que, plus loin, d’autres ver­sets pro­mul­guent une « sen­ten­ce d’amitié » – contra­dic­tion ou signe oppor­tu­nis­te de « tolé­ran­ce » ? Voir en répon­se les fat­was de condam­na­tion à mort – dont cel­les de Sal­man Rush­die par Kho­mei­ny (avec mise à prix rehaus­sée des jours-ci ! 4) et de Tas­li­ma Nas­reen qui a dû s’exiler de son pays, le Ben­gla­de­sh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Amster­dam, poi­gnar­dé puis ache­vé de huit bal­les et égor­gé en plei­ne rue ; dans un docu­men­tai­re, il venait de dénon­cer le trai­te­ment réser­vé aux fem­mes dans l’islam.[Le voir ci-des­sous.] 5

Même dou­ble lan­ga­ge chez le dieu juif Yah­vé pour jus­ti­fier…l’extermination de cer­tains peu­ples de Pales­ti­ne (dont les Cana­néens…) Cela en ver­tu du fait que les juifs seraient « le peu­ple élu de Dieu », dont le pre­mier com­man­de­ment est « Tu ne tue­ras pas » ! Ce fan­tas­me juif ali­men­te en les légi­ti­mant le colo­nia­lis­me et ce qui s’ensuit en Pales­ti­ne et l’affrontement des théo­cra­ties. Affron­te­ment éga­le­ment par affi­dés inter­po­sés et leurs États ou orga­ni­sa­tions ter­ro­ris­tes : Bush contre Al Quaï­da, Tsa­hal contre le Hez­bol­lah, « kami­ka­zes » contre popu­la­tion civi­le. Vio­len­ces innom­ma­bles, guer­res sans fin.

Quant au film « blas­phé­ma­toi­re » qui agi­te de plus bel­le les fana­ti­ques isla­mis­tes, il est curieux que nos médias de mas­se, radios et télés, sem­blent en contes­ter la légi­ti­mi­té du fait qu’il serait bri­co­lé, mal fice­lé, « pas pro »… Com­me s’il s’agissait d’une ques­tion d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses com­man­di­tai­res, il fait bien appa­raî­tre par les répli­ques qu’il pro­vo­que le niveau de fana­tis­me impré­gnant les pays musul­mans. Ce qui s’était déjà pro­duit avec les cari­ca­tu­res danoi­ses de Maho­met, dont cer­tains avaient, de même, contes­té la qua­li­té artis­ti­que ! Et Goya, au fait, lorsqu’il repré­sen­tait les visa­ges de l’Inquisition, était-ce bien esthé­ti­que ? 6

La ques­tion ne por­te aucu­ne­ment sur la natu­re du « sacri­lè­ge » mais sur la dis­pro­por­tion de la répli­que engen­drée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses col­la­bo­ra­teurs en Libye, vic­ti­mes sacri­fi­ciel­les et à ce titre tota­le­ment ins­cri­tes dans un pro­ces­sus d’expiation reli­gieu­se !

Et plus près de nous, que dire des pro­vo­ca­tions menées à Paris devant l’ambassade amé­ri­cai­ne ? Et aus­si à La Cour­neu­ve, lors de la fête de l’Huma où Caro­li­ne Fou­rest a été cha­hu­tée, mena­cée, insul­tée et empê­chée de débat­tre – entre autres sur ces ques­tions d’intégrisme qui font les choux gras du Front natio­nal !

Com­me quoi, pour résu­mer, une insul­te contre la foi – ou ce qui en tient lieu –consti­tue un cri­me plus gra­ve que de s’en pren­dre à un être vivant.

17 sep­tem­bre 2012

Notes:

  1. En dehors du mon­de musul­man, évi­dem­ment… Bien que des oppo­si­tions plus ou moins décla­rées appa­rais­sent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïs­me : cet­te reli­gion sans visée pla­né­tai­re direc­te retrou­ve tou­te­fois le chris­tia­nis­me – ne dit-on pas le judéo-chris­tia­nis­me ? – et l’islamisme dans cet­te même volon­té de péné­trer jus­que dans les têtes et les ven­tres de cha­cun. En ce sens, cel­les qui se pré­sen­tent com­me les « meilleu­res » par­vien­nent bien à être les pires dans leurs manœu­vres per­ma­nen­tes d’aliénation. De même que leur « modé­ra­tion » demeu­re rela­ti­ve à leur stra­té­gie hégé­mo­ni­que.
  3. Sour­ces qui demeu­rent enco­re floues qua­tre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma ver­sion de sep­tem­bre 2012, j’avais man­qué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hir­si Ali, fem­me poli­ti­que et écri­vai­ne néer­lan­do-soma­lien­ne connue pour son mili­tan­tis­me contre l’excision et ses pri­ses de posi­tion sur la reli­gion musul­ma­ne. Elle fut mena­cée de mort par Moham­med Bouye­ri, assas­sin du cinéas­te Theo van Gogh, notam­ment à la sui­te de sa par­ti­ci­pa­tion au court-métra­ge du réa­li­sa­teur qui dénon­çait les vio­len­ces fai­tes aux fem­mes dans les pays musul­mans.
  6. Le Guer­ni­ca de Picas­so n’est pas non plus une œuvre esthé­ti­que !

Le burkini, accessoire islamique ou glaive contre la laïcité

Dites-donc, les ami(e)s, ça fait deux bons mois que j’ai car­ré­ment déser­té la toi­le ! Et pas de pro­tes­ta­tions… À sup­po­ser que j’aie pu man­quer à d’aucuns, voi­ci une bon­ne ration qui devrait vous tenir au corps. Même s’il s’agit d’un sujet indi­ges­te. Com­me l’est l’actu et ce mon­de si mal en point. Enfin, conso­la­tion : l’Euro de foot, c’est fait. Le Tour, aus­si. De même les JO. Pas­sons enfin à la poli­ti­que, la bon­ne, vraie, bien poli­ti­cien­ne. Voi­ci le temps béni de la mas­ca­ra­de (pré)électorale. Les jeux ne sont pas faits, mais si quand même, au sens des camem­berts dépas­sés…

Nous som­mes début août à Mar­seille. La scè­ne se pas­se jus­te avant l’affaire du siè­cle, dite du bur­ki­ni.

Un cou­ple d’amis (Elle et Lui) et moi-même, nous remon­tons d’une jouis­si­ve bai­gna­de pour rega­gner la Cor­ni­che et la voi­tu­re. Jetant un coup d’œil plon­geant sur la pla­ge où nous avons nagé – qui, tenez-vous bien, s’appelle Pla­ge du Pro­phè­te, tous les Mar­seillais connais­sent… – , nous sur­plom­bons du regard deux nageu­ses côte à côte. L’une en maillot, l’autre entiè­re­ment habillée en noir, bar­bo­tant, accro­chée à une bouée.

Lui (à ma droi­te) :

– Ah, com­me c’est beau et pai­si­ble ! Ces deux fem­mes si dif­fé­ren­tes et qui se bai­gnent ensem­ble com­me ça, sans pro­blè­mes…

Je ne dis rien, trou­vant mon pote bien angé­li­que dans sa vision du mon­de. Mais, bon…, depuis que je nage à ses côtés, on a eu connu d’autres tem­pê­tes et dis­pu­tailles…

Elle (à ma gau­che) :

– Ouais… Peut-être, mais moi, je ne me vois pas à la pla­ce de la fem­me habillée, devant sor­tir de l’eau avec le tis­su tout col­lé, sous ce soleil, avec le sel et le sable sur la peau !…

Moi (entre les deux, mais pen­chant vers Elle) :

– D’accord avec toi ! En plus, je vois tout de même chez cet­te fem­me un renon­ce­ment au bien-être, ce qui est dom­ma­ge, mais enfin… Ce qui me contra­rie sur­tout c’est la sou­mis­sion à un ordre moral – reli­gieux en l’occurrence.

Bon. C’était midi pas­sé, il fai­sait faim (et beau), on n’allait tout de même pas se gâcher un pareil moment de vie. On mon­te dans l’auto et les por­tiè­res se refer­ment sur le débat à pei­ne amor­cé.

burkini

Calan­ques de Mar­seille, juillet 2016. La mode s’empare du reli­gieux bana­li­sé, mar­chan­di­sé. Un pro­sé­ly­tis­me ordi­nai­re… [Ph. gp]

Depuis, il y a eu ces inter­dic­tions décré­tées par des mai­res – de quel droit au jus­te, en ver­tu de quel pou­voir, dans quel but réel, à défaut d’un but avoué ? Quand j’entends des voix de droi­te et d’extrême droi­te bran­dir le mot « laï­ci­té », com­me ils par­le­raient de cultu­re ou de fra­ter­ni­té… pour un peu je sor­ti­rais mon revol­ver (hep, c’est une ima­ge, hein, une réfé­ren­ce… cultu­rel­le ! 1) Car ils par­lent d’une cer­tai­ne laï­ci­té, la leur, qu’ils assor­tis­sent d inter­dic­tion, de rejet, d’exclusion. Une laï­ci­té cache-sexe, j’ose le dire, d’une atti­tu­de en gros anti-musul­ma­ne, voi­re anti-ara­be.

Et puis il y eut cet­te décla­ra­tion de Manuel Valls à pro­pos de ces mai­res cen­seurs : « Je sou­tiens […] ceux qui ont pris des arrê­tés, s’ils sont moti­vés par la volon­té d’encourager le vivre ensem­ble, sans arriè­re-pen­sée poli­ti­que. » Et c’est qu’il en connaît un rayon, le pre­mier minis­tre, en matiè­re d’arrière-pensée poli­ti­que ! Une autre bel­le occa­sion de se tai­re. 2

Par­lons-en de l’« arriè­re-pen­sée poli­ti­que » ! Puisqu’il n’y a que ça désor­mais en poli­ti­que, à défaut de pen­sée réel­le, pro­fon­de, sin­cè­re, por­teu­se de sens et non pas d’intentions cachées et autres coups four­rés. Tan­dis que ces mêmes poli­ti­ciens se gar­ga­ri­sent de Démo­cra­tie et de Répu­bli­que, avec majus­cu­les. Ain­si, quoi qu’ils décla­rent, ou éruc­tent, s’est selon, et spé­cia­le­ment sur ces regis­tres des inter­fé­ren­ces por­tant sur les reli­gions – en fait sur le seul pro­blé­ma­ti­que islam –, se trou­ve enra­ci­né dans l’arrière-monde poli­ti­cien des fameu­ses « arriè­re-pen­sées » évo­quées par Valls. On ne sau­rait oublier que la par­tie de poker men­teur en vue de la pré­si­den­tiel­le de 2017 est for­te­ment enga­gée.

C’est pour­quoi, s’agissant de ces ques­tions dites du « vivre ensem­ble », la paro­le poli­ti­que ne par­vient plus à offrir le moin­dre cré­dit, à l’exception pos­si­ble, épou­van­ta­ble, des « vier­ges » de l’extrême droi­te, enco­re « jamais essayées » et, à ce titre, exer­çant leur séduc­tion auprès des élec­teurs échau­dés et revan­chards, ou incul­tes et incons­cients poli­ti­que­ment autant qu’historiquement. D’où les sur­en­chè­res ver­ba­les qui se suc­cè­dent en cas­ca­des. Ce sont les mêmes qui pour­raient éli­re un Trump aux Etats-Unis, ou qui ont déjà voté pour un Orban en Hon­grie, un Pou­ti­ne en Rus­sie, un Erdo­gan en Tur­quie, etc. – sans par­ler des mul­ti­ples offres popu­lis­tes qui tra­ver­sent l’Europe et tant d’autres pays. 3

La per­te de cré­dit des poli­ti­ciens expli­que en gran­de par­tie la gran­de fati­gue de la démo­cra­tie : pro­gres­sion des abs­ten­tions et des votes de refus lors des élec­tions ; sus­pi­cion crois­san­te à l’égard des éli­tes consi­dé­rées com­me… éli­tis­tes, se regrou­pant et se repro­dui­sant dans l’entre soi des mon­des de l’économie, des « déci­deurs » et des médias acca­pa­rés par les finan­ciers. Le tout, avec pour corol­lai­re la mon­tées des vio­len­ces urbai­nes et des inci­vis­mes ; les replie­ments et affron­te­ments com­mu­nau­ta­ris­tes ; le sen­ti­ment d’insécurité ; le rejet de l’Autre, la xéno­pho­bie, l‘antisémitisme et le racis­me.

Tou­tes cho­ses qu’on peut essayer de com­pren­dre et même d’expliquer, sans pour autant les jus­ti­fier – com­me l’a hélas pré­ten­du le même Valls déjà cité ici pour la « per­ti­nen­ce » de ses pro­pos. Com­ment vou­loir orga­ni­ser la polis – la cité – si on renon­ce à en com­pren­dre les (dys)fonctionnements ?

Ain­si quand on déplo­re la « bar­ba­rie » d’extrémistes reli­gieux en invo­quant l’« obs­cu­ran­tis­me », on n’explique en rien la déri­ve vers l’extrême vio­len­ce des sys­tè­mes reli­gieux – isla­mis­tes en l’occurrence 4. Se plain­dre de l’obscurité par l’absence de lumiè­re ne fait pas reve­nir la clar­té. C’est ici que je pla­ce « mon » Bos­suet, ce bigot éru­dit : « Dieu se rit des hom­mes qui déplo­rent les effets dont ils ché­ris­sent les cau­ses » 5 … Dieu se mar­re, moi avec : je ris jau­ne tout de même. De ma fenê­tre, les reli­gions sont une des cau­ses pre­miè­res des affron­te­ments entre humains, notam­ment en ce qu’elles vali­dent des croyan­ces fra­tri­ci­des, ou plu­tôt homi­ci­des et géno­ci­des ; les­quel­les génè­rent les injus­ti­ces et les dérè­gle­ments sociaux qui ali­men­tent l’autre série des « cau­ses pre­miè­res » de la vio­len­ce intra espè­ce humai­ne. J’ajoute, l’ayant déjà dit ici, que je consi­dè­re aus­si le nazis­me et le sta­li­nis­me sous l’angle des phé­no­mè­nes reli­gieux.

indigenes-republiqueDe l’autre côté, accu­ser la Répu­bli­que de tous les maux, jusqu’à vou­loir l’abattre, au nom d’un pas­sé colo­nial inex­pia­ble, qui vau­drait malé­dic­tion éter­nel­le aux géné­ra­tions sui­van­tes, c’est dénier l’Histoire et enfer­mer l’avenir dans la revan­che, la hai­ne et le mal­heur. C’est notam­ment la posi­tion de mou­ve­ments « pyro­ma­nes » com­me Les Indi­gè­nes de la Répu­bli­que par­lant de « lut­te des races socia­les » tout en qua­li­fiant ses res­pon­sa­bles de sou­chiens – néo­lo­gis­me jouant per­fi­de­ment sur l’homophonie avec sous-chiens et vou­lant en même temps dési­gner les « Fran­çais de sou­che » chers aux Le Pen.

Ce qui m’amène à évo­quer l’affaire de Sis­co, ce vil­la­ge du Cap cor­se qui a vu s’affronter des habi­tants d’origine magh­ré­bi­ne et des Cor­ses… d’origine. Je n’y étais pas, cer­tes, et ne puis que me réfé­rer à ce que j’en ai lu, et en par­ti­cu­lier au rap­port du pro­cu­reur de la Res publicæ – au nom de la Cho­se publi­que. Selon lui, donc, les pre­miers se seraient appro­prié une pla­ge pour une fête, « en une sor­te de caï­dat » ; ce qui ne fut pas pour plai­re aux seconds… Tan­dis que des pho­tos étaient pri­ses, incluant des fem­mes voi­lées au bain… Cas­ta­gnes, cinq bles­sés, poli­ce, voi­tu­res incen­diées. Pour résu­mer : une his­toi­re de ter­ri­toi­re, de concep­tion socié­ta­le, de cultu­re.

Le mul­ti­cul­tu­ra­lis­me se nour­rit aus­si de bien des naï­ve­tés. Sur­tout, il est vrai, auprès d’une cer­tai­ne gau­che d’autant plus volon­tiers accueillan­te que bien à l’abri des cir­cuits de migra­tion… Les Cor­ses sont des insu­lai­res [Excu­sez le pléo­nas­me…] et, com­me tels, his­to­ri­que­ment, ont eu à connaî­tre, à redou­ter, à com­bat­tre les mul­ti­ples enva­his­seurs, des bar­ba­res – au sens des Grecs et des Romains : des étran­gers ; en l’occurrence, et notam­ment, ce qu’on appe­lait les Sar­ra­sins et les Otto­mans, autre­ment dit des Ara­bes et des Turcs. D’où les nom­breu­ses tours de guet, génoi­ses et autres, qui par­sè­ment le lit­to­ral cor­se, com­me à Sis­co. Des monu­ments – du latin « ce dont on se sou­vient » – attes­tent de ce pas­sé dans la dure­té de la pier­re autant que dans les mémoi­res et les men­ta­li­tés – même éty­mo­lo­gie que monu­ment !

Ain­si les Cor­ses demeu­rent-ils on ne peut plus sour­cilleux de leur ter­ri­toi­re et, par delà, de leurs par­ti­cu­la­ris­mes, sou­vent culti­vés à l’excès, jusqu’aux natio­na­lis­mes divers et ses varian­tes qui peu­vent se tein­ter de xéno­pho­bie et de racis­me [Enre­gis­tré après l’affaire de Sis­co, un témoi­gna­ge affli­geant de hai­ne en attes­te ici : https://www.youtube.com/watch?v=rPvKFUt0PH0 ]

En face, d’autres insu­lai­res, selon leur pro­pre his­toi­re : « expor­tés » par l’Histoire (il ne s’agit nul­le­ment de nier la réa­li­té et les effets du colo­nia­lis­me) et en par­ti­cu­lier les migra­tions éco­no­mi­ques, ain­si deve­nus insu­lai­res, c’est-à-dire iso­lés de leur pro­pre cultu­re et sur­tout de leur reli­gion. Tan­dis que la récen­te mon­dia­li­sa­tion, tel­le une tem­pê­te pla­né­tai­re, relan­ce avec vio­len­ce les « chocs des cultu­res » – je ne dis pas, exprès « civi­li­sa­tions » 6 Mais c’est un fait que l’intrusion mili­tai­re de l’Occident dans le mon­de musul­man, sous la hou­let­te des Bush et des néo-conser­va­teurs états-uniens a consti­tué un cata­clys­me géo­po­li­ti­que ne ces­sant de s’amplifier, abor­dant aujourd’hui le riva­ge cor­se de Sis­co et qui, si j’ose dire, s’habille désor­mais en bur­ki­ni.

Retour donc au fameux bur­ki­ni avec la posi­tion de la Ligue des Droits de l’Homme qui, dénon­çant le rac­cour­ci par lequel des mai­res lient le port du bur­ki­ni au ter­ro­ris­me, ajou­te dans son com­mu­ni­qué : « Quel que soit le juge­ment que l’on por­te sur le signi­fiant du port de ce vête­ment, rien n’autorise à fai­re de l’espace public un espa­ce régle­men­té selon cer­tains codes et à igno­rer la liber­té de choix de cha­cun qui doit être res­pec­tée. Après le « bur­ki­ni » quel autre attri­but ves­ti­men­tai­re, quel­le atti­tu­de, seront trans­for­més en objet de répro­ba­tion au gré des pré­ju­gés de tel ou tel mai­re ? Ces mani­fes­ta­tions d’autoritarisme […] ren­for­cent le sen­ti­ment d’exclusion et contri­buent à légi­ti­mer ceux et cel­les qui regar­dent les Fran­çais musul­mans com­me un corps étran­ger à la nation. »

Pour la LDDH, cer­tes dans son rôle, il s’agit de met­tre en avant et de pré­ser­ver le prin­ci­pe démo­cra­ti­que pre­mier, celui de la liber­té : d’aller et venir, de pen­ser, de prier, de dan­ser, de s’habiller, etc. dès lors qu’on n’attente à qui que ce soit et à aucu­ne des liber­tés. C’est aus­si la posi­tion des Femen qui, tout en déplo­rant l’enfermement des fem­mes dans le vête­ment, enten­dent défen­dre le libre choix de cha­cun.

iran-hommes-voilés

Les Ira­niens sont de plus en plus nom­breux à poser avec, sur la tête, le voi­le de leur fian­cée, de leur épou­se, de leur mère ou de leur fille ! Nom de code sur les réseaux sociaux : #menin­hi­jab

Le hic vient cepen­dant de ce que le bur­ki­ni n’est pas l’équivalent symé­tri­que­ment inver­sé du biki­ni et qu’on ne peut pas s’en sor­tir avec une for­mu­le com­me « quel que soit le signi­fiant… » ; cet­te tenue expri­me en effet un conte­nu reli­gieux affir­mé, reven­di­qué – ce que n’est pas le biki­ni, qui relè­ve de la mode, ou seule­ment de la mar­chan­di­se ves­ti­men­tai­re. Il est aus­si vrai que le bur­ki­ni a été inven­té et lan­cé par des acteurs de la mode et que son com­mer­ce atteint aujourd’hui des som­mets et que, com­me tel, son conte­nu reli­gieux sem­ble tout rela­tif… Ain­si, bur­ki­ni et biki­ni ne pré­sen­te­raient pas qu’une proxi­mi­té lexi­ca­le, ils par­ta­ge­raient une fonc­tion éro­ti­que sem­bla­ble par une mise en valeur du corps fémi­nin com­me le font le ciné­ma et la pho­to por­no­gra­phi­ques, pas seule­ment par la nudi­té crue, mais aus­si par le mou­la­ge des for­mes sous des vête­ments mouillés. Le pro­blè­me demeu­re cepen­dant : il est bien celui de l’intrusion du reli­gieux dans le corps de la fem­me et dans sa liber­té. Par delà, il pous­se le glai­ve des dji­ha­dis­tes dans le corps si fra­gi­li­sé des démo­cra­ties « mécréan­tes », inci­tant à des affron­te­ments de type eth­ni­ques et com­mu­nau­tai­res, met­tant à bas l’idéal du « vivre ensem­ble », pré­lu­des à la guer­re civi­le. Une tel­le hypo­thè­se – cel­le de l’État isla­mi­que – peut sem­bler invrai­sem­bla­ble. Elle n’est nul­le­ment écar­tée par les voix par­mi les plus éclai­rées d’intellectuels de cultu­re musul­ma­ne. C’est le cas des écri­vains algé­riens com­me Kamel Daoud et Boua­lem San­sal ou com­me le Maro­cain Tahar Ben Jel­loun.

À ce sta­de de l’explication (Valls n’est pas tenu de s’y ran­ger…), quel­les solu­tions envi­sa­ger pour désa­mor­cer ce pré­lu­de à la guer­re civi­le aux noms d’Allah et de Dieu (pour­tant uni­que selon les mono­théis­mes – le judaïs­me, reli­gion du par­ti­cu­lier eth­ni­que, demeu­rant en l’occurrence au seuil de la polé­mi­que, ayant assez à fai­re avec l’usage public de la kip­pa… ; et le boud­dhis­me tota­le­ment en dehors) ?

Pour ma part, non sans mûres réflexions, je serais ten­té d’en appe­ler à la stric­te laï­ci­té « à la fran­çai­se », selon la loi de 1905, com­me solu­tion sus­cep­ti­ble d’apaiser les conflits : pas de signes reli­gieux (disons osten­ta­toi­res) dans l’espace public. On note­ra à ce sujet que les tolé­ran­ces actuel­les des reli­gions par rap­port aux mœurs demeu­rent rela­ti­ves, récen­tes et fra­gi­les – voir la réac­tion du mou­ve­ment Famil­le pour tous et du cler­gé catho­li­que, pour ne par­ler que de la Fran­ce ! Donc pré­fé­rer la Laï­ci­té pour tous afin que les vaches soient bien gar­dées… Au delà de la bou­ta­de, il est vrai que le ris­que demeu­re pour les fem­mes musul­ma­nes de se voir exclues tota­le­ment de l’espace public, et des pla­ges en par­ti­cu­lier. À elles alors de se rebel­ler, y com­pris et peut-être d’abord contre leurs domi­na­teurs mâles, obsé­dés sexuels tra­vaillés par un appa­reil reli­gieux datant du VIIIe siè­cle. À moins qu’elles ne pré­fè­rent l’état de ser­vi­tu­de, lequel rele­vant de la sphè­re pri­vée, loin de tout pro­sé­ly­tis­me au ser­vi­ce d’une néga­tion de la vie et du droit à l’épanouissement de tout indi­vi­du, hom­me, fem­me, enfant.

Je recon­nais que l’injonction est faci­le… Elle a valu et vaut tou­jours pour les fem­mes qui, dans le mon­de, sont tout jus­te par­ve­nues à se libé­rer, ou même par­tiel­le­ment. C’est qu’il leur a fal­lu se bat­tre. Tan­dis que leurs droits dure­ment acquis sont par­fois remis en cau­se – le plus sou­vent sous la pres­sion reli­gieu­se plus ou moins direc­te. Elles se sont sou­le­vées dans le mon­de isla­mi­sé et conti­nuent de le fai­re, en avant-gar­des mino­ri­tai­res, trop sou­vent au prix de leur vie. Il leur arri­ve même d’être sou­te­nues par des hom­mes. Com­me actuel­le­ment en Iran, avec cet­te cam­pa­gne appuyée par des pho­tos où des hom­mes appa­rais­sent voi­lés aux côtés de fem­mes têtes nues. J’ai failli écri­re « cha­peau ! »

––––

Com­ment ne pas appré­cier ce billet de Sophia Aram, lun­di sur Fran­ce inter. Indis­pen­sa­ble, cou­ra­geu­se, pétillan­te Sophia – la sage ico­no­clas­te. Mais « gro­tes­que », cet­te affai­re ? Puis­se-t-elle dire vrai !

Notes:

  1. Dans une piè­ce de Hanns Johst, dra­ma­tur­ge alle­mand nazi, la cita­tion exac­te : « Quand j’entends par­ler de cultu­re... je relâ­che la sécu­ri­té de mon Brow­ning ! »
  2. Par­mi ces mai­res, celui de Vil­le­neu­ve-Lou­bet (06), Lion­nel Luca, favo­ra­ble au réta­blis­se­ment de la pei­ne de mort… convain­cu du rôle posi­tif de la colo­ni­sa­tion. Sym­pa.
  3. Et, tiens ! revoi­là le « sar­ko » tout flam­bant-flam­bard, revir­gi­ni­sé à droi­te tou­te. Deux de ses idées d’enfer : « Tou­te occu­pa­tion illi­ci­te de pla­ce sera immé­dia­te­ment empê­chée, et les zadis­tes seront ren­voyés chez eux. » « En cas de dégâts sur la voie publi­que à la sui­te d’une mani­fes­ta­tion à laquel­le ils auraient appe­lé, les syn­di­ca­lis­tes devront régler les dom­ma­ges sur leurs pro­pres deniers. »
  4. Quel­le reli­gion, dans le fil de l’Histoire, pour­rait se dédoua­ner de tout extré­mis­me vio­lent ?
  5. Cita­tion attri­buée à Bos­suet, évê­que de Meaux (avant Copé), pré­di­ca­teur, 1627-1704.
  6. Je ne sou­hai­te pas ici débor­der sur la contro­ver­se autour du livre de Samuel Hun­ting­ton, Le Choc des civi­li­sa­tions, paru en 1997.

Cologne, suite. L’écrivain algérien Kamel Daoud  « fatwatisé » par des intellectuels français

Une deuxiè­me fat­wa vient de frap­per l’écrivain et jour­na­lis­te algé­rien Kamel Daoud [voir ici et ], à pro­pos de son ana­ly­se des vio­len­ces sexuel­les du Nou­vel an à Colo­gne. Cet­te nou­vel­le condam­na­tion éma­ne d’une sor­te de sec­te laï­que ras­sem­blant une poi­gnée d’« intel­lec­tuels auto­pro­cla­més » à qui Le Mon­de a prê­té ses colon­nes.

Les signa­tai­res du « Col­lec­tif  »Nou­red­di­ne Ama­ra (his­to­rien), Joel Bei­nin (his­to­rien), Hou­da Ben Hamou­da (his­to­rien­ne), Benoît Chal­land (socio­lo­gue), Joce­ly­ne Dakh­lia (his­to­rien­ne), Sonia Dayan-Herz­brun (socio­lo­gue), Muriam Haleh Davis (his­to­rien­ne), Giu­lia Fab­bia­no (anthro­po­lo­gue), Dar­cie Fon­tai­ne (his­to­rien­ne), David Theo Gold­berg (phi­lo­so­phe), Ghas­san Hage (anthro­po­lo­gue), Laleh Kha­li­li (anthro­po­lo­gue), Tris­tan Leper­lier (socio­lo­gue), Nadia Mar­zou­ki (poli­tis­te), Pas­cal Méno­ret (anthro­po­lo­gue), Sté­pha­nie Poues­sel (anthro­po­lo­gue), Eli­za­be­th Shak­man Hurd (poli­tis­te), Tho­mas Ser­res (poli­tis­te), Seif Sou­da­ni (jour­na­lis­te).

Dans l’édition du 12 février, sous le titre « Les fan­tas­mes de Kamel Daoud », ce « col­lec­tif » lan­çait son ana­thè­me, excluant de son céna­cle « cet huma­nis­te auto­pro­cla­mé ». Le mépris de l’expression dévoi­lait, dès les pre­miè­res lignes de la sen­ten­ce, l’intention mal­veillan­te des juges. Les lignes sui­van­tes confir­maient une condam­na­tion sans appel : « Tout en décla­rant vou­loir décons­trui­re les cari­ca­tu­res pro­mues par  » la droi­te et l’extrême droi­te « , l’auteur recy­cle les cli­chés orien­ta­lis­tes les plus écu­lés, de l’islam reli­gion de mort cher à Ernest Renan (1823-1892) à la psy­cho­lo­gie des fou­les ara­bes de Gus­ta­ve Le Bon (1841-1931). »

Que veu­lent donc dire, ces socio­lo­gi­sants ensou­ta­nés, par leur atten­du si tran­chant ? 1) Que Daoud rejoint « la droi­te et l’extrême droi­te »… 2) …puisqu’il « recy­cle les cli­chés orien­ta­lis­tes les plus écu­lés, de l’islam reli­gion de mort »… 3) cli­chés anciens « chers » à Renan et Le Bon… 4)… ces vieille­ries datées (dates à l’appui) et donc obso­lè­tes… 5)… tan­dis que leur « socio­lo­gie » à eux, hein !

Nos inqui­si­teurs repro­chent au jour­na­lis­te algé­rien d’essen­tia­li­ser « le mon­de d’Allah », qu’il rédui­rait à un espa­ce res­treint (le sien, décrit ain­si avec condes­cen­dan­ce : « Cer­tai­ne­ment mar­qué par son expé­rien­ce durant la guer­re civi­le algé­rien­ne (1992-1999) [C’est moi qui sou­li­gne, et même deux fois, s’agissant du mot expé­rien­ce, si déli­ca­te­ment choi­si] Daoud ne s’embarrasse pas de nuan­ces et fait des isla­mis­tes les pro­mo­teurs de cet­te logi­que de mort. »), selon une « appro­che cultu­ra­lis­te ». En cela, ils rejoi­gnent les posi­tions de l’essayiste amé­ri­ca­no-pales­ti­nien Edward Saïd pour qui l’Orient serait une fabri­ca­tion de l’Occident post-colo­nia­lis­te. Com­me si les cultu­res n’existaient pas, jusqu’à leurs dif­fé­ren­ces ; de même pour les civi­li­sa­tions, y com­pris la musul­ma­ne, bien enten­du.

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

« Que se cache donc der­riè­re le mys­ti­cis­me des fas­cis­tes, ce mys­ti­cis­me qui fas­ci­nait les mas­ses ? » W. Rei­ch

À ce pro­pos, reve­nons aux com­pè­res Renan et Le Bon, en effet contem­po­rains et nul­le­ment arrié­rés com­me le sous-enten­dent nos néo-aya­tol­lahs. Je gar­de les meilleurs sou­ve­nirs de leur fré­quen­ta­tion dans mes années « sex­po­lien­nes » – sexo-poli­ti­ques et rei­chien­nes –, lors­que l’orthodoxie mar­xis­te se trou­va fort ébran­lée, à par­tir de Mai 68 et bien au-delà. Pour un peu je reli­rais cet­te Vie de Jésus, d’Ernest Renan, dont Rei­ch s’était notam­ment ins­pi­ré pour écri­re Le Meur­tre du Christ ; de même, s’agissant de Psy­cho­lo­gie des fou­les, de Gus­ta­ve Le Bon, dont on retrou­ve de nom­breu­ses tra­ces dans Psy­cho­lo­gie de mas­se du fas­cisme du même Wil­helm Rei­ch. Les agres­sions de Colo­gne peu­vent être ana­ly­sées selon les cri­tè­res rei­chiens du refou­le­ment sexuel et des cui­ras­ses carac­té­riel­le et cor­po­rel­le pro­pi­ces aux enrô­le­ments dans les idéo­lo­gies fas­cis­tes et mys­ti­ques. Ces cri­tè­res – avan­cés à sa maniè­re par Kamel Daoud – ne sont pas uni­ques et ne sau­raient nier les réa­li­tés « objec­ti­ves » des condi­tions de vie – elles se ren­for­cent mutuel­le­ment. Tan­dis que les accu­sa­teurs de Daoud sem­blent igno­rer ces com­po­san­tes psy­cho-sexuel­les et affec­ti­ves.

Trai­té com­me un arrié­ré, Daoud est ain­si accu­sé de psy­cho­lo­gi­ser les vio­len­ces sexuel­les de Colo­gne, et d’« effa­cer les condi­tions socia­les, poli­ti­ques et éco­no­mi­ques qui favo­ri­sent ces actes ». Lamen­ta­ble retour­ne­ment du pro­pos – selon une argu­men­ta­tion qui pour­rait se retour­ner avec per­ti­nen­ce !

Enfin, le jour­na­lis­te algé­rien se trou­ve taxé d’isla­mo­pho­bie… Accu­sa­tion défi­ni­ti­ve qui, en fait, à reli­re ces com­pè­res, se situe à l’origine de leur atta­que. Ce « sport de com­bat » désor­mais à la mode, inter­dit tou­te cri­ti­que de fond et clôt tout débat d’idées.

Le « dou­ble fat­wa­ti­sé » pour­ra cepen­dant trou­ver quel­que récon­fort dans des arti­cles de sou­tien. Ain­si, celui de Michel Guer­rin dans Le Mon­de du 27 février. Le jour­na­lis­te rap­pel­le que Kamel Daoud a déci­dé d’arrêter le jour­na­lis­me pour se consa­crer à la lit­té­ra­tu­re. « Il ne chan­ge pas de posi­tion mais d’instrument. » « Ce retrait, pour­suit-il, est une défai­te. Pas la sien­ne. Cel­le du débat. Il vit en Algé­rie, il est sous le coup d’une fat­wa depuis 2014, et cela don­ne de la chair à ses convic­tions. Du res­te, sa vision de l’islam est pas­sion­nan­te, hors nor­mes, car elle divi­se la gau­che, les fémi­nis­tes, les intel­lec­tuels. Une gran­de par­tie de la socio­lo­gie est contre lui mais des intel­lec­tuels afri­cains saluent son cou­ra­ge, Libé­ra­tion l’a défen­du, L’Obs aus­si, où Jean Daniel retrou­ve en lui “tou­tes les gran­des voix fémi­nis­tes his­to­ri­ques”. […] Ain­si va la confré­rie des socio­lo­gues, qui a le nez rivé sur ses sta­tis­ti­ques sans pren­dre en comp­te “la chair du réel”, écrit Aude Lan­ce­lin sur le site de L’Obs, le 18 février. »

Ain­si, cet­te remar­qua­ble tri­bu­ne de la roman­ciè­re fran­co-tuni­sien­ne Faw­zia Zoua­ri, dans Libé­ra­tion du 28 février, rétor­quant aux accu­sa­teurs :

« Voi­là com­ment on se fait les alliés des isla­mis­tes sous cou­vert de phi­lo­so­pher… Voi­là com­ment on réduit au silen­ce l’une des voix dont le mon­de musul­man a le plus besoin. »

 


Faw­zia Zoua­ri : « Il faut dire qu’il y a un... par fran­cein­ter


Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le « porno-islamisme » s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pour­quoi les isla­mis­tes détes­tent-ils autant les fem­mes ? Pour­quoi refu­sent-ils qu’elles pren­nent le volant, por­tent des jupes cour­tes, aiment libre­ment  ? Autant de ques­tions qui inter­pel­lent et déran­gent l’islam des extrê­mes et, par delà, l’islam en lui-même ain­si que les autres reli­gions mono­théis­tes. Le jour­na­lis­te-écri­vain algé­rien Kamel Daoud est l’un des tout pre­miers et trop rares intel­lec­tuels du mon­de musul­man à affron­ter de face ces ques­tions esqui­vées par les reli­gions – sans dou­te par­ce qu’elles leur sont consti­tu­ti­ves. Aujourd’hui, à pro­pos des agres­sions sexuel­les de fem­mes fin décem­bre à Colo­gne, il accu­se le « por­no-isla­mis­me » et inter­pel­le le regard de l’Occident por­té sur l’ « immi­gré », cet « autre », condam­né autant à la répro­ba­tion qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Clau­de Truong-Ngoc / Wiki­me­dia Com­mons

S’inter­ro­ger vala­ble­ment sur l’islam conduit à décryp­ter les méca­nis­mes de hai­ne à l’œuvre dans les dis­cours reli­gieux. Ce qui, par ces temps de fana­tis­me assas­sin, ne va pas sans ris­ques. Sur­tout si on tou­che aux fon­da­men­taux. Ain­si, le 3 décem­bre 2014 dans l’émission de Lau­rent Ruquier On n’est pas cou­ché sur Fran­ce 2, Kamel Daoud décla­re à pro­pos de son rap­port à l’islam :

« Je per­sis­te à le croi­re : si on ne tran­che pas dans le mon­de dit ara­be la ques­tion de Dieu, on ne va pas réha­bi­li­ter l’homme, on ne va pas avan­cer. La ques­tion reli­gieu­se devient vita­le dans le mon­de ara­be. Il faut qu’on la tran­che, il faut qu’on la réflé­chis­se pour pou­voir avan­cer. »

Quel­ques jours plus tard, Daoud est frap­pé d’une fat­wa par un imam sala­fis­te, appe­lant à son exé­cu­tion « pour apos­ta­sie et héré­sie ». Depuis, le jour­na­lis­te, chro­ni­queur au Quo­ti­dien d’Oran, est pla­cé sous pro­tec­tion poli­ciè­re, avec tou­tes les contrain­tes qui s’ensuivent – Sal­man Rush­die, depuis la Gran­de-Bre­ta­gne, en sait quel­que cho­se…

En juin der­nier, dans un entre­tien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insis­tait sur la ques­tion de la pla­ce – si on peut dire – de la fem­me dans l’islam :

«Le rap­port à la fem­me est le nœud gor­dien, en Algé­rie et ailleurs. Nous ne pou­vons pas avan­cer sans gué­rir ce rap­port trou­ble à l’imaginaire, à la mater­ni­té, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entiè­re. Les isla­mis­tes sont obsé­dés par le corps des fem­mes, ils le voi­lent car il les ter­ri­fie. Pour eux, la vie est une per­te de temps avant l’éternité. Or, qui repré­sen­te la per­pé­tua­tion de la vie ? La fem­me, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le por­no-isla­mis­me. Ils sont contre la por­no­gra­phie et com­plè­te­ment por­no­gra­phes dans leur tête. (…) Quand les hom­mes bou­gent, c’est une émeu­te. Quand les fem­mes sont pré­sen­tes, c’est une révo­lu­tion. Libé­rez la fem­me et vous aurez la liber­té.  »

Ces jours-ci, dans un arti­cle publié en Ita­lie dans le quo­ti­dien La Repub­bli­ca et repris par Le Mon­de (31/01/16), Kamel Daoud revient à nou­veau sur la ques­tion de la fem­me en islam, cet­te fois sous l’actualité brû­lan­te des évé­ne­ments de la saint-Syl­ves­tre à Colo­gne. Il pous­se son ana­ly­se sous l’angle des « jeux de fan­tas­mes des Occi­den­taux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfu­gié-immi­gré : angé­lis­me, ter­reur, réac­ti­va­tion des peurs d’invasions bar­ba­res ancien­nes et base du binô­me bar­ba­re-civi­li­sé. Des immi­grés accueillis s’attaquent à « nos » fem­mes, les agres­sent et les vio­lent. »

meursaultsJour­na­lis­te et essayis­te algé­rien, chro­ni­queur au Quo­ti­dien d’Oran, Kamel Daoud est notam­ment l’auteur de Meur­sault, contre-enquê­te (Actes Sud, 2014), Prix Gon­court du pre­mier roman. Il s’agit d’une sor­te de contre­point à L’Étranger de Camus. Phi­lip­pe Ber­ling en a tiré une piè­ce, Meur­saults, jouée jusqu’au 6 février au Théâ­tre des Ber­nar­di­nes à Mar­seille.

Daoud ne cher­che pas d’excuses aux agres­seurs mais s’essaie à com­pren­dre, à expli­quer – ce qui ne sau­rait plai­re à Valls ! Donc, il rejet­te cet­te « naï­ve­té », cet angé­lis­me pro­je­té sur le migrant par le regard occi­den­tal, qui « voit, dans le réfu­gié, son sta­tut, pas sa cultu­re […] On voit le sur­vi­vant et on oublie que le réfu­gié vient d’un piè­ge cultu­rel que résu­me sur­tout son rap­port à Dieu et à la fem­me. »

Il pour­suit : « Le réfu­gié est-il donc « sau­va­ge » ? Non. Jus­te dif­fé­rent, et il ne suf­fit pas d’accueillir en don­nant des papiers et un foyer col­lec­tif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aus­si convain­cre l’âme de chan­ger. L’Autre vient de ce vas­te uni­vers dou­lou­reux et affreux que sont la misè­re sexuel­le dans le mon­de ara­bo-musul­man, le rap­port mala­de à la fem­me, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le gué­rir. »

Daoud refor­mu­le sa « thè­se » :

« Le rap­port à la fem­me est le nœud gor­dien, le second dans le mon­de d’Allah [après la ques­tion de Dieu, Ndlr]. La fem­me est niée, refu­sée, tuée, voi­lée, enfer­mée ou pos­sé­dée. Cela déno­te un rap­port trou­ble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la créa­tion et à la liber­té. La fem­me est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admet­tre. Elle est l’incarnation du désir néces­sai­re et est donc cou­pa­ble d’un cri­me affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une per­te de temps avant l’éternité, d’une ten­ta­tion, d’une fécon­da­tion inuti­le, d’un éloi­gne­ment de Dieu et du ciel et d’un retard sur le ren­dez-vous de l’éternité. La vie est le pro­duit d’une déso­béis­san­ce et cet­te déso­béis­san­ce est le pro­duit d’une fem­me. »

Cer­tes, une tel­le ana­ly­se, par sa fines­se et sa per­ti­nen­ce, ne ris­que pas d’être enten­due par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seule­ment par eux. Ni chez les fana­ti­ques reli­gieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « modé­rés », tant la fron­tiè­re peut être min­ce des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quel­les chan­ces d’être enten­du ? – quand il par­le – naï­ve­ment ? – de « convain­cre l’âme de chan­ger »… et quand il sou­li­gne que « le sexe est la plus gran­de misè­re dans le « mon­de d’Allah » ?

Et de reve­nir sur« ce por­no-isla­mis­me dont font dis­cours les prê­cheurs isla­mis­tes pour recru­ter leurs « fidè­les » :

« Des­crip­tions d’un para­dis plus pro­che du bor­del que de la récom­pen­se pour gens pieux, fan­tas­me des vier­ges pour les kami­ka­zes, chas­se aux corps dans les espa­ces publics, puri­ta­nis­me des dic­ta­tu­res, voi­le et bur­ka. L’islamisme est un atten­tat contre le désir. Et ce désir ira, par­fois, explo­ser en ter­re d’Occident, là où la liber­té est si inso­len­te. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le juge­ment der­nier. Un sur­sis qui fabri­que du vivant un zom­bie, ou un kami­ka­ze qui rêve de confon­dre la mort et l’orgasme, ou un frus­tré qui rêve d’aller en Euro­pe pour échap­per, dans l’errance, au piè­ge social de sa lâche­té : je veux connaî­tre une fem­me mais je refu­se que ma sœur connais­se l’amour avec un hom­me. »

Et, pour finir : « Retour à la ques­tion de fond : Colo­gne est-il le signe qu’il faut fer­mer les por­tes ou fer­mer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solu­tion. Fer­mer les por­tes condui­ra, un jour ou l’autre, à tirer par les fenê­tres, et cela est un cri­me contre l’humanité.

« Mais fer­mer les yeux sur le long tra­vail d’accueil et d’aide, et ce que cela signi­fie com­me tra­vail sur soi et sur les autres, est aus­si un angé­lis­me qui va tuer. Les réfu­giés et les immi­grés ne sont pas réduc­ti­bles à la mino­ri­té d’une délin­quan­ce, mais cela pose le pro­blè­me des « valeurs » à par­ta­ger, à impo­ser, à défen­dre et à fai­re com­pren­dre. Cela pose le pro­blè­me de la res­pon­sa­bi­li­té après l’accueil et qu’il faut assu­mer. »

Où l’on voit que la « guer­re » ne sau­rait condui­re à la paix dans les cœurs… Dans ce pro­ces­sus his­to­ri­que mil­lé­nai­re par­cou­ru de reli­gions et de vio­len­ce, de conquê­tes et de domi­na­tion, de refou­le­ments sexuels, de néga­tion de la fem­me et de la vie, de hai­nes et de res­sen­ti­ments remâ­chés… de quel endroit de la pla­nè­te pour­ra bien sur­gir la sages­se humai­ne ?



Attentats de Paris. Que de morts, que de drames !

Même enco­re incom­plè­te, qu’elle sem­ble inter­mi­na­ble, la lis­te des vic­ti­mes des atten­tats de ce ven­dre­di noir ! Que de dra­mes sou­dain sur­gis dans les famil­les, chez les pro­ches !… Et que de souf­fran­ces sous les bles­su­res, les muti­la­tions ! Fal­lait-il y ajou­ter l’outrage infli­gé, hier à l’Assemblée natio­na­le, par les poli­ti­cards et leurs ges­ti­cu­la­tions imbé­ci­les, indé­cen­tes, outra­gean­tes, atter­ran­tes ? Cet­te lis­te des morts de ven­dre­di ne peut que leur fai­re hon­te. Une hon­te qui ne conso­le­ra de rien, ni des pei­nes, ni des dou­leurs.

attentats-Paris

Mar­seille , lun­di midi. [Ph. gp]

Guillau­me Bar­reau Decherf, 43 ans, était jour­na­lis­te aux Inrocks. Pas­sion­né de Hard Rock, il était diplô­mé de l’école de jour­na­lis­me ESJ Lil­le. Il avait débu­té à Libé­ra­tion et tra­vaillé pour le maga­zi­neRol­ling Sto­ne. Il avait récem­ment écrit au sujet du nou­vel album du grou­pe Eagles of Dea­th Metal, qui se pro­dui­sait au Bata­clan le soir du mas­sa­cre.. Père de deux filles, il est né à Bar-le-Duc (Meu­se) et a gran­di dans l’Essonne, com­me le rap­por­te lEst Répu­bli­cain. Ses confrè­res et anciens cama­ra­des de l’Ecole de jour­na­lis­me ESJ de Lil­le se sou­vien­nent de sa dou­ceur sous une allu­re de «métal­leux», de sa pas­sion pour la musi­que et de son sens de la for­mu­le qui fai­sait sou­vent mou­che. Il a per­du la vie au Bata­clan.

Maca­théo Ludo­vic Boum­bas, 40 ans, dit «Ludo», 40 ans, est mort à La Bel­le Equi­pe, bis­trot du XIe arron­dis­se­ment où il fêtait l’anniversaire d’une amie. «Il a vou­lu pro­té­ger une amie, Chloé, en se met­tant sur elle. Il s’est pris une rafa­le», a dit son frè­re à l’AFP. D’origine congo­lai­se, Ludo était ingé­nieur chez le trans­por­teur FedEx.

Alban Denuit, 32 ans, ori­gi­nai­re du Lot-et-Garon­ne, à Mar­man­de, ce plas­ti­cien était expo­sé à la gale­rie bor­de­lai­se Epo­ny­me. Diplô­mé de l’École natio­na­le des Beaux-Arts de Paris, il ensei­gnait à l’université Bor­deaux 3. Selon Sud Ouest, il avait obte­nu l’été der­nier son doc­to­rat d’arts plas­ti­ques avec féli­ci­ta­tions du jury. Il est décé­dé au Bata­clan.

Romain Didier, 32 ans, était ori­gi­nai­re du Ber­ry. Il vivait non loin du lieu du dra­me, com­me le rap­por­te le Jour­nal du Cen­tre. A Paris, il avait sui­vi des cours d’art dra­ma­ti­que à l’école Jean Péri­mo­ny et avait occu­pé entre 2009 et 2013 le pos­te de mana­ger du Lit­tle Tem­ple Bar, un bar du VIe arron­dis­se­ment de Paris. Il a été tué rue de Cha­ron­ne, dans le XIe arron­dis­se­ment de Paris, alors qu’il était avec son amie, Lamia Mon­de­guer, elle aus­si décé­dée.

Lamia Mon­de­guer, 30 ans, a été tuée rue de Cha­ron­ne alors qu’elle se trou­vait avec son com­pa­gnon, Romain Didier. La jeu­ne fem­me, diplô­mée de l’université Paris VII et de l’Ecole supé­rieu­re d’études ciné­ma­to­gra­phi­ques tra­vaillait pour l’agence artis­ti­que Noma Talents.

Cédric Mau­duit, 41 ans, était ori­gi­nai­re de Lion-sur-Mer (Cal­va­dos). Il tra­vaillait au Conseil dépar­te­men­tal du Cal­va­dos, où il était direc­teur de la Moder­ni­sa­tion du dépar­te­ment, com­me le rap­por­te le site inter­net du dépar­te­ment. Il assis­tait au concert avec 5 amis, dont une autre vic­ti­me, David Per­chi­rin. Son frè­re a lan­cé un appel sur les réseaux sociaux pour fai­re venir les Rol­ling Sto­nes ou David Bowie, des artis­tes qu’il admi­rait, à son enter­re­ment.

Romain Feuilla­de, 31 ans, était sur la ter­ras­se de La Bel­le équi­pe lorsqu’il est tom­bé sous les bal­les des assaillants. Le jeu­ne hom­me, marié, était ori­gi­nai­re de Gil­ly-sur-Isè­re (Savoie) et s’était ins­tal­lé à Paris pour deve­nir comé­dien. Il tenait un res­tau­rant dans le XIe arron­dis­se­ment, Les Cent kilos, avec un asso­cié. «C’était un gar­çon d’une pro­fon­de gen­tilles­se, doté d’un puis­sant sens de l’humour. Sou­riant, géné­reux, hum­ble, bien­veillant. Un exem­ple d’homme, le meilleur. Un ami dévoué», a témoi­gné l’un de ses amis dans Libé­ra­tion

Véro­ni­que Geof­froy de Bour­gies, 54 ans, était une ex-man­ne­quin et ancien­ne jour­na­lis­te duFiga­ro Mada­me et Vogue Hom­me. Elle avait fon­dé jemesensbien.fr, un blog sur lequel elle pos­tait quo­ti­dien­ne­ment des billets “bon­ne humeur”. Elle avait adop­té il y a deux ans une peti­te fille, Mélis­sa et un petit gar­çon, Die­go. Amou­reu­se de Mada­gas­car, elle y avait créé en 2004 une asso­cia­tion, Zaza­ke­ly Sam­ba­tra (“enfants heu­reux”) . Elle a été abat­tue à la ter­ras­se de La Bel­le équi­pe. Son mari, pho­to­gra­phe, était en dépla­ce­ment à Shan­ghaï pen­dant les atten­tats.

Mathieu Hoche, 38 ans, était tech­ni­cien cadreur pour la chaî­ne Fran­ce 24. “Il était jeu­ne, il avait un enfant de 6 ans”, a twit­té sa col­lè­gue Rose­ly­ne Feb­vre sur Twit­ter. «Un gar­çon ado­ra­ble, dis­cret, bos­seur, pro­fes­sion­nel», évo­que le direc­teur de la chaî­ne Marc Sai­ka­li.

Tho­mas Ayad, 34 ans, ori­gi­nai­re d’Amiens, était pro­duc­teur pour la mai­son de dis­que Mer­cu­ry Records, un label qui dépend du grou­pe Uni­ver­sal et s’occupait notam­ment du mar­ke­ting d’Eagles of Dea­th Metal. Tué au Bata­clan, il assis­tait au concert avec deux col­lè­gues. Lucian Grain­ge, PDG d’Universal Music Group, a ren­du hom­ma­ge à Tho­mas Ayad dans une let­tre publiée par le Los Ange­les Times. Pas­sion­né de hockey sur gazon, son ancien club a orga­ni­sé un ras­sem­ble­ment d’hommage diman­che. «Il est mort pres­que tout de sui­te, au Bata­clan, alors qu’il était en train de par­ler avec un gar­çon de Nous Pro­duc­tions (le tour­neur du concert, ndlr), qui lui a été bles­sé. (...) Franc, hon­nê­te, c’était un ami fidè­le, on pou­vait comp­ter sur lui», a racon­té à Libé­ra­tion l’un de ses amis.

Marie Mos­ser, 24 ans, ori­gi­nai­re de Nan­cy et ancien­ne employée de la mai­son de dis­que Mer­cu­ry Records, elle col­la­bo­rait avec le site inter­net Cele­bri­ties in Paris, qui a confir­mé son décès. Cet­te spé­cia­lis­te en Com­mu­ni­ca­tion et mar­ke­ting digi­tal est l’une des vic­ti­me de l’attentat du Bata­clan.

Quen­tin Bou­len­ger, 29 ans, était ori­gi­nai­re de Reims et habi­tait dans le 17e arron­dis­se­ment de Paris, selon l’Union. Il est décé­dé au Bata­clan. Diplô­mé de l’école de com­mer­ce Audien­cia de Nan­tes (Loi­re-Atlan­ti­que), ce jeu­ne marié s’était ins­tal­lé dans le XVIIe arron­dis­se­ment de Paris et tra­vaillait com­me res­pon­sa­ble digi­tal inter­na­tio­nal au sein du grou­pe de cos­mé­ti­ques L’Oréal.

Valen­tin Ribet, 26 ans, était avo­cat d’affaires au bar­reau de Paris depuis l’année der­niè­re. Il tra­vaillait au cabi­net Hogan Lovells, qui a confir­mé sa dis­pa­ri­tion. Le jeu­ne hom­me avait étu­dié à Lon­don School of Eco­no­mics, après avoir obte­nu son diplô­me à la Sor­bon­ne. Il est décé­dé au Bata­clan, où il était avec son amie Eva, bles­sée, opé­rée et dont les jours ne sont plus en dan­ger.

Dja­mi­la Houd, 41 ans, et ori­gi­nai­re de Dreux, a été tuée sur la ter­ras­se de La Bel­le Équi­pe, rue de Cha­ron­ne. Fille de Har­kis, issue «d’une des gran­des famil­les drouai­ses», com­me le rap­por­te l’Écho Répu­bli­cain, Pro­prié­tai­re de la bras­se­rie pari­sien­ne le Café des anges, à Bas­tille, Dja­mi­la Houd vivait à Paris.

Fabri­ce Dubois, 46 ans, marié et père de deux enfants âgés de 11 et 13 ans, était rédac­teur concep­teur chez Publi­cis Conseil. Il habi­tait à Médan, dans les Yve­li­nes. Il est décé­dé au Bata­clan. Sa sœur a confir­mé sa mort à Paris Mat­ch.

Fran­çois-Xavier Pré­vost, 29 ans, ori­gi­nai­re de Lam­ber­sart, dans le Nord-Pas-de-Calais, était pas­sion­né de ten­nis. Il tra­vaillait dans la publi­ci­té à Lil­le, com­me le rap­por­te l’AFP. Selon La Voix du Nord, il assis­tait au concert du Bata­clan avec deux amis. «We miss you FX», une page Face­book dédiée au jeu­ne hom­me a été créée par ses pro­ches. «L’amour de ma vie, à jamais», a écrit sa com­pa­gne sur la page Face­book créée pour lui ren­dre hom­ma­ge.

Mathias Dymars­ki, 22 ans et Marie Lau­sch, 23 ans, sont tous les deux décé­dés lors de l’attentat du Bata­clan. Ces Mosel­lans étaient ensem­ble depuis 5 ans, et avaient emmé­na­gé en sep­tem­bre der­nier dans un appar­te­ment pari­sien, selon Le Répu­bli­cain Lor­rain. La jeu­ne fem­me, diplô­mée de l’école de com­mer­ce de Reims, venait de ter­mi­ner une mis­sion pour un grou­pe de cos­mé­ti­ques. Mathias, ingé­nieur tra­vaux, allait fêter ses 23 ans le 6 décem­bre pro­chain.

Pier­re Inno­cen­ti, 40 ans, que tout le mon­de appe­lait “Pier­ro”, avait repris le res­tau­rant ita­lien fami­lial Livio, une ins­ti­tu­tion à Neuilly-sur-Sei­ne. Il avait pos­té sur sa page Face­book, quel­ques minu­tes avant le début du concert, une pho­to de l’affiche du grou­pe de rock. «Pier­re était un énor­me bos­seur, mais c’était aus­si un bon vivant, il aimait fai­re la fête. C’était aus­si un hom­me de valeurs», racon­te Ara­sh Deram­bar­sh, un ami de Pier­re Inno­cen­ti et élu de Cour­be­voie.

Sté­pha­ne Alber­ti­ni, cou­sin de Pier­re Inno­cen­ti, était le copro­prié­tai­re du res­tau­rant Livio.

Mat­thieu Giroud, 39 ans, était ori­gi­nai­re de Jar­rie, dans la région de Gre­no­ble. Géo­gra­phe, spé­cia­lis­te de la gen­tri­fi­ca­tion, il était maî­tre de confé­ren­ce à l’Université Blai­se Pas­cal de Cler­mont-Fer­rand entre 2008 et 2012, avant de rejoin­dre le CNRS et l’Université Paris Est Mar­ne la Val­lée. Il était le père d’un petit gar­çon de 3 ans et sa com­pa­gne, Auré­lie, est encein­te d’une peti­te fille. Qua­li­fié par un mem­bre de sa famil­le d” «impi­toya­ble­ment paci­fis­te», Mat­thieu Giroud «aimait le rock, le whis­ky japo­nais, le foot, les BD et regar­der des séries avec son Auré­lie. Plus que tout il aimait ses amis - nom­breux. Ses amis de Jar­rie et ses amis de Paris. Ses amis vivant en pro­vin­ce et ses amis vivant à l’étranger», a écrit sur Face­book Fabien­ne Sil­ves­tre-Ber­ton­ci­ni, sa bel­le soeur. Mat­thieu Giroud est décé­dé au Bata­clan.

Auré­lie de Per­et­ti, 33 ans, info­gra­phis­te de for­ma­tion, recon­ver­tie dans la res­tau­ra­tion, était ori­gi­nai­re de Saint-Tro­pez. Elle était venue à Paris avec son amie Élo­die Pier­rat pour assis­ter au concert du Bata­clan, où elle est décé­dée. Élo­die Pier­rat demeu­re en soins inten­sifs.

Quen­tin Mou­rier, 29 ans, tué au Bata­clan, était archi­tec­te aux Ver­gers Urbains. Il est décrit com­me quelqu’un «plein de res­sour­ces, d’énergie, d’initiatives, d’engagement» sur le site inter­net de cet­te asso­cia­tion qui mili­te pour la végé­ta­li­sa­tion. Il habi­tait dans la capi­ta­le mais était ori­gi­nai­re de Rouf­fa­ch (Haut-Rhin), selon les Der­niè­res Nou­vel­les d’Alsace. Il avait étu­dié à l’Ecole natio­na­le supé­rieu­re d’architecture de Ver­sailles.

Élo­die Breuil, 23 ans, était étu­dian­te en desi­gn à l’école de Condé, dans le XVè­me arron­dis­se­ment de la capi­ta­le. Elle est décé­dée au Bata­clan alors qu’elle assis­tait au concert avec un grou­pe d’amis. Elle avait par­ti­ci­pé à la mar­che de la Répu­bli­que en jan­vier der­nier, avec sa mère. «Tout ce que vous pou­vez fai­re, c’est infor­mer le mon­de entier de ces hor­ri­bles cho­ses que nous nous infli­geons les uns aux autres», a décla­ré son frè­re Alexis à un jour­na­lis­te de Time, alors qu’on venait de lui confir­mer le décès de la jeu­ne fille aux yeux bleus.

Fan­ny Minot, 29 ans, était mon­teu­se pour Le Sup­plé­ment de Canal +. «Une fan de rock», selon l’une de ses col­lè­gues contac­tée par l’AFP.

Nico­las Clas­seau, 40 ans, était le direc­teur de l’IUT Mar­ne la val­lée. Il assis­tait au concert avec sa com­pa­gne, tou­jours hos­pi­ta­li­sée. Gui­ta­ris­te ama­teur, le qua­dra­gé­nai­re vivait à Bagno­let (Sei­ne-Saint-Denis) avec ses trois enfants, de 15, 11 et 6 ans.

Nick Alexan­der, 36 ans, bri­tan­ni­que de Col­ches­ter, ven­dait des pro­duits à l’effigie du grou­pe Eagles of Dea­th Metal lorsqu’il a été tué au Bata­clan. «Nick est mort en fai­sant le tra­vail qu’il aimait et nous som­mes récon­for­tés de voir à quel point il était aimé par ses amis à tra­vers le mon­de», a écrit sa famil­le dans un com­mu­ni­qué. «Dors bien, mon doux prin­ce, Nick Alexan­der... #fuck­ter­ro­rism #iwillal­way­slo­veyou #Bata­clan», a publié sur Twit­ter sa com­pa­gne Poli­na Buck­ley, avec une pho­to d’eux deux.

Hali­ma Ben Kha­li­fa Saa­di, 35 ans, était ori­gi­nai­re de Men­zel Bour­gui­ba (Tuni­sie), près de Bizer­te. Cet­te jeu­ne fem­me à la cri­niè­re de lion­ne était mariée à un Séné­ga­lais, Ada­ma Ndiaye, et vivait à Dakar. Sa famil­le est ins­tal­lée au Creu­sot (Saô­ne-et-Loi­re), où son père est arri­vé en 1970 pour tra­vailler dans le bâti­ment. Mère de deux jeu­nes gar­çons, elle était à Paris, au res­tau­rant «La Bel­le équi­pe», pour fêter l’anniversaire d’une amie.

Hod­da Ben Kha­li­fa Saa­di, 34 ans, était à Paris avec sa sœur aînée Hali­ma pour fêter un anni­ver­sai­re.

Maxi­me Bouf­fard, 26 ans, ori­gi­nai­re du Coux (Dor­do­gne), est mort au Bata­clan. Titu­lai­re d’un BTS en audio­vi­suel à Biar­ritz (Pyré­nées-Atlan­ti­ques), il habi­tait depuis qua­tre ans à Paris, où il réa­li­sait des clips vidéo -récem­ment pour le grou­pe Le Der­nier Métro - et des films publi­ci­tai­res. «C’était un ama­teur de rug­by, de vin et de bon­ne bouf­fe. C’était un pilier dans sa famil­le et dans son grou­pe d’amis», a racon­té un ami à l’AFP. Fan de rock, il avait par­ta­gé sur son pro­fil Face­book en juillet une cri­ti­que élo­gieu­se du nou­vel album d’Eagles Of Dea­th Metal.

Nico­las Cati­nat, 37 ans, a été tué au Bata­clan, alors qu’il se trou­vait dans la fos­se. Habi­tant à Domont, dans le Val-d’Oise, il a cher­ché à pro­té­ger ses amis en se pla­çant en bou­clier humain.

Pré­ci­lia Cor­reia, 35 ans, Por­tu­gai­se, était employée par la mai­son de dis­ques Mer­cu­ry Music. Elle est mor­te au Bata­clan. «Pour ceux qui se rap­pel­lent de moi après le pri­mai­re, j’aimais plus fai­re mes devoirs cela ne m’a pas empê­cher de res­ter à l’école jusqu’à plus de 25 ans...», racon­te sur son pro­fil Copains d’Avant cet­te jeu­ne fem­me bru­ne qui a étu­dié les lan­gues étran­gè­res et la pho­to­gra­phie.

Asta Dia­ki­te, cou­si­ne du joueur de l’équipe de Fran­ce de foot­ball Las­sa­na Diar­ra, qui était en train de jouer sur la pelou­se du Sta­de de Fran­ce lors­que les explo­sions ont eu lieu. La jeu­ne fem­me, décri­te com­me une musul­ma­ne pra­ti­quan­te, est mor­te dans la fusilla­de de la rue Bichat, où elle était sor­tie fai­re des cour­ses. «Elle a don­né sa vie pour sau­ver cel­le de son neveu qui était avec elle», a écrit sur Face­book sa cou­si­ne. «Elle a été pour moi un repè­re, un sou­tien, une gran­de soeur», a témoi­gné le joueur de l’OM dans un mes­sa­ge pos­té sur les réseaux sociaux.

Manuel Cola­co Dias, 63 ans, un Por­tu­gais fan de foot qui vivait depuis 45 ans à Paris, a péri alors qu’il se trou­vait à l’extérieur du Sta­de de Fran­ce.

Elsa Del­pla­ce, 35 ans, était venue au concert des Eagles of Dea­th Metal avec sa mère et son fils de 5 ans, qui les aurait vu mou­rir mais qui a sur­vé­cu. La jeu­ne fem­me était for­ma­tri­ce dans un cen­tre de for­ma­tion d’apprentis pari­sien. La grand-mère, Patri­cia San Mar­tin, 61 ans, était fonc­tion­nai­re à la mai­rie de Sevran et niè­ce d’un ambas­sa­deur chi­lien.

Elif Dogan, 26 ans, Bel­ge d’origine tur­que, tra­vaillait dans une socié­té d’informatique en Bel­gi­que. Ins­tal­lée à Paris depuis qua­tre mois, tout près du Bata­clan, elle est décé­dée dans la sal­le de spec­ta­cles sous les bal­les des ter­ro­ris­tes, com­me son com­pa­gnon Mil­ko Jozic. «On se disait que notre fille vivait dans un endroit sûr. On crai­gnait des actions en Tur­quie et c’est dans une des plus gran­des métro­po­les du mon­de qu’on l’a per­due», a déplo­ré son père Kemal Dogan, retour­né vivre en Tur­quie il y a quel­ques mois.

Romain Dunet, 25 ans, un grand fan de musi­que, de uku­le­le et de chant, est mort au Bata­clan. Ensei­gnant d’anglais dans un ensem­ble sco­lai­re pari­sien, il était éga­le­ment mem­bre d’un grou­pe de musi­que. Ses pro­ches ont ouvert une page d’hommage sur Face­book, «pour témoi­gner de son intel­li­gen­ce et de sa gen­tilles­se, de son enga­ge­ment dans ses pas­sions et de son dévoue­ment pour ses élè­ves».

Tho­mas Duper­ron, 30 ans, un Pari­sien ori­gi­nai­re d’Alençon s’occupait de la com­mu­ni­ca­tion de la sal­le de concert pari­sien­ne La Maro­qui­ne­rie. Spec­ta­teur du Bata­clan, il est mort diman­che à l’hôpital de Per­cy-Cla­mart où il avait été trans­por­té. «Nos pen­sées vont à sa famil­le, à ses pro­ches ain­si qu’aux équi­pes de La Maro­qui­ne­rie», a pos­té sur son site inter­net l’Ecole d’art et de cultu­re (EAC), dont il était sor­ti diplô­mé en 2010.

Gre­go­ry Fos­se, 28 ans, habi­tant de Gam­bais (Yve­li­nes). Gré­go­ry était pro­gram­ma­teur musi­cal pour la chaî­ne D17. Un hom­ma­ge lui sera ren­du lun­di, à l’initiative du conseil muni­ci­pal de la com­mu­ne de Gam­bais.

Juan Alber­to Gonzà­les Gar­ri­do, 29 ans, ingé­nieur espa­gnol , tra­vaillait pour EDF. Ori­gi­nai­re de Gre­na­de, en Anda­lou­sie, il vivait à Paris avec son épou­se Ange­li­na Rei­na, 33 ans. Pré­sen­te à ses côtés au Bata­clan ven­dre­di soir, cet­te der­niè­re a vu son époux tom­ber au sol avant de per­dre sa tra­ce, selon le quo­ti­dien El Pais.

Cédric Gomet, 30 ans, ori­gi­nai­re de Fou­che­rans dans le Jura et rési­dant à Paris, tra­vaillait pour TVMon­de. Il se trou­vait au Bata­clan avec l’un de ses amis, Cédric, lui-même bles­sé par bal­les à la jam­be au cours de l’assaut.

Nohe­mi Gon­za­lez, 23 ans, de natio­na­li­té mexi­cai­ne et amé­ri­cai­ne, se trou­vait à la ter­ras­se du Petit Cam­bod­ge en com­pa­gnie d’une amie. Étu­dian­te en troi­siè­me année à l’université d’État de Long Bea­ch en Cali­for­nie, elle se trou­vait à Paris dans le cadre d’un semes­tre d’échange uni­ver­si­tai­re à l’école de desi­gn Stra­te de Sèvres. Décri­te par son petit ami com­me «la plus dou­ce des jeu­nes fem­mes», elle devait ren­trer aux États-Unis le mois pro­chain.

Raphael H, 28 ans, est né à Gar­mi­sch-Par­ten­kir­chen en Baviè­re. Archi­tec­te, il avait été embau­ché dans le cabi­net de Ren­zo Pia­no à Paris. Ven­dre­di soir, il était allé dîner au Petit Cam­bod­ge avec deux col­lè­gues, un Irlan­dais et un Mexi­cain. Ils ont aus­si été bles­sés lors de l’attaque.

Thier­ry Har­douin, 36 ans, sous-bri­ga­dier au dépôt de Bobi­gny, devait pas­ser la soi­rée à Paris au res­tau­rant la Bel­le Équi­pe, rue de Cha­ron­ne, pour célé­brer l’anniversaire de sa com­pa­gne. «Bon vivant», «hom­me joyeux et pro­fes­sion­nel», «Thier­ry avait affai­re au quo­ti­dien à des gens dan­ge­reux. On savait qu’il fal­lait tou­jours res­ter sur le qui-vive» confie un de ses pro­ches au quo­ti­dien Le Pari­sien. Thier­ry Har­douin était père de deux enfants.

Pier­re-Antoi­ne Hen­ry, 36 ans, ingé­nieur de pro­fes­sion, était ori­gi­nai­re de la région pari­sien­ne, com­me le rap­por­te Ouest Fran­ce. Il tra­vaillait dans les sys­tè­mes de com­mu­ni­ca­tion. Pier­re-Antoi­ne est décé­dé dans la sal­le du Bata­clan. «Le pre­mier mot qui me vient à l’esprit quand je pen­se pen­se à lui, c’est sa gen­tilles­se», a inidi­qué à l’AFP l’un de ses pro­ches.

Marion Lief­frig-Petard, était étu­dian­te en 1e année du mas­ter fran­co-ita­lien de musi­co­lo­gie de la Sor­bon­ne. Musi­cien­ne, pas­sion­née par les voya­ges musi­caux en Médi­ter­ra­née, elle venait de ren­trer d’une année d’Erasmus à Bar­ce­lo­ne et s’apprêtait à effec­tuer sa deuxiè­me année de Mas­ter à Paler­me. Elle fait par­tie des vic­ti­mes. Bar­thé­lé­my Jobert, Pré­si­dent de Paris-Sor­bon­ne lui a ren­du hom­ma­ge.

Anna Lief­frig-Petard, 27 ans, gra­phis­te. Elle a été tuée alors qu’elle dînait à la ter­ras­se du Petit Cam­bod­ge avec sa soeur Marion, décé­dée éga­le­ment, a indi­qué à l’AFP le mai­re de Chailles (Loir-et-Cher), Yves Cros­nier-Cour­tin, où leurs parents tien­nent une bou­che­rie. «Elle était venue retrou­ver sa soeur ce week-end-là et elles avaient envoyé un mes­sa­ge à leurs parents pour leur dire que la vie était bel­le, qu’elles étaient conten­tes de se retrou­ver».

Suzon Gar­ri­gues, 21 ans, était étu­dian­te en troi­siè­me année de Licen­ce de let­tres moder­nes appli­quées à la Sor­bon­ne, a elle aus­si dis­pa­ru au Bata­clan. Bar­thé­lé­my Jobert, Pré­si­dent de Paris-Sor­bon­ne lui a éga­le­ment ren­du hom­ma­ge: «Elle lais­se à ses cama­ra­des le sou­ve­nir de la plus géné­reu­se, la plus altruis­te, la plus drô­le des amies, et aus­si d’une incon­di­tion­nel­le et fidè­le admi­ra­tri­ce de Zola».

Moha­med Ami­ne Ibnol­mo­ba­rak, Maro­cain, 28 ans, archi­tec­te enca­drant à l’Ecole natio­na­le supé­rieu­re d’architecture Paris-Mala­quais, ce pas­sion­né de nata­tion était «enga­gé, intel­lec­tuel, créa­tif», selon l’un de ses anciens pro­fes­seurs inter­ro­gé par Libé­ra­tion. Il a été tué alors qu’il se trou­vait au bar Le Carillon avec sa fem­me, qu’il avait épou­sée cet été. Cet­te der­niè­re, gra­ve­ment bles­sée, «a subi trois opé­ra­tions chi­rur­gi­ca­les» mais «ses jours ne seraient plus en dan­ger», a confié un pro­che à l’AFP.

Mil­ko Jozik, 47 ans, de natio­na­li­té bel­ge. Cet ingé­nieur sou­riant, père d’une jeu­ne fem­me de 22 ans, habi­tait avec sa nou­vel­le com­pa­gne Elif Dogan, éga­le­ment de natio­na­li­té bel­ge, elle aus­si décé­dée, dans la rue du Bata­clan où ils s’étaient ins­tal­lés il y a qua­tre mois. «Je me dis sim­ple­ment que le mon­de est com­plè­te­ment pour­ri. C’est sur­tout pour ma fille que c’est dur, on se sent pau­mées», a confié son ex-épou­se au quo­ti­dien bel­ge La Der­niè­re Heu­re.

Hya­cin­the Koma, 37 ans, ser­veur au res­tau­rant Les Chics Types, dans le 19e arron­dis­se­ment, il par­ti­ci­pait à une soi­rée d’anniversaire au res­tau­rant La Bel­le Équi­pe rue de Cha­ron­ne. «Il avait beau­coup d’amis», selon sa peti­te sœur Amy. L’un d’entre eux a lan­cé une cagnot­te sur le site Leet­chi pour aider sa famil­le à finan­cer les obsè­ques.

Guillau­me Le Dramp, 33 ans, figu­re du quar­tier, buvait un ver­re en ter­ras­se au bar La Bel­le Equi­pe quand il a été tué. Ori­gi­nai­re de Cher­bourg, il avait fait ses étu­des à Caen avant d’aller à Par­me (Ita­lie) puis à Paris, où il tra­vaillait dans un res­tau­rant der­riè­re la pla­ce des Vos­ges. Décrit com­me «char­meur, cha­leu­reux, un vrai gen­til, avec un humour dévas­ta­teur» par l’un de ses pro­ches à l’AFP, il était ten­té de retour­ner vivre en Ita­lie et pré­pa­rait le concours de pro­fes­seur des éco­les.

Chris­to­phe Lel­lou­che, 33 ans, tué au Bata­clan. Il était sup­por­ter de l’OM, gui­ta­ris­te et com­po­si­teur du grou­pe Oli­ver et fan de Metal­li­ca, selon un de ses amis inter­ro­gé par Libé­ra­tion.

Yan­ni­ck Min­viel­le, 39 ans, tra­vaillait dans la publi­ci­té et chan­tait dans un grou­pe de rock. Il est mort au Bata­clan.

Jus­ti­ne Mou­lin, 20 ans, une pari­sien­ne ori­gi­nai­re d’Asnières (Hauts-de-Sei­ne), était étu­dian­te en Mas­ter à SKEMA Busi­ness School, qui lui a ren­du hom­ma­ge sur son site inter­net.

Vic­tor Muñoz, 25 ans, est mort à La Bel­le Équi­pe, rue de Cha­ron­ne. Il était le fils d’un élu du XIe arron­dis­se­ment. Il venait d’être diplô­mé de l’ESG Mana­ge­ment School, une éco­le supé­rieu­re de com­mer­ce à Paris.

Ber­trand Navar­ret, 37 ans. Selon la Dépê­che du midi, il avait gran­di à Tar­bes, où son père est notai­re, et vivait à Cap­bre­ton, sur la côte lan­dai­se. Il était par­ti à Paris pour pas­ser quel­ques jours dans la capi­ta­le et assis­ter au concert au Bata­clan.

David Per­chi­rin. Après avoir été jour­na­lis­te, il était deve­nu récem­ment pro­fes­seur des éco­les et ensei­gnait depuis sep­tem­bre 2014 en Sei­ne-Saint-Denis. Ce qua­ran­te­nai­re est mort au Bata­clan aux côtés de son ami Cédric Mau­duit, ren­con­tré à Scien­ces Po Ren­nes. «Bons vivants, débor­dants d’énergie, enthou­sias­tes indé­fec­ti­bles, le ciment de leur ami­tié a tou­jours été leur pas­sion du rock’n roll», selon l’hommage ren­du par l’association des anciens élè­ves de l’établissement.

Manu Per­ez, âgé d’une tren­tai­ne d’années, direc­teur artis­ti­que chez Poly­dor. Ce père de famil­le a pos­té sur Face­book quel­ques minu­tes avant sa mort une vidéo pri­se dans la fos­se du Bata­clan, inti­tu­lée «Il y a ceux qui y sont et qui ne sont pas». Sa mémoi­re a été saluée sur Twit­ter par plu­sieurs artis­tes dont il s’était occu­pé.

Caro­li­ne Pre­nat, 24 ans,ori­gi­nai­re de Lyon, était gra­phis­te. Elle était diplô­mée de l’École de Condé de Nan­cy et avait étu­dié à l’École d’arts appli­qués de Bel­le­cour, selon Lyon Capi­ta­le. Elle est décé­dée lors de la tue­rie du Bata­clan.

Armel­le Pumir-Anti­ce­vic, 46 ans, est mor­te au Bata­clan, où elle se trou­vait avec son mari, Jose­ph. «Armel­le m’a dit: «Viens, on court». On n’était pas loin de la por­te de sor­tie. Armel­le était der­riè­re moi, on a fon­cé. Elle est tom­bée. J’ai cru qu’elle avait tré­bu­ché sur un cada­vre. Je l’ai ramas­sée, je la por­tais. Mais en arri­vant près de la por­te, un flic m’a tiré par le bras, j’ai dû la lâcher. Putain. Je n’ai jamais revu Armel­le», avait-il racon­té diman­che à Libé­ra­tion. Chef de fabri­ca­tion, mère de famil­le, cet­te Pari­sien­ne était aus­si atta­chée aux Pyré­nées-Orien­ta­les, où elle pos­sé­dait une mai­son.

Mat­thieu de Ror­thais, 32 ans, est mort dans l’attaque du Bata­clan. Son père et sa soeur lui ont ren­du hom­ma­ge sur Face­book, cet­te der­niè­re saluant la mémoi­re de son grand frè­re, «la plus bel­le étoi­le du ciel».

Raphaël Ruiz, 37 ans, mort au Bata­clan. Il était «pas­sion­né de musi­que, de ciné­ma, de BD et de tant d’autres cho­ses» selon l’association des anciens de Scien­ces Po Gre­no­ble. «C’était un ami hors pair, un hom­me atta­chant et pas­sion­nant, et un grand éclat de rire avec les enfants». Il tra­vaillait depuis 10 ans chez Ubi­qus, où il était «una­ni­me­ment appré­cié pour son pro­fes­sion­na­lis­me, son dévoue­ment et son immen­se gen­tilles­se».

Made­lei­ne Sadin, 30 ans,qui vivait à Paris, est mor­te au Bata­clan. Décri­te com­me «vivan­te, aiman­te et curieu­se» par ses pro­ches à l’AFP, elle était pro­fes­seur de Fran­çais dans un col­lè­ge de l’Essonne. Son cou­sin, Simon Cas­te­ran, jour­na­lis­te tou­lou­sain, a publié, sur son bloglessermonsdulundi.com, une let­tre adres­sée à Dae­ch et titrée «Oui, je suis un per­vers et un ido­lâ­tre».

Khei­red­di­ne Sah­bi, 29 ans, sur­nom­mé «Didi­ne», ce vio­lo­nis­te de natio­na­li­té algé­rien­ne ren­trait chez lui ven­dre­di après une soi­rée avec des amis lorsqu’il a été tué. Après des étu­des de scien­ces, il s’était tour­né vers la musi­que et étu­diait depuis un an à Paris. Il était étu­diant en mas­ter d’ethnomusicologie à la Sor­bon­ne. Bar­thé­lé­my Jobert, Pré­si­dent de Paris-Sor­bon­ne, lui a ren­du hom­ma­ge. «Il habi­tait un quar­tier péri­phé­ri­que d’Alger, où la situa­tion était très ten­due» et «avait sur­vé­cu à dix ans de ter­ro­ris­me», à témoi­gné à l’AFP un de ses cou­sins. Son corps devrait être rapa­trié en Algé­rie.

Lola Sali­nes, 29 ans, était édi­tri­ce chez Gründ, char­gé des ouvra­ges Jeu­nes­se. Cet­te pas­sion­née de rock et de metal a notam­ment édi­té l’Encyclo des Filles, paru en 2013, un manuel de réfé­ren­ce pour les ado­les­cen­tes. Pas­sion­née de rol­ler der­by, la jeu­ne fem­me fai­sait par­tie du club la Bou­che­rie de Paris, l’équipe de la capi­ta­le. Elle por­tait sur les pis­tes le nom de «Josie Ozz­bour­ne». Son père, Geor­ges, l’a cher­chée tou­te la nuit de ven­dre­di à same­di, pour fina­le­ment annon­cer son décès same­di matin, sur Twit­ter.

Hugo Sar­ra­de, 23 ans, débu­tait son week end à Paris par ce concert au Bata­clan, avant de rejoin­dre son père en région pari­sien­ne. Étu­diant en intel­li­gen­ce arti­fi­ciel­le à Mont­pel­lier, Hugo était per­sua­dé que «l’obscurantisme est notre pire enne­mi», selon son père, inter­ro­gé par le quo­ti­dienMidi Libre.

Vale­ria Sole­sin, 28 ans, est mor­te au Bata­clan, après avoir été pri­se en ota­ge avec son fian­cé et deux pro­ches. Cet­te Ita­lien­ne ori­gi­nai­re de Veni­se, doc­to­ran­te en démo­gra­phie, vivait depuis qua­tre ans à Paris. «Elle nous man­que­ra et je pen­se, au vu de son par­cours, qu’elle man­que­ra aus­si à l’Italie», a décla­ré sa mère aux médias ita­liens. «Elle était le visa­ge sou­riant et le cer­veau brillant de la jeu­ne com­mu­nau­té ita­lien­ne à Paris», a témoi­gné un pro­che à l’AFP.

Aria­ne Theiller, 24 ans, était au Bata­clan avec des amis lorsqu’elle a été abat­tue. Ori­gi­nai­re du Nord, elle s’était ins­tal­lée à Paris. Après des étu­des de Let­tres à Orléans et à Stras­bourg, elle avait effec­tué un sta­ge chez Urban Comics. Elle était assis­tan­te de rédac­tion chez Rus­ti­ca depuis le mois de juin der­nier. Ses col­lè­gues lui ont ren­du hom­ma­ge sur Face­book: «Pour sa dis­cré­tion, sa dou­ceur sans miè­vre­rie et la gen­tilles­se natu­rel­le qui éma­nait d’elle, nous l’avions tout de sui­te adop­tée, com­me une des nôtres, une enfant de notre clan. Chè­re Aria­ne, au minois can­di­de, tu avais amé­na­gé ton bureau pour regar­der en face les autres et l’avenir qui pour toi s’annonçait radieux. Mais le livre que tu rêvais d’écrire s’est refer­mé trop vite».

Éric Tho­mé, pho­to­gra­phe et gra­phis­te pari­sien, âgé d’une qua­ran­tai­ne d’années, pas­sion­né de musi­que, est mort au Bata­clan.

Luis Feli­pe Zscho­che Val­le, 33 ans, Chi­lien, habi­tait depuis huit ans avec sa fem­me à Paris, où il tra­vaillait com­me musi­cien, selon les auto­ri­tés chi­lien­nes.

Oli­vier Ver­na­dal, 44 ans, natif du Puy-de-Dôme, était contrô­leur des impôts à Paris. Il vivait à deux pas de la sal­le de concert du Bata­clan, a confié son père au quo­ti­dien La Mon­ta­gne. Il est l’une des vic­ti­mes de la tue­rie du Bata­clan.

Ciprian Cal­ciu, 31 ans et Lacra­mioa­ra Pop, 29 ans, un cou­ple de Rou­mains et parents d’un enfant âgé de 18 mois. Ils ont tous les deux été tués au cours de la tue­rie du bar La Bel­le Équi­pe, selon Reu­ters.

Michel­li Gil Jai­mez, 27 ans, Mexi­cai­ne ori­gi­nai­re de la vil­le de Vera­cruz, elle rési­dait à Paris, selonEl Pais. La jeu­ne fem­me, qui s’était fian­cée le 26 octo­bre avec son petit ami, étu­diait sur le cam­pus pari­sien de l’EM Lyon. Elle est l’une des vic­ti­mes de la fusilla­de du bar La Bel­le Équi­pe. «Je t’aime mon amour. Repo­se en paix», a publié sur Face­book son com­pa­gnon ita­lien, Filo. La famil­le de Michel­li est arri­vée à Paris afin de s’occuper du rapa­trie­ment de sa dépouille. «Michel­li était une jeu­ne fille char­man­te, c’était une jeu­ne fille très heu­reu­se, socia­ble, tra­vailleu­se et douée», a confié son cou­sin Félix José Gil Her­re­ra aux médias mexi­cains.

Maud Ser­rault, 37 ans, ancien­ne étu­dian­te du Cel­sa à Neuilly-sur-Sei­ne, était direc­tri­ce du Mar­ke­ting et du e-com­mer­ce de la chaî­ne hôte­liè­re Best Wes­tern Fran­ce depuis près de trois ans. Elle s’était mariée récem­ment, com­me l’a confié sa cou­si­ne Caro­li­ne Pal­lut à Reu­ters. Elle est décé­dée au cours de la tue­rie du Bata­clan.

Sébas­tien Proi­sy, 38 ans, né à Valen­cien­nes (Nord), habi­tait à Noi­sy-le-Grand, en Sei­ne-Saint-Denis, auprès de sa maman. Ce Fran­co Bul­ga­re était «un étu­diant brillant, bour­sier, plein de méri­te et pas­sion­né de géo­po­li­ti­que», racon­te Vivia­ne, l’une de ses meilleu­res amies, ren­con­trée sur les bancs de l’université Pan­théon-Assas. «Il avait un sens de l’humour de mala­de men­tal». Après avoir tra­vaillé à la Com­mis­sion euro­péen­ne, Sébas­tien Proi­sy a créé sa pro­pre start up, «qui mar­chait bien». Il dînait au Petit Cam­bod­ge, avec un col­lè­gue et un client, au moment de la fusilla­de. L’un d’entre eux a éga­le­ment été bles­sé lors de l’attaque.

Natha­lie Jar­din, 31 ans, ori­gi­nai­re de Marcq-en-Barœul, et régis­seu­se lumiè­re au Bata­clan depuis 2011, tra­vaillait ven­dre­di 13 novem­bre der­nier à la sal­le de concert. Elle était char­gée d’accueillir les mem­bres du grou­pe cali­for­nien Eagles of Dea­th Metal, selon La Voix du Nord. Son père, Patri­ck Jar­din, était sans nou­vel­le de sa fille depuis ven­dre­di et avait inter­pel­lé le Pre­mier minis­tre Manuel Valls, lors­que celui-ci a salué les for­ces de poli­ce Gare du Nord, diman­che 15 novem­bre der­nier, à Paris. Le décès de la jeu­ne fem­me a été confir­mé diman­che 15 novem­bre, deux jours après l’attentat.

Richard Ram­mant, 53 ans, ori­gi­nai­re du Lot, mais rési­dant à Paris, il était le père de deux filles. Ce pas­sion­né de musi­que et de moto était béné­vo­le au Cahors Blues Fes­ti­val, com­me le rap­por­te La Dépê­che. Il assis­tait au concert du Bata­clan avec sa fem­me, Marie Do, bles­sée aux jam­bes, mais qui a sur­vé­cu. Son club de bikers prô­ne «le res­pect, la fra­ter­ni­té et la soli­da­ri­té com­me un mode de vie», selon son site inter­net.

Lucie Die­tri­ch, une gra­phis­te, diplô­mée en 2013 de l’école mul­ti­mé­dia IESA, à Paris, a été tuée au cours de la fusilla­de de la rue de la Fon­tai­ne au Roi. La jeu­ne fem­me habi­tait à une rue du lieu du dra­me, a écrit sur Ins­ta­gram Emma­nuel Die­tri­ch, son grand frè­re, en com­men­tai­re d’une pho­to de famil­le. En mémoi­re de sa sœur cadet­te, il a créé une mon­tre, repro­dui­te 13 fois, pour cha­cun des mem­bres de la famil­le Die­tri­ch. Marc-Fran­çois Mignot-Mahon, le pré­si­dent de Stu­dia­lis, un réseau d’écoles auquel appar­tient l’IESA, lui a ren­du hom­ma­ge dans un com­mu­ni­qué.

Thi­bault Rous­se Lacor­dai­re, 37 ans, habi­tant de Neuilly-sur-Sei­ne, était Pari­sien de nais­san­ce, selon Jérô­me Bru­cker, un ami d’enfance. Il est l’une des vic­ti­mes de la fusilla­de du Bata­clan. «Une gen­tilles­se sans pareil» le qua­li­fiait un de ses pro­ches.

Gil­les Leclerc, 32 ans, est mort au Bata­clan, a annon­cé sa tan­te lun­di en début de soi­rée, après trois jours d’incertitudes. Le jeu­ne hom­me, fleu­ris­te dans la bou­ti­que de sa mère, à Saint-Leu-la-Forêt (Val-d’Oise), au nord de Paris. Quel­ques minu­tes avant le concert, le jeu­ne hom­me bar­bu, fan de rock, de tatoua­ges et des Etats-Unis, avait publié un sel­fie sur les réseaux sociaux: il y appa­rais­sait, avec sa com­pa­gne, Marian­ne, une biè­re à la main, devant la scè­ne, depuis la fos­se qui com­men­çait à se rem­plir. Lors­que les pre­miers tirs ont fusé, il a pro­je­té son amie par ter­re qui, en ram­pant, est par­ve­nue à s’enfuir.

Antoi­ne Mary, 34 ans, déve­lop­peur infor­ma­ti­que. Déve­lop­peur pour des sites inter­net, ce jeu­ne hom­me ori­gi­nai­re de Caen (Cal­va­dos) était sor­ti au Bata­clan en com­pa­gnie de son ami Ferey, réa­li­sa­teur, mon­teur et pho­to­gra­phe, lui aus­si décé­dé. «Aujourd’hui nous pleu­rons l’un des nôtres. Ton esprit libre, ta bel­le humeur. Antoi­ne, nous ne t’oublierons pas», a twee­té pour annon­cer son décès l’agence de publi­ci­té Mil­ky, où il avait tra­vaillé avant de se met­tre à son comp­te.

Ger­main Ferey, 36 ans. Ori­gi­nai­re de Vien­ne-en-Bes­sin (Cal­va­dos), il avait bifur­qué tar­di­ve­ment vers l’Ecole supé­rieu­re de réa­li­sa­tion audio­vi­suel­le (ESRA), après des étu­des de Let­tres étran­gè­res et d’administration éco­no­mi­que et socia­le et même un emploi dans le milieu ban­cai­re. A son comp­te depuis 2011 après avoir tra­vaillé dans des entre­pri­ses de post-pro­duc­tion audio­vi­suel­le, il était réa­li­sa­teur et mon­teur, et aus­si pho­to­gra­phe, ins­tal­lé à Paris. Il est mort au Bata­clan, où il s’était ren­du avec son ami Antoi­ne Mary, une autre vic­ti­me. «On a du mal à ima­gi­ner que ce soit pos­si­ble», a confié au quo­ti­dien Ouest Fran­ce Rémi Fran­çoi­se, le mai­re de Vien­ne-en-Bes­sin, où rési­dent tou­jours ses parents.

Jean-Jac­ques Amiot, 68 ans, était au Bata­clan lorsqu’il s’est fait tuer. Fan de rock, fami­lier des sal­les de concert, ce Pari­sien père de deux filles et deux fois grand-père était à la tête d’une entre­pri­se de séri­gra­phie et tra­vaillait régu­liè­re­ment pour les artis­tes, les musi­ciens, ou les des­si­na­teurs. «C’était un hom­me doux», a rap­pe­lé son frè­re dans Le Télé­gram­me.

Bap­tis­te Che­vreau, 24 ans, est tom­bé sous les bal­les au Bata­clan. Jeu­ne gui­ta­ris­te, pas­sion­né de musi­que, il était le petit-fils de la chan­teu­se Anne Syl­ves­tre. Après une enfan­ce pas­sée à Ton­ner­re (Yon­ne), il s’était ins­tal­lé à Paris il y a cinq ans.

Marion Jouan­neau, 24 ans. «C’était une jeu­ne fem­me très, très dou­ce», dit d’elle une pro­che. Son com­pa­gnon, un kiné­si­thé­ra­peu­te qui a réus­si à échap­per au mas­sa­cre, a mul­ti­plié les avis de recher­che pen­dant le week-end, pos­tant et repos­tant sur les réseaux sociaux un sou­riant por­trait d’une jeu­ne fem­me aux che­veux blonds cen­drés. Il a fini par annon­cer sur Twit­ter lun­di: «Marion est mor­te». Ils habi­taient Char­tres (Eure-et-Loir).

Vin­cent Detoc, 38 ans, est mort au Bata­clan. Cet archi­tec­te, père de deux enfants de 7 et 9 ans, était un fan de musi­que, gui­ta­ris­te ama­teur.

Chris­to­phe Foul­tier, 39 ans, est mort au Bata­clan. Ce direc­teur artis­ti­que, père de deux enfants, pas­sion­né de rock, est décrit com­me «sim­ple, hon­nê­te et sin­cè­re» par ses amis sur Face­book.

Raphaël Hilz, 28 ans. Né en Baviè­re, en Alle­ma­gne, il était archi­tec­te et avait été embau­ché dans le cabi­net de Ren­zo Pia­no à Paris. Ven­dre­di soir, il était allé dîner au Petit Cam­bod­ge avec deux col­lè­gues, bles­sés lors de l’attaque.

Stel­la Ver­ry, 37 ans, dînait au Petit Cam­bod­ge, rue Bichat, lors­que les bal­les ont fusé. Méde­cin géné­ra­lis­te, elle avait récem­ment ouvert un cabi­net dans le XIXe arron­dis­se­ment de Paris, tout en étant méde­cin régu­la­teur du Samu.

Chloé Bois­si­not, 25 ans, ori­gi­nai­re de Châ­teau-Lar­cher dans la Vien­ne selon La Nou­vel­le Répu­bli­que. Elle et son petit ami Nico­las, bles­sé, étaient en train de dîner au res­tau­rant Le Petit Cam­bod­ge lors­que les assaillants ont ouvert le feu.

Emma­nuel Bon­net, 47 ans, habi­tant de la Cha­pel­le-en-Ser­val (Oise). Ce père de famil­le était ven­dre­di au Bata­clan avec l’un de ses enfants. «Le fils a réus­si à quit­ter la sal­le, il ne trou­vait pas son père mais était per­sua­dé qu’il s’était lui aus­si échap­pé», a racon­té le mai­re de la com­mu­ne Daniel Dray au Cour­rier Picard. Employé de la RATP, il avait par­ta­gé la veille du concert sur sa page Face­book un lien du grou­pe «Les athées en action» citant Jac­ques Pré­vert avec une pho­to du poè­te: «La théo­lo­gie c’est sim­ple com­me dieu et dieu font trois.»

Anne Cor­net, 29 ans. Ori­gi­nai­re de Houd­lé­mont (Meur­the-et-Mosel­le), la jeu­ne fem­me a été tuée au Bata­clan avec son mari Pier­re-Yves Guyo­mard, avec lequel elle rési­dait à Saint-Ger­main-en-Laye (Yve­li­nes), selon Le Répu­bli­cain Lor­rain.

Mayeul Gau­bert, 30 ans, juris­te. Ori­gi­nai­re de Saô­ne-et-Loi­re, il tra­vaillait depuis cinq ans pour l’organisme de for­ma­tion conti­nue Cegos, où il était décrit com­me «drô­le, dis­cret, effi­ca­ce, très pro­fes­sion­nel». Il est mort des sui­tes de ses bles­su­res au Bata­clan. Sa page Face­book affi­chait en por­trait «Je suis Char­lie».

Pier­re-Yves Guyo­mard, ingé­nieur du son et pro­fes­seur en sono­ri­sa­tion à l’Institut supé­rieur des tech­ni­ques du son (ISTS) à Paris. Il a été tué au Bata­clan avec sa fem­me Anne Cor­net. «Il était l’un des meilleurs ensei­gnants que j’ai jamais eus et il avait beau­coup à par­ta­ger avec ses étu­diants et à leur don­ner», a écrit sur Face­book un de ses étu­diants.

Oli­vier Hau­du­coeur, 44 ans, ban­quier. Diplô­mé de l’Ecole natio­na­le supé­rieu­re d’Ingénieurs de Caen, il tra­vaillait depuis 2006 au sein du grou­pe BNP Pari­bas. Ce cou­reur ama­teur était depuis un an employé de la socié­té fran­çai­se de loca­tion auto­mo­bi­le lon­gue durée Arval, filia­le du grou­pe ban­cai­re. Il est mort au Bata­clan.

Renaud Le Guen, 29 ans, a été tué au Bata­clan où il se trou­vait avec sa com­pa­gne, res­ca­pée. «Renaud était quelqu’un de très culti­vé et doux. Tout le mon­de l’aimait. C’était un mec bien», a témoi­gné au quo­ti­dien Libé­ra­tion cel­le qu’il devait épou­ser l’année pro­chai­ne et qu’il avait ren­con­trée à 17 ans. «Il aimait le jazz, le rock, la pho­to, être avec sa famil­le et ses amis», a-t-elle racon­té. Il tra­vaillait dans un gara­ge pour poids lourds près de la gare d’Evry-Courcouronnes (Esson­ne) et habi­tait à Savi­gny-sur-Orge, où il avait gran­di.

Char­lot­te Meaud, 30 ans, est mor­te avec sa soeur jumel­le, Emi­lie, sur la ter­ras­se du café Le Carillon. Cet­te char­gée de déve­lop­pe­ment de start-up, pas­sion­née de musi­que et de sport, habi­tait dans le XXe arron­dis­se­ment de Paris et a gran­di à Aixe-sur-Vien­ne (Hau­te-Vien­ne) et fait ses étu­des à Lyon et à Stras­bourg.

Emi­lie Meaud, 30 ans, tuée avec sa soeur jumel­le Char­lot­te sur la ter­ras­se du Carillon, était archi­tec­te à Paris. Ori­gi­nai­re de Hau­te-Vien­ne, elle aimait le rock et les films d’Eric Roh­mer.

Céci­le Mis­se, 32 ans, a été tuée au Bata­clan, aux côtés de son com­pa­gnon, Luis Feli­pe Zscho­che Val­le, un musi­cien chi­lien. La jeu­ne fem­me, ins­tal­lée à Paris depuis 2006, était char­gée de pro­duc­tion au théâ­tre Jean-Vilar de Sur­es­nes, dans l’ouest pari­sien. Elle avait gran­di à Gap (Hau­tes-Alpes).

Hélè­ne Muyal-Lei­ris, 35 ans, tuée au Bata­clan. Mère d’un petit gar­çon de 17 mois à pei­ne, elle était maquilleu­se-coif­feu­se à Paris et tra­vaillait dans la mode ou sur des tour­na­ges. «Vous n’aurez pas ma hai­ne», a écrit lun­di sur Face­book son mari Antoi­ne Lei­ris, qui avait mul­ti­plié les avis de recher­che pen­dant le week-end. «Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aus­si bel­le que lorsqu’elle est par­tie ce ven­dre­di soir, aus­si bel­le que lors­que j’en suis tom­bé éper­du­ment amou­reux il y a plus de 12 ans.»

«Bien sûr je suis dévas­té par le cha­grin», a recon­nu le jour­na­lis­te de Fran­ce Bleu, pas­sion­né de ciné­ma, pour­sui­vant: «Nous som­mes deux, mon fils et moi, mais nous som­mes plus forts que tou­tes les armées du mon­de. (...) Nous allons jouer com­me tous les jours et tou­te sa vie ce petit gar­çon vous fera l’affront d’être heu­reux et libre»; a-t-il lan­cé aux assas­sins d’Hélène.

Eric Tho­mé, pho­to­gra­phe et gra­phis­te pari­sien, âgé d’une qua­ran­tai­ne d’années. Ce pas­sion­né de musi­que, titu­lai­re d’un BTS en com­mu­ni­ca­tion visuel­le, avait expo­sé des pho­tos en juillet aux Ren­con­tres de la pho­to­gra­phie d’Arles. Selon l’un de ses amis, qui a pos­té un mes­sa­ge sur Face­book, il allait bien­tôt être père.

Fabian Ste­ch, 51 ans, tué au Bata­clan était cri­ti­que d’art et aus­si ensei­gnant d’allemand dans un lycée pri­vé de Dijon. Né à Ber­lin, il était ins­tal­lé en Fran­ce depuis 1994 où il était marié à une avo­ca­te dijon­nai­se et père de deux enfants.

Clai­re Sce­sa-Camax, 35 ans, ori­gi­nai­re d’Avignon, était gra­phis­te à Paris depuis 2009, selon leDau­phi­né Libé­ré. Mère de deux enfants, la jeu­ne fem­me tra­vaillait en free-lan­ce pour le caba­ret pari­sen Cra­zy Hor­se. Elle était au Bata­clan avec son mari, qui a sur­vé­cu. L’Ecole pro­fes­sion­nel­le supé­rieu­re d’arts gra­phi­ques de la Vil­le de Paris (Epsaa), où la jeu­ne fem­me avait étu­dié, lui a ren­du hom­ma­ge sur Face­book: «Elle aimait le rock. Elle assis­tait au concert des Eagles Of Dea­th Metal au Bata­clan. Elle nous a quit­tés, par­mi tant d’autres.Nous la pleu­rons. Clai­re était une de nos ancien­nes étu­dian­tes, pro­mo 2003 en arts gra­phi­ques. Le meilleur hom­ma­ge que l’on puis­se lui ren­dre est en ima­ges, à tra­vers ses créa­tions».

Julien Galis­son, 32 ans, qui a gran­di à Orvault, en Loi­re-Atlan­ti­que, habi­tait à Nan­tes. Il est l’une des vic­ti­mes de l’attaque du Bata­clan. Jose­ph Par­paillon, le mai­re d’Orvault, lui a ren­du hom­ma­ge lun­di 16 novem­bre der­nier, com­me le rap­por­te Ouest Fran­ce.

Sven Ale­jan­dro Sil­va Per­ugi­ni, 29 ans, et véné­zué­lien, vivait en Espa­gne. Il est décé­dé au Bata­clan. « Nous nous sou­ve­nons de son sou­ri­re, de ses plai­san­te­ries, de son opti­mis­me et de son cha­ris­me», a écrit sa mère, Gio­va­ni­na Per­ugi­ni, sur son comp­te Face­book, ce mar­di 17 novem­bre.

D’après Le Figa­ro. Lis­te incom­plè­te et hélas pro­vi­soi­re.

 


Attentats de Paris. La mort contre l’Art de vivre

attentats_parisLes atrocités de ces jours funestes, comme à chacun sans doute, m’inspirent des flots de réflexions, entraînent mes pensées vers les profondeurs. L’une d’elles tourne autour d’une expression forte remontée avec les événements : l’art de vivre.

Les ter­ro­ris­tes, à tra­vers leur rage mor­ti­fè­re, ont vou­lu s’en pren­dre à notre mode de vie, à ce que nous vivons au quo­ti­dien. La mor­bi­di­té assas­si­ne, com­me sou­vent par les dra­mes et la mort, vient nous rap­pe­ler que la vie est en effet un art, ou qu’elle devrait l’être en tout cas, autant que pos­si­ble. Cet­te véri­té pro­fon­de, essen­tiel­le, exis­ten­tiel­le nous échap­pe pour­tant trop sou­vent. Com­me si elle s’usait « quand on ne s’en sert pas » – com­me bien d’autres cho­ses ! Com­me si le fait de vivre s’écornait bête­ment au fil des jours, gan­gre­né par la bana­li­té. Or, il s’agit d’un art qui, com­me tel, deman­de atten­tion de cha­que jour, de cha­que ins­tant. Cet art, le plus vieux sans dou­te, est pour­tant le plus gal­vau­dé et aus­si, l’actualité nous le mon­tre, hélas, le plus mena­cé. Un art aus­si vieux que l’homo sapiens. – caté­go­rie abu­si­ve s’agissant de ces « fous d’Allah » qui n’ont que la mort pour hori­zon indé­pas­sa­ble.

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© André Faber 2015

Au bis­trot, à une ter­ras­se ; au ciné, au théâ­tre ou à un concert ; flâ­ner dans les rues ou dans une expo ; dans un sta­de ou à la mes­se… Fai­re la cour, et l’amour, avec qui et com­me on veut. Man­ger un steak-fri­tes, un cous­cous, une sau­cis­se ou une sala­de (bio ou non). Boi­re un rou­ge, blanc ou rosé ; un whis­ky (même à la can­nel­le, ou au coca) ; ou un thé (à la men­the ou autre). Lire un jour­nal ou un autre ; un polar, un roman coquin ou non, un essai, un pam­phlet ; rire d’une bla­gue, d’un des­sin, d’une cari­ca­tu­re. Savou­rer la vie, l’honorer dans cha­que ins­tant, sans gran­di­lo­quen­ce, voi­là l’art de vivre – du moins « à la fran­çai­se », qui n’est heu­reu­se­ment pas le seul ! Car il se décli­ne par­tout où la vie lut­te pour elle-même et non pour son contrai­re, la mort.

L’idée est si ancien­ne ! Elle remon­te notam­ment (sans par­ler ici de la Chi­ne anti­que) aux civi­li­sa­tions égyp­tien­ne et sumé­rien­ne – là où, pré­ci­sé­ment, les « cho­ses » se tor­dent et se nouent de nos jours ; c’est-à-dire tout autour de cet­te Méso­po­ta­mie qui a vu naî­tre l’écriture et, par delà, la pen­sée éla­bo­rée. Plus tard, vin­rent les phi­lo­so­phes grecs et latins, dont la moder­ni­té demeu­re éblouis­san­te. Ils inven­tè­rent lit­té­ra­le­ment – à la let­tre – l’amour de la sages­se, après les­quels nous cour­rons tou­jours aujourd’hui, en nous essouf­flant ! Pytha­go­re, Socra­te et leurs foi­son­nan­tes lignées de pen­seurs et de viveurs. Ceux qui en effet, pré­ci­sé­ment, posè­rent la phi­lo­so­phie com­me un art de vivre, conden­sé plus tard par le fameux car­pe diem emprun­té au poè­te latin Hora­ce. Oui, urgen­ce quo­ti­dien­ne : « cueillir le jour » sans dila­pi­der son temps.

On est évi­dem­ment là aux anti­po­des de Dae­sh et de ses arriè­re-mon­des !

J’y oppo­se­rai enco­re ce cher vieux Mon­tai­gne et la jeu­nes­se de sa pen­sée ; ain­si, par exem­ple, quand au fil de ses Essais il pas­se à deux états phi­lo­so­phi­ques suc­ces­sifs : l’un sur le thè­me « Vivre c’est appren­dre à mou­rir » –  dan­ge­reux slo­gan trop actuel… ; l’autre, plus heu­reu­se­ment tour­né vers la vie : « La mort est bien le bout, non pas le but de la vie ; la vie doit être pour elle-même son but, son des­sein. »

Autre réflexion, abor­dée ici dans un com­men­tai­re récent :

« Je vou­lais « seule­ment » dire qu’il n’y a pas de « pul­sion de mort » inhé­rente à la natu­re humai­ne, et cela il me sem­ble que Wil­helm Rei­ch l’a mon­tré magni­fi­que­ment, et que cet­te démons­tra­tion, par exem­ples cli­niques, est au cœur de son ensei­gne­ment, et de tout ce qu’il a appor­té ensui­te au Mon­de. Pour moi cela n’a rien à voir avec une croyan­ce ou non, Wil­helm Rei­ch a rai­son ou il a tort. La « pes­te émo­tion­nelle » dont il par­le, équi­va­lente à peu de cho­se près au res­sen­ti­ment mis au jour et génia­le­ment ana­lysé par Nietz­sche, ne tou­che pas l’ensemble de l’humanité. […] » (Gérard Bérilley, 14/11/15)

C’est là un des grands points de cli­va­ge dans le mou­ve­ment psy­cha­na­ly­ti­que, celui autour de la freu­dien­ne « pul­sion de mort » que Rei­ch, en effet, fut par­mi les pre­miers à reje­ter. Appli­quée à l’actualité, son objec­tion pour­rait s’exprimer ain­si : tout mor­ti­fè­res qu’ils soient, ces dji­ha­dis­tes ne sont nul­le­ment mus par une hypo­thé­ti­que « pul­sion de mort » ; c’est leur inca­pa­ci­té à vivre qui les mène vers la mort ; c’est-à-dire leur impuis­san­ce à l’abandon au flux du vivant.

On dira que cela ne chan­ge en rien l’atrocité de leurs actes. Cer­tes. Mais une tel­le ana­ly­se (ici som­mai­re­ment résu­mée) évi­te l’impasse de la fata­li­té devant la Mort pul­sion­nel­le, condui­sant à des ana­ly­ses autre­ment com­pré­hen­si­ves de la réa­li­té. Notam­ment s’agissant de la hai­ne de la fem­me, créa­tu­re impu­re, qu’on ne rêve donc qu’en vier­ge fan­tas­ma­ti­que et « para­di­sia­que ».

Cet­te obses­sion de la « pure­té » se retrou­ve dans les idéo­lo­gies fas­cis­tes et en par­ti­cu­liè­re dans le nazis­me et sa « pure­té racia­le ». Dans Psy­cho­lo­gie de mas­se du fas­cis­me, notam­ment, Rei­ch avait ana­ly­sé les com­por­te­ments anti-vie, rigi­di­fiés sous la cui­ras­se carac­té­riel­le et cel­le des corps frus­trés. Une sem­bla­ble ana­ly­se auprès des dji­ha­dis­tes met­trait au jour, à n’en pas dou­ter, les com­por­te­ments sexuels de vio­leurs et d’impuissants orgas­ti­ques. Les fem­mes vic­ti­mes de ces phal­lo­pa­thes « pei­ne à jouir » – sauf à la secous­se des kala­ch’– auront peut-être un jour à témoi­gner dans ce sens.

Com­pren­dre, cer­tes, se pose com­me une néces­si­té qui évi­te les géné­ra­li­sa­tions, sim­pli­fi­ca­tions, amal­ga­mes de tou­tes sor­tes. Expli­quer ne four­nit aucu­ne solu­tion clé en main.


Attentats de Paris. Ni prier, ni plier

attentats_paris« Pray for Paris ». De gran­des âmes, sans dou­te, appel­lent à « prier pour Paris ». Est-ce bien le moment ? Que cha­cun prie ou non selon ses (in)croyances, pour­vu que ce soit dans l’intimité de ses convic­tions. Or, l’injonction se veut publi­que ; elle s’exprime, dans la lan­gue de Sha­kes­pea­re – éma­nant donc du mon­de anglo-saxon qui igno­re la laï­ci­té –, selon le mode gra­phi­que et récu­pé­ra­teur, du « Je suis Char­lie » des atten­tats de jan­vier. La manœu­vre empes­te plu­tôt de ces « bon­nes inten­tions » dont l’enfer est pavé. Plu­tôt que solu­tion, l’incantation reli­gieu­se ne relè­ve-t-elle pas pré­ci­sé­ment du pro­blè­me ? Celui qui jus­te­ment jet­te une gran­de par­tie du mon­de dans les illu­sions de l’au-delà – ce qui s’appelle l’obscurantisme, au nom duquel agis­sent les assas­sins hal­lu­ci­nés.

Appe­ler à « prier » ren­voie, en symé­trie, dans les arriè­re-mon­des de ces « fous de Dieu » qui par­sè­ment l’Histoire de leur démen­ce de san­gui­nai­res. Plus que jamais nous avons besoin d’allumer les lumiè­res, avec et sans majus­cu­le, cel­les qui ont besoin du grand air frais de la vie pour nous don­ner à res­pi­rer la liber­té et ce qui s’ensuit : éga­li­té, fra­ter­ni­té, laï­ci­té et joyeu­se­té par consé­quent et de maniè­re indis­so­cia­ble.

Ni prier, ni plier. Il nous faut être debout et, au nom de l’humanité, nous éle­ver et nous main­te­nir au-des­sus de la sau­va­ge­rie. L’élévation, bien sûr, ne sau­rait exclu­re le recueille­ment et la spi­ri­tua­li­té, for­mes laï­ques de la priè­re.

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Lun­di 16 novem­bre sous l’ombrière du Vieux port à Mar­seille. Recueille­ment lors de la minu­te de silen­ce en mémoi­re des vic­ti­mes des atten­tats de Paris. [Ph. gp]


« C’est l’école qui créé l’islamisme ! » Entretien avec Hamid Zanaz, écrivain algérien

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Cré­dit pho­to : Hamid Zanaz

Algé­rien, Hamid Zanaz vit en Fran­ce depuis une ving­tai­ne d’années. Il n’est retour­né en Algé­rie que tout récem­ment. Écri­vain, tra­duc­teur et jour­na­lis­te, il publie abon­dam­ment dans des médias ara­bes, tuni­siens, algé­riens et liba­nais prin­ci­pa­le­ment. Pour lui, il n’y a rien à rete­nir de la reli­gion du pro­phè­te, islam et isla­mis­me sont syno­ny­mes. Para­doxe : malgré les inter­dic­tions et la répres­sion, il se sent plus libre d’écrire dans cer­tains médias ara­bo­pho­nes qu’en Fran­ce… Ce détrac­teur réso­lu de l’islam expli­que pour­quoi et nous livre son regard sur le mon­de ara­be et l’Algérie. Pes­si­mis­te, iro­ni­que et bon-vivant, il pour­suit son œuvre-com­bat. Son der­nier ouvra­ge est titré Isla­mis­me: com­ment l’Occident creu­se sa tom­be.

Inter­view  par Mireille Val­let­te, du site suis­se LesObservateurs.ch [avec les vifs remer­cie­ments de C’est pour dire].

• Vous ne vou­lez plus publier d’ouvrages en fran­çais. Pour­quoi ?

– Hamid Zanaz : Ce que je publie dans cer­tains pays ara­bes, jamais je ne pour­rais l’écrire en Fran­ce. Même si en prin­ci­pe tout est inter­dit là-bas, le débat a lieu. Je viens de tra­dui­re du fran­çais en ara­be un livre sur l’origine du mon­de qui est une vraie gifle à la reli­gion. Ici, on a peur d’être trai­té de racis­te. Dans les pays musul­mans, je peux être trai­té de mécréant, jamais de racis­te.

• D’autres exem­ples de ce que vous pou­vez dire là-bas ?

– Je peux écri­re qu’il n’y a pas de dif­fé­ren­ce entre islam et isla­mis­me, ou que le public de Dieu­don­né est for­mé à 80% de racaille isla­mi­que. Pas en Fran­ce ou alors seule­ment dans des sites au public limi­té, et au ris­que d’ennuis judi­cai­res… Valls, lorsqu’il par­le des dji­ha­dis­tes, il fait atten­tion à ne pas dire qu’ils sont musul­mans. C’est ridi­cu­le ! Je publie en ce moment une série d’articles dans un quo­ti­dien liba­nais ara­bo­pho­ne. Ce sont des inter­views de fem­mes ara­bes rebel­les, dont Wafa Sul­tan et des fem­mes enco­re plus radi­ca­les. J’en ferai un livre en ara­be inti­tu­lé « Ma voix n’est pas une hon­te », en réfé­ren­ce à Maho­met dans l’un de ses Hadiths.

• Pour vous, la pau­vre­té en est-elle le ter­reau de l’intégrisme ?

– Contrai­re­ment à ce que veu­lent croi­re les Occi­den­taux, ce n’est pas la misè­re et la dis­cri­mi­na­tion qui ont créé l’islamisme, c’est l’école ! C’est la pos­si­bi­li­té de lire. Avant, les reli­gieux trans­met­taient un islam popu­lai­re, c’est-à-dire mal com­pris. Les gens étaient incons­ciem­ment tra­vaillés par la moder­ni­té, ils y adhé­raient peu à peu. Lors­que l’enseignement a été ara­bi­sé en Algé­rie, les gens et les imams ont pu connaî­tre l’islam savant, « le vrai islam ». Et quand ils l’ont connu, ils sont natu­rel­le­ment deve­nus inté­gris­tes et ils ont com­men­cé à récla­mer l’application de cet islam, la cha­ria. Mais en fait, une bon­ne par­tie de la popu­la­tion lit peu, elle dépend sou­vent de quelqu’un qui cite ce qu’il y a dans les tex­tes. En Algé­rie, c’est sur­tout l’Etat qui isla­mi­se, c’est l’offre qui crée la deman­de. Je regar­de par­fois des émis­sions sur des TV algé­rien­nes. L’autre jour, je tom­be sur des ques­tions-répon­ses avec un type connu, auto­pro­cla­mé spé­cia­lis­te de l’islam. Une fem­me dit : j’ai des pro­blè­mes avec mon mari, il fait ceci et cela qui n’est pas jus­te.Et lui répond : pour plai­re à Allah, tu dois sui­vre tout ce que dit ton mari.

• Pen­sez-vous que la jeu­nes­se du mon­de ara­be repré­sen­te un espoir ?

– Non, la jeu­nes­se du mon­de ara­be ne chan­ge pas, mis à part une mino­ri­té. L’école fabri­que des inté­gris­tes jour et nuit. J’ai été prof de phi­lo au lycée. Lors­que tu trai­tes de l’Etat par exem­ple, le pro­gram­me t’oblige à fai­re la lis­te des méfaits et des avan­ta­ges du capi­ta­lis­me et du socia­lis­me, puis à fai­re la syn­thè­se et à don­ner la solu­tion : c’est l’Etat isla­mi­que. Les jeu­nes ne sont pas fana­ti­sés par inter­net, ils sont d’abord isla­mi­sés dans les mos­quées et les ins­ti­tu­tions de l’Etat. L’Internet, c’est le pas­sa­ge à la pra­ti­que.

• Mais les pré­cep­tes, par exem­ple rela­tifs à la sexua­li­té, sont extra­or­di­nai­re­ment sévè­res. La popu­la­tion réus­sit-elle à les res­pec­ter ?

– Non, même s’ils sont pro­gram­més par le logi­ciel isla­mi­que, les gens ne peu­vent pas résis­ter, la vie est plus for­te. C’est une vas­te hypo­cri­sie. Quand je suis arri­vé en Algé­rie, je suis allé dans un bar où il y avait des fem­mes et des hom­mes, où l’on buvait de l’alcool. Mais c’est deve­nu pres­que clan­des­tin, ces lieux fer­ment petit à petit… sou­vent sous la pres­sion des habi­tants du quar­tier.

• Com­ment est-ce que le pou­voir se main­tient ?

– Dans ce pays, il y a deux opiums, la reli­gion et l’argent. L’Algérie ne se déve­lop­pe pas, mais pour gar­der le pou­voir, les auto­ri­tés ont créé une sor­te d’Etat-providence. Ils achè­tent la paix socia­le et rap­pel­lent constam­ment qu’ils ont stop­pé le ter­ro­ris­me des années 90. Pour l’instant, ça mar­che. Mais il n’y a pas de pou­voir fort, les Algé­riens se sont tou­jours rebel­lés. En résu­mé, c’est le bor­del !

• Et à votre avis, ce régi­me peut tenir jusqu’à quand?

Jusqu’à la fami­ne… jusqu’à ce que la man­ne pétro­liè­re soit épui­sée ou concur­ren­cée par d’autres for­mes d’énergie. Le pro­blè­me de l’islam va se régler quand il n’y aura plus de pétro­le. Fran­che­ment, qui écou­te­rait l’Arabie saou­di­te ou le Qatar s’ils n’en ’avaient pas?

• En Algé­rie, avez-vous res­sen­ti l’explosion démo­gra­phi­que ?

– Les bâti­ments enva­his­sent tout, on ne ces­se de construi­re. Si ça conti­nue com­me ça, dans 50 ans, il n’y aura plus d’espace non-bâti. Il n’y a pas de tra­vail. La pol­lu­tion est ter­ri­ble, les auto­rou­tes déla­brées… C’est le chaos par­tout. Mais j’y ai fait un beau séjour, il y a la famil­le, la mer…

• Que pen­sez-vous du cas tuni­sien ?

– J’ai tou­jours aimé ce pays, c’est une excep­tion dans le mon­de ara­be. C’est dû à l’apport de Bour­gui­ba, il avait vrai­ment com­pris le dan­ger de l’islam, entre autres dans l’enseignement. L’éducation a bien fonc­tion­né, elle a pro­duit une éli­te laï­que très bien for­mée et sa résis­tan­ce à la pres­sion reli­gieu­se est extra­or­di­nai­re ! Je les admi­re ! Ces Tuni­siens défen­dent la laï­ci­té plus et mieux que les Fran­çais et dans un cli­mat hos­ti­le.


« Il est grand le bonheur des musulmans »

Illus­tra­tion affli­gean­te du condi­tion­ne­ment reli­gieux infli­gé à des enfants…

Faut-il com­men­ter ?


Tunisie. « Charlie » et la suite

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L’actua­li­sa­tion du slo­gan « Char­lie » résu­me tout, hélas. Tout, c’est-à-dire, en réfé­ren­ce aux atten­tats de jan­vier à Paris, une même ana­lo­gie dans l’horreur fana­ti­que et mor­ti­fè­re ; un même but des­truc­teur qui s’en prend à l’Histoire – cel­le de la Tuni­sie, à tra­vers le musée du Bar­do –; à l’Occident, dési­gné com­me Satan à tra­vers ses tou­ris­tes « dépra­vés »; et à la Démo­cra­tie, assi­mi­lée à la déchéan­ce laï­que – donc anti-cora­ni­que. En pri­me, si on ose dire, cet odieux atten­tat – 22 morts, une cin­quan­tai­ne de bles­sés – rui­ne pour long­temps la chan­ce­lan­te éco­no­mie tuni­sien­ne en gran­de par­tie basée sur le tou­ris­me.

L’« État isla­mi­que » vient ain­si de fai­re son entrée fra­cas­san­te dans cet­te Tuni­sie qui, depuis qua­tre ans, par­ve­nait tant bien que mal à sau­ve­gar­der sa révo­lu­tion et ses fra­gi­les acquis. Ain­si contraint à décré­ter l’« état de guer­re », le gou­ver­ne­ment tuni­sien tom­be dans l’engrenage répres­sif qui s’attaque aux effets et non aux cau­ses. Des cau­ses d’ailleurs si pro­fon­des qu’elles outre­pas­sent les capa­ci­tés réac­ti­ves d’un petit État et même – c’est tout dire – cel­les de la « com­mu­nau­té inter­na­tio­na­le ». Ladi­te « com­mu­nau­té » qui, par ses mem­bres voyous, ses machi­nes de guer­re, son éco­no­mie de la Finan­ce et du tout-Mar­chan­di­se, a lar­ge­ment contri­bué à allu­mer la mèche ram­pan­te du fas­cis­me isla­mis­te.

Les repor­ta­ges d’Envoyé spé­cial (Fran­ce 2), notam­ment les pas­sa­ges tour­nés à Sidi Bou­zid d’où était par­tie la révo­lu­tion avec le sui­ci­de de Moha­med Boua­zi­zi, mon­trent un tel cli­va­ge hai­neux entre sala­fis­tes et démo­cra­tes qu’on peut crain­dre le pire à court ter­me. Et com­ment ne pas voir la mena­ce de ce cli­va­ge géné­ral dans notre mon­de en désar­roi ? N’en ver­ra-t-on pas les effets « col­la­té­raux » dès diman­che pro­chain dans les urnes bien de chez nous ?

 

• D’autres articles en tapant « Tunisie » dans la case de Recherche


Puisqu’il s’agit d’islamofascisme

Palmarès…

Mars 2001 Afgha­nis­tan – Les deux boud­dhas monu­men­taux sculp­tés dans la falai­se de Bamiyan à 150 km de Kaboul sont détruits à l’explosif par des tali­bans. 

Jan­vier 2012 Mali – Des­truc­tion des mau­so­lées à Tom­bouc­tou. 

Jan­vier 2013 Mali – Des manus­crits pré-isla­mi­ques sont l’objet d’un auto­da­fé à Tom­bouc­tou. 

Juillet 2014 Irak – Le tom­beau du pro­phè­te Nabi Yunus, dit Jonas, à Mos­soul, est rasé par Dae­ch. 

Jan­vier 2015 Irak – A deux repri­ses, les 28 et 30 jan­vier,la biblio­thè­que de Mos­soul est mise à sac. 

Février 2015 Irak  – La gran­de sta­tuai­re assy­rien­ne du musée de Mos­soul est sau­va­ge­ment mise en piè­ces par les sol­dats de l’Etat isla­mi­que qui met­tent en scè­ne l’opération

A quoi bon l’indignation, les grands mots, quand l’horreur hur­le si vio­lem­ment, quand la rai­son som­bre et avec elle l’humanité digne de ce nom ? Quand des fana­ti­ques isla­mis­tes ne déca­pi­tent pas des humains, ne mar­ty­ri­sent pas fem­mes et fillet­tes, ils détrui­sent des œuvres d’art dans les musées, abat­tent des sta­tues à coups de mas­se et de mar­teaux-piqueurs. Ou enco­re, au nom de leur Dieu, ils brû­lent des ins­tru­ments de musi­que « non isla­mi­ques » car il ne leur suf­fit pas d’interdire la musi­que – ce qu’illustre bien, au Sahel, le film « Tim­buk­tu », ou « Ira­nien  », cet autre film tour­né à Téhé­ran par un cinéas­te athée (et exi­lé), mon­trant des mol­lahs au dis­cours malin, et tout oppo­sés à la musi­que. Avant eux, les nazis avaient dis­qua­li­fié le jazz com­me « musi­que dégé­né­rée ». Et Mao, pas en res­te, avait inter­dit les « bour­geoi­ses » sym­pho­nies de Bee­tho­ven. En quoi on peut bien par­ler d’islamofascisme, géné­ra­teur d’islamophobie. Deux mots mal vus par les temps qui cou­rent, des mots pas « poli­ti­que­ment cor­rects », com­me s’il s’agissait de poli­tes­se – « Mais après vous, Mon­sieur le Chan­ce­lier… » La dif­fi­cul­té vient des fameux « amal­ga­mes » pra­ti­qués par ces pré­ten­dus laïcs d’extrême-droite, tou­jours  empres­sés à bouf­fer de l’Arabe ou du Juif, sinon les deux à la fois. Tout autant que cet­te autre dif­fi­cul­té venant de l’État d’Israël, et plus pré­ci­sé­ment de son extrê­me-droi­te poli­ti­que, reli­gieu­se et colo­nia­lis­te qu’il est si ris­qué de cri­ti­quer, au ris­que d” « anti­sé­mi­tis­me ».

Et ce n’est pas tout :

Dae­ch brû­le des ins­tru­ments de musi­que « non-isla­mi­ques »

daech-fanatisme islamiste

A l’est de la Libye, des hom­mes cagou­lés se met­tent en scè­ne devant des ins­tru­ments de musi­que livrés aux flam­mes. [dr]

Dae­ch a publié, le 19 février, une série de pho­to­gra­phies met­tant en scè­ne plu­sieurs de ses mem­bres cagou­lés, en train de regar­der des ins­tru­ments brû­ler, des bat­te­ries, des saxo­pho­nes et des tam­bours. La scè­ne se dérou­le près de Der­na, dans l’est de la Libye, selon le « Dai­ly Mail » . La vil­le est deve­nue l’un des bas­tions de grou­pes ayant prê­té allé­gean­ce à l’Etat isla­mi­que. D’après la « bran­che de com­mu­ni­ca­tion » du grou­pe dji­ha­dis­te, ces ins­tru­ments jugés « non-isla­mi­ques » ont été confis­qués par la poli­ce reli­gieu­se et livrés aux flam­mes « confor­mé­ment à la loi isla­mi­que ». Ce n’est pas sans rap­pe­ler l’autodafé de Mos­soul, dans lequel près de 2.000 livres de la biblio­thè­que cen­tra­le jugés impies auraient été brû­lés en jan­vier.

Le 16 février, l’Etat isla­mi­que avait reven­di­qué l’exécution de 21 Egyp­tiens de confes­sion cop­te en Libye.

Il y a aus­si ça :

Irak: l’Etat islamique exhibe des combattants kurdes dans des cages

daech-fanatisme islamiste

Cap­tu­re d’écran tirée d’une vidéo dif­fu­sée diman­che 22 février par l’EI, mon­trant des com­bat­tants kur­des enfer­més dans des cages.

 

L’Etat isla­mi­que a dif­fu­sé ce diman­che 22 février une vidéo mon­trant des com­bat­tants kur­des, des pesh­mer­gas, enfer­més et expo­sés dans des cages, avant d’être para­dés à bord de pick-up. La vidéo, non datée, ne mon­tre pas de scè­ne d’exécution. La mise en scè­ne de ce film repris par le cen­tre amé­ri­cain de sur­veillan­ce des sites isla­mis­tes (SITE) rap­pel­le cel­le du pilo­te jor­da­nien brû­lé vif dans une cage, selon une vidéo dif­fu­sée par le grou­pe le 3 février.

La vidéo de diman­che ne mon­tre aucu­ne exé­cu­tion, les 21 ota­ges se pré­sen­tant com­me 16 pesh­mer­gas, deux offi­ciers dans l’armée ira­kien­ne et trois poli­ciers de Kir­kouk, une vil­le située à 240 km au nord de Bag­dad.

Le film ne pré­ci­se ni le lieu ni la date, mais des sour­ces kur­des ont affir­mé que les scè­nes ont été tour­nées il y a une semai­ne sur le mar­ché prin­ci­pal du dis­trict de Hawi­ja, tenu par l’EI, à une cin­quan­tai­ne de kilo­mè­tres de Kir­kouk.

Et ça conti­nue
IRAK. Jusqu’à 10.000 fem­mes ven­dues par l’Etat isla­mi­que

• L’Irak accu­se l’Etat isla­mi­que de fai­re du tra­fic d’organes

• Auto­da­fés à Mos­soul : pour­quoi Dae­ch hait les livres et le savoir


« Soumission » et Houellebecq démentis par le 11 janvier

Par Jean-Fran­çois Hérouard

Charlie du jour du drame

Char­lie du jour du dra­me

Sous le titre « Les pré­dic­tions du mage Houel­le­becq », Char­lie heb­do du 7 jan­vier, jour du mas­sa­cre, cari­ca­tu­rait l’auteur de Sou­mis­sion, Michel Houel­le­becq (MH), en illu­mi­né éthy­li­que. Mais en page inté­rieu­re, son ami Ber­nard Maris, un des assas­si­nés, louait l’aspect « cré­di­ble » de cet­te poli­ti­que-fic­tion, soit la vic­toi­re poli­ti­que de l’Islam en Fran­ce en 2022. Les mani­fes­ta­tions  de ce diman­che 11 jan­vier vien­nent de démen­tir avec éclat ce scé­na­rio.

En 2022, les par­tis PS+UDI+UMP font allian­ce avec la Fra­ter­ni­té musul­ma­ne (FM) pour contrer le FN. Moham­med Ben Abbes devient Pré­si­dent de la Répu­bli­que, Bay­rou Pre­mier minis­tre, pour appli­quer une cha­ria « light » aux effets immé­diats. Les fem­mes revê­tent de lon­gues blou­ses sur leurs pan­ta­lons ; encou­ra­gées par des allo­ca­tions fami­lia­les ren­for­cées, elles quit­tent le mar­ché du tra­vail, fai­sant recu­ler le chô­ma­ge… mas­cu­lin, tan­dis que la poly­ga­mie est pro­mue. Dans les cités, la délin­quan­ce dis­pa­raît. Lais­sant les minis­tè­res réga­liens à ses alliés,  Ben Abbes, qui a dû lire les thè­ses de Gram­sci sur l’hégémonie cultu­rel­le, pri­va­ti­se l’enseignement, dont il a réser­vé le minis­tè­re à son par­ti.

Devant le cal­me social retrou­vé, les conver­sions se mul­ti­plient, en tout pre­mier lieu à l’Université, dont cel­le du nar­ra­teur (sans nom), anti-héros com­me tous les per­son­na­ges de MH. Uni­ver­si­tai­re sans voca­tion, spé­cia­lis­te de Huys­mans, cet auteur déca­dent d’A rebours dans la deuxiè­me par­tie du XIXe siè­cle, notre nar­ra­teur dépres­sif finit par se conver­tir. Pour­quoi ? J’allais dire par flem­me ! Bien sûr, il y trou­ve un inté­rêt de car­riè­re et de salai­re, les non-conver­tis étant peu à peu évin­cés ; mais sur­tout il se voit doté ipso fac­to de trois épou­ses d’âges éta­gés selon leurs fonc­tions, sexuel­le, domes­ti­que, de repré­sen­ta­tion socia­le, lui dont la vie amou­reu­se lamen­ta­ble allait de médio­cres conquê­tes étu­dian­tes en mas­tur­ba­tions devant des vidéos por­no.

Plus fon­da­men­ta­le­ment  (si j’ose dire !), à l’instar de Des Essein­tes, ce per­son­na­ge de Huys­mans se conver­tis­sant au catho­li­cis­me pour ses qua­li­tés esthé­ti­ques, il s’agit par cet­te sou­mis­sion de met­tre fin à la déses­pé­ran­ce cré­pus­cu­lai­re dont il souf­fre, et qu’il attri­bue à l’absence de trans­cen­dan­ce dans la civi­li­sa­tion contem­po­rai­ne.

On com­prend com­ment une cer­tai­ne gau­che a pu por­ter  au pina­cle MH pour sa cri­ti­que du libé­ra­lis­me et de la socié­té de consom­ma­tion, tan­dis qu’une droi­te extrê­me se retrou­vait dans son regret d’un pré­ten­du ordre natu­rel, dont le fon­de­ment reli­gieux sou­tien­drait l’ordre patriar­cal. Les décla­ra­tions de MH à l’Obs (8 au 11 jan­vier) jet­tent le mas­que : « Un cou­rant d’idées né avec le pro­tes­tan­tis­me, qui a connu son apo­gée au siè­cle des Lumiè­res, et pro­duit la Révo­lu­tion, est en train de mou­rir (…) Un com­pro­mis est pos­si­ble entre catho­li­cis­me renais­sant et l’islam [d’où fai­re de Bay­rou un Pre­mier minis­tre - NdR !]. Mais pour cela, il faut que quel­que cho­se cas­se. Ce sera la Répu­bli­que. »

Houellebecq / Faber

© faber 2015

Habi­le conteur, MH sait tri­co­ter à coup sûr une fic­tion. Au détail près de l’hypothèse ini­tia­le : com­ment ima­gi­ner qu’un élec­to­rat de cinq mil­lions de musul­mans, eux-mêmes bien loin d’être una­ni­mes (à sup­po­ser qu’ils aient eu le droit de vote et l’exercent…), entraî­ne­raient  leurs com­pa­trio­tes à sui­vre les consi­gnes de par­tis déva­lués pour éli­re Ben Abbes ?

EXTRAIT « Là où Tariq Rama­dan pré­sen­tait la cha­ria com­me une option nova­tri­ce, voi­re révo­lu­tion­nai­re, Ben Abbes lui res­ti­tuait sa valeur ras­su­ran­te, tra­di­tion­nel­le – avec un par­fum d’exotisme qui la ren­dait de sur­croît dési­ra­ble. Concer­nant la res­tau­ra­tion de la famil­le, de la mora­le tra­di­tion­nel­le et impli­ci­te­ment du patriar­cat, un bou­le­vard s’ouvrait devant lui que la droi­te ne pou­vait emprun­ter, et le Front natio­nal pas davan­ta­ge, sans se voir qua­li­fiés de réac­tion­nai­res, voi­re de fas­cis­tes par les ulti­mes soixan­te-hui­tards, momies pro­gres­sis­tes mou­ran­tes, socio­lo­gi­que­ment exsan­gues mais réfu­giés dans des cita­del­les média­ti­ques d’où ils demeu­raient capa­bles de lan­cer des impré­ca­tions […] ; lui seul était à l’abri de tout dan­ger. » (Sou­mis­sion, p.153)

Ecri­vain cer­tes, MH est sur­tout un idéo­lo­gue sub­ti­le­ment dis­si­mu­lé der­riè­re un humo­ris­te. Bar­thes – et Godard en d’autres ter­mes – disait à peu près que la gram­mai­re était affai­re d’éthique. C’est ce que confir­me le sty­le « plat » très par­ti­cu­lier de MH, pro­che de celui des revues de vul­ga­ri­sa­tion scien­ti­fi­que, qu’il agré­men­te en ravau­dant dif­fé­rents types de dis­cours en habit d’Arlequin, avec dans ce puzz­le de sty­les des mor­ceaux de vrai lan­ga­ge par­lé, à la limi­te de l’écriture des romans de gare. Le tout vise à don­ner au tex­te un effet insi­dieux de véri­té socio­lo­gi­que.

Dans le même temps, ce sty­le en patch­work sédui­sant, acces­si­ble au plus grand nom­bre mais plein de clins d’œil éru­dits en direc­tion des  bac+5, entre­tient chez le lec­teur une méfian­ce envers le lan­ga­ge, inca­pa­ble d’aucune véri­té, siphon­né de tout sens pos­si­ble, com­me miné de l’intérieur par une patho­lo­gie nihi­lis­te, par­fai­te­ment syn­chro­ne avec le diag­nos­tic de MH sur le mon­de contem­po­rain. D’où cet effet per­vers : MH brouille les pis­tes, on adhè­re (par­tiel­le­ment) à ses dénon­cia­tions de phé­no­mè­nes aux­quels il  contri­bue lui-même par son sty­le agui­cheur, sans qu’on puis­se jamais tran­cher l’ambiguïté entre ce qu’il met dans la bou­che de son per­son­na­ge et ce qu’il pen­se, lui.

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Un des der­niers Cabu dans Char­lie

C’est ain­si que j’analyse les rai­sons de son suc­cès (le Gon­court 2010 est l’auteur fran­çais le plus lu et le plus tra­duit dans le mon­de) et… mon malai­se. Car com­me tous les décli­nis­tes, haïs­sant Mai 68 et le fémi­nis­me, MH amè­ne à pen­ser que face à un pré­ten­du état d’avachissement désen­chan­té de la Fran­ce, il nous fau­drait un pou­voir fort.  Ne décla­rait-il pas (Lire d’août 2001) que De Gaul­le l’énervait, pré­ci­sant: « Fina­le­ment,  j’ai plus de sym­pa­thie pour Pétain! » Alors, à défaut de l’irréaliste pré­si­den­ce isla­mi­que, une allian­ce UMP-FN ? À la der­niè­re page du Char­lie assas­si­né, Cabu mon­tre un MH souf­fre­teux sur les genoux de Mme Le Pen qui lui dit : « Tu seras mon Mal­raux » !

Aux der­niè­res nou­vel­les, après la jour­née his­to­ri­que du 11 jan­vier, affi­chant de tou­tes autres valeurs que la sou­mis­sion !, MH renon­ce­rait à la pro­mo­tion de son livre et quit­te­rait le sol fran­çais.


Mauritanie : condamné à mort pour apostasie – « avoir parlé avec légèreté du prophète Mahomet »

mauritanie

Moha­med Chei­kh Ould Moha­med, déte­nu depuis le 2 jan­vier 2014, condam­né à mort pour apos­ta­sie

Un jeu­ne Mau­ri­ta­nien jugé pour apos­ta­sie après un écrit consi­dé­ré com­me blasphé–matoire a été condam­né à mort mer­cre­di soir (24/12/14) par un tri­bu­nal de Nouadhi­bou, port à l’extrême nord-ouest du pays.

Moha­med Chei­kh Ould Moha­med, déte­nu depuis le 2 jan­vier 2014, avait plai­dé non cou­pa­ble mar­di 23 décem­bre à l’ouverture de son pro­cès, le pre­mier du gen­re en Mau­ri­ta­nie. La pei­ne de mort n’est pas abo­lie dans le pays où, selon Amnes­ty Inter­na­tio­nal, la der­niè­re exé­cu­tion date de 1987.

Le pré­ve­nu, pro­che de la tren­tai­ne, s’est éva­noui à l’énoncé du ver­dict par la Cour cri­mi­nel­le de Nouadhi­bou avant d’être rani­mé et conduit en pri­son. L’annonce du juge­ment a été sui­vie de bruyan­tes scè­nes de joie dans la sal­le d’audience et à tra­vers la vil­le de Nouadhi­bou avec des ras­sem­ble­ments ponc­tués de concerts de klaxon.

A l’audience, un juge a rap­pe­lé à l’accusé qu’il a été incul­pé d’apostasie « pour avoir par­lé avec légè­re­té du pro­phè­te Maho­met  » dans un arti­cle publié briè­ve­ment sur des sites inter­net mau­ri­ta­niens, dans lequel il contes­tait des déci­sions pri­ses par le pro­phè­te Maho­met et ses com­pa­gnons durant les guer­res sain­tes.

Moha­med Chei­kh Ould Moha­med avait expli­qué que « son inten­tion n’était pas de por­ter attein­te au pro­phè­te, (...) mais de défen­dre une cou­che de la popu­la­tion mal consi­dé­rée et mal­trai­tée, les for­ge­rons  », dont il est issu. Il a ensui­te décla­ré : « Si on peut com­pren­dre (à tra­vers mon tex­te) ce pour quoi je suis incul­pé, je le nie com­plè­te­ment et m’en repens ouver­te­ment. »

Mer­cre­di soir, les deux avo­cats com­mis d’office pour la défen­se ont insis­té sur le repen­tir expri­mé par l’accusé et esti­mé que cela devrait être pris en comp­te en sa faveur.

Plus tôt dans la jour­née, le pro­cu­reur de la Répu­bli­que de Nouadhi­bou avait requis la pei­ne de mort à son encon­tre.

En ren­dant sa déci­sion, la cour a indi­qué que le pré­ve­nu tom­bait sous le coup d’un arti­cle du code pénal mau­ri­ta­nien pré­voyant la pei­ne de mort pour « tout musul­man, hom­me ou fem­me, ayant renon­cé à l’islam, expli­ci­te­ment ou à tra­vers des actes ou paro­les en tenant lieu ».

mauritanieEn février, un célè­bre avo­cat mau­ri­ta­nien, Me Moha­me­den Ould Iched­dou, qui avait été sol­li­ci­té par la famil­le de l’accusé, avait annon­cé qu’il renon­çait à le défen­dre après des mani­fes­ta­tions hos­ti­les contre le jeu­ne hom­me ain­si que lui-même et ses pro­ches.

Dans son arti­cle contro­ver­sé, Moha­med Chei­kh Ould Moha­med accu­sait la socié­té mau­ri­ta­nien­ne de per­pé­tuer un « ordre social ini­que héri­té » de cet­te épo­que.

Plu­sieurs mani­fes­ta­tions de colè­re avaient eu lieu à Nouadhi­bou et à Nouak­chott, cer­tains pro­tes­ta­tai­res allant jusqu’à récla­mer sa mise à mort, le qua­li­fiant de « blas­phé­ma­teur ».

Selon des orga­ni­sa­tions isla­mi­ques loca­les, c’est la pre­miè­re fois qu’un tex­te cri­ti­que de l’islam et du pro­phè­te est publié en Mau­ri­ta­nie, Répu­bli­que isla­mi­que où la cha­ria (loi isla­mi­que) est en vigueur mais dont les sen­ten­ces extrê­mes com­me les pei­nes de mort et de fla­gel­la­tions ne sont plus appli­quées depuis les années 1980.

[Avec AFP et lefigaro.fr]

Com­men­tai­re de Ber­nard Nan­tet, jour­na­lis­te et afri­ca­nis­te, spé­cia­lis­te du Saha­ra (auteur de Le Saha­ra. His­toi­re, guer­res et conquê­tes , éd. Tal­lan­dier).

Il y a quand même quel­ques chan­ces que la « sen­ten­ce » ne soit pas exé­cu­tée si les pres­sions inter­na­tio­na­les sont suf­fi­san­tes, d’autant plus que la Mau­ri­ta­nie est par­te­nai­re dans la lut­te contre les isla­mis­tes. Tou­te­fois, c’est jus­te­ment en rai­son de cet­te  » rigueur  » reli­gieu­se que la Mau­ri­ta­nie est rela­ti­ve­ment écar­tée de l’action des isla­mis­tes (un peu com­me l’Arabie saou­di­te !!!) qui leur don­ne moins de grain à mou­dre. L’embêtant, c’est que ça se pas­se à Nouadhi­bou, loin de la « média­ti­sa­tion  » qu’il peut y avoir à Nouak­chott.

Appa­rem­ment, il sem­ble que le jeu­ne hom­me en ques­tion, de par la rai­son qu’il don­ne de son ges­te qu’on ne connaît pas enco­re avec pré­ci­sion, serait issu de la cas­te des for­ge­rons, mépri­sée com­me il se doit, par­tout au Saha­ra, y com­pris chez les Toua­reg, où la tra­di­tion fait des for­ge­rons des Juifs isla­mi­sés. Mépris ambi­gu cepen­dant com­me tout ce qui concer­ne les arti­sans, car on a besoin d’eux pour fai­re les menus objets usuels en métal (sa fem­me est géné­ra­le­ment potiè­re et c’est elle qui fait les cous­sins).

Cet­te his­toi­re-là est à rap­pro­cher de la condam­na­tion (je ne sais pas si c’était à la pei­ne de mort) d’un Noir mau­re qui avait brû­lé des pages d’un trai­té juri­di­que tra­di­tion­nel (pas du Coran, il n’était pas fou à ce point-là) jus­ti­fiant l’esclavage. Il faut savoir que l’islam mau­ri­ta­nien se recon­naît de l’éco­le malé­ki­te com­me l’islam saha­rien et celui d’Afrique du Nord qui se basent sur la loi cora­ni­que (cha­ria) pour régler tous les pro­blè­mes d’ici-bas (et ceux de là-haut aus­si pro­ba­ble­ment). Ces trai­tés juri­di­ques concer­nant la vie noma­des (pâtu­ra­ges, cap­tifs, maria­ge, vie quo­ti­dien­ne), ce sont les fameux manus­crits qui consti­tuent les biblio­thè­ques ambu­lan­tes noma­des.


De Bagdad à Rio, cette même Grande Guerre de religions ?

L’His­toi­re ne se répè­te pas, elle bégaie. On sait ça depuis Marx et même depuis tou­jours, vu que, avec ou sans Confu­cius, « on ne se bai­gne jamais deux fois dans la même riviè­re ». Voi­là qu’elle s’est mise, l’Histoire, à hoque­ter sale­ment et à nou­veau en Irak – dans cet­te Méso­po­ta­mie qui fut un haut lieu de la civi­li­sa­tion, entre Tigre et Euphra­te. C’est là que s’inventa l’écriture, le cal­cul aus­si, qui étaient liés. À ce point d’émergence de la connais­san­ce miroi­tait aus­si la sages­se. Un bel ave­nir sem­blait pro­mis. Que nen­ni ! C’eut été sans comp­ter sur l’insondable mys­tè­re qui rend l’espèce humai­ne si per­tur­bée, qua­si illi­si­ble, n’ayant de ces­se de noir­cir son ciel, d’éteindre les lumiè­res, de patau­ger dans ses maré­ca­ges. D’aller même jusqu’à atten­ter à son sys­tè­me vital.

Nous som­mes des siè­cles avant notre ère. La Méso­po­ta­mie est une ter­re de marais, d’argiles, de boues : de quoi créer des for­mes, des figu­ri­nes, des sta­tues… Et des mythes – ce besoin insa­tia­ble d’histoires à fai­re rêver debout, ou tres­saillir dans les ténè­bres de la nuit. On ne sait trop com­ment, sur­git alors Gil­ga­me­sh, le roi légen­dai­re en quê­te d’immortalité. La plus ancien­ne des épo­pées écri­tes va se fixer sur des tablet­tes d’argile, trois mil­le ans avant ses répli­ques élec­tro­ni­ques – même for­mat, moins la bat­te­rie…

Et L’homme créa les dieux (sous ce titre, lire Pas­cal Boyer, Gal­li­mard ; et dans la fou­lée Mar­cel Mauss, Mir­cea Elia­de, etc.), il les créa com­me une néces­si­té vita­le ; il en créa « à la pel­le », en impor­ta d’Afrique, de Chi­ne, de Grè­ce et de par­tout ; puis les tami­sa en vrac et, fina­le­ment, vou­lut n’en rete­nir qu’un seul. Pata­tras ! Et pour­quoi donc ?  ici, un grand blanc. Le vide inter­ro­ga­tif, qua­si inson­da­ble.

Vont s’ensuivre des siè­cles de malé­dic­tions aveu­glan­tes, san­glan­tes, mor­ti­fè­res, sans ces­se entre­te­nues, ravi­vées en d’incessants bûchers. Cela s’appelle l’Histoire. Pré­cé­dée au jour le jour par ce que nous nom­mons ingé­nu­ment l’Actualité. Laquel­le se suc­cè­de à elle-même, dans un jeu de répé­ti­tions bégayan­tes, en effet. Avant-hier l’Inquisition, les guer­res de reli­gion. Hier les conflits ter­ri­to­riaux, finan­ciers, natio­na­lis­tes. Et aujourd’hui le foot, cet­te reli­gion païen­ne sur fond d’affrontements guer­riers ? Plu­sieurs batailles par jour pen­dant un mois, voi­là qui ne lais­se plus beau­coup de pla­ce à la nou­vel­le guer­re civi­le relan­cée en Irak, et enco­re moins à cel­le de Syrie, inex­tri­ca­ble. Tou­te une vas­te région à feu et à sang. Les deux bran­ches enne­mies des maho­mé­tans, réar­mées aux gou­pillons com­me aux sabres, se sont élan­cées vers de splen­di­des saint-Bar­thé­lé­my. Der­niers déve­lop­pe­ments [les médias] :

« Les rebel­les de l’État isla­mi­que en Irak et au Levant (EIIL) ont pris une nou­vel­le vil­le en Irak et avan­cent vers Bag­dad, dans une offen­si­ve ful­gu­ran­te qui a pous­sé à la fui­te envi­ron un demi mil­lion d’habitants. Cet­te avan­cée des dji­ha­dis­tes sun­ni­tes face à des for­ces gou­ver­ne­men­ta­les en dérou­te et un pou­voir chii­te impuis­sant, ris­que de plon­ger ce pays pétro­lier dans le chaos. « L’Iran chii­te mais aus­si les États-Unis ont appor­té leur sou­tien au gou­ver­ne­ment de Nou­ri Al-Mali­ki face au « ter­ro­ris­me ». La der­niè­re conquê­te des dji­ha­dis­tes est Tikrit, à 160 km au nord de Bag­dad. Ils ont, en outre, ten­té, en vain, de pren­dre Samar­ra, à une cen­tai­ne de kilo­mè­tres de Bag­dad. Ils se sont empa­rés depuis mar­di de la deuxiè­me vil­le d’Irak, Mos­soul, de sa pro­vin­ce, Nini­ve, et de sec­teurs dans deux pro­vin­ces pro­ches, Kir­kouk et Sala­hed­di­ne, majo­ri­tai­re­ment sun­ni­tes. « L’EIIL a en outre pris en ota­ges 49 Turcs au consu­lat de Tur­quie à Mos­soul par­mi les­quels le consul et des mem­bres des for­ces spé­cia­les, de même que 31 chauf­feurs de poids-lourd turcs dans cet­te pro­vin­ce. Paral­lè­le­ment, les atten­tats anti-chii­tes ne connais­saient pas de répit, fai­sant près de 40 morts. « Le Conseil de sécu­ri­té des Nations unies se réuni­ra jeu­di … »

Il y a onze ans déjà, en 2003, le dénom­mé Geor­ge W. Bush, Bible au poing, Dieu Dol­lar  en poche, imbi­bé de Pétro­le, au nom d’un des plus éhon­tés men­son­ges d’État connus dans l’Histoire (qui en est far­cie), avait pré­ten­du en finir avec les adep­tes du grand chal­len­ger, Allah. (Lire la sui­te…)


Dieudonné vs Patrick Cohen. Quand fascisme et journalisme voguent sur le même bateau

Dieu­don­né est un facho. Un facho qui s’affiche sans ver­go­gne et com­me il y en a de plus en plus. Ses pro­pos anti­sé­mi­tes sur le jour­na­lis­te de Fran­ce Inter, Patri­ck Cohen, sont acca­blants et sans appel : « Tu vois, lui, si le vent tour­ne, je ne suis pas sûr qu’il ait le temps de fai­re sa vali­se. Moi, tu vois, quand je l’entends par­ler, Patri­ck Cohen, j’me dis, tu vois, les cham­bres à gaz… Dom­ma­ge. »

Mais en cher­chant à dépas­ser l’indignation sans frais, on peut tout de même se deman­der pour­quoi ce Dieu­don­né s’en prend-il ain­si à ce Cohen-là, à ce Patri­ck de la radio publi­que.

Alain Pont­vert, un lec­teur du Mon­de (20/12/2013), dépla­ce quel­que peu l’angle de vision dans ces ter­mes :

« Patri­ck Cohen un jour­na­lis­te irré­pro­cha­ble et exempt de tout esprit par­ti­san ou com­mu­nau­ta­ris­te ??? C’est une bla­gue ??? Lisez Schnei­der­mann puis­que l’article ne le met même pas en lien : les gens que le « ser­vi­ce public » vu par Patri­ck Cohen ne doit pas invi­ter car « ils ont contre­ve­nu à un dog­me » (lequel?) ».

Voi­là ce que racon­te Daniel Schnei­der­mann dans Libé­ra­tion (17/03/13) : « Cela se pas­se au micro de l’émission C’est à vous (Fran­ce 5). Chro­ni­queur de cet­te émis­sion, Patri­ck Cohen reçoit son col­lè­gue Fré­dé­ric Tad­deï, ani­ma­teur de Ce soir ou jamais, qui vient d’être trans­fé­rée de Fran­ce 3 à Fran­ce 2. Et Cohen ne va pas le rater, Tad­deï. A pré­sent qu’il est pas­sé sur Fran­ce 2, chaî­ne ami­ral, Tad­deï conti­nue­ra-t-il d’inviter les mau­dits, com­me il le fai­sait à l’abri de la (rela­ti­ve) confi­den­tia­li­té de Fran­ce 3 ? «Vous invi­tez des gens que l’on n’entend pas ailleurs, mais aus­si des gens que les autres médias n’ont pas for­cé­ment envie d’entendre, que vous êtes le seul à invi­ter.» Et Cohen cite qua­tre noms : Tariq Rama­dan, Dieu­don­né, Alain Soral et Marc-Edouard Nabe. Un théo­lo­gien, un humo­ris­te, un publi­cis­te inclas­sa­ble, un écri­vain : voi­ci la lis­te des pros­crits, des inter­dits, des ban­nis, dres­sée pour la pre­miè­re fois, tran­quille­ment, sur un pla­teau de télé convi­vial et sym­pa­thi­que. Ins­tant de véri­té. »

Le débat s’engage alors, ain­si que pour­suit Schnei­der­mann :

« Cohen : «Moi, j’ai pas envie d’inviter Tariq Rama­dan.» Tad­deï : «Libre à vous. Pour moi, y a pas de lis­te noi­re, des gens que je refu­se a prio­ri d’inviter par­ce que je ne les aime pas. Le ser­vi­ce public, c’est pas à moi.» «On a une res­pon­sa­bi­li­té. Par exem­ple de ne pas pro­pa­ger les thè­ses com­plo­tis­tes, de ne pas don­ner la paro­le à des cer­veaux mala­des. S’il y a des gens qui pen­sent que les cham­bres à gaz n’ont pas exis­té.» […] «Si je dis « j’ai des dou­tes sur le fait que Lee Har­vey Oswald ait été le seul tireur de l’assassinat de Ken­ne­dy à Dal­las », vous m’arrêtez ?»«Évi­dem­ment pas.»«Quelle dif­fé­ren­ce ? Tout ce qui n’est pas défen­du est auto­ri­sé. Je m’interdis de cen­su­rer qui que ce soit, à par­tir du moment où il res­pec­te la loi.»

Voyons même la vidéo de l’émission en ques­tion :

  (Lire la sui­te…)


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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