On n'est pas des moutons

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« Ça sent le bouchon »

« Ça sent le bou­chon » a osé la jour­na­lis­te sur Fran­ce Inter ce matin pour lan­cer le mar­ron­nier esti­val. Et d’enfiler les cli­chés sur les dan­gers de la déshy­dra­ta­tion, les redou­ta­bles micro-trot­toirs (sur auto­rou­tes…) et, donc, les puis­san­tes pen­sées des che­va­liers à qua­tre roues. Il est reve­nu, l’heureux temps des bou­chons, ces « hiron­del­les » qui annon­cent l’été cani­cu­lai­re. Ce rituel jour­na­lis­ti­que est aus­si vieux que les hor­des auto­mo­bi­les. C’est aus­si un mar­queur de socié­té. Ain­si cet­te archi­ve de l’Ina datée du 1er juillet… 1968, sobre­ment inti­tu­lée « Arri­vée des tou­ris­tes sur la Natio­na­le 7 : tra­fic auto­mo­bi­le et pla­ges de la région », extrai­te de Pro­ven­ce Actua­li­tés, Offi­ce natio­nal de radio­dif­fu­sion télé­vi­sion fran­çai­se,  Mar­seille. Où la niai­se­rie du pro­pos attes­te bien que la révo­lu­tion de Mai-68 a vécu.


Grand jour : le solstice d’hiver et les dix ans de « C’est pour dire »

C’est pareil cha­que année mais pas tou­jours le même jour (le 21 ou le 22)  et jamais à la même heu­re. Ain­si, pour 2014, ça se pas­se aujourd’hui diman­che 21, à 23 h 03 mn 01 s. À par­tir de cet ins­tant le jour aura atteint sa plus cour­te durée. Il ne pour­ra plus que ral­lon­ger… C’est ce qu’on appel­le le sol­sti­ce d’hiver. Et vive la renais­sance du Soleil Invain­cu (Sol Invic­tus) ! – qui, rap­pe­lons-le, expri­me le sens païen de Noël.

Pour le res­te, rien ne chan­ge et tout chan­ge. Ou tout chan­ge pour que rien ne chan­ge. Déjà l’an der­nier, je devi­sais sur l’événement. L’an pro­chain itou, du moins je l’espère… Sans jurer de rien, vu que, selon ce cher Mon­tai­gne « Tous les jours vont à la mort, le der­nier y arri­ve ».

le-numéro-dix-avec-le-ruban-signifie-le-dixième-anniversaire-40234269Un évé­ne­ment astral qui est pas­sé inaper­çu ; pour­tant, il ne s’est pro­duit qu’une fois en une décen­nie ! Le 13 décem­bre 2004, en effet, parais­sait sur lemonde.fr le pre­mier arti­cle de « C’est pour dire », d’emblée avec un des­sin du grand Faber. Le pro­pos se vou­lait alors tour­né vers une appro­che cri­ti­que des pra­ti­ques jour­na­lis­ti­ques ; il s’est élar­gi, com­me on sait, car à for­ce de taper sur le même clou…

Le comp­teur de « C’est pour dire » tota­li­se 1 392 arti­cles, et enco­re, sans celui-là ! On par­lait jadis des pis­se-copie. L’expression est pas­sée de mode, alors que la cho­se a atteint un niveau d’énu­ré­sie jamais éga­lé dans l’ère post-guten­ber­gien­ne. Est-ce gra­ve, doc­teur ? Ou bien salu­tai­re ?  Je pen­che­rais plu­tôt pour un signe de san­té.

Plus de mil­le autres arti­cles alors ? Hum !… Le ren­dez-vous de 2024 n’est pas garan­ti (voir le même Michel de Mon­tai­gne).


Le journalisme est (parfois) un sport de combat

Ouais, les repor­ters de guer­re, les pho­to­gra­phes en gilets pare-bal­les, ils paient com­me on dit un lourd tri­but à l’information. Cer­tes. Mais il est d’autres ter­rains (pres­que) aus­si dan­ge­reux, ain­si qu’en témoi­gnent ces deux vidéos d’archives jour­na­lis­ti­co-pugi­lis­ti­ques…

6 mars 1959 – Au cours de la retrans­mis­sion du com­bat de cat­ch oppo­sant l « Hom­me mas­qué  » [alias Gil Voi­ney] à Roger Dela­por­te, un mat­ch com­men­té avec ver­ve par Roger Cou­derc, le jour­na­lis­te est pris à par­ti par Roger Dela­por­te, à la des­cen­te du ring.

Emis­sion : Cat­ch - 
Offi­ce natio­nal de radio­dif­fu­sion télé­vi­sion fran­çai­se - réa­li­sa­teur
 Pier­re Badel - com­men­ta­teur
 Roger Cou­derc - Docu­ment Ina

 

5 mars 1976 – Sur le pla­teau de l’émission « Apos­tro­phes », Moha­med Ali s’emporte contre l’ancien secré­tai­re de Sar­tre, Jean Cau, invi­té de l’émission, qui n’en mène pas lar­ge. « S’il y’a quelqu’un que je n’aime pas, c’est vous (il le poin­te du doigt). Oh je vois quel­que cho­se que je n’aime pas du tout... je sais que vous êtes suf­fi­sam­ment malin pour ne pas taper sur Moha­med Ali » ! Voi­là un boxeur qui ne man­quait ni de pun­ch ni de flair.

Emis­sion : Apos­tro­phes - 
Anten­ne 2 - réa­li­sa­teur
 Jean Caze­na­ve - pro­duc­teur
 Ber­nard Pivot - Docu­ment Ina


Le progrès d’avant-hier : la voiture électrique (1942)

Ce film archi­vé par l’INA date du 26 avril 1968. Mais la nou­veau­té qu’il mon­tre date de 1942. Il s’agit de « l’Œuf élec­tri­que  » mis au point par Paul Arzens, l’ingénieur de la SNCF, « père » des loco­mo­tri­ces élec­tri­ques « BB ». Outre quel­ques pro­pos du même Arzens, ces « Actua­li­tés » inter­ro­gent aus­si le pré­fet de poli­ce Mau­ri­ce Gri­maud qui, dans le mois sui­vant du Joli Mai, va connaî­tre une célé­bri­té à laquel­le il est loin de s’attendre ici. Quoi qu’il en soit, les deux vision­nai­res nous pré­di­sent l’avenir radieux du « tout élec­tri­que » – et bran­ché au nucléai­re pour quel­ques rayon­nan­tes décen­nies.

En plus de la musi­quet­te bien datée qui accom­pa­gne gaie­ment ce petit film, on décou­vre que la pres­se pré-soixan­te-hui­tar­de a déjà pris goût au redou­ta­ble micro-trot­toir, ce degré zéro du jour­na­lis­me, désor­mais triom­phant dans nos médias.

Com­me disait Alexan­dre Via­lat­te, pris dans un embou­teilla­ge : « On n’arrête pas le pro­grès, il s’arrête tout seul  ».

  • Emis­sion « Pano­ra­ma »,
    Offi­ce natio­nal de radio­dif­fu­sion télé­vi­sion fran­çai­se (ORTF)
    Jour­na­lis­tes : Michel Le Pai­re ; Ber­nard Cor­re ;
    Par­ti­ci­pants : Paul Arzens ; Mau­ri­ce Gri­maud.

Docu­ment Ins­ti­tut natio­nal de l’audiovisuel


« 31 juillet 1914, Jaurès est arrivé tard à L’Humanité… » 3/4 – Croqué par Jules Renard

jean-jauresIls étaient contem­po­rains, se ren­con­traient et s’appréciaient, fré­quen­tant ces mêmes « salons », lieux de dis­pu­ta­tion intel­lec­tuel­le à l’image des salons des Lumiè­res, qui pré­cé­dè­rent la Révo­lu­tion. Voi­ci le por­trait que Jules Renard bros­se de Jean Jau­rès dans son Jour­nal (22 décem­bre 1902)

« Jau­rès. L’air, un peu, d’un ours aima­ble. Le cou court, jus­te de quoi met­tre une peti­te cra­va­te de col­lé­gien de pro­vin­ce. Des yeux mobi­les. Beau­coup de pères de famil­le de qua­ran­te-cinq ans lui res­sem­blent, vous savez, ces papas aux­quels leur gran­de fille dit fami­liè­re­ment : « Bou­ton­ne ta redin­go­te, papa. Papa, tu devrais remon­ter un peu tes bre­tel­les, je t’assure. »

Arri­ve, en petit cha­peau melon, le col du par­des­sus rele­vé.

Une affec­ta­tion de sim­pli­ci­té, une sim­pli­ci­té de citoyen qui com­men­ce bien son dis­cours par « Citoyens et citoyen­nes », mais qui s’oublie quel­que­fois, dans le feu de la paro­le, jusqu’à dire : « Mes­sieurs ».

Des ges­tes courts -- Jau­rès n’a pas les bras longs --, mais très uti­les. Le doigt sou­vent en l’air mon­tre l’idéal. Les poings pleins d’idées vont se cho­quer quel­que­fois, le bras tout entier écar­te des cho­ses, ou décrit la para­bo­le du balai. Jau­rès mar­che par­fois une main dans la poche, tire un mou­choir et s’en essuie les lèvres.

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Jules Renard (1864 - 1910). Il fau­drait lui dire : « Au fond, vous n’êtes pas un vrai socia­lis­te ; vous êtes l’homme de génie du socia­lis­me. »

(Je ne l’ai enten­du qu’une fois. Ceci n’est donc qu’une note.)

Le début lent, des mots sépa­rés par de grands vides. On a peur : n’est-ce que cela ? Tout à coup, une gran­de vague sono­re et gon­flée, qui mena­ce avant de retom­ber dou­ce­ment. Il a une dizai­ne de vagues de cet­te ampleur. C’est le plus beau. C’est très beau.

Ce n’est pas la tira­de com­me l’est une stro­phe de cinq ou six beaux vers dits par un grand acteur. Il y a cet­te dif­fé­ren­ce qu’on n’est pas sûr que Jau­rès les sache, et qu’on a peur que le der­nier n’arrive pas. Le mot « sus­pen­du » a tou­te sa for­ce à son pro­pos. On l’est vrai­ment, avec la crain­te de la chu­te où Jau­rès... nous ferait mal.

Entre ces gran­des vagues, des pré­pa­ra­tions, des zones où le public se repo­se, où le voi­sin peut regar­der le voi­sin, dont un mon­sieur peut pro­fi­ter pour se rap­pe­ler un ren­dez-vous et pour sor­tir.

Il par­le deux heu­res, et boit une gout­te d’eau.

Quel­que­fois -- rare­ment -- la pério­de est man­quée, s’arrête court, et les applau­dis­se­ments s’éteignent tout de sui­te, com­me ceux d’une cla­que.

Il cite le grand nom de Bos­suet. Je le soup­çon­ne, quel que soit son sujet, de tou­jours trou­ver le moyen de citer ce grand nom.

Ce qu’il dit ne m’intéresse pas tou­jours. Il dit de bel­les cho­ses, et il a rai­son de les dire, mais peut-être que je les connais, ou que je ne suis plus assez peu­ple, mais, sou­dain, une bel­le for­mu­le com­me cel­le-ci :

-- Quand nous expo­sons notre doc­tri­ne, on objec­te qu’elle n’est pas pra­ti­que : on ne dit plus qu’elle n’est pas jus­te.

Ou, enco­re :

-- Le pro­lé­ta­rien n’oubliera pas l’humanité, car le pro­lé­ta­rien la por­te en lui-même. Il ne pos­sè­de rien, que son titre d’homme. Avec lui et en lui, c’est le titre d’homme qui triom­phe­ra.

Une voix qui va jusqu’aux der­niè­res oreilles, mais qui res­te agréa­ble, une voix clai­re, très éten­due, un peu aiguë, une voix, non de ton­ner­re, mais de feux de sal­ve.

Une gueu­le, mais le coup de gueu­le res­te dis­tin­gué.

Le seul don qui soit envia­ble. Sans fati­gue, il se sert de tous les mots lourds qui sont com­me les moel­lons de sa phra­se, et qui écor­che­raient, tom­bant d’une plu­me, les doigts et le papier de l’écrivain.

Quel­que­fois, un mot mal employé dit le contrai­re de ce qu’il veut dire, mais le mou­ve­ment -- le fameux mou­ve­ment cher aux hom­mes de théâ­tre -- lais­se le mot impro­pre et empor­te le sens avec lui.

Très peu de ses phra­ses pour­raient être écri­tes tel­les quel­les ; mais, si l’oeil est un tain, l’oreille est un enton­noir.

Une idée lar­ge, et indis­cu­ta­ble, le sou­tient : c’est com­me l’épine dor­sa­le de son dis­cours. Exem­ple : le pro­grès de la jus­ti­ce dans l’humanité n’est pas le résul­tat de for­ces aveu­gles, mais d’un effort conscient, d’une idée tou­jours plus hau­te, vers un idéal tou­jours plus éle­vé. »

»> La sui­te 4/4 ci-des­sous 


« 31 juillet 1914, Jaurès est arrivé tard à L’Humanité… » 4/4 – Son fameux discours sur le courage (Albi, 1903)

jean-jaurèsC'est un discours prononcé en 1903 devant les élèves du lycée d 'Albi dans lequel il a fait ses débuts comme enseignant, 32 ans plus tôt, après avoir obtenu l'agrégation de philosophie. Jaurès brosse à cette occasion un premier bilan de sa vie, évoque « l'insensible fuite des jours… », une réflexion sur le temps qui passe ; la confiance dans l'avenir, dans la mémoire, mais aussi sa fidélité à son passé, son angoisse devant les risques de guerre, la montée des périls (un de ses premiers grands discours sur ce thème), sa défense non pas de l'utopie de la paix mais du réalisme de la paix.

Jaurès privilégie l'action et la volonté des hommes et vante le courage dont il fait un des ressorts de son discours et de sa vie. Jaurès expose sa philosophie personnelle, faite de lucidité et de désintéressement ; c'est dans cet éloge du courage qu'il prononce sa formule célèbre : « Le courage, c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel ».

Extraits sur le thème du courage.

[…]

L'humanité est maudite, si pour faire preuve de courage elle est condamnée à tuer éternellement.

■ Le courage, c'est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces ; c'est de garder dans les lassitudes inévitables l'habitude du travail et de l'action.

■ Le courage dans le désordre infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c'est de choisir un métier et de le bien faire, quel qu'il soit ; c'est de ne pas se rebuter du détail minutieux ou monotone ; c'est de devenir, autant qu'on le peut, un technicien accompli ; c'est d'accepter et de comprendre cette loi de la spécialisation du travail qui est la condition de l'action utile, et cependant de ménager à son regard, à son esprit, quelques échappées vers le vaste monde et des perspectives plus étendues.

La cause des Arméniens

« Voilà dix-huit ans que l'Europe avait inséré dans le traité de Berlin (13 juillet 1878) l'engagement solennel de protéger la sécurité, la vie, l'honneur des Arméniens […] que l'Europe devrait demander des conptes annuels et exercer un contrôle annuel sur les réformes et sur les garanties introduites par le sultan dans ses relations avec ses sujets d'Asie Mineure. Où sont ces comptes? sont ces contrôles?

[…] Devant tout ce sang versé, devant ces abominations et ces sauvageries, devant cette violation de la parole de la France et du droit humain, pas un cri n'est sorti de vos bouches, pas une parole n'est sortie de vos consciences, et vous avez assisté, muets et, par conséquent, complices, à l'extermination complète ... »

Jean Jaurès, discours du 3 novembre 1896 à la Chambre.

Ces paroles rendent assourdissant la parole feutrée de nos actuels "socialistes" à propos du martyre des Palestiniens.

■ Le courage, c'est d'être tout ensemble, et quel que soit le métier, un praticien et un philosophe.

■ Le courage, c'est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l'approfondir, de l'établir et de la coordonner cependant à la vie générale.

■ Le courage, c'est de surveiller exactement sa machine à filer ou à tisser pour qu'aucun fil ne se casse, et de préparer cependant un ordre social plus vaste et plus fraternel où la machine sera la servante commune des travailleurs libérés.

■ Le courage, c'est d'accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l'art, d'accueillir, d'explorer la complexité presque infinie des faits et des détails, et cependant d'éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l'organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes.

■ Le courage, c'est de dominer ses propres fautes, d'en souffrir mais de ne pas être accablé et de continuer son chemin.

■ Le courage, c'est d'aimer la vie et de regarder la mort d'un regard tranquille ; c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel ; c'est d'agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l'univers profond, ni s'il lui réserve une récompense.

■ Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »

Jean JAURÈS, Extrait du Discours à la Jeunesse, Albi 1903

L'intégralité du discours ici.

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Jean Jaurès © Archives nationales


Dieudonné vs Patrick Cohen. Quand fascisme et journalisme voguent sur le même bateau

Dieu­don­né est un facho. Un facho qui s’affiche sans ver­go­gne et com­me il y en a de plus en plus. Ses pro­pos anti­sé­mi­tes sur le jour­na­lis­te de Fran­ce Inter, Patri­ck Cohen, sont acca­blants et sans appel : « Tu vois, lui, si le vent tour­ne, je ne suis pas sûr qu’il ait le temps de fai­re sa vali­se. Moi, tu vois, quand je l’entends par­ler, Patri­ck Cohen, j’me dis, tu vois, les cham­bres à gaz… Dom­ma­ge. »

Mais en cher­chant à dépas­ser l’indignation sans frais, on peut tout de même se deman­der pour­quoi ce Dieu­don­né s’en prend-il ain­si à ce Cohen-là, à ce Patri­ck de la radio publi­que.

Alain Pont­vert, un lec­teur du Mon­de (20/12/2013), dépla­ce quel­que peu l’angle de vision dans ces ter­mes :

« Patri­ck Cohen un jour­na­lis­te irré­pro­cha­ble et exempt de tout esprit par­ti­san ou com­mu­nau­ta­ris­te ??? C’est une bla­gue ??? Lisez Schnei­der­mann puis­que l’article ne le met même pas en lien : les gens que le « ser­vi­ce public » vu par Patri­ck Cohen ne doit pas invi­ter car « ils ont contre­ve­nu à un dog­me » (lequel?) ».

Voi­là ce que racon­te Daniel Schnei­der­mann dans Libé­ra­tion (17/03/13) : « Cela se pas­se au micro de l’émission C’est à vous (Fran­ce 5). Chro­ni­queur de cet­te émis­sion, Patri­ck Cohen reçoit son col­lè­gue Fré­dé­ric Tad­deï, ani­ma­teur de Ce soir ou jamais, qui vient d’être trans­fé­rée de Fran­ce 3 à Fran­ce 2. Et Cohen ne va pas le rater, Tad­deï. A pré­sent qu’il est pas­sé sur Fran­ce 2, chaî­ne ami­ral, Tad­deï conti­nue­ra-t-il d’inviter les mau­dits, com­me il le fai­sait à l’abri de la (rela­ti­ve) confi­den­tia­li­té de Fran­ce 3 ? «Vous invi­tez des gens que l’on n’entend pas ailleurs, mais aus­si des gens que les autres médias n’ont pas for­cé­ment envie d’entendre, que vous êtes le seul à invi­ter.» Et Cohen cite qua­tre noms : Tariq Rama­dan, Dieu­don­né, Alain Soral et Marc-Edouard Nabe. Un théo­lo­gien, un humo­ris­te, un publi­cis­te inclas­sa­ble, un écri­vain : voi­ci la lis­te des pros­crits, des inter­dits, des ban­nis, dres­sée pour la pre­miè­re fois, tran­quille­ment, sur un pla­teau de télé convi­vial et sym­pa­thi­que. Ins­tant de véri­té. »

Le débat s’engage alors, ain­si que pour­suit Schnei­der­mann :

« Cohen : «Moi, j’ai pas envie d’inviter Tariq Rama­dan.» Tad­deï : «Libre à vous. Pour moi, y a pas de lis­te noi­re, des gens que je refu­se a prio­ri d’inviter par­ce que je ne les aime pas. Le ser­vi­ce public, c’est pas à moi.» «On a une res­pon­sa­bi­li­té. Par exem­ple de ne pas pro­pa­ger les thè­ses com­plo­tis­tes, de ne pas don­ner la paro­le à des cer­veaux mala­des. S’il y a des gens qui pen­sent que les cham­bres à gaz n’ont pas exis­té.» […] «Si je dis « j’ai des dou­tes sur le fait que Lee Har­vey Oswald ait été le seul tireur de l’assassinat de Ken­ne­dy à Dal­las », vous m’arrêtez ?»«Évi­dem­ment pas.»«Quelle dif­fé­ren­ce ? Tout ce qui n’est pas défen­du est auto­ri­sé. Je m’interdis de cen­su­rer qui que ce soit, à par­tir du moment où il res­pec­te la loi.»

Voyons même la vidéo de l’émission en ques­tion :

  (Lire la sui­te…)


Document. Dumayet et Desgraupes, Pierre-s angulaires du scoop rimbaldien

Ce 25 novem­bre 1954, sur­gis­sant de la bru­me arden­nai­se, chaus­sés de leurs bot­tes de caou­tchouc, affron­tant bra­ve­ment la gadoue, Pier­re Dumayet et Pier­re Des­grau­pes ont fleu­ré miam-miam le scoop d’enfer.

Clo­pe au bec, gabar­di­ne de flic, les Roux-Com­ba­lu­zier du jour­na­lis­me let­tré, allu­re madrée et fiè­re d’épagneul picard en appro­che du gibier, sont venus (exprès de Paris, avec tou­te une équi­pe tech­ni­que) inter­vie­wer Mon­sieur Fri­co­tot, contem­po­rain d’Arthur Rim­baud.  Le pay­san, en cas­quet­te, un peu endi­man­ché dirait-on, a été posé au pied de sa char­rue, bâton à la main. Par la gau­che, Mada­me Fri­co­tot vient se ran­ger dans le champ, façon Ange­lus de Millet. « Bon­jour Mada­me ». Mais c’est à Mon­sieur qu’on cau­se. Ça tour­ne. On bran­che le micro. Les ques­tions fusent (ils s’y met­tent à deux). Quant aux répon­ses, elles valent leurs 2 min 42 s de jour­na­lis­me à hau­te inten­si­té docu­men­tai­re…

« Bon, ben, j’crois qu’on vous a deman­dé à peu près tout… Au revoir Mon­sieur, R’voir mada­me… »

––

Archi­ve de l’Ina.

MOTS CLÉS de l’Ina : jour­na­lis­te pay­san Rim­baud Arthur vie rura­le champ boue bot­te Témoi­gna­ge


Adresse aux jeunes peut-être futurs journalistes et autres rêveurs romanesques

Jeu­nes peut-être futurs jour­na­lis­tes, pos­tu­lants ou appren­tis des si nom­breux lieux de for­ma­tion, rêveurs roma­nes­ques qui s’identifient à la pim­pan­te gran­de repor­ter et redres­seu­se de torts des films hol­ly­woo­diens et des séries télé, …

… il est enco­re temps de bien ques­tion­ner votre voca­tion et pour cela, …

…plus enco­re, de vous impré­gner de la réa­li­té d’aujourd’hui du métier d’informer.

Ce n’est pas l’ancien de la pro­fes­sion qui lan­ce sa pro­phé­tie de vieux schnok,

c’est que les condi­tions d’exercice dudit métier ont tel­le­ment chan­gé, à l’image de la pla­nè­te mon­dia­li­sée et de l’information déma­té­ria­li­sée.

Et si en pri­me vous fan­tas­mez sur les héros « des grands conflits qui font les grands repor­ters »,

lisez en prio­ri­té le témoi­gna­ge d’une jeu­ne et cou­ra­geu­se pigis­te ita­lien­ne, Fran­ces­ca Bor­ri, que sa pré­sen­ce sur le front de la guer­re civi­le en Syrie a lit­té­ra­le­ment trans­for­mée – tout autant d’ailleurs que l’indifférence plus ou moins char­gée de mépris oppo­sée par ses confrè­res. Et aus­si par le public.

Son arti­cle a été publié le 1er juillet 2013, sur le site de la “Colum­bia Jour­na­lism Review”, Il est repris sur le site du Nou­vel Obs sous le titre

« Lettre d’une pigiste perdue dans l’enfer syrien ».

Là non plus, on ne pour­ra pas dire « je ne savais pas ».

 

• Voir aus­si :

BONNE NOUVELLE. Les journaux sont foutus, vive les journalistes !


BONNE NOUVELLE. Les journaux sont foutus, vive les journalistes !

par John Mac­Gre­gor, cher­cheur au dépar­te­ment Socio­lo­gie des médias du MIT

Cet arti­cle a été publié à l’origine sur CINQsurCINQ.net, mon site pro­fes­sion­nel désor­mais fer­mé pour cau­se de retrai­te. Il a ensui­te été mis en ligne le le 07/12/2004 sur ce blog, c’est pour dire.com. Je lui redon­ne ici une nou­vel­le actua­li­té, un peu à la maniè­re dont les médias audio-visuels, à la faveur de l’été, pra­ti­quent la redif­fu­sion. 

En pres­que dix ans, l’analyse a gar­dé de sa per­ti­nen­ce et d’une cer­tai­ne jus­tes­se d’anticipation. Ain­si en ce qui concer­ne l’apparition sur inter­net de plu­sieurs sites d’information dont, jusqu’à pré­sent, seul Media­part sem­ble avoir trou­vé le modè­le jour­na­lis­ti­que et éco­no­mi­que.

Cet­te décen­nie aura vu la dégra­da­tion géné­ra­le de l’économie de la pres­se d’information et, paral­lè­le­ment, l’accélération de la déma­té­ria­li­sa­tion des sup­ports au pro­fit d’internet et des outils « noma­des ». Par­mi ceux-ci, les smart­pho­nes ont pris la pre­miè­re pla­ce non seule­ment en tant que sup­port d’information, mais dans le pro­ces­sus même de pro­duc­tion d’information.. Les « réseaux sociaux  »  sont ain­si deve­nus des médias à part entiè­re – moins le pro­fes­sion­na­lis­me des jour­na­lis­tes (notion d’ailleurs tou­te rela­ti­ve, on le sait, et l’article ci-des­sous évo­que lar­ge­ment cet aspect). Face­book et Twit­ter notam­ment devan­cent désor­mais les médias tra­di­tion­nels dans la « cour­se » aux nou­vel­les; bien plus, ils les squee­zent lit­té­ra­le­ment dans le rôle dévo­lu à l’information dans les pro­ces­sus his­to­ri­ques (révo­lu­tions ara­bes, révol­tes tur­que et bré­si­lien­ne en par­ti­cu­lier).

C’est peut-être sur le plan tech­ni­que que l’article de « Mac­Gre­gor » se trou­ve le plus dépas­sé, quoi­que de maniè­re très rela­ti­ve : ain­si le sup­port en plas­ti­que élec­tro­ni­que n’a pas été géné­ra­li­sé, étant pour le moment sup­plan­té par les tablet­tes ; ain­si, les cen­tres d’impression délo­ca­li­sés des jour­naux n’ont-ils pas vu le jour : la pres­sion éner­gé­ti­que n’étant sans dou­te pas enco­re assez convain­can­te et les camions conti­nuent à rou­ler à tout va ; sur­tout, le pro­ces­sus accé­lé­ré de la déma­té­ria­li­sa­tion par le numé­ri­que est en pas­se de fai­re sau­ter cet­te éta­pe et avec elle une par­tie impor­tan­te de l’économie du papier d’impression.

Pour le res­te, c’est-à-dire l’essentiel, on ne peut que consta­ter amè­re­ment – aux excep­tions près, cer­tes nota­bles mais mino­ri­tai­res – un affai­blis­se­ment du jour­na­lis­me actif – posi­ti­ve­ment cri­ti­que – au détri­ment d’une indus­trie du retrai­te­ment d’informations de secon­des mains (« experts », agents de com”, lob­byis­tes, et jusqu’aux réseaux sociaux !) On voit ain­si pros­pé­rer dans les médias de mas­se cet­te « infor­ma­tion blan­che  » que déplo­re Mac­Gre­gor, et qui s’autoalimente à l’intérieur d’un sys­tè­me clos. Une « infor­ma­tion » qui se nie, autant dire une dés­in­for­ma­tion à base de mimé­tis­me, voi­re de consan­gui­ni­té mena­çant l’espèce jour­na­lis­ti­que par excès de cli­chés, « mar­ron­niers », micro-trot­toirs, pipo­li­sa­tion, géné­ra­li­sa­tions, approxi­ma­tions, incul­tu­re, tics et fau­tes de lan­gue, non recou­pe­ments, non contex­tua­li­sa­tion… 

Le bon côté de ce tris­te constat, c’est, com­me se plai­sent à dire les mana­geurs, qu’il y a « des mar­ges de pro­gres­sion  ».

Lire l’article


L’Équipe à genoux devant le client Roi

« Jour­na­lis­me spor­tif » : un oxy­mo­re. C’est-à-dire l’alliance incon­grue de deux élé­ments aus­si oppo­sés que l’huile et l’eau. Sum­mum du gen­re atteint par L’Équipe qui, au len­de­main du mat­ch PSG-OM, n’a pas craint d’accommoder son lec­to­rat en ména­geant la chè­vre PSG et le chou OM (c’est une ima­ge, hein !). Et voi­là le tableau, selon l’édition, pari­sien­ne ou mar­seillai­se :

Imaginons L'Huma publiant une édition de droite…

Ima­gi­nons L’Huma publiant une édi­tion de droi­te…

Com­me le note Daniel Schnei­der­man (Arrêt sur ima­ges), les heb­dos aus­si « sont cou­tu­miers des cou­ver­tu­res régio­na­li­sées. « Le vrai pou­voir à Mont­pel­lier », « Stras­bourg demain », « les dix qui font Le Havre », « ceux qui comp­tent à Vier­zon »: en cou­ver­tu­re du Point ou de L’Express, ça en jet­te au lec­to­rat local, sup­po­sé flat­té que la pres­se pari­sien­ne, du haut de Sa Pari­sia­ni­tu­de, s’intéresse à lui. »

Le méri­te de L’Équipe, si on peut dire, c’est de met­tre car­ré­ment les pieds dans le plat de la déma­go­gie clien­té­lis­te ou, vul­gai­re­ment par­lant, du lécha­ge-de-cul.

On dira qu’après tout, ce n’est jamais là que l’application à la pres­se spor­ti­ve d’un bon prin­ci­pe de mar­chan­di­sa­ge : plai­re au client, qui est Roi.

Où l’on voit bien aus­si qu’il y a lieu de dis­tin­guer entre cri­se des médias et cri­se du jour­na­lis­me, et ne pas rédui­re la réflexion à l’opposition toi­le contre papier.

 

Post scrip­tum, dans la fou­lée et en ver­sion « cou­vrez ces épau­les que je ne sau­rais voir » :

Oscars: Une agence de presse iranienne recouvre les épaules de Michelle Obama

 


Olivier Voisin. Le photographe mort à la guerre

Photo AFP

Pho­to AFP

Oli­vier Voi­sin pho­to­gra­phiait la Syrie en guer­re. Il en est mort, à 38 ans, atteint par des éclats d’obus. Je viens de lire son der­nier cour­riel [ci-des­sous], adres­sé à une amie. Très beau et émou­vant témoi­gna­ge, par­ce que luci­de aus­si. Lui non plus n’était pas obli­gé d’y aller. Jus­te­ment, il y était. Pour­quoi ? Quel­le néces­si­té l’avait pous­sé là, au tris­te milieu de la folie humai­ne ? Le savait-il lui-même ? au delà d’un « des­tin », de la néces­si­té de croû­ter (à pas bien cher, quand on y pen­se, au prix de la peau du repor­ter), puis ren­du addict à l’adrénaline, cet­te dro­gue auto-pro­dui­te par un corps mena­cé de mort.

Dans la pres­se, le sta­tut d’indépendant – free lan­ce –, vue de l’extérieur, se paie de beau­coup d’illusions. On y est libre que selon la lan­gueur de la chaî­ne qui rat­ta­che au mar­ché de l’information, cyni­que­ment for­mu­lé par le slo­gan de Paris-Mat­ch : « le poids mots, le choc des pho­tos ». Une for­mu­le aujourd’hui rame­née au pas grand cho­se de cet­te infla­tion par laquel­le  la nou­vel­le s’est rédui­te au potin, l’information au tout-spec­ta­cle.

Un ami pho­to­gra­phe d’Olivier Voi­sin, Antoi­ne Vit­ki­ne, rap­pel­le cet­te réa­li­té, écri­vant à son pro­pos :

« Indé­pen­dant, il devait sans ces­se four­nir des pho­tos aux agen­ces pour pou­voir vivre de son métier. Cet­te pres­sion éco­no­mi­que le tenaillait. Il pre­nait des pho­tos magni­fi­ques, qui sou­vent n’intéressaient pas les agen­ces, pas assez «news» sans dou­te, et qu’il ne cher­chait guè­re à fai­re connaî­tre, hap­pé qu’il était par les conflits qu’il cou­vrait, pen­sant déjà à son pro­chain repor­ta­ge. »

Voi­ci donc le tex­te du cour­riel envoyé par Oli­vier Voi­sin à une amie ita­lien­ne, Mimo­sa Mar­ti­ni, la veille du jour où il a été bles­sé. Cel­le-ci l’a ren­du public sur Face­book. Com­me écrit de son côté Antoi­ne Vit­ki­ne, « ce tex­te doit être lu. Il est pas­sion­nant, bou­le­ver­sant, il lui res­sem­ble et il témoi­gne de l’horreur, de l’impasse du conflit syrien. Il racon­te aus­si ce qu’est la vie d’un pho­to­gra­phe de guer­re indé­pen­dant, et plus enco­re, il racon­te l’homme qu’était Oli­vier Voi­sin. »

 On peut voir cer­tai­nes de ses pho­tos sur son site web.

Syrie, 20 février 2013

Enfin j’ai réus­si par pas­ser! Après m’être fait refu­sé le pas­sa­ge à la fron­tiè­re par les auto­ri­tés tur­ques, il a fal­lu pas­ser la fron­tiè­re illé­ga­le­ment de nou­veau. Un pas­sa­ge pas très loin mais à tra­vers le no man’s land avec quel­ques mines à gau­che et droi­te et le paie­ment de 3 sol­dats. Me voi­là tout seul à pas­ser par le lit d’une riviè­re avec à peu prêt deux kilo­mè­tres à fai­re tout en se cachant pour ne pas se fai­re remar­quer par les mira­do­res. Putain, j’ai eu la trouille de me fai­re pin­cer et de fai­re le mau­vais pas. Et puis d’un coup le copain syrien qui m’attend et que je retrou­ve com­me une libé­ra­tion. Le sac et sur­tout les appa­reils pho­tos fai­saient à la fin 10000kg sur les épau­les.

La Voi­tu­re est là avec les mecs de la sec­tion de com­bat que je rejoins au nord de la vil­le de Hamah, deux heu­res de rou­te nous atten­dent et on arri­ve tous feux éteints pour ne pas se fai­re voir. Les mecs m’accueillent for­mi­da­ble­ment bien ! et sont impres­sion­nés par le pas­sa­ge tout seul de la fron­tiè­re plus tôt.

Les pre­miers tirs d’artillerie se font enten­dre au loin. J’apprends que les for­ces loya­lis­tes tien­nent plus de 25 km au nord de Hamah et que la ligne de front est repré­sen­tée plu­tôt par les démar­ca­tions entre ala­wi­tes et sun­ni­tes. Alors les for­ces d’Assad bom­bar­dent à l’aveugle et ils res­tent très puis­sants. Par chan­ce les avions n’attaquent plus tant le temps est pour­ri!

Les condi­tions de vie ici sont plus que pré­cai­res. C’est un peu dure. La bon­ne nou­vel­le, je pen­se que je vais per­dre un peu de ven­tre mais au retour je vais avoir besoin de 10 dou­ches pour rede­ve­nir un peu pré­sen­ta­ble!

Aujourd’hui je suis tom­bé sur des famil­les qui vien­nent de Hamah et qui ont per­dues leur mai­son. Ils vivent sous ter­re ou dans des grot­tes. Ils ont tout per­du. Du coup ça rela­ti­vi­se de sui­te les condi­tions de vie que j’ai au sein de cet­te com­pa­gnie.

Je fais les pho­tos et je suis même pas sûr que l’afp les pren­nent.

Il fait très froid la nuit. Heu­reu­se­ment que je me suis ache­té un col­lant de fem­me en Tur­quie du coup c’est pour moi un peu plus sup­por­ta­ble.

L’artillerie tire tou­tes les 20 minu­tes à peu prêt et le sol trem­ble sou­vent.

Le pro­blè­me j’ai la sen­sa­tion qu’ils tirent à l’aveugle et ont quand même des canons assez puis­sants pour cou­vrir une ving­tai­ne de kilo­mè­tres.

Il y a peu de com­bats directs. Les mecs ont besoin d’à peu prêt 20000 us $ pour tenir en muni­tions entre 2 à 4 heu­res de bas­ton. Du coup ils se bat­tent peu. Ils font rien du coup la jour­née. Je me deman­de com­ment ils peu­vent gagner cet­te guer­re. Ca confir­me ce que je sen­tais. La guer­re va durer très long­temps. Alors le chef du chef vient par­fois en rajou­ter une cou­che, appor­te un mou­ton pour man­ger, les mecs vont alors cou­per du bois dans la forêt aux alen­tours. Il appor­te aus­si des car­tou­ches entiè­res de ciga­ret­tes et le soir fait prier tout son mon­de ! Cer­tains sont très jeu­nes. Ils ont per­du déjà une ving­tai­nes de leurs cama­ra­des, d’autres sont bles­sés mais sont quand même pré­sents et je pen­se sur­tout à Abou Ziad, qui a per­du un oeil et c’est lui qui confec­tion­ne les roquet­tes mai­son pour les balan­cer durant les com­bats. Il est bra­ve et cou­ra­geux. Tou­jours devant, tou­jours le pre­mier à tout, pour aider, pour cou­per le bois, don­ner des ciga­ret­tes, se lever. Avec quel­ques mots d’arabes on essaie de se par­ler. Evi­dem­ment les dis­cus­sions tour­nent sou­vent sur la reli­gion mais eux ne se consi­dè­rent pas sala­fis­tes. Entre nous si c’était le cas je serais plus vivant. J’aime être avec lui. Quand les autres me deman­dent des trucs -évi­dem­ment avec le maté­riel appor­té- c’est tou­jours lui qui les « dis­pu­tent » et de me fou­tre la paix!

(Lire la sui­te…)


Trop forts, ces journalistes !

© faber

© faber

Les « épi­so­des nei­geux » se ramas­sent à la pel­le et les jour­na­lis­tes « de ter­rain » sont mobi­li­sés tels les agents de l’Équipement et leurs saleu­ses. Bra­vons les cli­chés com­me les intem­pé­ries, célé­brons les mar­ron­niers qui fleu­ris­sent sous les blancs man­teaux à l’immaculée blan­cheur, pour la joie des petits et des grands. Tan­dis que les micro-trot­toirs tur­bi­nent à plein régi­me, tenus par les peti­tes-mains gre­lot­tan­tes des sta­giai­res à l’avenir incer­tain com­me la météo. Et pleu­vent en flo­cons drus les for­tes décla­ra­tions des Mon­sieur et Mada­me Michu « qui n’avaient jamais vu ça »

Le 20 heu­res de diman­che soir sur Fran­ce 2 a ain­si tenu un bon quart d’heure, à l’égal de tout grand évé­ne­ment. Météo, Algé­rie, Mali, hié­rar­chie quand tu nous tiens. Il est à parier que les autres chaî­nes auront fait au moins aus­si bien. Et que les jour­naux n’auront pas été en res­te. Le plu­ra­lis­me des médias, c’est fon­da­men­tal.


Porno-misère, autre genre télévisuel

Com­me des mil­lions d’autres, je me bran­che cha­que soir ou pres­que sur le jour­nal télé, celui de Fran­ce 2. Ailleurs, ça doit être pareil, tou­tes chaî­nes confon­dues, dans un sys­tè­me com­mun où le spec­ta­cle domi­ne. Donc, on étend un regard voyeur sur la scè­ne mon­dia­le – enfin, de cet­te par­tie super­fi­ciel­le du mon­de relié au sys­tè­me tech­ni­que média­ti­que. Le réseau tis­se sa toi­le en éten­dant son empri­se à fina­li­té mar­chan­de ; c’est pour­quoi il n’y tra­vaille qu’en sur­fa­ce, ou à la crê­te des aspé­ri­tés, sur­tout pas en pro­fon­deur.

 

Donc, hier soir, com­me les autres soirs, « mon » JT pré­sen­tait « sa » séquen­ce « émo­tions ». Aujourd’hui, rayon pau­vre­té, voi­ci Fabien­ne, jeu­ne mère céli­ba­tai­re, cais­siè­re à 800 euros par mois, qui ne peut plus payer sa fac­tu­re d’électricité. Lar­mes le long de la joue.

– Salauds de riches !
– Cau­se tou­jours ! Des­sin de Faber ©

 

La veille, rayon « illet­tris­me », ces tra­vailleurs en fait qua­si anal­pha­bè­tes, se retrou­vant en appren­tis­sa­ge basi­que, avec des méca­ni­ques intel­lec­tuel­les grip­pées, appe­lant des efforts dou­lou­reux. Cet hom­me est mon­tré de près, la camé­ra scru­te, tra­vaille à la lou­pe, de son œil de rapa­ce. Le visa­ge se prê­te si bien à l’exploration, l’homme est un peu rus­tre, c’est un pro­lo « brut de décof­fra­ge » ; pour un peu on irait avec l’endoscope, fouiller jus­que dans ses tri­pes. Il résis­te, l’homme autop­sié par la camé­ra, il veut fai­re bon­ne figu­re, sou­rit, croit domi­ner le ric­tus. Il par­le de son fis­ton, qu’après il pour­ra même aider à ses devoirs. Et sou­dain écla­te en san­glots. Et la camé­ra qui insis­te, le pour­suit, le tra­que.

 

La Cri­se a ouvert tout grand le champ de la misè­re à ces ter­ro­ris­tes moder­nes, l’œil de rapa­ce rivé au viseur, mitraillant en silen­ce, ne lâchant pas la proie, qu’ils téta­ni­sent, qu’ils médu­sent par­fois d’un regard obs­cè­ne de cyclo­pe.

 

Tels sont ces por­no­gra­phes adep­tes du gros plan, mon­trant des nez, des yeux, des rides com­me on exhi­be des bites et des chat­tes.

 

Qui iso­lent la par­tie du tout afin d’en extrai­re la lar­me inti­me, la per­le lumi­neu­se du mon­de en déri­ve et en spec­ta­cle.

 

Qui nous trans­for­ment en voyeurs, culpa­bi­li­sés ou jouis­seurs secrets de nos pri­vi­lè­ges, com­pa­tis­sants jusqu’à la séquen­ce sui­van­te – une vedet­te, un spor­tif – qui fera aus­si­tôt oublier cel­le-ci.

 

Et avant-hier, enco­re, c’était cet ouvrier agri­co­le meur­tri par sept années en pri­son sous l’accusation men­son­gè­re de viol. Pleurs ren­trés.

 

Et ce soir, de quel­les lar­mes la fameu­se « séquen­ce émo­tions » nour­ri­ra-t-elle l’interminable feuille­ton de cet­te lita­nie télé/visuelle – vue à dis­tan­ce, de loin, hors contex­te, si peu poli­ti­que ?

 

Enfants-mar­tyrs, ou enfants-sol­dats ; Noël du « sdf » ; mamie sans famil­le à l’hospice… La réser­ve socia­le des dému­nis, des lais­sés pour comp­te est inépui­sa­ble. Elle peut même, au besoin, se gros­sir de la détres­se ani­ma­le. Atten­tion cepen­dant à bien en « gérer les riches­ses » télé/géniques. Cet­te éco­no­mie-là aus­si est déli­ca­te. Rien ne serait plus contre-pro­duc­tif qu’un abus dans ce domai­ne ; com­me dans tout autre – celui du luxe, par exem­ple, son pen­dant symé­tri­que. Ain­si, en fait-on des kilos, c’est le cas de le dire, avec un Depar­dieu pseu­do-exi­lé, visant à sous­trai­re au fisc du pays qui l’a fait roi – des riches et des cons – 1,4% de son immen­se for­tu­ne. Mina­ble, va ! Oui, mais il nous emmer­de, le mina­ble, du haut de sa Tour d’Argent com­me nous le mon­tre si bien Faber et son des­sin ci-contre.

 

L’essentiel étant, tout de même, que les injus­ti­ces res­tent assez sup­por­ta­bles pour qu’on sup­por­te l’Injustice.


Japon. L’apocalypse-bidon « vécue » en chambre par le « grand reporter » du Nouvel Obs

Grand repor­ter ou pas, « Albert-Lon­dres » ou non, Nou­vel-Obs ou Mon cul sur la com­mo­de : du pipeau ! Les faits :  le Nou­vel Obser­va­teur du 17 mars publie neuf pages de des­crip­tion apo­ca­lyp­ti­que et de témoi­gna­ges dou­lou­reux sur la catas­tro­phe japo­nai­se, signées du grand repor­ter Jean-Paul Mari. L’article a été entiè­re­ment écrit à Paris, à par­tir de témoi­gna­ges et de des­crip­tions parus ailleurs dans la pres­se sans qu’aucune sour­ce ne soit men­tion­née. C’est ce que révè­le l’hebdo Les Inrocks dans sa livrai­son du 29/3 sous le titre « Nou­vel Obs: 5 astu­ces pour écri­re un repor­ta­ge au Japon depuis Paris ».

 

 

Camil­le Pol­lo­ni décor­ti­que la manip” et pous­se même la confra­ter­ni­té jusqu’à cui­si­ner le bidon­neur. Jean-Paul Mari invo­que quel­ques expli­ca­tions « tech­ni­ques » (« C’est un pro­blè­me de temps, j’ai écrit dans l’urgence. Si j’avais une jour­née de plus pour le réécri­re, je met­trais la sour­ce de ces témoi­gna­ges. »), même pas des excu­ses (vaut mieux pas d’ailleurs), pour se plan­quer en fait der­riè­re un piteux para­vent : le Nou­vel Obser­va­teur n’a pas appo­sé la men­tion « envoyé spé­cial », il ne pré­tend donc pas que son jour­na­lis­te se trou­vait au Japon. De même est-il sti­pu­lé « récit » et non « repor­ta­ge ». Ouais… D’où vient alors cet art filou du « on s’y croi­rait » ? Du fait que rien n’est faux, tout étant pom­pé chez les « confrè­res » de Libé, du Pari­sien, du Guar­dian et autres sour­ces inter­né­tées.

 

Le tout est réus­si dans le gen­re, entre récit de fic­tion-véri­té et effets de plu­me limi­te cli­che­tons. Échan­tillon : « Le temps s’est arrê­té. Plus d’heure, plus d’avant, plus d’après. Pas enco­re l’apocalypse. Tout est sus­pen­du. Le ciel est froid, clair, enso­leillé. Dans la baie, les bateaux se balan­cent sur une mer d’hiver. Sur la côte, en face, un port de pêche, des toits bleus, des han­gars. Sur la rive pro­che, des mai­sons, des par­kings, des voi­tu­res, un poteau de signa­li­sa­tion, un nom, celui de la vil­le, moder­ne : Miya­ko. Et puis là, à quel­ques mètres du riva­ge, une ligne bour­sou­flée, com­me un bour­re­let, quel­que cho­se d’incompréhensible. On dirait un ser­pent géant, lourd, obs­cur, qui rou­le des écailles mons­trueu­ses. Une vague.

 

Allez donc voir direc­te­ment la cho­se sur le site des Inrocks, c’est une bel­le dénon­cia­tion de ce mal ram­pant qui imprè­gne le « jour­na­lis­me » moder­ne, consa­cre le jour­na­lis­te assis com­me le pro­to­ty­pe d’une fin d’un mon­de celui où la seule ligne pour un jour­na­lis­te [était] « la ligne de che­min de fer ». Paro­les fameu­ses dont Albert Lon­dres avait fait son cre­do – avec lequel, à l’occasion, il eut lui aus­si bien pris ses aises pour arran­ger les faits à sa conve­nan­ce…

 

Tiens, avec tou­tes ces pho­tos « HD », ces films en abon­dan­ce, si je m’offrais un Grand repor­ta­ge à Fuku­shi­ma même, avec sur­vol de la cen­tra­le à l’agonie, paro­les radieu­ses du pilo­te de mon héli­co­ptè­re, témoi­gna­ge « exclu­sif » d’un liqui­da­teur héroï­que, tran­che de vie des pêcheurs de Sen­daï, et cae­te­ra. J’ai déjà le titre : « J’ai sur­vé­cu à la fin du mon­de ». Est-ce là l’avenir rayon­nant du futur Nou­veau jour­na­lis­me ?


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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