On n'est pas des moutons

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Boues rouges dans les calanques de Marseille : Royal rejette la responsabilité sur Valls

Les monticules de boues rouges rejetées par l'usine d'alumine Alteo de Gardanne, qui recouvrent les fonds marins du Parc national des calanques (Bouches-du-Rhône), inquiètent les spécialistes, mais aussi les défenseurs de l’environnement.

boues-rouges-calanques-marseille

Les déchets liés à la fabrication de l'alumine sont rejetés en mer par un tuyau long de 50 km. Des millions de tonnes de "boues rouges" contenant métaux lourds, éléments radioactifs et arsenic sont accumulés au fond de la Méditerranée, dans le Parc national des Calanques. [Thalassa-F3]

La ministre de l'Environnement, Ségolène Royal, interrogée sur le rejet de ces déchets en mer, a imputé à son Premier ministre l'absence de lutte contre ce fléau : elle assure avoir voulu les interdire, mais que "Manuel Valls a décidé le contraire". "C'est inadmissible", assène la ministre devant la caméra de "Thalassa", diffusé vendredi 2 septembre sur France 3.

Un permis de polluer pour six ans

Le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a autorisé en décembre la société Alteo à poursuivre l’exploitation de ses usines sur le site de Gardanne et à rejeter en mer, pendant six ans, les effluents aqueux résultant de la production d’alumine. La décision avait pourtant été aussitôt dénoncée par Ségolène Royal, rappelle Le Monde.

La décision d'interdire ces déchets incombe au chef du gouvernement, affirme Ségolène Royal : "[Manuel Valls] a pris cette décision. Il a donné l'ordre au préfet, donc le préfet a donné l'autorisation. Je ne peux pas donner un contre-ordre", ajoute-t-elle.

[Source : Franceinfo, 30/8/16]



Marseille-Provence 2013. Fin de capitale

« Mar­seille - Capi­ta­le euro­péen­ne de la Cultu­re », c’est fini.  Elle s’est donc ache­vée ce 31 décem­bre par une super-pro­duc­tion pyro­tech­ni­que et audio-visuel­le. Un spec­ta­cle éblouis­sant, c’est le cas de le dire, par­ti­cu­liè­re­ment réus­si.

Ne gâtons pas ce plai­sir. Pour autant, s’agissant de ce gen­re de célé­bra­tions gran­dio­ses des­ti­nées à dyna­mi­ser une vil­le et une région tout au long d’une année, le bilan est évi­dem­ment miti­gé. En par­ti­cu­lier selon les points de vue, à par­tir des pôles extrê­mes : l’économique et le cultu­rel, deux domai­nes qui pei­nent à se croi­ser en har­mo­nie. Et, là enco­re, ce sont les gran­des struc­tu­res qui auront tiré leurs mar­rons du feu – enten­dez la gros­se part des som­mes dépen­sées.

Il est à cet égard symp­to­ma­ti­que que le satis­fe­cit relayé par La Pro­ven­ce de ce 1er jan­vier,  por­te sur­tout sur des don­nées chif­frées : nom­bres de visi­teurs enre­gis­trés ça et là, de spec­ta­cles pro­duits, de nui­tées d’hôtel ; pour­cen­ta­ges d’augmentation de ceci-cela… Un bilan-comp­ta­ble donc, tel qu’aiment en pré­sen­ter les patrons de la Cham­bre de com­mer­ce et d’industrie, des gros­ses entre­pri­ses, des gros­ses struc­tu­res de spec­ta­cles.

Bref, les gros sont contents d’avoir bien man­gé. Pour les autres, habi­tués aux miet­tes, espé­rons que l’ardoise de 2013 – et ses ral­lon­ges – ne les met­tra pas à la diè­te selon le vieux prin­ci­pe : pri­va­ti­sa­tion des pro­fits - socia­li­sa­tion des per­tes. En quoi l’année-vérité sera cel­le de 2014.

En atten­dant, voi­ci un petit flo­ri­lè­ge de la bel­le soi­rée fina­le.


Mar­seille-Pro­ven­ce 2013 - Spec­ta­cle final 31/12... par gerard-pon­thieu-9


Marseille. L’ « affaire Guetta » ou le trouble d’une gestion municipale

L’annulation à Mar­seille du concert de Guet­ta à 400 000 euros ne doit pas cacher le carac­tè­re plus que trou­ble de la ges­tion muni­ci­pa­le. C’est ce que rap­pel­le le com­mu­ni­qué sui­vant du Com­man­do Anti-23 juin exi­geant des expli­ca­tions sur les pra­ti­ques pour le moins anti-démo­cra­ti­ques des élus.

 

Nous avons fait réagir David Guet­ta : l’ampleur de notre mou­ve­ment a ame­né le DJ à annon­cer hier dans un com­mu­ni­qué qu’il annu­lait son concert au Parc Boré­ly … pour en tenir un autre non sub­ven­tion­né au Dôme.

Depuis plu­sieurs semai­nes, notre mobi­li­sa­tion excep­tion­nel­le a fait beau­coup par­ler d’elle dans les médias. Il y a quel­ques jours, vous avez contraint le mai­re à répon­dre à vos publi­ca­tions sur Face­book et Twit­ter en s’engageant à redis­cu­ter cet­te sub­ven­tion. Cet­te déci­sion de David Guet­ta est une pre­miè­re vic­toi­re, mais c’est une vic­toi­re amè­re.

(Lire la sui­te…)


Marseille. Pétition contre une subvention de 400 000 euros pour un concert de David Guetta

Les élus de Mar­seille ont accor­dé une sub­ven­tion de 400 000 euros pour un concert payant de David Guet­ta le 23 juin, à Mar­seille. Cet argent public va ali­men­ter les cais­ses d’un pro­duc­teur pri­vé. Avec des pla­ces entre 40 et 55 euros, les recet­tes du concert sont esti­mées à envi­ron 1 mil­lion d’euros. Cet­te sub­ven­tion est donc injus­ti­fia­ble, alors qu’il y a mieux à fai­re pour la cultu­re à Mar­seille !

Adres­sée au mai­re Jean-Clau­de Gau­din, une péti­tion contre cet­te folie a déjà recueilli plus de 35 000 signa­tu­res. A 50 000, un recours devant le conseil muni­ci­pal sera envi­sa­gea­ble pour fai­re annu­ler la déci­sion.

En plei­ne pério­de de cri­se, mobi­li­sons-nous pour que l’argent public ne soit pas gas­pillé ain­si !

Le 10 décem­bre 2012, il a été déci­dé en conseil muni­ci­pal de Mar­seille d’octroyer la som­me de 400 000 euros à la socié­té Adam Pro­duc­tions afin de pro­dui­re un concert de David Guet­ta et Mika le 23 juin au Parc Boré­ly (mis à dis­po­si­tion par la Vil­le de Mar­seille), dans le cadre de Mar­seille Pro­ven­ce 2013, Capi­ta­le euro­péen­ne de la Cultu­re.

Mal­gré cet­te sub­ven­tion publi­que, la billet­te­rie mise en pla­ce annon­ce des tarifs com­pris entre 44 et 59 euros.

Cet­te péti­tion ne contes­te pas la pro­gram­ma­tion mais le finan­ce­ment public qui n’est pas jus­ti­fié. Les contri­bua­bles devront donc finan­cer un concert qui ne sera même pas acces­si­ble au plus grand nom­bre!

1. Cet­te sub­ven­tion aurait pu béné­fi­cier à des asso­cia­tions ou à des artis­tes contri­buant réel­le­ment au rayon­ne­ment de Mar­seille et à Mar­seille 2013  et ayant réel­le­ment besoin de finan­ce­ments. David Guet­ta est l’un des artis­tes fran­çais les mieux payés...

2. Cet­te som­me est d’autant plus inac­cep­ta­ble qu’elle ne per­met même pas de pro­po­ser des pla­ces à un tarif abor­da­ble pour le grand public!

3. La vil­le s’est mon­trée sou­vent réti­cen­te face aux évè­ne­ments musi­caux en plein air (Mar­sa­tac, Buvet­te Dis­co...). Là, aucun pro­blè­me.

En plus des lar­ges­ses de la mai­rie, le lieu est mis à dis­po­si­tion gra­tui­te­ment pour Adam pro­duc­tion qui aura éga­le­ment l’entière recet­te des ven­tes de billets, des bois­sons et autres pro­duits ven­dus sur pla­ce. Une recet­te esti­mée à 1,1 mil­lion d’euros.

Il s’agit donc bien d’un cadeau de la Vil­le à une entre­pri­se pri­vée...

Pour que l’argent public finan­ce la cultu­re et les artis­tes locaux plu­tôt que les pro­duc­teurs inter­na­tio­naux, signez la péti­tion et dif­fu­sez-là autour de vous.


Samedi à Marseille, regards croisés sur Claude Lévi-Strauss : conférences, débats, films

Clau­de Lévi-Strauss est mort le 30 octo­bre 2009. Un an après, les Archi­ves dépar­te­men­ta­les des Bou­ches-du-Rhô­ne à Mar­seille et la Mai­son médi­ter­ra­néen­ne des scien­ces de l’homme (MMSH) à Aix-en-Pro­ven­ce ren­dent hom­ma­ge, ce same­di, à l’anthropologue-écrivain en invi­tant le public à che­mi­ner tout un après-midi dans sa vie et son oeu­vre. En com­pa­gnie d’éminents cher­cheurs… et de Lévi-Strauss lui-même, à tra­vers des extraits de films.

« Ce que je consta­te, ce sont les rava­ges actuels ; c’est la dis­pa­ri­tion effrayan­te des espè­ces vivan­tes, qu’elles soient végé­ta­les ou ani­ma­les ; et le fait que, de par sa den­si­té actuel­le, l’espèce humai­ne vit sous une sor­te de régi­me d’empoisonnement inter­ne » décla­rait Clau­de Lévi-Strauss sur Anten­ne 2, en février 2005. Au cré­pus­cu­le de sa vie, ce constat inquiet était deve­nu une han­ti­se. À lui seul – mais il y a enco­re bien d’autres rai­sons – il jus­ti­fie que les Ren­con­tres d’Averroès, axées en 2010 sur les ques­tions d’environnement, s’associent aux Archi­ves dépar­te­men­ta­les pour cet hom­ma­ge à Lévi-Strauss.

« À vrai dire, il ne s’agit pas exac­te­ment d’un hom­ma­ge, pré­ci­se l’ethnologue Chris­tian Brom­ber­ger, qui a assu­ré la coor­di­na­tion scien­ti­fi­que de l’événement. Car le mot a une conno­ta­tion hagio­gra­phi­que qu’il aurait détes­té ! Bien enten­du, seront évo­qués sa per­son­na­li­té et son oeu­vre. Mais je par­le­rais plu­tôt de regards croi­sés. »

Le pre­mier de ces regards sera d’ailleurs celui de Lévi-Strauss lui-même. Chris­tian Brom­ber­ger a en effet choi­si dans les archi­ves de l’INA des extraits d’entretiens qui per­met­tront de voir et d’entendre le cher­cheur dis­pa­ru. Ces docu­ments vien­dront ryth­mer la mani­fes­ta­tion et paral­lè­le­ment, nour­rir les pro­pos des cinq inter­ve­nants char­gés d’éclairer dif­fé­rents aspects de son iti­né­rai­re intel­lec­tuel.

Lévi-Strauss en 2005 [ph. Wiki­pe­dia

. »] »]

…et en 1938 au bord du rio Macha­do, au Bré­sil [archi­ves CLS

Le cri­ti­que d’art Alain Pai­re ouvri­ra le ban en sou­li­gnant l’importance d’André Bre­ton dans ce par­cours. L’anthropologue et le « pape du sur­réa­lis­me » se sont liés pen­dant la guer­re, alors qu’ils fuyaient le nazis­me, à bord du bateau qui les ame­nait de Mar­seille à New York. Rela­tion essen­tiel­le puis­que c’est véri­ta­ble­ment au contact de Bre­ton que Lévi-Strauss s’est pris de pas­sion pour les arts pri­mi­tifs [bien qu’il en eût déjà obser­vé cer­tai­nes for­mes, notam­ment au cours de ses célè­bres expé­di­tions au Bré­sil].

De son côté, l’anthropologue Emma­nuel Ter­ray par­le­ra du rôle-clé que Lévi-Strauss accor­de, dans sa vision du mon­de, à la notion de diver­si­té. « Pour Lévi-Strauss, com­men­te Chris­tian Brom­ber­ger, il y a une équi­va­len­ce entre diver­si­té natu­rel­le et diver­si­té cultu­rel­le. Il est très atta­ché à l’une com­me à l’autre, sans pour autant don­ner dans l’angélisme. Il dit par exem­ple que la diver­si­té des grou­pes sociaux se paie « par un mini­mum d’hostilité », ajou­tant qu’il s’agit là du « fonc­tion­ne­ment nor­mal des dif­fé­ren­ces ». Mais ce qui l’inquiète davan­ta­ge, c’est pré­ci­sé­ment le contrai­re : l’uniformisation mor­ti­fè­re qui guet­te désor­mais la natu­re et les hom­mes. En cela, sa pen­sée fait écho aux pré­oc­cu­pa­tions éco­lo­gis­tes les plus actuel­les. »

La troi­siè­me éta­pe de ce par­cours concer­ne­ra – c’était incon­tour­na­ble – le struc­tu­ra­lis­me. « Il pen­sait que sous le fouillis appa­rent de la vie, résu­me Chris­tian Brom­ber­ger, il y avait, sous-jacen­tes, des constan­tes com­mu­nes à tou­tes les socié­tés humai­nes, des struc­tu­res qu’il appar­tient au cher­cheur de déga­ger, y com­pris à tra­vers les varia­tions d’une cultu­re à l’autre. » On sait que Lévi-Strauss s’est vrai­ment fait le chan­tre de cet­te thè­se contes­tée dès les années 60 par un phi­lo­so­phe com­me Paul RicoeurCet­te contro­ver­se res­te un débat très contem­po­rain qui, ce same­di, sera abor­dé par le direc­teur de la revue Esprit, Oli­vier Mon­gin.

Dio­ni­gi Albe­ra, le direc­teur de l’Institut d’ethnologie médi­ter­ra­néen­ne et com­pa­ra­ti­ve, enchaî­ne­ra ensui­te sur le dif­fi­ci­le rap­port de Lévi-Strauss à l’Islam. « Il se mon­tre effec­ti­ve­ment assez cri­ti­que » dit Chris­tian Brom­ber­ger, « le repro­che majeur qu’il fait à l’Islam, c’est d’avoir conçu et expor­té la notion de dji­had, qui a ins­pi­ré en retour l’idée de croi­sa­de. »

Il appar­tien­dra au poè­te Michel Deguy, auteur de l’article « Anthro­po­lo­gie et poé­sie » dans la revue Cri­ti­que, de conclu­re cet­te jour­née en évo­quant les ana­ly­ses de la poé­sie qu’a menées Lévi-Strauss et le maria­ge excep­tion­nel, dans ses ouvra­ges, entre anthro­po­lo­gie et lit­té­ra­tu­re dont « Tris­tes tro­pi­ques » res­te l’exemple le plus fameux.

Un débat avec la sal­le est pré­vu. L’hommage se ter­mi­ne avec la pro­jec­tion du film docu­men­tai­re « Clau­de Lévi-Strauss par lui-même » de Pier­re-André Bou­tang [Fran­ce, 2008, 1h33].

[D’après le docu­ment de pré­sen­ta­tion]

Archi­ves et Biblio­thè­que dépar­te­men­ta­les Gas­ton-Def­fer­re, de 15h à 20h30.

18-20, rue Mirès – 13003 Mar­seille.

Entrée libre, réser­va­tion conseillée au 04 91 08 61 00.


Manif. « Ils » vont encore nous faire marcher longtemps ?

Mar­seille, sixiè­me édi­tion. Scé­na­rio inchan­gé : mêmes lieux, mêmes acteurs et même dra­ma­tur­gie. Sauf quel­ques inno­va­tions poin­tées ça et là.

Par exem­ple, le très remar­qué cha­riot à bar­beuk, mon­té sur rou­let­tes pour des mer­guez à la poin­te du com­bat. Le modè­le sem­ble sor­ti des ate­liers d’Eurocopter; enco­re six manif et les sau­cis­ses seront ser­vies par héli­cos.

Tan­dis que d’aucun était par­ti pour pla­ner un peu. On peut tou­jours rêver.

Le pro­grès, je vous dis… Ce qui sem­ble lais­ser scep­ti­que Mimi­le, ex-métal­lo et authen­ti­que retrai­té. Pour l’occasion, il a pas­sé sa salo­pet­te tou­te pro­pre, même pas usée.

Ou que d’aucune revi­si­tait Dela­croix en sa Liber­té gui­dant le peu­ple (et en chan­tant)…

…mais avait-il bien enten­du, le peu­ple ? Car le voi­là qui but­te contre des bar­ri­ca­des d’ordures…

…et des mon­ceaux d’arrogance.

Ce qui lais­sait de mar­bre (et de bron­ze) un cer­tain Vitour Gelu. Cent cin­quan­te ans avant, le « poè­te du peu­ple mar­seillais » avait tout bien poè­te­ment résu­mé : « À périr tout entier, que ser­vi­rait-il de naî­tre ? »

Pho­tos gp


« Parade de l’OM » à Marseille. La seconde mort de Zarafa, brûlée « vive » en martyr de la bêtise

Samedi après-midi sur la Canebière. 3000 livres en feu.

Le 22 janvier, ici même, je plaçais quatre photos sous le titre « La môme aux grandes cannes sur la Cane-Canebière ». La magnifique girafe aura tenu quatre mois sur l’artère principale et emblématique de Marseille, avant de succomber sous les coups de boutoir de la connerie humaine. Zarafa a été incendiée samedi par les hordes barbares censées fêter le sacre de l’OM dans le rituel footeux. Voyez la vidéo fournie par La Provence. Les images en montrent un peu plus que le reportage du même journal, dont j’extrais ceci :

18h31. Les pseudo-supporters mettent le feu à une girafe

Installée près de la mairie du 1/7, en haut de La Canebière, une fausse girafe vient d'être enflammée par les pseudo-supporters qui affrontent actuellement les forces de l'ordre, en marge de la parade de l'OM. Elle ne devrait pas résister longtemps à ce mauvais traitement...

Dali, Girafe en feu (extrait), 1935. Bâle, Musée des Beaux-Arts

Deux remarques. La vidéo apparaît à la fois affligeante par son contenu, le geste stupide – c’est peu dire – qu’elle illustre ; en même temps qu'elle affiche une blessante beauté, comme il en est trop souvent des drames (ici, il n’y a pas mort d’homme, mais une insulte à l’intelligence humaine). Voir cette girafe en feu ressemble à un acte surréaliste dépassant le fétichisme de l’objet et de sa représentation. Ce spectacle, car c’en est un, ne manque pas d’évoquer la girafe en feu peinte par Salvador Dali.

Sur le fond et l’absurdité du geste incendiaire, on peut aussi évoquer les pratiques d’autodafé remontant aux multiples inquisitions et en particulier sous le nazisme. Car la girafe de Marseille était constituée de milliers de livres assemblés autour d’une ossature. Des livres de poche, sans doute choisis bien attentivement, tant par les couleurs des couvertures que par les titres mêmes retenus par le sculpteur, Jean-Michel Rubio. On peut aussi penser à l’ouvrage de Ray Bradbury, Fareinheit 451, que Truffaut avait porté à l’écran (1966). Quand on brûle des livres, c’est à l’humanité tout entière qu’on attente, et c’est le signe que la barbarie est déjà en marche. N’allons pas jusqu’à là pour ce qui est du « supplice »marseillais infligé à Zarafa. Entre l’imbécillité du geste, son irresponsabilité et l’intention malfaisante, on ne saurait trop jurer que quoi que ce soit – ou alors des trois….

Zarafa peu après son inauguration [Ph. J-M Rubio

Rappelons que cette girafe avait été installée là, du haut de ses six mètres, la tête dans les branches d’un platane, à l’occasion des « bouquinades », une fête de quartier dédiée au livre. La girafe n’avait pas été élue au hasard, ce que la presse locale ne nous avait pas appris, notamment La Provence. Laquelle n’y a vu qu’un bestiau quelconque tout juste bon à faire exotique.

C’est donc par France Culture et sa Fabrique de l’histoire que j’apprenais quelques semaines plus tard l’aventure de Zarafa, la  « Première girafe de France  » offerte en 1825 au roi de France, Charles X, par le pacha d’Égypte. Lequel avait fait capturer deux girafes au Nord-Soudan. On leur fit descendre le Nil. À Alexandrie, il fut décidé, pour ne pas faire de jaloux, d’en offrir une à chacune des deux principales puissances coloniales en Afrique : l’Angleterre et la France.

 

Quelques bribes de livres accrochées à l'ossature métallique [Ph. Odile Chenevez

La girafe française embarqua pour Marseille, où elle parvint à l’automne de 1826. Elle fut alors prise en charge par Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, naturaliste savant du Jardin des Plantes, qui eut la mission de la ramener, au pas, dans ce sanctuaire parisien de la Science. Son voyage eut un retentissement considérable à l’époque : elle était attendue partout par des foules immenses.

La girafe anglaise, quant à elle, hiverna à Malte, supporta mal le voyage par Gibraltar et l’océan, et mourut à Londres dans les bras du roi George.

Quant à la Zarafa française et à son voyage en France, le délire collectif fut atteint à Lyon où cent mille badauds acclamèrent l’étrange vedette sur la place Bellecour. Charles X, à qui elle était personnellement offerte, se plaignit d’être pour ainsi dire le dernier des Français à la voir. C’était la première girafe à visiter l’Europe du Nord. Elle vécut tranquillement dix-sept années à Paris, mourut, fut naturalisée, et se fit oublier, pour ressurgir de temps à autres, sous forme de légendes souvent invraisemblables. Elle est maintenant au Muséum de La Rochelle.

Il reste l'indignation… et les mots (Ph. Odile Chenevez

Ce qui a donc été incendié samedi dans la gloire de l’Olympique de Marseille,ce n’est donc pas « une » girafe comme l’a vue La Provence, mais une partie de l’histoire de la cité phocéenne, une partie de l’Histoire humaine tout court. Cette épisode peu glorieux porte aussi sa dimension historique, hélas !

Les optimistes auront-ils raison ? [Ph. Odile Chenevez


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

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