On n'est pas des moutons

Mot-clé: néolibéralisme

La fin du Monde c’est aussi la fin d’un monde et d’une information plutôt indépendante

Je lis Le Monde depuis que j’ai voulu faire jour­na­liste, dès l’année où j’ai pré­paré le concours à l’École de jour­na­lisme de Lille. Je ne vous dis pas le nombre de lustres, ni le nombre de numé­ros parus depuis. Fau­drait être rude­ment con pour m’apercevoir aujourd’hui de mon erreur… Le Monde reste à mes yeux un bon canard. Le prin­ci­pal du bou­lot étant, il est vrai, celui que je pro­duis à sa lec­ture cri­tique, comme en toutes choses – autant que pos­sible. « Ils » devraient me payer pour ça, et notam­ment pour les « pan­toufles » que j’ai pu leur infli­ger sur ce blog il y a quelques années, dénon­çant leurs tra­vers occa­sion­nels – pas si rares à vrai dire. Je ne revien­drai pas non plus ici sur mes déboires avec leur suc­cur­sale élec­tro­nique qui héber­geait « C’est pour dire », un peu comme la corde sou­tient le pendu… Vive l’indépendance, ô com­bien !

Ne manque plus que la cas­quette Ricard. Ph. gp

Mon pro­pos du jour concerne l’avenir de ce jour­nal dit « de réfé­rence » (en réfé­rence à lui-même, certes) et, par­tant, de ce que j’en per­çois. Car il se trouve que ce jour-même donc, ma char­mante fac­trice au nom d’Aurore m’apporte sa livrai­son mati­nale, plus char­gée que d’ordinaire : tout un assor­ti­ment, un peu à la manière dont jadis les ven­deurs du Tour de France recy­claient à tour de bras les inven­dus de la presse : « Je ne vous en mets pas trois, pas sept, mais dix ainsi qu’un onzième ! ». Le tout pour trois fois rien et, en prime, la cas­quette de l’Équipe ou de chez Ricard. Voilà que me tom­baient des­sus, dans la même bras­sée : Le Monde et son Monde des Livres, mais aussi Le Monde Maga­zine, mais encore cette hor­reur de « M », comme sor­tie de la morgue. A quoi j’ajoute, livrés par une autre malle pos­tale : Télé­rama, Cour­rier inter­na­tio­nal, Le Men­suel, puis la pub pour « les grands clas­siques de la lit­té­ra­ture liber­tine »… N’en jetez plus!

Et ma cas­quette, alors ? La voilà, disons, four­nie par le directeur-cycliste de la gazette en débine finan­cière. Quand on titre un édito « A nos lec­teurs », ce n’est pas bon signe. Ça sent son pré­sident de la Répu­blique sor­tant son « allo­cu­tion télé­vi­sée », sa Mar­seillaise et son ser­rage de cein­ture repeint en « soli­da­rité nationale ».

Et qu’annonce donc le PDG Fot­to­rino à la une et à la vingt de sa feuille quo­ti­dienne? Que celle-ci va perdre son indé­pen­dance. Rien de moins. Aussi ne l’apprend-on pas en pre­mière page, où l’article se trouve, comme par hasard, coupé après ce passage :

« Les efforts de notre col­lec­ti­vité n’ont pas été vains. Mais ils doivent se pour­suivre à des fins de bonne ges­tion. L’indépendance d’un groupe de presse est aussi fonc­tion de ses résul­tats : c’est en gagnant de l’argent — pour le réin­ves­tir dans son coeur d’activité — que Le Monde garan­tira sa véri­table indépendance. »

C’est beau comme du Sarko dans le texte. Aussi faut-il s’attendre au pire. Allons-y, page 20, tout en pas de page, fin de colonne, sous le tapis :

« Quel est l’enjeu de cette reca­pi­ta­li­sa­tion ? A l’évidence, une page de l’histoire du quo­ti­dien va se tour­ner. Depuis 1951, l’indépendance du jour­nal a pro­cédé du contrôle de sa gérance et de sa ligne édi­to­riale par la rédac­tion. Demain, quel que soit le can­di­dat dési­gné, la Société des rédac­teurs du Monde et, plus lar­ge­ment, les socié­tés de per­son­nels per­dront ce contrôle majo­ri­taire au pro­fit du nou­vel entrant. Pareil bou­le­ver­se­ment ne peut se déci­der à la légère. C’est pour­quoi plu­sieurs cri­tères devront entrer en ligne de compte pour éclai­rer le choix. »

Le reste relève du bla­bla de pédégé, nor­mal, tenu de ras­su­rer ses troupes au len­de­main d’un Water­loo jour­na­lis­tique. Car il s’agit bien d’une défaite de plus dans l’océan de l’information emporté par le tsu­nami du tout mar­chan­disé néo­li­bé­ral. A cet égard, les diri­geants, action­naires, jour­na­listes du Monde ne sont vic­times que ce au devant de quoi ils ont couru ! Cela date, en par­ti­cu­lier, de la fin du « beuve-mérysme » – cette aus­té­rité morale, finan­cière, pro­tes­tante pour tout dire du patron his­to­rique, Hubert Beuve-Méy –, elle-même datée par le démé­na­ge­ment du siège tout aussi his­to­rique, rue des Ita­liens à Paris. Cet acte phy­sique et sym­bo­lique a ainsi mar­qué le début d’une ère disons ges­tion­naire, sinon affai­riste, culmi­nant dans les années 90 avec le trio Colom­bani, Ple­nel et Minc et leur fameux « péri­mètre indus­triel », pour qui le modèle idéal était le New York Times. Une telle ambi­tion ne pou­vait alors habi­ter que dans des immeubles en rap­port – mais non de rap­port… – expri­mant un goût de luxe fri­sant l’ostentation. Ce fut donc la course en avant où, sous pré­texte d’investissements, se mit en place une logique de ren­ta­bi­lité et de vente, au mépris de la ligne édi­to­riale et de règles déontologiques.

Voilà pour­quoi, en allant vite évi­dem­ment, comme tout abonné, je dois aujourd’hui me taper une tonne de « pro­duits déri­vés » et chers (1,40 euro le numéro, 32 euros par mois, 368 par an !) pour épon­ger la méga­lo­ma­nie des citi­zens Colom­bani et autres ; voilà pour­quoi je dois me far­cir (enfin, dans la che­mi­née) de ces dis­pen­dieux sup­plé­ments au luxe outra­geant (montres, bijoux, par­fums, frime bling-bling) ; et pour­quoi Télé­rama, vache à lait du groupe, s’est trouvé gagé pour per­mettre au Monde de contrac­ter un prêt ban­caire de 25 mil­lions d’euros auprès de la BNP, laquelle exi­geant en contre­par­tie la fameuse reca­pi­ta­li­sa­tion !

Alors, qu’on ne nous parle plus d’indépendance ! Celle ne serait de toutes façons, au delà de ses moi­rages de ver­nis, ni d’abord éco­no­mique, ni éco­lo­gique (voir le gâchis de papier de luxe pour pro­duits de luxe et de merde), ni sur­tout éthique. Autre­ment dit aucu­ne­ment journalistique.

D’où la poi­lade qui me secoue devant ces lignes de Fot­to­rino : « […] obte­nir la garan­tie que le nou­vel action­naire n’interviendra ni de près ni de loin dans les conte­nus de nos titres, dans une période où l’échéance pré­si­den­tielle de 2012 occupe déjà les esprits. La valeur de nos conte­nus, leur cré­di­bi­lité, est direc­te­ment fonc­tion de la liberté lais­sée aux rédac­tions pour tra­vailler, en dehors de tout soup­çon d’influence. » [Le Monde, 4/6/10]. Amen.


Retraites. La grande entourloupe des financiers qui disent nous gouverner

La casse annon­cée, et pro­gram­mée, du sys­tème des retraites masque l’urgent désir des tenants de l’économie finan­cière néo­li­bé­rale d’éviter un fiasco : celui de voir s’échapper les très juteux pro­fits conte­nus dans une réforme « bien com­prise ». D’où l’empressement bruyam­ment mani­festé ces der­niers jours, sur la ques­tion, par tout le ban et l’arrière-ban gou­ver­ne­men­tal et Umpiste. L’article ci-dessous, en révé­lant un « oubli » dans un cer­tain cal­cul – au double sens du mot – démonte bien la manœuvre et ses « nobles » inten­tions. La manif de ce jeudi n’en prend que plus de sens encore.

Dans son article « Finan­ce­ment des retraites : l’enjeu des coti­sa­tions patro­nales », Ber­nard Friot, pro­fes­seur d’économie et socio­lo­gie à l’université de Paris Ouest Nan­terre, écri­vait : « On oublie tou­jours, quand on rai­sonne sur l’avenir des retraites, que le PIB pro­gresse d’environ 1,6 % par an, en volume, et donc qu’il double, à mon­naie constante, en 40 ans. C’est pour­quoi nous avons pu mul­ti­plier par 4,5 les dépenses de pen­sion depuis 1960 ».

Pour­quoi une infor­ma­tion aussi déter­mi­nante est-elle cen­su­rée ? Parce que tout sim­ple­ment un petit cal­cul facile, mon­tre­rait que ceux qui nous gou­vernent, nous prennent pour des demeurés.

En effet : si aujourd’hui 10 actifs pro­duisent un gâteau de 100 et qu’ils ont à charge 4 retrai­tés. C’est 14 per­sonnes qui se par­tagent un gâteau de 100. Ainsi la part de chaque per­sonne est de (100 : 14) soit 7,14. Si dans qua­rante ans, 10 actifs pro­duisent un gâteau de 200 et qu’ils ont à charge 8 retrai­tés. Ce seront 18 per­sonnes qui se par­ta­ge­ront un gâteau de 200. Ainsi la part de chaque per­sonne sera de (200 : 18) soit 11,1.

C’est lim­pide ! Il sera donc pos­sible de finan­cer des retraites au même niveau qu’avant leurs réformes à remon­ter le temps. De plus, la part de gâteau res­tante pour l’investissement et l’élévation du niveau de vie sera bien plus impor­tante en 2040 (en mon­naie constante).

Alors, où est donc le pro­blème ? Pour­quoi cet achar­ne­ment à détruire un sys­tème qui fonc­tionne bien ? Parce que le sys­tème social fran­çais, mis en place par le Conseil natio­nal de la résis­tance (CNR) en 1945, met en rage les hommes d’affaires et les finan­ciers pour des rai­sons évi­dentes  Par exemple, il leur est impos­sible de réa­li­ser des plus values « bour­sières » sur 40% de notre part sala­riale (les fameuses coti­sa­tions sociales patro­nales) qui payent notre retraite et notre santé, en toute dignité et res­pon­sa­bi­lité. N’oublions pas que ces coti­sa­tions sociales repré­sentent notre salaire dif­féré qui est le fruit de notre tra­vail. Il ne s’agit ni d’assistanat ni de cha­rité patro­nale comme le laisse entendre une mau­vaise propagande.

Et c’est bien là que se situe tout l’enjeu de leurs réformes : les classes diri­geantes rêvent de faire main basse sur notre salaire dif­féré. Pour s’emparer de cette « galette », leur stra­té­gie consiste à réduire nos droits pour nous contraindre, de plus en plus, à finan­cer notre santé et notre retraite par des assu­rances pri­vées. Ils ont d’ailleurs déjà com­mencé : les réduc­tions de coti­sa­tions patro­nales se mul­ti­plient depuis 2002 et atteignent déjà près de 30 mil­liards chaque année. Com­bien de ces 30 mil­liards sont allés aux inves­tis­se­ments pro­duc­tifs ? Com­bien d’emplois créés ? Quelle effi­ca­cité au regard des sommes englou­ties ? Quelle éva­lua­tion ? De plus, le fait que notre sys­tème fonc­tionne bien sans aller faire un tour sur les tapis verts des casi­nos bour­siers met en évi­dence l’inutilité et le rôle pré­da­teur des acteurs de la sphère financière.

»> A consul­ter : le site d’Attac «  retraites-2010.fr : Réus­sis­sons vrai­ment une réforme juste ».



Sarkozy veut dissoudre le déficit dans la Constitution. Avant de dissoudre le peuple ?

Chan­ger la Consti­tu­tion pour en finir avec les défi­cits ? Pour­quoi pas, plu­tôt, brû­ler quelques mon­ceaux de cierges à Lourdes ? Enfin, quel aveu pué­ril que celui de ce désor­mais infra-président qui vou­drait gra­ver dans le marbre le nou­vel inter­dit, un de plus, concer­nant les défi­cits bud­gé­taires ! Ce sera sans doute aussi effi­cace que le fameux « droit au loge­ment » ins­crit dans le Grand Livre par son illustre pré­dé­ces­seur et, comme lui, roi des faux-culs politiques.

Y a-t-il moins de mal logés, ou de pas logés du tout parce qu’on aura voulu croire à l’effet magique des mots à bon mar­ché ? Et puis, en l’occurrence, le défi­cit n’est pas le can­cer qu’ « on » se com­plaît à nous décrire. J’entendais ce matin dans le poste (France Inter), un jour­na­leux libé­ra­liste invo­quer le nou­veau credo de la Vertu res­sus­ci­tée par com­pa­rai­son avec un ménage qui vivrait au-dessus de ses moyens… Sauf qu’un État ne se réduit pas aux acquêts ména­gers… et que, comme lui a rétor­qué Susan George, d’Attac, il s’agit de mettre en face les recettes. Là où un par­ti­cu­lier – sauf s’il est très par­ti­cu­lier, du genre spé­cu­la­teur ou ban­dit de grand che­min capi­ta­liste – ne peut comp­ter que sur des res­sources fixes – salaire ou pen­sion de retraite, par exemple –, un État peut, sinon doit, faire remon­ter les recettes des res­sources propres à une col­lec­ti­vité. Laquelle com­prend aussi les « forces vives », et pas seule­ment les sala­riés, mais aussi les entre­prises et notam­ment les banques. C’est bien la fonc­tion de l’impôt,  – tel­le­ment décrié, pour ser­vir le libé­ra­lisme et les dogmes du dieu-marché –, que de mettre les res­sources dans le pot com­mun de la nation afin de les répar­tir dans la construc­tion du Bien com­mun et cela, en prin­cipe, dans un souci d’équité.

Il ne manque pas de culot, l’autre infra-président, de prô­ner la Vertu, lui qui n’a eu de cesse de réduire l’impôt, sur­tout en faveur des riches, et ce fai­sant d’aggraver les­dits défi­cits. D’où sa mesure (logique dans son genre) pré­sen­tée le jour même où il fai­sait une fois de plus jaillir son génie poli­tique : sup­pri­mer 100.000 emplois dans la fonc­tion publique, afin de « réduire les dépenses de l’État », et donc le fameux déficit !

Cent mille emplois sup­pri­més, c’est 100.000 chô­meurs de plus, 100.000 foyers plon­gés dans encore plus de dif­fi­cul­tés, sinon dans la détresse. C’est assu­ré­ment plus de déses­poir, de délin­quance et d’insécurité. C’est moins d’écoles et plus de pri­sons. Moins de pas­se­relles et plus de bar­be­lés. Moins de soli­da­rité et plus de com­pé­ti­tion. Moins de vivre ensemble et plus de ghet­tos. Il est aussi vrai, en logique comp­table, que 100.000 chô­meurs coûtent 50% de moins qu’autant de sala­riés et futurs retrai­tés… Ça fait aussi moins de consom­ma­teurs, moins de contri­buables, moins de pro­duc­tion et moins de bien com­mun… On appelle ça la spi­rale de la réces­sion. Ou de la décadence.

Ainsi veut-il chan­ger la Consti­tu­tion… Pfff ! Quelle peti­tesse ! Une seule Réforme serait à mettre en œuvre. Il y pense chaque jour en se rasant, mais osera-t-il donc l’assumer ? : dis­soudre le peuple et en élire un autre. Ce que Brecht en son temps conseillait aux gou­ver­nants. Un autre auteur, dans son registre, aurait conseillé de décré­ter l’extinction du pau­pé­risme chaque soir à l’heure du JTA se deman­der à quoi bon tous ces conseillers élyséens.


Grenelle 2 libéralise en douce les rejets radioactifs

Du nou­veau et du pas bien propre dans les affaires nucléaires. Selon Libé­ra­tion [10/5/10], un amen­de­ment bien per­fide s’est glissé en lou­cedé dans la loi Gre­nelle 2. Lequel amen­de­ment sup­prime car­ré­ment la pro­cé­dure d’enquête publique pour toutes les demandes d’augmentation des rejets radio­ac­tifs et chi­miques et des pré­lè­ve­ments d’eau des ins­tal­la­tions nucléaires.

Manif « Sor­tir du nucléaire », le 4 mai 2010 près de l’Assemblée nationale.

Le plus comique, si on ose dire, c’est le côté faux-cul de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui pro­meut ce « pro­grès » comme un  « dis­po­si­tif sup­plé­men­taire de mise à dis­po­si­tion de l’information au public ». Bah tiens ! Cela signi­fie en fait que toute ins­tal­la­tion nucléaire pourra aug­men­ter ses rejets sans embar­ras­ser d’une auto­ri­sa­tion préa­lable liée à une lourde et insup­por­table enquête publique. On appelle ça la déré­gle­men­ta­tion, la même qui conduit les poli­tiques néo­li­bé­rales consti­tuant le dogme domi­nant – et domi­na­teur, puisqu’il conta­mine même les conta­mi­nantes usines nucléaires. La seule obli­ga­tion sera de « mettre  l’information à dis­po­si­tion du public », et celui-ci pourra s’estimer heu­reux de se savoir « informé » et de devoir la fermer !

Pour le Réseau Sor­tir du nucléaire, cela consti­tue «un blanc-seing donné à l’industrie nucléaire pour accroître dis­crè­te­ment les atteintes à l’environnement et aux êtres vivants, la pol­lu­tion des milieux natu­rels et la mise en péril de la bio­di­ver­sité des milieux aquatiques».

Et pour­quoi une telle manœuvre ? Parce que les cen­trales vieillissent ; parce que les aléas cli­ma­tiques – par exemple l’été cani­cu­laire de 2003 qui avait réduit le débit des fleuves et aug­menté leur réchauf­fe­ment en aval des réac­teurs ; parce que les normes sont trop contrai­gnantes, c’est-à-dire trop chères aussi à res­pec­ter. Bref : parce que la ren-ta-bi-li-té.


Henri Guaino en son credo post-néo libéral : « Gouverner, c’est non pas prévoir mais agir »…

Par quel bout prendre « la chose » ? La chose : en fait l’agitation du monde et de ses sinistres acteurs. En son spec­tacle du monde agité donc, l’actualité se tor­tille der­rière son cas­te­let média­tique, là où des gui­gnols font leur show. Heu­reux qu’on ne soit pas tenu d’admirer, ni même de mirer tout court. On peut même ten­ter de s’en amu­ser – jusqu’à un cer­tain point..

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« Amu­sante » actua­lité, soit, mais bien bar­dée de guille­mets, à défaut de trou­ver l’équivalent du rire jaune. C’est fou ce que je suis marré à entendre l’autre matin sur France Inter les racle­ments de gorge d’Henri Guaino entre­cou­pés de son nou­veau credo post-néo libé­ral fai­sant pas­ser son inter­lo­cu­trice du jour, l’attacante Susan George, pour qua­si­ment has been. J’ai été plié dès le début du laïus de l’éminence grise de Sar­kozy décla­rant tout de go : « Nous nous sommes rendu compte avec la crise […] que tout ce qu’on nous racon­tait depuis vingt ans, trente ans sur le pro­grès, la crois­sance, le déve­lop­pe­ment… était faux ». Hin-hin (râcle­ments). « …à force de racon­ter n’importe quoi aux gens, ils ont fini par pen­ser qu’on leur men­tait déli­bé­ré­ment » ! Texto. D’autant plus garanti que je me suis du coup rendu sur le site d’Inter et que là, j’ai en plus décou­vert l’image de la scène gran­gui­gno­lesque. Parce que le type en cos­tard gris émi­nence ne laisse pas seule­ment échap­per des « hin-hin » de gorge irri­tée ; il est aussi bourré de tics, comme son men­tor en quelque sorte, mais dans un autre style. Lui, c’est l’œil gauche qui se barre en cli­gne­ments com­pul­sifs, et aussi le droit. Allez voir, ça vaut le clin d’œil et c’est là .

Bon, je n’en ferai pas une théo­rie défi­ni­tive, mais n’empêche… N’empêche, je me demande quels res­sorts inté­rieurs agitent ainsi ces hommes qui pré­tendent nous gou­ver­ner. Qu’est-ce qui les gou­verne du dedans, eux ? La dope du pou­voir, ces nuits si courtes, « au nom de l’État » et du ser­vice accom­pli. N’en dou­tons pas, cela doit être… gri­sant. Ils n’en meurent pas tous, notez. Mais tous sont atteints, d’une manière ou d’une autre. Voyez les, si intran­quillles minis­trions, anxieux, sous sur­veillance et en per­ma­nente repré­sen­ta­tion, à sans cesse ques­tion­ner leur image, à faire du plat à dame Opi­nion. Et voilà que « les gens »… « ont fini par pen­ser qu’on leur men­tait déli­bé­ré­ment » ! Susan George, qu’on ne voit alors pas sur l’image, a tout de même dû en rava­ler, mais comme du petit lait, ses quinze der­nières années d’altermondialisme. Un peu plus tard, dia­lo­guant avec elle, il lâchera à pro­pos des banques à mettre sous sur­veillance de l’État « Nous sommes entiè­re­ment d’accord ! » tan­dis que Demo­rand s’écrie : « Supé­fiant, hein ! Le conseiller spé­cial de Nico­las Saz­kozy entiè­re­ment d’accord avec Susan George, le monde a changé ! »

Que pen­ser de cette séquence de Gui­gnol ? Pour ma part, j’y vois une resu­cée de la « fin de l’Histoire » selon la pro­phé­tie de l’économiste état­su­nien Fran­cis Fukuyama et égé­rie des néo-conservateurs, dont Guaino et son maître. Lequel Guaino, au cours de cette même émis­sion sur France Inter, a eu l’occasion de réaf­fir­mer son credo en décla­rant : « Moi je pense que le capi­ta­lisme c’est la civi­li­sa­tion  maté­rielle de l’Occident depuis le XIVe siècle […] On a déjà essayé de faire table rase du capi­ta­lisme, on sait où ça nous a conduits. Bon. » Il n’y a donc pas d’alternative pos­sible et, comme le pré­tend Fukuyama, seul le consen­sus uni­ver­sel sur la démo­cra­tie capi­ta­liste met­tra un point final aux conflits idéo­lo­giques. D’ailleurs, n’est-ce pas exac­te­ment cela, le sar­ko­zysme? C’est-à-dire un lieu où tout se vaut, gauche ou droite, sens mêlés et confon­dus. Ou plu­tôt absence du sens, et le pou­voir pour le pou­voir. Un vrai modèle de la pen­sée unique hors de laquelle il n’est point de salut, et qui nous a ainsi valu la cohorte des That­cher, Pino­chet, les deux Bush et jusqu’à la social-démocratie en capi­lo­tade libé­rale, sans par­ler de la guerre d’Irak et de la déban­dade finan­cière avec son chô­mage abys­sal. Bon­jour la « civi­li­sa­tion matérielle » !

Autre apho­risme de Guaino, sur ce registre du sens absent : « Gou­ver­ner, c’est non pas pré­voir mais agir » ! Alors, rétorque en sub­stance Susan George, que n’agissiez-vous auprès des banques que l’État a ren­flouées ? « Ah ben on change pas du jour au len­de­main trente ans d’habitude ! » Ne voulait-il pas plu­tôt par­ler des calendes grecques ? D’ailleurs, « agir » sans pré­voir, en poli­tique, c’est comme qui dirait s’adonner au fameux « plus ça change moins ça change », selon la méca­nique hui­lée de l’invincible Mar­ché. Aussi va-t-on « mora­li­ser le tigre », comme l’a sou­li­gné l’ex vice-présidente d’Attac ; en effet, on convoque les ban­quiers à l’Élysée pour quelque ser­mon­nage : Enfin, mes­sieurs, un peu de tenue et sur­tout de dis­cré­tion ! … Et vogue la galère sur l’océan du Pro­fit et de la Spéculation !

Guaino, qui dit pré­fé­rer l’action à la pré­vi­sion, va jusqu’à s’indigner de ces « com­por­te­ments indé­cents que les opi­nions publiques ne sup­por­te­ront plus ». Ne dirait-on pas là le début d’une pré­vi­sion ? Ou plu­tôt la crainte d’un futur peu réjouissant ?


Topo de néolibéralisme à l’usage des tout-petits

D’abord affai­blir l’État. Com­ment : dimi­nuer les impôts (des plus riches sur­tout). Consé­quence : affai­blir les ser­vices publics et à terme les sup­pri­mer en mon­trant leur « inef­fi­ca­cité ». But du but : pri­va­ti­ser les ser­vices et les pro­fits atte­nants. C’est grosso modo la théo­rie néo-libérale à l’œuvre depuis ses zéla­teurs Pino­chet, Rea­gan, Tchat­cher, Bush, Sar­kozy et la clique euro­péiste et mondialiste.

Voyons un peu com­ment insi­nuer la chose en lou­cedé ou, si on pré­fère, intro­duire un ver néo-libéral dans la pomme de l’intérêt géné­ral. Exemple concret avec les « jar­dins d’éveil », tout fraî­che­ment sorti de l’Atelier de pri­va­ti­sa­tion rampante.

C’est tout nou­veau sur le site de la Caisse natio­nale des allo­ca­tions fami­liales (CNAF). Sur mon-enfant.fr, on trouve tous les modes de garde exis­tants (crèches, assis­tantes mater­nelles, garde à domi­cile, accueil de loi­sirs, etc.) pour la semaine, les mer­cre­dis, les vacances sco­laires ou après la classe. Et il y a aussi un « simu­la­teur de tari­fi­ca­tion »… car, à la dif­fé­rence de la crèche, il fau­dra cas­quer. Mais le mes­sage se décline ainsi : puisque nos crèches sont insuf­fi­santes, créons de nou­veaux lieux d’accueil. Pour­quoi ne pas pré­ser­ver et déve­lop­per ce qui existe ? Pas efficace !

Maire de Ville-en-Tardenois, une com­mune de 600 habi­tants située dans la Marne, Thierry Barba compte accueillir douze enfants à la ren­trée 2009 dans l’une de ces nou­velles struc­tures – dans les anciens locaux de la poste… Moyen de garde « inno­vant » a aus­si­tôt clamé lors de sa prompte visite la secré­taire d’État à la famille, Nadine Morano. [Le Monde, 15/5/09].

Ces « jar­dins d’éveil » – notons le glis­se­ment séman­tique fleu­rant sa pub’ – seront prin­ci­pa­le­ment finan­cés par les caisses d’allocations fami­liales (CAF) et le « por­teur de pro­jet », qu’il s’agisse d’une com­mune, d’une admi­nis­tra­tion, d’une asso­cia­tion ou… d’une entre­prise. Tarifs : les familles gagnant un smic paie­ront 42,50 euros par mois, celles qui gagnent trois smic 127 euros et celles qui gagnent quatre smic 178 euros, a indi­qué Mme Morano. Sous-entendu, voyez comme c’est « social ». On ne fait jamais, en quelque sorte, que pri­va­ti­ser les impôts ; pas­ser de la mutua­li­sa­tion et de la notion de bien com­mun à celle des consom­ma­teurs indi­vi­duels, des « clients » comme on tend désor­mais à faire dire par­tout par oppo­si­tion à la rin­gar­de­rie des ces « usagers »…

Le signe avant-coureur de cette « évo­lu­tion » avait déjà été donné par Dar­cos et ses édu­ca­teurs « couche-culottes ». Sar­kozy avait entonné le même refrain en visi­tant une crèche. A quoi bon tant de diplômes pour tor­cher des moutards ?

La Mai­rie de Paris annonce vou­loir pour­suivre sa poli­tique « volon­ta­riste » d’ouverture de crèches plu­tôt que de créer de tels jar­dins d’éveil. Une péti­tion bap­ti­sée « Pas de bébés à la consigne ! », a déjà recueilli 13 000 signatures.

Affaire poli­tique au sens fort de l’organisation de la cité et des citoyens.


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  • 2sexpolLa Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • iceberg

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)
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  • ouah__la_poilade_-_
    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances
    (Ber­trand Russel)
  • Un récent et com­pli­qué chan­ge­ment de ser­veur a causé la perte de quelques « car­tons », en l’occurrence cer­taines images. Les reverra-t-on un jour ? Hmmm…

    1emmen
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