On n'est pas des moutons

Mot-clé: nucléaire

Japon. L’élection d’un gouverneur rebat les cartes du nucléaire

En provenance du Japon, la nouvelle n’a pas ému nos médias : la région où se trouve la plus puissante centrale atomique du monde, Kashiwazaki-Kariwa (sept réacteurs), va désormais être dirigée par un gouverneur antinucléaire. Ce qui rebat les cartes de l'énergie atomique – pas seulement au Japon.

Ryuichi Yoneyama, 49 ans, a en effet remporté, hier dimanche, les élections dans la préfecture de Niigata (nord-ouest du Japon). L'autorisation du gouverneur étant requise pour la remise en service des réacteurs arrêtés depuis Fukushima, cette nouvelle donne constitue un coup dur pour Tepco, l’exploitant qui espérait sauver ses finances en relançant ces sept réacteurs, les seuls lui restant après l'arrêt des deux centrales de Fukushima, suite à la catastrophe de mars 2011. Dès ce lundi, le cours de Tepco a dévissé de 8 % à la bourse de Tokyo (la plus forte chute du Nikkei : -7,89% à 385 yens).

La centrale de Kashiwasaki avait été sérieusement bousculée par un important séisme en juillet 2007 qui avait provoqué un incendie et des fuites d’eau radioactive. Depuis, alors que la centrale est toujours à l’arrêt, huit incendies se sont déclarés dans les différentes unités [Source : The Japan Times, 6/3/2009]. Pour autant, les autorités ont donné le feu vert en février 2009 pour le redémarrage (désormais compromis) de l'unité n°7.

japon_nucleaire

La centrale nucléaire de Kashiwasaki a frôlé le désastre lors du séisme du 16 juillet 2007 qui a provoqué un incendie et des fuites d'eau radioactive préfigurant la catastrophe de Fukushima moins de 4 ans plus tard. [Ph. d.r.]

L’Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA) avait alors dépêché une mission dirigée par le Français Philippe Jamet, haut dirigeant de l'Autorité de sûreté nucléaire française (ASN). Le rapport publié s'était contenté de quelques recommandations anodines, assurant que les centrales japonaises pouvaient résister à tout événement sismique ou climatique. La catastrophe de Fukushima a dramatiquement rabaissé le caquet de nos arrogants experts. 1

Aujourd'hui, trois seulement des 54 réacteurs nucléaires japonais sont en service mais le gouvernement de l'ultranationaliste (et ultra pronucléaire) Shinzo Abe use de toutes les pressions pour essayer d'obtenir la redémarrage d'autres réacteurs, malgré l'opposition de la population.

Ces réouvertures sont contrecarrées par des décisions de justice ou par le veto de certains gouverneurs régionaux. Voilà pourquoi l'élection de Ryuichi Yoneyama à la tête de la région de Niigata est un coup terrible porté aux projets fous des pronucléaires (et au cours en bourse de Tepco) : ce courageux nouveau gouverneur va refuser la remise en service des sept réacteurs de Kashiwasaki.

Sous peu, les trois réacteurs japonais en service devront s'arrêter pour maintenance et, comme ce fut déjà le cas pendant près de deux ans en 2014 et 2015, le Japon fonctionnera à nouveau avec 0% de nucléaire. Si 130 millions de Japonais peuvent vivre sans nucléaire, comment prétendre encore que c'est "impossible" pour deux fois moins de Français ? 2

Notons encore que cette élection et ses conséquences constituent une mauvaise nouvelle pour les nucléaristes français – entre autres – et en particulier pour EDF et Areva qui misent sur le retour de la droite au pouvoir pour relancer leur offensive sur le marché mondial de l’énergie, y compris en France, bien entendu !

C’est vraisemblablement pour cette raison de prospective politique (pour ne pas dire de probabilité) qu’EDF s’est engagée, dans un contrat franco-chinois, à livrer à Hinkley Point, sud de l’Angleterre, d’ici à fin 2025 – sans dérapage du calendrier et des coûts – deux réacteurs nucléaires EPR de 1 650 mégawatts chacun pour un devis de près de 22 milliards d’euros. Cela, alors que les chantiers EPR en cours dérapent sur les coûts et les délais, et que les finances de l’entreprise française sont au plus bas.

Notes:

  1. On peut prendre la mesure de cette arrogance lors d’un débat télévisé de « C dans l’air » diffusé sur la Cinq en 2007, peu après le séisme qui avait secoué la centrale de Kashiwasaki. Débat auquel participait Stéphane Lhomme, de l'Observatoire du Nucléaire, préconisant la fermeture d’urgence d’au moins 20 réacteurs au Japon si l'on voulait éviter un nouveau Tchernobyl. Avertissement bien sûr non pris en compte. À peine quatre ans plus tard, c'était Fukushima.
  2. Bien sûr, c'est là qu'on ressort le contre argument de l'effet climatique (tant nié par les mêmes avant son évidence) provoqué par les énergies fossiles. Tandis que le "tout nucléaire" a freiné le développement, en France notamment, des énergies alternatives renouvelables.

EPR, Bayer-Monsanto, Alteo, Sarko… N’en jetez plus !

Il y a des jours… Des jours où le ciel s’assombrit au plus noir : relance de l’EPR franco-chinois en Grande-Bretagne ;  mariage monstrueux de Bayer et de Monsanto – Monsieur Pesticide avec Madame OGM, bonjour la descendance ! Alteo et ses boues rouges en Méditerranée. Et en prime, le péril Sarko en hausse sondagière, sur les traces de Trump (il avait bien singé son ami Bush) et son négationnisme climatique…

L'affaire Alteo est loin d'être jouée !  L'usine de Gardanne est l'objet d'une mise en demeure de la préfecture des Bouches-du-Rhône, suite à un contrôle inopiné de l'Agence de l'eau. Celle-ci a en effet détecté des effluents hors normes dans les rejets actuels en mer. Un comité de suivi doit trancher ce 26 septembre.

Restons-en à la « Grande nouvelle ! », la «  nouvelle extraordinaire! ». Ils n’en peuvent plus, côté français, d’exulter : la dirigeante britannique, Theresa May, vient de valider « sous conditions » le projet d’EDF de construire deux réacteurs nucléaires EPR à Hinckley Point, dans le sud de la Grande-Bretagne. Reste, il est vrai, à connaître lesdites « conditions » de la « perfide Albion ». On verra plus tard. Ne boudons pas la joie « exultante », donc, du secrétaire d’État à l’industrie qui va jusqu’à évoquer « un nouveau départ » pour la filière nucléaire française ; Hollande n’est pas en reste, et même son de cloche, c’est le mot, du patron d’EDF qui joue là, cependant, l’avenir financier de sa boîte surendettée et accessoirement l’avenir de ses salariés.

Le sujet est claironné sur les télés et radios, sans grand discernement comme d’habitude, c'est-à-dire sans rappeler la question de fond du nucléaire, sous ses multiples aspects :

sa dangerosité extrême, éprouvée lors de deux catastrophes majeures (Tchernobyl et Fukushima)– et plusieurs autres accidents plus ou moins minorés (Threee Miles Island aux Etats-Unis, 1979), ou dissimulés (catastrophe du complexe nucléaire Maïak, une usine de retraitement de combustible en Union soviétique, 1957, l'un des plus graves accidents nucléaires jamais connus).

sa nocivité potentielle liée aux risques technologiques, sismiques, terroristes ; ainsi qu’à la question des déchets radioactifs sans solution acceptable ; sans oublier les risques sanitaires et écologiques liés à l’extraction de l’uranium et au traitement du combustible usagé (La Hague, entre autres) ;

son coût exorbitant, dès lors que sont pris en compte les coûts réels d’exploitation, des incidents et accidents, de la santé des populations, des économies locales ruinées (Ukraine, Biélorussie, préfecture de Fukushima-Daïchi) , du traitement des déchets, du démantèlement si complexe des centrales en fin d’exploitation ;

ses incertitudes technologiques spécifiques aux réacteurs EPR en construction problématique – Finlande, Flamanville et Chine –, toujours retardés, selon des budgets sans cesses réévalués.

Cocorico ! L’annonce est portée sur le ton triomphal, glorifiant l’ « excellence française » et les retombées promises avec des emplois par milliers ! Certes.

Mais les énergies renouvelables, ne devraient-elles pas créer aussi des milliers d’emplois – de la recherche à la production ? Selon des critères autrement écologiques et éthiques que ceux du nucléaire – rappelons en passant que l’extraction et le traitement initial de l’uranium (combustible fossile, limité lui aussi), sont très émetteurs de gaz à effet de serre (engins miniers gigantesques ; transport du minerai jusqu’aux usines lointaines, comme à Pierrelatte dans la Drôme.

Évidemment, la « question de l’emploi » demeure un élément déterminant ; au point de bloquer toute discussion réelle, c'est-à-dire de fond, honnête, qui évite le piège du « chantage à l’emploi ».

alteo-gardanne

L'usine Alteo de Gardanne (Bouches-du-Rhône) ©alteo

« L’écologie, c’est bien beau, mais ça ne donne pas du boulot ! » : paroles d’un anonyme de Gardanne interrogé par la télé sur l’affaire des boues rouges produites par l’usine Alteo 1. Argument bien compréhensible, qui oppose une nécessité immédiate à une autre, différée dans le temps et autrement essentielle, cependant : celle des déséquilibres biologiques qui menacent la vie marine et, par delà, humaine.

Cette semaine aussi, sur le même registre, on a vu les syndicalistes de Fessenheim manifester pour leur emploi menacé par la fermeture annoncée de la centrale nucléaire. Des cégétistes, en l’occurrence, vont ainsi jusqu’à dénoncer « une incohérence » dans la volonté politique de vouloir maintenir l’emploi chez Alstom à Belfort tout en « détruisant » ceux de Fessenheim. Ce propos passe totalement à la trappe l’enjeu écologique lié à une centrale nucléaire ayant dépassé la limite de sa durée de vie. On compare deux situations incomparables, de même qu’on oppose ainsi une logique locale « court-termiste » à des enjeux portant sur l’avenir de l’espèce humaine. On pointe là un gouffre d’incompréhension fondamentale opposant le temps d’une vie d’homme à celui de l’espèce humaine.

Concernant précisément l’affaire des boues rouges et des effluents toxiques rejetés dans la Méditerranée, il y aurait cependant une solution technique avérée présentée depuis plusieurs mois à Alteo. Mais la « logique » financière semble s’opposer à cette solution. L’élimination totale des déchets toxiques implique en effet un coût que les actionnaires du fond d’investissement étatsunien dont dépend Alteo refusent par principe – c'est-à-dire par intérêt ! Même opposition symétrique, là encore, entre intérêts individuels immédiats et intérêts relevant du bien commun et de la conscience écologique globale.

On se trouve précisément dans l’enjeu exprimé par le « penser global - agir local », selon la formule de Jacques Ellul 2, reprise et portée à son tour par René Dubos 3. C’est là une dualité de tensions, que recouvrent bien nos actuels errements de Terriens mal en point. En fait, on peut affirmer sans trop s’avancer que le « penser global » de la plupart de nos contemporains se limite à l’« agir local ». Autrement dit, de la pensée de lilliputiens ne voyant guère au-delà de leur bout de nez court-termiste. Et encore ! Car il n’y parfois pas de pensée du tout, une preuve :

 

goudes_2016

La non-conscience écologique, ou l'inconscience de l'homo "peu" sapiens menace l'humanité entière. [Ph. gp]

Un tel outrage à la beauté du monde (voir l’arrière plan : Marseille, plage des Goudes) me rend tristement pessimiste sur l’avenir de l’humanité. Ici, ce n’est pourtant qu’un forfait d’allure mineure, ordinaire – cependant à haute portée symbolique – aux côtés des agressions et des pollutions majeures : mers et océans à l’état de poubelles, agriculture chimique, élevages industriels, déforestation, désertification, surconsommation-surdéjections, atmosphère saturée par les gaz à effet de serre ; dérèglement climatique, fonte des glaces et montée des eaux… Un désastre amplement amorcé – sans même parler des folies guerrières et terroristes. Et j’en passe.

Ainsi à Gardanne, ville doublement rouge : rougie par les poussières d’alumine qui la recouvre, et rougie par quarante ans de municipalité communiste et à ce titre asservie à la croissance et à son industrie, fût-elle dévastatrice de l’environnement naturel et de la santé humaine. Il en va de même ici comme à Fessenheim et pour toute l’industrie nucléaire, soutenue depuis toujours par les communistes et la CGT, tout autant que par les socialistes et toute la classe politique et syndicaliste, à l’exception des écologistes, bien entendu, et d’EELV en particulier.

Notes:

  1. L'ancienne usine Pechiney de Gardanne, créée en 1893, appartient depuis 2012 au fonds d'investissement H.I.G Capital basé à Miami. Alteo se présente comme le « premier producteur mondial d’alumines de spécialité ». Alteo Gardanne emploie 400 salariés et 250 sous-traitants
  2. Professeur d'histoire du droit, sociologue, théologien protestant, 1912-1994. Penseur du système technicien, ses idées sont notamment développées en France par l’association Technologos
  3. Agronome, biologiste, 1901-1982 Auteur de nombreux ouvrages, dont Courtisons la terre (1980) et Les Célébrations de la vie (1982)

Tchernobyl. L’inavouable bilan humain et économique

 Chronique de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl - 5 

logo55Le bilan humain et économique de la catastrophe de Tchernobyl est quasi impossible à réaliser. L’accident résulte en grande partie de la faillite d’un régime basé sur le secret ; un système à l’agonie qui s’est prolongé cinq ans après l’accident, puis qui a traversé une période des plus troublées, pour aboutir finalement à des système de gouvernement plus ou moins para-maffieux – qu’il s’agisse de l’Ukraine, de la Biélorussie ou de la Russie. Dans de tels systèmes corrompus, les lobbies nucléaires ont eu beau jeu de maintenir leur emprise sur ce secteur militaro-industriel – comme au « bon vieux temps » de l’URSS.

Victoire ! Une banderole apposée sur le réacteur éventré proclame que "le peuple soviétique est plus fort que l'atome" tandis qu'un drapeau rouge est fixé au sommet de la tour d'aération de la centrale à l'issue des travaux de déblaiement. [Tass]

Victoire ! Une banderole apposée sur le réacteur éventré proclame que "le peuple soviétique est plus fort que l'atome" tandis qu'un drapeau rouge est fixé au sommet de la tour d'aération de la centrale à l'issue des travaux de déblaiement. [Tass]

Les victimes n’ont pas été comptabilisées, elles ne figurent sur aucun registre officiel. Établir un bilan non truqué des victimes directes et indirectes, des malades et de leur degré d’affection demeure donc impossible. De même pour ce qui est du coût social lié à l’abandon de domiciles et de territoires, aux familles physiquement, psychologiquement, émotionnellement anéanties. À jamais. Car rien de tels drames n’est réparable. Seules des estimations peuvent être tentées, plus ou moins fondées, plus ou moins catastrophistes ou, au contraire, sciemment minimisées.

Concernant le nombre de morts, les chiffres de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) sont plus que douteux ; cet organisme, rattaché à l’ONU, est en effet lié au lobby nucléaire international qu’il finance notoirement. 1 Il faut aussi savoir que l’OMS (Organisation mondiale de la santé) lui est inféodée, ce qui rend également suspectes toutes ses études sur le domaine nucléaire.…

À défaut d’autres études crédibles, considérons celles de l’AIEA pour ce qu’elles sont : des indications à prendre avec la plus grande prudence. Ainsi, de 2003 à 2005, l'AIEA a réalisé une étude d’où il ressort que sur le millier de travailleurs fortement contaminés lors de leurs interventions durant la catastrophe, « seulement » une trentaine sont morts directement. Quant aux liquidateurs, l'AIEA prétend qu’ils ont été exposés à des doses relativement faibles, "pas beaucoup plus élevées que le niveau naturel de radiation."…

S'agissant des 5 millions d'habitants qui ont été exposés à de « faibles doses », l’étude reconnaît un nombre très élevé des cancers de la tyroïde chez les enfants – 4.000 directement imputables à la catastrophe. L’Agence admet toutefois que la mortalité liée aux cancers pourrait s'accroître de quelques pour-cents et entraîner "plusieurs milliers" de décès parmi les liquidateurs, les habitants de la zone évacuée et les résidents de la zone la plus touchée,

Tchernobyl-radioactivite

Sans légende… [dr]

Ce bilan officiel est fortement contesté par certains chercheurs. En 2010, l'Académie des sciences de New York a publié un dossier à partir de travaux menés par des chercheurs de la région de Tchernobyl. Ils contestent fortement l'étude de l'AIEA, aussi bien s'agissant du nombre de personnes affectées que de l'importance des retombées radioactives. Ainsi, il y aurait eu en réalité 830.000 liquidateurs et 125.000 d'entre eux seraient morts. Quant aux décès dus à la dispersion des éléments radioactifs, il pourrait s'élever au niveau mondial à près d'un million au cours des 20 ans ayant suivi la catastrophe. Cette estimation semble cependant invraisemblable – on l'espère.

Greenpeace a aussi publié un rapport réalisé par 60 scientifiques de Biélorussie, d'Ukraine et de Russie. Le document précise que "les données les plus récentes indiquent que [dans ces trois pays] l'accident a causé une surmortalité estimée à 200 000 décès entre 1990 et 2004."

On le voit, les écarts évaluatifs sont à l’image des enjeux qui s’affrontent autour de ce type de catastrophes. Des divergences semblables apparaissent également au Japon entre opposants (la majorité de la population) et partisans du nucléaire (gouvernants et industriels).

Quant au coût économique, il est plus objectivable que le coût humain à proprement parler ; même si l’un et l’autre ne devraient pas être dissociés.

Le n° de mars comprend un intéressant dossier sur le nucléaire.

Le n° de mars comprend un intéressant dossier sur le nucléaire.

Plusieurs estimations ont été réalisées, aboutissant à des montants situés entre 700 et 1 000 milliards de dollars US – entre 600 et 900 millions d’euros. 2

Un des derniers rapports émane de Green Cross International. 3 Il prend en compte :
– les coûts directs : dégâts causés à la centrale elle-même et dans ses environs, perte de marchandises et effets immédiats sur la santé ;
– les coûts indirects : retrait de la population de la zone contaminée et conséquences sociétales liées à la vie des personnes exposées aux radiations ainsi que leurs enfants.

La Biélorussie estime à 235 milliards d’USD les coûts engendrés par les dommages subis pour les années 1986 à 2015 et à 240 milliards d’USD pour l’Ukraine. Ces montants n’incluent pas les coûts liés à la sécurité, l’assainissement et la maintenance de la centrale désormais arrêtée ainsi que les coûts actuels pour la mise en place du nouveau sarcophage ; ceux-ci sont pris en charge par les gouvernements des nations concernées, soutenus par l’Union Européenne, les États-Unis et d’autres pays. Pour les habitants ayant dû quitter leur maison, des fonds (dont le montant n’est pas connu) ont été débloqués, des programmes sociaux et des aides médicales mis en place. Mais chacun a sans doute essuyé bien plus de pertes dues à l’effondrement de l’économie et subi des séquelles sanitaires et psychologiques impossibles à chiffrer.

Le nucléaire pour la bombe
Ne pas perdre de vue que le nucléaire dit « civil » est d’origine militaire et le reste d’ailleurs, tant qu’il servira à fournir le plutonium destiné à fabriquer les bombes atomiques. Rappelons aussi que le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) 4 fut créé par De Gaulle à la Libération, avec mission de poursuivre des recherches scientifiques et techniques en vue de l’utilisation de l’énergie nucléaire dans les domaines de la science (notamment les applications médicales), de l’industrie (électricité) et de la défense nationale.

De son côté Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant de l'Union soviétique, et aujourd’hui président de la Croix verte internationale (Green Cross) a connu son « chemin de Damas » en 1986 : « C'est la catastrophe de Tchernobyl qui m'a vraiment ouvert les yeux : elle a montré quelles pouvaient être les terribles conséquences du nucléaire, même en dehors d'un usage militaire. Cela permettait d'imaginer plus clairement ce qui pourrait se passer après l'explosion d'une bombe nucléaire. Selon les experts scientifiques, un missile nucléaire tel que le SS-18 représente l'équivalent d'une centaine de Tchernobyl. » (Tchernobyl, le début de la fin de l'Union soviétique, tribune dans Le Figaro, 26/04/2006)

Par comparaison, l’accident de Fukushima, comprenant la décontamination et le dédommagement des victimes, pourrait n'atteindre "que" 100 milliards d'euros. Ce montant émane de l’exploitant Tepco et date de 2013 ; il relève de l'hypothèse basse et ne comprend pas les charges liées au démantèlement des quatre réacteurs ravagés. Ces opérations dureront autour de quarante ans et nécessiteront le développement de nouvelles techniques ainsi que la formation de milliers de techniciens.

Et en France ? L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a présenté en 2013 à Cadarache (Bouches-du-Rhône), une "étude choc" sur l'impact économique d'un accident nucléaire en France.

Un " accident majeur ", du type de ceux de Tchernobyl ou de Fukushima, sur un réacteur standard de 900 mégawatts coûterait au pays la somme astronomique de 430 milliards d'euros. Plus de 20 % de son produit intérieur brut (PIB).

La perte du réacteur lui-même ne représente que 2 % de la facture. Près de 40 % sont imputables aux conséquences radiologiques : territoires contaminés sur 1 500 km2, évacuation de 100 000 personnes. Aux conséquences sanitaires s'ajoutent les pertes sèches pour l'agriculture. Dans une même proportion interviennent les " coûts d'image " : chute du tourisme mondial dont la France est la première destination, boycottage des produits alimentaires.

Le choc dans l'opinion serait tel que l'hypothèse " la plus probable " est une réduction de dix ans de la durée d'exploitation de toutes les centrales, ce qui obligerait à recourir, à marche forcée, à d'autres énergies : le gaz d'abord, puis les renouvelables. Au-delà des frontières, " l'Europe occidentale serait affectée par une catastrophe d'une telle ampleur ".

Les dommages sont d'un tout autre ordre de grandeur que ceux du naufrage de l'Erika en 1999, ou de l'explosion de l'usine AZF de Toulouse en 2001, évalués « seulement » à 2 milliards d'euros. 5

Ces chiffres pourraient doubler en fonction des conditions météorologiques, des vents poussant plus ou moins loin les panaches radioactifs, ou de la densité de population. Un accident grave à la centrale de Dampierre (Loiret) ne forcerait à évacuer que 34 000 personnes, alors qu'à celle du Bugey (Ain), il ferait 163 000 "réfugiés radiologiques ".

Record mondial d'installations nucléaires par habitant.

Record mondial d'installations nucléaires par habitant.

Encore dix ans de plus ? Doc. Sortir du nucléaire.

Encore dix ans de plus ? Doc. Sortir du nucléaire.

Pour tempérer ce tableau apocalyptique, l'IRSN sort la rengaine connue du « risque zéro [qui] n'existe pas » et met en avant « les probabilités très faibles de tels événements. 1 sur 10 000 par an pour un accident grave, 1 sur 100 000 par an pour un accident majeur. "

Pour avoir participé, dans les années 1960, au sein du Commissariat à l'énergie atomique, à l'élaboration des premières centrales françaises, Bernard Laponche ne partage pas du tout cet « optimisme ». Pour ce physicien, le nucléaire ne représente pas seulement une menace terrifiante, pour nous et pour les générations qui suivront ; il condamne notre pays à rater le train de l'indispensable révolution énergétique.

« Il est urgent, clame Bernard Laponche, de choisir une civilisation énergétique qui ne menace pas la vie » 6. Selon lui – entre autres spécialistes revenus de leurs illusions – les accidents qui se sont réellement produits (cinq réacteurs déjà détruits : un à Three Miles Island, un à Tchernobyl, et trois à Fukushima) sur quatre cent cinquante réacteurs dans le monde, obligent à revoir cette probabilité théorique des experts. « La réalité de ce qui a été constaté, estime-t-il, est trois cents fois supérieure à ces savants calculs. Il y a donc une forte probabilité d'un accident nucléaire majeur en Europe."

[Fin de l'interminable feuilleton…] 7

 

Notes:

  1. En particulier au Japon depuis la catastrophe de 2011. À noter que le Saint-Siège (Vatican) est membre de l’AIEA ! (Liaison directe Enfer-Paradis ?…)
  2. Le directeur de Greenpeace France, Pascal Husting, chiffre le coût total de la catastrophe à 1 000 milliards de dollars US.
  3. Croix verte internationale, est une organisation non gouvernementale internationale à but environnemental, fondée en 1993 à Kyōto. Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant de l'URSS, en est le fondateur et l'actuel président.
  4. … « et aux énergies alternatives », ainsi que Sarkozy en eut décidé, en 2009.
  5. Au delà des coûts, un accident nucléaire ne saurait être comparé à un accident industriel dont les effets, même ravageurs, cessent avec leur réparation.
  6. Entretien, Télérama, 18/06/2011.
  7. Une bibliographie se trouve avec le premier article de la série.

Tchernobyl. Un nuage, des lambeaux… et le déni français

 Chronique de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl - 4 

logo4Début 2002, la  Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) publie un atlas de 200 pages qui révèle de façon détaillée la contamination de la France et d’une partie de l’Europe par les retombées du « nuage » en ses multiples lambeaux. Plus de 3 000 mesures ont été effectuées de 1999 à 2001 par le géologue André Paris sur le territoire français et jusqu’en Ukraine ; les résultats, les analyses et la cartographie ont été rassemblés et édités par le laboratoire de Valence. C’est un acte d’accusation qui dénonce ainsi le scandaleux déni du gouvernement français et des autorités nucléaires de l'époque.

Pour nous en tenir ici à la Corse et à la région Paca, les plus touchées en France, les relevés mesurent des activités surfaciques de césium 137 supérieures à 30 000 Bq/m2. C’est le cas en particulier dans le Mercantour, autour de Digne, de Gap et de Sisteron avec des pointes à 50 000 Bq/m2.

criirad- Tchernobyl

Paca et Corse. Relevés de la Criirad, 1999, 2000 et 2001. Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

Pour donner une idée de cette contamination, la moyenne des retombées constatées en France à la suite de l'accident était de 4 000 Bq/m2. Le becquerel (Bq) par mètre carré mesure les contaminations de surfaces. L’activité mesure le taux de désintégrations d'une source radioactive, c'est-à-dire le nombre de rayons émis par seconde.

Dans l'instruction d'une plainte déposée en France en 2001 pour « empoisonnement et administration de substances nuisibles » par la Criirad, l'Association française des malades de la thyroïde (AFMT) et des personnes ayant contracté un cancer de la thyroïde, un rapport (notamment co-signé par Georges Charpak) affirme que le SCPRI a fourni des cartes « inexactes dans plusieurs domaines » et « n'a pas restitué toutes les informations qui étaient à sa disposition aux autorités décisionnaires ou au public ». Toutefois, ce rapport reproche au SCPRI une communication fausse mais non pas d'avoir mis en danger la population.

Devant la difficulté d'établir un lien de causalité entre les dissimulations des pouvoirs publics et les maladies de la thyroïde, la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy 1 requalifie pénalement la plainte d'« empoisonnement » en celle plus large de « tromperie aggravée ».

Le 31 mai 2006, Pierre Pellerin est mis en examen pour « infraction au code de la consommation », « tromperie aggravée » et placé sous statut de témoin assisté concernant les délits de « blessures involontaires et atteintes involontaires à l'intégrité de la personne ».

Le procès se termine par un non-lieu le 7 septembre 2011. Le 20 novembre 2012, Pierre Pellerin[Ref] Directeur du SCPRI (Service central de protection contre les rayonnements ionisants). mort en mars 2013 à 89 ans.[/ref] est reconnu innocent des accusations de « tromperie et tromperie aggravée » par la Cour de cassation de Paris qui explique notamment qu'il était « en l'état des connaissances scientifiques actuelles, impossible d'établir un lien de causalité certain entre les pathologies constatées et les retombées du panache radioactif de Tchernobyl ».

Encore aujourd’hui , le débat reste ouvert sur ces pathologies et leurs origines.

Dans la zone de Tchernobyl, beaucoup plus exposée que les régions françaises, une augmentation du nombre d'enfants atteints de cancers provoqués par la catastrophe, estimée à 5 000 cas, a été constatée. Il n'y aurait pas eu d'augmentation des cancers chez les adultes. Le conditionnel reflète le manque de fiabilité des études et statistiques russes.

Le cas des cancers thyroïdiens après Fukushima – Complément d'info pour les sportifs qui souhaitent aller concourir aux JO de 2020 à Tokyo : Kashiwa est à 26 km du centre de Tokyo, à 200 km de la centrale Dai ichi accidentée. Et pourtant, 112 enfants sur 173 diagnostiqués ont des problèmes thyroïdiens à Kashiwa ! Rappelons également ici que les cancers de la thyroïde des enfants de Fukushima sont bien dus à la radioactivité : dans la préfecture de Fukushima, on a détecté une augmentation de quelque 30 fois du nombre de cancers de la thyroïde chez les jeunes âgés de 18 ans et moins en 2011. Le total de jeunes atteints de cancer de la thyroïde est de 127, mais officiellement, cela n'a aucun rapport avec la radioactivité. Cherchez l'erreur ! Note de Pierre Fetet du 10/11/2015, sur le site Fukushima

En France, l'Institut national de veille sanitaire (INVS) exclut une augmentation des cancers de la thyroïde suite aux retombées de Tchernobyl. Toutefois, une thèse de médecine publiée quelques mois après ce rapport, en 2011, établit un lien entre la catastrophe et l'augmentation des cancers diagnostiqués : celle du docteur Sophie Fauconnier, fille du docteur Denis Fauconnier, médecin exerçant en Corse, désormais en retraite. Ce dernier, interrogé en janvier 2015 dans une émission de France Culture, rappelait non sans quelque amertume que, hier comme aujourd’hui, « c'est la politique qui contrôle les données scientifiques ».

Face aux controverses sur les effets sanitaires du nuage radioactif, des faits sont mis en avant :

– Le nombre de cancers de la thyroïde a augmenté en France régulièrement d'environ 7 % en moyenne par an depuis 1975 (soit un quadruplement en 19 ans), sans inflexion particulière en 1986.

– Les cancers de la thyroïde sont très majoritairement féminins et l'évolution de leur nombre suit l'évolution du nombre de cancers du sein.

Deux phénomènes concomitants sont à prendre en compte :

  • l'augmentation du nombre de cancers détectés par l'accroissement de la sensibilité des appareils à ultrasons : le seuil de détection des nodules est passé d'un diamètre de 10 mm à 2 mm ;
  • une évolution dans les comportements féminins de prise d'hormones de substitutions pré- et post- ménopause.

Selon l'étude de l'INVS parue en 2006, les résultats ne vont pas globalement dans le sens d’un éventuel effet de l’accident de Tchernobyl sur les cancers de la thyroïde en France. Toutefois, l'incidence observée des cancers de la thyroïde en Corse est élevée chez l'homme.

ipsn-tchernobyl

Les quatre zones de contamination post Tchernobyl reconnues quelques années après l'accident par l'Institut de protection et de sûreté nucléaire (IPSN). Il apparaît qu'aucune région française n'a été totalement épargnée.

Le 7 mai 1986, un courrier de l'Organisation mondiale de la santé indique que « des restrictions quant à la consommation immédiate [du] lait peuvent donc demeurer justifiées. »

Le 16 mai, une réunion de crise se tient au ministère de l'Intérieur : du lait de brebis en Corse présente une contamination par l'iode 131 anormalement élevée, d'une activité de plus de 10 000 becquerels par litre. Mais dans la mesure où l'iode 131 a une demi-vie courte (l'activité au bout de deux mois est difficilement détectable), il a été jugé que le bilan de l'activité radioactive sur une année ne serait pas affecté sensiblement, et les autorités n'ont pas pris de mesure particulières. Une note du 16 mai émanant du ministère de l'Intérieur, à l'époque dirigé par Charles Pasqua déclare « Nous avons des chiffres qui ne peuvent pas être diffusés. (…) Accord entre SCPRI et IPSN pour ne pas sortir de chiffres. »

Des indices laissaient penser que pour des personnes qui ont vécu ou vivent encore dans les zones de Corse touchées par les pluies du « nuage de Tchernobyl », existait une augmentation du nombre de plusieurs pathologies de la thyroïde, cancer notamment. Mais le lien avec l’accident de Tchernobyl a été contesté. Personne ne nie que dans le monde le nombre de pathologies de la thyroïde a effectivement augmenté (doublement en Europe) et il y a bien une augmentation significative du risque de cancer de la thyroïde signalée et scientifiquement reconnue dans plusieurs pays. Cependant, cette augmentation d'une part a commencé avant l'accident de Tchernobyl, et d'autre part n'est pas centrée sur les zones où il a plu lors du passage du nuage ; une grande partie du monde non concernée par les pluies lors du passage du nuage est également touchée par l'augmentation des thyroïdites.

Tchernobyl - nuage-sans-fin

Remarquable BD éditée par l'Association française des malades de la thyroïde (AMFT). Dessin de Ming.

Depuis mars 2001, 400 poursuites ont été engagées en France contre 'X' par l'Association française des malades de la thyroïde, dont 200 en avril 2006. Ces personnes sont affectées par des cancers de la thyroïde ou goitres, et ont accusé le gouvernement français, à cette époque dirigé par le premier ministre Jacques Chirac 2, de ne pas avoir informé correctement la population des risques liés aux retombées radioactives de la catastrophe de Tchernobyl. L'accusation met en relation les mesures de protection de la santé publique dans les pays voisins (avertissement contre la consommation de légumes verts ou de lait par les enfants et les femmes enceintes) avec la contamination relativement importante subie par l'Est de la France et la Corse.

Pour sortir du doute, les membres de l'Assemblée de Corse ont décidé de « faire réaliser par une structure indépendante (…) une enquête épidémiologique sur les retombées en Corse de la catastrophe de Tchernobyl ». Cette nouvelle étude a été conduite par une équipe d'épidémiologistes et statisticiens de l'unité médicale universitaire de Gênes (Italie). Elle est basée sur l’analyse d’environ 14 000 dossiers médicaux.

Les auteurs concluent en 2013 à un risque effectivement plus élevé chez les hommes des pathologies thyroïdiennes dues à l'exposition au nuage. L'augmentation chez eux des cancers de la thyroïde due au facteur Tchernobyl serait de 28,29 %, celle des thyroïdites de 78,28 %, et celle de l'hyperthyroïdisme de 103,21 %. Concernant les femmes, la faiblesse des échantillons statistiques ne permet pas de conclure pour les pathologies hors thyroïdites ; pour ces dernières, l'augmentation due à Tchernobyl est chiffrée à 55,33 %51. Concernant les enfants corses exposés au nuage, l'étude conclut à une augmentation des thyroïdites et adénomes bénins, et à une augmentation statistiquement non significative des leucémies aiguës et des cas d’hypothyroïdisme.

Cette étude, non publiée dans une revue à comité de lecture, a fait l'objet de critiques mettant en avant des faiblesses méthodologiques. La ministre de la Santé, Marisol Touraine rappelle ce facteur de confusion possible, et rejette ces résultats.

La commission nommée par la collectivité territoriale de Corse, qui a commandé cette étude, et sa présidente Josette Risterucci estiment que l’augmentation du risque est maintenant incontestable et souhaite une « reconnaissance officielle du préjudice ».

[Prochain article : L'inavouable bilan humain et économique]

Notes:

  1. Spécialisée dans les dossiers judiciaires de santé publique (affaires du « sang contaminé », de l'hormone de croissance, de l'amiante sur le campus de Jussieu, de la « vache folle » – ainsi que d'autres dossiers sensibles comme celui de la guerre du Golfe et du nuage de Tchernobyl. A, depuis, quitté ses fonctions, déclarant dans un entretien sur France Inter le 12 février 2013 : « Je suis entrée dans la magistrature car je croyais en la Justice. Je vais en sortir, je n'y crois plus. »
  2. Ministres à la manœuvre : François Guillaume, Agriculture ; Michèle Barzach, Santé ; Alain Carignon, Environnement ; Alain Madelin, Industrie ; Charles Pasqua, Intérieur.

Tchernobyl, 28 avril 1986. L’art du mensonge étatique

logo3

 Chro­ni­que de la catas­tro­phe nucléai­re de Tcher­no­byl - 3 

L’alerte qu’une catas­tro­phe nucléai­re avait eu lieu arri­va d’abord par la Suè­de. Le lun­di 28 avril au matin, les employés de la cen­tra­le de Fors­mark emprun­tent les por­ti­ques de contrô­le habi­tuels. Une haus­se anor­ma­le de la radio­ac­ti­vi­té est détec­tée. Le site est immé­dia­te­ment éva­cué. Mais la fui­te ne pro­vient pas de la cen­tra­le. Comp­te tenu des vents et des par­ti­cu­les iden­ti­fiées, il appa­raît que la conta­mi­na­tion pro­vient d’URSS.

Dans l’après-midi, l’AFP confir­me : « Des niveaux de radio­ac­ti­vi­té inha­bi­tuel­le­ment éle­vés ont été appor­tés vers la Scan­di­na­vie par des vents venant d’Union sovié­ti­que ».

Dans la soi­rée, le Krem­lin recon­naît la sur­ve­nue d’un acci­dent dans un réac­teur de la cen­tra­le de Tcher­no­byl, sans en pré­ci­ser la date, l’importance ni les cau­ses. L’opacité de la bureau­cra­tie est tota­le. Mikhaïl Gor­bat­chev n’est infor­mé offi­ciel­le­ment que le 27 avril. Avec l’accord du Polit­bu­ro, il est for­cé de fai­re appel au KGB pour obte­nir des infor­ma­tions. Le rap­port qui lui est trans­mis par­le d’une explo­sion, de la mort de deux hom­mes, de l’arrêt des réac­teurs 1, 2 et 3. Le déni rejoint l’obscurantisme d’un sys­tè­me poli­ti­que en rui­nes.

Le même jour, en Fran­ce, le pro­fes­seur Pier­re Pel­le­rin, direc­teur du SCPRI (Ser­vi­ce cen­tral de pro­tec­tion contre les rayon­ne­ments ioni­sants) 1, fait équi­per des avions d’Air Fran­ce, se diri­geant vers le nord et l’est de l’Europe, de fil­tres per­met­tant, à leur retour, d’analyser et fai­re connaî­tre la com­po­si­tion de cet­te conta­mi­na­tion.

Invi­té du 13 heu­res d’Anten­ne 2, le len­de­main 29 avril, Pier­re Pel­le­rin fait état de ses contacts avec les experts sué­dois, dénon­ce à l’avance le catas­tro­phis­me des médias et tient des pro­pos ras­su­rants : « Même pour les Scan­di­na­ves, la san­té n’est pas mena­cée. » Dans la soi­rée, son adjoint, le pro­fes­seur Chan­teur, répond à une ques­tion du pré­sen­ta­teur : « On pour­ra cer­tai­ne­ment détec­ter dans quel­ques jours le pas­sa­ge des par­ti­cu­les mais, du point de vue de la san­té publi­que, il n’y a aucun ris­que ».

Le mot « nua­ge » va ain­si connaî­tre sa célé­bri­té en Fran­ce. Un nua­ge tou­te­fois invi­si­ble, entraî­nant les émis­sions radio­ac­ti­ves reje­tées pen­dant les jours qui ont sui­vi l’accident. Mélan­gées à l’air chaud de l’incendie du réac­teur, ces rejets ne contien­nent que très peu de vapeur d’eau. Mais les vrais nua­ges vont jouer un rôle impor­tant et néfas­te car, en cre­vant au-des­sus du pana­che, leurs gout­tes d’eau vont entraî­ner plus abon­dam­ment les par­ti­cu­les radio­ac­ti­ves. La conjonc­tion des deux crée des dépôts humi­des géo­gra­phi­que­ment très hété­ro­gè­nes, en taches de léo­pard.

meteo- Tchernobyl

Ima­ge du bul­le­tin météo d’Antenne 2, le 30 avril.

Dans l’après-midi du 30 avril, une des « bran­ches » du nua­ge est détec­tée par le Labo­ra­toi­re d’écologie mari­ne de Mona­co, avant de l’être dans l’ensemble du Midi de la Fran­ce. Pen­dant la nuit, tan­dis que cet­te bran­che remon­te en direc­tion du nord du pays, sui­vie d’une sta­tion météo à l’autre, une autre bran­che venant plus direc­te­ment de l’est, abor­de aus­si le ter­ri­toi­re à une alti­tu­de dif­fé­ren­te. Mona­co puis le SCPRI en infor­ment l’Agence Fran­ce-Pres­se.

Ce 30 avril, la pré­sen­ta­tri­ce Bri­git­te Simo­net­ta, la bou­che en coeur, annon­ce dans le bul­le­tin météo d’Anten­ne 2 que la Fran­ce est pro­té­gée du « nua­ge » par l’anticyclone des Aço­res et le res­te­ra pen­dant les trois jours sui­vant. Un pan­neau « STOP » vient lour­de­ment appuyer l’image de l’arrêt « à la fron­tiè­re ».

Une polé­mi­que s’ensuit, gros­sie par de nom­breu­ses décla­ra­tions visant plus par­ti­cu­liè­re­ment le Pr Pel­le­rin, bien­tôt cari­ca­tu­ré par cet­te ima­ge du « nua­ge arrê­té à la fron­tiè­re ». Libé­ra­tion affir­me que « les pou­voirs publics ont men­ti en Fran­ce » et que « le pro­fes­seur Pel­le­rin [en] a fait l’aveu ». Ce der­nier, par la sui­te, por­te­ra plain­te pour dif­fa­ma­tion contre dif­fé­rents médias ou per­son­na­li­tés (dont Noël Mamè­re). Il gagne­ra tous les pro­cès en pre­miè­re ins­tan­ce, en appel et en cas­sa­tion. En effet, il n’a pas employé cet­te ima­ge d’arrêt à la fron­tiè­re, même s’il en a induit l’idée. Ain­si, ce télex – ambi­gu – du 1er mai du Pr Pel­le­rin, cité par Noël Mamè­re, au 13 heu­res d’Antenne 2 : « Ce matin, le SCPRI a annon­cé une légè­re haus­se de la radio­ac­ti­vi­té de l’air, non signi­fi­ca­ti­ve pour la san­té publi­que, dans le Sud-Est de la Fran­ce et plus spé­cia­le­ment au-des­sus de Mona­co. »

Vidéo du dépla­ce­ment du nua­ge radio­ac­tif du 26 avril au 9 mai. La Fran­ce est presqu’entièrement tou­chée le 1er mai, le sud-est et la Cor­se plus for­te­ment le 3 mai (docu­ment de l’IRSN, réa­li­sé en 2005, neuf ans après…).

En ces temps recu­lés…, les poli­ti­ciens ne sont pas enco­re entrés dans l’ère de la com­mu­ni­ca­tion, et les minis­tè­res du tout nou­veau gou­ver­ne­ment Chi­rac (pre­miè­re coha­bi­ta­tion) vont se déchar­ger sur ce pro­fes­seur Pel­le­rin, méde­cin expert en radio­pro­tec­tion, pas davan­ta­ge rom­pu aux médias… C’est à lui prin­ci­pa­le­ment qu’incombera la tâche d’ « infor­mer » les Fran­çais des résul­tats des mesu­res de conta­mi­na­tion radio­ac­ti­ve et du niveau de ris­que cou­ru.

Les minis­tres concer­nés, mal coor­don­nés, inter­vien­dront peu par la sui­te, et sou­vent en gros sabots, com­me Alain Made­lin, minis­tre de l’industrie, mobi­li­sé en boni­men­teur ridi­cu­le pour clai­ron­ner l’absence de tout ris­que…

Même son de clo­che de tou­tes parts afin de pré­ve­nir tout mou­ve­ment de pani­que et de pré­ser­ver le com­mer­ce de la sala­de prin­ta­niè­re… Le SCPRI juge tout de sui­te que la conta­mi­na­tion des ali­ments pro­duits en Fran­ce sera trop fai­ble pour poser un vrai pro­blè­me de san­té publi­que et qu’il n’y a pas lieu de pren­dre de mesu­res de pré­cau­tion par­ti­cu­liè­res, sauf sur les pro­duits impor­tés de l’Est de l’Europe…

Pel­le­rin, à nou­veau, ren­ché­rit avec un com­mu­ni­qué selon lequel il fau­drait ima­gi­ner des élé­va­tions de radio­ac­ti­vi­té dix mil­le ou cent mil­le fois plus impor­tan­tes pour que com­men­cent à se poser des pro­blè­mes signi­fi­ca­tifs d’hygiène publi­que. Il pré­ci­se que les pri­ses pré­ven­ti­ves d’iode des­ti­nées à blo­quer le fonc­tion­ne­ment de la thy­roï­de ne sont ni jus­ti­fiées ni oppor­tu­nes. 2

Le gou­ver­ne­ment fran­çais esti­me alors qu’aucune mesu­re par­ti­cu­liè­re de sécu­ri­té n’est néces­sai­re.

C’est dans ce contex­te de men­son­ges et de mani­pu­la­tions de l’opinion que naît, à Valen­ce dans la Drô­me, la Crii­rad, Com­mis­sion de recher­che et d’information indé­pen­dan­tes sur la radio­ac­ti­vi­té. Des scien­ti­fi­ques et des citoyens cri­ti­ques se regrou­pent pour contre­car­rer l’information offi­ciel­le qui tour­ne à la pro­pa­gan­de sovié­ti­que. Ani­mée par Michè­le Riva­si, aujourd’hui dépu­tée euro­péen­ne d’Europe-Écologie-Les Verts, cet­te asso­cia­tion va se poser en contre-pou­voir face aux ins­ti­tu­tions sus­pec­tées de fal­si­fier les faits au pro­fit de l’État et du sys­tè­me nucléai­re.

Vite recon­nue par son sérieux scien­ti­fi­que, ins­tau­rée dès le départ par sa fon­da­tri­ce, la Crii­rad demeu­re une réfé­ren­ce dans l’expertise nucléai­re. Ces résis­tants ne seront pas les seuls, bien sûr, à s’opposer aux manœu­vres men­son­gè­res contrai­res au bien com­mun. Il fau­dra aus­si comp­ter sur des oppo­sants poli­ti­ques, les éco­lo­gis­tes, cer­tes, ain­si que de nom­breu­ses asso­cia­tions et les citoyens conscients des dan­gers liés l’énergie nucléai­re.

Une résis­tan­ce s’est peu à peu ins­tau­rée, qui aura contri­bué au fil des années à bri­der quel­que peu l’ogre affa­mé, à l’amener à ren­dre des comp­tes – pas enco­re à « ren­dre gor­ge », bien qu’une autre catas­tro­phe majeu­re, cel­le de Fuku­shi­ma, l’aura à nou­veau étour­di… Mais la bête, tel le Phé­nix, sait renaî­tre de ses cen­dres. Jusqu’à quand – jusqu’à quelle(s) autre(s) catastrophe(s) ?

Résu­mé en ima­ges de l’accident de Tcher­no­byl (docu­ment IRSN)

[Pro­chain arti­cle : Un nua­ge, des lam­beaux… de consé­quen­ces]

Notes:

  1. Labo­ra­toi­re situé au Vési­net, le SCPRI est suc­ces­si­ve­ment deve­nu l’Office de pro­tec­tion contre les rayon­ne­ments ioni­sants (OPRI) et enfin l’actuel Ins­ti­tut de radio­pro­tec­tion et de sûre­té nucléai­re (IRSN), créé pour assu­rer la sur­veillan­ce dosi­mé­tri­que dans tous les domai­nes d’utilisation des rayon­ne­ments ioni­sants.
  2. À sup­po­ser que cet­te mesu­re ait pu être effec­ti­ve : stocks réels des com­pri­més d’iodure de potas­sium ; mode d’information et de dis­tri­bu­tion. De plus la pri­se doit être effec­ti­ve une demi-heu­re avant la conta­mi­na­tion, au plus tard deux heu­res après. Les dou­tes quant à l’application d’une tel­le mesu­re demeu­rent actuels. Inter­ro­gez à ce sujet votre phar­ma­cien… (le mien n’a pas de ces com­pri­més en sto­ck…)

Publicité bucolique. Quand EDF nous refait le coup de l”« électricité verte »

EDF, qui est dans la pana­de que l’on sait, ten­te crâ­ne­ment de détour­ner l’attention de l’opinion publi­que. Ain­si vient-elle de s’offrir une cam­pa­gne de publi­ci­té dans les quo­ti­diens dou­ble­ment éhon­tée : une plei­ne page à sa pro­pre gloi­re et à cel­le de ses cen­tra­les, cela à la veille du tren­tiè­me anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl – l’élégance même – et sur son thè­me men­son­ger de pré­di­lec­tion, le mythe d’une « élec­tri­ci­té ver­te ». Une pro­vo­ca­tion des plus indé­cen­tes !

edf-centrales

Cli­quer des­sus pour agran­dir, c’est trop beau !

A com­men­cer par l’image idyl­li­que et ver­doyan­te mon­trant une splen­di­de chu­te d’eau émer­geant de la mon­ta­gne et épou­sant avec grâ­ce la for­me de ces splen­di­des tours d’évaporation qui égaient tant nos pay­sa­ges. Trois jolis nua­ges, insou­ciants, mon­tent gaie­ment dans l’azur. C’est frais et buco­li­que. Un vrai chro­mo de calen­drier des pos­tes – d’avant l’invention du nucléai­re et ses catas­tro­phes ! Il man­que tou­te­fois quel­ques biches inno­cen­tes, Cen­drillon et ses sept nains, dont les plus ravis, Hol­lan­de et Macron – mais là, le tableau aurait été gâché.

À sui­vre avec le slo­gan « L’électricité bas car­bo­ne, c’est cen­tra­le ». Oui, cen­tra­le, avec un E. Ah ah ! elle est bon­ne. Et qui dit cen­tra­le, dit cen­tra­les nucléai­res et leurs 58 réac­teurs four­nis­sant 82,2 % de l’électricité pro­dui­te en Fran­ce. 1

À conti­nuer enco­re avec les trois lignes « fine­ment » bara­ti­neu­ses qui, d’un zes­te d’ « éner­gies renou­ve­la­bles » nous ser­vent le plus pétillant des cock­tails, « à 98% sans émis­sion de car­bo­ne ni de gaz à effet de ser­re ». Ce que EDF appel­le « un mix » de nucléai­re et de renou­ve­la­bles, selon la fameu­se recet­te du pâté d’alouette : un che­val pour une alouet­te.

Par­lons-en du nucléai­re « bas car­bo­ne » !

Tou­tes les opé­ra­tions liées au fonc­tion­ne­ment de l’industrie nucléai­re émet­tent des gaz à effet de ser­re : extrac­tion miniè­re et enri­chis­se­ment de l’uranium, construc­tion et déman­tè­le­ment des cen­tra­les, trans­port et « trai­te­ment » des déchets radio­ac­tifs, etc.

Ne pas oublier non plus les dizai­nes de sites ther­mi­ques, dont des cen­tra­les à char­bon, exploi­tées par EDF dans le mon­de, qui en font la 19e entre­pri­se émet­tri­ce de CO2 au niveau mon­dial. 2

Pen­dant ce temps, der­riè­re le décor d’opérette, EDF doit fai­re face à une réa­li­té autre­ment plus âpre (hors capi­lo­ta­de finan­ciè­re) :

•La construc­tion rui­neu­se de l’EPR de Fla­man­vil­le (tri­ple­ment du devis ini­tial), rui­neu­se et sur­tout poten­tiel­le­ment dan­ge­reu­se. Les défauts métal­lur­gi­ques déce­lés dans la cuve du réac­teur – piè­ce maî­tres­se – com­pro­met­tent cet­te ins­tal­la­tion (et d’autres en cours).

La chu­te d’une hau­teur de vingt mètres, le 31 mars 2016, d’un géné­ra­teur de vapeur de 450 ton­nes lors d’une manu­ten­tion – par une entre­pri­se sous-trai­tan­te… – dans un bâti­ment réac­teur de la cen­tra­le de Paluel (Nor­man­die). Pas de vic­ti­mes, heu­reu­se­ment, mais le bâti­ment a été for­te­ment ébran­lé, ce qui va deman­der une éva­lua­tion et une immo­bi­li­sa­tion de plu­sieurs mois des ins­tal­la­tions.

nucleaire-paluel

Chu­te d’un géné­ra­teur de vapeur à Paluel. Moins gla­mour que la pub…

Pour cou­ron­ner le tout, l’Auto­ri­té de sûre­té nucléai­re (ASN) fran­çai­se vient de dénon­cer un fabri­cant de piè­ces métal­li­ques 3 qui, dans une soixan­tai­ne de cas au moins, a four­ni à ses clients com­me Are­va des pro­duits pré­sen­tant des mal­fa­çons, accom­pa­gnés de cer­ti­fi­cats fal­si­fiés. L’ASN a deman­dé à tou­tes les entre­pri­ses du sec­teur de véri­fier les piè­ces qu’elles uti­li­sent en pro­ve­nan­ce de cet­te PME, pour pou­voir stop­per les équi­pe­ments en cas de besoin.

Faux, usa­ge de faux : le Bureau Veri­tas a très vite por­té plain­te, sui­vi en mars par Are­va et le Com­mis­sa­riat à l’énergie ato­mi­que (CEA). Cer­tai­nes piè­ces en cau­se étaient en effet des­ti­nées au réac­teur de recher­che Jules-Horo­witz, qu’Areva construit pour le CEA à Cada­ra­che (Bou­ches-du-Rhô­ne).

Ou quand la réa­li­té rejoint la fic­tion : ce cas recou­pe exac­te­ment le scé­na­rio du film Le Syn­dro­me chi­nois dans lequel un four­nis­seur véreux est à l’origine d’une situa­tion catas­tro­phi­que dans une cen­tra­le nucléai­re. Ce film amé­ri­cain est sor­ti quel­ques jours avant l’accident de Three Miles Island en 1979 (fon­te du réac­teur).

Notes:

  1. Don­née de 2014, por­tée sur les fac­tu­res d’EDF.
  2. On peut, à ce pro­pos, signer la péti­tion lan­cée par le réseau Sor­tir du nucléai­re qui dénon­ce cet­te publi­ci­té men­son­gè­re d’EDF : http://www.sortirdunucleaire.org/CO2-mensonge-EDF#top
  3. SBS, une PME de Boën (Loi­re)

Tchernobyl, 26 avril 1986. Le monstre se déchaîne

logo2

 Chronique de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl - 2 

26 avril 1986. 1 h 23. En moins de cinq secondes, le réacteur s’est emballé, dépassant sa puissance jusqu’à cent fois. Il n’était plus contrôlable, les barres de modération de la réaction nucléaire ayant été éjectées. Des explosions successives se produisent, suivies d’une autre, si forte que la dalle de 1 000 tonnes de béton située au-dessus du bâtiment est projetée dans les airs, retombant inclinée sur le cœur du réacteur, qui s'entrouvre alors. Un gigantesque incendie se déclare. Plus de 100 tonnes de combustibles radioactifs entrent en fusion. Un immense faisceau de lumière aux reflets bleuâtres monte du cœur du réacteur, illuminant l'installation dévastée, plongée dans l'obscurité.

Centrale nucléaire de Tchernobyl, Ukraine

« Ceux qui ont mené l'expérience, expliquera par la suite le Pr Vassili Nesterenko  1, se sont lourdement trompés dans leurs calculs. La puissance du réacteur a brusquement baissé à 30 mégawatts, au lieu des 800 mégawatts escomptés. Ils ont alors levé les barres mobiles pour augmenter la puissance. Mais là, à la suite d'un défaut de fabrication, l'eau a rempli l'espace qu'avaient occupé les barres. La puissance est montée en flèche et l'eau est entrée en ébullition. Une radiolyse de l'eau a commencé à se produire, ce qui a provoqué la formation d'un mélange détonant d'oxygène et d'hydrogène. Ces premières petites explosions ont éjecté entièrement les barres mobiles destinées à arrêter le réacteur en cas de panne, le réacteur n'était donc plus contrôlable. En 5 secondes, sa puissance a augmenté de 100 fois ! Les expérimentateurs ont alors essayé d'enfoncer de nouveau les barres, mais trop tard. Une immense explosion s'ensuivit. »

Tchernobyl-horloge

Quand tout a basculé. [Musée de Tchernobyl]

Historien français, de père russe, Nicolas Werth est un spécialiste de l’histoire de l’Union soviétique. En 2006, dans la revue L’Histoire, à l’occasion du vingtième anniversaire de la catastrophe, il en reconstituait la genèse. Il reliait ainsi les faits au contexte politico-économique du régime soviétique à bout de souffle. Son analyse se nourrit d’un voyage qu’il effectue alors en Ukraine. Voici comment il reconstitue ce qui demeure jusqu’à présent l’accident nucléaire le plus grave de la planète (On évitera l’inutile et sordide comparaison avec Fukushima et ses quatre installations dévastées ; les contextes sont différents et les conséquences également, bien que tout aussi incommensurables.)

« Viktor Petrovitch Brioukhanov [le directeur] est réveillé à 1 h 30 du matin. Pour tenter d'éteindre l'incendie, il fait appel à une simple équipe de pompiers de la ville de Pripyat […]. Le directeur téléphone au ministère de l'Énergie, à Moscou, vers 4 heures du matin. Il se veut rassurant, affirme que " le cœur du réacteur n'est probablement pas endommagé ".

« Avec un équipement dérisoire, sans aucune protection spécifique, quelques dizaines de pompiers s'efforcent de maîtriser l'incendie, comme s'il s'agissait d'un feu ordinaire. Au petit matin, celui-ci est circonscrit. Mais le cœur nucléaire du réacteur endommagé et le graphite continuent de se consumer, dégageant dans l'atmosphère une très forte radioactivité. Les pompiers, gravement irradiés, sont évacués vers l'hôpital local, puis, leur état empirant, acheminés vers Moscou, où la plupart meurent, dans d'atroces souffrances, au cours des jours suivants.

« Ce n'est qu'après l'extinction de l'incendie généré par l'explosion que la direction de la centrale prend enfin conscience de la gravité de la situation : le coeur du réacteur est atteint ! Mais personne, parmi le personnel de la centrale, ingénieurs, techniciens, cadres dirigeants compris, n'a jamais été préparé à faire face à une situation pareille. La panne la plus grave envisagée par les constructeurs était une rupture du système principal de refroidissement !

« Brioukhanov n'ordonne, dans l'immédiat, aucune évacuation. Or, au moment de l'explosion, plus de 200 employés travaillaient à la centrale, et plusieurs centaines d'ouvriers s'affairaient à la construction des cinquième et sixième réacteurs. Dans la matinée du 26 avril, les alentours de la centrale grouillent de pompiers et de militaires appelés en renfort. En ce samedi matin, les habitants de Pripyat vaquent tranquillement à leurs occupations. Près de 900 élèves, âgés de 10 à 17 ans, participent même au "Marathon de la paix" qui, de Pripyat au village de Kopachy, distant de 7 kilomètres à peine du réacteur dévasté, fait le tour de la centrale !

« Entre-temps, à Moscou, une commission gouvernementale est mise sur pied. Quelques-uns de ses membres prennent l'avion pour Tchernobyl. Valeri Legassov, un haut responsable du nucléaire soviétique, témoigne : " En nous approchant de Tchernobyl, dans la soirée du 26 avril, nous fûmes frappés par la couleur du ciel. A une dizaine de kilomètres, une lueur cramoisie dominait les

Tchernobyl explosion

environs. Pourtant, les centrales nucléaires ne rejettent habituellement aucune fumée. Mais ce jour-là, l'installation ressemblait à une usine métallurgique surmontée d'un épais nuage assombrissant la moitié du ciel. Les responsables étaient perdus, paralysés. Ils ne savaient où donner de la tête et n'avaient reçu aucune directive. Les employés des trois autres blocs atomiques de la centrale n'avaient toujours pas quitté leur poste. Personne n'avait pris soin de débrancher la ventilation intérieure et les radioéléments s'étaient répandus à travers toutes les installations de la centrale"

« Le chef de la commission gouvernementale, Boris Chtcherbina, l'un des vice-présidents du Conseil des ministres de l'URSS, arrivé sur place vers 21 heures, décide enfin d'ordonner l'évacuation, à partir du surlendemain, 28 avril, 14 heures, de la population dans un rayon de 30 kilomètres autour de la centrale, et de faire appel à l'armée de l'air pour tenter d'ensevelir le coeur du réacteur nucléaire en fusion sous du sable et d'autres matériaux.

« Il faudra quinze jours à des équipes spécialisées pour étouffer la réaction nucléaire en déversant, depuis des hélicoptères, plusieurs milliers de tonnes de sable, d'argile, de plomb, de bore (qui a la propriété d'absorber les neutrons), de borax et de dolomite. Plus de 1 000 pilotes participèrent à ces opérations menées à bord d'hélicoptères militaires gros porteurs.

[© Tass]

[© Tass]

« Atteindre le coeur du réacteur – un objectif d'une dizaine de mètres de diamètre – depuis une hauteur de 200 mètres était une tâche ardue. Il fallait faire très vite : à cause de la formidable radiation qui se dégageait du réacteur en fusion – 1 500 rems 2 à 200 mètres de hauteur –, les pilotes ne pouvaient pas rester plus de 8 secondes à la verticale du réacteur. Les premiers jours, les deux tiers des largages manquèrent leur cible. En chutant, les gros paquets de sable explosaient sous l'effet de la chaleur. Les jours passant, les ratés se firent plus rares. Le 30 avril, 160 tonnes de sable, mélangé à de l'argile pour former une masse plus compacte, furent ainsi jetées sur le coeur nucléaire en fusion. Les radiations chutèrent brusquement. Mais le lendemain on s'aperçut que le sable avait fondu et que les rejets de radionucléides avaient repris de plus belle.

« On décida alors de déverser d'énormes paquets en grosse toile de parachute contenant des centaines de lingots de plomb, de la dolomite et du bore. Mais une nouvelle menace se profila. Les fondations de la centrale montraient des signes d'affaissement. Il fallait les renforcer pour empêcher le combustible nucléaire fondu de pénétrer massivement dans les sols. Des centaines de mineurs du Donbass furent appelés en renfort pour creuser un boyau de 170 mètres de long jusque sous le réacteur. [Ndlr : Dans le but de prévenir une nouvelle explosion et de protéger la nappe phréatique].

« Le 6 mai, l'émission de radiations chuta fortement, pour atteindre 150 rems. Le combat, néanmoins, n'était pas gagné. Valeri Legassov témoigne : " Le 9 mai, le monstre avait apparemment cessé de respirer, de vivre. Nous nous apprêtions à fêter la fin des opérations, qui coïncidait justement avec le jour anniversaire de la victoire sur l'Allemagne nazie. Mais un nouveau foyer s'est déclaré. On ne savait plus ce qu'il fallait faire. On ne savait pas ce que c'était. Cela ressemblait à une masse incandescente composée de sable, d'argile et de tout ce qui avait été jeté sur le réacteur. On se remit au travail et on jeta encore 80 tonnes supplémentaires sur le cratère fumant."

« […] Le général Berdov fit venir 1 200 autobus de Kiev. Les 45 000 habitants de Pripyat furent évacués en premier, dans l'après-midi du 28 avril. Ils ne furent avertis de leur départ que quelques heures plus tôt, par la radio locale. "Ne prenez que le strict nécessaire : de l'argent, vos papiers et un peu de nourriture. Aucun animal domestique. Vous serez vite de retour. Dans deux ou trois jours".

evacuation-Tchernobyl

"Vous serez vite de retour !" [d.r.]

« Dans la soirée, les évacués arrivèrent dans la région rurale de Polesskoie, distante d'à peine une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest. On les "installa" chez les paysans du coin. Tous les bâtiments d'exploitation, granges, hangars, étables, furent réquisitionnés. Nombreux étaient ceux qui souffraient déjà de nausées et de diarrhées, premiers signes d'une forte irradiation. Or, dans ces villages, aucune assistance médicale n'était disponible. Comble de l'absurde : la région de Polesskoie était elle-même fortement contaminée !

« Pour tenter d'éviter que les évacués ne se sauvent, ordre fut donné à chacun de pointer quotidiennement à l'administration locale, comme devaient le faire les déportés sous Staline. Des cordons de police furent déployés sur les routes et les voies ferrées pour intercepter les fuyards. Nonobstant tous les obstacles, des milliers de personnes s'enfuirent pour rejoindre Kiev ou une autre grande ville, amplifiant la rumeur sur la catastrophe qui venait de se produire.

« Dans les premiers jours de mai, l'évacuation s'amplifia : près de 100 000 personnes, habitant dans une zone d'une trentaine de kilomètres autour de la centrale, furent évacuées à leur tour. Pour la plupart, simples kolkhoziens n'ayant jamais quitté leur village, ce déplacement forcé, qui faisait remonter chez les plus âgés les souvenirs du grand exode de l'été 1941, constitua un profond traumatisme.

« Les évacuations se prolongèrent jusqu'au mois d'août, après que les législateurs soviétiques eurent défini quatre "zones de contamination" […]

« Au total, quelque 250 000 personnes furent, en trois mois, évacuées des trois premières zones. En un an, une nouvelle ville, Slavoutitch, à une soixantaine de kilomètres de la centrale, sortit de terre. Fin 1987, elle comptait déjà plus de 30 000 habitants. De nombreux occupants des zones contaminées furent également relogés dans des banlieues de Kiev. Le gouvernement octroya à chaque évacué des indemnités : 4 000 roubles soit un an environ de salaire moyen par adulte et 1 500 roubles par enfant.

[Prochain article : Comme un nuage]

 

Notes:

  1. Vassili Nesterenko, physicien biélorusse, directeur de l'Institut de l'énergie nucléaire de l'Académie des sciences de Biélorussie de 1977 à 1987. Il a cherché à limiter les effets sanitaires de la catastrophe, et aussi à en limiter l'ampleur ; il est intervenu lui-même comme liquidateur pour larguer par hélicoptèredirectement dans le réacteur en fusion des produits de colmatage. Trois des quatre passagers de l’hélicoptère sont morts des suites de l’irradiation. Lui a survécu jusqu’en 2008.
  2. Soit 3 000 fois plus que la dose maximale tolérée en France par an pour une personne. Le rem est une unité de mesure d'équivalent de dose de rayonnement ionisant.

Tchernobyl, 25 avril 1986. Tout va bien à la centrale Lénine

logo1

 Chronique de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl - 1 

Ce 25 avril 1986, un jour comme bien d’autres à la centrale Lénine, ce fleuron du nucléaire soviétique : quatre réacteurs d'une puissance de 1.000 MW et deux autres en construction. Ce devait être la plus puissante centrale nucléaire du bloc communiste. Car nous sommes toujours à l’époque des deux « blocs » ennemis. La fin de l’affrontement est proche. Dans moins de cinq ans c’en sera fini de l’URSS.

Marche arrière. La République socialiste soviétique d'Ukraine fut créée en 1921 et le 30 décembre 1922, l'URSS naissait, regroupant la Russie, l'Ukraine, la Biélorussie et la Transcaucasie. En 1932-1933, le village de Tchernobyl comme tout le reste de l'Ukraine fut odieusement touché par la famine – l'Holodomor –, provoquant de 3 à 7 millions de morts dans tout le pays. Merci Staline, « petit père des peuples ».

tchernobyl-ukraine-mapLa première centrale nucléaire d'Ukraine voit le jour à partir de 1970 sur un affluent du Dniepr, dans les faubourgs de Pripyat, ville nouvelle de 40.000 habitants, près de la frontière entre l'Ukraine et la Biélorussie, à 15 kilomètres de Tchernobyl et 110 au nord de Kiev.

La centrale devait regrouper six réacteurs. La construction des « blocs » 1 et 2 débute en 1971 ; le premier est mis en service en 1977, le second, l’année suivante. Les 3 et 4 sont mis en chantier en 1975 ; leur exploitation commence respectivement en 1981 et 1983. La construction des 5 et 6 sera interrompue par la catastrophe.

En 1985, l’Union soviétique dispose de 46 réacteurs nucléaires, dont une quinzaine de type RBMK 1000 d'une puissance électrique de 1 000 mégawatts chacun. À cette époque, la part du nucléaire en Union soviétique représente environ 10 % de l'électricité produite, et la centrale de Tchernobyl fournit 10 % de l'électricité en Ukraine.

Ladite centrale est alors dirigée par Viktor Petrovitch Brioukhanov, ingénieur en thermodynamique, nommé en 1970 à ce poste pour « son volontarisme militant, sa volonté et sa capacité à dépasser les quotas, dans le respect des règles de sécurité », selon la terminologie en vigueur. C'était ce qu’on appelle un apparatchik.

Le complexe Lénine avait fait l'objet de rapports alarmants dès sa construction. Ainsi, ce rapport confidentiel signé en 1979 par Youri Andropov, patron du KGB devenu ensuite président du Soviet suprême de l'URSS. Il était fait état d'un manque total de respect des normes de construction et des technologies de montage telles que définies dans le cahier des charges.

Ce point servira d’argument après la catastrophe pour dénigrer la technologie soviétique – « rustique-russtoque » – et vanter la supériorité de l’américaine… Cela servait évidemment la politique d’affrontement des blocs, tout en valorisant un « nucléaire sûr ». De la même manière qu’après Fukushima, Anne Lauvergeon (qui dirigeait alors Areva) s’était empressée de vanter – pour le vendre autant que possible – la supériorité prétendue de l’EPR français.

Bibliographie sélective  Ce fameux nuage… Tchernobyl, Jean-Michel Jacquemin, Sang de la terre, 1999  Comme un nuage, 30 ans après Tchernobyl, François Ponthieu, Gérard Ponthieu, Le Condottiere, 2016  Contaminations radioactives : atlas France et Europe, Criirad et André Paris, éd. Yves Michel, 2002  La Comédie atomique, Yves Lenoir, La Découverte, 2016  La Supplication, Svetlana Alexievitch, Lattès, 1998  La vérité sur Tchernobyl, Grigori Medvedev, Albin Michel, 1990  Le nucléaire, une névrose française - Patrick Piro, Les Petits matins, 2012   Maîtriser le nucléaire - Sortir du nucléaire après Fukushima,  Jean-Louis Basdevant, Eyrolles, 2012   Tchernobyl : enquête sur une catastrophe annoncée, Nicolas Werth - L’Histoire - n°308, avril 2006    Vers un Tchernobyl français ?, Eric Ouzounian, Nouveau Monde Editions, 2008   Le Monde  Libération  Sciences & Avenir  

Organismes et sites  AFMT - Association française des malades de la thyroïde  ASN - Autorité de sûreté nucléaire  C’est pour dire [en particulier Tchernobyl. La terreur par le Mensonge, du 25 avril 2006]  Criirad - Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité  Ina – Institut national de l’audiovisuel  IRSN – Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire  La radioactivite.com  Observatoire du nucléaire  Sortir du nucléaire  Wikipédia

Dans les deux cas, on s’empressait de mettre le système nucléaire hors de cause – c’était de la faute à la mauvaise technique (soviétique), à des pannes de pompes suivies d’« actions de conduite inappropriée » (États-Unis – Three Miles Island) et aux éléments déchaînés (Japon).

La « guerre froide », en quelque sorte, se réchauffait au nucléaire. D’un côté, la technologie dangereuse des demeurés communistes, de l’autre la triomphante supériorité de l’empire capitaliste. « RBMK versus Westinghouse/General Electric », le match suprême des poids-lourds atomiques…

Un match nul, en vérité. Et, surtout, un combat éminemment dangereux et mortifère. À y regarder de plus près, deux technocraties s’affrontaient au bord d’un gouffre, dans une même fuite en avant.

À ma gauche, si on peut dire, le système RBMK (du russe Reaktor Bolshoy Moshchnosti Kanalnyi : réacteur de grande puissance à tube de force). Avec ses avantages certains, comme le chargement continu du réacteur en combustible, et ses inconvénients hélas démontrés. Sans entrer dans les détails trop techniques, les faiblesses principales de ce système résident dans la difficulté de contrôle du cœur et dans l'absence d'enceinte de confinement. 1. On y revient dans l’article suivant sur l’accident du 26 avril 1986.

Les réacteurs de Tchernobyl ont été mis progressivement à l'arrêt définitif (le dernier en 2000 seulement), ainsi que les deux réacteurs de la centrale d'Ignalina, en Lituanie. Il reste, à ce jour, 11 réacteurs RBMK en exploitation, tous en Russie et qui ont fait l’objet d’« améliorations de sûreté ».

À ma droite, on peut le dire, le système Westinghouse (à eau sous pression) qui, avec son concurrent General Electric (qui a racheté Alstom en France) domine le nucléaire mondial, aux États-Unis, bien sûr, mais aussi au Japon et en France, dont tous les réacteurs sont sous licence américaine, y compris les EPR français en (aventureuse) construction 2. Passons sur les avantages vantés par ses concepteurs (et utilisateurs), tandis que ses failles ont éclaté au grand jour lors de l’accident à la centrale de Three Miles Island en Pennsylvanie.

28 mars 1979. Les pompes principales d'alimentation en eau du système de refroidissement tombent en panne vers 4 h du matin. Une soupape automatique reste bloquée. Les voyants ne l’indiquent pas. S’ensuit une perte d’étanchéité du circuit d’eau primaire. Le refroidissement du cœur n’est plus assuré, entraînant sa fusion. L’explosion est heureusement évitée et, de ce fait, les rejets à l’extérieur relativement limités – selon les sources officielles. 3

tchernobyl-4units

Les quatre "blocs" de la centrale Lénine. (Ph. Pravda)

Retour à Tchernobyl. Ce 25 avril 1986, une expérimentation a été programmée sur le réacteur n°4. En gros, il s’agit de « voir » si on peut continuer à maîtriser le fonctionnement de la chaudière (en particulier son refroidissement) en cas de panne d’alimentation électrique, cela en recourant à l’électricité résiduelle produite par l’inertie des alternateurs. Car un réacteur, et une centrale en générale, ne peuvent fonctionner que s’ils sont alimentés en électricité ! C’est ainsi. D’où l’importance des groupes électrogènes de secours. Or, ces sales bêtes (entraînées par de puissants moteurs diesel) sont capricieuses : elles vont jusqu’à rechigner au démarrage et, de plus, mettent plus de quarante secondes avant d’atteindre leur plein régime.

L’essai devait avoir lieu dans la journée, mais une panne dans une autre centrale oblige à le différer pour maintenir le réacteur 4 en production. Une obligation fâcheuse pour l’expérience qui préconisait une mise en « repos » préalable de l’installation. De plus, par ce contre-temps, c’est l’équipe de relève qui doit « se coller » à l’exercice, ce qui oblige à une passation des consignes et expose à interprétations.

Comme souvent, un enchaînement malheureux de circonstances va conduire à l’accident.

Réacteur RBMK. Mise en place des éléments combustibles

Réacteur RBMK. Mise en place des barres de contrôle. [©d.r.]

Le cœur de ce type de réacteur est intrinsèquement instable à cause d'un effet dit de « coefficient de vide positif », qui favorise l'emballement de la réaction nucléaire. En d'autres termes, la puissance augmente spontanément et doit sans cesse être régulée par les opérateurs pour éviter la fonte du cœur. Dans les réacteurs américains, et dans les modèles russes modifiés, ce "coefficient de vide" est négatif : l'intensité de la réaction a tendance à chuter d'elle-même sans intervention extérieure.

Autre défaut majeur des RBMK : le délai beaucoup trop long – 20 secondes – nécessaire au fonctionnement de son système d'arrêt d'urgence (la descente des barres de contrôle). Enfin, son cœur de graphite et d'uranium est inflammable à haute température.

Malgré ces faiblesses, c'est bien l’expérimentation risquée et son déroulé qui ont déclenché l'accident. Expérimentation qui n’avait d’ailleurs pas obtenu l’aval de l'organisme spécial (Gosatomnadzor) chargé de superviser tous les aspects de la sûreté nucléaire.

L'équipe passa outre, ayant reçu l'accord du directeur de la centrale, Viktor Petrovitch Brioukhanov. En 1983, c’est lui qui signe « l'acte de mise en exploitation expérimentale » du quatrième réacteur alors même que toutes les vérifications n'avaient pas été achevées. Ce qui lui valut, cette année-là, d’être décoré de l'ordre de l'Amitié des peuples… En 1986, il figurait sur la liste proposée des médaillés de l'Ordre du Travail socialiste à l'occasion de l'inauguration, prévue en octobre, du cinquième réacteur, encore en construction lors de l'explosion...

Au moment de l'expérimentation, Brioukhanov était rentré chez lui. Peut-être dormait-il déjà. Tout comme l'ingénieur en chef, Nikolaï Fomine. C’est donc Anatoli Dyatlov, l'ingénieur en chef adjoint, qui dirige l'équipe d'expérimentateurs. 4

Personne ne se doute que ce 26 avril 1986 à Tchernobyl, ne sera pas un jour comme les autres.

[Prochain article : Le monstre se déchaîne]

Notes:

  1. Cette enveloppe de béton n'empêche pas son explosion (Fukushima), ni des fuites de radioactivité dues au vieillissement, ni sa destruction lors d'un éventuel attentat, notamment aérien
  2. La coentreprise nucléaire entre General Electric et le japonais Hitachi forme l'un des principaux constructeurs nucléaires mondiaux avec le français Areva et l'américano-japonais Westinghouse (groupe Toshiba). GE a ainsi fabriqué trois des réacteurs de Fukushima-Daiichi, dont deux ont été accidentés.
  3. Le 16 mars 1979 – douze jours avant l'accident – sortait aux États-Unis Le Syndrome chinois, film de James Bridges dans lequel un accident dans une centrale manque de provoquer la fusion du cœur qui, en théorie,  risquerait de s'enfoncer jusqu'au centre de la Terre (et non jusqu'en Chine comme le laisserait supposer le titre du film).
  4. En 1987, au terme d'un procès à huis clos, Viktor Brioukhanov, Nikolaï Fomine et Anatoli Diatlov ont été condamné à dix ans de réclusion. Anatoli Diatlov et Iouri Laouchkine, fortement irradiés au moment de l'accident, mourront en détention. L'ingénieur en chef Nikolaï Fomine, lui, perdra la raison. L'ex-directeur vit aujourd'hui à Kiev, où il est simple employé d'une firme.

Tchernobyl, 30 ans après. Mensonges et désolation

logo26 avril 1986, Tcher­no­byl. 5 mars 2011, Fuku­shi­ma. Tren­te ans d’un côté, cinq de l’autre. Deux tris­tes anni­ver­sai­res qui mar­quent à jamais les deux plus gran­des catas­tro­phes liées à l’exploitation par l’homme de l’énergie nucléai­re. Une éner­gie bien par­ti­cu­liè­re que ses exploi­tants s’efforcent de ren­dre bana­le, ordi­nai­re… Une éner­gie de l’avenir, radieu­se (si on ose dire) et même pro­pre ! C’est ain­si que ses plus émi­nents repré­sen­tants, EDF au pre­mier chef, se sont invi­tés à la COP-21 afin d’y gref­fer leur habi­tuel­le pro­pa­gan­de en se rac­cro­chant au train du Pro­grès « décar­bon­né », dont les riants wagons ato­mi­ques, en effet, ne pro­dui­sent pas le si néfas­te CO2. Donc, plu­tôt la Pes­te (nucléai­re) que le Cho­lé­ra (fos­si­le).

Mais il tour­ne, le vent mau­dit du pseu­do-pro­grès qui a semé la déso­la­tion en Ukrai­ne et plus enco­re en Bié­lo­rus­sie, et tout alen­tour jus­que sur nos têtes et sous nos pieds, dans pres­que tou­te l’Europe. Puis une autre tem­pê­te aus­si malé­fi­que s’est déchaî­née à par­tir du Japon, rui­nant une par­tie du pays, chas­sant sa popu­la­tion, mena­çant la san­té, pro­fa­nant les océans et le mon­de vivant.

Le vent tour­ne, en effet. Le vent du soleil qui fait tur­bi­ner les éolien­nes, pro­duit les marées, rem­plit les bar­ra­ges, élec­tri­se les pan­neaux pho­to­vol­taï­ques. Le vent d’un autre ave­nir qui refu­se la ter­reur de la Tou­te-Puis­san­ce tech­no­lâ­tre à la mer­ci d’un cou­ver­cle de cuve fis­su­ré, d’un cla­pet récal­ci­trant, d’un séis­me et d’une inon­da­tion, de ter­ro­ris­tes hal­lu­ci­nés, d’un Doc­teur Fola­mour aux ordres de son déli­re.

En coor­di­na­tion avec la coopé­ra­ti­ve d’Europe Éco­lo­gie – Les Verts (région Paca), « C’est pour dire » va publier et dif­fu­ser à par­tir de lun­di une série d’articles mar­quant le tren­tiè­me anni­ver­sai­re de cet­te catas­tro­phe – tou­jours en cours, il ne faut pas l’oublier. En quoi un acci­dent nucléai­re ne peut être com­pa­ra­ble à aucun autre acci­dent lié à l’activité humai­ne.

Au pro­gram­me

Lun­di 25. 1) 25 avril 1986. Tout va bien à la cen­tra­le Léni­ne

Mar­di 26. 2) Le mons­tre s’est déchaî­né

Mer­cre­di 27. 3)  Com­me un nua­ge

Jeu­di 26. 4) Un nua­ge, des lam­beaux par­tout

Ven­dre­di 26 5) Acci­dents connus… et dis­si­mu­lés

Same­di 27. 6) Coût esti­mé d’un acci­dent majeur

 

Et aujourd’hui , en avant-pro­gram­me

Une centrale, des Inconnus



Le Japon tremble, les Japonais plus encore, hantés par le spectre de Fukushima

L’insoutenable légèreté de la décision atomique

par Céci­le Asa­nu­ma-Bri­ce, cher­cheu­re en socio­lo­gie urbai­ne rat­ta­chée au cen­tre de recher­che de la Mai­son Fran­co Japo­nai­se de Tokyo.

A Kuma­mo­to (pré­fec­tu­re au sud du Japon), secoué par des séis­mes impor­tants depuis le 14 avril, le gou­ver­ne­ment japo­nais joue un bras de fer bien ris­qué avec les élé­ments natu­rels et ceux qui le sont moins. Le choix de main­te­nir en acti­vi­té la cen­tra­le nucléai­re de Sen­dai à 140 km de là, génè­re la colè­re des Japo­nais. Cet­te cen­tra­le, com­po­sée de deux réac­teurs, est la seule à avoir été redé­mar­rée sur le ter­ri­toi­re japo­nais en août 2015, depuis le séis­me accom­pa­gné d’un tsu­na­mi qui avait engen­dré la fon­te des cœurs de trois des six réac­teurs de la cen­tra­le nucléai­re de Fuku­shi­ma Daii­chi en mars 2011.

La cen­tra­le de Sen­dai, bien que construi­te en 1984, aurait été remi­se aux nor­mes après le dra­me nucléai­re du Toho­ku [région du tsu­na­mi de 2011, Ndlr]. Cet­te fois-ci l’enjeu pour le gou­ver­ne­ment japo­nais serait de mon­trer que les nou­vel­les nor­mes sont via­bles et per­met­tent de résis­ter aux plus forts séis­mes, redon­nant un élan à la poli­ti­que de redé­mar­ra­ge des cen­tra­les nucléai­res qui ren­con­tre de for­tes oppo­si­tions dans le pays.

Lire la sui­te sur le blog Fuku­shi­ma, entiè­re­ment dédié à la catas­tro­phe de 2011. 


Nucléaire. Michel Onfray, trop bavardo-actif

onfray_le_pointMichel Onfray devrait mieux se garder de son ennemi du dedans, ce diablotin qui le pousse à trop se montrer. Ici, la une du Point, là, en vedette chez Ruquier, en parlotes sur les ondes, en maints endroits et sur tous les sujets ou presque, ce qui est bien périlleux. Surtout quand, de surcroît, on s'aventure dans des domaines qui impliquent quelque compétence idoine. Notamment sur le nucléaire. C’est ainsi qu'il se prend une bonne raclée (salutaire ?), infligée par Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire. Où l'on voit que la philo ne déverrouille pas forcément toutes les portes du savoir.

Michel Onfray explose 
sur le nucléaire

par Stéphane Lhomme, directeur de l'Observatoire du nucléaire

On ne peut que rester sidéré par le texte de Michel Onfray, publié par Le Point 1, par lequel il démontre son ignorance totale de la question du nucléaire... ce qui ne l’empêche pas de prendre ardemment position en faveur de cette énergie. C’est d’ailleurs probablement parce qu’il n’y connaît rien qu’il prend cette position.

Il ne s’agit pas pour nous de contester le libre-arbitre de M. Onfray qui peut bien être favorable à l’atome (tout le monde a le droit de se tromper), mais de rectifier les erreurs les plus importantes qu’il commet en s’exprimant sur cette question. Nous pointons en particulier le texte "Catastrophe de la pensée catastrophiste", publié par Le Point le 22/03/2011, c’est à dire 10 jours après le début de la catastrophe de Fukushima. Voyons cela à travers quelques extraits :

On se rapproche du 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, tandis qu'on vient de dépasser le 5e de celle de Fukushima. Rappelons que ces accidents majeurs sont toujours en cours ; car on n'efface pas les conséquences de tels désastres nucléaires.

Michel Onfray : "A défaut de pétrole, et dans la perspective de l’épuisement des énergies fossiles comme le charbon, le nucléaire offrait en pleine guerre froide une possibilité d’indépendance nationale en matière d’énergie civile."

Stéphane Lhomme : Michel Onfray ignore donc que, s’il a produit jusqu’à 80% de l’électricité française, le nucléaire n’a jamais couvert plus de 17% de la consommation nationale d’énergie : même poussé à son maximum (jusqu’à devoir brader les surplus à l’exportation), l’atome ne représente qu’une petite part de l’énergie française, loin derrière le pétrole et le gaz et il est donc bien incapable d’assurer une quelconque "indépendance énergétique". Ce n’est d’ailleurs même pas le cas de ces 17% puisque la totalité de l’uranium (le combustible des centrales) est importée… ce que M. Onfray reconnaît pas ailleurs :

Michel Onfray : "Revers de la médaille : l’indépendance de la France se payait tout de même d’une politique africaine cynique et machiavélienne."

SL : On s’étonnera de la curieuse indulgence que Onfray accorde à la "politique africaine cynique et machiavélienne" : pour le philosophe hédoniste, tout serait donc bon pour nourrir nos belles centrales nucléaires ? Le pillage et la contamination du Niger, l’assèchement des nappes phréatiques locales, le déplacement de populations ancestrales, la militarisation de la région : simple "revers de la médaille" ?

On s’étonnera encore plus de voir le philosophe mêler allègrement cette prétendue "indépendance" et la dite politique africaine : s’il y a "indépendance" de la France, comment peut-elle passer par l’Afrique ? A ce compte, la France est "indépendante" pour sa consommation de pétrole puisqu’elle entretient de bonnes relations avec la dictature d’Arabie Saoudite. Mais le festival continue :

Michel Onfray : "On ne trouve pas d’uranium dans le Cantal ou la Corrèze..."

SL : Mais si, bien sûr, il y a de l’uranium en France, y compris dans le Cantal et en Corrèze ! Areva (à l’époque la Cogema) a exploité dans le pays des centaines de mines d’uranium, ce qui fait d’ailleurs que le territoire est encore largement contaminé  2. Et si 100% de l’uranium est désormais importé (pillé), c’est que la population française ne tolèrerait plus aujourd’hui cette activité et ses nuisances dramatiques.

Essayez donc de rouvrir une mine d’uranium quelque part en France et vous verrez immédiatement les riverains se mobiliser avec la dernière énergie, à commencer par les pronucléaires (qui connaissent mieux que personne, eux, les ravages qu’ils nient le reste du temps). Alors, on continue tranquillement de piller le Niger, où les manifestations anti-Areva sont réprimées sans état d’âme 3, sans jamais faire la Une des médias en France, et sans émouvoir le philosophe pronucléaire qui continue à s’enfoncer :

Michel Onfray : "Le photovoltaïque, la biomasse, l’éolien, l’hydraulique fonctionnent en appoint mais ne suffisent pas à répondre à la totalité du considérable besoin d’énergie de nos civilisations."

SL : Les énergies renouvelables seraient donc bien sympathiques, mais tellement faibles comparées à ce cher atome. Il suffit pourtant de se reporter aux données les plus officielles, par exemple l’édition 2013 (la dernière en date) de Key World Energy Statistics (publié par l’Agence internationale de l’énergie), en consultation libre 4 : on constate alors que, en 2011 (il faut deux ans pour recueillir les données exactes), les énergies renouvelables produisaient 20,3% de l’électricité mondiale, le nucléaire n’étant qu’à 11,7%, une part en déclin continu depuis 2001 - c’est à dire bien avant Fukushima - quand l’atome avait atteint son maximum : 17%.

Or c’est précisément en 2011 qu’a commencé la catastrophe nucléaire au Japon, avec la fermeture des 54 réacteurs du pays, suivie de la fermeture définitive de 8 réacteurs en Allemagne, mais aussi dernièrement de 5 réacteurs aux USA (du fait du coût trop élevé de l’électricité nucléaire) : aujourd’hui, la part du nucléaire dans l’électricité mondiale est passée sous les 10%. Les énergies renouvelables font donc plus du double.

La réalité est encore plus édifiante lorsqu’on regarde l’ensemble des énergies et non plus la seule électricité : le nucléaire couvre moins de 2% de la consommation mondiale d’énergie quand les renouvelables (principalement hydroélectricité et biomasse) sont à plus de 13%. On pourra certes se désoler de ce que le trio pétrole-gaz-charbon représente 85% du total mais, s’il existe une alternative, elle vient bien des renouvelables, dont la part augmente continuellement, et certainement pas du nucléaire dont la part est infime et en déclin.

S’il est une énergie "d’appoint", comme dit Michel Onfray, c’est donc bien le nucléaire, qui réussit cependant l’exploit de causer des problèmes gigantesques (catastrophe, déchets radioactifs, prolifération à des fins militaires, etc.) en échange d’une contribution négligeable à l’énergie mondiale.

N.B. : il ne s’agit pas de discuter ici des tares respectives des différentes énergies (si tant est que celles des renouvelables puissent être comparées à celles, effroyables, de l’atome), il s’agit de montrer que le raisonnement du philosophe s’appuie sur des données totalement fausses, et même inverses à la réalité (comme si "le réel n’avait pas lieu"...), ce qui ne lui permet évidemment pas d’aboutir à des conclusions lumineuses.

Michel Onfray : "Qui oserait aujourd’hui inviter à vivre sans électricité ?"

SL : Il est triste de voir le philosophe se laisser aller à des arguments si éculés que même les communicants d’EDF ou d’Areva n’y ont plus recours. Ainsi, sans nucléaire, point d’électricité ? Il suffit de se reporter au point précédent pour constater l’absurdité de cette remarque. Mais il y a pire encore :

Michel Onfray : "Avec la catastrophe japonaise, la tentation est grande de renoncer à la raison. Les images télévisées montrent le cataclysme en boucle…". Le philosophe stigmatise les irresponsables selon lesquels "Il suffit dès lors d’arrêter tout de suite les centrales et de se mettre aux énergies renouvelables demain matin".

SL : Ainsi, face à l’explosion d’une centrale nucléaire censée résister à tout, les Japonais étant présentés jusqu’alors comme les maîtres de la construction antisismique, la "raison" serait de rejeter toute mise en cause de cette façon de produire de l’électricité ! Notons cependant que les Japonais ont "cédé à l’émotion" de façon parfaitement "irrationnelle" en fermant leurs 54 réacteurs nucléaires (non pas en un jour mais en un an : un bon exemple pour la France et ses 58 réacteurs).

Il est vrai que, comme Onfray, le premier ministre ultranationaliste Shinzo Abe choisit la prétendue "raison" en exigeant la remise en service de certaines centrales. Mais la population (la raison populaire ?) s’y oppose frontalement : peut-être ne tient-elle pas, de façon tout à fait "irrationnelle", à être à nouveau irradiée ?

Michel Onfray : "Or il nous faut penser en dehors des émotions. La catastrophe fait partie du monde (…) Ce qui a lieu au Japon relève d’abord de la catastrophe naturelle". RAPPEL : " Tchernobyl procède (…) de l’impéritie industrielle et bureaucratique soviétique, en aucun cas du nucléaire civil en tant que tel." (Fééries anatomiques, 2003)

SL : Cet argumentaire est vieux comme le nucléaire, usé jusqu’à la corde, et pour tout dire profondément ridicule : "Tchernobyl c’est la faute aux Soviétiques, Fukushima, c’est la faute au tsunami". Le nucléaire et ses promoteurs n’y sont jamais pour rien ! Toutefois, probablement conscient de la faiblesse du raisonnement, Onfray invente le concept de catastrophe "naturelle"… mais quand même un peu à cause des hommes :

Michel Onfray : "Les Japonais ont fait prendre des risques considérables à l’humanité et à la planète. (…) Si l’on bâtit 17 centrales nucléaires, pour un total de 55 réacteurs, dans un pays quotidiennement sujet aux secousses sismiques, il faut bien que cette catastrophe naturelle inévitable soit amplifiée par la catastrophe culturelle évitable qu’est la multiplication de ces bombes atomiques japonaises potentielles..."

SL : Voilà qui fait penser à Sarkozy assurant qu’une catastrophe nucléaire ne pouvait se produire à la centrale de Fessenheim, l’Alsace étant à l’abri des tsunamis. Or il existe de multiples causes possibles pour aboutir à une catastrophe nucléaire, qu’il s’agisse de facteurs naturels (séismes, tsunamis, inondations, etc.) ou humains (erreur de conception, de maintenance, d’exploitation, etc.).

Il est en réalité parfaitement injustifié d’attribuer tous les torts aux seuls Japonais, l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) ayant régulièrement validé les mesures de sûreté face à tous les risques, y compris celui du tsunami. Ce fut d’ailleurs le cas après un violent séisme qui, en juillet 2007, avait préfiguré Fukushima en mettant à mal la plus grande centrale nucléaire du monde, celle de Kashiwasaki : c’est hélas un haut dirigeant de l’Autorité de sûreté française qui avait alors dirigé une mission de l’AIEA et décrété que les centrales japonaises pouvaient continuer à fonctionner sans risque 5

Il tout aussi vain d’attribuer Fukushima à la Nature : ce sont bien des humains qui ont fait tous les calculs et sont arrivés à la conclusion que les centrales résisteraient à un séisme et/ou un tsunami. Les humains sont faillibles par essence, ils se mettent toujours en danger quoi qu’ils fassent. Ce n’est certes pas une raison pour ne rien faire, mais c’est assurément une bonne raison pour se passer des centrales nucléaires (et des bombes atomiques) qui représentent un danger ultime. Or Onfray entonne le doux refrain susurré depuis 40 ans par la CGT-énergie :

Michel Onfray : "Ici, comme ailleurs, il est temps que, comme avec la diplomatie et la politique étrangère qui échappent au pouvoir du peuple, les élites rendent des comptes aux citoyens. Le nucléaire ne doit pas être remis en question dans son être mais dans son fonctionnement : il doit cesser d’être un reliquat monarchique pour devenir une affaire républicaine."

SL : Il suffirait donc que les citoyens et les salariés de l’atome s’emparent de l’industrie nucléaire, et celle-ci deviendrait miraculeusement "sûre". C’est à nouveau oublier que l’être humain est par nature faillible, mais c’est aussi oublier que la population n’a en grande majorité aucune intention de se transformer en exploitant nucléaire ! Les malheureux qui n’ont pas accès à l’électricité sont souvent instrumentalisés par les atomistes, lesquels accusent les antinucléaires de vouloir maintenir des milliards de gens dans la misère. Mais les pauvres aussi savent se renseigner et s’organiser et, s’ils veulent bien l’électricité, ils rejettent celle issue de l’atome : il n’y a qu’à voir les manifestations antinucléaires ultra-massives en Inde, tant contre un projet de centrale russe que contre celui du français Areva 6.

Conclusion :

Michel Onfray : "L’énergie nucléaire n’a jamais causé aucun mort : Hiroshima et Nagasaki, puis Tchernobyl procèdent du délire militaire américain, puis de l’impéritie industrielle et bureaucratique soviétique, en aucun cas du nucléaire civil en tant que tel." (Féeries anatomiques, 2003)

SL : On retrouve ici exactement le même genre d’arguments que ceux de la tristement célèbre National Rifle Association (le puissant lobby des armes à feu aux USA) qui assure que pistolets et fusils ne tuent personne, la faute étant exclusivement celle des gens qui appuient sur les gâchettes. C’est d’ailleurs formellement exact, formellement mais stupidement car c’est de ainsi que se multiplient les crimes de masse jusque dans les écoles américaines. Pour revenir à nos moutons, on pourra accorder à Michel Onfray, s’il y tient vraiment, que le nucléaire n’a tué personne : ce sont donc les gens qui exploitent le nucléaire qui tuent. Nous voilà bien avancés.

Mais notre propos n’est pas de rivaliser avec Michel Onfray : si jamais il lit cette modeste mise au point, peut-être acceptera-t-il de se renseigner un peu sur l’atome et sa part dans l’électricité mondiale, l’uranium et ses mines en France et au Niger, les centrales et leur prétendue "acceptation" par la population qui n’a pas forcément la chance de fréquenter l’Université populaire de Caen mais qui parvient néanmoins à s’informer et à penser collectivement.

Stéphane Lhomme 
Observatoire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org
28 août 2014

(Et grand merci à l'auteur !)

« Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

3/5/16 La sous­crip­tion est clo­se. Grand mer­ci aux valeu­reux contri­bu­teurs qui ont per­mis la publi­ca­tion de ce modes­te ouvra­ge. Des exem­plai­res res­tent dis­po­ni­bles, en ven­te ci-contre (colon­ne de droi­te).

tcherno2-2-300x211 

 

Mer­ci enco­re !

Fran­çois et Gérard Pon­thieu


Fukushima, cinq ans après : « Ça s’arrose » à l’Écomotive de Marseille

Cinq ans après Fukushima, trente après Tchernobyl, « ça s’arrose » !… On aimerait en rire, si ces deux anniversaires n’étaient synonymes de drames et de dévastations. Ce vendredi 11 mars à Marseille (et ailleurs aussi *), la coopérative d’Europe Écologie-Les Verts organise une soirée Fukushima (programme ci-contre) afin de rappeler que, par ses conséquences incalculables et son étalement dans la durée, une catastrophe nucléaire n’est comparable à aucune autre catastrophe industrielle ou naturelle.

Vendredi à Marseille – Dans le cadre de l'appel de Bruno Boussagol pour l'organisation de 1 000 évènements culturels en France pour commémorer les 5 ans de Fukushima et les 30 ans de Tchernobyl, la coopérative EELV PACA organise à Marseille à l'Écomotive, vendredi 11 mars à partir de 18H30, une soirée culturelle Fukushima, à entrée libre mais limitée en nombre de places.

acteurs_réacteursAu programme :  18h 30  accueil musical par l'orchestre du  Bamboo Orchestra. 19 h  lecture théâtralisée d'extraits de la pièce d'Alain Persat "Acteurs Réacteurs", créée en 2015 sur le thème du nucléaire. 19h 45 débat sur des solutions alternatives aux énergies nucléaires et fossiles, qui peuvent être mises en œuvre à l'échelle d'une famille ou d'une collectivité. Vers 20h 30, repas bio végétarien et local autour d'une grande table.

Pré-réservation nécessaire ici.

Un rappel salutaire au moment où le risque nucléaire revient sur le devant de la scène. Notamment avec le projet de prolonger de dix ans la durée d’exploitation des réacteurs du parc français vieillissant (58 réacteurs, plus l’EPR de Flamanville en cours de construction problématique). Et cela au moment où la Suisse, l’Allemagne et le Luxembourg demandent la fermeture à court terme des centrales frontalières de Fessenheim, Bugey et Cattenom. Au moment encore où EDF se voit ployer sous la charge financière cumulée de trois « héritages » : remise aux normes du parce nucléaire de l’après-Fukushima ; reprise partielle des activités d’Areva – et de sa faillite ; casse-tête des EPR en projet (Grande-Bretagne, Chine) et en construction plus que problématique (Finlande, France) – avec démission du directeur financier de l'électricien…

La bonne nouvelle de ce fatras, si on ose dire, c’est que « notre » électricité si apparemment "compétitive" va augmenter salement dans les mois et années qui viennent (de 30 à 50 % !). Bonne nouvelle en ce sens que le coût réel du nucléaire se dévoilera dans sa réalité crue face aux énergies alternatives renouvelables. Dès lors, les choix énergétiques apparaîtront sans doute, il faut l’espérer, plus évidents.

Fukushima : 11 mars 2011, les réacteurs 1, 2 et 3 et la piscine de désactivation du réacteur 4 de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima Daiichi sont atteints par un séisme majeur puis d’un tsunami. Des incendies suivis d’explosions vont contribuer à ruiner définitivement les installations et relâcher des quantités massives d’effluents radioactifs gazeux et liquides.

Toute une région s’est trouvée ruinée : population évacuée, contamination des personnes, des animaux et des plantes; agriculture et pêche ruinées, terres contaminées par la radioactivité, rejets toxiques dans l’air et dans la mer. Les conséquences d’une telle catastrophe sont humainement inacceptables.

Sur les 300 000 personnes de la préfecture de Fukushima qui ont évacué la zone, jusqu'en août 2013, d'après les chiffres de la Croix-Rouge, approximativement 1 600 morts seraient liées aux conditions d'évacuation, comme l'hébergement en abris d'urgence ou en logement temporaire, l'épuisement dû aux déplacements, l'aggravation de maladies existantes consécutives à la fermeture d'hôpitaux, les suicides, etc. Un évaluation qui est comparable aux 1 599 décès directement causés par le séisme et le tsunami dans la préfecture de Fukushima, en 2011. De nombreuses municipalités refusent d'indiquer la cause exacte du décès, afin de ne pas perturber les futures projections de demande d'indemnisation des familles pour le pretium doloris.

Outre ces décès dans la préfecture de Fukushima, on compte 869 décès dans la préfecture de Miyagi et 413 dans celle d'Iwate.

En juin 2013, pour la seule préfecture de Fukushima, 150 000 personnes étaient encore « réfugiées ». Selon la Croix-Rouge, outre leurs conditions de vie difficiles, ces réfugiés sont affectés par l'incertitude sur la date ou la possibilité d'un retour dans leur habitation d'origine. [Wikipedia].


Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl

Nous avons – mon fils Fran­çois et moi-même – sai­si au vol cet­te sug­ges­tion d’un ami : mar­quer le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986) par la publi­ca­tion d’un album pho­tos et tex­te. D’autant que cet­te idée rejoint l’appel à l’organisation de 1 000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re, entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril (30 ans après Tcher­no­byl).

tcherno2

Nous nous som­mes donc lan­cés dans l’ouvrage, qui est prêt – du moins «sur les écrans ». Nous avons jus­te un peu modé­ré l’élan avant de pas­ser au papier d’édition…D’où cet appel à sou­te­nir l’initiative. D’où cet­te sous­crip­tion afin recueillir les fonds néces­sai­res à la publi­ca­tion puis la dif­fu­sion dans le cadre de cet­te cam­pa­gne anti-nucléai­re.

Vous pou­vez par­ti­ci­per en cli­quant sur le lien d’une cagnot­te élec­tro­ni­que sécu­ri­sée :

https://www.leetchi.com/c/30-ans-apres-tchernobyl

Vous pou­vez aus­si adres­ser un chè­que ou un billet à mon adres­se : Gérard Pon­thieu, 102, rue Jules-Mou­let 13006 Mar­seille.

En contri­buant pour 20 euros, vous rece­vrez l’album chez vous en avant pre­miè­re (nous vous deman­de­rons alors votre adres­se pos­ta­le par cour­riel).

Si vous don­nez plus, vous rece­vrez autant d’exemplaires que de tran­ches de 20 euros. Vous figu­re­rez aus­si dans la lis­te des sous­crip­teurs et serez tenus au cou­rant des éta­pes de fabri­ca­tion, puis de dif­fu­sion de cet album.

À par­tir du lien ci-des­sus, vous trou­ve­rez plus d’information sur cet­te créa­tion de qua­li­té, à tira­ge limi­té. Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ».

Mer­ci d’avance pour votre sou­tien !

Fran­çois et Gérard Pon­thieu


Le Nobel à Svetlana Alexievitch, écrivaine du courage

nobel litterature 2015

© Ph. Peter Gro­th

En attri­buant le Nobel de lit­té­ra­tu­re à Svet­la­na Alexie­vit­ch, le jury de Stock­holm hono­re une magni­fi­que écri­vai­ne et s’honore lui-même. Un choix cou­ra­geux qui consa­cre une fem­me elle-même vouée à témoi­gner du cou­ra­ge face au ter­ri­ble quo­ti­dien de « héros ordi­nai­res ». Un choix qui s’inscrit dans un contex­te géo-poli­ti­que et éco­lo­gi­que des plus trou­bles, affec­tant tou­te l’humanité.

Je suis d’autant plus sen­si­ble à cet­te recon­nais­san­ce que je dois à Svet­la­na Alexie­vit­ch deux livres qui m’ont par­ti­cu­liè­re­ment bou­le­ver­sé : La Sup­pli­ca­tion (1997) et La Guer­re n’a pas un visa­ge de fem­me (1985).

2290300314Le pre­mier, sous-titré Tcher­no­byl, chro­ni­que du mon­de après l’apocalypse, témoi­gne avec for­ce de l’univers ter­ri­fiant d’après la catas­tro­phe ; les témoi­gna­ges ras­sem­blés don­nent au dra­me sa dimen­sion plei­ne­ment humai­ne, dépein­te sans arti­fi­ce aucun par les témoins et acteurs directs. Une « réa­li­té noi­re », signi­fi­ca­tion lit­té­ra­le de « Tcher­no­byl », ain­si que le sou­li­gne un pho­to­gra­phe, expli­quant pour­quoi il ne prend pas de pho­tos en cou­leur…

Plus loin, un liqui­da­teur racon­te com­ment se blo­quaient les dosi­mè­tres éta­lon­nés jusqu’à deux cents rönt­gens, tan­dis que des jour­naux écri­vaient : « Au-des­sus du réac­teur, l’air est pur » ! « On nous don­nait des diplô­mes d’honneur. J’en ai deux. Avec Marx, Engels, Léni­ne et des dra­peaux rou­ges. »

Une fem­me, épou­se d’un liqui­da­teur, racon­te l’agonie de son hom­me : « Un matin, au réveil, il ne pou­vait pas se lever. Et ne pou­vait rien dire… Il ne pou­vait plus par­ler… Il avait de très grands yeux… C’est seule­ment à ce moment-là qu’il a eu peur… […] Il nous res­tait une année. […] L’homme que j’aimais tel­le­ment […] se trans­for­mait devant mes yeux… en un mons­tre… » Le res­te de ce témoi­gna­ge, oui, c’est une sup­pli­ca­tion ; elle est insup­por­ta­ble et pour­tant on se doit de la lire jusqu’au bout.

Pour l’Union sovié­ti­que, cet­te catas­tro­phe a son­né le début de la fin, qui eut lieu trois ans après. Ses cau­ses en sont autant poli­ti­ques que tech­ni­ques, contrac­tion implo­si­ve d’un sys­tè­me dément et d’une incon­sé­quen­ce scien­tis­te.

Ce livre consti­tue aus­si le plai­doyer le plus impla­ca­ble contre l’énergie nucléai­re dite « paci­fis­te ». Rap­pel : Il y a plus de 400 réac­teurs nucléai­res dans le mon­de – dont 58 en Fran­ce.

415EtMbteHL._SX317_BO1,204,203,200_

-

Autre grand livre : La guer­re n’a pas un visa­ge de fem­me… mais les fem­mes ont été de tou­tes les guer­res. En par­ti­cu­lier les fem­mes rus­ses enrô­lées dans l’Armée rou­ge et envoyées au front contre les Alle­mands : auxi­liai­res de tou­tes sor­tes, de tou­tes cor­vées, blan­chis­seu­ses de lin­ge gor­gé de sang, infir­miè­res, bran­car­diè­res, méde­cins, cui­si­niè­res, puis com­bat­tan­tes, tireurs d’élite. Des héroï­nes au même titre que les liqui­da­teurs de Tcher­no­byl. Avec leurs témoi­gna­ges tout aus­si insup­por­ta­bles.

• Svet­la­na Alexan­drov­na Alexie­vit­ch, écri­vai­ne et jour­na­lis­te rus­so­pho­ne, ukrai­nien­ne par sa mère et bié­lo­rus­se par son père, est une dis­si­den­te irré­duc­ti­ble, tant sous le régi­me sovié­ti­que que dans la Rus­sie pou­ti­nien­ne et la Bié­lo­rus­sie du dic­ta­teur Lou­ka­chen­ko.

On lui doit aus­si Cer­cueils de zinc (1991), sur la guer­re sovié­to-afgha­ne, Ensor­ce­lés par la mort, récits (1995), sur les sui­ci­des de citoyens rus­ses après la chu­te du com­mu­nis­me et Der­niers Témoins (2005), témoi­gna­ges de fem­mes et d’hommes qui étaient enfants pen­dant la Secon­de Guer­re mon­dia­le. Enfin, en 2013, La Fin de l’homme rou­ge ou le temps du désen­chan­te­ment, recueille des cen­tai­nes de témoi­gna­ges dans l’ex-URSS (prix Médi­cis essai et « meilleur livre de l’année » par le maga­zi­ne Lire.)

Le prix Nobel de lit­té­ra­tu­re la consa­cre pour « son œuvre poly­pho­ni­que, mémo­rial de la souf­fran­ce et du cou­ra­ge à notre épo­que ».

 

Lire aus­si : Tcher­no­byl – Fuku­shi­ma. 25 ans après, « la leçon de Tcher­no­byl n’a pas été appri­se »

Tcher­no­byl. La ter­reur par le Men­son­ge


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

  • Traduire :

  • Abonnez-vous !

    Saisissez votre @dresse pour vous abonner à « C’est pour dire » et recevoir un courriel à chaque nouvel article publié.

  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le mon­de chan­ge »

  • Catégories d’articles

  • Salut cousin !

    Je dou­te donc je suis - gp

  • Calendrier

    mars 2017
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Fév  
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    2728293031 
    Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress