On n'est pas des moutons

Mot-clé: Palestine

Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juillet 2012, un extrait de 14 minu­tes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musul­mans était pos­tée sur You­Tu­be, met­tant le feu aux pou­dres isla­mis­tes. Dès le 11 sep­tem­bre, des atta­ques furent menées, notam­ment, contre des mis­sions diplo­ma­ti­ques états-unien­nes. Furent ain­si pri­ses d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égyp­te et le consu­lat à Ben­gha­zi (Libye) où l’on déplo­ra qua­tre morts, dont l’ambassadeur.

Inno­cen­ce of Mus­lims, pro­dui­te en 2012, fut alors attri­buée à un cer­tain Nakou­la Bas­se­ley Nakou­la, un cop­te égyp­tien rési­dant en Cali­for­nie, sous le pseu­do­ny­me de « Sam Baci­le ». Selon lui, il s’agissait de dénon­cer les hypo­cri­sies de l’islam en met­tant en scè­ne des pas­sa­ges de la vie de Maho­met…

À cet­te occa­sion, une de plus, j’avais publié un arti­cle sur lequel je viens de retom­ber et qui me sem­ble tou­jours assez actuel, hélas, pour le publier à nou­veau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habille­ment. Et tou­jours les déchaî­ne­ments fana­ti­ques, des affron­te­ments, des vio­len­ces, des morts.

Il a donc suf­fi d’une vidéo de dix minu­tes pour rani­mer la flam­me du fana­tis­me isla­mis­te. Cet­te actua­li­té atter­ran­te et cel­le des vingt ans pas­sés le mon­trent : des trois reli­gions révé­lées, l’islam est aujourd’hui la plus contro­ver­sée, voi­re reje­tée 1. Tan­dis que la judaï­que et la chré­tien­ne, tapies dans l’ombre tapa­geu­se de leur concur­ren­te, font en quel­que sor­te le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peu­vent se don­ner à voir com­me les « meilleu­res », alors qu’elles n’ont pas man­qué d’être les pires dans leurs épo­ques his­to­ri­ques flam­boyan­tes, et qu’elles ne sont tou­jours pas en res­te pour ce qui est de leurs dog­mes, les plus rétro­gra­des et répres­sifs. 2

Préa­la­ble : par­ler « reli­gions » ici c’est consi­dé­rer les appa­reils, et non pas leurs adep­tes, ni leurs vic­ti­mes plus ou moins consen­tan­tes. C’est donc par­ler des cler­gés, des dog­mes et des cohor­tes acti­vis­tes et pro­sé­ly­tes. On en dirait autant des idéo­lo­gies, dont les pires – fas­cis­tes et nazies –, construi­tes com­me des reli­gions, ont enta­ché l’Histoire selon des sché­mas simi­lai­res. Donc, dis­tin­guer les « hum­bles pécheurs » consen­tants, ou mys­ti­fiés par leurs « libé­ra­teurs », tout com­me on ne confon­dra pas ces mili­tants aux grands cœurs abu­sés par les Sta­li­ne, Hit­ler et autres tyrans de tous les temps.

Par­lons donc de l’islam poli­ti­que, mis en exhi­bi­tion dra­ma­ti­que sur la scè­ne pla­né­tai­re, vou­lant en quel­que sor­te se prou­ver aux yeux du mon­de. Aus­si recourt-il à la vio­len­ce spec­ta­cu­lai­re, cel­le-là même qui le rend cha­que jour plus haïs­sa­ble et le ren­for­ce du même coup dans sa pro­pre et vin­di­ca­ti­ve déses­pé­ran­ce. Et ain­si appa­raît-il à la fois com­me cau­se et consé­quen­ce de son pro­pre enfer­me­ment dans ce cer­cle vicieux.

Que recou­vre l’islamisme, sinon peut-être la souf­fran­ce de cet­te frac­tion de l’humanité qui se trou­ve mar­gi­na­li­sée, par la fau­te de cet « Occi­dent » cor­rom­pu et « infi­dè­le » ? C’est en tout cas le mes­sa­ge que ten­te de fai­re pas­ser auprès du mil­liard et plus de musul­mans répar­tis sur la pla­nè­te, les plus acti­vis­tes et dji­ha­dis­tes de leurs meneurs, trop heu­reux de déchar­ger ain­si sur ce bouc émis­sai­re leur pro­pre part de res­pon­sa­bi­li­té quant à leur mise en mar­ge de la « moder­ni­té ». Moder­ni­té à laquel­le ils aspi­rent cepen­dant en par­tie – ou tout au moins une part impor­tan­te de la jeu­nes­se musul­ma­ne. D’où cet­te puis­san­te ten­sion inter­ne entre inté­gris­me mor­ti­fè­re et désir d’affranchissement des contrain­tes obs­cu­ran­tis­tes, entre géron­to­cra­tes inté­gris­tes et jeu­nes­ses reven­di­ca­ti­ves. D’où cet­te pres­sion de « cocot­te minu­te » et ces mani­fes­ta­tions col­lec­ti­ves sans les­quel­les les socié­tés musul­ma­nes ris­que­raient l’implosion. D’où, plus avant, les « prin­temps ara­bes » et leurs nor­ma­li­sa­tions poli­ti­ques suc­ces­si­ves – à l’exception nota­ble de la Tuni­sie.

Un nou­vel épi­so­de de pous­sées clé­ri­ca­les d’intégrisme se pro­duit donc aujourd’hui avec la pro­mo­tion d’une vidéo déni­grant l’islam dif­fu­sée sur la toi­le mon­dia­le et attri­buée à un auteur israé­lo-amé­ri­cain – ou à des sour­ces indé­fi­nies 3. Pré­tex­te à rani­mer – si tant est qu’elle se soit assou­pie – la flam­me des fana­ti­ques tou­jours à l’affût.

On pour­rait épi­lo­guer sur ces condi­tion­ne­ments rep­ti­liens (je par­le des cer­veaux, pas des per­son­nes…) qui se déchaî­nent avec la plus extrê­me vio­len­ce à la moin­dre pro­vo­ca­tion du gen­re. De tout récents ouvra­ges et arti­cles ont ravi­vé le débat, notam­ment depuis la nou­vel­le fiè­vre érup­ti­ve qui a sai­si les sys­tè­mes mono­théis­tes à par­tir de son foyer le plus sen­si­ble, à savoir le Moyen Orient. De là et, par­tant, de la sous-région, depuis des siè­cles et des siè­cles, au nom de leur Dieu, juifs, chré­tiens, musul­mans – et leurs sous-divi­sions pro­phé­ti­ques et sec­tai­res – ont essai­mé sur l’ensemble de la pla­nè­te, ins­tal­lé des comp­toirs et des états-majors, lan­cé escoua­des et armées entiè­res, tor­tu­ré et mas­sa­cré des êtres humains par mil­lions, au mépris de la vie hic et nunc, main­te­nant et ici-bas sur cet­te Ter­re, elle aus­si mar­ty­ri­sée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypo­thé­ti­que, pros­cri­vant à cha­cun sa libre conscien­ce et l’art d’arranger au mieux la vie brè­ve et, de sur­croît, pour le bien de l’entière huma­ni­té.

Va pour les croyan­ces, qu’on ne dis­cu­te­ra pas ici… Mais qu’en est-il de ces sys­tè­mes sécu­liers pro­li­fé­rant sur les plus noirs obs­cu­ran­tis­mes ? On par­le aujourd’hui de l’islam par­ce que les guer­res reli­gieu­ses l’ont repla­cé en leur cen­tre ; ce qui per­met aux deux autres de se revir­gi­ni­ser sur l’air de la modé­ra­tion. Par­ce que l’islamisme « modé­ré » – voir en Tuni­sie, Libye, Égyp­te ; en Iran, Iraq, Afgha­nis­tan, Pakis­tan, etc. – n’est jamais qu’un oxy­mo­re auquel judaïs­me et chris­tia­nis­me adhè­rent obsé­quieu­se­ment, par « cha­ri­té bien com­pri­se » en direc­tion de leur pro­pre « modé­ra­tion », une sor­te d’investissement sur l’avenir autant que sur le pas­sé lourd d’atrocités. Pas­sé sur lequel il s’agit de jeter un voi­le noir, afin de nier l’Histoire au pro­fit des mytho­lo­gies mono­théis­tes, les affa­bu­la­tions entre­te­nues autour des mes­sies et pro­phè­tes, dont les « bio­gra­phies » incer­tai­nes, polies par le temps autant que mani­pu­lées, per­met­tent, en effet, de jeter pour le moins des dou­tes non seule­ment sur leur réa­li­té exis­ten­tiel­le, mais sur­tout sur les inter­pré­ta­tions dont ces figu­res ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Maho­met tel que dépeint ici ou là – c’est selon évi­dem­ment – com­me igna­re, voleur, mani­pu­la­teur, cupi­de et ama­teur de fillet­tes ? Pas plus réel que sa divi­ni­sa­tion, ni cel­le de Moï­se et de Jésus construits hors de leur pro­pre réa­li­té, selon des contes infan­ti­les psal­mo­diés et fai­sant appel à la plus tota­le cré­du­li­té.

Mais, admet­tons que les hom­mes aient créé leurs dieux par néces­si­té, cel­le de com­bler leurs angois­ses exis­ten­tiel­les, de pan­ser leurs misè­res, leurs ver­ti­ges face à l’univers et devant l’inconnu des len­de­mains et d’après la mort. Admet­tons cela et regar­dons l’humanité dans la pers­pec­ti­ve de son deve­nir et de son évo­lu­tion – dans le fait de se lever sur ses deux jam­bes et même de se mon­ter sur la poin­te des pieds pour ten­ter de voir « par des­sus » ce qui abais­se, s’élever dans la condi­tion d’humains dési­rant, par­lant, connais­sant, com­pre­nant, aimant.

Alors, ces reli­gions d’ « amour », ont-elles appor­té la paix, la vie libre et joyeu­se, la jus­ti­ce, la connais­san­ce ? Et la tolé­ran­ce ? Ou ont-elles alié­né hom­mes et fem­mes – sur­tout les fem­mes… –, mal­trai­té les enfants, mépri­sé les ani­maux ; incul­qué la culpa­bi­li­té et la sou­mis­sion ; atta­qué la phi­lo­so­phie et la scien­ce ; colo­ni­sé la cultu­re et impré­gné jusqu’au lan­ga­ge ; jeté des inter­dits sur la sexua­li­té et les mœurs (contra­cep­tion, avor­te­ment, maria­ge et même l’alimentation) ; com­man­dé à la poli­ti­que et aux puis­sants…

Torah, Bible, Évan­gi­les, Coran – com­ment admet­tre que ces écrits, et a for­tio­ri un seul, puis­se conte­nir et expri­mer LA véri­té ? Par quels renon­ce­ments l’humain a-t-il che­mi­né pour fina­le­ment dis­sou­dre sa ratio­na­li­té et son juge­ment ? Mys­tè­re de la croyan­ce… Soit ! enco­re une fois pas­sons sur ce cha­pi­tre de l’insondable ! Mais, tout de même, la reli­gion com­me sys­tè­me sécu­lier, com­me ordre ecclé­sial, avec ses cohor­tes, ses palais, ses for­te­res­ses spi­ri­tuel­les et tem­po­rel­les… Son his­toi­re mar­quée en pro­fon­deur par la vio­len­ce : croi­sa­des, Inqui­si­tion (je voyais l’autre soir sur Arte, Les Fan­tô­mes de Goya, de Milos For­man… ; une his­toi­re de tout jus­te deux siè­cles !), guer­res reli­gieu­ses, Saint-Bar­thé­le­my, les bûchers, et aus­si les colo­ni­sa­tions, eth­no­ci­des, sou­tiens aux fas­cis­mes… Ça c’est pour le judéo-chris­tia­nis­me.

Côté isla­mis­me, qui dit se dis­pen­ser de cler­gé, son empri­se ne s’en trou­ve que plus entiè­re­ment diluée dans les socié­tés, d’où l’impossible laï­cis­me des isla­mis­tes, se vou­draient-ils « modé­rés ». Et que pen­ser de cet­te vio­len­ce endé­mi­que deve­nue syno­ny­me d’islam, jus­que dans nos contrées d’immigration où d’autres extré­mis­mes en nour­ris­sent leurs fonds de com­mer­ce natio­na­lis­tes ? Sans dou­te un héri­ta­ge du Coran lui-même et de Maho­met pré­sen­té dans son his­toi­re com­me le « Maî­tre de la ven­gean­ce » et celui qui anéan­tit les mécréants… Voir sur ce cha­pi­tre les nom­breu­ses sou­ra­tes invo­quant l’anéantissement des juifs, chré­tiens et infi­dè­les – tan­dis que, plus loin, d’autres ver­sets pro­mul­guent une « sen­ten­ce d’amitié » – contra­dic­tion ou signe oppor­tu­nis­te de « tolé­ran­ce » ? Voir en répon­se les fat­was de condam­na­tion à mort – dont cel­les de Sal­man Rush­die par Kho­mei­ny (avec mise à prix rehaus­sée des jours-ci ! 4) et de Tas­li­ma Nas­reen qui a dû s’exiler de son pays, le Ben­gla­de­sh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Amster­dam, poi­gnar­dé puis ache­vé de huit bal­les et égor­gé en plei­ne rue ; dans un docu­men­tai­re, il venait de dénon­cer le trai­te­ment réser­vé aux fem­mes dans l’islam.[Le voir ci-des­sous.] 5

Même dou­ble lan­ga­ge chez le dieu juif Yah­vé pour jus­ti­fier…l’extermination de cer­tains peu­ples de Pales­ti­ne (dont les Cana­néens…) Cela en ver­tu du fait que les juifs seraient « le peu­ple élu de Dieu », dont le pre­mier com­man­de­ment est « Tu ne tue­ras pas » ! Ce fan­tas­me juif ali­men­te en les légi­ti­mant le colo­nia­lis­me et ce qui s’ensuit en Pales­ti­ne et l’affrontement des théo­cra­ties. Affron­te­ment éga­le­ment par affi­dés inter­po­sés et leurs États ou orga­ni­sa­tions ter­ro­ris­tes : Bush contre Al Quaï­da, Tsa­hal contre le Hez­bol­lah, « kami­ka­zes » contre popu­la­tion civi­le. Vio­len­ces innom­ma­bles, guer­res sans fin.

Quant au film « blas­phé­ma­toi­re » qui agi­te de plus bel­le les fana­ti­ques isla­mis­tes, il est curieux que nos médias de mas­se, radios et télés, sem­blent en contes­ter la légi­ti­mi­té du fait qu’il serait bri­co­lé, mal fice­lé, « pas pro »… Com­me s’il s’agissait d’une ques­tion d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses com­man­di­tai­res, il fait bien appa­raî­tre par les répli­ques qu’il pro­vo­que le niveau de fana­tis­me impré­gnant les pays musul­mans. Ce qui s’était déjà pro­duit avec les cari­ca­tu­res danoi­ses de Maho­met, dont cer­tains avaient, de même, contes­té la qua­li­té artis­ti­que ! Et Goya, au fait, lorsqu’il repré­sen­tait les visa­ges de l’Inquisition, était-ce bien esthé­ti­que ? 6

La ques­tion ne por­te aucu­ne­ment sur la natu­re du « sacri­lè­ge » mais sur la dis­pro­por­tion de la répli­que engen­drée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses col­la­bo­ra­teurs en Libye, vic­ti­mes sacri­fi­ciel­les et à ce titre tota­le­ment ins­cri­tes dans un pro­ces­sus d’expiation reli­gieu­se !

Et plus près de nous, que dire des pro­vo­ca­tions menées à Paris devant l’ambassade amé­ri­cai­ne ? Et aus­si à La Cour­neu­ve, lors de la fête de l’Huma où Caro­li­ne Fou­rest a été cha­hu­tée, mena­cée, insul­tée et empê­chée de débat­tre – entre autres sur ces ques­tions d’intégrisme qui font les choux gras du Front natio­nal !

Com­me quoi, pour résu­mer, une insul­te contre la foi – ou ce qui en tient lieu –consti­tue un cri­me plus gra­ve que de s’en pren­dre à un être vivant.

17 sep­tem­bre 2012

Notes:

  1. En dehors du mon­de musul­man, évi­dem­ment… Bien que des oppo­si­tions plus ou moins décla­rées appa­rais­sent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïs­me : cet­te reli­gion sans visée pla­né­tai­re direc­te retrou­ve tou­te­fois le chris­tia­nis­me – ne dit-on pas le judéo-chris­tia­nis­me ? – et l’islamisme dans cet­te même volon­té de péné­trer jus­que dans les têtes et les ven­tres de cha­cun. En ce sens, cel­les qui se pré­sen­tent com­me les « meilleu­res » par­vien­nent bien à être les pires dans leurs manœu­vres per­ma­nen­tes d’aliénation. De même que leur « modé­ra­tion » demeu­re rela­ti­ve à leur stra­té­gie hégé­mo­ni­que.
  3. Sour­ces qui demeu­rent enco­re floues qua­tre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma ver­sion de sep­tem­bre 2012, j’avais man­qué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hir­si Ali, fem­me poli­ti­que et écri­vai­ne néer­lan­do-soma­lien­ne connue pour son mili­tan­tis­me contre l’excision et ses pri­ses de posi­tion sur la reli­gion musul­ma­ne. Elle fut mena­cée de mort par Moham­med Bouye­ri, assas­sin du cinéas­te Theo van Gogh, notam­ment à la sui­te de sa par­ti­ci­pa­tion au court-métra­ge du réa­li­sa­teur qui dénon­çait les vio­len­ces fai­tes aux fem­mes dans les pays musul­mans.
  6. Le Guer­ni­ca de Picas­so n’est pas non plus une œuvre esthé­ti­que !

Gaza. « Un scandale du point de vue moral et un acte criminel » s’indigne Ban Ki-moon

Il exis­te, hélas, des chi­rur­giens qu’on qua­li­fie de bou­chers. Par­ce qu’ils ne sont pas dignes de leur métier consis­tant par prin­ci­pe à soi­gner, ou à ten­ter de le fai­re, au mieux de son savoir et de son éthi­que. C’est même injus­te de com­pa­rer ceux-là à des bou­chers, infâ­mant à l’égard de ceux-ci qui, le plus sou­vent, font bien leur métier, c’est-à-dire avec conscien­ce et l’amour du tra­vail bien fait.

En fait, je par­le ici, pour les dénon­cer autant que je peux, avec le sou­ci du tra­vail bien fait de l’informateur-citoyen indi­gné : je ne par­le pas à la légè­re d’impressions sub­jec­ti­ves. Je dénon­ce avec rigueur et déter­mi­na­tion ces mau­vais et ter­ri­ble bou­chers mili­tai­res agis­sant au nom d’Israël et sous cou­vert de « frap­pes chi­rur­gi­ca­les »,  non plus seule­ment pour se défen­dre donc, mais désor­mais pour se ven­ger et cau­ser du mal, du grand mal, du ter­ri­ble mal : de la mort, de la dou­leur, de la misè­re. L’abomination.

Voi­là ce que j’entends ce matin dans le pos­te, puis ce que je lis :

Après un nou­veau bom­bar­de­ment sur une éco­le de l’ONU, qui a tué au moins dix Pales­ti­niens, Israël fait face à l’indignation inter­na­tio­na­le, alors même que l’Etat hébreu  opé­rait diman­che un début de retrait de ses trou­pes au sol dans la ban­de de Gaza. En gui­se de défen­se, l’armée israé­lien­ne a décla­ré qu’elle avait  « pris pour cibles trois ter­ro­ris­tes du Dji­had isla­mi­que [...] à proxi­mi­té d’une éco­le de l’UNRWA [Offi­ce de secours et de tra­vaux des Nations unies pour les réfu­giés de Pales­ti­ne dans le Pro­che-Orient] à Rafah »» et qu’elle exa­mi­nait les  « consé­quen­ces » de cet acte, sans en recon­naî­tre for­mel­le­ment la res­pon­sa­bi­li­té. Au vingt-sep­tiè­me jour de conflit, 71 per­son­nes ont péri dans le seul sec­teur de Rafah, à la sui­te du pilon­na­ge inten­sif de la vil­le, selon les ser­vi­ces de secours locaux. C’est la troi­siè­me fois qu’une éco­le de l’ONU est ain­si tou­chée, après les bom­bar­de­ments visant Beit Hanoun et Jaba­liya, les 24 et 31 juillet, qui ont fait une tren­tai­ne de morts, alors qu’Israël affir­me pro­cé­der à des frap­pes « chi­rur­gi­ca­les  »  (C’est moi qui sou­li­gne). « C’est un scan­da­le du point de vue moral et un acte cri­mi­nel », ain­si qu’une « nou­vel­le vio­la­tion fla­gran­te du droit huma­ni­tai­re inter­na­tio­nal », s’est indi­gné le secré­tai­re géné­ral de l’ONU, Ban Ki-moon. Les Etats-Unis, prin­ci­paux alliés d’Israël, se sont dits « conster­nés  » par un  « bom­bar­de­ment hon­teux » . Face au tol­lé inter­na­tio­nal, Israël a annon­cé une trê­ve de sept heu­res ce lun­di, entre 9 heu­res et 16 heu­res, heu­re fran­çai­se). Le ces­sez-le-feu exclut l’est de Rafah, où les affron­te­ments conti­nuent. [lemonde.fr]

Le coup des « frap­pes chi­rur­gi­ca­les », on connaît ! Côté « chi­rur­giens-bou­chers », on a été ser­vis avec Geor­ge W. Bush en Irak et pour ven­ger le 11 sep­tem­bre. On a vu, on voit le résul­tat !

Qu’espère donc ce gou­ver­ne­ment ultra de « néo-conser­va­teurs » israé­liens ? Jus­te­ment, à quel­le espé­ran­ce pour­rait-il pré­ten­dre enco­re ? En la paix ? En la sécu­ri­té ? En la digni­té ? En la divi­ni­té – pen­dant qu’on y est !

Le mur des dieux uniques

Quel­le peut bien être la hié­rar­chie des valeurs qui déter­mi­nent les anta­go­nis­mes meur­triers de ce conflit sécu­lai­re (mil­lé­nai­re ?) ? Car il ne sau­rait être ques­tion, dans ce dérè­gle­ment mons­trueux, d’absoudre les extré­mis­tes de l’autre bord, les isla­mis­tes. La par­tie archaï­que des « frè­res enne­mis » remon­tant aux mythes fon­da­teurs des deux sys­tè­mes théo­cra­ti­ques, on peut se deman­der en quoi et com­ment des amé­na­ge­ments « moder­nes » pour­raient condui­re à la paix sans éra­di­quer – à la raci­ne – cet­te patho­lo­gie ?

« Amé­na­ge­ments moder­nes », autre­ment dit : le par­ta­ge des ter­ri­toi­res tel qu’il fut en prin­ci­pe déci­dé et acté par les accords inter­na­tio­naux, estam­pillé par l’ONU, etc. – et aus­si peu res­pec­té que tou­jours bafoué ; donc l’établissement de fron­tiè­res com­mu­nes entre deux États recon­nus, à com­men­cer par eux-mêmes ; donc une coopé­ra­tion éco­no­mi­que basée sur les par­ta­ges équi­ta­bles de l’eau et des riches­ses du sous-sol, dont le pétro­le (aie aie !), les accès à  la mer ; donc… une uto­pie tota­le, sté­ri­le, venant se fra­cas­ser contre ce mur – au pro­pre com­me au figu­ré – dres­sé entre Yah­vé et Allah, au nom du mono­théis­me… qui pos­tu­le l’existence d’un Dieu uni­que !

Si, com­me je le pen­se, les hom­mes ont inven­té les dieux, et non l’inverse, le sens de l’évolution en direc­tion d’une Huma­ni­té digne de ce nom devrait viser l’affranchissement des croyan­ces ances­tra­les. Mais nous tou­chons là à un pro­ces­sus rele­vant du temps long de l’évolution. Pro­ces­sus de l’évolution dont on sait, depuis Dar­win notam­ment, qu’il dépend à part inéga­les et aléa­toi­res du hasard et de la néces­si­té. La tâche est donc rude pour l’Homo sapiens de s’ériger [erec­tus] en sage. Voir à ce pro­pos la noti­ce lit­té­ra­le­ment ren­ver­san­te de Wiki­pe­dia consa­crée aux actuels conflits dans le mon­de. Où l’on décou­vre deux tableaux (et quels tableaux !) dres­sant la lita­nie des guer­res à l’intérieur de l’espèce humai­ne, clas­sées (par com­mo­di­té…) entre cel­les qui cau­sent plus ou moins d’un mil­lier de morts par an. C’est là, sous l’intitulé « Lis­te des guer­res moder­nes ». En voi­ci un aper­çu illus­tré :

carte-conflits-monde

car­ré mar­ron – dif­fi­cul­tés poli­ti­ques
car­ré bleu – conflits en cours de réso­lu­tion
rond vert – zones de ten­sion
étoi­le noi­re – ten­sions eth­ni­ques ou civi­les
losan­ge rou­ge – zones de guer­re •  D’après http://buzzles.org/

 

Rony Brau­man - Régis Debray - Chris­tia­ne Hes­sel - Edgar Morin vien­nent d’adresser, via Le Mon­de de ce jour, un appel à Hol­lan­de, en gros pour qu’il se bou­ge le cul sur le dra­me de Gaza. Auront-ils plus de poids que des zigues dans mon gen­re ? [On peut rêver…].  En atten­dant, cet appel se trou­ve ci-des­sous :

Appel à Hol­lan­de 4:8:14


Gaza. « Une nuit “particulièrement” meurtrière… » Un silence “particulièrement” assourdissant

gaza

Je reçois ça du « Mon­de » ce matin, par inter­net… La rou­ti­ne, si ce n’est l’adverbe : « par­ti­cu­liè­re­ment ». Avant ça, non, de la rigo­la­de. On mon­te donc d’un cran. Déri­soi­re. Il est des moments où cet­te pseu­do neu­tra­li­té jour­na­lis­ti­que consti­tue un outra­ge au devoir d’indignation. Non pas qu’il faille néces­sai­re­ment pren­dre par­ti, tant qu’on se veut média d’information. Mais au moins crier, hur­ler à la paix ! Inter­pel­ler sans relâ­che les « grands » du Mon­de, invo­quer la Paix, à la Jau­rès, se lever sur tou­tes les tri­bu­nes pos­si­bles pour fai­re arrê­ter le mas­sa­cre !

Dans le sud de Gaza, le 1er août. | AP/Khalil Hamra

Dans le sud de Gaza, le 1er août. | AP/Khalil Ham­ra

Voyez cet­te insou­te­na­ble pho­to ci-des­sus. Com­ment jus­ti­fier ce qui l’a pro­vo­quée ? La har­gne de des­truc­tion, la… solu­tion fina­le ? Je sais, Israël est agres­sé, mena­cé, nié par une hor­de de tueurs fana­ti­ques. Oui mais, les autres… Ne cher­chons pas ici à remon­ter aux sour­ces de l’indémêlable conflit entre ter­ri­toi­res, entre mono­théis­mes et domi­na­tions éco­no­mi­ques. Les extré­mis­mes sont indé­fen­da­bles, mais la Paix, oui !  Et que font, que disent, que pro­tes­tent, que pro­po­sent, que « agis­sent » nos cau­seurs sans cau­se, nos paci­fis­tes sans paix, nos poli­ti­ciens sans poli­ti­que ?

gaza-israel

Comp­ter les vic­ti­mes. Les info­gra­phes ont renon­cé à l’image des pla­teaux de la balan­ce…

Tan­dis qu’ici, contraints au spec­ta­cle média­ti­que, à comp­ter les morts, impuis­sants ou tout jus­te auto­ri­sés, sauf inter­dic­tion, à quel­que manif” de rue par un gou­ver­ne­ment fon­ciè­re­ment lâche, sans enga­ge­ment ni paro­le – et donc sans avoir à la tenir, allant et venant dans le douillet maquis diplo­ma­ti­que. Hol­lan­de, Valls, Fabius, bro­chet­te de la hon­te.

Donc, on célè­bre « Qua­tror­ze », la « Gran­de Guer­re ». On fait reten­tir le toc­sin, vibrer les clo­chers et, au fond, glo­ri­fier Clé­men­ceau plu­tôt que Jau­rès – la défai­te de la Paix sur la « Vic­toi­re », quit­te à remet­tre « ça » vingt ans après.

IMG_9169

Venel­les, 2/8/14 .Com­me en Qua­tor­ze. (Ph. gp)

Et ces com­bat­tants, cré vingt dieux, ne seraient-ils pas prêts – du moins en gueu­le – à repar­tir com­me en Qua­tor­ze ?

 


Gaza. Des crimes de guerre que l’on n’accepterait nulle part ailleurs. Pourquoi alors les accepter en Palestine ?

Une nou­vel­le sal­ve de vio­len­ces vient d’éclater entre Israël et la Pales­ti­ne et une fois enco­re, des enfants meu­rent. Les seuls appels au ces­sez-le-feu ne mar­chent pas, nous le savons. Il est temps de lan­cer des actions non-vio­len­tes pour met­tre fin une fois pour tou­tes à des décen­nies de cau­che­mar.

israel-gaza-enfants palestiniens-victimes-de-guerre

Ph. Avaaz

Nos gou­ver­ne­ments ont échoué -- tout en négo­ciant la paix et en adop­tant des réso­lu­tions à l’ONU, ils conti­nuent, via leurs entre­pri­ses, à finan­cer, à tirer pro­fit et à inves­tir dans la vio­len­ce. La seule maniè­re de met­tre un frein à ce cer­cle vicieux de confis­ca­tion des ter­res des famil­les inno­cen­tes, de puni­tions col­lec­ti­ves, de lan­ce­ment de roquet­tes du Hamas, et de bom­bar­de­ments sur Gaza est de ren­dre le coût éco­no­mi­que du conflit insou­te­na­ble.

Nous savons que ça mar­che -- la direc­ti­ve euro­péen­ne empê­chant le finan­ce­ment des colo­nies illé­ga­les avait cau­sé un séis­me au sein du gou­ver­ne­ment israé­lien. La déci­sion du fonds de pen­sion néer­lan­dais PGGM de se reti­rer des colo­nies illé­ga­les sui­te à un appel citoyen avait éga­le­ment créé une tem­pê­te poli­ti­que.

Gaza : au moins 100 Palestiniens tués, le plus lourd bilan depuis le début de l’offensive

Cela ne met­tra cer­tai­ne­ment pas fin aux tue­ries, mais l’Histoire nous a mon­tré que sou­vent, le che­min de la paix pas­se par l’augmentation du coût de l’oppression. Cli­quez sur le lien pour exhor­ter six ban­ques, fonds de pen­sion et entre­pri­ses à met­tre un ter­me à ces inves­tis­se­ments -- si nous réus­sis­sons à fai­re mon­ter la pres­sion, ces éta­blis­se­ments pour­raient se reti­rer, cela por­te­rait un coup à l’économie israé­lien­ne, et nous pour­rions déjouer les cal­culs poli­ti­ques des extré­mis­tes qui pro­fi­tent poli­ti­que­ment de l’horreur:

Lors des cinq der­niè­res semai­nes, trois ado­les­cents israé­liens ont été assas­si­nés en Cis­jor­da­nie, un jeu­ne pales­ti­nien a été brû­lé vif, un ado­les­cent amé­ri­cain a été bru­ta­le­ment frap­pé par la poli­ce israé­lien­ne et plus de 40 enfants de Gaza sont morts sous les raids aériens israé­liens. Ce n’est plus “le conflit israé­lo-pales­ti­nien”, c’est une guer­re contre les enfants. Et nous som­mes en train de deve­nir insen­si­bles à cet­te igno­mi­nie. Des médias font pas­ser cet­te guer­re pour un conflit inso­lu­ble entre deux bel­li­gé­rants égaux, mais ce n’est pas de cela dont il s’agit. Les atta­ques des extré­mis­tes pales­ti­niens contre des civils inno­cents doi­vent être condam­nées et ces­ser, mais c’est la spo­lia­tion du peu­ple pales­ti­nien qui est à la raci­ne du conflit. Israël occu­pe, colo­ni­se, bom­bar­de, atta­que et contrô­le l’eau, le com­mer­ce et les fron­tiè­res d’un État libre et recon­nu par les Nations Unies. À Gaza, Israël a créé la plus gran­de pri­son à ciel ouvert du mon­de, puis lui a impo­sé un blo­cus. Aujourd’hui, alors que les bom­bes pleu­vent, les famil­les n’ont aucun endroit où se réfu­gier.

Ce sont des cri­mes de guer­re que l’on n’accepterait nul­le part ailleurs. Pour­quoi alors les accep­ter en Pales­ti­ne? Il y a cin­quan­te ans, Israël et ses voi­sins ara­bes sont entrés en guer­re et Israël a occu­pé la Cis­jor­da­nie et la ban­de de Gaza. Occu­per un ter­ri­toi­re après une guer­re est cho­se com­mu­ne, mais aucu­ne occu­pa­tion mili­tai­re ne devrait se trans­for­mer en des dizai­nes d’années de tyran­nie, qui ne pro­fi­te qu’aux extré­mis­tes qui pren­nent les inno­cents pour cible. Et qui souf­fre? La gran­de majo­ri­té des famil­les des deux côtés, des famil­les aiman­tes qui ne veu­lent que la liber­té et la paix.

Pour un cer­tain nom­bre de per­son­nes, en par­ti­cu­lier en Euro­pe et en Amé­ri­que du Nord, appe­ler les entre­pri­ses à reti­rer leurs inves­tis­se­ments en ces­sant de finan­cer ou de par­ti­ci­per à l’occupation israé­lien­ne en Pales­ti­ne sem­ble par­tial. Mais ce n’est pas le cas -- c’est la stra­té­gie non vio­len­te la plus effi­ca­ce pour met­tre fin aux cycles de vio­len­ce, assu­rer la sécu­ri­té d’Israël et obte­nir la liber­té pour les Pales­ti­niens. La Pales­ti­ne est minus­cu­le à côté de la puis­san­ce et de la riches­se d’Israël. Si cet­te der­niè­re refu­se de met­tre fin aux occu­pa­tions illé­ga­les de ter­res pales­ti­nien­nes, le mon­de doit agir pour en ren­dre le coût insup­por­ta­ble.

ABP, le fonds de pen­sion néer­lan­dais, inves­tit dans les ban­ques israé­lien­nes qui finan­cent la colo­ni­sa­tion de la Pales­ti­ne. D’énormes ban­ques com­me Bar­clays finan­cent les fabri­cants d’armes israé­liens et d’autres entre­pri­ses [dont Veo­lia] qui fleu­ris­sent grâ­ce à l’occupation. Le géant de l’informatique Hew­lett-Packard four­nit des sys­tè­mes de sur­veillan­ce sophis­ti­qués pour contrô­ler les mou­ve­ments des Pales­ti­niens. Et Cater­pillar pro­duit des bull­do­zers qui sont uti­li­sés pour détrui­re des mai­sons et des fer­mes pales­ti­nien­nes. Si nous lan­çons le plus grand appel jamais vu pour exhor­ter ces entre­pri­ses à se reti­rer, nous mon­tre­rons que le mon­de ne veut plus être com­pli­ce de ce bain de sang. Les Pales­ti­niens appel­lent le mon­de entier à sou­te­nir cet­te action et les Israé­liens pro­gres­sis­tes la sou­tien­nent éga­le­ment. Rejoi­gnons-les!

Une péti­tion à signer ici.

Notre com­mu­nau­té se ras­sem­ble pour offrir la paix, l’espoir et le chan­ge­ment dans cer­tains des conflits les plus durs au mon­de. Sou­vent, cela signi­fie pren­dre posi­tion pour atta­quer le pro­blè­me à la raci­ne. Pen­dant des années, notre com­mu­nau­té a cher­ché une solu­tion poli­ti­que à ce cau­che­mar, mais avec la nou­vel­le vague d’horreur qui défer­le sur Gaza, l’heure est venue d’utiliser les argu­ments éco­no­mi­ques pour met­tre un ter­me à l’horreur pour les Israé­liens com­me pour les Pales­ti­niens.

Avec espoir et déter­mi­na­tion,

Ali­ce, Fadi, Ben, Lai­la, Anna, Ricken, Jo, Nell, Mais et tou­te l’équipe d’Avaaz

POUR EN SAVOIR PLUS :

La majo­ri­té de l’UE décon­seille le com­mer­ce avec les colo­nies israé­lien­nes (Eur­ac­tiv)

http://www.euractiv.fr/sections/leurope-dans-le-monde/la-majorite-de-lue-deconseille-le-commerce-avec-les-colonies

Les Israé­liens et les Pales­ti­niens sont en faveur de la paix mais n’ont guè­re d’espoir (Gal­lup - en anglais)

http://www.gallup.com/poll/161456/israelis-palestinians-pro-peace-process-not-hopeful.aspx

Colo­nies israé­lien­nes : le Quai d’Orsay met en gar­de les inves­tis­seurs fran­çais (Fran­ce 24)

http://www.france24.com/fr/20140625-colonies-israeliennes-quai-orsay-met-garde-investisseurs-francais-bds/


Israel-Palestine. « Notre misérable État juif », par Gideon Levy

Gideon Levy, 2011 (DR)

Gideon Levy, 2011 (DR)

Arti­cle de Gideon Levy, publié dans Haa­retz, le 6 juillet 2014 [1]. Tra­duc­tion SF pour l’UJFP (Union jui­ve fran­çai­se pour la paix), dif­fu­sé par la Ligue des Droits de l’Homme de Tou­lon.

Les jeu­nes de l’État juif atta­quent des Pales­ti­niens dans les rues de Jéru­sa­lem, exac­te­ment com­me les jeu­nes chez les gen­tils atta­quaient les Juifs dans les rues d’Europe. Les Israé­liens de l’État juif se déchaî­nent sur les réseaux sociaux, répan­dant une hai­ne et un désir de ven­gean­ce d’une ampleur dia­bo­li­que sans pré­cé­dent. Des incon­nus de l’État juif sur une base pure­ment eth­ni­que. Ce sont les enfants de la géné­ra­tion natio­na­lis­te et racis­te – la des­cen­dan­ce de Neta­nya­hou.

Depuis cinq ans main­te­nant ils n’ont enten­du qu’incitations, pro­pos alar­mis­tes et supré­ma­tie sur les Ara­bes de la part du véri­ta­ble ins­truc­teur de cet­te géné­ra­tion, le pre­mier minis­tre Ben­ja­min Neta­nya­hou. Pas un mot d’humanité, de com­pas­sion ou de trai­te­ment égal.

  Main­te­nant nous savons : dans l’État juif il n’y a de com­pas­sion et de sen­ti­ments humains que pour les Juifs, des droits uni­que­ment pour le Peu­ple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs

Ils ont gran­di dans le contex­te de la reven­di­ca­tion pro­vo­can­te de recon­nais­san­ce d’Israël com­me « État juif » et ils ont tiré les conclu­sions qui s’imposent. Avant même la déli­mi­ta­tion de ce que signi­fie « État juif » - sera-ce un État qui met les tefi­lin (phy­lac­tè­res), embras­se les mezou­zot (des rou­leaux de priè­res enfer­més dans de peti­tes boî­tes métal­li­ques ou en bois qui sont fixées aux cham­bran­les des por­tes d’entrée), sanc­ti­fie des sor­ti­lè­ges, fer­me le jour de Shab­ba­th et obser­ve stric­te­ment les lois de la cash­rout – les mas­ses ont com­pris.

La fou­le a d’emblée inté­rio­ri­sé la véri­ta­ble signi­fi­ca­tion : un État juif est un État dans lequel il n’y a pla­ce que pour les Juifs. Le sort des Afri­cains est d’être envoyé au cen­tre de déten­tion de Holot dans le Néguev et celui des Pales­ti­niens est d’endurer des pogroms. C’est com­me ça que ça mar­che dans un État juif : c’est à cet­te seule condi­tion qu’il peut être juif. Dans l’État juif en cours de consti­tu­tion, il n’y a même pas de pla­ce pour un Ara­be qui fait de son mieux pour être un bon Ara­be, com­me l’écrivain Sayed Kashua. Dans un État juif, la pré­si­den­te de l’Assemblée de la Knes­set, Ruth Cal­de­ron (du par­ti Yesh Atid – inuti­le de pré­ci­ser que c’est le « cen­tre » de l’échiquier poli­ti­que) cou­pe la paro­le au dépu­té ara­be Ahmed Tibi (de la lis­te ara­be unie Ta’al) à pei­ne reve­nu, bou­le­ver­sé, d’une visi­te à la famil­le de Shoa­fat, le jeu­ne Ara­be qui a été mas­sa­cré, et le ser­mon­ne cyni­que­ment sur le thè­me qu’il doit aus­si fai­re réfé­ren­ce aux trois jeu­nes Juifs mas­sa­crés (alors même qu’il venait de le fai­re).

Dans un État juif, la Cour Suprê­me auto­ri­se la démo­li­tion de la mai­son de la famil­le d’un hom­me sus­pec­té de meur­tre avant même qu’il ne soit condam­né. Un État juif édic­te des lois racis­tes et natio­na­lis­tes. Les médias d’un État juif se com­plai­sent sur le meur­tre de trois étu­diants de yeshi­va et igno­rent pres­que com­plè­te­ment le sort de plu­sieurs jeu­nes Pales­ti­niens du même âge qui ont été tués par des tirs de l’armée au cours des der­niers mois, géné­ra­le­ment sans rai­son.

Per­son­ne n’a été puni pour ces actes – dans l’État juif il y a une loi pour les Juifs et une loi pour les Ara­bes, dont les vies valent peu. Pas un soup­çon de res­pect du droit inter­na­tio­nal ni des conven­tions inter­na­tio­na­les. Dans l’État juif, il n’y a de com­pas­sion et d’humanité que pour les Juifs, des droits pour le seul Peu­ple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs.

La nou­vel­le géné­ra­tion qui gran­dit sous sa cou­pe est dan­ge­reu­se à la fois pour elle-même et pour ce qui l’entoure. Neta­nya­hou est son minis­tre de l’éducation ; les médias mili­ta­ris­tes et natio­na­lis­tes font offi­ce de poè­me péda­go­gi­que ; le sys­tè­me d’éducation qui l’emmène à Ausch­witz et à Hébron lui sert de gui­de.

Le sabra (natif d’Israël) d’aujourd’hui est une espè­ce nou­vel­le, piquan­te dehors com­me dedans. Il n’a jamais ren­con­tré son homo­lo­gue pales­ti­nien mais il sait tout de lui – le sabra sait qu’il est un ani­mal sau­va­ge, qu’il a seule­ment l’intention de le tuer, qu’il est un mons­tre, un ter­ro­ris­te.

Il sait qu’Israël n’a pas de par­te­nai­re pour la paix, puis­que c’est ce qu’il a enten­tu un nom­bre incal­cu­la­ble de fois de la part de Neta­nya­hou, du minis­tre des Affai­res étran­gè­res Avig­dor Lie­ber­man et du minis­tre de l’Économie, Naf­ta­li Ben­nett. De la bou­che de Yair Lapid il a enten­du qu’il y a des « Zoa­bis » – en réfé­ren­ce condes­cen­dan­te à la dépu­tée de la Knes­set Haneen Zoa­bi (du par­ti Balad).

Etre de gau­che ou dési­reux de jus­ti­ce dans l’État juif est consi­dé­ré com­me un délit, la socié­té civi­le est tenue pour tri­cheu­se, la vraie démo­cra­tie pour dia­bo­li­que. Dans un État juif – dont rêvent non seule­ment la droi­te mais le sup­po­sé cen­tre gau­che incluant Tzi­pi Liv­ni et Lapid – la démo­cra­tie est floue.

Le prin­ci­pal pro­blè­me de l’État juif ce ne sont pas les skin­heads mais les embo­bi­neurs mora­li­sa­teurs, les voyous, l’extrême droi­te et les colons. Non pas les mar­gi­naux mais le cou­rant prin­ci­pal qui est en par­tie natio­na­lis­te et en par­tie indif­fé­rent.

Dans l’État juif, il ne res­te rien de l’injonction bibli­que selon laquel­le il faut être jus­te avec la mino­ri­té ou avec l’étranger. Il n’y a plus de ces Juifs qui ont mani­fes­té avec Mar­tin Luther King ou fait de la pri­son avec Nel­son Man­de­la. L’État juif, qu’Israël veut abso­lu­ment fai­re recon­naî­tre par les Pales­ti­niens, doit d’abord se recon­naî­tre lui-même. Au ter­me de la jour­née, après une semai­ne ter­ri­ble, il sem­ble qu’un État juif ce soit un État racis­te, natio­na­lis­te, conçu uni­que­ment pour les Juifs.

–––

[1] “Our wret­ched Jewi­sh sta­te” : http://www.haaretz.com/opinion/.pre...


« Les Juifs » selon Pierre Desproges, un fossé de vingt ans avec Dieudonné

desproges - les-juifs

Des­pro­ges: « On me dit que des Juifs se sont glis­sés dans la sal­le? » « On ne m’ôtera pas de l’idée que, pen­dant la der­niè­re guer­re mon­dia­le de nom­breux Juifs ont eu une atti­tu­de car­ré­ment hos­ti­le à l’égard du régi­me nazi. » (dr)

Quand Pier­re Des­pro­ges – il y a une ving­tai­ne d’années – s’est com­mis avec son fameux sket­ch inti­tu­lé « Les Juifs », la Fran­ce n’en fut nul­le­ment retour­née. Aujourd’hui que Dieu­don­né a mis le feu aux pou­dres, les meu­tes anti­sé­mi­tes se lâchent. Elle déver­sent des ton­nes d’immondices sur Day­li­mo­tion qui héber­ge les sket­ches de Des­pro­ges. Au point que le site a dû fer­mer le robi­net des com­men­tai­res.

Que s’est-il pas­sé durant ces deux décen­nies ? À l’évidence, le contex­te a chan­gé. Exten­sion des com­mu­nau­ta­ris­mes, notam­ment reli­gieux ; atten­tats du 11 sep­tem­bre 2001, guer­res d’Afghanistan, du Pro­che et Moyen Orient ; impas­se pales­ti­nien­ne sur­tout et colo­ni­sa­tion israé­lien­ne. Autant de faits réels, objec­tifs, pour­tant déniés dans la plu­part des débats actuels autour de ces ques­tions. Ce fut enco­re le cas hier lors de l’émission de Fré­dé­ric Tad­deï  « Ce soir ou jamais » où, dès le début, le mot « Pales­ti­ne  » déclen­chait  hos­ti­li­té et cli­va­ge entre les inter­ve­nants.

Cer­tes, Des­pro­ges et Dieu­don­né s’opposent com­me le jour et la nuit. Le pre­mier pra­ti­que une dis­tan­cia­tion humo­ris­ti­que affir­mée – à condi­tion tou­te­fois d’adhérer à ses codes et à cet­te dis­tan­ce ; en quoi le ris­que exis­te tou­jours. L’autre, à l’inverse, bar­bot­te dans l’ambiguïté, joue sans ces­se dans ses allers-retours entre le pre­mier et le ixiè­me degré. Quand il ne som­bre pas car­ré­ment dans l’abjection. Ain­si, dans une tel­le confu­sion, son public trou­ve  assez « à boi­re et à man­ger » pour ne pas s’embarrasser d’un quel­con­que dis­tin­guo entre anti­sio­nis­me et anti­sé­mi­tis­me.

Quoi qu’il en soit, et pour mesu­rer cet écart qui mar­que pesam­ment deux épo­ques, revoi­ci donc « Les Juifs » par Pier­re Des­pro­ges, ver­sion vidéo, ou audio.


Les Juifs par pier­re­des­pro­ges

Clip audio : Le lec­teur Ado­be Fla­sh (ver­sion 9 ou plus) est néces­sai­re pour la lec­tu­re de ce clip audio. Télé­char­gez la der­niè­re ver­sion ici. Vous devez aus­si avoir JavaS­cript acti­vé dans votre navi­ga­teur.


Pourquoi l’« affaire Dieudonné » empoisonne notre vivre ensemble

dieudonne-liste-antisioniste-elections

Ce ges­te, dit de la que­nel­le, deve­nu sym­bo­le de la « Dieu­do­sphè­re », Dieu­don­né l’exécute dès mai 2009 sur une affi­che de la lis­te « anti­sio­nis­te » qu’il conduit aux euro­péen­nes.

L” « affai­re Dieu­don­né » est en pas­se d’empoisonner notre espa­ce du « vivre ensem­ble ». Cet­te bel­le idée – illu­soi­re ? – mon­tre bien sa fra­gi­li­té face à la bru­ta­li­té des croyan­ces, des cer­ti­tu­des et autres convic­tions – ces convic­tions que Nietz­sche dénon­çait com­me « des enne­mis de la véri­té plus dan­ge­reux que les men­son­ges. » Anti­sio­nis­te reven­di­qué, anti­sé­mi­te mas­qué, Dieu­don­né pro­vo­que et, tout à la fois, révul­se et atti­re. Ses pro­pos lui valent plus enco­re de répro­ba­tions mora­les que de condam­na­tions péna­les, tan­dis que ses spec­ta­cles font sal­les com­bles (quand elles ne lui sont pas refu­sées), en dépit d’une omer­ta média­ti­que dont il fait l’objet. Com­me si deux visions du mon­de s’affrontaient autour de sa per­son­ne, de ses pres­ta­tions et de ses fré­quen­ta­tions – Fau­ris­son, Le Pen, Soral, Meys­san, Cha­vez, Ahma­di­ne­jad… Alors pour­quoi ? Ten­ta­ti­ves d’explications autour de quel­ques ques­tions dont cel­le-ci, sans répon­se, lan­cée à la radio par le direc­teur du Nou­vel Obser­va­teur, Lau­rent Jof­frin : « Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieu­don­né ? »

À cau­se du petit mou­ton contra­riant qui pré­si­de aux des­ti­nées de ce blog… je suis ame­né à reve­nir sur ce qu’on peut désor­mais appe­ler « l’affaire Dieu­don­né ». Affai­re qui ris­que d’enfler enco­re bien davan­ta­ge, ain­si que s’y emploient les poli­ti­ciens et les médias – jusqu’à ce blog… Cepen­dant, petit mou­ton obli­ge, je vou­drais y reve­nir à contre-cou­rant de la marée domi­nan­te. Ce qui n’est pas sans ris­ques, tant ce ter­rain s’avère miné à l’extrême – aux extrê­mes, pour être plus pré­cis. Donc, ven­dre­di matin, dans le pos­te (Fran­ce Cultu­re), j’entends Lau­rent Jof­frin (du Nou­vel Obs, qui fait sa cou­ver­tu­re sur qui ?) résu­mer l’affaire à sa façon, selon son habi­tuel ton débon­nai­re, frap­pé au coin du bon sens et par­fois de la cour­te vue. Ain­si : « Dieu­don­né, lui, a la hai­ne des Juifs. Pour­quoi ? Com­me ça. Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieu­don­né ? Rien, évi­dem­ment, ils s’en fou­tent […] Ils ont pro­tes­té quand Dieu­don­né a fait un sket­ch anti­sé­mi­te. C’est ça le cri­me ini­tial. » n-obs-dieudonneOn dira qu’en qua­tre minu­tes de chro­ni­que, on peut à pei­ne plus finas­ser qu’en cent qua­ran­te signes sur Twit­ter… Pas une rai­son pour sau­ter à pieds joints sur des ques­tions fon­da­men­ta­les qu’appellent des sujets de socié­té fon­da­men­taux. Et Jof­frin enjam­be allé­gre­ment la faille de sa cour­te pen­sée : « Dieu­don­né, lui, a la hai­ne des Juifs. Pour­quoi ? Com­me ça. » Il mini­mi­se en fait, tout en y recou­rant, l’importance de cet adver­be fon­da­men­tal : pour­quoi ? N’est-ce pas le sel-même du jour­na­lis­me et, au delà, de tou­te soif de com­pren­dre. Alors : pour­quoi Dieu­don­né a-t-il la hai­ne des Juifs ? Pour­quoi l’antisémitisme ? Qu’est-ce qu’ils lui ont fait, les Juifs ? « Rien, évi­dem­ment » répond Jof­frin. L’évidence, c’est bien le contrai­re du dou­te. Dès lors, tirons l’échelle, tout est dit. Et rien n’est dit, puis­que rien n’est expli­qué – dé-com­pli­qué. J’aimerais pas­ser un moment avec Dieu­don­né [Arti­cle docu­men­té sur Wiki­pe­dia]. Sûre­ment pas pour lui fai­re la cour­te-échel­le, mais bien pour lui poser quel­ques « pour­quoi ? ». Des ques­tions qui tour­ne­raient autour de cel­le-ci, en effet fon­da­men­ta­le : Qu’est-ce qu’ils vous ont fait les Juifs ? Mais ques­tion que je me gar­de­rais de lui oppo­ser au préa­la­ble com­me une pique pro­vo­can­te. Il y a chez Dieu­don­né, bien sûr, « matiè­re à creu­ser » : depuis son enfan­ce, cer­tes, et même depuis sa nais­san­ce, mère bre­ton­ne, père came­rou­nais. Un métis, ce cou­sin du métè­que. Un frus­tré sans dou­te, un révol­té, voi­re un indi­gné, com­me tant de jeu­nes pei­nant à se per­ce­voir com­me Fran­çais à part entiè­re, à cau­se de la dis­cri­mi­na­tion socia­le et du racis­me. À cau­se aus­si de l’Histoire et du pas­sé colo­nial dont il a fini par pren­dre fait et cau­se. Une pri­se de conscien­ce qui l’a sans dou­te fon­dé dans son deve­nir d’humoriste – un rôle qui impli­que, pour le moins, un regard cri­ti­que pou­vant aller jusqu’à l’acidité et la méchan­ce­té. De l’ironie à la hai­ne, la voie est par­fois étroi­te. Puis le suc­cès de scè­ne, l’adulation d’un public séduit, pas tou­jours « édu­qué » car socia­le­ment mar­gi­na­li­sé, récep­tif aux idées cour­tes, pour­vu qu’elles soient « drô­les » ; son allian­ce pour la scè­ne avec le juif Élie Semoun dans un duo poli­ti­que­ment « équi­li­bré »; leur rup­tu­re ensui­te ; ses déboi­res liés à ses déri­ves, puis la radi­ca­li­sa­tion dans laquel­le le res­sen­ti­ment tient lieu d’argument idéo­lo­gi­que, à preu­ve cet « anti­sio­nis­me » dont l’ambivalence d’usage (dou­ble dimen­sion : his­to­ri­que et séman­ti­que, dans un jeu per­fi­de mas­quant sa natu­re anti­sé­mi­te) per­met d’euphémiser le rejet des Juifs com­me fau­teurs uni­ver­sels, cau­se de tous les maux du mon­de des reje­tés et sur­tout des frus­trés. D’où le recours à l’antienne du « lob­by juif, » puis à la théo­rie du Com­plot qui per­met d’« expli­quer bien des cho­ses cachées et des mys­tè­res » et d’alimenter cet­te filan­dreu­se notion de « sys­tè­me » qu’on retrou­ve aux extrê­mes, gau­che et droi­te, des idéo­lo­gies. (Lire la sui­te…)


Alerte en Méditerranée, par Edgar Morin

Notre mon­de part en miet­tes. Vers où se tour­ner pour y pui­ser quel­que espoir de mieux ? À l’inverse des pro­phè­tes de l’apocalypse, Edgar Morin fait par­tie de ces rares pen­seurs qui refu­sent la fata­li­té. Ce qui ne lui inter­dit pas la luci­di­té, bien au contrai­re ! Dans sa remar­qua­ble confé­ren­ce pro­non­cée le 16 décem­bre à l’iInstitut du mon­de ara­be, à Paris, il n’élude aucu­ne des com­plexi­tés – un ter­me qui lui est cher – carac­té­ri­sant tout le bas­sin de la Médi­ter­ra­née. Et en par­ti­cu­lier ce qu’il a appe­lé « le can­cer » pour dési­gner la situa­tion de la Pales­ti­ne. Une luci­di­té qui met en cau­se la poli­ti­que colo­nia­le de l’État d’Israël, au point de s’être fait accu­ser d’antisémitisme !

Cet­te confé­ren­ce est inté­gra­le­ment acces­si­ble ci-des­sous. C’est un grand moment d’histoire, de cultu­re, d’analyse. C’est aus­si un exploit qua­si­ment spor­tif, s’agissant d’un ath­lè­te de 92 ans par­cou­rant, sans notes, un mara­thon de la pen­sée.

Voici par ailleurs un extrait du discours qu’Edgar Morin avait prononcé à Barcelone en 1994 sous le titre Alerte en Méditerranée. 

Je dis aler­te, par­ce que l’Europe tend à se détour­ner de la Médi­ter­ra­née au moment où jus­te­ment en Médi­ter­ra­née s’accroissent les pro­blè­mes et périls.

Les pro­ces­sus de dis­lo­ca­tion, dégra­da­tion, ren­fer­me­ment qui se déve­lop­pent un peu par­tout affec­tent par­ti­cu­liè­re­ment la Médi­ter­ra­née.

Plus enco­re : la mer de la com­mu­ni­ca­tion devient la mer des ségré­ga­tions, la mer des métis­sa­ges devient la mer des puri­fi­ca­tions reli­gieu­ses, eth­ni­ques, natio­na­les.

Les gran­des vil­les cos­mo­po­li­tes, véri­ta­bles « cités-mon­de », creu­sets de la cultu­re médi­ter­ra­néen­ne se sont étein­tes les unes après les autres dans la mono­chro­mie: Salo­ni­que, Istam­bul, Alexan­drie, Bey­rou­th. Sara­je­vo ago­ni­se.

Après 89, l’Europe de l’ouest, en se tour­nant vers l’est qui s’ouvrait, s’est détour­née des pro­blè­mes fon­da­men­taux de la Médi­ter­ra­née qui la concer­nent vita­le­ment. L’économie euro­péen­ne s’est tour­née vers les mar­chés poten­tiels de l’est, regar­dant au delà l’énorme mar­ché chi­nois. La Médi­ter­ra­née est de plus en plus oubliée.

Les pays du sud euro­péen, par­ti­cu­liè­re­ment de l’Arc Latin, n’ont pas éla­bo­ré une concep­tion com­mu­ne pour une poli­ti­que médi­ter­ra­néen­ne.

L’Europe ouver­te tend à rede­ve­nir l’Europe du rejet. Au moment où avaient com­men­cé les pro­ces­sus d’intégration euro­péen­ne de l’Islam, post­hu­mes com­me en Espa­gne qui réin­tè­gre en son iden­ti­té, son pas­sé mau­re, moder­nes com­me en Fran­ce et en Alle­ma­gne avec les immi­grés magh­ré­bins et turcs, voi­là que revient le vieux démon euro­péen: refou­ler, exclu­re l’Islam. L’offensive ser­be en Bos­nie n’est pas seule­ment un acci­dent, elle est la pour­sui­te d’une recon­quê­te.

Par­tout, le par­te­nai­re néces­sai­re est de plus en plus consi­dé­ré com­me l’adversaire poten­tiel et cela de cha­cun des qua­tre cotés de la Médi­ter­ra­née: nord sud et est ouest.

La Médi­ter­ra­née s’efface com­me déno­mi­na­teur com­mun.

Nous pou­vons aujourd’hui espé­rer, sans cer­ti­tu­de aucu­ne, en une pro­gres­si­ve paci­fi­ca­tion au Moyen-Orient, notam­ment par l’accession de la Pales­ti­ne à l’indépendance natio­na­le, mais le trou noir géo-his­to­ri­que y demeu­re(…)
Pour­rons-nous sau­ver la Médi­ter­ra­née? Pour­rons nous res­tau­rer mieux déve­lop­per sa fonc­tion com­mu­ni­ca­tri­ce? Pour­rons-nous remet­tre en acti­vi­té cet­te mer d’échanges, de ren­con­tres, ce creu­set et bouillon de cultu­re, cet­te machi­ne à fabri­quer de la civi­li­sa­tion ?

Il y a des solu­tions éco­no­mi­ques, mais les solu­tions seule­ment éco­no­mi­ques sont insuf­fi­san­tes et par­fois font pro­blè­me: ain­si le FMI met les États dans la néces­si­té d’obéir à ses exi­gen­ces pour avoir des cré­dits, mais aus­si dans la néces­si­té de leur déso­béir pour évi­ter le cla­sh poli­ti­que et social (…). Il faut du déve­lop­pe­ment, mais il faut aus­si entiè­re­ment repen­ser et trans­for­mer notre concept de déve­lop­pe­ment lequel est sous-déve­lop­pé. Ain­si il n’y a pas que l’économie indus­triel­le à ins­tal­ler, il y a aus­si à réin­ven­ter une éco­no­mie de convi­via­li­té.

© Edgar Morin


Appel à dénoncer et boycotter la collaboration de « Marseille-Provence 2013  » avec l’État d’Israël

Le gou­ver­ne­ment israé­lien a déci­dé de fai­re de Mar­seille capi­ta­le euro­péen­ne de la cultu­re un outil pour « modi­fier son ima­ge ». Un cer­tain nom­bre de citoyens, par­mi les­quels des artis­tes, res­pon­sa­bles de struc­tu­res cultu­rel­les ou d’édition, soli­dai­res du peu­ple pales­ti­nien, refu­sent de cau­tion­ner une tel­le opé­ra­tion de pro­pa­gan­de. Ils ont signé et lan­cé un appel de pro­tes­ta­tion contre cet­te manœu­vre de séduc­tion.

Voi­ci le tex­te de cet appel :

 « Pas en notre nom »

Appel d’artistes, de res­pon­sa­bles de struc­tu­res cultu­rel­les, de spec­ta­teurs, soli­dai­res du peu­ple pales­ti­nien

« A l’occasion de « Mar­seille capi­ta­le euro­péen­ne de la cultu­re 2013 », le Consu­lat d’Israël à Mar­seille a orga­ni­sé la venue de nom­breux artis­tes pour une qua­ran­tai­ne de ren­dez-vous appe­lés « Israël en scè­ne 2013 ». Il ne s’agit pas de sim­ples évé­ne­ments artis­ti­ques et cultu­rels, mais d’une véri­ta­ble opé­ra­tion de pro­pa­gan­de des­ti­née à « chan­ger l’image d’Israël » dans l’opinion fran­çai­se, direc­te­ment orga­ni­sée par le gou­ver­ne­ment israé­lien. Les artis­tes ain­si ins­tru­men­ta­li­sés ne peu­vent l’ignorer.

(Lire la sui­te…)



Israël. « Pour les droits des Palestiniens des Territoires occupés, traités comme des esclaves »

par Nurit Peled-Elhanan, mère israélienne d’une victime d’attentat, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, prix Sakharov du Parlement européen


Nurit Peled-Elha­nan au Par­le­ment euro­péen - Ph. Wiki­pe­dia

La let­tre ouver­te ci-des­sous fait sui­te à l’interdiction de la confé­ren­ce sur la Pales­ti­ne et Israël qui aurait dû se tenir le 18 jan­vier à l’École nor­ma­le supé­rieu­re, à Paris. Trans­mi­se en com­men­tai­re à l’article pré­cé­dent (mer­ci René !), elle méri­te tou­te son impor­tan­ce et c’est pour­quoi je la publie ici en entier. Impor­tan­te, elle l’est d’abord par son conte­nu mais aus­si par son auteu­re. Nurit Peled-Elha­nan est à la fois Israé­lien­ne  et oppo­san­te réso­lue à l’actuel régi­me israé­lien qu’elle ne craint pas de com­pa­rer à celui de l’Afrique du Sud de l’apartheid. De même, en tant que jui­ve,  dénon­ce-t-elle le CRIF et « ces Juifs fran­çais que rend sourds la pro­pa­gan­de du régi­me racis­te d’Israël. »

« Cher Mon­sieur Hes­sel, chè­re Mada­me Sha­hid, chers par­ti­ci­pants,

Je suis déso­lée de ne pou­voir assis­ter à cet­te impor­tan­te confé­ren­ce. Mais je tiens à expri­mer mon admi­ra­tion à Mon­sieur Hes­sel, et à tous les par­ti­ci­pants et à vous assu­rer que je suis de tout cœur avec vous.

J’ai lu l’éditorial du pré­si­dent du CRIF se féli­ci­tant de l’interdiction de votre confé­ren­ce et remer­ciant des phi­lo­so­phes et écri­vains hypo­cri­tes et igno­rants, qui péro­rent sous les ors des salons pari­siens et pen­sent briller en éta­lant leur pro­se « poli­ti­que­ment cor­rec­te » tout en igno­rant de maniè­re éton­nan­te la vie réel­le des gens dans les Ter­ri­toi­res pales­ti­niens occu­pés et le carac­tè­re dic­ta­to­rial du gou­ver­ne­ment israé­lien actuel.

L’ignorance et l’hypocrisie de ces gens n’est pas une négli­gen­ce, mais un cri­me, car ils encou­ra­gent la ten­dan­ce fas­cis­te qui mena­ce de nous noyer tous, en Israël, en Pales­ti­ne et en Fran­ce.

En 2010, tren­te lois racis­tes visant les citoyens pales­ti­niens d’Israël ont été pro­po­sées en Israël et, pour la plu­part, approu­vées. Elles sépa­rent des famil­les.

Elles per­met­tent de confis­quer des mai­sons et des ter­res, de refu­ser les trai­te­ments médi­caux néces­sai­res à des inva­li­des, de détrui­re les mai­sons des Bédouins, de dis­cri­mi­ner des éco­les quand elles sont dru­zes ou pales­ti­nien­nes, d’incarcérer des enfants.

Bien plus, la jus­ti­ce, qui devrait pro­té­ger les gens contre cet­te ter­reur, obéit aux lois racis­tes d’un régi­me d’apartheid.

Com­me en Afri­que du Sud autre­fois, tou­tes les dis­cri­mi­na­tions anti-pales­ti­nien­nes en Israël sont léga­les : nul n’est jamais puni pour les cri­mes per­pé­trés contre ces « non-citoyens ».
En revan­che, ce gou­ver­ne­ment où un Lie­ber­mann joue un rôle déci­sif consi­dè­re com­me un péché mor­tel la résis­tan­ce non-vio­len­te à l’occupation, qui se déve­lop­pe dans les socié­tés pales­ti­nien­ne et israé­lien­ne contre  les cri­mes et la répres­sion décou­lant de l’occupation.

Ces der­niers temps, la poli­ce et l’armée israé­lien­nes arrê­tent des mili­tants des droits humains lorsqu’ils sont juifs, com­me Yona­than Pola­ck, et les tuent s’ils sont pales­ti­niens, tels Bas­sem Abu-Rah­ma et sa sœur, Jawahr. Les orga­ni­sa­tions droits-de-l’hommistes en ques­tion sont désor­mais sou­mi­ses à des enquê­tes bru­ta­les et humi­lian­tes par...  les cri­mi­nels contre l’Humanité qui nous gou­ver­nent. De sur­croît, la pau­vre­té tou­che plus l’Israélien que jamais, et ses prin­ci­pa­les vic­ti­mes sont les citoyens ara­bes.

Et le mon­de se tait… Et le CRIF sou­tient.

(Lire la sui­te…)


République française. Trois cas de censure – et d’indignation – sur fond de Palestine et d’antisémitisme

Allez, je vais enco­re me fai­re des copains… Trois faits, trois nou­vel­les rai­sons de s’indigner – ce sport à la mode. De la fau­te à ce vieux Hes­sel à la peau blin­dée. Du haut de ses 93 hivers, il était donc là, sous son bon­net phry­gien – avec cocar­de aux cou­leurs de la Pales­ti­ne – à affron­ter le froid devant 400 per­son­nes pla­ce du Pan­théon. Motif de sa nou­vel­le indi­gna­tion : l’annulation d’une confé­ren­ce qu’il devait tenir ce 18 jan­vier à l’École nor­ma­le supé­rieu­re (dont il est issu…) Annu­la­tion ? Inter­dic­tion convien­drait mieux. 

Sté­pha­ne Hes­sel en 2002. Peut-on être grand résis­tant et défen­seur de la Pales­ti­ne ? © Ph. gp

En tout cas il s’agit bien d’une cen­su­re : cel­le par laquel­le la direc­tri­ce de l’ENS, Moni­que Can­to-Sper­ber, a répon­du en obtem­pé­rant à la minis­tre de l’enseignement supé­rieur, Valé­rie Pécres­se, elle-même for­te­ment conseillée par le pré­si­dent du Conseil repré­sen­ta­tif des ins­ti­tu­tions jui­ves de Fran­ce (CRIF) et le Bureau natio­nal de vigi­lan­ce contre l’antisémitisme (BNVCA), dénon­çant ce qui leur appa­rais­sait com­me un acte de sou­tien à la cam­pa­gne de boy­cott de pro­duits israé­liens  » Boy­cott, dés­in­ves­tis­se­ment et sanc­tions « , cam­pa­gne qui avait déjà reçu l’appui de Sté­pha­ne Hes­sel.

Com­me le rap­por­te Le Mon­de du 20 jan­vier, « Ber­nard-Hen­ri Lévy, Alain Fin­kiel­kraut ou enco­re Clau­de Cohen-Tan­noud­ji, prix Nobel de phy­si­que, ont été féli­ci­tés par Richard Pras­quier, le pré­si­dent du CRIF, pour avoir  » recom­man­dé l’annulation du débat.   » » Par­mi les pro­tes­ta­tai­res devant le Pan­théon on rele­vait la pré­sen­ce de Céci­le Duflot d’Europe Eco­lo­gie, Daniel Gar­ri­gue, dépu­té vil­le­pi­nis­te, Alain Kri­vi­ne, du NPA, ain­si que… Leï­la Sha­hid, délé­guée géné­ra­le de l’Autorité pales­ti­nien­ne auprès de l’Union euro­péen­ne, qui devait pren­dre part à la confé­ren­ce inter­di­te.

(Lire la sui­te…)


Attaque de Gaza. BHL n’avait « jamais vu une armée qui se pose tellement de questions morales »…


BHL à l’ambassade de Fran­ce à Tel Aviv. Pho­to: Mot­ti Kim­che

Où notre inef­fa­ble com­pa­trio­te Ber­nard-Hen­ri Lévy n’aura enco­re pas man­qué de se dis­tin­guer. La veille de l’action mili­tai­re que l’on sait contre la flot­tille pro-pales­ti­nien­ne, BHL pro­non­çait à Tel-Aviv de ces for­tes paro­les mar­quées de per­ti­nen­ce et de pres­cien­ce :  « Je n’ai jamais vu une armée aus­si démo­cra­ti­que, qui se pose tel­le­ment de ques­tions mora­les. » (Haaretz.com, 31 mai). Com­me le rap­pel­le Alain Gre­sh dans dans son «Blog du Diplo», «il est vrai que, lors de la guer­re de Gaza, notre phi­lo­so­phe s’était pava­né sur un char israé­lien pour entrer dans le ter­ri­toi­re. Réagis­sant à l’attaque […], Lévy l’a qua­li­fiée, selon l’AFP, de « stu­pi­de » car ris­quant de ter­nir l’image d’Israël. Pas un mot de condam­na­tion, pas un mot de regret pour les tués…»

De la Géor­gie au Dar­four, de la Tchét­ché­nie à Israël, BHL exer­ce son sub­ju­guant don de voyan­ce.

«La seule ques­tion qui se pose main­te­nant, pour­suit Alain Gre­sh, est de savoir quel prix le gou­ver­ne­ment israé­lien devra payer pour ce cri­me. Car, depuis des années, les Nations unies ont adop­té des dizai­nes de réso­lu­tions (« Réso­lu­tions de l’ONU non res­pec­tées par Israël », Le Mon­de diplo­ma­ti­que, février 2009), l’Union euro­péen­ne a voté d’innombrables tex­tes qui deman­dent à Israël de se confor­mer au droit inter­na­tio­nal, ou tout sim­ple­ment au droit huma­ni­tai­re, en levant, par exem­ple, le blo­cus de Gaza. Ces tex­tes ne sont jamais sui­vis du moin­dre effet. Au contrai­re, l’Union euro­péen­ne et les Etats-Unis récom­pen­sent Israël. C’est ce qu’a prou­vé l’admission d’Israël dans l’Organisation pour la coopé­ra­tion et le déve­lop­pe­ment éco­no­mi­ques (OCDE), la semai­ne der­niè­re, et la visi­te en Fran­ce du pre­mier minis­tre israé­lien Néta­nya­hou pour assis­ter à l’intronisation de son pays.»

Dans la fou­lée des per­les his­to­ri­ques, on dis­tin­gue­ra aus­si sur le sujet  cel­le de l’autre inef­fa­ble et néan­moins por­te-paro­le de l’UMP, Fré­dé­ric Lefeb­vre décla­rant fine­ment, com­me tou­jours, que son par­ti « regret­te » les morts, mais dénon­ce les « pro­vo­ca­tions » de « ceux qui se disent les amis des Pales­ti­niens ».


Témoignage d’un Français à bord de la flottille pour Gaza. « Le coût politique [pour Israël] sera énorme. Vraiment énorme »

C’est donc neuf morts et une qua­ran­tai­ne de bles­sés qui auraient été dénom­brés après l’attaque lun­di du navi­re turc « Mavi Mar­ma­ra » par l’armée israé­lien­ne. Une opé­ra­tion désas­treu­se à tous points de vue, tant pour l’État israé­lien que pour l’impossible paix dans la région. Le seul avan­ta­ge qui puis­se se déga­ger de tels évé­ne­ments concer­ne la remi­se en cau­se sur la scè­ne inter­na­tio­na­le de l’impunité dont béné­fi­ciait jus­que là Israël avec la com­pli­ci­té objec­ti­ve de la « com­mu­nau­té inter­na­tio­na­le » – euphé­mis­me dési­gnant les riches États de l’hémisphère Nord – et des ins­ti­tu­tions mon­dia­les, en par­ti­cu­lier l’ONU. C’est une bien min­ce conso­la­tion au regard du recul poli­ti­que et diplo­ma­ti­que que pro­vo­que déjà ce séis­me, recul dont le peu­ple pales­ti­nien demeu­re la vic­ti­me per­ma­nen­te.

Des sol­dats israé­liens à l’assaut d’un des bateaux de la Flo­tille inter­na­tiio­na­le pour la liber­té. (Copie d’écran d’Euronews)

Une dizai­ne de citoyens fran­çais avaient pris part à l’opération « Flo­tilles pour Gaza » ; neuf seraient déte­nus à la pri­son de Beer-She­va, au cen­tre du ter­ri­toi­re israé­lien. Par­mi eux se trou­ve­rait Tho­mas Som­mer-Hou­de­vil­le, coor­di­na­teur des mis­sions civi­les, sala­rié de l’ONG Focus on Glo­bal Sou­th, qui a embar­qué à bord de la flot­tille en Tur­quie. Sa mère décla­rait mar­di à l’AFP n’avoir enco­re eu enco­re aucu­ne nou­vel­le de lui. La veille de l’attaque, il avait rédi­gé pour son blog un tex­te depuis le car­go grec sur lequel il navi­guait. Un tex­te clair­voyant et hélas pré­mo­ni­toi­re. En voi­ci des extraits :

« Un jour ou l’autre peut-être, quelqu’un écri­ra l’histoire com­plè­te de cet­te aven­tu­re. Il y aura beau­coup de rires, de véri­ta­bles cris et quel­ques lar­mes. Mais ce que je peux dire main­te­nant, c’est que nous n’avions jamais ima­gi­né que nous ferions flip­per Israël com­me ça. Enfin, peut-être dans cer­tains de nos plus beaux rêves.... Tout d’abord, ils ont créé une équi­pe spé­cia­le d’urgence réunis­sant le minis­tè­re israé­lien des Affai­res étran­gè­res, le com­man­do de mari­ne israé­lien et les auto­ri­tés péni­ten­tiai­res pour contrer la mena­ce exis­ten­tiel­le que nous et nos quel­ques bateaux rem­plis d’aide huma­ni­tai­re repré­sen­tent. Puis, Ehud Barak lui-même a pris le temps, mal­gré son agen­da char­gé, de nous met­tre en gar­de à tra­vers les médias israé­liens. Ils nous annon­cent main­te­nant qu’ils nous enver­ront dans la pire des pri­sons israé­liens, dans le désert près de Beer­she­va.

« Ce sont des annon­ces pour nous fai­re peur. Et d’une cer­tai­ne façon nous avons peur. Nous avons peur de leurs navi­res de guer­re, peur de leurs Apa­ches et de leur com­man­do tout noir. Qui n’en aurait pas peur ? Nous avons peur qu’ils sai­sis­sent notre car­gai­son et tou­te l’aide médi­ca­le, les maté­riaux de construc­tion, les mai­sons pré­fa­bri­quées, les kits sco­lai­res, et qu’ils les détrui­sent. Tou­te cet­te soli­da­ri­té patiem­ment ras­sem­blée dans de si nom­breux pays pen­dant plus d’un an. Tous ces efforts et cet­te vague d’amour et d’espoir envoyés par des gens nor­maux, d’humbles citoyens de Grè­ce, Suè­de, Tur­quie, Irlan­de, Fran­ce, Ita­lie, Algé­rie, Malai­sie. Tout ceci pris com­me un tro­phée par un État agis­sant com­me un vul­gai­re pira­te des îles. Qui ne sen­ti­rait pas un cer­tain sen­ti­ment de res­pon­sa­bi­li­té et de peur de ne pas être capa­ble d’accomplir notre mis­sion et livrer nos mar­chan­di­ses à la popu­la­tion empri­son­née de Gaza ?

« Mais nous savons que la peur est aus­si de l’autre côté. Par­ce que depuis le début de notre coa­li­tion, l’Etat d’Israël fait tout ce qu’il peut pour évi­ter la confron­ta­tion avec nous. Depuis le début ils ont essayé de nous empê­cher de par­tir, de regrou­per nos for­ces et de pren­dre le lar­ge tous ensem­ble vers Gaza. Ils ont essayé de nous bri­ser. Leur scé­na­rio idéal était de nous divi­ser, les Irlan­dais d’un côté, les Grecs et Sué­dois d’un autre, les Amé­ri­cains d’un autre enco­re et les Turcs tout seuls. Bien sûr, ils savaient qu’ils ne pour­raient pas met­tre la pres­sion sur la Tur­quie, ni agir direc­te­ment là-bas. Alors ils ont concen­tré leurs atta­ques sur les par­ties irlan­dai­ses et grec­ques de notre coa­li­tion.

« Le pre­mier set a com­men­cé il y a deux semai­nes quand ils ont sabo­té le car­go irlan­dais, l’obligeant à retar­der son départ pour près d’une semai­ne. Mais, les Irlan­dais ont répa­ré aus­si vite qu’ils le pou­vaient et main­te­nant ils sont à un ou deux jours der­riè­re nous. Puis ils ont mis une pres­sion énor­me sur le gou­ver­ne­ment grec, affai­bli par la cri­se éco­no­mi­que, pour l’obliger à ne pas lais­ser par­tir le car­go grec et le bateau de pas­sa­gers gre­co-sué­dois. A cau­se de ces pres­sions, nous avons dû retar­der notre voya­ge deux fois et deman­der aux Turcs, à leurs 500 pas­sa­gers et aux amis amé­ri­cains qui étaient prêts à par­tir de nous atten­dre. C’est ce qu’ils ont fait heu­reu­se­ment ! Jusqu’à la der­niè­re minu­te avant leur départ de Grè­ce, nous ne savions pas si les deux bateaux auraient l’autorisation du gou­ver­ne­ment grec, mais fina­le­ment le gou­ver­ne­ment grec a déci­dé de pren­dre ses res­pon­sa­bi­li­tés en agis­sant com­me un Etat sou­ve­rain et a lais­sé le car­go et le bateau de pas­sa­gers quit­ter le port du Pirée à Athè­nes.

[…] « Dans quel­ques heu­res, le der­nier set, cru­cial, com­men­ce­ra quand nous entre­rons dans les eaux de Gaza. Bien sûr, maté­riel­le­ment, il serait très faci­le pour Israël de nous stop­per et nous arrê­ter, mais le coût poli­ti­que qu’ils auront à payer sera énor­me. Vrai­ment énor­me, à tel point que tou­tes les ruses et les piè­ges qu’ils ont ten­té de met­tre sur notre rou­te ont réus­si à fai­re une seule cho­se : sen­si­bi­li­ser de plus en plus de gens par­tout dans le mon­de sur notre flot­tille et sur la situa­tion de Gaza. Et de tout ça, nous appre­nons quel­que cho­se : la peur n’est pas de notre côté, mais du côté d’Israël. Ils ont peur de nous par­ce que nous repré­sen­tons la colè­re des gens tout autour du mon­de. Les gens qui sont mécon­tents de ce que l’État cri­mi­nel d’Israël fait aux Pales­ti­niens et à cha­que amou­reux de la paix qui ose pren­dre le par­ti des oppri­més. Ils ont peur de nous par­ce qu’ils savent que, dans un pro­che ave­nir il y aura enco­re plus de bateaux à venir à Gaza com­me il y a de plus en plus de per­son­nes à déci­der de boy­cot­ter Israël cha­que jour. »

Tho­mas Som­mer-Hou­de­vil­le, depuis l’un des bateaux de la flot­tille de Gaza, coor­di­na­teur de la Cam­pa­gne civi­le inter­na­tio­na­le pour la pro­tec­tion du peu­ple pales­ti­nien (CCIPPP)

Voir aus­si : http://www.protection-palestine.org


Attaque de Gaza. Israël prisonnier de ses murs

Ain­si, la flot­tille ache­mi­nant des cen­tai­nes de mili­tants pro-pales­ti­niens et de l’aide pour Gaza a été inter­cep­tée par un com­man­do israé­lien. Au moins dix-neuf pas­sa­gers ont été tués, une tren­tai­ne bles­sés. Je n’y étais pas, soit, mais je suis révol­té par ce qui est rap­por­té. Une fois de plus Israël se com­por­te de maniè­re into­lé­ra­ble ; une fois de plus l’intolérable sera tolé­ré, moyen­nant quel­ques rodo­mon­ta­des de l’ineffable « com­mu­nau­té inter­na­tio­na­le », aus­si habi­tuel­les qu’hypocrites. Une fois de plus, la pers­pec­ti­ve de paix au Moyen-Orient s’efface vers sa mor­ti­fè­re ligne de fui­te.

Une pha­se de l’attaque israé­lien­ne contre le bateau turc « Mavi Mar­ma­ra » fil­mée par la chaî­ne de télé­vi­sion du Qatar Al-Jazee­ra. Cli­quer sur l’image.

C’est éga­le­ment ain­si qu’Israël, sur le plan mili­ta­ro-diplo­ma­ti­que, dans une même démar­che d’isolement et d’arrogance, a déci­dé de tour­ner le dos au Trai­té sur la non-pro­li­fé­ra­tion des armes nucléai­res (TNP). Cela s’est pas­sé ven­dre­di der­nier : tan­dis que les 189 États par­ties pre­nan­tes au TNP se sont accor­dés, à l’unanimité, sur une décla­ra­tion fina­le appe­lant à la tenue, en 2012, d’une confé­ren­ce régio­na­le en faveur d’un Moyen-Orient dénu­cléa­ri­sé, Israël dénon­çait le len­de­main même cet accord. Le gou­ver­ne­ment israé­lien l’a qua­li­fié de « très impar­fait et hypo­cri­te », déplo­rant que « le régi­me ter­ro­ris­te ira­nien n’est même pas men­tion­né » . Israël accu­se aus­si les Etats-Unis d” « avoir cédé à la pres­sion inter­na­tio­na­le » .

Non signa­tai­re du TNP, mais pos­sé­dant des armes nucléai­res, Israël patau­ge dans une ambi­guï­té stra­té­gi­que et poli­ti­que main­te­nue sous ses mul­ti­ples oscil­la­tions idéo­lo­gi­ques et reli­gieu­ses de ses régi­mes suc­ces­sifs, de gau­che aus­si bien d’extrême-droite, com­me l’actuel gou­ver­ne­ment de Néta­nya­hou dont l’outrance fait bien le jeu de Téhé­ran.

Com­me si Israël s’enferrait et s’enfermait dans une cer­tai­ne exploi­ta­tion de son tra­gi­que des­tin his­to­ri­que – exploi­ta­tion idéo­lo­gi­que, sym­bo­li­que, psy­cho­lo­gi­que : en ne ces­sant de fai­re endos­ser au « res­te du mon­de »  la fac­tu­re de la shoa, de fai­re payer cet­te tra­gé­die en mon­naie de culpa­bi­li­sa­tion assor­tie d’inter­dits mul­ti­ples : inter­dit d’exercer tou­te cri­ti­que sous pei­ne de péché d’antisémitisme ! * – ce qui peut se lire entre les mots envoyés à un Oba­ma ayant « cédé à la pres­sion inter­na­tio­na­le ». Une tel­le atti­tu­de, pou­vant cer­tes trou­ver expli­ca­tion à l’analyse du sul­fu­reux cock­tail reli­gieux et his­to­ri­que, obè­re tou­te avan­cée rai­son­na­ble, donc aus­si ration­nel­le que res­pon­sa­ble.

Com­me si le but de tou­te poli­ti­que avan­cée, sinon évo­luée, n’était de confor­ter la paix entre les hom­mes, dans les cœurs com­me entre les États. Ce qui ne sau­rait se réa­li­ser en construi­sant des murs plu­tôt que des ponts, en envoyant des com­man­dos mili­tai­res plu­tôt que des légions évan­gé­li­ques. Et on va se plain­dre de la guer­re !


*Inter­dit même d’écrire « lob­by juif » sur un blog sans pro­vo­quer la cen­su­re… C’est une des fonc­tions du tabou que d’interdire aus­si tou­te pen­sée cri­ti­que à son pro­pos et quant à son objet…


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

  • Traduire :

  • Abonnez-vous !

    Saisissez votre @dresse pour vous abonner à « C’est pour dire » et recevoir un courriel à chaque nouvel article publié.

  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­tai­gne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramas­se un frag­ment et dit que tou­te la véri­té s’y trou­ve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le mon­de chan­ge »

  • Catégories d’articles

  • Salut cousin !

    Je dou­te donc je suis - gp

  • Calendrier

    mai 2017
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Avr  
    1234567
    891011121314
    15161718192021
    22232425262728
    293031 
    Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress