On n'est pas des moutons

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Appel à dénoncer et boycotter la collaboration de « Marseille-Provence 2013  » avec l’État d’Israël

Le gou­ver­ne­ment israé­lien a décidé de faire de Mar­seille capi­tale euro­péenne de la culture un outil pour « modi­fier son image ». Un cer­tain nombre de citoyens, parmi les­quels des artistes, res­pon­sables de struc­tures cultu­relles ou d’édition, soli­daires du peuple pales­ti­nien, refusent de cau­tion­ner une telle opé­ra­tion de pro­pa­gande. Ils ont signé et lancé un appel de pro­tes­ta­tion contre cette manœuvre de séduction.

Voici le texte de cet appel :

 « Pas en notre nom »

Appel d’artistes, de res­pon­sables de struc­tures cultu­relles, de spec­ta­teurs, soli­daires du peuple palestinien

« A l’occasion de « Mar­seille capi­tale euro­péenne de la culture 2013 », le Consu­lat d’Israël à Mar­seille a orga­nisé la venue de nom­breux artistes pour une qua­ran­taine de rendez-vous appe­lés « Israël en scène 2013 ». Il ne s’agit pas de simples évé­ne­ments artis­tiques et cultu­rels, mais d’une véri­table opé­ra­tion de pro­pa­gande des­ti­née à « chan­ger l’image d’Israël » dans l’opinion fran­çaise, direc­te­ment orga­ni­sée par le gou­ver­ne­ment israé­lien. Les artistes ainsi ins­tru­men­ta­li­sés ne peuvent l’ignorer.

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Israël. « Pour les droits des Palestiniens des Territoires occupés, traités comme des esclaves »

par Nurit Peled-Elhanan, mère israé­lienne d’une vic­time d’attentat, pro­fes­seur à l’université hébraïque de Jéru­sa­lem, prix Sakha­rov du Par­le­ment européen


Nurit Peled-Elhanan au Par­le­ment euro­péen — Ph. Wikipedia

La lettre ouverte ci-dessous fait suite à l’interdiction de la confé­rence sur la Pales­tine et Israël qui aurait dû se tenir le 18 jan­vier à l’École nor­male supé­rieure, à Paris. Trans­mise en com­men­taire à l’article pré­cé­dent (merci René !), elle mérite toute son impor­tance et c’est pour­quoi je la publie ici en entier. Impor­tante, elle l’est d’abord par son contenu mais aussi par son auteure. Nurit Peled-Elhanan est à la fois Israé­lienne  et oppo­sante réso­lue à l’actuel régime israé­lien qu’elle ne craint pas de com­pa­rer à celui de l’Afrique du Sud de l’apartheid. De même, en tant que juive,  dénonce-t-elle le CRIF et « ces Juifs fran­çais que rend sourds la pro­pa­gande du régime raciste d’Israël. »

« Cher Mon­sieur Hes­sel, chère Madame Sha­hid, chers participants,

Je suis déso­lée de ne pou­voir assis­ter à cette impor­tante confé­rence. Mais je tiens à expri­mer mon admi­ra­tion à Mon­sieur Hes­sel, et à tous les par­ti­ci­pants et à vous assu­rer que je suis de tout cœur avec vous.

J’ai lu l’éditorial du pré­sident du CRIF se féli­ci­tant de l’interdiction de votre confé­rence et remer­ciant des phi­lo­sophes et écri­vains hypo­crites et igno­rants, qui pérorent sous les ors des salons pari­siens et pensent briller en éta­lant leur prose « poli­ti­que­ment cor­recte » tout en igno­rant de manière éton­nante la vie réelle des gens dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens occu­pés et le carac­tère dic­ta­to­rial du gou­ver­ne­ment israé­lien actuel.

L’ignorance et l’hypocrisie de ces gens n’est pas une négli­gence, mais un crime, car ils encou­ragent la ten­dance fas­ciste qui menace de nous noyer tous, en Israël, en Pales­tine et en France.

En 2010, trente lois racistes visant les citoyens pales­ti­niens d’Israël ont été pro­po­sées en Israël et, pour la plu­part, approu­vées. Elles séparent des familles.

Elles per­mettent de confis­quer des mai­sons et des terres, de refu­ser les trai­te­ments médi­caux néces­saires à des inva­lides, de détruire les mai­sons des Bédouins, de dis­cri­mi­ner des écoles quand elles sont druzes ou pales­ti­niennes, d’incarcérer des enfants.

Bien plus, la jus­tice, qui devrait pro­té­ger les gens contre cette ter­reur, obéit aux lois racistes d’un régime d’apartheid.

Comme en Afrique du Sud autre­fois, toutes les dis­cri­mi­na­tions anti-palestiniennes en Israël sont légales : nul n’est jamais puni pour les crimes per­pé­trés contre ces « non-citoyens ».
En revanche, ce gou­ver­ne­ment où un Lie­ber­mann joue un rôle déci­sif consi­dère comme un péché mor­tel la résis­tance non-violente à l’occupation, qui se déve­loppe dans les socié­tés pales­ti­nienne et israé­lienne contre  les crimes et la répres­sion décou­lant de l’occupation.

Ces der­niers temps, la police et l’armée israé­liennes arrêtent des mili­tants des droits humains lorsqu’ils sont juifs, comme Yona­than Polack, et les tuent s’ils sont pales­ti­niens, tels Bas­sem Abu-Rahma et sa sœur, Jawahr. Les orga­ni­sa­tions droits-de-l’hommistes en ques­tion sont désor­mais sou­mises à des enquêtes bru­tales et humi­liantes par…  les cri­mi­nels contre l’Humanité qui nous gou­vernent. De sur­croît, la pau­vreté touche plus l’Israélien que jamais, et ses prin­ci­pales vic­times sont les citoyens arabes.

Et le monde se tait… Et le CRIF soutient.

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République française. Trois cas de censure – et d’indignation – sur fond de Palestine et d’antisémitisme

Allez, je vais encore me faire des copains… Trois faits, trois nou­velles rai­sons de s’indigner – ce sport à la mode. De la faute à ce vieux Hes­sel à la peau blin­dée. Du haut de ses 93 hivers, il était donc là, sous son bon­net phry­gien – avec cocarde aux cou­leurs de la Pales­tine – à affron­ter le froid devant 400 per­sonnes place du Pan­théon. Motif de sa nou­velle indi­gna­tion : l’annulation d’une confé­rence qu’il devait tenir ce 18 jan­vier à l’École nor­male supé­rieure (dont il est issu…) Annu­la­tion ? Inter­dic­tion convien­drait mieux.

Sté­phane Hes­sel en 2002. Peut-on être grand résis­tant et défen­seur de la Pales­tine ? © Ph. gp

En tout cas il s’agit bien d’une cen­sure : celle par laquelle la direc­trice de l’ENS, Monique Canto-Sperber, a répondu en obtem­pé­rant à la ministre de l’enseignement supé­rieur, Valé­rie Pécresse, elle-même for­te­ment conseillée par le pré­sident du Conseil repré­sen­ta­tif des ins­ti­tu­tions juives de France (CRIF) et le Bureau natio­nal de vigi­lance contre l’antisémitisme (BNVCA), dénon­çant ce qui leur appa­rais­sait comme un acte de sou­tien à la cam­pagne de boy­cott de pro­duits israé­liens  »» Boy­cott, dés­in­ves­tis­se­ment et sanc­tions « , cam­pagne qui avait déjà reçu l’appui de Sté­phane Hessel.

Comme le rap­porte Le Monde du 20 jan­vier, « Bernard-Henri Lévy, Alain Fin­kiel­kraut ou encore Claude Cohen-Tannoudji, prix Nobel de phy­sique, ont été féli­ci­tés par Richard Pras­quier, le pré­sident du CRIF, pour avoir  » recom­mandé l’annulation du débat.  «  » Parmi les pro­tes­ta­taires devant le Pan­théon on rele­vait la pré­sence de Cécile Duflot d’Europe Eco­lo­gie, Daniel Gar­rigue, député vil­le­pi­niste, Alain Kri­vine, du NPA, ainsi que… Leïla Sha­hid, délé­guée géné­rale de l’Autorité pales­ti­nienne auprès de l’Union euro­péenne, qui devait prendre part à la confé­rence interdite.

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Attaque de Gaza. BHL n’avait « jamais vu une armée qui se pose tellement de questions morales »…


BHL à l’ambassade de France à Tel Aviv. Photo: Motti Kimche

Où notre inef­fable com­pa­triote Bernard-Henri Lévy n’aura encore pas man­qué de se dis­tin­guer. La veille de l’action mili­taire que l’on sait contre la flot­tille pro-palestinienne, BHL pro­non­çait à Tel-Aviv de ces fortes paroles mar­quées de per­ti­nence et de pres­cience :  « Je n’ai jamais vu une armée aussi démo­cra­tique, qui se pose tel­le­ment de ques­tions morales. » (Haaretz.com, 31 mai). Comme le rap­pelle Alain Gresh dans dans son «Blog du Diplo», «il est vrai que, lors de la guerre de Gaza, notre phi­lo­sophe s’était pavané sur un char israé­lien pour entrer dans le ter­ri­toire. Réagis­sant à l’attaque […], Lévy l’a qua­li­fiée, selon l’AFP, de « stu­pide » car ris­quant de ter­nir l’image d’Israël. Pas un mot de condam­na­tion, pas un mot de regret pour les tués…»

De la Géor­gie au Dar­four, de la Tchét­ché­nie à Israël, BHL exerce son sub­ju­guant don de voyance.

«La seule ques­tion qui se pose main­te­nant, pour­suit Alain Gresh, est de savoir quel prix le gou­ver­ne­ment israé­lien devra payer pour ce crime. Car, depuis des années, les Nations unies ont adopté des dizaines de réso­lu­tions (« Réso­lu­tions de l’ONU non res­pec­tées par Israël », Le Monde diplo­ma­tique, février 2009), l’Union euro­péenne a voté d’innombrables textes qui demandent à Israël de se confor­mer au droit inter­na­tio­nal, ou tout sim­ple­ment au droit huma­ni­taire, en levant, par exemple, le blo­cus de Gaza. Ces textes ne sont jamais sui­vis du moindre effet. Au contraire, l’Union euro­péenne et les Etats-Unis récom­pensent Israël. C’est ce qu’a prouvé l’admission d’Israël dans l’Organisation pour la coopé­ra­tion et le déve­lop­pe­ment éco­no­miques (OCDE), la semaine der­nière, et la visite en France du pre­mier ministre israé­lien Néta­nya­hou pour assis­ter à l’intronisation de son pays.»

Dans la fou­lée des perles his­to­riques, on dis­tin­guera aussi sur le sujet  celle de l’autre inef­fable et néan­moins porte-parole de l’UMP, Fré­dé­ric Lefebvre décla­rant fine­ment, comme tou­jours, que son parti « regrette » les morts, mais dénonce les « pro­vo­ca­tions » de « ceux qui se disent les amis des Palestiniens ».


Témoignage d’un Français à bord de la flottille pour Gaza. « Le coût politique [pour Israël] sera énorme. Vraiment énorme »

C’est donc neuf morts et une qua­ran­taine de bles­sés qui auraient été dénom­brés après l’attaque lundi du navire turc « Mavi Mar­mara » par l’armée israé­lienne. Une opé­ra­tion désas­treuse à tous points de vue, tant pour l’État israé­lien que pour l’impossible paix dans la région. Le seul avan­tage qui puisse se déga­ger de tels évé­ne­ments concerne la remise en cause sur la scène inter­na­tio­nale de l’impunité dont béné­fi­ciait jusque là Israël avec la com­pli­cité objec­tive de la « com­mu­nauté inter­na­tio­nale » – euphé­misme dési­gnant les riches États de l’hémisphère Nord – et des ins­ti­tu­tions mon­diales, en par­ti­cu­lier l’ONU. C’est une bien mince conso­la­tion au regard du recul poli­tique et diplo­ma­tique que pro­voque déjà ce séisme, recul dont le peuple pales­ti­nien demeure la vic­time permanente.

Des sol­dats israé­liens à l’assaut d’un des bateaux de la Flo­tille inter­na­tiio­nale pour la liberté. (Copie d’écran d’Euronews)

Une dizaine de citoyens fran­çais avaient pris part à l’opération « Flo­tilles pour Gaza » ; neuf seraient déte­nus à la pri­son de Beer-Sheva, au centre du ter­ri­toire israé­lien. Parmi eux se trou­ve­rait Tho­mas Sommer-Houdeville, coor­di­na­teur des mis­sions civiles, sala­rié de l’ONG Focus on Glo­bal South, qui a embar­qué à bord de la flot­tille en Tur­quie. Sa mère décla­rait mardi à l’AFP n’avoir encore eu encore aucune nou­velle de lui. La veille de l’attaque, il avait rédigé pour son blog un texte depuis le cargo grec sur lequel il navi­guait. Un texte clair­voyant et hélas pré­mo­ni­toire. En voici des extraits :

« Un jour ou l’autre peut-être, quelqu’un écrira l’histoire com­plète de cette aven­ture. Il y aura beau­coup de rires, de véri­tables cris et quelques larmes. Mais ce que je peux dire main­te­nant, c’est que nous n’avions jamais ima­giné que nous ferions flip­per Israël comme ça. Enfin, peut-être dans cer­tains de nos plus beaux rêves.… Tout d’abord, ils ont créé une équipe spé­ciale d’urgence réunis­sant le minis­tère israé­lien des Affaires étran­gères, le com­mando de marine israé­lien et les auto­ri­tés péni­ten­tiaires pour contrer la menace exis­ten­tielle que nous et nos quelques bateaux rem­plis d’aide huma­ni­taire repré­sentent. Puis, Ehud Barak lui-même a pris le temps, mal­gré son agenda chargé, de nous mettre en garde à tra­vers les médias israé­liens. Ils nous annoncent main­te­nant qu’ils nous enver­ront dans la pire des pri­sons israé­liens, dans le désert près de Beersheva.

« Ce sont des annonces pour nous faire peur. Et d’une cer­taine façon nous avons peur. Nous avons peur de leurs navires de guerre, peur de leurs Apaches et de leur com­mando tout noir. Qui n’en aurait pas peur ? Nous avons peur qu’ils sai­sissent notre car­gai­son et toute l’aide médi­cale, les maté­riaux de construc­tion, les mai­sons pré­fa­bri­quées, les kits sco­laires, et qu’ils les détruisent. Toute cette soli­da­rité patiem­ment ras­sem­blée dans de si nom­breux pays pen­dant plus d’un an. Tous ces efforts et cette vague d’amour et d’espoir envoyés par des gens nor­maux, d’humbles citoyens de Grèce, Suède, Tur­quie, Irlande, France, Ita­lie, Algé­rie, Malai­sie. Tout ceci pris comme un tro­phée par un État agis­sant comme un vul­gaire pirate des îles. Qui ne sen­ti­rait pas un cer­tain sen­ti­ment de res­pon­sa­bi­lité et de peur de ne pas être capable d’accomplir notre mis­sion et livrer nos mar­chan­dises à la popu­la­tion empri­son­née de Gaza ?

« Mais nous savons que la peur est aussi de l’autre côté. Parce que depuis le début de notre coa­li­tion, l’Etat d’Israël fait tout ce qu’il peut pour évi­ter la confron­ta­tion avec nous. Depuis le début ils ont essayé de nous empê­cher de par­tir, de regrou­per nos forces et de prendre le large tous ensemble vers Gaza. Ils ont essayé de nous bri­ser. Leur scé­na­rio idéal était de nous divi­ser, les Irlan­dais d’un côté, les Grecs et Sué­dois d’un autre, les Amé­ri­cains d’un autre encore et les Turcs tout seuls. Bien sûr, ils savaient qu’ils ne pour­raient pas mettre la pres­sion sur la Tur­quie, ni agir direc­te­ment là-bas. Alors ils ont concen­tré leurs attaques sur les par­ties irlan­daises et grecques de notre coalition.

« Le pre­mier set a com­mencé il y a deux semaines quand ils ont saboté le cargo irlan­dais, l’obligeant à retar­der son départ pour près d’une semaine. Mais, les Irlan­dais ont réparé aussi vite qu’ils le pou­vaient et main­te­nant ils sont à un ou deux jours der­rière nous. Puis ils ont mis une pres­sion énorme sur le gou­ver­ne­ment grec, affai­bli par la crise éco­no­mique, pour l’obliger à ne pas lais­ser par­tir le cargo grec et le bateau de pas­sa­gers greco-suédois. A cause de ces pres­sions, nous avons dû retar­der notre voyage deux fois et deman­der aux Turcs, à leurs 500 pas­sa­gers et aux amis amé­ri­cains qui étaient prêts à par­tir de nous attendre. C’est ce qu’ils ont fait heu­reu­se­ment ! Jusqu’à la der­nière minute avant leur départ de Grèce, nous ne savions pas si les deux bateaux auraient l’autorisation du gou­ver­ne­ment grec, mais fina­le­ment le gou­ver­ne­ment grec a décidé de prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés en agis­sant comme un Etat sou­ve­rain et a laissé le cargo et le bateau de pas­sa­gers quit­ter le port du Pirée à Athènes.

[…] « Dans quelques heures, le der­nier set, cru­cial, com­men­cera quand nous entre­rons dans les eaux de Gaza. Bien sûr, maté­riel­le­ment, il serait très facile pour Israël de nous stop­per et nous arrê­ter, mais le coût poli­tique qu’ils auront à payer sera énorme. Vrai­ment énorme, à tel point que toutes les ruses et les pièges qu’ils ont tenté de mettre sur notre route ont réussi à faire une seule chose : sen­si­bi­li­ser de plus en plus de gens par­tout dans le monde sur notre flot­tille et sur la situa­tion de Gaza. Et de tout ça, nous appre­nons quelque chose : la peur n’est pas de notre côté, mais du côté d’Israël. Ils ont peur de nous parce que nous repré­sen­tons la colère des gens tout autour du monde. Les gens qui sont mécon­tents de ce que l’État cri­mi­nel d’Israël fait aux Pales­ti­niens et à chaque amou­reux de la paix qui ose prendre le parti des oppri­més. Ils ont peur de nous parce qu’ils savent que, dans un proche ave­nir il y aura encore plus de bateaux à venir à Gaza comme il y a de plus en plus de per­sonnes à déci­der de boy­cot­ter Israël chaque jour. »

Tho­mas Sommer-Houdeville, depuis l’un des bateaux de la flot­tille de Gaza, coor­di­na­teur de la Cam­pagne civile inter­na­tio­nale pour la pro­tec­tion du peuple pales­ti­nien (CCIPPP)

Voir aussi : http://www.protection-palestine.org


Attaque de Gaza. Israël prisonnier de ses murs

Ainsi, la flot­tille ache­mi­nant des cen­taines de mili­tants pro-palestiniens et de l’aide pour Gaza a été inter­cep­tée par un com­mando israé­lien. Au moins dix-neuf pas­sa­gers ont été tués, une tren­taine bles­sés. Je n’y étais pas, soit, mais je suis révolté par ce qui est rap­porté. Une fois de plus Israël se com­porte de manière into­lé­rable ; une fois de plus l’intolérable sera toléré, moyen­nant quelques rodo­mon­tades de l’ineffable « com­mu­nauté inter­na­tio­nale », aussi habi­tuelles qu’hypocrites. Une fois de plus, la pers­pec­tive de paix au Moyen-Orient s’efface vers sa mor­ti­fère ligne de fuite.

Une phase de l’attaque israé­lienne contre le bateau turc « Mavi Mar­mara » fil­mée par la chaîne de télé­vi­sion du Qatar Al-Jazeera. Cli­quer sur l’image.

C’est éga­le­ment ainsi qu’Israël, sur le plan militaro-diplomatique, dans une même démarche d’isolement et d’arrogance, a décidé de tour­ner le dos au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Cela s’est passé ven­dredi der­nier : tan­dis que les 189 États par­ties pre­nantes au TNP se sont accor­dés, à l’unanimité, sur une décla­ra­tion finale appe­lant à la tenue, en 2012, d’une confé­rence régio­nale en faveur d’un Moyen-Orient dénu­cléa­risé, Israël dénon­çait le len­de­main même cet accord. Le gou­ver­ne­ment israé­lien l’a qua­li­fié de « très impar­fait et hypo­crite », déplo­rant que « le régime ter­ro­riste ira­nien n’est même pas men­tionné » . Israël accuse aussi les Etats-Unis d”  »avoir cédé à la pres­sion inter­na­tio­nale » .

Non signa­taire du TNP, mais pos­sé­dant des armes nucléaires, Israël patauge dans une ambi­guïté stra­té­gique et poli­tique main­te­nue sous ses mul­tiples oscil­la­tions idéo­lo­giques et reli­gieuses de ses régimes suc­ces­sifs, de gauche aussi bien d’extrême-droite, comme l’actuel gou­ver­ne­ment de Néta­nya­hou dont l’outrance fait bien le jeu de Téhéran.

Comme si Israël s’enferrait et s’enfermait dans une cer­taine exploi­ta­tion de son tra­gique des­tin his­to­rique – exploi­ta­tion idéo­lo­gique, sym­bo­lique, psy­cho­lo­gique : en ne ces­sant de faire endos­ser au « reste du monde »  la fac­ture de la shoa, de faire payer cette tra­gé­die en mon­naie de culpa­bi­li­sa­tion assor­tie d’inter­dits mul­tiples : inter­dit d’exercer toute cri­tique sous peine de péché d’antisémitisme ! * – ce qui peut se lire entre les mots envoyés à un Obama ayant « cédé à la pres­sion inter­na­tio­nale ». Une telle atti­tude, pou­vant certes trou­ver expli­ca­tion à l’analyse du sul­fu­reux cock­tail reli­gieux et his­to­rique, obère toute avan­cée rai­son­nable, donc aussi ration­nelle que responsable.

Comme si le but de toute poli­tique avan­cée, sinon évo­luée, n’était de confor­ter la paix entre les hommes, dans les cœurs comme entre les États. Ce qui ne sau­rait se réa­li­ser en construi­sant des murs plu­tôt que des ponts, en envoyant des com­man­dos mili­taires plu­tôt que des légions évan­gé­liques. Et on va se plaindre de la guerre !


*Inter­dit même d’écrire « lobby juif » sur un blog sans pro­vo­quer la cen­sure… C’est une des fonc­tions du tabou que d’interdire aussi toute pen­sée cri­tique à son pro­pos et quant à son objet…


Le Proche-Orient pour les nuls

par Sin­di­bad

Sous la signa­ture de Sin­di­bad et sous le titre repris ici, la Coor­di­na­tion des Appels pour une Paix Juste au Proche-Orient (CAPJPO) publie sur son site – « en forme de satire » –, un texte déca­pant. Il pose en par­ti­cu­lier la ques­tion du trai­te­ment par la plu­part des médias domi­nants de l’actualité du Proche-Orient. Bien des jour­na­listes pour­raient se sen­tir visés.

Depuis près de six ans, le gou­ver­ne­ment israé­lien tue par semaine entre 10 et 20 Pales­ti­niens, enlève les hommes et les femmes par dizaines, détruit les habi­ta­tions, les champs et les infra­struc­tures, enferme et empêche les habi­tants de Gaza et de Cis­jor­da­nie de cir­cu­ler libre­ment chez eux. Alors, quand un groupe de résis­tants, « ter­ro­ristes » pour les israé­liens, « acti­vistes » pour les autres, cap­ture un sol­dat chargé de sur­veiller la grande pri­son à ciel ouvert qu’est Gaza, l’Occident, l’Europe, la France et sa presse indé­pen­dante trouvent que c’en est trop pour Israël. Cet État « seule démo­cra­tie au Proche-Orient » est éga­le­ment le seul État à avoir le droit de tuer des civils, d’enlever des ministres et des dépu­tés élus démo­cra­ti­que­ment, dans un pays en lam­beaux, seule démo­cra­tie sous occu­pa­tion dans le monde.

Il y a quelque chose d’irréel dans ce monde libre voulu par Bush et Blair. On se frotte les yeux et on tend les oreilles pour réa­li­ser que c’est bien la réa­lité. Celle des bombes puis­santes qui pul­vé­rise les réfu­giés liba­nais sur la route de l’exode. Celle d’une télé­vi­sion qui choi­sit de ne pas mon­trer ce qu’on ne doit pas voir. On se dit alors, que nous n’avons rien com­pris. Le malaise qu’on éprouve devant notre poste de télé­vi­sion vient de notre inca­pa­cité à com­prendre les nou­velles règles du jeu. Ces règles sont cer­tai­ne­ment écrites quelque part dans les cer­veaux des édi­to­ria­listes de Libé­ra­tion, du Monde ou de France Inter.

Il n’y a qu’à écou­ter et regar­der ces jour­na­listes, envoyés très spé­ciaux, ten­tant de nous vendre la ver­sion d’un conflit dont les forces en pré­sence seraient symé­triques, entre l’une des armées les mieux équi­pées du monde, qui en plus est sou­te­nue par la pre­mière puis­sance mon­diale, et d’un pays dépourvu d’armée digne de ce nom.

Depuis le début de l’Intifada, les Israé­liens morts suite à des tirs de roquettes pales­ti­niennes se comptent sur les doigts de la main. Autant dire qu’un Israé­lien a plus de risques de mou­rir de la foudre que vic­time d’une roquette du Hamas. Pour­tant on a fini par croire que les roquettes Aze­dine Alquas­sam met­taient en péril l’existence d’Israël, état dit tan­tôt « hébreu », tan­tôt « démo­cra­tique, sur­tout quand ça l’arrange.

On croyait, nous les naïfs, qu’un homme en valait un autre. On avait tort, preuve qu’on n’avait rien com­pris aux règles du jeu. Ce sont ces règles qui font que la vie d’un sol­dat israé­lien n’a pas de prix. Un sol­dat Israé­lien cap­turé, jus­ti­fie que 300 Arabes soient assas­si­nés et qu’un pays tout entier soit dévasté, sans qu’on y trouve rien à redire.

Voici, en exclu­si­vité, ces règles que tout le monde doit avoir à l’esprit lorsqu’il regarde le JT le soir, ou quand il lit son jour­nal le matin. Tout devien­dra simple.

Règle numéro 1 : Au Proche-Orient, ce sont tou­jours les Arabes qui attaquent les pre­miers et c’est tou­jours Israël qui se défend. Cela s’appelle des repré­sailles.

Règle numéro 2 : Les Arabes, Pales­ti­niens ou Liba­nais n’ont pas le droit de tuer des civils de l’autre camp. Cela s’appelle du ter­ro­risme.

Règle numéro 3 : Israël a le droit de tuer les civils arabes. Cela s’appelle de la légi­time défense.

Règle numéro 4 : Quand Israël tue trop de civils, les puis­sances occi­den­tales l’appellent à la rete­nue. Cela s’appelle la réac­tion de la com­mu­nauté internationale.

Règle numéro 5 : Les Pales­ti­niens et les Liba­nais n’ont pas le droit de cap­tu­rer des mili­taires israé­liens, même si leur nombre est très limité et ne dépasse pas trois soldats.

Règle numéro 6 : Les Israé­liens ont le droit d’enlever autant de Pales­ti­niens qu’ils le sou­haitent (envi­ron 10.000 pri­son­niers à ce jour dont près de 300 enfants). Il n’y a aucune limite et ils n’ont besoin d’apporter aucune preuve de la culpa­bi­lité des per­sonnes enle­vées. Il suf­fit juste de dire le mot magique « terroriste ».

Règle numéro 7 : Quand vous dites « Hez­bol­lah », il faut tou­jours rajou­ter l’expression « sou­tenu par la Syrie et l’Iran ».

Règle numéro 8 : Quand vous dites « Israël », Il ne faut sur­tout pas rajou­ter après : « sou­tenu par les Etats-Unis, la France et l’Europe », car on pour­rait croire qu’il s’agit d’un conflit dés­équi­li­bré.

Règle numéro 9 : Ne jamais par­ler de « Ter­ri­toires occu­pés « , ni de réso­lu­tions de l’ONU, ni de vio­la­tions du droit inter­na­tio­nal, ni des conven­tions de Genève. Cela risque de per­tur­ber le télé­spec­ta­teur et l’auditeur de France Info.

Règle numéro 10 : Les Israé­liens parlent mieux le fran­çais que les Arabes. C’est ce qui explique qu’on leur donne, ainsi qu’à leurs par­ti­sans, aussi sou­vent que pos­sible la parole. Ainsi, ils peuvent nous expli­quer les règles pré­cé­dentes (de 1 à 9). Cela s’appelle de la neu­tra­lité journalistique.

Règle numéro 11 : Si vous n’êtes pas d’accord avec ses règles ou si vous trou­vez qu’elles favo­risent une par­tie dans le conflit contre une autre, c’est que vous êtes un dan­ge­reux antisémite.

••• CAPJPO-Euro-Palestine, 16 bis rue d’Odessa 75014 Paris.
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Liban. Images de guerre, images de propagande

Les trois pho­tos ci-contre – com­ment les qua­li­fier ? Inqua­li­fiables ? – cir­culent sur inter­net sous l’intitulé « Good mor­ning Bey­routh ». Il s’agit d’images de guerre. Et aussi d’images de pro­pa­gande. Leur seul rap­pro­che­ment fait sens, comme on dit. Pas n’importe quel sens, sur­tout si, par sa charge émo­tion­nelle, il trouble le sens critique.

Les deux pre­mières pro­viennent de l’agence Asso­cia­ted Press, accompa– gnées de la légende : « Israeli girls write mes­sages on a shell at a heavy artillery posi­tion near Kiryat Shmona, in nor­thern Israel, next to the Leba­nese bor­der, Mon­day, July 17, 2006. (AP Photo/Sebastian Scheiner)

Ces deux pho­tos sont titrées, en anglais « Des enfants israé­liens envoient des cadeaux à des enfants liba­nais ». Titre lui-même suivi de celui-ci, qui accom­pagne la troi­sième photo : « Les enfants liba­nais les reçoivent »

La source de cette troi­sième photo n’est pas bien énon­cée. De la même agence AP ?  Et alors, dira-t-on , pour­quoi pinailler? Car – hélas ! –, elle ne semble pas tru­quée et il s’agit bien d’un enfant mort. Seule­ment on ne peut savoir dans quelles cir­cons­tances exactes : pas de lieu annoncé, ni de date.

Même s’il est pro­bable que cet enfant ait été vic­time d’un acte de guerre, au sens strict de l’exactitude des faits, l’image seule ne dit rien des cir­cons­tances. C’est le dis­cours – de pro­pa­gande – qui éta­blit un lien impli­cite, comme évident, entre les obus sur les­quelles écrivent des fillettes israé­liennes et la petite victime.

Qu’importe !, dira-t-on encore, puisque toute guerre, donc celle-ci, est hor­rible. Jus­te­ment, elle l’est assez sans besoin d’en rajou­ter à l’horreur. La guerre résulte d’une défaite de la rai­son. Une défaite de l’humanité pen­sante, aveu­glée par les débor­de­ments émotionnels.


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  • Un récent et com­pli­qué chan­ge­ment de ser­veur a causé la perte de quelques « car­tons », en l’occurrence cer­taines images. Les reverra-t-on un jour ? Hmmm…

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