On n'est pas des moutons

Mot-clé: panurgisme


Halte à la dissidence ! Halte aux attentats anti « smartphones » !

Pris sur Twit­ter en pleine crise d’anormalité, ce dis­si­dent attra­pé au col­let par la vidéo-sur­veillance, sera bien­tôt tra­duit devant le tri­bu­nal de Big Bro­ther. Nul doute que cet atten­tat à la smar­ti­tude télé­pho­nique sera puni avec la sévé­ri­té qui s’impose. Et que cette scène déplo­rable serve de leçon aux éven­tuels délin­quants, heu­reu­se­ment de plus en plus rares !

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Aujourd’hui , en France, sur un quai de gare… [Ph. d.r.]


Capitalisme netarchique. Plein de clics, plein de fric

Sur son blog et dans sa revue de presse domi­ni­cale, mon cama­rade Daniel Chaize ne manque pas de décou­per les meilleurs mor­ceaux dans le lard de la bête média­tique. Exemple, extrait de Libé de same­di :

[…] Les capi­ta­listes netar­chiques (Face­book, Google, Ama­zon, …) fonc­tionnent avec 100 % des reve­nus pour les pro­prié­taires et 0 % pour les uti­li­sa­teurs qui cocréent la valeur de la pla­te­forme. C’est de l’hyperexploitation ! Ce sont des modèles para­si­taires : Uber n’investit pas dans le trans­port, ni Airbnb dans l’hôtellerie, ni Google dans les docu­ments, ni You­Tube dans la pro­duc­tion média­tique.

Michel Bau­wens, théo­ri­cien de l’économie col­la­bo­ra­tive, Libé­ra­tion, 21 mars 2015

C’est dit et bien dit. On n’aura moins d’excuses à cli­quer comme ça, ingé­nu­ment et à tour de bras, pour un oui ou un non, pour un rien. Cha­cun de nos clics (à part sur les blogs inno­cents et purs de tout com­merce – et qui enri­chissent au sens noble) finissent en mon­naie son­nante et non tré­bu­chante : pas la moindre hési­ta­tion quand il s’agit d’engrosser les escar­celles déjà débor­dantes des capi­ta­listes netar­chiques – rete­nons l’expression.

C’est ain­si, en effet, que les plus grosses for­tunes mon­diales se sont consti­tuées à par­tir de petits riens, mul­ti­pliés par trois fois rien, ce qui finit par faire beau­coup et même énorme ! C’est là l’application moderne d’un des fon­de­ments de l’accu­mu­la­tion du capi­tal, comme disait le vieux bar­bu : vendre « pas cher » de façon à vendre beau­coup. Pas cher : juste au-des­sus du prix que les pauvres peuvent payer, quitte à s’endetter – les banques, c’est pas pour les chiens. Et l’avantage, avec les pauvres, c’est qu’ils sont nom­breux et se repro­duisent en nombre !

Cette fois, ces netar­chiques font encore plus fort : ils vendent du vent et en tirent des for­tunes. Et, sur­tout, sans don­ner l’impression qu’ils s’empiffrent ! Ni qu’ils nous escroquent puisqu’ils « rendent ser­vice », ces braves gens, en « flui­di­fiant l’économie », qu’ils pompent sans ver­gogne – et sans même payer d’impôts dans les pays d’implantation ! –, rui­nant des sec­teurs entiers dans les­quels les pauvres sur­vi­vaient en trou­vant quelque rai­son d’exister socia­le­ment.

Voyez les taxis, par exemple. Une tech­no­lo­gie exploi­tée par des filous (Uber) a com­men­cé à les rendre obso­lètes, désuets quoi, bons à jeter. Ils avaient un métier (quoi qu’on puisse dire de cer­tains d’entre eux, mar­gou­lins à l’ancienne), une place et une fonc­tion sociales, par­ti­ci­paient à l’économie géné­rale de l’échange. N’importe qui (au chô­mage par exemple) peut désor­mais les rem­pla­cer, au pied levé, et au noir bien sou­vent…

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1984”, film de Michael Rad­ford d’après George Orwell

Ain­si se détruit tout un tis­su, certes non par­fait, mais dont la dis­pa­ri­tion sera dom­ma­geable à l’ensemble de nos socié­tés.

Ain­si naissent les nou­veaux empires, par glis­se­ments insen­sibles dans la déma­té­ria­li­sa­tion des échanges et d’une grande par­tie de la pro­duc­tion mar­chande.

Ain­si s’instaure le nou­vel impé­ria­lisme, que ni Hux­ley ni Orwell n’avaient ima­gi­né dans sa forme, mais qui réa­lise bien le contrôle mon­dial de l’économie sous la tota­li­té (tota­li­taire), ou qua­si tota­li­té, de ses variantes. Avec, comme corol­laire – à moins que ça n’en consti­tue les pré­misses – le contrôle phy­sique et men­tal des indi­vi­dus (déjà bien avan­cé !), le plus sou­vent avec leur consen­te­ment pas­sif – ce qui est le fin du fin dans l’accomplissement de l’aliénation géné­rale.

Mais où sont les labo­ra­toires de la révo­lu­tion qui s’opposera à ce désastre annon­cé ? Les netar­chiques seraient-ils déjà en train de s’en occu­per ?…


Alors, les yeux de Liz : violets, émeraude, bleus ?

Post scrip­tum. Ah ben, à en croire Libé du jour, ils ne sont pas rouges non plus…

Dans le même « JT » de 20 heures, hier, Liz Tay­lor a été célé­brée pour  la beau­té de ses yeux suc­ces­si­ve­ment qua­li­fiés vio­lets, éme­raude, puis bleus. Éblouis, sub­ju­gués, aveu­glés nos égre­neurs de nou­velles ! Une pho­to en noir et blanc s’impose donc pour tran­cher ce si déli­cat et fon­da­men­tal point d’actualité et même d’Histoire. Celle d’Hollywood comme temple de la mytho­lo­gie spec­ta­cu­laire, celle qui brouille la hié­rar­chie des valeurs en s’imposant comme valeur pre­mière : la vedette, la star, l’idole, l’Argent-roi, le sen­ti­men­ta­lisme exhi­bé, l’exhibition « sacra­li­sée », la beau­té inju­riant la misère – bref, toute l’injustice du monde, la magni­fi­cence outran­cière du pipole qui gou­verne ce monde. Une étoile s’éteint, l’univers vacille.

 


Le « médiocre bachelier » présidentiel ne garantit pas l’excellence journalistique

Reve­nons à nos mou­tonssss’. Et pré­ci­sé­ment à nos panur­giens jour­na­leux. Same­di 26, Libé­ra­tion publie en tête de rubrique « cour­rier » la lettre d’un cer­tain « Jean-Ber­nard Gon­za­lez, pro­fes­seur retrai­té ». Sous le titre « Nico­las Sar­ko­zy, médiocre bache­lier », on lit : « […] Il se trouve que j’étais membre du jury qui a fait pas­ser les épreuves du bac B à notre futur pré­sident au lycée Molière (Paris XVIe) en 1973 : les notes d’écrit du can­di­dat n°18917, étaient tel­le­ment médiocres (7/20 en fran­çais, 8/20 en mathé­ma­tiques, 9/20 en phi­lo­so­phie…) qu’il lui a fal­lu pas­ser l’oral pour être reçu sans men­tion. » Tout ça pour démen­tir le pro­pos de « Mar­tial, ingé­nieur » qui, dans Libé du 7 mai, affir­mait : « Il [Sar­ko­zy] a eu le bac avec men­tion très bien. »

Cela me serait bien égal s’il ne s’agissait une fois de plus de l’insoutenable légè­re­té jour­na­lis­tique. Sans voler au secours de l’impétrant bache­lier d’alors ( !), on peut, on doit même se deman­der com­ment un pré­ten­du prof retrai­té pour­rait avoir mémo­ri­sé – ou même retrou­vé – les notes du can­di­dat « 18917 »… Sauf à avoir enfreint l’anonymat des dos­siers… en pré­mo­ni­tion d’une élec­tion pré­si­den­tielle et dans le but de le res­sor­tir 34 ans après… Ouaf-ouaf !

Mais ce n’est pas tout ! Le mer­cre­di sui­vant [30/05/07], le Canard enchaî­né repre­nait l’ « info » comme pain béni et sans plus de véri­fi­ca­tion ni recou­pe­ment. Titré « Élève Sar­ko, au piquet ! », le papier signé C.N. citait tex­to l’extrait ci-des­sus de la lettre parue dans Libé, tan­dis que son auteur deve­nait Gon­zales – ce qui semble plus conforme à l’orthographe espa­gnole, il est vrai, mais pas à la signa­ture ori­gi­nale. Et le Canard d’embrayer sur les autres peaux d’âne du pré­sident, et notam­ment sur son « non diplôme » de Sciences Po, une véri­té réta­blie dans le nou­veau CV de Sar­ko­zy – du moins si l’on en croit Le Canard.

Pas de quoi fouet­ter un chat. Un chat, non. Mais des plu­mi­tifs, y com­pris pal­més, si !


Trente-huit moins quatre

cpaveyron_d20070212.1171277535.jpgSur trente-huit quo­ti­diens régio­naux de ce lun­di, quatre n’affichaient rien en une de la grand-messe de Ségo­lène Royal. Pour les rédac­tions en chef de Centre Presse (Rodez), L’Éclair (Pau), Le Petit Bleu (Agen) et Le Pro­grès (Lyon) ; donc pour ces quatre titres et acces­soi­re­ment leurs lec­teurs, la pres­ta­tion de la can­di­date socia­liste serait un non évé­ne­ment. Celle du can­di­dat de l’UMP tout autant d’ailleurs.

Pour avoir si sou­vent ici dénon­cé le panur­gisme des médias, j’aurais mau­vaise grâce à me plaindre de ces quatre « vilains canards ». Com­ment ne pas igno­rer l’événement sans pour autant faire allé­geance quand on se veut indé­pen­dant ? – à condi­tion de l’être en toute cir­cons­tance, ce qui reste évi­dem­ment à prou­ver !
petitbleu_d20070212.1171277731.jpgprogres_d20070212.1171277770.jpgeclairpyr_d20070212.1171277662.jpg
Tou­jours la ques­tion de cette néces­saire dis­tance cri­tique : être au cœur de l’actualité ; puis prendre du recul – c’est le temps de la réflexion et de l’écriture dis­tan­cées. En quoi le par­ti de l’information ne sau­rait se confondre avec celui des « pêcheurs à la ligne ».


Mimétisme

Un pro­cu­reur, à Mar­seille, a lâché le mot : mimé­tisme. Les voyous incen­diaires d’un bus auraient agi ain­si, en imi­tant leurs devan­ciers, héros des ban­lieues pari­siennes. À quoi ils auraient été inci­tés par « les médias ». Deux remarques :

– Le magis­trat me fait pen­ser à ces Dia­foi­rus pre­nant l’effet pour la cause et qui, pour mas­quer leur igno­rance, l’habillent de mots fort savants. « Mimé­tisme », certes, ne relève pas du voca­bu­laire exor­bi­tant du droit com­mun… Pas cer­tain cepen­dant que chez les petites frappes du quar­tier Saint-Jérôme il ne soit pris pour une mala­die étrange.

Si un pro­cu­reur peut par­ler comme un tou­bib, son rôle n’est tou­te­fois pas de soi­gner. Il est là pour accu­ser, au nom de la Répu­blique et de la socié­té. À celles-ci d’apporter leurs remèdes. Qui eux-mêmes résultent d’un diag­nos­tic, lequel enfin remonte au niveau moral et social de la Cité – ce qu’on appelle la poli­tique.

– En par­lant de mimé­tisme, le magis­trat mar­seillais a donc aus­si poin­té du doigt les médias. Savoir si les­dits jour­naux, radios, télés en ont fait des tonnes sur l’affaire est une ques­tion ouverte : quand est-ce qu’on en dit trop ou pas assez ? A moins que, au delà du quan­ti­ta­tif, la ques­tion ne soit plu­tôt celle du com­ment on sai­sit les faits, com­ment on se sai­sit de leur com­plexi­té. Com­ment on appri­voise la machine avant son embal­le­ment : plus de « tenue de route », plus de volant res­pon­sable, plus de freins éthiques.

Une autre ques­tion me tara­buste, que j’aborde sou­vent ici, celle du mimé­tisme intra et inter média­tique. Comme la Facul­té, je recours aus­si à un mot même pas dans les dicos : panur­gisme, en réfé­rence aux mou­tons du fameux Panurge, ber­ger de son état – comme se voient aus­si volon­tiers cer­tains jour­na­listes. Tan­dis que la plu­part des autres ont géné­ra­le­ment opté pour l’état de mou­tons (dociles), bre­bis (bêlantes) se dépla­çant dans l’actualité comme autant de trou­peaux agis par le Panurge invi­sible qui les ras­semble et les pousse vers les mêmes lieux com­muns. Ain­si en fut-il de la décla­ra­tion du pro­cu­reur mar­seillais : il a dit « mimé­tisme » et, comme un seul mou­ton, le trou­peau tout entier des médias domi­nants et de leurs dociles agneaux s’est mis à bêler « mimé­tisme », « mimé­tisme », « mimé­tisme »…

« Les jeunes auraient agi par mimé­tisme », a ain­si enton­né la gent jour­na­lis­tique qui sur ce cha­pitre, il est vrai, sait en faire des fro­mages (de bre­bis). Illus­tra­tion « vivante » avec les fameux mar­ron­niers, ces ren­dez-vous de l’actualité sai­son­nière : la Tous­saint qui, cette année encore, est tom­bée le 1er novembre… Avec une variante sans doute due à un lob­bying des cré­ma­tistes puisqu’on a eu droit – tous médias confon­dus – à des sujets mul­tiples autant qu’identiques sur la dis­per­sion des cendres. De ce point de vue, la Tous­saint 2006 aura été d’un bon cru ; sans tou­te­fois déro­ger à la loi mou­ton­nière que je résu­me­rai ain­si : agir comme tout le monde et donc comme les autres, tou­jours dans le même sens, quel qu’il soit d’ailleurs, sans se deman­der d’où vient le vent. Le niveau de conta­gion est deve­nu tel que les bre­bis éga­rées ont peu de chances de sur­vivre (Poli­tis, secou­ru par ses trop rares lec­teurs).

C’est une pan­dé­mie. Ses causes ?
Une stan­dar­di­sa­tion des for­ma­tages jour­na­lis­tiques dans les lieux de for­ma­tion, en réponse à l’exigence – d’ailleurs non for­mu­lée – des entre­pre­neurs média­tiques et du Mar­ché. A l’image de la mar­chan­dise, les pro­duits média­tiques s’alignent sur les goûts com­muns, l’uniformisation. Voi­ci nos jour­na­listes en uni­formes invi­sibles – mais de plus en plus voyants –, embou­chant les mêmes trom­pettes d’un métier bouf­fé par les finan­ciers, gan­gre­né par la com’, mité du dedans. Quand les jour­na­listes ne pro­duisent plus de sens, mais d’abord des articles de consom­ma­tion cou­rante.


Canards, poulets et moutons dans la basse-cour panurgique

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S’il est une épi­dé­mie, voire une pan­dé­mie, qu’on ne contrôle encore pas, c’est bien celle qui frappe les médias sous sa forme dévas­ta­trice : la panur­gite. Sou­vent dénon­cé ici, le mal n’en conti­nue pas moins de sévir et de se répandre. «Ils n’en mou­raient pas tous…», hélas !

Panur­gite [panyr­jit]  n. f. • 2004; selon «c’est pour dire» : inflam­ma­tion aiguë du sys­tème infor­ma­tif frap­pant les orga­nismes média­tiques de manière mou­ton­nière et galo­pante. Ten­dance à repro­duire une même infor­ma­tion sous des formes plus ou moins variables ou iden­tiques, selon les cas. S’apparente à l’écho­la­lie [eko­la­li] n. f.  • 1885; en all. 1853; gr. êkhô et lalia «bavar­dage». Neu­rol. Répé­ti­tion auto­ma­tique des paroles (ou chutes de phrases) de l’interlocuteur, obser­vée dans cer­taines apha­sies.  [Robert].

Tout ça pour dire que le mal sévit gra­ve­ment par ces temps de grippe frap­pant plus les canards que les mou­tons. Il est vrai que les canards aiment beau­coup déam­bu­ler en trou­peaux can­ca­nant. Ain­si entend-on de par­tout et à satié­té, de toutes les basses-cours média­tiques, bruits d’épidémie, pan­dé­mie, alerte, virus, vac­cins, pou­lets, mous­tiques, chats, veaux, vaches, cochons… Sans par­ler du gali­ma­tias chif­fré à base 20, 50, 10, 60 pour cent, selon l’appareil à mesu­rer la chute des ventes
de pou­lets.

En fin de compte, les uns et les autres bêlent à l’unisson, tou­jours prêts à sau­ter ensemble dans le pré­ci­pice des rumeurs et croyances, là où la rai­son infor­mante suf­fi­rait bien.

Aucun masque ne peut pro­té­ger d’un tel mal, sinon le modèle inté­gral, genre casque, cou­vrant les yeux et les oreilles.

Pom­pon d’Or et Pan­toufles du même métal (y avait long­temps !) pour ces JP (Jeux panur­giques) à France Inter et son Télé­phone sonne inti­tu­lé : «Les médias en font-ils trop sur la grippe aviaire ?»

Nota bene : Rele­vons tou­te­fois que – mou­ton échau­dé crai­gnant l’eau froide – le mal n’a pas sévi de même s’agissant de l’affaire du jeune homme séques­tré et mar­ty­ri­sé. Le sou­ve­nir cui­sant de la fausse agres­sion anti­sé­mite du RER pari­sien étant encore vif dans les frêles mémoires des rédac­tions.


Après JO… Y a-t-il un plan B pour la France ?

J’en dis­cu­tais ce soir avec mon pote Faber, très vif à réagir [Sin­ga­pour, morne plaine] sur le trai­te­ment de cette affaire des JO : il s’agit bien, une fois de plus, de consta­ter et déplo­rer le panur­gisme média­tique, cette pen­sée unique du jour­na­lisme en action res­treinte. Par­ler du sujet, bien enten­du – et com­ment, même ! Il y a tant à dire sur ces mani­fes­ta­tions mon­dia­li­sées, miroir impla­cable de ce monde, le nôtre, ren­du à la vision mono­cu­laire des médias.

Bien sûr qu’il fal­lait trai­ter cette affaire, et bien la trai­ter, c’est-à-dire aus­si com­plè­te­ment que pos­sible, tenants et abou­tis­sants inclus à par­tir des pos­sibles – et en par­ti­cu­lier de l’hypothèse « plan B ». Bis repe­ti­ta, hélas. Amer clin d’œil au len­de­main de sur­dose pro-trai­té euro­péen, et confir­ma­tion que la sur­di­té est bien ins­tal­lée dans le sys­tème des médias domi­nants. A moins que l’infirmité ne soit congé­ni­tale, ce qui obli­ge­rait à pous­ser l’analyse et la réflexion jusqu’au pro­ces­sus même de l’information « moderne » : quels en sont les consti­tu­tifs ou les élé­ments de dérive, les « vices cachés » ou modes opé­ra­toires fla­grants ? Bref, de quoi moudre pour la pro­fes­sion et ses ana­lystes.

Et, jus­te­ment, voi­là de l’eau au mou­lin appor­tée sans attendre sous la forme d’un excellent papier du non moins excellent site « Le Cor­de­lier, l’observatoire des élites ». En voi­ci un extrait, paru ce jour sous le titre en coup de pied de l’âne : « Après JO... Y a-t-il un plan B pour la France ? ». C’est signé Peter Covel.

« Main­te­nant que nos élites ne dis­posent plus de 2012 pour seul et unique pro­jet natio­nal, peut-être qu’un véri­table cap va être déci­dé... On peut tou­jours rêver.

Après la claque du Non au réfé­ren­dum sur le trai­té consti­tu­tion­nel, l’obtention des JO 2012 a été la der­nière branche à laquelle le haut cler­gé poli­tique, éco­no­mique, média­tique et cultu­rel s’est rac­cro­ché pour « redon­ner le moral aux Fran­çais ».

Mais c’est Londres qui orga­ni­se­ra les JO de 2012.

Pen­dant des semaines Paris 2012 a été le seul et unique pro­jet natio­nal, le seul des­tin pro­po­sé au pays par ses élites, la solu­tion à tous les pro­blèmes de la France, le chô­mage, le com­mu­nau­ta­risme, la régu­la­tion éco­no­mique, l’Europe, les sys­tèmes de pro­tec­tion sociale...

Et voi­là que la per­fide Albion, après avoir pris les rênes d’une Europe bles­sée soi-disant par le non Fran­çais, nous ravit notre seul et unique espoir.

On était déjà quelque peu atter­ré par l’unanimisme chau­vin des médias, qui der­rière les poli­tiques, et man­geant dans la main de Dela­noë, nous don­naient vain­queurs par avance, for­cé­ment.

Alors bien sûr on finit par s’habituer aux dis­cours uniques et à la pro­pa­gande miel­leuse offi­cielle (écou­ter à cet égard, le der­nier dis­cours presque enfan­tin à force de naï­ve­té et de bons sen­ti­ments de Dela­noë vaut son pesant de rire sar­do­nique).

Mais que dire de cet espoir pué­ril et capri­cieux que nos élites ont mis dans Paris 2012 ? A croire que cela devait nous faire par­don­ner le Non, rendre à la France son dyna­misme éco­no­mique, son pres­tige cultu­rel, son image euro­péenne, sa cohé­sion natio­nale ?

Était-ce là le seul des­sein pour la France ?

Main­te­nant que nous ne l’avons plus, nos élites doivent donc répondre à la ques­tion, poli­tique s’il en est : Que faire ? Que faire ensemble ? Quel des­tin pour notre pays ?

Il est conster­nant d’observer que les JO ont consti­tué le seul pro­jet col­lec­tif pro­po­sé après les remises en cause glo­bales du 21 avril 2002 et du 29 mai 2005.

Au moins, la perte de cette pers­pec­tive va peut-être nous pous­ser à trou­ver un vrai cap... Mais ce n’est même pas sûr.

A la veille de la déci­sion du CIO, seul le site inter­net Media Ratings a tem­pé­ré l’enthousiasme géné­ral des médias fran­çais en se basant, non sans intel­li­gence, sur les paris des book­ma­kers anglais.

Aujourd’hui, la décep­tion aidant, il est évident que l’on va trou­ver toutes sortes de rai­sons plus ou moins obtuses à la défaite, dans un grand exer­cice de culpa­bi­li­sa­tion dont les médias ont le secret : Par­mi l’une des pre­mières, enten­due sur France 2 tout de suite après le ver­dict : les Anglais sont plus forts en lob­bying que nous (sous enten­du : « eux ont par­ti­ci­pé à la cor­rup­tion du CIO, pas nous »).

Le Cor­de­lier veut bien prendre le pari qu’aucun média ne remet­tra en cause la com­pé­tence de l’équipe de la can­di­da­ture de Paris.

Aucun n’a vu venir la déroute, alors que la France a héber­gé les JO d’hiver à Albert­ville en 1993 et que Londres n’avait rien eu depuis... 1948. Aucun n’a pipé mot devant l’autosatisfaction évi­dente et hau­taine de Luc Bes­son.

Aucun ne s’interrogera sur le vide des dis­cours et inter­views à base de « tous les Fran­çais aiment les Jeux », « les Jeux c’est la ren­contre, le métis­sage, la paix » et autres bille­ve­sées incon­sis­tantes et slo­gans mous de com­mu­ni­cants.

Un dis­cours tel­le­ment vide, léni­fiant et naïf qu’il est deve­nu uni­ver­sel.

Lire tout l’article de Peter Covel chez Le Cor­de­lier, ça vaut vrai­ment le détour.


Iter, le soleil, les étoiles, la lune… et “La Provence”


Donc, ce sera Cada­rache. Le sus­pens n’aura été que de mise. Il aura sur­tout ser­vi le Japon à faire mon­ter les enchères. N’est-il pas le grand gagnant de l’opération ? Il est inclus dans le pro­gramme Iter, se trouve indem­ni­sé au double de ses espé­rances, pour­ra lan­cer un autre pro­gramme de recherche – peut-être plus pro­met­teur –, n’aura pas à subir les risques éco­no­miques et éco­lo­giques de l’expérimentation.

Bref, et j’en reviens à mes mou­tons média­tiques. Mou­tons est bien le mot. S’agissant de panur­gisme, ce ne sera pas la pre­mière fois – ni hélas la der­nière – que je vais me pen­cher sur le quo­ti­dien de mon quo­ti­dien, celui qui, comme moi, se trouve dans l’œil du cyclone Ite­rien, à cette dif­fé­rence que lui s’en délecte benoî­te­ment. Ain­si nous pro­met-il les étoiles. Et la lune avec.

Pour nous en tenir à la Une, en voi­ci une lec­ture entre les titres, là où se dégage le sens caché des choses, là où les rap­pro­che­ments semblent hasar­deux. Voyons cela…

→ Lire le Post scrip­tum.

→ Lire aus­si le texte de Jean Gio­no, de 1961 : Pro­tes­ta­tion contre l’installation d’un centre nucléaire à Cada­rache.


Alléluia ! L’Airbus 380 a décollé à 10h29, acclamé par la foule des fidèles

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C’est un fait : l’homme, cet ani­mal pen­sant, a besoin de s’émerveiller comme « un enfant au bord de l’océan ». L’expression est de New­ton, ce qui tombe bien, si j’ose dire, pour ce savant qui a for­mu­lé les lois de la gra­vi­ta­tion et au moment ou l’Airbus 380 vient de s’en arran­ger – et de la gra­vi­ta­tion, et de ses lois. L’avion géant a bien décol­lé de terre à 10h29 sous les hour­ras d’une foule ébau­bie. Et il est même reve­nu quatre heures après.

Si j’en parle ici c’est en rai­son de l’«explosion» des visites de «c’est pour dire» liées aux quelques réfé­rences à Air­bus qui s’y trouvent : plus de 700 visites à 10 heures ! Ça me laisse pan­tois puisque si j’en parle ici, c’est tout de même par le biais des médias, et plu­tôt pour déni­grer leur accès de panur­gisme et l’absence, une fois de plus de recul cri­tique.

L’A380, comme toute pro­duc­tion humaine, ne sau­rait atteindre la per­fec­tion… divine. Tout comme le pape, ancien ou nou­veau. Et cet avion n’est jamais qu’un objet – fût-il admi­rable –, qu’on se doit de consi­dé­rer comme tel. Sans sou­mis­sion toté­mique, en se gar­dant de tout féti­chisme. His­toire de s’élever dans la condi­tion humaine. Ni papo­lâ­trie, ni air­bus­so­lâ­trie. Mais ce sera dur, tant semble insa­tiable cette soif de croyances et de mer­veilleux. Sans doute même rejoint-elle les mythes fon­da­teurs, tel celui d’Icare qui, au fait, s’est brû­lé les ailes à trop s’approcher du soleil.

Voir la vidéo du décol­lage sur France 3 (en cas de manque…).

→ Images : Mais il vole ! Et « France 3 Midi Pyré­nées » en perd son fran­çais.


Complément à la pétition. Le Grand Prix Panurge attribué aux médias de masse

L’événement pon­ti­fi­cal ayant en quelque sorte démo­né­ti­sé – pour un temps, allez ! – les fameuses Pan­toufles de notre célèbre Pal­ma­rès…, «moi-je tout seul» décide d’attribuer le Grand Prix Panurge (GPP) à l’ensemble des médias de masse – presse, radio, télé. Ce prix récom­pense dans un même élan la com­mu­nau­té mou­ton­nière des jour­na­listes en renon­ce­ment pro­fes­sion­nel.

Toute repen­tance, quoique bien­ve­nue, sera exa­mi­née avec sévé­ri­té et dans la durée. Tout lec­teur de ces lignes peut et doit par­ti­ci­per au jury. Celui-ci, sou­ve­rain (puisque répu­bli­cain, laïque et civique…) juge­ra s’il y a lieu de par­don­ner, et à quelles condi­tions, les offenses por­tées au Droit du public à une infor­ma­tion libre. Non mais !

Sacré Panurge !

«Sou­dain, je ne sais com­ment, le cas fut subi, je n’eus loi­sir de le consi­dé­rer, Panurge, sans autre chose dire, jette en pleine mer son mou­ton criant et bêlant.
Tous les autres mou­tons, criant et bêlant en pareille into­na­tion, com­men­cèrent à se jeter et à sau­ter en mer après, à la file. La foule était à qui le pre­mier y sau­te­rait après leur com­pa­gnon. Il n’était pas pos­sible de les en empê­cher, comme vous savez du mou­ton le natu­rel, tou­jours suivre le pre­mier, quelque part qu’il aille».

Rabe­lais, Pan­ta­gruel : Le Quart Livre, cha­pitre VIII.

→ Le tableau repro­duit est de JP-Ser­rier. C’est une contri­bu­tion invo­lon­taire, ne par­ve­nant pas à le joindre.


ÉCOLE ET MÉDIAS. Contre la complicité des gobeurs et des faiseurs d’« information »

Entre école et médias, il y a matière à mal­en­ten­dus. Jusqu’à same­di, la 16e Semaine de la presse et des médias dans l’école va ten­ter d’y confron­ter plus de quatre mil­lions d’élèves, dans 14.000 éta­blis­se­ments. Le thème rete­nu, «diver­si­té des médias et plu­ra­lisme des opi­nions», ne manque pas de piquant à l’ère des concen­tra­tions et reca­pi­ta­li­sa­tions sur le mode indus­triel. Une occa­sion aus­si pour les jour­na­listes d’opérer sur eux-mêmes et leurs employeurs un néces­saire recul cri­tique.

Bonhomme

Nor­ma­le­ment, je dis bien nor­ma­le­ment, les 392.000 ensei­gnants – dont les quelque 32.000 por­tés dis­pa­rus au front du com­bat péda­go­gique, selon le rap­port «secret» dévoi­lé par le quo­ti­dien des idées saines, ouf ! – devraient s’adonner à «C’est pour dire». Je n’ai pas écrit «s’abonner», c’est tou­jours vrai­ment gra­tuit.

Je parle, en clin d’œil, de cette com­plé­men­ta­ri­té entre ce blog voué à la cri­tique des médias et des maîtres plus ou moins appe­lés à agir de même auprès de leurs élèves. Jus­te­ment pour les éle­ver au-des­sus du trou­peau.

Je déplore sou­vent ici le redou­table panur­gisme jour­na­lis­tique, et cette iner­tie qui va avec, telle la corde du pen­du. Ce mal insi­dieux frappe bien des rédac­tions. Mais pas moins les lec­teurs, audi­teurs et télé­spec­ta­teurs prompts à ava­ler les nou­velles comme autant de cou­leuvres. Il y a là une com­pli­ci­té de fait qui se joue entre des fai­seurs d’ «infor­ma­tion» et des gobeurs cou­pa­ble­ment pas­sifs et com­plices.

Gloire donc au Centre de liai­son de l’enseignement et des médias d’information, du minis­tère de l’éducation natio­nale, qui se voue à cette noble mis­sion sal­va­trice des uns et des autres, des uns par les autres ! Puisque tel est le rôle du Cle­mi, notam­ment, que d’éveiller ensei­gnants et élèves à la fré­quen­ta­tion cri­tique des médias.

Des jour­na­listes et des jour­naux se prêtent au jeu. Ils en espèrent sou­vent des clients de demain. Oui, j’ai bien écrit clients, là où il fau­drait des lec­teurs. L’école, à com­men­cer par celle de la Répu­blique, se doit d’élever les enfants à hau­teur d’homme. C’est le beau sens du mot élève et de même le beau rôle du métier de pas­seur entre les géné­ra­tions. Tan­dis que le monde mar­chand tire à lui les consom­ma­teurs, l’école peut encore lui oppo­ser des citoyens de demain. Les médias, eux, sont-ils encore capables de méri­ter de vrais lec­teurs ?


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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