On n'est pas des moutons

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Mélenchon, l’homme qui ne plantait rien (ou qui plantait tout)

Jean-Luc-Melenchon

[Ph. Gerhard Val­ck, 2015, domai­ne public]

De la mélas­se pré­si­den­tiel­le, que pour­rait-il sor­tir de bon ? Qu’ajouter à cet­te tris­te ques­tion ? « C’est pour dire » n’avait donc rien à dire sur ce cha­pi­tre. Sauf  à le consi­dé­rer sous la plu­me ins­pi­rée d’Eugène Pot­tier écri­vant L’Internationale : « Il n’est pas de sau­veurs suprê­mes / Ni Dieu, ni César, ni Tri­bun ». L’air est aujourd’hui plu­tôt éven­té, mais le mes­sa­ge res­te d’une navran­te actua­li­té. Ain­si m’est-il reve­nu l’autre soir (23/2/17) à la télé en regar­dant le spec­ta­cle mon­té autour de Jean-Luc Mélen­chon. 1

Mélen­chon, ce soir-là, n’a pas craint de se pré­sen­ter com­me « un tri­bun » et même com­me « le tri­bun du peu­ple ». Oui : « Je suis le tri­bun du peu­ple », a-t-il ren­ché­ri, modes­te… On sait l’homme por­té à l’admiration de lui-même, qu’il clo­ne à l’occasion par holo­gram­me inter­po­sé, réus­sis­sant ain­si l’admirable syn­thè­se du Spec­ta­cle à la fois poli­ti­cien & tech­no­lo­gi­que. « Miroir, mon beau miroir… », cet­te si vieille fas­ci­na­tion égo­cen­tri­que… De nos jours – à l’ère du tout média­ti­que – la conquê­te et l’exercice du pou­voir pas­sent par la mise en spec­ta­cle du ges­te et de la paro­le, sur­tout de la paro­le. Il est signi­fi­ca­tif et cocas­se que cet­te émis­sion de Fran­ce 2 s’intitule Des Paro­les et des Actes

Tan­dis que la poli­ti­que se résu­me au Ver­be, à l’effet de tri­bu­ne (pour tri­buns…), un gou­ver­ne­ment peut se res­trein­dre à un seul minis­tè­re, celui de la Paro­le. Cet­te pra­ti­que est, elle aus­si, vieille com­me le mon­de poli­ti­que ; elle remon­te même à la rhé­to­ri­que des Anciens, qui l’avaient éle­vée au rang du dis­cours phi­lo­so­phi­que. Disons qu’aujourd’hui, seul le dis­cours a sub­sis­té. Enfin, sur­tout le dis­cours, par­fois quel­ques idées. Aucun poli­ti­cien n’y échap­pe, sur­tout pas les can­di­dats à la pré­si­den­ce. Il peut être inté­res­sant, voi­re dis­trayant, de lire entre les lignes des ver­bia­ges élec­to­raux, d’en décryp­ter aus­si les non-dits, à l’occasion expri­més par le corps – atti­tu­des, ges­tes, tona­li­tés.

À cet égard, la par­lu­re de Hol­lan­de ponc­tuée, et même truf­fée de « euh… », s’avère tout à fait révé­la­tri­ce de sa gou­ver­nan­ce à base d’hésitations, de dou­tes peut-être et de renon­ce­ments. 2 Cel­le de Mélen­chon, elle, si elle ne man­que pas de souf­fle, res­pi­re peu et ne s’autorise aucun silen­ce. Pas de pla­ce pour le dou­te ou le ques­tion­ne­ment dans cet­te paro­le péremp­toi­re, défi­ni­ti­ve. Un pro­pos sou­vent abrupt, cas­sant, dont son auteur prend par­fois conscien­ce ; alors, il ten­te de se repren­dre par une pirouet­te, com­me dans l’émission de jeu­di : « Eh, on peut plai­san­ter, je suis méri­dio­nal… il y a du Pagnol en moi ! » Ouais… Et du Gio­no aus­si ?

Car Mélen­chon doit se prou­ver en huma­nis­te  3, ce qui ne lui sem­ble donc pas si natu­rel… Voi­là qu’arrive l”« invi­té sur­pri­se » – tou­jours dans la même émis­sion –, le comé­dien Phi­lip­pe Tor­re­ton  4 Or, il a appor­té, pour l’offrir à Mélen­chon, le livre de Jean Gio­no, L’Homme qui plan­tait des arbres. « [Un livre] fon­da­men­ta­le­ment immo­ral ! », lan­ce tout aus­si­tôt Mélen­chon. Éton­ne­ment du comé­dien, qui s’explique néan­moins sur le sens de ce choix lié à l’urgence éco­lo­gi­que, en lit un pas­sa­ge et se lève pour l’offrir au poli­ti­cien du jour, que l’on relan­ce : alors, quel­le immo­ra­li­té ? « L’immoralité, lan­ce Mélen­chon, vient du fait que cet­te his­toi­re est écri­te pen­dant la guer­re, et que quand on lut­te contre le nazis­me on plan­te pas des arbres, on prend une arme et on va se bat­tre ! »

L’ancien mili­tai­re – non : mili­tant trots­kys­te, diri­geant de l’OCI (Orga­ni­sa­tion com­mu­nis­te inter­na­tio­na­lis­te) de Besan­çon (1972-79 selon Wiki­pé­dia), a lâché sa leçon de mora­le, cel­le du poli­ti­cien pro­fes­sion­nel qu’il n’a ces­sé d’être – puis­que c’est un « métier ». Et ain­si de repren­dre, en les sous-enten­dant, les accu­sa­tions vichys­tes et col­la­bo­ra­tion­nis­tes à l’encontre de Gio­no. Lequel avait pris le fusil à baïon­net­te, enfin celui qu’on lui avait mis d’office dans les mains, dès jan­vier 1915, pour ses vingt ans, direc­tion la Som­me, Ver­dun, le Che­min des dames, où il n’est « que » gazé alors qu’il y perd son meilleur ami et tant d’autres. Cho­qué par l’horreur de la guer­re, les mas­sa­cres, la bar­ba­rie, l’atrocité de ce qu’il a vécu dans cet enfer, il devient un paci­fis­te convain­cu. Jus­ques et y com­pris la secon­de gran­de bar­ba­rie. En 1939, s’étant pré­sen­té au cen­tre de mobi­li­sa­tion, il est arrê­té et déte­nu deux mois pour cau­se de paci­fis­me (Il avait signé le tract « Paix immé­dia­te » lan­cé par l’anarchiste Louis Lecoin). Durant la guer­re, il conti­nue à écri­re et publie des arti­cles dans des jour­naux liés au régi­me de Vichy. A la Libé­ra­tion, il est arrê­té, mais relâ­ché cinq mois plus tard sans avoir été incul­pé. 5

J’en reviens à notre sujet, sans m’en être vrai­ment éloi­gné, je crois. En refu­sant de consi­dé­rer pour ce qu’il est, le mes­sa­ge pro­fond – éco­lo­gis­te avant la let­tre, huma­nis­te et uni­ver­sel – de L’Homme qui plan­tait des arbres, pour pla­cer sa paro­le mora­li­sa­tri­ce, le patron de La Fran­ce insou­mise s’érige en Fou­quier-Tin­vil­le du Tri­bu­nal révo­lu­tion­nai­re. Il tran­che. Il se pose en garant du « pur et dur », lui que les guer­res ont heu­reu­se­ment épar­gné, qui n’a pas eu à résis­ter – l’arme à la main –, ni même à s’insoumettre. Lui qui, cer­tes, connut les tran­chées du Par­ti socia­lis­te durant 32 ans (1976-2008) et, tour à tour, les affres du conseiller géné­ral de Mas­sy (1998-2004), du séna­teur de l’Essonne (2004-2010), du minis­tre sous Chi­rac-Jos­pin (2000-2002), du pré­si­dent du Par­ti de gau­che (2009-2014), du dépu­té euro­péen depuis 2009. Que de com­bats héroï­ques, à mains nues cet­te fois ! (Quel­le bel­le retrai­te en pers­pec­ti­ve aus­si, non ?)

Il en a usé de la dia­lec­ti­que, de la stra­té­gie, de la tac­ti­que ! Il en a mâché de la paro­le ver­ba­le ! Tout ça pour rabais­ser le débat poli­ti­que à un cal­cul poli­ti­cien mina­ble. Pour­tant, il l’assure :

– « À mon âge, je fais pas une car­riè­re ; je veux pas gâcher, détrui­re ; j’ai de la hai­ne pour per­son­ne ; il faut convain­cre ! J’ai jamais été mélen­cho­nis­te ! [sic]

– Alors vous seriez prêt à vous reti­rer devant Benoît Hamon ?

Pour­quoi pas lui ? J’ai 65 ans, je veux pas dila­pi­der ! [re-sic]»

Alors Tor­re­ton, deve­nu pâle, sem­ble jeter l’éponge. Non pas tant qu’il se soit dégon­flé, com­me il a été dit, de lui poser LA ques­tion pour laquel­le il avait été l’« invi­té sur­pri­se ». Non, on dirait plu­tôt qu’il com­prend alors que c’est cuit, que Mélen­chon ne démor­dra pas, que sa « voca­tion », son « métier » c’est de s’opposer, de bai­gner dans ce mari­got où il se com­plaît, où son égo enfle avec déli­ce. Un demi-siè­cle de « métier » n’empêche pas, à l’évidence, de s’agripper à une pué­ri­le dia­lec­ti­que de cour d’école.

Et dès le len­de­main de l’émission, il pré­ten­dait sans amba­ges ne pas se sou­ve­nir d’avoir par­lé de rap­pro­che­ment avec le can­di­dat socia­lis­te. « J’ai dit ça hier soir ? Je ne m’en rap­pel­le pas ! » a-t-il assu­ré. À la sor­tie d’un déjeu­ner avec le secré­tai­re natio­nal du PCF, Pier­re Lau­rent, il a reje­té l’idée d’un ras­sem­ble­ment : « Ça n’a pas de sens aujourd’hui. De quoi par­le-t-on ? Benoît Hamon dit qu’il pro­po­se sa can­di­da­tu­re. Moi aus­si. Si vous vou­lez que le pro­gram­me s’applique, la meilleu­re des garan­ties, c’est moi ! » Ain­si, pour lui, la ques­tion d’un ral­lie­ment ne se pose même pas. « Non, faut pas rêver, ça n’aura pas lieu. D’ailleurs, per­son­ne ne le pro­po­sait », a-t-il assé­né.

Le trots­kys­te est reve­nu au galop : « Faut pas comp­ter sur nous pour aller fai­re l’appoint d’une for­ce poli­ti­que qui a du mal à remon­ter sur le che­val ». Aurait-il donc choi­si « objec­ti­ve­ment » l’option Mari­ne Le Pen ? 6 Ira-t-il ain­si jusqu’à refu­ser tou­te col­la­bo­ra­tion avec ce qui res­te de la social-démo­cra­tie, sous enten­du avec Benoît Hamon, puisqu’investi par le Par­ti socia­lis­te ? Ou enco­re, esti­me-t-il que Macron va l’emporter, que l’affaire est pliée et que sa plan­che de salut, par consé­quent, rési­de enco­re et tou­jours dans les déli­ces de l’éternelle oppo­si­tion, dans un hors-sol en quel­que sor­te, à l’abri de tou­te impu­re­té, de tout com­pro­mis.

Com­me si la démo­cra­tie ce n’était pas l’art sub­til des arran­ge­ments accep­ta­bles par le plus grand nom­bre – jamais par tous, évi­dem­ment. Com­me si la vie même ne rele­vait pas en per­ma­nen­ce de ses com­bi­nai­sons com­plexes, ni blan­ches ni noi­res. La pre­miè­re – la démo­cra­tie – se comp­te en siè­cles, par­fois seule­ment en années ; quel­ques semai­nes peu­vent suf­fi­re à l’anéantir. La vie, elle, remon­te à des mil­lions d’années ; elle res­te à la mer­ci de la bêti­se des humains.

Si je vote, ce sera pour Elzéard Bouf­fier, qui plan­tait des arbres.


En pri­me, le très beau film d’animation d’après le récit de Jean Gio­no, dit par Phi­lip­pe Noi­ret, réa­li­sé par Fré­dé­ric Back (1924-2013), Cana­da 1987. L’Homme qui plan­tait des arbres a rem­por­té l’Oscar du meilleur court métra­ge décer­né par l’Academy of Motion Pic­tu­re Arts and Scien­ces de Los Ange­les, aux États-Unis, le 11 avril 1988.

Notes:

  1. Je dis bien spec­ta­cle, au sens de Guy Debord et sa Socié­té du spec­ta­cle (1967); c’est-à-dire au sens de la sépa­ra­tion entre réa­li­té et idéo­lo­gie, entre la vie et sa repré­sen­ta­tion. Dans ce sens la socié­té est deve­nue « une immen­se accu­mu­la­tion de spec­ta­cles », pro­lon­ge­ment de l’« immen­se accu­mu­la­tion de mar­chan­di­ses » énon­cée par Marx dans Le Capi­tal. Au « féti­chis­me de la mar­chan­di­se » (et des finan­ces), puis à celui du Spec­ta­cle, il y aurait lieu aujourd’hui d’ajouter, à la façon d’un Jac­ques Ellul, le féti­chis­me tech­no­lo­gi­que.
  2. Sur cet­te adé­qua­tion idéa­le « paroles/actes », voir ici mon arti­cle de 2014 sur Jau­rès.
  3. « Droit-de-l’hommiste », il est sans dou­te, car cela relè­ve enco­re de la paro­le poli­ti­que, dif­fé­ren­te du sens de l’humain. Je me gar­de d’aborder ici le cha­pi­tre de ses tro­pis­mes lati­nos envers Cha­vez et les Cas­tro – sans par­ler de Pou­ti­ne.
  4. De gau­che, éco­lo­gis­te, il tient actuel­le­ment le rôle-titre dans La résis­ti­ble Ascen­sion d’Arturo Ui, de Brecht – que j’ai vue et appré­ciée il y a peu à Mar­seille ; piè­ce ô com­bien actuel­le sur le fas­cis­me pré­sen­té en l’occurrence com­me « résis­ti­ble »… espé­rons !
  5. Dès 1934, Gio­no avait affir­mé un paci­fis­me inté­gral ancré en pro­fon­deur dans ses sou­ve­nirs d’atrocités de la Gran­de Guer­re. Le titre de son arti­cle paci­fis­te publié dans la revue Euro­pe en novem­bre 1934 « Je ne peux pas oublier » attes­te de cet­te emprein­te indé­lé­bi­le de la guer­re dont il refu­se tou­te légi­ti­ma­tion, même au nom de l’antifascisme. Il affir­me dans « Refus d’obéissance », en 1937, que si un conflit écla­te, il n’obéira pas à l’ordre de mobi­li­sa­tion.
  6. Rap­pel : Jusqu’à l’avènement d’Hitler, l’objectif prin­ci­pal du Par­ti com­mu­nis­te alle­mand demeu­rait la des­truc­tion du Par­ti social-démo­cra­te. Voir à ce sujet Sans patrie ni fron­tiè­res, de Jan Val­tin, impla­ca­ble témoi­gna­ge d’un marin alle­mand sur le sta­li­nis­me en action. Ed. J-C Lat­tès, 1975.


Aidons Mme Lagarde à aller se rhabiller !

christine-lagarde-fmi

Cliquez sur l'image, vous n'en croirez pas vos yeux. Il y a deux ans, "Closer", ce magazine de la vulgarité totale, publiait sans barguigner, avec leurs coûts respectifs ("environ"), les élégances vestimentaires de Madame FMI. Cette pauvresse – "au goût très sûr pour les belles choses (et on la comprend)" – ne craignait pas d'étaler ainsi une garde-robe estimée à : 2800 + 1800 + 5900 + 3500 = 14.000 euros. [Merci François Ponthieu pour cette archive hors de prix !]

L’ « affaire Lagarde »… Quelle affaire ? On n’en parle déjà (presque) plus. Ça tourne si vite, le monde, l’actu, l’ordinaire des choses. Et aujourd’hui encore, un autre nouveau tour du monde, un nouveau héros à la voile. Et puis un héros de la chansonnette qu’on retrouve mort. 1 Toutes ces questions fondamentales. Tandis que les négligences, les étourderies de Madame Lagarde, ça c’est de la broutille à 400 millions, juste une insulte au peuple, même pas tancée par la Cour de Justice [sic] de la République – qui prononce en l’occurrence un véritable déni de justice. Sinon, comment justifier à la fois une faute et une non-faute ?

Alors, quelle République ? Voilà comment ils la galvaudent – les Lagarde, les Cahuzac, les Tapie et tant d'autres – la « Chose Publique », Res Publica ; ces escrocs, ces brigands, ces bandits – et j’en passe ! Cette République considérée comme une traînée, sur laquelle on ne se retourne même plus, une gueuse pour maquereaux profiteurs (pléonasmes) prêts à la refiler aux autres proxos du FN déjà en piste, prêts à la recycler au Nom du Peuple, bien sûr, et même de la République !

Une pétition circule pour exiger « un vrai procès pour Christine Lagarde ». Plus de 200.000 signatures ont été recueillies [la signer ici]. C’est encore trop peu compte tenu de l’outrage à ce qu’un George Orwell appelait la décence commune.

Car nous sommes bien en l’occurrence dans l’indécence totale. Des images de plus en plus nombreuses circulent sur la toile, prenant le relais des mots qui s’étouffent dans la colère, comme les miens ici.

Voici un échantillon de ces photos et dessins qui expriment une révolte des esprits, signes peut-être avant coureurs de révoltes « tout court » qu’ils n’auront pas vu venir

Notes:

  1. Thomas Coville et George Michael, selon la Une du Monde. Je n'ai rien contre eux, je souligne juste un ordre des valeurs médiatiques.

Trente minutes pour « se brosser le cerveau »… et repenser la démocratie

David Van Rey­brou­ck (Bru­ges, 1971) a étu­dié l’archéologie et la phi­lo­so­phie. Ce qui peut être uti­le pour aller au fond des cho­ses et réflé­chir. Et aus­si pour pas­ser à l’acte, ges­te plus rare. Sur­tout lorsqu’il s’agit de repen­ser la démo­cra­tie à l’heure où cel­le-ci se por­te au plus mal, en par­ti­cu­lier là où elle est cen­sée gou­ver­ner – ce ver­be qui a don­né le mot gou­ver­nail… On le déplo­re, hélas, dans les cir­ques élec­to­raux qui achè­vent de dis­cré­di­ter le spec­ta­cle poli­ti­cien, en Euro­pe com­me aux Etats-Unis.

En 2011, David Van Rey­brou­ck lan­ce le G1000, un som­met et une orga­ni­sa­tion de citoyens qui sert main­te­nant de pla­te-for­me d’innovation démo­cra­ti­que en Bel­gi­que. Il y pro­meut la démo­cra­tie déli­bé­ra­ti­ve – ou par­ti­ci­pa­ti­ve. L’idée n’est pas neu­ve – elle remon­te même à la Grè­ce anti­que [voir ici] –, mais se trou­ve ain­si vivi­fiée par une remi­se à jour avec pra­ti­que direc­te à par­tir du tira­ge au sort d’un grou­pe d’information, de réflexion et de déci­sion. Sa réflexion se nour­rit de ces pra­ti­ques et de main­tes obser­va­tions et consi­dé­ra­tions – notam­ment sur la paix inté­rieu­re de cha­cun. En quoi, elle peut pré­ten­dre à une por­tée uni­ver­sel­le.

Ces tren­te minu­tes de vidéo [docu­ment de Télé­ra­ma] valent le coup ; d’autant qu’elles per­met­tent aus­si une bel­le ren­con­tre.

• On peut lire aus­si : Contre les élec­tions de David van Rey­brou­ck, Actes Sud, 220 pp., 9,50 €.


Trump. « Impensable », puisqu’impensé

Com­ment ne pas en rajou­ter, inuti­le­ment, à ce flot média­ti­que mon­dial déver­sé à pro­pos de Trump et de son élec­tion ? Car le nom­bril du mon­de, on le sait bien, se situe aux États-Unis, capi­ta­le du Capi­tal 1. Qu’un his­trion mil­liar­dai­re en pren­ne les gou­ver­nes, c’est dans « l’ordre des cho­ses ». Dans un cer­tain ordre de cer­tai­nes cho­ses : cel­les de l’argent-roi en par­ti­cu­lier, de la crois­san­ce à tout-va, de l’exploitation sans bor­nes des res­sour­ces natu­rel­les et des humains entre eux. Le cli­mat pla­né­tai­re n’est vrai­ment pas bon.

La nou­veau­té, cet­te fois, c’est que les Cas­san­dre de tous poils en sont res­tés sur le cul. Tous médias confon­dus, ana­lys­tes, pré­vi­sion­nis­tes, son­deurs n’avaient envi­sa­gé « le pire » que sous l’angle qua­si anec­do­ti­que, une vision cau­che­mar­des­que aus­si­tôt refou­lée, com­me pour mieux en conju­rer l’éventualité. C’était impen­sa­ble.

Tel­le­ment impen­sa­ble que cet « ordre des cho­ses » com­man­dait de ne pas y pen­ser. L’impensable résul­tait en effet de l’impensé. Ce fut le pari gagnant de Trump, celui de parier sur le rejet orga­ni­que du « clan Clin­ton », rejet tri­pal – car vécu au plus pro­fond d’êtres frus­trés éco­no­mi­que­ment, socia­le­ment, cultu­rel­le­ment. Trump va sans dou­te les « trum­per », puis­que c’est un ban­dit poli­ti­que qui a su les sédui­re (au sens pre­mier : Détour­ner du vrai, fai­re tom­ber dans l’erreur) en sachant leur par­ler, avec le lan­ga­ge de la vul­ga­ri­té dans lequel ledit peu­ple a la fai­bles­se de se com­plai­re et de se recon­naî­tre.

Et cela, à l’opposé des « éli­tes », les soi-disant sachants, les « qui ne savent rien du tout » de la réa­li­té vécue en dehors des sphè­res de l’entre-soi. On peut met­tre dans ce panier des « ins­truits cons ». 2 Dans cet­te caté­go­rie, on met­tra notam­ment la « clas­se » des jour­na­lis­tes et assi­mi­lés. Je mets le mot entre guille­mets car il n’est pas exact, pas jus­te, en ce sens qu’il dési­gne­rait un ensem­ble homo­gè­ne ; ce n’est pas le cas, car il faut consi­dé­rer les excep­tions, même si elles sont plu­tôt rares, sur­tout aux Etats-Unis. Par­mi elles, Michael Moo­re. Il a été l’un des rares à pres­sen­tir la vic­toi­re de Trump, dès le mois de juillet dans un arti­cle sur son site inti­tu­lé « Cinq rai­sons pour les­quel­les Trump va gagner » 3.

moore-trump

Le réa­li­sa­teur 4 pré­voyait notam­ment une sor­te de « Brexit de la Cein­tu­re de rouille », en réfé­ren­ce aux États de la région à l’industrie sinis­trée des Grands Lacs tra­di­tion­nel­le­ment démo­cra­tes et qui pour­tant ont élu des gou­ver­neurs répu­bli­cains depuis 2010. Selon Moo­re, cet arc est « l’équivalent du cen­tre de l’Angleterre. Ce pay­sa­ge dépri­mant d’usines en décré­pi­tu­de et de vil­les en sur­sis est peu­plé de tra­vailleurs et de chô­meurs qui fai­saient autre­fois par­tie de la clas­se moyen­ne. Aigris et en colè­re, ces gens se sont fait duper par la théo­rie des effets de retom­bées de l’ère Rea­gan. Ils ont ensui­te été aban­don­nés par les poli­ti­ciens démo­cra­tes qui, mal­gré leurs beaux dis­cours, fri­co­tent avec des lob­byis­tes de Gold­man Sachs prêts à leur signer un beau gros chè­que ».

Cet­te « pro­phé­tie » s’est réa­li­sée mar­di… D’ailleurs ce n’est pas une pro­phé­tie mais la déduc­tion d’une ana­ly­se de ter­rain pro­pre à la démar­che de Moo­re. 5

Recon­nais­sons aus­si à un jour­na­lis­te fran­çais, Ignia­cio Ramo­net (ex-direc­teur du Mon­de diplo­ma­ti­que), d’avoir lui aus­si pen­sé l’« impen­sa­ble ». Le 21 sep­tem­bre, il publiait sur le site Mémoi­re des lut­tes, un arti­cle sous le titre « Les 7 pro­po­si­tions de Donald Trump que les grands médias nous cachent » 6. Extraits :

« Depuis la cri­se dévas­ta­tri­ce de 2008 (dont nous ne som­mes pas enco­re sor­tis), plus rien n’est com­me avant nul­le part. Les citoyens sont pro­fon­dé­ment déçus, désen­chan­tés et déso­rien­tés. La démo­cra­tie elle-même, com­me modè­le, a per­du une gran­de part de son attrait et de sa cré­di­bi­li­té.

[…]

« Cet­te méta­mor­pho­se atteint aujourd’hui les Etats-Unis, un pays qui a déjà connu, en 2010, une vague popu­lis­te rava­geu­se, incar­née à l’époque par le Tea Par­ty. L’irruption du mil­liar­dai­re Donald Trump dans la cour­se à la Mai­son Blan­che pro­lon­ge cet­te vague et consti­tue une révo­lu­tion élec­to­ra­le que nul n’avait su pré­voir. Même si, appa­rem­ment, la vieille bicé­pha­lie entre démo­cra­tes et répu­bli­cains demeu­re, en réa­li­té la mon­tée d’un can­di­dat aus­si aty­pi­que que Trump consti­tue un véri­ta­ble trem­ble­ment de ter­re. Son sty­le direct, popu­la­cier, et son mes­sa­ge mani­chéen et réduc­tion­nis­te, qui sol­li­ci­te les plus bas ins­tincts de cer­tai­nes caté­go­ries socia­les, est fort éloi­gné du ton habi­tuel des poli­ti­ciens amé­ri­cains. Aux yeux des cou­ches les plus déçues de la socié­té, son dis­cours auto­ri­ta­ro-iden­ti­tai­re pos­sè­de un carac­tè­re d’authenticité qua­si inau­gu­ral. Nom­bre d’électeurs sont, en effet, fort irri­tés par le « poli­ti­que­ment cor­rect » ; ils esti­ment qu’on ne peut plus dire ce qu’on pen­se sous pei­ne d’être accu­sé de « racis­te ». Ils trou­vent que Trump dit tout haut ce qu’ils pen­sent tout bas. Et per­çoi­vent que la « paro­le libé­rée » de Trump sur les His­pa­ni­ques, les Afro-Amé­ri­cains, les immi­grés et les musul­mans com­me un véri­ta­ble sou­la­ge­ment.

[…]

« A cet égard, le can­di­dat répu­bli­cain a su inter­pré­ter, mieux que qui­con­que, ce qu’on pour­rait appe­ler la « rébel­lion de la base ». Avant tout le mon­de, il a per­çu la puis­san­te frac­tu­re qui sépa­re désor­mais, d’un côté les éli­tes poli­ti­ques, éco­no­mi­ques, intel­lec­tuel­les et média­ti­ques ; et de l’autre côté, la base popu­lai­re de l’électorat conser­va­teur amé­ri­cain. Son dis­cours anti-Washing­ton, anti-Wall Street, anti-immi­grés et anti-médias séduit notam­ment les élec­teurs blancs peu édu­qués mais aus­si – et c’est très impor­tant –, tous les lais­sés-pour-comp­te de la glo­ba­li­sa­tion éco­no­mi­que. »

Ramo­net détaille ensui­te les « sept mesu­res » en ques­tion, que je vous invi­te à connaî­tre pour mieux com­pren­dre en quoi les outran­ces de Trump – mise en avant, en effet, par le média­tis­me mou­ton­nier et spec­ta­cu­lai­re – n’ont pu gom­mer le réa­lis­me de ses pro­po­si­tions auprès des plus concer­nés, les lais­sés pour comp­te du libé­ra­lis­me sau­va­ge et rava­geur.

Mer­cre­di soir au JT de 20 heu­res sur Fran­ce 2, Mari­ne Le Pen n’a pas man­qué de tirer son épin­gle de ce jeu brouillé, devant un jour­na­lis­te en effet bien for­ma­té selon la pen­sée domi­nan­te, à l’image du « tout Clin­ton » por­tée par la fan­fa­re média­ti­que.

Pour la pré­si­den­te du Front natio­nal,  « la démo­cra­tie, c’est pré­ci­sé­ment de res­pec­ter la volon­té du peu­ple. Et si les peu­ples réser­vent autant de sur­pri­ses, der­niè­re­ment, aux éli­tes, c’est par­ce que les éli­tes sont com­plè­te­ment décon­nec­tées. C’est par­ce qu’elles refu­sent de voir et d’entendre ce que les peu­ples expri­ment. [… ces peu­ples] « on les nie, on les mépri­se, on les moque bien sou­vent. Et ils ne veu­lent pas qu’une peti­te mino­ri­té puis­se déci­der pour eux ». Tout cela envoyé en tou­te séré­ni­té, sur la peti­te musi­que des « éli­tes et du peu­ple » façon FN, une musi­quet­te qui en dit beau­coup sur les enjeux de l’élection de l’an pro­chain.

Notes:

  1. Les bour­ses du mon­de se sont « res­sai­sies » en quel­ques heu­res…
  2. C’était l’expression de mon père pour dési­gner les poli­ti­ciens et les tech­no­cra­tes ; je la trou­ve jus­te, et je suis fier de citer ma sour­ce…
  3. http://michaelmoore.com/trumpwillwin/
  4. On lui doit notam­ment Roger et moi (sur la cri­se dans l’automobile) ou enco­re Bow­ling for Colum­bi­ne (le culte des armes à feu)
  5. Les médias de mas­se états-uniens, com­me les autres ailleurs, reflè­tent cet­te sépa­ra­tion élite/peuple ; autre­ment dit entre ceux qui par­lent « du peu­ple » (les ana­lys­tes dis­tin­gués se pla­çant en posi­tion hau­te…), et ceux qui par­lent « au peu­ple » (le plus sou­vent, hélas, les chaî­nes « popu­lai­res » – cel­les des télés-réa­li­té chè­res à Trump – et les « tabloïds », chan­tres du diver­tis­se­ment vul­gai­re). On retrou­ve là aus­si le cli­va­ge entre jour­na­lis­me de ter­rain et jour­na­lis­me assis. Ce qui me rap­pel­le une sen­ten­ce émi­se par un confrè­re afri­cain : « Il vaut mieux avoir de la pous­siè­re sous les semel­les que sous les fes­ses » ! À ce pro­pos, on aura noté que nos médias hexa­go­naux ont dépla­cé des cohor­tes de jour­na­lis­tes-pro­phè­tes pour « cou­vrir » l’élection états-unien­ne. Et, où se sont-ils amas­sés, ces chers jour­na­lis­tes : dans le nom­bril du nom­bril du mon­de, à Man­hat­tan, par­di ! En avez-vous lu, vu et enten­du depuis le Bronx, ou bien à Detroit (Michi­gan), à Baton Rou­ge (Loui­sia­ne), à Ama­rillo (Texas) ?… par exem­ple.
  6. http://www.medelu.org/Les-7-propositions-de-Donald-Trump

Harcèlement sexuel. S’il fallait « jeter la pierre » à Denis Baupin…

L’affaire Bau­pin. Exci­ta­tion géné­ra­le, à base média­ti­que… J’écris « exci­ta­tion » sciem­ment, avec ses conno­ta­tions ner­veu­ses et sexuel­les. L’affaire en ques­tion exci­te en pro­por­tion des enjeux et des consé­quen­ces autant poli­ti­cien­nes que poli­ti­ques ; elle exci­te aus­si sur le regis­tre du voyeu­ris­me qui ali­men­te ou même pro­lon­ge le pro­blè­me que cer­tains vou­draient dénon­cer. Com­ment a-t-il fait « ça » ? Et envoyez les détails, svp ! Je vois donc là-dedans ce jeu trou­ble qui met en cau­se l’ambiguïté des humains autour de la sexua­li­té et du pou­voir – dont la poli­ti­que serait l’expression raf­fi­née, ou seule­ment « civi­que ».

Ainsi, l’affaire en cours me sem­ble-t-elle haus­ser d’un cran de plus, dans sa ver­sion « moder­ne », actuel­le, la fon­da­men­ta­le ques­tion de la sexo-poli­ti­que 1. À savoir, ce qui met en jeu, en oppo­si­tion et, j’ose dire, en bran­le 2 le bio­lo­gi­que & le rai­son­né, le pul­sion­nel & le ration­nel – et pour finir l’individu & la socié­té.

Autant dire qu’une fois de plus, dans une naï­ve­té désar­man­te autant que ques­tion­nan­te, l’animal humain redé­cou­vre, en quel­que sor­te, l’origine du mon­de… social. Mes trois points de sus­pen­sion en disent long, fai­sant ici le pont entre le fameux tableau de Cour­bet 3, c’est-à-dire « la cho­se », et les démê­lés de l’élu éco­lo­gis­te. Il s’agit bien du point de pas­sa­ge entre le sexe et la poli­ti­que, vu cet­te fois sous l’angle du Spec­ta­cle – S majus­cu­le – qui magni­fie la cho­se en même temps que sa répro­ba­tion. 4

N’y a-t-il pas, der­riè­re ce flot d’indignations aux moti­va­tions hété­ro­cli­tes, une hypo­cri­sie magis­tra­le visant à dis­si­mu­ler, sinon à nier, la dou­ble com­po­san­te de l’homme, et de la fem­me évi­dem­ment, en tant qu’ani­mal humain ? L’expression déplaît enco­re. Notam­ment en ce qu’elle déran­ge les mora­les éta­blies, et spé­cia­le­ment les reli­gions – tou­tes les reli­gions. 5

N’est-elle pas là, pré­ci­sé­ment, l’origine du mon­de… refou­lé, frus­tré, vio­lent, de la domi­na­tion, de la cupi­di­té, du meur­tre du vivant et de la liber­té d’être ? N’est-il pas là, le véri­ta­ble har­cè­le­ment sexuel : tapi dans son ombre de confes­sion­nal, sous l’obscurité du voi­le ou dans les noi­res injonc­tions « divi­nes » anti-vie ; s’en pre­nant aux enfants, tout spé­cia­le­ment, afin de per­pé­tuer ce meur­tre jus­que dans les plus ter­ri­bles guer­res ?

Qui sont les « machos » ori­gi­naux, sinon ceux qui ont injec­té leurs trop-pleins d’oestrogènes dans les tex­tes dits « sacrés », décré­tant des lois de domi­na­tion, des inter­dits, des infan­ti­li­sa­tions qui sévis­sent enco­re, ou en tout cas, s’opposent sans ces­se au mou­ve­ment de la vie libre ?

Qui a déni­gré la fem­me, l’a rabais­sée et conti­nue à le fai­re en la jetant dans des cachots, sous le voi­le, ou dans les arriè­re-mon­des ?

Extraits :

Le Nou­veau Tes­ta­ment. (1 Cor 11, 3) :  « Le Christ est le chef de tout hom­me, l’homme est le chef de la fem­me, et Dieu le chef du Christ ».

(1 Tim 2, 12-14) :  « Je ne per­mets pas à la fem­me d’enseigner, ni de fai­re la loi à l’homme, qu’elle se tien­ne tran­quille. C’est Adam en effet qui fut for­mé le pre­mier, Eve ensui­te. Et ce n’est pas Adam qui se lais­sa sédui­re, mais la fem­me qui sédui­te, a déso­béi. ».

Le Coran. (II, 228) :  « Les maris sont supé­rieurs à leurs fem­mes ». (IV, 38) :  « Les hom­mes sont supé­rieurs aux fem­mes à cau­se des qua­li­tés par les­quel­les Dieu a éle­vé ceux-là au des­sus de cel­les-ci, et par­ce que les hom­mes emploient leurs biens pour doter les fem­mes. Les fem­mes ver­tueu­ses sont obéis­san­tes et sou­mi­ses. »

L’Ancien tes­ta­ment. (Genè­se 3, 16) :  « Le Sei­gneur dit ensui­te à la fem­me: « Je ren­drai tes gros­ses­ses péni­bles, tu souf­fri­ras pour met­tre au mon­de tes enfants. Tu te sen­ti­ras atti­rée par ton mari, mais il domi­ne­ra sur toi » ».

La Torah :  « Sois béni, Sei­gneur notre Dieu, Roi de l’Univers, qui ne m’as pas fait fem­me », une des priè­res que tout bon juif doit pro­non­cer cha­que matin.

Et je m’arrêterai ici aux por­tes du boud­dhis­me, de l’hindouisme et d’autres reli­gions, mono ou poly­théis­tes qui, sans excep­tions, pla­cent la fem­me au second rang.

Pour finir sur ce cha­pi­tre sans fin, je rap­pel­le­rai à quels points de récents sou­bre­sauts de nos socié­tés dites éclai­rées ont été – plu­tôt plus que moins – « ins­pi­rées » par ces pré­cep­tes reli­gieux qui sont deve­nus notre fond cultu­rel.

On ne pour­rait les renier, mais autant en être conscient ; qu’il s’agisse des confron­ta­tions autour des notions de famil­le (« pour tous » ou pas), de gen­res sexuels (oppo­si­tions Nature/culture, la natu­re étant éle­vée à hau­teur divi­ne) ; qu’il s’agisse tout autant de la mar­chan­di­sa­tion des attraits fémi­nins, en par­ti­cu­lier par la publi­ci­té raco­lant sur la voie média­ti­que ; qu’il s’agisse de tout ce jeu social aus­si com­plexe qu’ambigu entre séduc­tion et conquê­te, entre fri­vo­li­té et vio­len­ce. Autant de consi­dé­ra­tions – non de jus­ti­fi­ca­tions – per­met­tant d’expliquer cet­te dou­ble com­po­san­te de l’animal humain face à ses pro­gram­mes inter­nes, bio­lo­gi­ques et cultu­rels : se repro­dui­re, per­pé­tuer l’espèce et s’élever jusqu’à « fai­re socié­té ». Il n’est pas dit qu’il y arri­ve jamais !


Dix cas de sexis­me en poli­ti­que par libe­zap

Voi­là pour­quoi je ne « jet­te­rai pas la pier­re » (Bible) à Denis B.

Notes:

  1. Concept notam­ment déve­lop­pé par Wil­helm Rei­ch dans ses ana­ly­ses des struc­tu­res carac­té­riel­les de l’humain refou­lé
  2.  « Le mon­de n’est qu’une bran­loi­re péren­ne. Tou­tes cho­ses y bran­lent sans ces­se. » (Mon­tai­gne, Essais, III)
  3. Tableau qui fut un temps la pro­prié­té de Jac­ques Lacan.
  4. On ne peut alors que pen­ser à Bos­suet : « Dieu se rit des hom­mes qui déplo­rent les effets dont ils ché­ris­sent les cau­ses. »
  5. Que l’homme ne soit pas le sum­mum de la créa­tion de Dieu, voi­là ce que les reli­gions n’ont tou­jours pas par­don­né à Dar­win et sa théo­rie de l’évolution.

Ciao Siné ! Il n’a pas voulu finir aux Invalides, ni au Panthéon…

siné1Siné, exit. Déjà, faut être con pour mou­rir, lui qui aurait pré­fé­ré cre­ver. Faut être enco­re plus con, dans son cas, pour caner le matin de l’Ascension. À moins qu’il ait opté in fine pour la ligne direc­te. Enfin, c’est son affai­re. On ne sait quand auront lieu ses obsè­ques natio­na­les. Plu­tôt que les Inva­li­des ou le Pan­théon, il s’était réser­vé un coin à Mont­mar­tre – à quel cime­tiè­re (celui du haut ou l’autre sous le pont Cau­lain­court) ? Il y aura une fan­fa­re au moins, com­me à la Nou­vel­le-Orléans ? Une fan­fa­re de jazz, espé­rons, lui qui en était. Oui, l’anar aimait Nina Simo­ne, Ray Char­les, Diz­zy Gil­les­pie, Count Basie, Billie Holi­day… le free aus­si, Col­tra­ne, Pha­roah San­ders, Archie Shepp… Il était aus­si du bas­trin­gue gau­chis­te ; s’était fait embo­bi­ner par Cas­tro, mais avait vite com­pris et en était reve­nu ; avait fré­quen­té Mal­com X dont il disait qu’il n’était ni croyant ni musul­man 1 ; son grand pote Cavan­na, il le trou­vait trop non-vio­lent ; sauf pour ce qui était de bouf­fer du curé, tous cultes confon­dus – c’était son sport favo­ri, à éga­li­té avec l’anti-militarisme ; de quoi orien­ter tou­te une vie de des­si­neu-gran­de-gueu­le au coup de crayon assas­sin ; de quoi en lan­cer des ana­thè­mes défi­ni­tifs, et des « font chier », et des doigts d’honneur grand com­me des cac­tus géants, de celui en bron­ze qui va désor­mais mon­ter la gar­de sur ses cen­dres. Ciao Siné !

Notes:

  1. Dans un inté­res­sant entre­tien avec Julien Le Gros dans « The Dis­si­dent » (http://the-dissident.eu/8126/sine-jattends-toujours-la-revolution/), il pré­ci­sait que Mal­com X a été tué alors qu’il s’apprêtait à fai­re son coming out sur ce point…

Élections. “On nous refait le coup de la ligne Maginot”, par Philippe Torreton

Valls était beau l’autre soir à la télé, dra­pé de soie­ries yvet­te-hor­né­rien­ne un soir de 14 juillet, il appe­lait à voter pour la droi­te en citant nom­mé­ment les can­di­dats. Ça y est, il peut la dire fiè­re­ment cet­te phra­se, sans s’emmerder à trou­ver des astu­ces et des com­bi­nes pour s’affirmer de gau­che. Et c’est ain­si qu’au len­de­main d’un vote par­ti­cu­liè­re­ment extrê­me, le front répu­bli­cain nous refait son numé­ro de duet­tis­tes com­me les der­niers cache­tons de Stan Lau­rel et Oli­ver Har­dy qui ne se par­laient plus mais ten­taient enco­re de fai­re rire à l’ancienne dans un mon­de pas­sé au sono­re et à la cou­leur. On nous deman­de de voter à droi­te pour bar­rer la rou­te au Front natio­nal. Cela fait plus de tren­te ans que l’on nous remet les mêmes cou­verts pour man­ger la même sou­pe à la gri­ma­ce, ce n’est pas bon mais ça fait du bien. Mais ça fait du bien à qui ? Ça ras­su­re qui ce vote répu­bli­cain ? Ça per­met quoi ? L’eau mon­te à cha­que marée d’équinoxe élec­to­ra­le mais le front de mer répu­bli­cain résis­te, on rebâ­ti en hâte la digue en rajou­tant un rang de par­paings et on se dit qu’on a fait le bou­lot.

Sauf que là, on nous deman­de de voter entre autres pour un Ber­trand ou un Estro­si, c’est-à-dire ce que la droi­te fait de pire, les Las Vegas de la droi­te, des prêts-à-tout… Au nom d’un soi-disant front répu­bli­cain, on nous deman­de d’aller voter pour des oli­brius qui ont mené une cam­pa­gne pra­ti­que­ment indif­fé­ren­cia­ble de cel­le du FN pour contrer jus­te­ment les can­di­dats FN. C’est absur­de, c’est tris­te­ment absur­de. On peut man­ger de la mer­de sous la mena­ce d’une arme, mais je crois qu’il y a des limi­tes à l’humiliation. On vou­drait ren­for­cer le vote FN que l’on ne s’y pren­drait pas autre­ment. Il faut per­met­tre au peu­ple de gau­che de voter et, pour qu’il puis­se voter, il lui faut des can­di­dats. Ce n’est pas en s’asseyant à plu­sieurs sur le cou­ver­cle de la Cocot­te-Minu­te en sur­chauf­fe que l’on fera retom­ber la pres­sion, pour moi le front répu­bli­cain c’est cela et pas autre cho­se. Plus de tren­te ans que l’on nous res­sert avec les airs finauds et gra­ves qui vont avec le coup du « vote de colè­re » et du « vote mes­sa­ge » qu’il faut savoir écou­ter, évi­dem­ment, et que l’on a bien sûr com­pris. Tren­te ans que tout ce beau mon­de y va des mêmes phra­ses creu­ses, tren­te ans que les citoyens qui votent FN n’ont pas com­pris que vous les aviez com­pris, mais tren­te ans de colè­re, ce n’est plus de la colè­re, c’est un pro­gram­me, Mes­sieurs du front répu­bli­cain, c’est une adhé­sion en par­fai­te connais­san­ce de cau­se, on vote FN sans se cacher, sans pren­dre un air bou­gon, on vote FN tran­quille­ment avec les enfants jus­te avant d’aller voir Mamie qui nous a pré­pa­ré une blan­quet­te de veau. Il est curieux de deman­der le retrait de ses can­di­dats arri­vés troi­siè­me mais de ne pas exi­ger la réci­pro­que pour le camp d’en face. C’est moi qui vois le mal par­tout où se cache­rait-il par là un petit cal­cul poli­ti­que, com­me un espoir de réci­pro­que si jamais on se retrou­ve seul face au FN au deuxiè­me tour de l’élection pré­si­den­tiel­le de 2017, plus on s’affichera grand sei­gneur aujourd’hui moins il sera pos­si­ble à l’autre camp de ne pas appe­ler à voter « répu­bli­cain » à son tour ? L’heure est gra­ve et on nous refait le coup de la ligne Magi­not répu­bli­cai­ne…

Il faut entrer en résis­tan­ce et résis­ter, c’est d’abord étu­dier pré­ci­sé­ment ce que l’on va com­bat­tre et pour com­men­cer ce com­bat il faut admet­tre un résul­tat, être capa­ble de le consta­ter, la Fran­ce est majo­ri­tai­re­ment de droi­te et dans cet­te droi­te le FN est le par­ti pha­re. Ce n’est pas en s’abstenant ni en démis­sion­nant des conseils régio­naux que l’on va résis­ter, c’est en y étant pré­sent, en écou­tant les débats, en par­ti­ci­pant aux votes, en dénon­çant l’inadmissible qui ne tar­de­ra pas à poin­ter son nez, même si je pen­se qu’ils vont tout fai­re durant cet­te pau­vre année qui nous sépa­re de la ker­mes­se pré­si­den­tiel­le de 2017 pour ne pas cho­quer le citoyen qui ne vote pas FN.

Ce front répu­bli­cain est un aban­don, c’est de la poli­ti­que de tapis vert. Pour contrer le FN, il eût été pré­fé­ra­ble de ne pas hur­ler en sueur : « J’aime l’entreprise ! » Ou de décla­rer sans sour­ciller que les Roms n’ont pas voca­tion à s’intégrer, mais au contrai­re don­ner le droit de vote aux étran­gers extracom­mu­nau­tai­res aux élec­tions loca­les, au lieu d’abandonner cet­te pro­mes­se au len­de­main d’une défai­te élec­to­ra­le affi­chant une fois de plus un sco­re impor­tant du FN, com­me un acte d’allégeance ; c’était ne pas appe­ler les pays de l’Union euro­péen­ne à res­trein­dre l’accueil des réfu­giés quel­ques jours après le 13 novem­bre, accré­di­tant du même coup les thè­ses du FN qui voit en cha­que réfu­gié un pos­si­ble ter­ro­ris­te ; c’était ne pas mar­te­ler qu’il n’y a qu’une poli­ti­que pos­si­ble ; c’était ne pas cou­per les bud­gets de la Cultu­re à pei­ne arri­vé au pou­voir mais au contrai­re sou­te­nir les fes­ti­vals au lieu de consta­ter leurs fer­me­tu­res avec un air de cir­cons­tan­ce ; c’était ne pas aban­don­ner les inter­mit­tents à la vin­dic­te mépri­san­te du Medef mais au contrai­re les défen­dre immé­dia­te­ment, tota­le­ment. C’était de pro­fi­ter d’un voya­ge au Luxem­bourg pour taper du poing sur la table en condam­nant cet­te poli­ti­que de dum­ping fis­cal que pra­ti­que le grand-duché. Ne pas sup­po­ser le chô­meur frau­deur et l’assuré social tri­cheur sur­tout lors­que des cen­tai­nes de mil­liards nous échap­pent cha­que année par l’exil et l’optimisation fis­ca­le de nos si chers plus riches et de nos si aimées entre­pri­ses. C’était de ne pas appe­ler de ses vœux une jeu­nes­se se rêvant mil­liar­dai­re, c’était oser les Scop lors­que le grand capi­tal détruit nos indus­tries ; c’était ne pas se décou­vrir à moins d’un an de la COP21 une âme d’écologiste.

Lut­ter contre le FN, c’eût été avoir de la constan­ce et des convic­tions, avoir enco­re un idéal autre­ment plus moti­vant que l’équilibre des comp­tes public et nous y emme­ner, oser le bon­heur pour tous, c’était lais­ser le corps ensei­gnant un peu tran­quille pour une fois, l’écouter et lui don­ner de quoi ensei­gner, les profs connais­sent leur métier, c’est leur pas­sion et ils en ont mar­re qu’on leur dise ce qu’il faut fai­re à coup de réfor­mes obs­cu­res et indé­chif­fra­bles dont le seul but est de trans­for­mer l’école en un tube par lequel on entre « espé­rant » pour en res­sor­tir à l’autre bout « consom­ma­teur ». 

Lut­ter contre le FN, c’était être capa­ble d’abandonner la rigueur bud­gé­tai­re euro­péen­ne pour une autre cau­se que notre sécu­ri­té immé­dia­te, par exem­ple pour venir en aide à nos 5 mil­lions de pau­vres, pour construi­re ces loge­ments qui man­quent à plus d’un mil­lion et demi de per­son­nes, c’était fai­re en sor­te que les Fran­çais ne dépen­sent pas plus de la moi­tié de leur paye pour se loger ; bref lut­ter contre le FN, c’était res­ter de gau­che, vrai­ment, réel­le­ment, de gau­che à en mou­rir, de gau­che à en tenir bon sous la mitraille, c’est reve­nir au plus vite et le plus farou­che­ment pos­si­ble aux valeurs de la gau­che pro­lé­ta­rien­ne, redon­ner du sens au tra­vail, à la cultu­re du tra­vail, son hon­neur et sa gran­deur, au lieu de le détrui­re en fai­sant du tra­vail une tâche à accom­plir, tous les trois jours un hom­me ou une fem­me se sui­ci­de à cau­se de son tra­vail qu’il ou elle ne recon­naît plus, le peu­ple de gau­che avec ses valeurs et son hon­neur se fait humi­lier depuis des années sur l’autel de la crois­san­ce, des fonds de pen­sion, du libre-échan­ge, ce peu­ple d’un autre âge qui ne com­pren­drait pas l’évolution du mon­de et à qui on deman­de diman­che de voter com­me un seul hom­me pour des can­di­dats de droi­te en invo­quant Jau­rès.

Phi­lip­pe Tor­re­ton, comé­dien et auteur.
VENDREDI, 11 DÉCEMBRE, 2015 - L’HUMANITÉ

Être gouverné, c’est choisir (hommage à la Grèce)

La démocratie prend ses racines principales dans les réformes engagées autour de la cité d'Athènes dans la Grèce antique autour du ve siècle avant notre ère. Bien que la démocratie athénienne soit aujourd'hui considérée comme ayant été une forme de démocratie directe, elle faisait coïncider deux organisations politiques très différentes :

  • une Boulè regroupant environ 500 citoyens tirés au sort, chargés de recueillir les propositions de loi présentées par les citoyens, puis de préparer les projets de loi ;
  • d'autre part, l'assemblée des citoyens (Ecclésia), exemple type de la démocratie directe.

Tous les citoyens athéniens avaient le droit de prendre la parole et de voter à l'Ecclésia, où étaient votées les lois de la cité, mais aucun droit politique ni citoyenneté n'était accordé aux femmes, aux esclaves, aux métèques : des 250 000 habitants d'Athènes, seuls 40 000 environ étaient citoyens et, sur ces 40 000, tous les hommes riches (tous les citoyens de la première et deuxième classes, environ 5 000) et la plupart des thètes (citoyens de la quatrième classe, environ 21 000) participaient aux réunions de l'Ecclesia. Seuls les citoyens de la deuxième classe ont souvent envoyé une autre personne aux réunions. [Wikipedia]

aristocratie

autocratie

bureaucratie

cleptocratie

δημοκρατία

gérontocratie

idéocratie

médiocratie

méritocratie

monocratie

ochlocratie

phallocratie

physiocratie

ploutocratie

social-démocratie

technocratie

théocratie

vaginocratie

voyoucratie

Finalement, on a l'embarras du choix…

PS : Ordre alphabétique !


L’Uruguayen José Mujica, un président vraiment pas normal

Ex-gué­rille­ro des Tupa­ma­ros dans les années 1960-1970, déte­nu en tant qu’otage par la dic­ta­tu­re (1973-1985)„ José Muji­ca Cor­da­no, sur­nom­mé « Pepe Muji­ca », a été élu pré­si­dent de l’Uruguay le 29 novem­bre 2009. Il tran­che par son mode de vie, très éloi­gné du fas­te habi­tuel de la fonc­tion pré­si­den­tiel­le. Délais­sant le palais pré­si­den­tiel, il habi­te la peti­te fer­me de son épou­se, « au bout d’un che­min de ter­re » en dehors de Mon­te­vi­deo. Il conti­nue à y culti­ver des fleurs avec son épou­se, à des fins com­mer­cia­les, et don­ne envi­ron 90 % de son salai­re pré­si­den­tiel à des orga­ni­sa­tions cari­ta­ti­ves ou pour aider des « petits entre­pre­neurs », conser­vant pour lui-même l’équivalent du salai­re moyen en Uru­guay (envi­ron 900 € par mois). Le cou­ple pré­si­den­tiel béné­fi­cie de la pro­tec­tion de deux poli­ciers à la fer­me. Le patri­moi­ne du cou­ple pré­si­den­tiel pro­vient pour la majeu­re par­tie de mada­me (Muji­ca n’ayant com­me seul bien qu’une Coc­ci­nel­le de 23 ans) et est éva­lué en 2012 à 4,2 mil­lions de pesos uru­guayens (envi­ron 170 000 euros). Lors de la vague de froid qu’a subie le pays en juin 2012, il a immé­dia­te­ment ins­crit la rési­den­ce pré­si­den­tiel­le sur la lis­te des refu­ges pour les sans-abris. Pepe Muji­ca est aus­si végé­ta­rien et athée. Vrai­ment pas nor­mal.


Snowden : « Pas un pardon, une récompense ! »

snowden-amnestyLan­ceur d’alerte, ça devrait être une dis­ci­pli­ne olym­pi­que ! En ligne direc­te avec la démo­cra­tie athé­nien­ne. Cet­te année, la médaille d’or revien­drait évi­dem­ment à Edward Snow­den. D’autres jeux auraient sacré un Julian Assan­ge ou Daniel Ells­berg, l’ancien ana­lys­te qui a sor­ti des docu­ments du Penta­go­ne en 1971. Snow­den bat cepen­dant tous les records du gen­re avec ses révé­la­tions, dont cet­te der­niè­re : cha­que jour, la NSA col­lec­te des cen­tai­nes de mil­lions de SMS !

Edward Snow­den, on le sait, a révé­lé au mon­de entier le sys­tè­me de sur­veillan­ce extrê­me exer­cé par le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain sur l’ensemble de la pla­nè­te et, poten­tiel­le­ment, sur cha­cun de ses habi­tants. L’ex-consultant de l’agence de ren­sei­gne­ment NSA ris­que tren­te ans de pri­son, l’infamie et l’isolement à vie si les agents amé­ri­cains l’arrêtent. Il se trou­ve blo­qué en Rus­sie depuis juillet 2013 avec un visa d’un an qui ne sera sans dou­te pas renou­ve­lé. À défaut d’avoir obte­nu l’asile au « pays des droits de l’homme » (la Fran­ce 😳 *) , il sera peut-être accueilli au Bré­sil dont la pré­si­den­te Dil­ma Rous­seff, très remon­tée contre ces pra­ti­ques d’espionnage géné­ra­li­sé, pour­rait bra­ver les mena­ces de rétor­sion états-unien­nes.

Pourquoi pas ?

Pour­quoi pas ?

Aux Etats-Unis mêmes, des sou­tiens se font de plus en plus jour. Et Oba­ma a été ame­né, ce 17 jan­vier, à annon­cer une réfor­me de la NSA. Ou du moins à fai­re sem­blant : la col­lec­te des don­nées conti­nue­ra, mais… sous super­vi­sion de la jus­ti­ce… Là aus­si, pen­dant la cri­se les affai­res conti­nuent. Mais c’est tout de même un signe que le plus grand lan­ceur d’alerte de l’Histoire a mar­qué des points dans son pro­pre pays. Il n’y est plus tout à fait le paria, le « traî­tre ». On a même vu appa­raî­tre un  » Mer­ci Edward Snow­den  » sur les bus de Washing­ton sous la for­me d’un pan­neau publi­ci­tai­re payé par des juris­tes de Part­ner­ship for Civil Jus­ti­ce… On dis­cu­te désor­mais de la clé­men­ce qui pour­rait lui être accor­dée. Mais au prix d’un mar­chan­da­ge, tel celui envi­sa­gé en décem­bre par Rick Led­gett, chef de l’unité mise en pla­ce par la NSA pour répon­dre aux fui­tes : une amnis­tie contre un arrêt des révé­la­tions… Washing­ton a cou­pé court. Mais le New York Times s’y est mon­tré favo­ra­ble :  » Consi­dé­rant l’énorme valeur des infor­ma­tions qu’il a révé­lées et les abus qu’il a expo­sés, M. Snow­den méri­te mieux qu’une vie d’exil per­ma­nent, de peur et de fui­te. Il a peut-être com­mis un cri­me mais il a ren­du à ce pays un grand ser­vi­ce. «   Et ce com­men­tai­re d’un lec­teur : « Ce n’est pas un par­don qu’il méri­te, c’est une récom­pen­se. Et les diri­geants qui ont affir­mé qu’ils ne nous espion­naient pas méri­tent d’être des­ti­tués ». L’opinion états-unien­ne demeu­re cepen­dant pour le moins par­ta­gée. Selon un son­da­ge ABC/ Washing­ton Post, 57 % des plus de 30 ans esti­ment que Snow­den devrait être pour­sui­vi. ce qui limi­te la pers­pec­ti­ve d’un « par­don ».

Avaaz a lan­cé une péti­tion à envoyer à Dil­ma Rous­seff pour qu’elle déci­de de sou­te­nir Edward Snow­den en lui accor­dant l’asile. Plus de 800.000 signa­tu­res enre­gis­trées à ce jour. Le mil­lion est espé­ré. On peut signer la péti­tion ici.

[Sour­ces : Wiki­pe­dia, Cori­ne Les­nes (Le Mon­de, Washing­ton), Avaaz.]

Le , le minis­tre de l’Intérieur, Manuel Valls, annon­ce avoir reje­té la deman­de d’asile d’Edward Snow­den : « La Fran­ce a reçu, com­me beau­coup d’autres pays, par l’intermédiaire de son ambas­sa­de à Mos­cou, une deman­de d’asile de Edward Snow­den. Comp­te tenu des élé­ments d’analyse juri­di­que et de la situa­tion de l’intéressé, il n’y sera pas don­né sui­te ». Plus pré­ci­sé­ment, ce n’est pas l’asile, au sens usuel du ter­me (dont l’attribution est de la com­pé­ten­ce de l’Offi­ce fran­çais de pro­tec­tion des réfu­giés et apa­tri­des - OFPRA -), mais l’entrée sur le ter­ri­toi­re fran­çais qui lui a été refu­sée par les auto­ri­tés. [Wiki­pe­dia]


Cahuzac et le « pire des analphabètes », selon Brecht

J-C, peu avant sa crucifixion. [ph. DR]

J-C, peu avant sa crucifixion. [ph. DR]

Une cata informatique s’est abattue sur « C’est pour dire » en même temps que la cata politique qui fera du 2 avril 2013 la date référence: « Avant/après J-C bis ». Pas bien grave pour l’une (la chose a été dépannée – merci Daniel !), déplorable pour l’autre et pour nous tous, en particulier pour ce qui relève de la Démocratie et de la République – avec majuscules – ces constructions si belles, laborieuses à faire grandir, si fragiles, au point qu’elles chancellent sous les coups d’un ignoble Malfrat (majuscule aussi !).  Ce qui est ici en cause, c’est la collusion intime de l’Argent, du Pouvoir et de la Petitesse, amalgame ruineux pour l’Homme – construction humaine – et qui ruine les hommes, le peuple, la société, la morale déjà si chancelante en ces temps désenchantés.

Tout aura été dit, depuis ce jour de l’Aveu et de la Crucifixion, de la triche, du mensonge, de l’ignominie. Rien à ajouter à l’immonde. Sauf ce texte ressorti à point nommé (merci Rosa et Michel !). Un texte du dramaturge allemand Bertolt Brecht (mort en 1956), brossant le portrait de l’analphabète politique, cet amnésique et irresponsable par lequel l’Histoire ne manque pas de bégayer.

Cahuzac s’inscrit dans une longue lignée d’affairistes véreux, précède les suivants, illustre les actuels. Son talent supplémentaire lui garantit le statut d’icône moderne. Car il n’a rien inventé.

« Le pire des analphabètes, c’est l’analphabète politique. Il n’écoute pas, ne parle pas, ne participe pas aux événements politiques. Il ne sait pas que le coût de la vie, le prix des haricots et du poisson, le prix de la farine, le loyer, le prix des souliers et des médicaments dépendent des décisions politiques. L’analphabète politique est si bête qu’il s’enorgueillit et gonfle la poitrine pour dire qu’il déteste la politique. Il ne sait pas, l’imbécile, que c’est son ignorance politique qui produit la prostituée, l’enfant de la rue, le voleur, le pire de tous les bandits et surtout le politicien malhonnête, menteur et corrompu, qui lèche les pieds des entreprises nationales et multinationales. » [Bertolt Brecht, ni daté, ni sourcé]

• Voir également, du 17 décembre 2012 :

Le menhir d’Obélix cachera-t-il la forêt de l’évasion fiscale ? par Attac


Dans « le cochon » DSK, tout est bon

Mar­ce­la Iacub, qui se dit « Juris­te et spé­cia­lis­te de la phi­lo­so­phie des mœurs », offi­cie dans le Libé du same­di. De fin jan­vier à aoüt 2012, elle a pous­sé le sacri­fi­ce en offrant son corps à un DSK post-Sofi­tel, ain­si qu’à à la scien­ce de la cho­se, un cran au-des­sus, gen­re méta-sexo­po­li­ti­que. Il en résul­te un nou­vel épi­so­de au feuille­ton DSK, fort bien embal­lé pour une pro­pul­sion média­ti­co-mar­chan­de qui com­men­ce par un bou­quin « ver­ti­gi­neux » – dixit  l’interviewer, enivré – et, panur­gis­me aidant, devrait enva­hir le Spec­ta­cle : radio, télé, ciné. Sans par­ler des réseaux dits sociaux et même des blogs, jusqu’à celui-ci. On n’y é-chap-pe pas !

Dom­ma­ge pour les fras­ques à l’Élysée…

Bel­le et Bête, ça s’intitule. Devi­nez qui est quoi… Elle tient donc le beau rôle, cel­le d’une (bel­le ?) char­cu­tiè­re de luxe, qui ne jet­te rien des bas mor­ceaux de celui qu’elle nom­me « le cochon ». On sait bien qu’un cochon som­meille en cha­que hom­me. Cet­te cochon­ne-là n’a pas dû avoir à tra­vailler beau­coup la vian­de pour l’attendrir. Une bon­ne bête, cer­tes pas halal – et je ne me ris­que­rai pas à une autre auda­ce du gen­re, j’ai déjà don­né – mais dans laquel­le « tout est bon », enten­dez com­me matiè­re (gras­se) à scan­da­le.

Un tel coup édi­to­rial, tout de même : cha­peau ! Sens aigu du biz­ness, art des coups four­rés – c’est bien le mot –, relais chez les édi­teurs pois­seux, auprès des canards boi­teux, des jour­na­leux tor­dus : tout un mon­de, tout un im-mon­de, qui n’est pas don­né à tout le mon­de. Il faut pour ça être doué, ou bien né. Les deux, c’est l’idéal.

Le Nou­vel Obs a tou­jours mani­fes­té quel­que atti­ran­ce pour la per­ver­sion. Mais, atten­tion, la per­ver­sion pro­pre, si on ose l’oxymore, cel­le qui peut s’habiller en Pra­da, qui s’allonge sur les divans, qui titille Œdi­pe et Tha­na­tos, aime à bor­du­rer l’inceste ou le viol en adu­lant le « divin mar­quis » ou ses épi­go­nes moder­nis­tes. Cet­te per­ver­sion « chic » aux bour­ses bien rem­plies – c’est enco­re le mot, et on pour­rait aus­si s’en fou­tre ! – n’ayant jamais connu le vide des fins de mois. Cet­te per­ver­sion volon­tiers ados­sée au Pou­voir, ce pou­voir qui lui est aus­si néces­sai­re que le furent pour Sade les « bon­bons à la can­tha­ri­de »… Un via­gra dopé, dosa­ge FMI, tes­té chez Ber­lus­co­ni.

Pen­ser à invi­ter Clin­ton…

On pour­rait s’en fou­tre, sauf que ces ban­des-là (déci­dé­ment), ça nous regar­de. « Nous » com­me citoyens d’une Répu­bli­que si ver­tueu­se… « Nous » qui, com­me cer­tains, ont jadis ques­tion­né la sexo-poli­ti­que, du temps où un Gis­card de pré­si­dent ne dédai­gnait pas le cul de la cré­miè­re, tan­dis qu’un sien minis­tre, de l’Intérieur, inter­di­sait la Revue Sex­pol (Ponia­tows­ki) ; du temps où un car­di­nal connais­sait la mort par épec­ta­se dans les bras d’une pros­ti­tuée (Danié­lou) ; bien après qu’un Félix Fau­re eut per­du « sa connais­san­ce » à l’Élysée même ; peu avant qu’un autre pré­si­dent eut mené dou­ble-vie (Mit­ter­rand)… Ou aux temps post-soixan­te-hui­tards où d’autres pères-la-pudeur, au nom de Mao et de la Révo­lu­tion, pra­ti­quaient sans ver­go­gne le bien machis­te repos du guer­rier (July, Geis­mar…, in Sex­pol n°3, « À poil les mili­tants ! »)

 

Char­lie a flai­ré la truf­fe.

 

Et Libé donne dans le panneau.

Oui, ça nous regar­de d’autant que cet im-mon­de là se tar­gue aus­si de gou­ver­ner le mon­de selon de stricts prin­ci­pes, en appe­lant si faci­le­ment aux mots de rigueur, aus­té­ri­té, efforts, jus­ti­ce, mora­le…

Nous voi­là ain­si entrés dans l’ère du cochon, après le Ser­pent  du nou­vel an chi­nois,  le cir­que du bœuf-che­val, l’annonce du futur poi­chon (pois­son nour­ri au cochon). Tris­te ména­ge­rie que ce mon­de et ses drô­les de zèbres. Au secours, Éso­pe et La Fon­tai­ne, ils sont deve­nus fous !


La revue Sexpol ressuscitée en DVD !

L’association Mou­ve­ment Inter­na­tio­nal pour une Éco­lo­gie Libi­di­na­le (M.I.E.L.) vient de numé­ri­ser la revue Sex­pol, sexualité/politique et met ain­si à dis­po­si­tion l’ensemble des 39 numé­ros parus de 1975 à 1980, cela dans la for­me ori­gi­na­le. C’est un tra­vail aus­si consi­dé­ra­ble qu’utile, d’autant plus que, tren­te ans après sa dis­pa­ri­tion, Sex­pol était deve­nue introu­va­ble, sinon sur le mar­ché « noir » de quel­ques pro­fi­teurs…

L’association MIEL expli­que ain­si sa démar­che : « L’objectif est d’une part la conser­va­tion d’un patri­moi­ne cultu­rel : une revue de lan­gue fran­çai­se ins­cri­te dans l’histoire des aspi­ra­tions à la liber­té sexuel­le et poli­ti­que, qui ont mar­qué les années 1970.

« Il s’agit d’autre part de ren­dre acces­si­ble aujourd’hui des tex­tes tou­jours d’actualité. En effet depuis les années 1970 la situa­tion poli­ti­co-sexuel­le en Fran­ce (et ailleurs) n’a guè­re évo­lué posi­ti­ve­ment. Pire, elle a même régres­sé sur bien des aspects, tan­dis que le type de dis­cours sur la sexua­li­té qui carac­té­ri­sait Sex­pol a tota­le­ment dis­pa­ru du pay­sa­ge média­ti­que. »

 

Fon­da­teur et direc­teur de Sex­pol, je me réjouis de cet­te ini­tia­ti­ve due à Joce­lyn Pati­nel, ani­ma­teur du MIEL, asso­cia­tion mili­tan­te non lucra­ti­ve qui ain­si, à sa maniè­re, a repris le flam­beau d’une lut­te inces­san­te pour l’épanouissement du gen­re humain – en quoi il res­te bien du tra­vail…

J’espère aus­si que cet­te col­lec­tion res­sus­ci­tée en numé­ri­que pour­ra tou­cher d’anciens lec­teurs – la revue a tiré jusqu’à 20 000 exem­plai­res – ain­si que les mem­bres de l’équipe, une ving­tai­ne, aujourd’hui épar­pillés, per­dus de vue, ou même dis­pa­rus.

Le DVD est mis en ven­te à prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion (plus de 2 000 pages), de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans.

Tous les détails et le bon de com­man­de à par­tir de cet­te page :

http://www.ecologielibidinale.org/fr/miel-revuesexpol-fr.htm

 

Une parcelle d’Histoire

 

« Sex­pol » donc,  com­me sexua­li­té et poli­ti­que. Ques­tion­nez la toi­le et ce blog, à com­men­cer, et vous en appren­drez déjà pas mal sur cet­te revue et sa qua­ran­tai­ne de numé­ros parus de 1975 à 80. Une aven­tu­re à sa façon : cel­le d’une (s)exploration dans le mon­de des vivants, enta­mée par un cer­tain Wil­helm Rei­ch (1897-1957), méde­cin, psy­cha­na­lys­te, freu­dien déviant, mar­xis­te puis dis­si­dent en com­mu­nis­me, scien­ti­fi­que un peu scien­tis­te, juif et mécréant, inclas­sa­ble et éti­que­té « fou », fina­le­ment mort dans un péni­ten­cier état­su­nien. Rac­cour­ci abu­sif pour cer­ner un vrai grand per­son­na­ge, y com­pris jus­que dans ses enfer­re­ments et contra­dic­tions, dans ses enga­ge­ments, ses « folies » : son entiè­re huma­ni­té.

Assez oublié depuis ce siè­cle amné­siant, Rei­ch revient (de loin) com­me les vagues de fond. Michel Onfray lui a offert la tri­bu­ne de son uni­ver­si­té popu­lai­re de Caen et pré­pa­re, sem­ble-t-il, un ouvra­ge sur ce « freu­dis­te héré­ti­que ». Signe des temps, ou signe avant-cou­reur d’une « résur­rec­tion » de celui qui mit les pieds dans pas mal de gamel­les peu ragoû­tan­tes. Rei­ch, en effet, fut par­mi les tout pre­miers des psy­cho­lo­gues à pla­cer la ques­tion socia­le dans l’origine du mal être de l’humanité, ce qui en soi, ne pou­vait que consti­tuer un casus bel­li avec Freud et les salons bour­geois de la Vien­ne des années 20. Tan­dis que la ques­tion sexuel­le, com­me l’avers de la médaille, non sépa­ra­ble, pri­mor­dia­le, se trou­vait pri­se à bras le corps – à pren­dre au pied de la let­tre ! et incluant tout le corps social, corps souf­frant s’il en est et s’il en était alors dans ces années fati­di­ques d’empestement nazi. Ter­ri­fian­te pes­te à laquel­le répon­dait en qua­si symé­trie le cho­lé­ra du sta­li­nis­me, l’une et l’autre qui allè­rent jusqu’à pas­ser ensem­ble un pac­te, avant de s’affronter à la mort com­me un même mons­tre à deux têtes. Rei­ch eut très tôt pres­sen­ti cet­te simi­li­tu­de des extrê­mes, non pas dans leurs ori­gi­nes et dimen­sions tant his­to­ri­ques que socio­lo­gi­ques, mais dans leur essen­ce même, cel­le de la « tota­li­té tota­li­san­te », ce tota­li­ta­ris­me à base d’idéal divi­ni­sé et de pure­té dia­bo­li­sée.

Rei­ch creu­se la ques­tion : com­ment se peut-il que l’homme (il aimait à son pro­pos par­ler d’ « ani­mal humain », ce qui n’est pas ano­din) se lais­se à ce point entraî­ner vers sa pro­pre déchéan­ce et, dans un même élan mor­ti­fè­re, aller jusqu’à sa per­te ? Tou­te l’œuvre écri­te de Rei­ch tour­ne­ra autour de ce « mys­tè­re », depuis Les Hom­mes dans l’État, jusqu’à Écou­te, petit hom­me ! en pas­sant par le fon­da­men­tal Psy­cho­lo­gie de mas­se du fas­cis­me.

Il n’en fal­lait pas plus pour se trou­ver reje­té, détes­té, déni­gré et, diront cer­tains, assas­si­né. Pour le moins, les fas­cis­tes et des psy­cha­na­lys­tes le dénon­cè­rent com­me « com­mu­nis­te et agent de Mos­cou », les com­mu­nis­tes com­me « contre-révo­lu­tion­nai­re agent de la bour­geoi­sie » et tout le mon­de ou pres­que se devait de sus­pec­ter ce pour­fen­deur des reli­gions et de la mora­le répres­si­ve, ce pré­cur­seur de la « révo­lu­tion sexuel­le ».

À l’image d’un Épi­cu­re quel­que deux mil­lé­nai­res avant, Rei­ch fut l’objet vic­ti­mai­re de visions réduc­tri­ces et même de contre­sens quant à sa pen­sée, son action et son œuvre. En rai­son par­ti­cu­liè­re du fait qu’elles por­taient sur la sexua­li­té et la désa­lié­na­tion poli­ti­que. Et que, com­me pour l’épicurisme, le « rei­chis­me » ne pou­vait cor­res­pon­dre à la dépra­va­tion libi­di­neu­se. Tous deux, en fait, se posaient en ques­tion­neurs de la mora­le poli­ti­que et, plus géné­ra­le­ment, en pré­cur­seurs d’un art de vivre reliant l’unique et le col­lec­tif, l’individu et la cité, dans l’harmonie posi­ti­ve des plai­sirs com­me des valeurs mora­les.

C’est à ce prix – celui des contre­sens – que Rei­ch connut une cer­tai­ne gloi­re avec le mou­ve­ment de Mai 68. C’est dans les res­tes des bar­ri­ca­des déblayées qu’une ban­de de jeu­nes uto­pis­tes, bar­dés de leurs espé­ran­ces, ras­sem­blè­rent les pépi­tes lais­sées par les ful­gu­ran­ces rei­chien­nes. Ain­si naquit Sex­pol com­me une revue anti-dog­ma­ti­que. C’était début 75, dans ces années désa­bu­sées impré­gnées des De Gaul­le-Pom­pi­dou-Gis­card, qui menè­rent au sacre de Mit­ter­rand en même temps qu’à la fin d’une « expé­rien­ce ». Conco­mi­tan­ce à décryp­ter, cer­tes. On y trou­ve­ra matiè­re, sans nul­le dou­te, dans cet­te col­lec­tion numé­ri­sée, dans ce CVD et sa modes­te et réel­le par­cel­le d’Histoire.

Gérard Pon­thieu

> > > Voir aus­si :

Il y a 30 ans, la revue Sexpol mariait sexualité et politique


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le mon­de chan­ge »

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