On n'est pas des moutons

Mot-clé: société

Halte à la dissidence ! Halte aux attentats anti « smartphones » !

Pris sur Twit­ter en plei­ne cri­se d’anormalité, ce dis­si­dent attra­pé au col­let par la vidéo-sur­veillan­ce, sera bien­tôt tra­duit devant le tri­bu­nal de Big Bro­ther. Nul dou­te que cet atten­tat à la smar­ti­tu­de télé­pho­ni­que sera puni avec la sévé­ri­té qui s’impose. Et que cet­te scè­ne déplo­ra­ble ser­ve de leçon aux éven­tuels délin­quants, heu­reu­se­ment de plus en plus rares !

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Aujourd’hui , en Fran­ce, sur un quai de gare… [Ph. d.r.]


Scandale. La chambre de Van Gogh relouée à un étudiant (branché) !

 

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Van Gogh, Cézan­ne, Seu­rat, Manet

Velas­quez, Ver­meer, Picas­so, Cha­gall, Mun­ch

etc

enfin revi­si­tés par la  tech­no­lo­gie triom­phan­te !

La démar­che n’est pas que drô­le et pro­vo­can­te

c’est

aus­si

l’occasion de por­ter

un regard cri­ti­que

sur notre moder­ni­té.

Cliquer ici

et là également

pour la vision tech­no-béton­née

de notre mon­de « aux affai­res »


Rencontres d’Arles. Se rincer l’œil au pied de la photo

Pren­dre l’expression « se rin­cer l’œil » au pied de la pho­to. Et direc­tion les Ren­con­tres pho­to­gra­phi­ques d’Arles ; elle durent enco­re jusqu’au 19 sep­tem­bre, impré­gnant cet­te vil­le magni­fi­que où ne règnent pas que César et son bus­te fameux, ni les cor­ri­das et leurs rites sau­va­ges. « Du lourd et du piquant », dit aus­si le slo­gan de cet­te édi­tion 2010 pla­cée sous le signe d’un rhi­no rose aux cor­nes ver­tes.

Bar­dé de mon « pho­to­pho­ne » (mort aux mar­ques), je me suis per­mis quel­ques clics, his­toi­re d’appuyer mes pro­pos sur quel­ques visions de pas­sa­ge. Des réflexions aus­si, puis­que l’animal pen­sant jamais ne som­meille (mmm, c’est à voir…)

En fait, j’ai sui­vi ma fian­cée en ses endroits pré­fé­rés, car déjà repé­rés par elle, entre égli­ses et cloî­tres du cen­tre-vil­le et ex-ate­liers Sncf. Trois expos mar­quan­tes en vil­le. D’abord les deux des Fer­ra­ri père et fils. Augus­to, un Rital sans dou­te émi­gré en Argen­ti­ne, pre­nait de ses amis en pho­to dans des scè­nes pré­pa­ra­toi­res à la réa­li­sa­tion de fres­ques pein­tes des­ti­nées à l’église San Miguel à Bue­nos Aires : des repré­sen­ta­tions sul­pi­cien­nes de scè­nes bibli­ques, avec sens de la mise en cadre et en lumiè­re.

Puis en face, égli­se Sain­te-Anne, lieu tout indi­qué, voi­là le fils Léon qui met ses pieds d’iconoclaste dans la bon­dieu­se­rie que papa avait fidè­le­ment ser­vie. Âmes pieu­ses, pas­ser son che­min vers d’autres dévo­tions. Les autres, savou­rez la for­ce pro­vo­ca­toi­re (si si c’est le mot vou­lu) du sacri­lè­ge, en même temps que ses dimen­sions artis­ti­ques autour d’installations ou d’objets « arran­gés » com­me on le dirait d’un rhum. Voi­ci deux zyeu­tées subrep­ti­ce­ment volées par votre voyeur de pas­sa­ge :

Non loin de là, sal­le Hen­ri-Com­te, regard ful­gu­rant du pho­to­gra­phe hol­lan­dais Pao­lo Woods sur la socié­té ira­nien­ne. De grands tira­ges car­rés, magni­fi­ques, où vivent des « gens » tels qu’on ne les voit pas, qua­si­ment jamais, dans ce que livre l’« actu » sur cet­te socié­té atti­ran­te et mécon­nue. Woods dit aller à l’encontre du pho­to­jour­na­lis­me ; en fait, il le pra­ti­que lui aus­si, autre­ment et sur­tout sans les cli­chés, com­me il l’a expli­qué au Mon­de [18/07/2010] : « A la guer­re, je voyais aus­si que la plu­part des pho­to­jour­na­lis­tes cher­chaient  » la  » pho­to qui allait s’ajouter aux cli­chés du gen­re. C’est à celui qui fait le ciel un peu plus som­bre, le sol­dat un peu plus pen­ché... Moi, je vou­lais com­pren­dre, je posais plus de ques­tions que je ne déclen­chais. »

Ci-des­sous, une de ses pho­tos mon­trée par­tout ou pres­que, que je repro­duis donc ici (en petit) com­me en ser­vi­ce de pres­se…

Quel­ques rails (de che­min de fer) plus loin, voi­ci la « Rue avec ombres humai­nes » – l’original s’écrit en anglais, plus exo­ti­que je sup­po­se. Ici un archi­tec­te japo­nais, Kazuo Shi­noa­ra, mort en 2006, a vu sur­gir dans ses pho­tos urbai­nes des pré­sen­ces humai­nes. Mys­té­rieux et tou­chant. Le thè­me a été rete­nu pour d’autres, com­me cet­te jeu­ne New-Yor­kai­se, Taryn Simon, dont les ima­ges – magni­fi­ques grands-for­mats – redres­sent en quel­que sor­te  les erreurs judi­ciai­res ; elle réha­bi­li­te par la pré­sen­ce pho­to­gra­hi­que des inno­cents ayant pur­gé de la pri­son pour des cri­mes qu’ils n’ont pas com­mis. Vas­te sujet, sacré enga­ge­ment de pho­to­gra­phe. Sai­sis­sant.

Tou­jours dans cet­te même Rue avec ombres, Hans-Peter Feld­mann a  com­po­sé une gale­rie éton­nan­te de 101 por­traits de mem­bres de sa famil­le et amis, soit une per­son­ne pour cha­que année de la vie… Ça com­men­ce avec un bébé fille pour finir avec une cen­te­nai­re… Évi­dem­ment, cha­cun s’arrête plus lon­gue­ment sur la pho­to cor­res­pon­dant à son âge…

Fin de la bala­de arlé­sien­ne avec cet­te séquen­ce qui lais­se son­geur :  ce tableau avec  de vraies têtes de vraies gens, muets, cli­gnant à pei­ne des yeux, puis qui se met à tour­ner sur lui même ; et qui lais­se appa­raî­tre le côté lunai­re de la face cachée… Vous voyez un peu l’effet ? Du coup on res­te pour un deuxiè­me tour, voi­re un de plus…Entre têtes et culs, tous ces ques­tion­ne­ments, cet­te matiè­re à réflexion… Ah oui j’oubliais, il s’agit d’un film qui a été tour­né pen­dant l’installation-happening due à Gilad Rat­man, un artis­te israé­lien. Ça s’intitule The Mul­ti­pillo­ry (le Mul­ti­pi­lo­ri), en réfé­ren­ce à la pra­ti­que de tor­tu­re  du Moyen Âge. Pour l” auteur, la scè­ne « évo­que l’intimité née d’une néces­si­té, et l’humiliation hors de son contex­te ».…

 © Photos gp

Société folle. 10 mai : à bas l’esclavage, vive l’Ego !

Le moi de mai, c’est fou, com­men­ce tou­jours par un 1er. Puis voi­là le 9, férié éga­le­ment, mar­quant la « vic­toi­re » de 45 – guille­mets pour dire que rien n’est jamais acquis, la preu­ve, voi­ci le 10, aujourd’hui, cen­sé com­mé­mo­rer l’abolition de l’esclavage. J’entendais ce matin sur Fran­ce Cultu­re les pas­sion­nants pro­pos de Fran­çoi­se Ver­gès, pré­si­den­te du Comi­té pour la mémoi­re de l’esclavage, rap­pe­lant en pas­sant que la Mai­son Blan­che – oui, cel­le de Washing­ton, haut lieu et sym­bo­le de la démo­cra­tie état­su­nien­ne – avait été construi­te par des escla­ves noirs. Ce qu’on appel­le un effet de contras­te…

Elle s’en balan­ce en se vau­trant dans le « tout à l’égo »

Tant de peu­ples sur Ter­re res­tent à libé­rer de leurs innom­bra­bles chaî­nes… L’Histoire est encom­brée des lut­tes de libé­ra­tion, dont cer­tai­nes sont pour­tant à pei­ne esquis­sées, com­me cel­les des Noirs d’Afrique et de leurs dépor­ta­tions mas­si­ves. Et que dire de cet­te moi­tié de l’humanité que consti­tue le « conti­nent noir », celui des fem­mes qui, y com­pris dans nos pays si avan­cés, sont enco­re et tou­jours mal­trai­tés, sous consi­dé­rées, sous payées, sur­ex­ploi­tées, déva­luées… Ou alors, par contre effet, ce qui peut par­fois s’avérer bien alié­nant, sur­éva­luées, sur­dé­ter­mi­nées dans leur pro­pre gen­re : la Fem­me, majus­cu­le, encen­sée, mythi­fiée, déi­fiée…

Réflexions ins­pi­rées par l’annonce reçue ce jour, 10 mai-pour l’abolition de l’esclavage, du lan­ce­ment de EGO Maga­zi­ne… « Le seul maga­zi­ne éli­tis­te et gla­mour 100% évé­ne­men­tiel » J’adore ! Dire que des attaché(e)s de pres­se se croient malin(e)s en m’envoyant de tel­les insa­ni­tés. Enfin, mer­ci tout de même, d’alimenter ma chau­diè­re à indi­gna­tion.

« Ego », au moins voi­là bien un titre qui col­le à son temps, ce temps qui ne sépa­re plus, dans sa fan­ge super­fé­ta­toi­re, « égo » de son épi­thè­te « sur­di­men­sion­né ». C’est le cou­ple du siè­cle nais­sant (et de l’autre aus­si, et peut-être même des temps plus anciens…) Voi­ci les temps du « tout à l’égo » com­me aime à déplo­rer Régis Debray.

Ne bou­dons pas notre plai­sir moqueur à par­cou­rir le « com­mu­ni­qué de pres­se » (en gras, sou­li­gné par mes soins…) :

« Le seul maga­zi­ne éli­tis­te et gla­mour 100% évé­ne­men­tiel.  Maga­zi­ne évé­ne­men­tiel de luxe tri­mes­triel, EGO Maga­zi­ne Paris cible le haut de gam­me avec un conte­nu sélec­tif et pro­po­se un pano­ra­ma des plus beaux évé­ne­ments. Le maga­zi­ne offre une ligne édi­to­ria­le inédi­te et inno­van­te, liée à une mise en page artis­ti­que per­pé­tuel­le­ment renou­ve­lée. Le pre­mier maga­zi­ne de luxe qui accom­pa­gne les mar­ques à tra­vers leurs évé­ne­ments afin de véhi­cu­ler leur noto­rié­té. EGO Maga­zi­ne Paris cou­vre en ima­ges l’ensemble des évé­ne­ments de réfé­ren­ce en y asso­ciant iden­ti­té et qua­li­té, avec une sélec­tion des plus beaux repor­ta­ges pho­tos de la capi­ta­le (ver­nis­sa­ges, inau­gu­ra­tions, lan­ce­ments de pro­duits, galas, évé­ne­ments spor­tifs, expo­si­tions, défi­lés, ral­lyes, dîners cari­ta­tifs et soi­rées pri­vées). Le conte­nu rédac­tion­nel assu­re une com­mu­ni­ca­tion dyna­mi­que liée à l’image de ses par­te­nai­res évé­ne­men­tiels, annon­ceurs et spon­sors. »

120 000 lec­teurs sont atten­dus pour ce grand ren­dez-vous de pres­se et se socié­té, « un lec­to­rat mixe et haut de gam­me, de 25 à 55 ans, culti­vé, épi­cu­rien et dyna­mi­que »…

« Au som­mai­re du n°1 : Le Gala de la Truf­fe à la bou­ti­que Lan­cel, la pré­sen­ta­tion de la nou­vel­le col­lec­tion Kate Moss pour Long­champ au Ritz Club, le lan­ce­ment de l’Audi A8 à L’Olympia, la céré­mo­nie des Césars, le Gala de l’association Vie Espoir au Châ­teau de Ver­sailles, la 14è édi­tion du Pavillon des arts et du desi­gn au jar­din des Tui­le­ries, la soi­rée Coca-Cola au 1515, les inter­views de Bar Refae­li, Chris­to­phe Decha­van­ne, Jean Dujar­din, Vin­cent Elbaz,… »

La une (ci-des­sus) est évi­dem­ment à la hau­teur, annon­cia­tri­ce de la pro­fon­deur du conte­nu. On en dou­te d’autant moins que son direc­teur (un hom­me) n’est autre qu’un cer­tain Chris­to­phe… Marx. Même Dar­win n’avait pas pré­vu ce gen­re d’évolution.


Censure. Les ciseaux d’Anastasie travaillent dans les têtes

Aus­si vieille que les médias… Ici, vue par « L’Éclipse », 19 juillet 1874

Le Mon­de a publié jeu­di [6/5/10] une tri­bu­ne du jour­na­lis­te et polé­mis­te André Ber­coff, inti­tu­lée « La Fran­ce à la niche - Hal­te au maso­chis­me ! » Les pre­miè­res lignes indi­quent bien le pro­pos et sa tona­li­té : « Aujourd’hui, notre pays est occu­pé dou­ce­ment, gen­ti­ment, insi­dieu­se­ment, par le camp du Bien. La poli­ce de la pen­sée cor­rec­te triom­phe sur tous les étals média­ti­co-poli­ti­ques. »

Je me retrou­ve aus­si assez bien dans la sui­te : «Sem­ble enfin accom­plie la cas­tra­tion de ce peu­ple fran­çais qui, jadis, pre­nait des bas­tilles et, il y a enco­re quel­ques décen­nies, fai­sait mine de défi­ler pour chan­ger la vie. L’alibi de la cri­se a bien tra­vaillé : tous à la niche. Et à la cen­su­re. » Et vous allez voir, à pro­pos de cen­su­re, l’écho que ce qui vient sus­ci­te chez l’auteur de ce blog  cen­su­ré par Le Mon­de… :

« Désor­mais, il est inter­dit de ne pas inter­di­re. Ne fumez plus : can­cer du pou­mon. Ne buvez plus : cir­rho­se du foie. Ne bai­sez plus : sida et autres mala­dies sexuel­le­ment trans­mis­si­bles (MST). Ne man­gez plus : pes­ti­ci­des et OGM. Ne sor­tez plus : atten­tats. Ne par­lez plus des juifs : vous serez condam­né pour anti­sé­mi­tis­me. Ne cari­ca­tu­rez plus Maho­met : vous serez incen­dié avant d’être égor­gé. N’osez plus une plai­san­te­rie sur les gays : l’homophobie vous guet­te. Ne racon­tez pas une his­toi­re sur les Blacks : vous serez vitu­pé­ré racis­te à part entiè­re. En revan­che, vous pou­vez vous en don­ner à coeur joie sur la pédo­phi­lie de l’Eglise. Plus besoin de pro­cu­reur : les ciseaux tra­vaillent dans les têtes. »

Et c’est là que je veux en venir, car à ce niveau de l’article, Le Mon­de pla­ce ce qu’on appel­le un exer­gue, cen­sé met­tre en valeur un pas­sa­ge fort de l’article  – le voi­ci :

Ain­si, d’un côté, le Mon­de papier, sup­por­te la dénon­cia­tion d’un fait déplo­ra­ble (fai­re des juifs un sujet tabou), et de l’autre, lemonde.fr, cen­su­re un blog (C’est pour dire) à par­tir d’un sim­ple com­men­tai­re par­lant de « lob­by juif » ! D’un côté un Ber­coff qui s’insurge, de l’autre un blog qu’on exé­cu­te. Je ne dis pas qu’il y ait eu concer­ta­tion entre les deux sup­ports, mais le fait  – qui cor­ro­bo­re  la dénon­cia­tion de Ber­coff – est sur­tout qu’un sys­tè­me auto­ma­ti­que d’alerte à par­tir de deux mots « inter­dits », lob­by-juif, entraî­ne une cen­su­re non moins auto­ma­ti­que, aveu­gle – orwel­lien­ne pour tout dire. Anas­ta­sie, cet­te gar­ce cas­tra­tri­ce à l’éternelle jeu­nes­se…


Le parler-vrai de Morano prêchant la dés-intégration

Com­me en musi­que, tout étant rela­tif, la paro­le vraie sur­git sou­vent de l’improvisation. Mais en poli­ti­que, c’est pres­que tou­jours au détri­ment de l’instrumentiste guet­té par le lap­sus ou le déra­pa­ge non contrô­lé. Spé­cia­le­ment quand on joue sur les modes toni­truants ou déma­gos. Gen­re Nadi­ne Mora­no, vir­tuo­se de la nuan­ce pachy­der­mi­que. Enco­re jac­tait-elle à Char­mes (Vos­ges), mais avec ses sabots de Lor­rai­ne UMP [je n’ai rien contre les Lor­rai­nes, au contrai­re !, hein Marie-Line ?] Donc, com­me tout le mon­de le sait main­te­nant, la secré­tai­re d’État à la famil­le, à un jeu­ne qui l’interrogeait sur la com­pa­ti­bi­li­té de l’Islam avec la Répu­bli­que, a répon­du : « On ne fait pas le pro­cès d’un jeu­ne musul­man. Sa situa­tion, moi, je la res­pec­te. (...) Ce que je veux, c’est qu’il aime la Fran­ce quand il vit dans ce pays, c’est qu’il trou­ve un tra­vail et qu’il ne par­le pas le ver­lan. C’est qu’il ne met­te pas sa cas­quet­te à l’envers. C’est qu’il essaye de trou­ver un bou­lot... »

Que cela est bien envoyé ! L’intégration par la dés­in­té­gra­tion, voi­là bien l’idéal que recou­vre l’actuel refrain sur l’ « iden­ti­té natio­na­le ». Que l’étranger ne soit plus étran­ge ; que l’autre dis­pa­rais­se ; que la trans­pa­ren­ce défi­nis­se la stric­te limi­te de l’expression de soi. C’est tout de même anor­mal et insup­por­ta­ble que ces « autres » se dis­tin­guent avec leurs peaux noi­res, bron­zées, jau­nes – et pas rosées blan­châ­tres com­me ces petits cochons de laits aux yeux déla­vés consti­tuant l’espèce fran­chouillar­de ? Notez que les Asia­ti­ques ont tou­jours été très zélés dans ce sens, à pas­ser pres­que inaper­çus – si ce n’est leurs yeux bri­dés, dom­ma­ge. Mais les bana­nia avec leurs bou­bous, les bicots et leurs têtes de melons !

Sans par­ler qu’ils ne tra­vaillent pas ! On leur offre pour­tant les meilleurs bou­lots, les mieux payés, et ils pré­fè­rent se pros­ter­ner à même le sol, ou enco­re ven­dre des mon­tres à trois bal­les et des marl­bo­ro au coin des rues. La mada­me Mora­no s’en étran­gle d’indignation. C’est bien elle qui devrait s’en retour­ner la cas­quet­te et cau­ser le ver­lan, ça lui irait si bien, tout en l’empêchant de cau­ser la lan­gue de pouf­fe vul­gos. Ou pire enco­re la lan­gue facho, cel­le de l’injonction stu­pi­de et gra­ve : « Ce que je veux, c’est qu’il aime la Fran­ce » ! Jeveux-zé-jex­ji­ge, et que ça sau­te, et que je t’envoie tou­te cet­te racaille se fai­re pas­ser au kar­cher. On y revient tou­jours. Lais­sez la paro­le cou­rir et trou­ver son che­min un peu vrai, hors des cabi­nets de com’, des plu­mes en bois de conseillers spé­ciaux, et la voi­là, avec ses mots de cani­veau qui déva­le de sa pen­te fata­le.

Que la Fran­ce soit seule­ment aima­ble, ouver­te, à l’image de tous ces étran­gers croi­sés dans les havres tou­ris­ti­ques du vas­te mon­de, d’où revien­nent ces hor­des de bar­ba­res à l’empreinte car­bo­ne bien char­gée mais ravis d’avoir été si bien accueillis, inca­pa­bles de dis­tin­guer le vrai du faux, entre un sou­ri­re et un ric­tus com­mer­cial.

Ici le biz­ness du riche domi­nant, là la quê­te du pau­vre, pau­mé, exi­lé, émi­gré, déso­lé, por­té par les vagues révol­tan­tes de l’injustice mon­dia­li­sée qui, sans dou­te, n’a jamais été aus­si crian­te dans l’Histoire.

Qu’il faille « régu­ler » ces flux, cer­tes. Har­mo­ni­ser les dif­fé­ren­ces. Construi­re des pas­se­rel­les et des ponts, pas des murs. Ce qui veut dire s’attaquer au désor­dre du mon­de, ah le vache de chan­tier ! Et par quel bout le pren­dre, de Kaboul à Copen­ha­gue, de Téhé­ran à Johan­nes­burg, de Manaus-Ama­zo­nie à Char­mes-Vos­ges ? Par­fois j’ai peur.


Maroc. Six jeunes poursuivis pour refus de pratiquer le ramadan

Dépê­che de l’AFP datée du 16/9/09 et de Rabat : « Six jeu­nes Maro­cains vont être tra­duits en jus­ti­ce pour “ten­ta­ti­ve d’incitation à la rup­tu­re du jeû­ne en public”, durant le rama­dan. Diman­che après-midi 13 sep­tem­bre, ils ont ten­té d’organiser un ras­sem­ble­ment à Moham­me­dia (80 km au sud de Rabat) pour pro­tes­ter contre une “loi qui punit la non-obser­va­tion du jeû­ne pen­dant le rama­dan au Maroc” […].

« C’est la pre­miè­re fois au Maroc qu’un grou­pe de “non jeû­neurs” s’affiche en public pour récla­mer le droit de ne pas pra­ti­quer le rama­dan. Cet­te pro­tes­ta­tion a été ini­tiée par le Mou­ve­ment alter­na­tif pour la défen­se des liber­tés indi­vi­duel­les, une asso­cia­tion incon­nue jusqu’à pré­sent, selon les auto­ri­tés du royau­me. Le Conseil des oulé­mas (théo­lo­giens) de Moham­me­dia a pour sa part dénon­cé cet­te action qua­li­fiant ses auteurs d” “agi­ta­teurs”. »

[Heu­reu­se­ment, soit dit en pas­sant, qu’existe enco­re une agen­ce com­me l’AFP pour rela­ter de tels faits – même s’ils n’ont été que peu repris par la pres­se. Cet­te paren­thè­se pour signa­ler que l’Agence Fran­ce Pres­se se voit mena­cée dans sa mis­sion d’agence mon­dia­le et géné­ra­lis­te par un pro­jet gou­ver­ne­men­tal de nou­veau sta­tut.]

Cet­te his­toi­re de Rabat est ter­ri­fian­te : car elle relè­ve de la ter­reur impo­sée par la domi­na­tion reli­gieu­se sur les esprits et les corps. Plus de la moi­tié de l’humanité crou­pit sous cet­te cha­pe. L’estimation est sans dou­te bien trop bas­se : les trois quarts, ou sept hui­tiè­mes ?

Peu ou prou, nous fai­sons par­tie des pri­vi­lé­giés. Mais la conquê­te vers la liber­té n’a pas été menée sans pei­ne. Elle n’est d’ailleurs ni entiè­re­ment ache­vée, ni à jamais à l’abri de tout retour en arriè­re. C’est ain­si que les prê­cheurs de la « fin de l’Histoire » vou­draient bien jeter aux oubliet­tes cer­tai­nes pages du pas­sé.

Reve­nons seule­ment deux siè­cles et demi en arriè­re :

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1er juillet 1766, à Abbe­vil­le, un jeu­ne hom­me de 19 ans, le che­va­lier de La Bar­re, est déca­pi­té pour avoir man­qué de res­pect envers la reli­gion. En appli­ca­tion de la Loi, la jus­ti­ce l’avait condam­né à avoir les os broyés jusqu’à ce qu’il avoue son cri­me, la lan­gue arra­chée, la tête cou­pée, le cada­vre brû­lé et les cen­dres jetées au vent.

Les trois prin­ci­paux « atten­dus » du juge­ment disaient qu’il avait été « atteint et convain­cu d’avoir pas­sé à vingt-cinq pas d’une pro­ces­sion sans ôter son cha­peau qu’il avait sur sa tête, sans se met­tre à genoux, d’avoir chan­té une chan­son impie, d’avoir ren­du le res­pect à des livres infâ­mes au nom­bre des­quels se trou­vait le dic­tion­nai­re phi­lo­so­phi­que du sieur Vol­tai­re ».

Avant même son exé­cu­tion, La Bar­re avait trou­vé son pre­mier défen­seur en la per­son­ne de Vol­tai­re, dénon­çant ce cri­me de « la bar­ba­rie sacer­do­ta­le ».

Après la Révo­lu­tion, la Conven­tion natio­na­le du 25 bru­mai­re an II, réha­bi­li­tait sa mémoi­re, en tant que « vic­ti­me de la super­sti­tion ».

A la fin du XIXe siè­cle, et au début du XXe, avec le com­bat pour l’école publi­que et la laï­ci­té des ins­ti­tu­tions, qui abou­tit en 1905 à la Loi de sépa­ra­tion de l’Église et de l’État, le che­va­lier de La Bar­re est deve­nu le sym­bo­le du com­bat contre le clé­ri­ca­lis­me. » [Sour­ces mul­ti­ples, tant cet­te affai­re a fait l’objet de nom­breux ouvra­ges. Voir aus­si, entre autres innom­bra­bles sites, celui du Grou­pe La Bar­re .]

On ose croi­re que les six jeu­nes Maro­cains n’auront pas la lan­gue arra­chée – ce qui consti­tue un pro­grès rela­tif mais non négli­gea­ble. Ils n’en seront pas moins châ­tiés d’une maniè­re ou d’une autre, pour s’être levés debout, au nom de la liber­té de conscien­ce. Un monu­ment sera peut-être éri­gé en leur mémoi­re. Dans deux siè­cles et demi ?

»> Pho­to de la pla­que en bron­ze illus­trant le sup­pli­ce du che­va­lier de La Bar­re. Monu­ment éri­gé en 1907 à Abbe­vil­le.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le mon­de chan­ge »

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  • Salut cousin !

    Je dou­te donc je suis - gp

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