On n'est pas des moutons

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Cinéma. « Toni Erdmann », subversif Père Ubu

S’il n’y avait qu’un film à voir ces temps-ci, ce serait bien ce « Toni Erd­mann » (d’autant que je n’en ai pas vu d’autre…) Un film comme aucun autre. Certes, sa fac­ture for­melle est plu­tôt clas­sique : pas besoin de faire des numé­ros de cla­quettes quand le fond l’emporte d’une manière aus­si magis­trale. Au départ, l’histoire ordi­naire d’un père et d’une fille que la vie « moderne » a éloi­gnés, jusqu’à les rendre étran­gers l’un à l’autre. His­toire banale, sauf que les per­son­nages ne le sont pas, banals.

Le père, d’abord et sur­tout, consta­tant l’abîme qui menace sa fille, prise dans l’absurde tour­billon du monde mor­ti­fère du biz­ness, du coa­ching – tout ce bla­bla secré­té par le règne de la mar­chan­dise mon­dia­li­sée. Son ins­tru­ment d’action, à l’efficacité impa­rable – c’est le sujet du film – ce sera la dis­tance cri­tique por­tée par l’humour et, plus encore, par la déri­sion, pla­nètes deve­nues inat­tei­gnables à cette jeune femme froide, réfri­gé­rée, fri­gide. Com­ment peut-elle encore être sa fille, celle-là qui sur­git entre deux avions, pres­sée, absente, l’oreille col­lée au por­table, habillée en croque-mort, en noir et blanc, à la vie grise, vide de sens et de sou­rires ?

De ce nau­frage annon­cé va sur­gir, en sau­ve­teur lou­foque, ce Toni Erd­mann à l’humour déjan­té, lour­dingue, qui fout la honte à cette jeune femme for­ma­tée, taillée (dans son tailleur strict) pour la com­pé­ti­tion entre tueurs affai­ristes – bref, le spec­tacle de l’« actu ». Il débarque donc dans son uni­vers de morgue, armé d’une per­ruque, de fausses dents et jusqu’à un cous­sin-péteur – une pano­plie de Père Ubu pour un com­bat contre l’absurdité. « Je vou­lais savoir si tu avais le temps de vivre un peu » lui dit-il, tan­dis qu’elle n’entend pas, deve­nue sourde à la vie vivante, abs­traite comme de l’art « contem­po­rain », mar­chan­dise elle-même, au ser­vice du monde mar­chand, de la finance qui tue le tra­vail et les hommes.

Mais rien n’est dit expli­ci­te­ment de tout ça : pas de dis­cours ni démons­tra­tions ; tout sur­git ici dans la lumière de l’écran, des per­son­nages, des situa­tions – Éros contre Tha­na­tos, dans l’ordinaire mena­cé des vies déré­glées, mena­cée comme l’humanité tout entière, par ce réchauf­fe­ment qui refroi­dit : en fait un refroi­dis­se­ment géné­ra­li­sé, une gla­cia­tion des rela­tions entre les êtres en repré­sen­ta­tion : le monde rem­pla­cé par son spec­tacle.

Un grand film sub­ver­sif, oui, qui fait tom­ber les masques, dénonce les jeux de sur­face minables, rap­pelle à l’impé­rieuse et pro­fonde urgence de vivre.

Mais atten­tion ! dan­ger : si jamais votre des­tin vous a conduit à œuvrer dans ce monde du coa­ching, du mana­ge­ment, de la lutte des requins contre les sar­dines…

…n’allez sur­tout pas à la ren­contre de ce Toni Erd­mann ! Vous pour­riez ne pas vous en remettre.


♦ Film alle­mand de Maren Ade avec Peter Simo­ni­schek, San­dra Hül­ler (2 h 42). Sur le Web : www.hautetcourt.com/film/fiche/302/toni-erdmann

L’Autrichien Peter Simo­ni­schek (ex-pro­thé­siste den­taire, trop beau pour être vrai) et l’Allemande San­dra Hül­ler y sont géniaux.


Marseille. Une (autre) origine du monde

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Concep­tion : Eli­za­beth Saint-Jalmes (sculp­tures), Mathilde Mon­freux (écri­ture). Avec : Jes­sy Coste, Gaëlle Pra­nal, Vir­gi­nie Tho­mas, Mathilde Mon­freux, Blan­dine Pinon, Eli­za­beth Saint-Jalmes. Musique : Fran­çois Ros­si (bat­teur). Spec­tacle pré­sen­té par Lieux publics, centre natio­nal de créa­tion en espace public.lieux p

Aujourd’hui, « Sirènes et midi net ». Tou­jours aus­si ins­pi­ré, essen­tiel : chaque pre­mier mer­cre­di du mois, à l’heure de l’alerte géné­rale, entre ses deux salves de sirènes hur­lantes, la magie du théâtre vient secouer la ville de sa quo­ti­dien­ne­té, de sa tor­peur. Avec effet rela­tif : il faut déjà être un peu éveillé pour ain­si se « kar­ché­ri­ser » le cer­veau. Deux ou trois cents braves, seule­ment, osent s’y ris­quer (sans risques), à l’heure où la nor­ma­li­té est à son ordi­naire ouvrage.

Des formes informes, des paquets d’entrailles, de la chair, de la viande, des glandes, de la cer­velle, du mou, du dégou­li­nant. Tout ça sur la scène, tout ce tas se met à trem­bler comme de la géla­tine, puis à remuer comme des paquets de boyaux tom­bés d’on ne sait quel ventre céleste ou chao­tique. C’est l’origine du monde, mais pas à la Cour­bet, bien avant, dans le grand coït créa­teur de la matière sans nom, l’innommable mag­ma. L’origine ou bien la fin, la der­nière apo­ca­lypse, comme celle qui nous guette ; celle que nous pré­disent radios, télés, gazettes, heure par heure, jour après jour. Ça pour­rait res­sem­bler à ça, et les êtres, dès lors – nous-mêmes – pour­rions nous trans­for­mer en mons­truo­si­tés ges­ti­cu­lantes, à bout de souffle, venant mou­rir-pour­rir sur le marbre, devant l’Opéra de Mar­seille, comme sur le billot d’un bou­cher sans pitié.

Pas drôle, hein ? Tan­dis qu’un bat­teur se déchaîne sur ses fûts et cym­bales, les paquets glo­bu­leux entrent en danse dans la transe.

Il faut être là, pour ces dix minutes d’opéra sau­vage, chaque pre­mier mer­cre­di du mois, devant l’Opéra de Mar­seille. Tout de même pas dur à rete­nir ! Et à noter pour des Mar­seillais de pas­sage.


De la mort, de la célébrité, de l’actualité et des atrocités

Un mort par jour. Rec­ti­fi­ca­tif : un mort célèbre par jour. Pré­ci­sion : un mort média­ti­que­ment célé­bré. Affi­ne­ment : un mort pré­le­vé dans la Socié­té du Spec­tacle. Déve­lop­pe­ment.

Le hasard – ici heu­reuse et infaillible coïn­ci­dence – a fait que mon ami Robert Blon­din ait, outre-Atlan­tique, cou­su au même moment quelques pro­fondes réflexions autour de la mort, de la célé­bri­té et des trom­pettes de la renom­mée fus­ti­gées par le lumi­neux Bras­sens. Double occa­sion de « mou­rir moins bête », comme le clame un grin­çant feuille­ton quo­ti­dien sur Arte, se ter­mi­nant inva­ria­ble­ment par : « …oui, mais bon, vous mour­rez quand même ! »

Résu­mons, par ordre chro­no­lo­gique de décès (liste très pro­vi­soire) : Del­pech Michel (chan­teur), Bley Paul (pia­niste de jazz), Tur­cat André (pilote d’avion), Hun­ter Long John (blues­man), Gala­bru Michel (comé­dien), Bou­lez Pierre (musi­cien), Pam­pa­ni­ni Syl­va­na (actrice ita­lienne), Armen­dros Cho­co­late (trom­pet­tiste cubain), Peu­geot Roland (indus­triel), Cour­règes André (sty­liste de mode), Reid Patrick (rug­by­man irlan­dais), Clay Otis (chan­teur de soul état­su­nien), Bowie David (chan­teur bri­tan­nique), Angé­lil René (agent artis­tique qué­bé­cois), Des­ruis­seaux Pierre (écri­vain qué­bé­cois), Tour­nier Michel (écri­vain), Alaoui Leï­la (pho­to­graphe fran­co-maro­caine), Sco­la Ettore (cinéaste), Charles-Roux Edmonde (écri­vaine, jour­na­liste)…

J’ai, exprès, mis les noms de famille en tête, comme sur les monu­ments aux morts et comme on les appelle à chaque célé­bra­tion de mas­sacres.

Ne pas man­quer non plus de citer Allen Woo­dy quand, ayant énu­mé­ré les morts suc­ces­sives de Jésus, Marx, Mao, il ajoute, gogue­nard : « …Et moi-même, je ne me sens pas très bien… »

Liste ouverte, limi­tée à la sphère cultu­reuse ou presque, fran­co-cen­trée – bien qu’il y ait là dedans des spor­tifs, un pilote, des Cana­diens, un indus­triel, un Cubain, une fran­co-Maro­caine…

Le plus mar­rant, si j’ose dire, c’est la liste com­plète éta­blie et tenue au jour le jour sur Wiki­pe­dia. Vaut le détour, c’est ici.

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Le Monde aus­si, « la » réfé­rence…

Où l’on voit que le degré de célé­bri­té relève de fac­teurs mul­tiples, sur­tout cultu­rels et mar­chands. Ce qui défi­nit bien la notion de « spec­tacle » – même si on ne l’étend pas à la cri­tique de la socié­té selon Debord Guy (mort lui aus­si – en 1994).

Où l’on voit qu’il y a un degré de plus entre popu­la­ri­té et pipo­la­ri­té, cette der­nière ten­dant à deve­nir la seule vraie échelle de « valeurs », pro­pul­sée en cela par la machine média­tique à fabri­quer de l’idole selon des recettes aus­si fluc­tuantes que les cours de la bourse. Fluc­tua­tions qui n’altèrent en rien la soli­di­té du Capi­ta­lisme, au contraire. Tout comme la célé­bra­tion des morts célèbres assurent les valeurs des célé­bri­tés (pro­vi­soi­re­ment) vivantes. Ain­si ce flux mor­bide se trouve-t-il pieu­se­ment entre­te­nu. Il fait par­tie du fond de com­merce des gazettes et autres rédac­tions nécro­lo­giques, voire nécro­phi­liques.

Ain­si Le Monde – pour ne citer que lui – ren­ferme dans son fri­go quelque 300 notices prêtes à démou­ler après réchauf­fage à l’actualité. Mais c’est sans doute l’Agence France Presse qui détient la plus gar­nie des chambres froides – modèle Run­gis (gros et demi-gros). Par­tant de là, la célé­bra­tion mor­tuaire vivra sa vie, si l’on peut dire, au gré de l’« actu », selon qu’elle sera, ce jour-là, mai­gri­chonne ou plé­tho­rique ; ou selon le degré de pipo­la­ri­té.

Ain­si un Michel Del­pech a-t-il « béné­fi­cié » de 20 minutes en ouver­ture du JT de 20 heures de France 2 ! Bou­lez un peu plus de cinq, et en fin de jour­nal. Bley ? Même pas mort, selon la même chaîne. Gala­bru, ah le bon client que voi­là ! Bien moins cepen­dant que Bowie – record abso­lu, tous sup­ports, sur plu­sieurs jours (pré­voir des « résur­rec­tions » type Michael Jack­son).

Tels sont aujourd’hui les rites modernes qui entourent la mort, cette don­née du vivant, sans laquelle la vie, en effet, serait bien fade et nos médias plus encore…

22-mort« Je vis cette fau­cheuse. Elle était dans son champ. / Elle allait à grands pas mois­son­nant et fau­chant, / Noir sque­lette lais­sant pas­ser le cré­pus­cule. / Dans l’ombre où l’on dirait que tout tremble et recule, / L’homme sui­vait des yeux les lueurs de la faux » – Vic­tor Hugo, Les Contem­pla­tions

 Où l’on voit enfin que ladite célé­bri­té recouvre la froide – c’est bien le mot – réa­li­té de la mort : « La mor­ta­li­té dans le monde cor­res­pond à 1,9 décès à chaque seconde sur Terre, soit 158 857 décès par jour, soit près de 59 mil­lions de décès chaque année. » C’est beau­coup, mais infé­rieur au nombre de nais­sances. Ce qu’on peut regret­ter en termes stric­te­ment démo­gra­phiques et en par­ti­cu­lier sous l’angle mal­thu­sien… Comp­ta­bi­li­té déve­lop­pée ici, c’est amu­sant…

« Tout ça » pour en venir à quoi ? À cette quête de l’immortalité qui semble avoir sai­si l’animal humain depuis la nuit des temps. Cette nuit qui l’effraie tant ; pour (ou contre) laquelle l’homo erec­tus s’est redres­sé, jusqu’à ten­ter de deve­nir sapiens – du moins par moments, selon les lieux et les cir­cons­tances…

Pour ce faire, il aura éri­gé des totems, bra­mé des incan­ta­tions, bri­co­lé des rites, des mythes, des cultes et par des­sus le mar­ché des reli­gions avec des dieux, des saints, des curés de tous ordres et obé­diences se dis­pu­tant leur Dieu pour­tant deve­nu unique. Il aura bran­di des textes « sacrés » aux fables infan­ti­li­santes et, aus­si, nour­ri les arts les plus sublimes, en même temps que les bûchers et innom­brables sup­plices ; puis lan­cé des hordes de guer­riers, tous bar­bares réci­proques et éga­le­ment fana­tiques, semeurs de mort, assas­sins de vie. Dans cette pro­fonde nuit auront sur­gi, sublimes éclairs iso­lés ou spo­ra­diques, les torches vacillantes et fières des Lumières.

Nous en sommes là, si incer­tains. « Tout ça » au nom de l’Amour, sans doute et avec tant de doutes quant à l’avenir de cet homo habi­lis, si doué pour la souf­france et le mas­sacre. Amen.


Pendaison publique, place de l’Opéra à Marseille

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© gp

On croyait ces temps révo­lus, révo­lus comme la Révo­lu­tion et comme la peine de mort… C’était sans comp­ter sur l’exception mar­seillaise. Non pas celle des autres exé­cu­tions publiques, il y a dix jours encore, devant ce même opé­ra muni­ci­pal, à coup de bas­tos. Non, une vraie de vraie, par pen­dai­son. Plus éco­no­mique que la guillo­tine, tel­le­ment moins san­gui­no­lente. Un gibet, une corde, un bour­reau, une condam­née à mort, et hop ! Le tout devant un public recueilli et même une classe de petits éco­liers – c’était mer­cre­di. Il faut bien édi­fier les masses face au Crime éter­nel, que le châ­ti­ment, pour­tant, jamais ne tarit…

Il y avait de la fas­ci­na­tion dans le regard du peuple ain­si assem­blé. Oui, des lueurs de défi, une cer­taine jouis­sance dans les pru­nelles avides. Il faut dire que la cri­mi­nelle irra­diait lit­té­ra­le­ment, sous sa longue robe écar­late et son regard de braise, sous ses ultimes paroles en appe­lant à la vie, à la révolte de la vie. Que lui repro­chait-on à cette Char­lotte Cor­day mar­seillaise ?

À entendre son cri, on com­prend que c’est la Femme, fatale péche­resse, qui devait ici expier son crime d’exister. Dans la suite inin­ter­rom­pue des muti­la­tions his­to­riques infli­gées à toutes les femmes de la pla­nète en per­di­tion : bat­tues, exploi­tées, mépri­sées, répu­diées, trom­pées, humi­liées, exci­sées, lapi­dées, igno­rées ou même adu­lées – exé­cu­tées. La sup­pli­ciée : « Regarde mon corps mon trou ma tombe mes yeux mes seins mon sexe. L’os pelé de l’amour la clef des larmes. Je brûle d’une flamme nue... ». Et il est des pays où de telles scènes ne sont pas fic­tives. Tant de sau­va­ge­rie par­tout ! Jusque « dans l’ombre de la démo­cra­tie », ain­si que le sou­ligne l’auteur du spec­tacle.

La dra­ma­tur­gie a joué à plein, dans le dénue­ment du lieu et de la situa­tion. La comé­dienne, poi­gnante, bou­le­ver­sante au bout de sa corde. Son bour­reau intrai­table. Cela eut lieu entre les coups de sirène de midi et midi dix, sous la plainte trou­blante d’un saxo, face au soleil cru, balayé de mis­tral. Magie du théâtre.

C’était hier, comme en chaque pre­mier mer­cre­di du mois, depuis 2003 que Lieux publics s’approprie le par­vis de l’opéra mar­seillais pour une scène de rue jamais ano­dine. Cela s’appelle Sirènes et midi net. Un beau nom de ren­dez-vous.

Pendue

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Pen­due, de la com­pa­gnie Kumu­lus, une adap­ta­tion du spec­tacle Les Pen­dus, de Bar­thé­le­my Bom­pard, écrit par Nadège Pru­gnard„ inter­pré­té par Céline Dami­ron et Bar­thé­le­my Bom­pard,
accom­pa­gnés par Thé­rèse Bosc au saxo­phone. Tech­nique : Dja­mel Djer­boua, son : Nico­las Gen­dreau.


Élections européennes. « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » pour mériter le Front national ?

Ainsi, le vote fran­çais aux élec­tions euro­péennes se dis­tingue comme une excep­tion. Cha­cun y va de ses expli­ca­tions, les plus cau­sants n’étant pas les élec­teurs FN… Mais des enquêtes socio­lo­giques font res­sor­tir que, pour ces der­niers, la ques­tion des immi­grés reste la plus déter­mi­nante. D’où les réflexions sui­vantes tri­co­tées à par­tir d’un film, que je n’ai cepen­dant pas vu !… En effet, je n’ai pas vu le film à fort suc­cès Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? mais j’aurais dû, et je devrais, pour m’autoriser à en par­ler. J’enfreins la règle après avoir lu à son sujet un très inté­res­sant et pro­fond article trou­vé dans le der­nier Marianne (n° 891 du 16 mai), signé d’Éric Conan et Péri­co Légasse.

Sous le titre « Les tru­cages d’une bluette iden­ti­taire », les auteurs dénoncent une manœuvre « artis­tique », « intel­lec­tuelle » et à coup sûr com­mer­ciale par laquelle se trouve défen­due la thèse du mul­ti­cul­tu­ra­lisme en train de saper notre modèle démo­cra­tique et répu­bli­cain « à la fran­çaise », c’est-à-dire celui de l’intégration par l’assimilation. Le tout sous cou­vert de déri­sion comique, et néan­moins à base de cli­chés pour le coup bien racistes : juifs grippe-sous, Chi­nois fourbes à petites bites, Noirs lubriques à grande queue et pas futés, Arabes « mus­lims » et voleurs…

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Légende four­nie avec l’image offi­cielle : « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, dont Europe 1 est par­te­naire, a dépas­sé la barre des 7.5 mil­lions de spec­ta­teurs. Un score que l’équipe du film a célé­bré digne­ment à Cannes jeu­di soir, après avoir mon­té les marches du Palais des fes­ti­vals. » Tout est dit !

L’entourloupe du film semble s’entortiller autour d’un pos­tu­lat : nous sommes tous racistes, et c’est jus­te­ment pour ça qu’on va bien s’entendre… « Car, com­mentent les auteurs de l’article, il y aurait un équi­libre des racismes comme il y a une équi­libre de la ter­reur dans la dis­sua­sion nucléaire : la géné­ra­li­sa­tion de l’agressivité débou­che­rait sur la paix »…

Le pro­cé­dé se double alors d’une autre faute morale consis­tant à inver­ser la réa­li­té d’aujourd’hui en mépri­sant ceux qui la subissent. Il faut en effet pré­ci­ser que le film se passe en milieu bour­geois où les gendres en ques­tion sont ban­quier, comé­dien, avo­cat, chef d’entreprise… « Ils parlent fran­çais aus­si bien que Fin­kiel­kraut, sont de grands laïcs très cool… » Pas exac­te­ment la socio­lo­gie du « 9-3 » ou des quar­tiers nord de Mar­seille.

C’est là qu’il y a lieu d’affiner l’analyse – ce que font en effet les auteurs de l’article en invo­quant Pierre Bour­dieu (La Misère du monde, 1993) et aus­si Emma­nuel Todd à pro­pos de la ques­tion de l’échange matri­mo­nial, essen­tielle dans tout pro­ces­sus d’intégration. [Voir aus­si, bien sûr, Claude Lévi-Strauss sur ces ques­tions anthro­po­lo­giques.] Or, cet échange, s’enrichissant de la « diver­si­té des peuples » achoppe notam­ment sur le sta­tut de la femme que le film éva­cue tota­le­ment et comme par magie : on n’y voit aucune femme voi­lée ! En occul­tant ain­si cette ques­tion du voile, se trouve aus­si éva­cuée la ques­tion du métis­sage et, avec elle, celle de l’intégration. Com­ment, en effet dénier au voile impo­sé à la femme (ou même « libre­ment consen­ti ») la fonc­tion de l’interdit oppo­sé au jeu exo­game : « Touche pas à la femme voi­lée ! »

Cette atti­tude s’oppose en effet à toute ten­ta­tive d’intégration et vient ain­si ren­for­cer un rejet qu’on aurait tort d’assimiler au seul racisme, bien qu’il puisse aus­si s’en nour­rir, y com­pris dans le sens d’un racisme « anti-Blanc ». Et de noter, avec Todd, que « le taux de mariages mixtes (se réa­li­sant prin­ci­pa­le­ment dans les caté­go­ries popu­laires), s’est effon­dré ces trente der­nières années à cause du ren­fer­me­ment endo­ga­mique d’une immi­gra­tion récente encou­ra­gée à valo­ri­ser et pré­ser­ver sa culture d’origine. On repart se marier au bled. »

(Lire la suite…)


L’envolée chromatique. Vous prendrez bien cinq minutes de magie ?

Huit décembre 2010, place Bel­le­cour à Lyon. On éteint les lumières, place aux illu­mi­na­tions. Sur­gi d’on ne sait où, un drôle de type, allure de diable roux, pou­mons entre les mains. C’est Arnaud Méthi­vier. Décro­chez donc, au moins pour ces cinq minutes magiques !

On peut lire aus­si : Arnot­to ou la greffe cœurs-pou­mons


Michel Onfray, l’autre pensée 68 et les situationnistes

France Culture a dif­fu­sé ven­dre­di (30/8/13) la der­nière de la ving­taine d’émissions de Michel Onfray consa­crées à « L’autre pen­sée 68 ». Ce volet a sur­tout por­té sur le phi­lo­sophe Hen­ri Lefebvre, puis sur les situa­tion­nistes qui en sont en grande par­tie les héri­tiers. Les­quels « situs » n’ayant jamais comp­té guère plus qu’une ving­taine de membres estam­pillés, dont l’histoire n’en retien­dra que deux, Guy Debord et Raoul Vanei­gem.

1debord

Guy Debord

 

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Raoul Vanei­gem

Deux seule­ment, mais leur influence fut grande : autour de 68, plu­tôt avant que pen­dant ; et sur­tout après et jusqu’à nos jours où leurs ana­lyses ont fini par dif­fu­ser bien au delà de leurs sphères ini­tiales, non sans subir leurs lots de « retrai­te­ment », trans­for­ma­tions, trans­mu­ta­tions, récu­pé­ra­tions.

Mais « il en reste quelque chose » assu­ré­ment, et c’est pré­ci­sé­ment ce que Michel Onfray s’est pro­po­sé de faire res­sor­tir devant ses fidèles et concen­trés audi­teurs de l’Université popu­laire de Caen (Argen­tan en fait) avec ses cours désor­mais fameux, d’autant plus que France Culture les dif­fuse chaque été depuis plu­sieurs années. Si vous avez raté cette série, elle reste télé­char­geable par le biais du « pod­cast » – mais atten­tion ! pen­dant quinze jours seule­ment après leur dif­fu­sion. (Début le 29 juillet ici : http://www.franceculture.fr/emission-contre-histoire-de-la-philosophie-saison-11-l-esprit-de-mai-2013-07-29)

Debord – Vanei­gem, deux volets autour d’un même pivot, qui n’est même pas le situa­tion­nisme. Car en tant que « sys­tème », voire d’idéologie, le situa­tion­nisme n’existe pas ; il n’y a en effet que « des » situa­tion­nistes, pen­seurs cri­tiques d’un monde tra­vaillant à sa perte. En l’occurrence, deux êtres que « tout » oppose, qui se ren­contrent pour­tant dans une conjonc­tion intel­lec­tuelle et évé­ne­men­tielle, dans une époque de fin de règne et une révo­lu­tion bien­tôt matée dans une néo-nor­ma­li­té qui va deve­nir le libé­ra­lisme, réel héri­tier de Mai-68.

L’un, Debord, tra­vaille sur­tout à sa légende et, pour cela, s’emploie à recy­cler de grands ancêtres : Lau­tréa­mont, Rim­baud, Isi­dore Isou, les dadaïstes, let­tristes et sur­réa­listes, plus tard, le groupe Socia­lisme ou Bar­ba­rie. Il tra­vaille aus­si à ce qu’on tra­vaille pour lui – sa femme, qui pige pour un jour­nal hip­pique, son riche  beau-père ; puis l’éditeur Gérard Lei­bo­vi­ci (Champ libre), bonne for­tune éga­le­ment…

Debord est prin­ci­pa­le­ment l’homme d’un livre, La Socié­té du spec­tacle, dont la thèse a le plus sou­vent été réduite à la cri­tique du monde de la repré­sen­ta­tion et du paraître à tra­vers les médias en tous genres. La por­tée de la réflexion de Debord va bien au delà, par­tant de l’analyse de Marx sur la mar­chan­dise et son féti­chisme. Selon la pra­tique favo­rite des situs, celle du détour­ne­ment (d’ailleurs inven­tée par Isi­dore Ducasse, Lau­tréa­mont), Debord avance que  le spec­tacle est deve­nu le nou­veau visage du capi­tal ; il étend ensuite la notion de spec­tacle à celle de la sépa­ra­tion, axio­ma­tique chez les situs. Elle atteint l’individu alié­né qui a sépa­ré son être de l’action – quand il agit encore – deve­nant ain­si le propre spec­ta­teur de son renon­ce­ment au sta­tut d’homme libre.

C’est vite dit, s’agissant d’un livre riche, à la lec­ture cepen­dant dérou­tante, dans une langue qui frise le sabir et se répan­dra de même dans les douze numé­ros de la revue L’Internationale situa­tion­niste.

Debord s’est aus­si beau­coup voué au ciné­ma, ou plu­tôt à son détour­ne­ment par sub­sti­tu­tion des dia­logues ou  par des incrus­ta­tions.

Son alcoo­lisme chro­nique et la mala­die l’amènent à se sui­ci­der en 1994, à 62 ans.

Il est le fon­da­teur en 1957 de l’Internationale situa­tion­niste (IS), que Raoul Vanei­gem rejoin­dra de 1961 à 1970.

Vanei­gem (né en 1934)), c’est l’autre situ et, jusqu’à un cer­tain point théo­rique, l’alter ego de Debord. Il sera par­tie pre­nante de la cri­tique de la mar­chan­dise et de la révo­lu­tion radi­cale devant en décou­ler. Jusqu’à un cer­tain point seule­ment, tant les ori­gines, les carac­tères et les che­mi­ne­ments des deux hommes ne pou­vaient mener qu’à leurs diver­gences. Ain­si, les posi­tions réso­lu­ment hédo­nistes de Raoul Vanei­gem, expo­sées dès 1967 dans Le Trai­té de savoir-vire à l’usage des jeunes géné­ra­tions, ne pou­vaient – au-delà d’un goût com­mun pour la bou­tanche – qu’éloigner les deux hommes. L’un optait pour le vivant, l’autre pour un radi­ca­lisme aus­si révo­lu­tion­naire que théo­rique – le bio­phile oppo­sé au tha­na­to­phile, ain­si que les qua­li­fie Onfray, en réfé­rence notam­ment à Wil­helm Reich. La cas­sure était pro­gram­mée, tout comme déjà elle avait scin­dé en deux la Révo­lu­tion fran­çaise, au pro­fit de la Ter­reur et des robes­pier­ristes – cli­vage qui tra­verse tou­jours les champs poli­tiques d’aujourd’hui.

C’est pour­quoi ces feuille­tons d’Onfray sur « L’autre pen­sée 68 », tout comme le mou­ve­ment de 68 lui-même, irriguent puis­sam­ment nos actuels et éter­nels débats, débats qui, n’empêche, consti­tuent le sel des pro­ces­sus démo­cra­tiques. En France encore, mais aus­si bien au-delà dans ce monde atteint par la peste libé­ra­liste ou sa variante inté­griste des reli­gions. Dans quel sens se dirige le « pro­grès » ? – selon l’analyse qu’on en fait, le conte­nu qu’on lui donne, selon qu’il s’érige à son tour, ou non, en nou­velle reli­gion.


Marseille. L’ « affaire Guetta » ou le trouble d’une gestion municipale

L’annulation à Mar­seille du concert de Guet­ta à 400 000 euros ne doit pas cacher le carac­tère plus que trouble de la ges­tion muni­ci­pale. C’est ce que rap­pelle le com­mu­ni­qué sui­vant du Com­man­do Anti-23 juin exi­geant des expli­ca­tions sur les pra­tiques pour le moins anti-démo­cra­tiques des élus.

 

Nous avons fait réagir David Guet­ta : l’ampleur de notre mou­ve­ment a ame­né le DJ à annon­cer hier dans un com­mu­ni­qué qu’il annu­lait son concert au Parc Boré­ly … pour en tenir un autre non sub­ven­tion­né au Dôme.

Depuis plu­sieurs semaines, notre mobi­li­sa­tion excep­tion­nelle a fait beau­coup par­ler d’elle dans les médias. Il y a quelques jours, vous avez contraint le maire à répondre à vos publi­ca­tions sur Face­book et Twit­ter en s’engageant à redis­cu­ter cette sub­ven­tion. Cette déci­sion de David Guet­ta est une pre­mière vic­toire, mais c’est une vic­toire amère.

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Dali même pas mort : il parle encore

Dali_Allan_Warren

Dali à l’hôtel Meu­rice, 1972.. Ph. Allan War­ren (GNU Free Docu­men­ta­tion License)

Des­ti­né à la Revue Sex­pol, l’entretien devait tour­ner autour de la sexua­li­té et de la poli­tique. Il s’enroula évi­dem­ment autour de Dali… comme on peut le lire ci-des­sous, ain­si que dans l’encadré situant le contexte.

L’interview ne fut fina­le­ment pas publiée dans Sex­pol mais parut dans plu­sieurs quo­ti­diens lors de la mort de Dali, en jan­vier 1989.  Il y a peu, j’en ai retrou­vé la retrans­crip­tion sur une vieille dis­quette. D’où l’idée de la publier ici, tan­dis que l’exposition Dali fait un tabac au centre Pom­pi­dou à Paris (jan­vier 213).

• Vous avez dit : « Le sur­réa­lisme c’est moi »...

– Sal­va­dor Dali : ...Oui, comme Louis XIV disait « L’État c’est moi »...

• ...Doit-on en conclure que l’hyperréalisme c’est encore plus vous ?...

– Ce qui m’intéresse, c’est de finir de deve­nir Dali. A cinq ans, je vou­lais deve­nir cui­si­nier puis, un peu plus tard, Napo­léon. Main­te­nant, deve­nir Dali c’est le plus dif­fi­cile de tout !

• Avez-vous la pré­ten­tion d’y par­ve­nir ?

– Je m’en approche.

• Par­lons sexua­li­té : quels rap­ports pou­vez-vous éta­blir entre, d’une part, la corne du rhi­no­cé­ros et la pointe de votre mous­tache; d’autre part, entre la pointe d’un pin­ceau et votre bite ?

– C’est très simple : ça [dési­gnant sa mous­tache], ce n’est pas loga­rith­mique, alors que la corne du rhi­no­cé­ros est la corne divine, et donc  loga­rith­mique. Quant au sexe, c’est très clair : l’image entre par l« œil et s’écoule par la pointe du pin­ceau.

• Votre mous­tache, elle, ne serait donc pas divine ?!

– Non: elle est for­mée  avec de la cire; elle n’a pas la courbe loga­rith­mique.

•  Vous avez dit aus­si qu’à une époque la mas­tur­ba­tion était pour vous une « bitte d’amarrage »...

– Bien au contraire, je me suis mas­tur­bé très très tard, mais ça m’a beau­coup inté­res­sé après. Et j’ai peint Le Grand mas­tur­ba­teur.

• Et aujourd’hui qu’est-ce qui vous inté­resse ?

– Main­te­nant ? C’est René Thom, que je vais voir demain ou après-demain; c’est lui qui a inven­té la théo­rie des catas­trophes; c’est des mathé­ma­tiques.

[Télé­phone : « Allo, vous vous sou­ve­nez du divin Dali avec des mous­taches et tout ça ? ...Il faut refaire notre ami­tié... »]

• On vous a vu par­ti­ci­per à une émis­sion avec le phi­lo­sophe et bio­lo­giste Sté­phane Lupas­co. A l’évidence, la science vous inté­resse. Que vous apporte-t-elle ?

– Comme vous savez, j’ai été l’un des pre­miers à par­ler de l’acide désoxy­ri­bo­nu­cléique; et tout le monde croyait que c’était un canu­lar. J’ai pour­tant eu l’honneur de ren­con­trer James Wat­son qui, le pre­mier, était par­ve­nu à repré­sen­ter la double spi­rale de l’ADN. Je ne suis pas un homme de science mais je suis ter­ri­ble­ment inté­res­sé par toutes ces ques­tions.

[...]

• Qu’entendez-vous par droite ?

– Monar­chiste ! Mais dans l’ensemble cette atti­tude n’est pas expri­mée méta­phy­si­que­ment à cause de l’ignorance des décou­vertes de la bio­lo­gie moderne.

• Pour vous, ce sont les lois bio­lo­giques qui vous amènent à nier la notion de liber­té au sens méta­phy­sique du mot...

– ... Exact...

• ... et à vous rap­pro­cher du sys­tème monar­chique.

– C’est cela et la théo­rie de Thom selon laquelle tout est déter­mi­né mathé­ma­ti­que­ment, même n’importe quelle forme. La mathé­ma­tique est une cos­mo­go­nie.

• Vous avez bien écrit que vous ne croyez pas à la notion de liber­té ?

– Je suis contre  la liber­té. Je l’ai écrit. Qu’est ce que la liber­té ? C’est l’informe. Même la rose pousse dans une pri­son. C’est la coer­ci­tion, la pres­sion et les limites qui créent la beau­té. La liber­té c’est la voie tor­due. C’est dans l’univers de l’Inquisition qu’ont été pro­duites les choses les plus exerces. Par exemple, concer­nant le sexe, les pro­duc­tions mille fois plus éro­tiques sont celles qui sont pla­cées dans les formes qua­si­ment allé­go­riques – beau­coup plus puis­santes du point de vue mor­pho­lo­gique ; la mor­pho­lo­gie sexuelle est alors une sorte d’ornementation.

• On retrouve là, dans ce que vous venez de dire, votre sou­ci obses­sion­nel de retar­der au maxi­mum la réa­li­sa­tion d’un désir, son actua­li­sa­tion.

– Oui. La preuve, c’est quand, après ma pro­me­nade au musée, je retar­dais le plus pos­sible le moment de boire de l’eau ; je tour­nais autour du lava­bo, je fai­sais cou­ler de l’eau.

• C’était du maso­chisme ?

– Natu­rel­le­ment, puisqu’il y avait une cou­ronne de roi et que les épines et les trois épingles me fai­sait un mal terrr­rible.

• Ça a tou­jours été une constante dans votre conduite ?

– J’ai fait cadeau à Gala d’un châ­teau gothique et elle m’a dit qu’elle l’acceptait à la seule condi­tion : que je ne lui rende jamais visite, sauf avec une invi­ta­tion écrite.

• Ce qui res­sort de vos pro­pos sur la sexua­li­té, c’est que vous par­lez de volon­té, d’ascèse, de refou­le­ment, etc. Ne croyez-vous pas que l’acte sexuel est avant tout un aban­don, un aban­don au flux natu­rel bio­lo­gique ?

– Mais jus­te­ment, il faut se conte­nir. C’est-à-dire qu’à chaque époque de créa­tion il faut s’abstenir de se mas­tur­ber, de faire l’amour, et cae­te­ra. Il faut cana­li­ser tout dans l’œuvre artis­tique.

• Vous êtes donc très freu­dien à cet égard ; vous esti­mez que la répres­sion de la sexua­li­té est un fac­teur de civi­li­sa­tion...

-... et de créa­ti­vi­té. Parce qu’autrement on fait des choses anti-éro­tiques. C’est pour ça que tous les artistes, tous les peintres ont peint comme moi, en cana­li­sant leur libi­do.

• Tout à l’heure vous disiez qu’on avait pris pour un canu­lar vos décla­ra­tions sur l’ADN. Je me demande s’il ne se passe pas la même chose  pour votre « méthode para­noïa-cri­tique » ; c’est-à-dire qu’on ne la prend pas au sérieux – ce qui lui convient bien d’ailleurs, mais...

– ... Ça, après qua­rante ans de pra­tique de cette méthode, ce sont des choses à défi­nir : c’est la méthode sys­té­ma­tique d’interprétation cri­tique des phé­no­mènes déli­rants.

• Comme toute méthode elle peut se retour­ner – c’est là que je vou­lais en venir : la « méthode para­noïa-cri­tique » exige un regard exté­rieur, une par­ti­ci­pa­tion col­lec­tive. D’un autre côté, elle ne vous rend pas for­cé­ment ce que vous en atten­dez : la plu­part des gens, la plu­part de vos spec­ta­teurs, vous consi­dèrent à la fois comme fas­ci­nant – du point de vue spec­ta­cu­laire – et repous­sant du point de vue de l’excentricité, qu’ils ne sup­portent pas. Je pense qu’ils auraient ten­dance à vous consi­dé­rer comme un peintre de génie et un vision­naire médiocre.

– C’est le contraire !

• Oui, c’est ce que vous pré­ten­dez.

– Pour être un bon peintre, je suis trop intel­li­gent et par contre je suis un cos­mo­logue  : j’ai une concep­tion du monde très supé­rieure à celle des autres.

Pro­pos recueillis par Gérard Pon­thieu en jan­vier 1989, à l’hôtel Meu­rice, à Paris. 

Excen­trique, méga­lo­mane, mytho­mane, mys­ti­fi­ca­teur…

…Fou, para­no„ cupide, mys­tique.

…Déli­rant, anar­chiste, fas­ci­nant, fas­ciste.

…Obsé­dé, sado-maso­chiste.

…Vul­gaire, banal, génial.

Sal­va­dor Dali était tout cela et le contraire, comme un mal­strom innom­mable où s’engouffraient gran­deur et déca­dence de l’humanité. Dans ce tour­billon mêlant les immon­dices aux pépites d’or, Dali pra­ti­quait l’art tel un alchi­miste : à coups de sym­boles et de mys­tères, d’invocations et de suf­fo­ca­tions. Et c’est bien ce qui pou­vait le rendre fas­ci­nant et insup­por­table. Son rap­port intime à la contra­dic­tion – à la sienne propre, et culti­vée comme un sys­tème, autant qu’à celle du monde -, sa manière de jouer et de se jouer de l’irrationnel ali­men­taient avec fougue ce qu’il appe­lait son délire créa­tif. Artiste, Dali ? On en dis­cu­te­rait à perte de vue d’esthète. Mais au moins s’était-il appli­qué à faire de sa vie, selon le mot de Gide, « une œuvre d’art ». De cela encore on pour­rait dis­cu­ter... en esthète. Mais Dali, lui, en avait pris le par­ti – le seul qu’il embras­sât vrai­ment, non sans avoir goû­té aux amer­tumes des idéo­lo­gies.

S’il s’engagea quelque part, ce fut dans les rangs peu fré­quen­tés du mou, du vis­queux, du mer­deux. Il se délec­ta ain­si du « mau­vais goût » par dégoût du bon goût bour­geois. Il y pui­sa une force pro­vo­ca­trice redou­table qui ne lais­sait à ses vic­times que la pos­si­bi­li­té de payer. Dali ten­tait d’échapper à l’enfermement des sys­tèmes, le sien y com­pris qu’il trans­muait en or par vic­times inter­po­sées – celles qui croyaient se mettre du bon côté de la fron­tière du goût et qui, pour cela,  payaient très cher un pas­seur nom­mé Dali.

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Edgar Morin : « En 2013, il faudra plus encore se méfier de la docte ignorance des experts »

Ça ne se fait pas de publier sans auto­ri­sa­tion un texte venu d’ailleurs. Si ! la preuve : ce texte d’Edgar Morin paru dans Le Monde du 2 jan­vier. Morin comme pen­seur du bien com­mun, se doit de cir­cu­ler dans les sphères de la pen­sée com­mune, notam­ment les blogs. De plus, comme pen­seur de la com­plexi­té, il sait aus­si – tou­jours au nom du bien com­mun – les exi­gences de la sim­plexi­té : rendre simple ladite com­plexi­té.

Donc, ci-des­sous : l’article d’Edgar Morin, titré « En 2013, il fau­dra plus encore se méfier de la docte igno­rance des experts ». Sui­vi de mon grain de sel.

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© faber

« Hélas, nos diri­geants semblent tota­le­ment dépas­sés : ils sont inca­pables aujourd’hui de pro­po­ser un diag­nos­tic juste de la situa­tion et inca­pables, du coup, d’apporter des solu­tions concrètes, à la hau­teur des enjeux. Tout se passe comme si une petite oli­gar­chie inté­res­sée seule­ment par son ave­nir à court terme avait pris les com­mandes. » (Mani­feste Roo­se­velt, 2012.)

« Un diag­nos­tic juste » sup­pose une pen­sée capable de réunir et d’organiser les infor­ma­tions et connais­sances dont nous dis­po­sons, mais qui sont com­par­ti­men­tées et dis­per­sées.

Une telle pen­sée doit être consciente de l’erreur de sous-esti­mer l’erreur dont le propre, comme a dit Des­cartes, est d’ignorer qu’elle est erreur. Elle doit être consciente de l’illusion de sous-esti­mer l’illusion. Erreur et illu­sion ont conduit les res­pon­sables poli­tiques et mili­taires du des­tin de la France au désastre de 1940 ; elles ont conduit Sta­line à faire confiance à Hit­ler, qui faillit anéan­tir l’Union sovié­tique.

Tout notre pas­sé, même récent, four­mille d’erreurs et d’illusions, l’illusion d’un pro­grès indé­fi­ni de la socié­té indus­trielle, l’illusion de l’impossibilité de nou­velles crises éco­no­miques, l’illusion sovié­tique et maoïste, et aujourd’hui règne encore l’illusion d’une sor­tie de la crise par l’économie néo­li­bé­rale, qui pour­tant a pro­duit cette crise. Règne aus­si l’illusion que la seule alter­na­tive se trouve entre deux erreurs, l’erreur que la rigueur est remède à la crise, l’erreur que la crois­sance est remède à la rigueur.

L’erreur n’est pas seule­ment aveu­gle­ment sur les faits. Elle est dans une vision uni­la­té­rale et réduc­trice qui ne voit qu’un élé­ment, un seul aspect d’une réa­li­té en elle-même à la fois une et mul­tiple, c’est-à-dire com­plexe.

Hélas. Notre ensei­gne­ment qui nous four­nit de si mul­tiples connais­sances n’enseigne en rien sur les pro­blèmes fon­da­men­taux de la connais­sance qui sont les risques d’erreur et d’illusion, et il n’enseigne nul­le­ment les condi­tions d’une connais­sance per­ti­nente, qui est de pou­voir affron­ter la com­plexi­té des réa­li­tés.

Notre machine à four­nir des connais­sances, inca­pable de nous four­nir la capa­ci­té de relier les connais­sances, pro­duit dans les esprits myo­pies, céci­tés. Para­doxa­le­ment l’amoncellement sans lien des connais­sances pro­duit une nou­velle et très docte igno­rance chez les experts et spé­cia­listes, pré­ten­dant éclai­rer les res­pon­sables poli­tiques et sociaux.

Pire, cette docte igno­rance est inca­pable de per­ce­voir le vide effrayant de la pen­sée poli­tique, et cela non seule­ment dans tous nos par­tis en France, mais en Europe et dans le monde.

Nous avons vu, notam­ment dans les pays du « prin­temps arabe », mais aus­si en Espagne et aux États Unis, une jeu­nesse ani­mée par les plus justes aspi­ra­tions à la digni­té, à la liber­té, à la fra­ter­ni­té, dis­po­sant d’une éner­gie socio­lo­gique per­due par les aînés domes­ti­qués ou rési­gnés, nous avons vu que cette éner­gie dis­po­sant d’une intel­li­gente stra­té­gie paci­fique était capable d’abattre deux dic­ta­tures. Mais nous avons vu aus­si cette jeu­nesse se divi­ser, l’incapacité des par­tis à voca­tion sociale de for­mu­ler une ligne, une voie, un des­sein, et nous avons vu par­tout de nou­velles régres­sions à l’intérieur même des conquêtes démo­cra­tiques

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Le menhir d’Obélix cachera-t-il la forêt de l’évasion fiscale ? par Attac

imagesLe départ en exil fis­cal d’Obélix-Gérard Depar­dieu sus­cite une légi­time levée de bou­cliers. Mais la polé­mique entre­te­nue par les décla­ra­tions du Pre­mier ministre et du ministre du Tra­vail ne risque-t-elle pas de faire oublier les éclair­cis­se­ments atten­dus concer­nant l’affaire du compte suisse du ministre du bud­get, Jérôme Cahu­zac, révé­lée par Média­part ? En tout cas la polé­mique ne sau­rait dédoua­ner les auto­ri­tés fran­çaises, qui n’ont guère pris d’initiatives fortes contre l’évasion fis­cale. Attac pro­pose cinq mesures clés qui per­met­traient à la France de réta­blir sa cré­di­bi­li­té dans ce domaine.
Après l’affaire Woerth-Bet­ten­court, les soup­çons qui pèsent sur le ministre du Bud­get Jérôme Cahu­zac concer­nant son usage d’un compte à l’Union des Banques Suisses (UBS) entachent à nou­veau la cré­di­bi­li­té de l’administration fis­cale à son plus haut niveau. Pour mon­trer sa réelle déter­mi­na­tion dans ce domaine la France doit sans délai :
– éta­blir une liste cré­dible des para­dis fis­caux, en lien avec les asso­cia­tions spé­cia­li­sées ;
– exi­ger la com­mu­ni­ca­tion de l’identité de tous les res­sor­tis­sants fran­çais déten­teurs de comptes dans les para­dis fis­caux, à com­men­cer par la Suisse : l’administration des États-Unis l’a impo­sé à UBS en 2010, démon­trant qu’il suf­fit d’une volon­té poli­tique.
– don­ner 12 mois aux banques opé­rant en France pour fer­mer leurs filiales dans ces ter­ri­toires, sous menace de retrait de la licence ban­caire. Selon l’étude de réfé­rence du CCFD-Terre Soli­daire, les banques fran­çaises ont 527 filiales dans les para­dis fis­caux dont 360 pour la seule BNP Pari­bas !
– embau­cher sous 12 mois au moins 1000 agents de contrôle fis­cal pour ren­for­cer les 5000 véri­fi­ca­teurs actuel­le­ment en poste: cha­cun d’entre eux rap­porte 2,3 mil­lions d’euros par an à l’Etat grâce aux redres­se­ments fis­caux opé­rés, soit 40 fois le mon­tant de son trai­te­ment !
– s’engager for­te­ment auprès des orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales (OCDE, G20...) en faveur du « repor­ting par pays » [1] pour les mul­ti­na­tio­nales, seul outil effi­cace pour lut­ter contre l’évasion fis­cale qui per­met à Total ou Google de ne payer qua­si­ment aucun impôt sur les béné­fices.
Attac France,
Paris, le 17 décembre 2012
[1] Le repor­ting par pays oblige les mul­ti­na­tio­nales à rendre trans­pa­rents le volume d’activité éco­no­mique réelle, les pro­fits et les impôts qu’elles payent dans cha­cun des pays où elles sont implan­tées. Il limite for­te­ment les pos­si­bi­li­tés d’évasion fis­cale.

Depardieu. Plus minable que misérable

G_Depardieu_2010L” « affaire Depar­dieu », puisque c’en est une, suit son enflure média­tique. Ain­si dans Libé. Plus de 2.000 com­men­taires (dont des gra­ti­nés car­ré­ment fachoïdes) suite aux der­nières décla­ra­tions de celui qui incar­na Jean Val­jean dans un télé­film. Ayant tour­né dans Les Misé­rables, il se vexe de se trou­ver enrô­lé dans Les Minables. Dans sa lettre ouverte au pre­mier ministre (JDD du jour) il en appelle à son pas­sé de pro­lo, rap­pe­lant avoir com­men­cé à tra­vailler « à 14 ans comme impri­meur, comme manu­ten­tion­naire puis comme artiste dra­ma­tique ». Il pré­cise avoir payé «en 2012 85% d’impôts sur (ses) reve­nus», et «  145 mil­lions d’euros d’impôts en 45 ans, je fais tra­vailler 80 per­sonnes (...) Je ne suis ni à plaindre ni à van­ter, mais je refuse le mot « minable »».

Il peut tou­jours refu­ser, il n’en demeure pas moins qu’un misé­rable, au sens de Vic­tor Hugo n’est pas for­cé­ment un minable. Tan­dis qu’un minable n’est pas non plus tou­jours un misé­rable. Ça peut même être un richis­sime à qui l’impôt répu­bli­cain (de la chose publique),  au nom de plus d’équité entre les citoyens, et par la redis­tri­bu­tion, demande une contri­bu­tion. D’où les contri­bu­tions directes et indi­rectes. D’où la pro­gres­si­vi­té de l’impôt : plus vous avez de ren­trées, plus vous êtes impo­sé. Au maxi­mum jusqu’à 75 %, là où feu le « bou­clier fis­cal » du Bien­fai­teur des riches limi­tait la pré­lè­ve­ment à 50 %.

Je me sou­viens, à ce pro­pos, avoir rele­vé la réac­tion indi­gnée d’un Fin­kiel­kraut, sur la radio publique, volant au secours du pré­le­vé : « Il donne la moi­tié de son man­teau, tout de même !  » D’abord, il ne donne pas – n’est pas saint-Mar­tin qui veut… Ensuite, il y a un abîme entre le fait de don­ner un euro quand on n’en a que deux, et celui de se faire appe­ler à un devoir de soli­da­ri­té par une contri­bu­tion d’un mil­lion d’euros sur deux mil­lions de reve­nus.

Dans un cas, il vous reste un euro, dans l’autre un mil­lion !

Ain­si donc, même en ayant payé 85 % d’impôts sur le reve­nu (tranche qui n’existe pas…), Depar­dieu peut conti­nuer à vivre sans chan­ger son grand train de vie (quitte à vendre son hôtel de Cham­bon, dans le 6e arron­dis­se­ment de Paris, 1 800 m², esti­mé à 50 mil­lions d’euros). Ou bien, il a un tel appé­tit d’ogre qu’il se voit tenu de se faire invi­ter à des tables de dic­ta­teurs, genre Kha­di­rov, le bou­cher tchét­chène, à l’occasion de son mariage  à Groz­ny ; ou bien lors d’un autre mariage, déci­dé­ment, celui de la fille de Kari­mov, pré­sident facho de l’Ouzbékistan…

L’avidité le ren­dant aveugle à la détresse rava­geuse, Depar­dieu se place en vic­time d’un « sys­tème » qui, selon lui, dénie­rait le talent. Minable argu­men­ta­tion !  s’agissant de soli­da­ri­té et d’éthique.

S’agissant de cette décence com­mune chère à George Orwell et par laquelle l’écrivain saluait cette facul­té du genre humain à l’entraide.

Depar­dieu aura som­bré dans l’indécence com­mune, y rejoi­gnant la cohorte des innom­brables som­mi­tés du show­biz, dans les para­dis fis­caux où ils jouissent à l’ombre du dieu Fric.

Qu’il eût été plus talen­tueux, sinon grand « notre Gégé » en s’empêchant cette bas­sesse. En refu­sant de jouer dans un tel navet, si bas dans l’affiche des nan­tis.

Minable, oui, j’ai bien dit minable.


Porno-misère, autre genre télévisuel

Comme des mil­lions d’autres, je me branche chaque soir ou presque sur le jour­nal télé, celui de France 2. Ailleurs, ça doit être pareil, toutes chaînes confon­dues, dans un sys­tème com­mun où le spec­tacle domine. Donc, on étend un regard voyeur sur la scène mon­diale – enfin, de cette par­tie super­fi­cielle du monde relié au sys­tème tech­nique média­tique. Le réseau tisse sa toile en éten­dant son emprise à fina­li­té mar­chande ; c’est pour­quoi il n’y tra­vaille qu’en sur­face, ou à la crête des aspé­ri­tés, sur­tout pas en pro­fon­deur.

 

Donc, hier soir, comme les autres soirs, « mon » JT pré­sen­tait « sa » séquence « émo­tions ». Aujourd’hui, rayon pau­vre­té, voi­ci Fabienne, jeune mère céli­ba­taire, cais­sière à 800 euros par mois, qui ne peut plus payer sa fac­ture d’électricité. Larmes le long de la joue.

– Salauds de riches !
– Cause tou­jours ! Des­sin de Faber ©

 

La veille, rayon « illet­trisme », ces tra­vailleurs en fait qua­si anal­pha­bètes, se retrou­vant en appren­tis­sage basique, avec des méca­niques intel­lec­tuelles grip­pées, appe­lant des efforts dou­lou­reux. Cet homme est mon­tré de près, la camé­ra scrute, tra­vaille à la loupe, de son œil de rapace. Le visage se prête si bien à l’exploration, l’homme est un peu rustre, c’est un pro­lo « brut de décof­frage » ; pour un peu on irait avec l’endoscope, fouiller jusque dans ses tripes. Il résiste, l’homme autop­sié par la camé­ra, il veut faire bonne figure, sou­rit, croit domi­ner le ric­tus. Il parle de son fis­ton, qu’après il pour­ra même aider à ses devoirs. Et sou­dain éclate en san­glots. Et la camé­ra qui insiste, le pour­suit, le traque.

 

La Crise a ouvert tout grand le champ de la misère à ces ter­ro­ristes modernes, l’œil de rapace rivé au viseur, mitraillant en silence, ne lâchant pas la proie, qu’ils téta­nisent, qu’ils médusent par­fois d’un regard obs­cène de cyclope.

 

Tels sont ces por­no­graphes adeptes du gros plan, mon­trant des nez, des yeux, des rides comme on exhibe des bites et des chattes.

 

Qui isolent la par­tie du tout afin d’en extraire la larme intime, la perle lumi­neuse du monde en dérive et en spec­tacle.

 

Qui nous trans­forment en voyeurs, culpa­bi­li­sés ou jouis­seurs secrets de nos pri­vi­lèges, com­pa­tis­sants jusqu’à la séquence sui­vante – une vedette, un spor­tif – qui fera aus­si­tôt oublier celle-ci.

 

Et avant-hier, encore, c’était cet ouvrier agri­cole meur­tri par sept années en pri­son sous l’accusation men­son­gère de viol. Pleurs ren­trés.

 

Et ce soir, de quelles larmes la fameuse « séquence émo­tions » nour­ri­ra-t-elle l’interminable feuille­ton de cette lita­nie télé/visuelle – vue à dis­tance, de loin, hors contexte, si peu poli­tique ?

 

Enfants-mar­tyrs, ou enfants-sol­dats ; Noël du « sdf » ; mamie sans famille à l’hospice… La réserve sociale des dému­nis, des lais­sés pour compte est inépui­sable. Elle peut même, au besoin, se gros­sir de la détresse ani­male. Atten­tion cepen­dant à bien en « gérer les richesses » télé/géniques. Cette éco­no­mie-là aus­si est déli­cate. Rien ne serait plus contre-pro­duc­tif qu’un abus dans ce domaine ; comme dans tout autre – celui du luxe, par exemple, son pen­dant symé­trique. Ain­si, en fait-on des kilos, c’est le cas de le dire, avec un Depar­dieu pseu­do-exi­lé, visant à sous­traire au fisc du pays qui l’a fait roi – des riches et des cons – 1,4% de son immense for­tune. Minable, va ! Oui, mais il nous emmerde, le minable, du haut de sa Tour d’Argent comme nous le montre si bien Faber et son des­sin ci-contre.

 

L’essentiel étant, tout de même, que les injus­tices res­tent assez sup­por­tables pour qu’on sup­porte l’Injustice.


Montauban-Toulouse et les prédictions d” « Isidore »

 Je ne sais qui est cet « Isi­dore » qui a dépo­sé hier sur ce blog un com­men­taire sur l’affaire Mon­tau­ban-Tou­louse. Mais le lien qu’il a ajou­té mène à son blog, La Gnos­tie d’Isidore, où l’on peut lire ce qui suit, daté du 23 février der­nier, sous le titre « Pré­dic­ti­vi­té ». Pro­pos que je lui emprunte sans hési­ter (et sans son avis…).

Prédictivité

Hélas, chers amis, nous aurons notre petit atten­tat, peut-être pas trop san­glant, en France, pour cor­ro­bo­rer le carac­tère sécu­ri­taire néces­saire à notre cher pays de liber­té, dont ont besoin notre indus­trie, la pro­tec­tion des riches, celle de leur moral et tout bon­ne­ment cette repous­sante morale sociale, afin de domp­ter, par la force des matraques et autres armes de conten­tion des masses telles que décrets et lois ad hocdont on nous a don­né l’habitude, dans les 45 jours qui viennent, à peu de chose près. C’est abso­lu­ment néces­saire pour éle­ver le nabot à nou­veau aux hau­teurs de sa tâche : les esprits sont beau­coup trop revêches sinon même rebelles.Les pleur­ni­cha­de­ries qu’on nous montre et qu’on vou­drait des pan­se­ments à des manques et mal­ver­sa­tions volon­taires, tournent trop à la rigo­lade ou l’odeur de vinaigre et n’y suf­fissent plus, tant elles ont le pesant de la cré­di­bi­li­té d’un cour­tier ; ses déci­sions de der­niers ins­tants se vou­draient vrai­ment convain­cantes, à la manière d’un cache-sexe sans devant ni der­rière, et d’une radi­ca­li­té qui sort après quatre métros de retard ; ses révoltes contre l’état de fait qu’on a soi-même ins­tau­ré par ses ins­ti­tu­tions sau­mâtres et qu’on a impo­sées à coups de ren­forts bleu-marine et de coques pare-balles, de casques et de gaz lacry­mo­gènes, d’interdits à la libre-cir­cu­la­tion sous des pré­textes sécu­ri­taires qui ne consistent qu’à se pro­té­ger soi de la popu­lasse qu’on abhorre lorsqu’elle vous contre­dit, sentent exces­si­ve­ment l’hilarité osten­ta­toire, s’il ne s’agissait que d’accélérer notre désap­poin­te­ment devant tant de vergogne.Il faut s’attendre donc à une gou­ver­nance par le choc socialqui se pra­tique dans l’invention d’une ter­reur dont l’objet est de vous atteindre au ventre, là où on veut vous esbaudir.Je sou­haite sim­ple­ment, devant cet inévi­table « impos­sible » que les gens res­te­ront affec­ti­ve­ment calmes et pen­se­ront et com­pren­dront qu’à nou­veau, un coup sera por­té à leur désir de mieux être et ne défailli­ront pas sous ce choc des­ti­né à détrô­ner pour que vous le cachiez comme un tré­sor qui n’a plus à être décou­vert, ce qu’ils ont de plus cher, de plus vivant, de plus radieux et de plus incer­tain : la LIBERTÉ.

Publié par , 23 février 2012


Le fragile portrait du joueur de l’ego

 

 «Si les Fran­çais devaient ne pas me faire confiance, est-ce que je devrais conti­nuer dans la vie poli­tique, la réponse est non.» Et le pré­sident sor­tant, maire de Neuilly à 28 ans, d’ajouter : «Ces car­rières qui n’en finissent pas, cela abou­tit à des jeunes qui ne peuvent pas mon­ter. Si tel n’est pas votre choix, je m’inclinerai et j’aurai fait une très belle vie poli­tique.»

© Por­trait signé Alain Le Quer­nec, gra­phiste à Quim­per http://alainlequernec.fr


Si Sar­ko­zy n’est pas réélu, il arrête la poli­tique par war­rant


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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