On n'est pas des moutons

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Marseille. L’ « affaire Guetta » ou le trouble d’une gestion municipale

L’annulation à Mar­seille du concert de Guetta à 400 000 euros ne doit pas cacher le carac­tère plus que trouble de la ges­tion muni­ci­pale. C’est ce que rap­pelle le com­mu­ni­qué sui­vant du Com­mando Anti-23 juin exi­geant des expli­ca­tions sur les pra­tiques pour le moins anti-démocratiques des élus.

 

Nous avons fait réagir David Guetta : l’ampleur de notre mou­ve­ment a amené le DJ à annon­cer hier dans un com­mu­ni­qué qu’il annu­lait son concert au Parc Borély … pour en tenir un autre non sub­ven­tionné au Dôme.

Depuis plu­sieurs semaines, notre mobi­li­sa­tion excep­tion­nelle a fait beau­coup par­ler d’elle dans les médias. Il y a quelques jours, vous avez contraint le maire à répondre à vos publi­ca­tions sur Face­book et Twit­ter en s’engageant à redis­cu­ter cette sub­ven­tion. Cette déci­sion de David Guetta est une pre­mière vic­toire, mais c’est une vic­toire amère.

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Dali même pas mort : il parle encore

Dali_Allan_Warren

Dali à l’hôtel Meu­rice, 1972.. Ph. Allan War­ren (GNU Free Docu­men­ta­tion License)

 

Des­tiné à la Revue Sex­pol, le pro­pos devait tour­ner autour de la sexua­lité et de la poli­tique. Il s’enroula évi­dem­ment autour de Dali… comme on peut le lire ci-dessous.

 

L’entretien ne fut fina­le­ment pas publié dans Sex­pol mais parut dans plu­sieurs quo­ti­diens lors de la mort de Dali, en jan­vier 1989.  Il y a peu, j’en ai retrouvé la retrans­crip­tion sur une vieille dis­quette. D’où l’idée de la publier ici, tan­dis que l’exposition Dali fait un tabac au centre Pom­pi­dou à Paris.

 

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Edgar Morin : « En 2013, il faudra plus encore se méfier de la docte ignorance des experts »

Ça ne se fait pas de publier sans auto­ri­sa­tion un texte venu d’ailleurs. Si ! la preuve : ce texte d’Edgar Morin paru dans Le Monde du 2 jan­vier. Morin comme pen­seur du bien com­mun, se doit de cir­cu­ler dans les sphères de la pen­sée com­mune, notam­ment les blogs. De plus, comme pen­seur de la com­plexité, il sait aussi – tou­jours au nom du bien com­mun – les exi­gences de la sim­plexité : rendre simple ladite complexité.

 

Donc, ci-dessous : l’article d’Edgar Morin, titré « En 2013, il fau­dra plus encore se méfier de la docte igno­rance des experts ». Suivi de mon grain de sel.

 

© faber

© faber

« Hélas, nos diri­geants semblent tota­le­ment dépas­sés : ils sont inca­pables aujourd’hui de pro­po­ser un diag­nos­tic juste de la situa­tion et inca­pables, du coup, d’apporter des solu­tions concrètes, à la hau­teur des enjeux. Tout se passe comme si une petite oli­gar­chie inté­res­sée seule­ment par son ave­nir à court terme avait pris les com­mandes. » (Mani­feste Roo­se­velt, 2012.)

 

« Un diag­nos­tic juste » sup­pose une pen­sée capable de réunir et d’organiser les infor­ma­tions et connais­sances dont nous dis­po­sons, mais qui sont com­par­ti­men­tées et dispersées.

 

Une telle pen­sée doit être consciente de l’erreur de sous-estimer l’erreur dont le propre, comme a dit Des­cartes, est d’ignorer qu’elle est erreur. Elle doit être consciente de l’illusion de sous-estimer l’illusion. Erreur et illu­sion ont conduit les res­pon­sables poli­tiques et mili­taires du des­tin de la France au désastre de 1940 ; elles ont conduit Sta­line à faire confiance à Hit­ler, qui faillit anéan­tir l’Union soviétique.

Tout notre passé, même récent, four­mille d’erreurs et d’illusions, l’illusion d’un pro­grès indé­fini de la société indus­trielle, l’illusion de l’impossibilité de nou­velles crises éco­no­miques, l’illusion sovié­tique et maoïste, et aujourd’hui règne encore l’illusion d’une sor­tie de la crise par l’économie néo­li­bé­rale, qui pour­tant a pro­duit cette crise. Règne aussi l’illusion que la seule alter­na­tive se trouve entre deux erreurs, l’erreur que la rigueur est remède à la crise, l’erreur que la crois­sance est remède à la rigueur.

 

L’erreur n’est pas seule­ment aveu­gle­ment sur les faits. Elle est dans une vision uni­la­té­rale et réduc­trice qui ne voit qu’un élé­ment, un seul aspect d’une réa­lité en elle-même à la fois une et mul­tiple, c’est-à-dire complexe.

 

Hélas. Notre ensei­gne­ment qui nous four­nit de si mul­tiples connais­sances n’enseigne en rien sur les pro­blèmes fon­da­men­taux de la connais­sance qui sont les risques d’erreur et d’illusion, et il n’enseigne nul­le­ment les condi­tions d’une connais­sance per­ti­nente, qui est de pou­voir affron­ter la com­plexité des réalités.

 

Notre machine à four­nir des connais­sances, inca­pable de nous four­nir la capa­cité de relier les connais­sances, pro­duit dans les esprits myo­pies, céci­tés. Para­doxa­le­ment l’amoncellement sans lien des connais­sances pro­duit une nou­velle et très docte igno­rance chez les experts et spé­cia­listes, pré­ten­dant éclai­rer les res­pon­sables poli­tiques et sociaux.

 

Pire, cette docte igno­rance est inca­pable de per­ce­voir le vide effrayant de la pen­sée poli­tique, et cela non seule­ment dans tous nos par­tis en France, mais en Europe et dans le monde.

 

Nous avons vu, notam­ment dans les pays du « prin­temps arabe », mais aussi en Espagne et aux États Unis, une jeu­nesse ani­mée par les plus justes aspi­ra­tions à la dignité, à la liberté, à la fra­ter­nité, dis­po­sant d’une éner­gie socio­lo­gique per­due par les aînés domes­ti­qués ou rési­gnés, nous avons vu que cette éner­gie dis­po­sant d’une intel­li­gente stra­té­gie paci­fique était capable d’abattre deux dic­ta­tures. Mais nous avons vu aussi cette jeu­nesse se divi­ser, l’incapacité des par­tis à voca­tion sociale de for­mu­ler une ligne, une voie, un des­sein, et nous avons vu par­tout de nou­velles régres­sions à l’intérieur même des conquêtes démocratiques

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Le menhir d’Obélix cachera-t-il la forêt de l’évasion fiscale ? par Attac

imagesLe départ en exil fis­cal d’Obélix-Gérard Depar­dieu sus­cite une légi­time levée de bou­cliers. Mais la polé­mique entre­te­nue par les décla­ra­tions du Pre­mier ministre et du ministre du Tra­vail ne risque-t-elle pas de faire oublier les éclair­cis­se­ments atten­dus concer­nant l’affaire du compte suisse du ministre du bud­get, Jérôme Cahu­zac, révé­lée par Média­part ? En tout cas la polé­mique ne sau­rait dédoua­ner les auto­ri­tés fran­çaises, qui n’ont guère pris d’initiatives fortes contre l’évasion fis­cale. Attac pro­pose cinq mesures clés qui per­met­traient à la France de réta­blir sa cré­di­bi­lité dans ce domaine.
Après l’affaire Woerth-Bettencourt, les soup­çons qui pèsent sur le ministre du Bud­get Jérôme Cahu­zac concer­nant son usage d’un compte à l’Union des Banques Suisses (UBS) entachent à nou­veau la cré­di­bi­lité de l’administration fis­cale à son plus haut niveau. Pour mon­trer sa réelle déter­mi­na­tion dans ce domaine la France doit sans délai  :
– éta­blir une liste cré­dible des para­dis fis­caux, en lien avec les asso­cia­tions spécialisées ;
– exi­ger la com­mu­ni­ca­tion de l’identité de tous les res­sor­tis­sants fran­çais déten­teurs de comptes dans les para­dis fis­caux, à com­men­cer par la Suisse : l’administration des États-Unis l’a imposé à UBS en 2010, démon­trant qu’il suf­fit d’une volonté politique.
– don­ner 12 mois aux banques opé­rant en France pour fer­mer leurs filiales dans ces ter­ri­toires, sous menace de retrait de la licence ban­caire. Selon l’étude de réfé­rence du CCFD-Terre Soli­daire, les banques fran­çaises ont 527 filiales dans les para­dis fis­caux dont 360 pour la seule BNP Paribas !
– embau­cher sous 12 mois au moins 1000 agents de contrôle fis­cal pour ren­for­cer les 5000 véri­fi­ca­teurs actuel­le­ment en poste: cha­cun d’entre eux rap­porte 2,3 mil­lions d’euros par an à l’Etat grâce aux redres­se­ments fis­caux opé­rés, soit 40 fois le mon­tant de son traitement !
– s’engager for­te­ment auprès des orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales (OCDE, G20…) en faveur du « repor­ting par pays » [1] pour les mul­ti­na­tio­nales, seul outil effi­cace pour lut­ter contre l’évasion fis­cale qui per­met à Total ou Google de ne payer qua­si­ment aucun impôt sur les bénéfices.
Attac France,
Paris, le 17 décembre 2012
[1] Le repor­ting par pays oblige les mul­ti­na­tio­nales à rendre trans­pa­rents le volume d’activité éco­no­mique réelle, les pro­fits et les impôts qu’elles payent dans cha­cun des pays où elles sont implan­tées. Il limite for­te­ment les pos­si­bi­li­tés d’évasion fiscale.

Depardieu. Plus minable que misérable

G_Depardieu_2010L” « affaire Depar­dieu », puisque c’en est une, suit son enflure média­tique. Ainsi dans Libé. Plus de 2.000 com­men­taires (dont des gra­ti­nés car­ré­ment fachoïdes) suite aux der­nières décla­ra­tions de celui qui incarna Jean Val­jean dans un télé­film. Ayant tourné dans Les Misé­rables, il se vexe de se trou­ver enrôlé dans Les Minables. Dans sa lettre ouverte au pre­mier ministre (JDD du jour) il en appelle à son passé de prolo, rap­pe­lant avoir com­mencé à tra­vailler « à 14 ans comme impri­meur, comme manu­ten­tion­naire puis comme artiste dra­ma­tique ». Il pré­cise avoir payé «en 2012 85% d’impôts sur (ses) reve­nus», et «   145 mil­lions d’euros d’impôts en 45 ans, je fais tra­vailler 80 per­sonnes (…) Je ne suis ni à plaindre ni à van­ter, mais je refuse le mot « minable »».

Il peut tou­jours refu­ser, il n’en demeure pas moins qu’un misé­rable, au sens de Vic­tor Hugo n’est pas for­cé­ment un minable. Tan­dis qu’un minable n’est pas non plus tou­jours un misé­rable. Ça peut même être un richis­sime à qui l’impôt répu­bli­cain (de la chose publique),  au nom de plus d’équité entre les citoyens, et par la redis­tri­bu­tion, demande une contri­bu­tion. D’où les contri­bu­tions directes et indi­rectes. D’où la pro­gres­si­vité de l’impôt : plus vous avez de ren­trées, plus vous êtes imposé. Au maxi­mum jusqu’à 75 %, là où feu le « bou­clier fis­cal » du Bien­fai­teur des riches limi­tait la pré­lè­ve­ment à 50 %.

Je me sou­viens, à ce pro­pos, avoir relevé la réac­tion indi­gnée d’un Fin­kiel­kraut, sur la radio publique, volant au secours du pré­levé : «  Il donne la moi­tié de son man­teau, tout de même !  » D’abord, il ne donne pas – n’est pas saint-Martin qui veut… Ensuite, il y a un abîme entre le fait de don­ner un euro quand on n’en a que deux, et celui de se faire appe­ler à un devoir de soli­da­rité par une contri­bu­tion d’un mil­lion d’euros sur deux mil­lions de revenus.

Dans un cas, il vous reste un euro, dans l’autre un million !

Ainsi donc, même en ayant payé 85 % d’impôts sur le revenu (tranche qui n’existe pas…), Depar­dieu peut conti­nuer à vivre sans chan­ger son grand train de vie (quitte à vendre son hôtel de Cham­bon, dans le 6e arron­dis­se­ment de Paris, 1 800 m², estimé à 50 mil­lions d’euros). Ou bien, il a un tel appé­tit d’ogre qu’il se voit tenu de se faire invi­ter à des tables de dic­ta­teurs, genre Kha­di­rov, le bou­cher tchét­chène, à l’occasion de son mariage  à Grozny ; ou bien lors d’un autre mariage, déci­dé­ment, celui de la fille de Kari­mov, pré­sident facho de l’Ouzbékistan…

L’avidité le ren­dant aveugle à la détresse rava­geuse, Depar­dieu se place en vic­time d’un « sys­tème » qui, selon lui, dénie­rait le talent. Minable argu­men­ta­tion !  s’agissant de soli­da­rité et d’éthique.

S’agissant de cette décence com­mune chère à George Orwell et par laquelle l’écrivain saluait cette faculté du genre humain à l’entraide.

Depar­dieu aura som­bré dans l’indécence com­mune, y rejoi­gnant la cohorte des innom­brables som­mi­tés du show­biz, dans les para­dis fis­caux où ils jouissent à l’ombre du dieu Fric.

Qu’il eût été plus talen­tueux, sinon grand « notre Gégé » en s’empêchant cette bas­sesse. En refu­sant de jouer dans un tel navet, si bas dans l’affiche des nantis.

Minable, oui, j’ai bien dit minable.


Porno-misère, autre genre télévisuel

Comme des mil­lions d’autres, je me branche chaque soir ou presque sur le jour­nal télé, celui de France 2. Ailleurs, ça doit être pareil, toutes chaînes confon­dues, dans un sys­tème com­mun où le spec­tacle domine. Donc, on étend un regard voyeur sur la scène mon­diale – enfin, de cette par­tie super­fi­cielle du monde relié au sys­tème tech­nique média­tique. Le réseau tisse sa toile en éten­dant son emprise à fina­lité mar­chande ; c’est pour­quoi il n’y tra­vaille qu’en sur­face, ou à la crête des aspé­ri­tés, sur­tout pas en profondeur.

 

Donc, hier soir, comme les autres soirs, « mon » JT pré­sen­tait « sa » séquence « émo­tions ». Aujourd’hui, rayon pau­vreté, voici Fabienne, jeune mère céli­ba­taire, cais­sière à 800 euros par mois, qui ne peut plus payer sa fac­ture d’électricité. Larmes le long de la joue.

– Salauds de riches !
– Cause tou­jours ! Des­sin de Faber ©

 

La veille, rayon « illet­trisme », ces tra­vailleurs en fait quasi anal­pha­bètes, se retrou­vant en appren­tis­sage basique, avec des méca­niques intel­lec­tuelles grip­pées, appe­lant des efforts dou­lou­reux. Cet homme est mon­tré de près, la caméra scrute, tra­vaille à la loupe, de son œil de rapace. Le visage se prête si bien à l’exploration, l’homme est un peu rustre, c’est un prolo « brut de décof­frage » ; pour un peu on irait avec l’endoscope, fouiller jusque dans ses tripes. Il résiste, l’homme autop­sié par la caméra, il veut faire bonne figure, sou­rit, croit domi­ner le ric­tus. Il parle de son fis­ton, qu’après il pourra même aider à ses devoirs. Et sou­dain éclate en san­glots. Et la caméra qui insiste, le pour­suit, le traque.

 

La Crise a ouvert tout grand le champ de la misère à ces ter­ro­ristes modernes, l’œil de rapace rivé au viseur, mitraillant en silence, ne lâchant pas la proie, qu’ils téta­nisent, qu’ils médusent par­fois d’un regard obs­cène de cyclope.

 

Tels sont ces por­no­graphes adeptes du gros plan, mon­trant des nez, des yeux, des rides comme on exhibe des bites et des chattes.

 

Qui isolent la par­tie du tout afin d’en extraire la larme intime, la perle lumi­neuse du monde en dérive et en spectacle.

 

Qui nous trans­forment en voyeurs, culpa­bi­li­sés ou jouis­seurs secrets de nos pri­vi­lèges, com­pa­tis­sants jusqu’à la séquence sui­vante – une vedette, un spor­tif – qui fera aus­si­tôt oublier celle-ci.

 

Et avant-hier, encore, c’était cet ouvrier agri­cole meur­tri par sept années en pri­son sous l’accusation men­son­gère de viol. Pleurs ren­trés.

 

Et ce soir, de quelles larmes la fameuse « séquence émo­tions » nourrira-t-elle l’interminable feuille­ton de cette lita­nie télé/visuelle – vue à dis­tance, de loin, hors contexte, si peu politique ?

 

Enfants-martyrs, ou enfants-soldats ; Noël du « sdf » ; mamie sans famille à l’hospice… La réserve sociale des dému­nis, des lais­sés pour compte est inépui­sable. Elle peut même, au besoin, se gros­sir de la détresse ani­male. Atten­tion cepen­dant à bien en « gérer les richesses » télé/géniques. Cette économie-là aussi est déli­cate. Rien ne serait plus contre-productif qu’un abus dans ce domaine ; comme dans tout autre – celui du luxe, par exemple, son pen­dant symé­trique. Ainsi, en fait-on des kilos, c’est le cas de le dire, avec un Depar­dieu pseudo-exilé, visant à sous­traire au fisc du pays qui l’a fait roi – des riches et des cons – 1,4% de son immense for­tune. Minable, va ! Oui, mais il nous emmerde, le minable, du haut de sa Tour d’Argent comme nous le montre si bien Faber et son des­sin ci-contre.

 

L’essentiel étant, tout de même, que les injus­tices res­tent assez sup­por­tables pour qu’on sup­porte l’Injustice.


Montauban-Toulouse et les prédictions d” « Isidore »

 Je ne sais qui est cet « Isi­dore » qui a déposé hier sur ce blog un com­men­taire sur l’affaire Montauban-Toulouse. Mais le lien qu’il a ajouté mène à son blog, La Gnos­tie d’Isidore, où l’on peut lire ce qui suit, daté du 23 février der­nier, sous le titre « Pré­dic­ti­vité ». Pro­pos que je lui emprunte sans hési­ter (et sans son avis…).

Pré­dic­ti­vité

Hélas, chers amis, nous aurons notre petit atten­tat, peut-être pas trop san­glant, en France, pour cor­ro­bo­rer le carac­tère sécu­ri­taire néces­saire à notre cher pays de liberté, dont ont besoin notre indus­trie, la pro­tec­tion des riches, celle de leur moral et tout bon­ne­ment cette repous­sante morale sociale, afin de domp­ter, par la force des matraques et autres armes de conten­tion des masses telles que décrets et lois ad hocdont on nous a donné l’habitude, dans les 45 jours qui viennent, à peu de chose près. C’est abso­lu­ment néces­saire pour éle­ver le nabot à nou­veau aux hau­teurs de sa tâche : les esprits sont beau­coup trop revêches sinon même rebelles.Les pleur­ni­cha­de­ries qu’on nous montre et qu’on vou­drait des pan­se­ments à des manques et mal­ver­sa­tions volon­taires, tournent trop à la rigo­lade ou l’odeur de vinaigre et n’y suf­fissent plus, tant elles ont le pesant de la cré­di­bi­lité d’un cour­tier ; ses déci­sions de der­niers ins­tants se vou­draient vrai­ment convain­cantes, à la manière d’un cache-sexe sans devant ni der­rière, et d’une radi­ca­lité qui sort après quatre métros de retard ; ses révoltes contre l’état de fait qu’on a soi-même ins­tauré par ses ins­ti­tu­tions sau­mâtres et qu’on a impo­sées à coups de ren­forts bleu-marine et de coques pare-balles, de casques et de gaz lacry­mo­gènes, d’interdits à la libre-circulation sous des pré­textes sécu­ri­taires qui ne consistent qu’à se pro­té­ger soi de la popu­lasse qu’on abhorre lorsqu’elle vous contre­dit, sentent exces­si­ve­ment l’hilarité osten­ta­toire, s’il ne s’agissait que d’accélérer notre désap­poin­te­ment devant tant de vergogne.Il faut s’attendre donc à une gou­ver­nance par le choc socialqui se pra­tique dans l’invention d’une ter­reur dont l’objet est de vous atteindre au ventre, là où on veut vous esbaudir.Je sou­haite sim­ple­ment, devant cet inévi­table « impos­sible » que les gens res­te­ront affec­ti­ve­ment calmes et pen­se­ront et com­pren­dront qu’à nou­veau, un coup sera porté à leur désir de mieux être et ne défailli­ront pas sous ce choc des­tiné à détrô­ner pour que vous le cachiez comme un tré­sor qui n’a plus à être décou­vert, ce qu’ils ont de plus cher, de plus vivant, de plus radieux et de plus incer­tain : la LIBERTÉ.

Publié par , 23 février 2012


Le fragile portrait du joueur de l’ego

 

 «Si les Fran­çais devaient ne pas me faire confiance, est-ce que je devrais conti­nuer dans la vie poli­tique, la réponse est non.» Et le pré­sident sor­tant, maire de Neuilly à 28 ans, d’ajouter : «Ces car­rières qui n’en finissent pas, cela abou­tit à des jeunes qui ne peuvent pas mon­ter. Si tel n’est pas votre choix, je m’inclinerai et j’aurai fait une très belle vie politique.»

© Por­trait signé Alain Le Quer­nec, gra­phiste à Quim­per http://alainlequernec.fr


Si Sar­kozy n’est pas réélu, il arrête la poli­tique par war­rant


Un florilège des errances sarkoziennes

Signant Super­yoyo sur Ago­ra­vox, un blo­gueur a com­pilé un « best of » des errances sar­ko­ziennes depuis son élec­tion jusqu’à fin 2011 – soit quatre ans et demi de décla­ra­tions, de déci­sions, de situa­tions graves ou pitoyables. Un éprou­vant bilan qui exige tout de même de ses lec­teurs, avouons-le, une cer­taine dose de sado-masochisme.

Un avant-goût ci-dessous. Le reste sur Agoravox.

 

6 mai 2007 : le Fouquet’s

7 mai 2007 : les vacances sur le yacht de Bolloré.

28 juin 2007 : Patrick DEVEDJIAN traite Anne-Marie COMPARINI (modem) de salope.

4 août 2007 : en vacances à Wol­fe­boro dans une villa qui se loue habi­tuel­le­ment 30.000 dol­lars par semaine.

21 août 2007 : La loi TEPA. 15 mil­liards d’euros par an. Grâce à cette mesure, un mil­lier de contri­buables parmi les plus for­tu­nés vont tou­cher en moyenne un chèque de 260.000 euros.

22 sep­tembre 2007 : Fran­çois FILLON estime être « à la tête d’un état en situa­tion de faillite financière ».

29 octobre 2007 : aug­men­ta­tion de son salaire de 172%.

6 novembre 2007 : « des­cends un peu le dire » au Guilvinec.

10 décembre 2007 : récep­tion de Mouam­mar KADHAFI

20 décembre 2007 : Jean-Marie BIGARD chez le Pape.

20 décembre 2007 : « Dans la trans­mis­sion des valeurs et dans l’apprentissage de la dif­fé­rence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais rem­pla­cer le curé ou le pasteur »

8 jan­vier 2008 : « Qu’est ce que vous atten­dez de moi ? Que je vide des caisses qui sont déjà vides ? ».

23 jan­vier 2008 : Chris­tian ESTROSI loue un jet privé pour 136 000 euros pour ne pas lou­per un pot à l’Elysée.

4 février 2008 : Nico­las SARKOZY pro­met de sau­ver l’usine Arce­lor­Mit­tal de Gan­drange. L’usine fer­mera un an plus tard

13 février 2008 : Nico­las SARKOZY veut que tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des enfants fran­çais vic­times de la Shoah. Simone VEIL, ancienne dépor­tée, déclare que son « sang s’est glacé » en enten­dant cette proposition.

20 février 2008 : Chris­tine OCKRENT, com­pagne d’un ministre, est nom­mée direc­trice géné­rale de France Monde (France24, TV5 monde, RFI).

23 février 2008 : « Alors casse-toi pauvre con ».

5 juillet 2008 : « Désor­mais quand il y a une grève en France, per­sonne ne s’en aperçoit ».

3 sep­tembre 2009 : Nico­las SARKOZY, en visite à l’usine Fau­re­cia, fait sa décla­ra­tion télé­vi­sée entou­rés de per­sonnes choi­sies pour leur petite taille.

5 sep­tembre 2009 : « Il en faut tou­jours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beau­coup qu’il y a des pro­blèmes » (Brice HORTEFEUX).

23 sep­tembre 2009 : « Les para­dis fis­caux, le secret ban­caire, c’est fini. »

13 octobre « Ce qui compte en France pour réus­sir, ce n’est plus d’être bien né, c’est tra­vailler dur, et avoir fait la preuve, par ses études, par son tra­vail, de sa valeur » (à l’époque son fils était pres­senti pour prendre la pré­si­dence de l’EPAD.

9 novembre 2009 : Sur sa page face­book, Nico­las SARKOZY raconte com­ment il s’est retrouvé à Ber­lin le 9 novembre 1989 pour la chute du mur. Mais les indices mon­trant un men­songe s’accumulent.

25 jan­vier 2010 : « dans les semaines et les mois qui viennent, vous ver­rez recu­ler le chô­mage dans notre pays ».

6 mars 2010 : « L’environnement, ça com­mence à bien faire ».

22 mars 2010 : Alain JOYANDET en Mar­ti­nique en un jet privé: 116.500 euros.

16 juin 2010 : On apprend que l’état à rem­boursé 12000 euros dépen­sés par Chris­tian BLANC pour l’achat de cigares.

21 juin 2010 : Début de l’affaire WOERTH-BETTENCOURT et ses mul­tiples rebondissements

28 juillet 2010 : Sur­en­chère sécu­ri­taire. Nico­las SARKOZY parle des « com­por­te­ments de cer­tains roms ».il veut déchoir de la natio­na­lité fran­çaise les assas­sins de forces de l’ordre. Brice HORTEFEUX veut étendre cette déchéance aux cas de poly­ga­mie. Chris­tian ESTROSI pro­pose de punir les maires laxiste. Le pape en per­sonne inter­vient pour défendre les roms.

9 février 2011 : Boris BOILLON, proche de Nico­las SARKOZY, ambas­sa­deur de France en Tuni­sie, en maillot de bain sur Internet.

8 mai 2011 : Laurent WAUQUIEZ s’en prend aux béné­fi­ciaires du RSA et à l’assistanat « can­cer de la société française ».

25 juillet 2011 : La cour des comptes révèle que l’avion de Nico­las SARKOZY est équipé de deux fours, mon­tant : 75000 euros.

28 juillet 2011 : Des pho­tos montrent Brice HORTEFEUX et Jean-François COPE en com­pa­gnie de Ziad­TAK­KIE­DINE, un homme d’affaires dont le nom a sou­vent été mêlé à des scan­dales politico-financiers.

L’intégrale est à lire sur Agoravox


Manhattan-Concombre. Il y a légume et légume

Libé­ra­tion, mer­credi 1/06/11

Leçon de français : le concombre est un gros légume et « DSK » une grosse légume. Bizar­re­rie et sens de la nuance : les deux se disent, c’est du bon fran­çais bien de chez nous. Le ou la, légume est du genre mixte, bisexué, y com­pris pour le phal­lique concombre.

Fran­çais cor­rect, soit, mais poli­ti­que­ment ? Le cucur­bi­ta­cée espa­gnol, rap­pe­lons les faits, s’est bien vite retrouvé menotté devant toutes les télés d’Allemagne et d’ailleurs, sans même avoir été « pré­sumé ». Et per­sonne pour cla­mer la fameuse pré­su­mée inno­cence de ce pauvre légume si inof­fen­sif d’allure. Per­sonne pour pré­tendre que « ça ne lui res­semble pas ». C’est vrai, quoi, a-t-il une tête de tueur ? De vio­leur peut-être mais de tueur ! Car cette fois, si aucune domes­tique n’a été trous­sée (par lui), il y a bien eu morts d’hommes (une quin­zaine !) L’accusation était autre­ment plus grave alors ?

 

En fait, une fois de plus, nous nous trou­vons bien devant un cas d’injustice fla­grante autant que révol­tante. Pour ce qui est des légumes,en par­ti­cu­lier, il y a bien deux poids deux mesures selon qu’on en est « un » ou « une ». À Man­hat­tan, on sait que la grosse légume a les moyens, et même au delà. Qu’avec ce qu’il faut d’avocats, même sans concombre, on en fera des salades. Le petit légume à tête de femme de ménage, lui, n’aura qu’à bien s’accrocher. Mais à quoi ?

 



DSK. Drôle d’affaire, drôle de monde

L’Affaire. Évi­tons la satu­ra­tion, soit. Tout de même quelques grains de sel…

D’un côté cette Amé­rique puri­taine, rigo­riste, impla­cable : riches ou pauvres égaux devant la jus­tice… Jusqu’à un cer­tain point, faut rien exa­gé­rer, et vive le libé­ra­lisme le plus sau­vage ! Devenu la vic­time, l’inculpé peut à nou­veau faire valoir sa « valeur ». 100 mil­lions de dol­lars par ci, 500 par là ; un appar­te­ment de cir­cons­tances en plein Man­hat­tan – res­ter dans la Cité des hommes –, amé­nagé en consé­quence, selon la requête de cette jus­tice rede­ve­nue du jour au len­de­main si com­pré­hen­sive, humaine. Ouf, vive l’Amérique !

 

De l’autre, donc, cette Amé­rique autre et tout à fait elle-même – « In Dol’ we trust » –, pour qui la femme de ménage reprend sa place « nor­male », c’est-à-dire tout en bas de cette ver­ti­gi­neuse échelle qui gratte-le-ciel des possédants.

Selon que vous serez riche ou misé­rable – La Fon­taine, avec ses pots de fer et de terre, veille au grain de l’injustice fon­cière d’une société fon­ciè­re­ment inégalitaire.

Côté hexa­gone res­treint (média­tique), la parole domi­nante acca­pa­rée par le clan. L’émission de Puja­das en a fourni la cari­ca­ture hier soir (19/5/11) jusqu’à l’indécence : ce milieu auto­risé s’est auto­risé une fois de plus. Ils volent tous au secours de l’ami, ce qui serait louable en luci­dité, donc en décence. Ce fut l’inverse. Jusqu’à voir un Badin­ter se décon­si­dé­rer (à mes yeux tout au moins, par un tel manque de recul) dans son pos­tu­lat d’innocence de l’Ami, défini au pas­sage par l’affreux F-O Gis­bert comme celui qui aide­rait même l’assassin en y allant de la pelle pour dis­si­mu­ler le cadavre…

Tan­dis que Manuel Valls, l’œil noir, mitraillait à tout va sur l’air de l’indignation (va-t-il prendre le relais de son ami poli­tique ?). Tan­dis que le débat s’engouffrait dans le « tout le monde savait-personne n’a rien dit »… Ce qui reve­nait à vali­der la vrai­sem­blance de l’affaire et des chefs d’accusation.

Le fait que DSK soit consi­déré un dérangé sexuel notoire a jusqu’à pré­sent amusé la gale­rie, ali­menté les vannes les plus gra­ve­leuses, forcé ses nom­breuses vic­times au silence hon­teux. Et cela conti­nue aujourd’hui sous un registre à peine feutré :

Jean-François Kahn, sur France Culture :
« Je suis cer­tain, enfin pra­ti­que­ment cer­tain, qu’il n’y a pas eu une ten­ta­tive vio­lente de viol, je ne crois pas, ça, je connais le per­son­nage, je ne le pense pas. Qu’il y ait eu une impru­dence on peut pas le… (rire gour­mand), j’sais pas com­ment dire, un trous­sage […] un trous­sage, euh, de domes­tique, enfin, j’veux dire, ce qui est pas bien. Mais, voilà, c’est une impres­sion. » [Pro­pos regret­tés ensuite par l’auteur].
Jack Lang, sur France 2:
« Ne pas libé­rer, alors qu’il n’y a pas mort d’homme, ne pas libé­rer quelqu’un qui verse une cau­tion impor­tante, ça ne se fait pra­ti­que­ment jamais. »
En effet, pour une brou­tille pareille !
► Pour BHL, DSK n’est pas un jus­ti­ciable comme un autre :
« J’en veux, ce matin, au juge amé­ri­cain qui, en le livrant à la foule des chas­seurs d’images qui atten­daient devant le com­mis­sa­riat de Har­lem, a fait sem­blant de pen­ser qu’il était un jus­ti­ciable comme un autre. »

Et puis il y a ce « dîner en ville » chez Ardis­son, qui fai­sait même rire la pre­mière inté­res­sée, Tris­tane Banon – qui fait à nou­veau par­ler d’elle et pour­rait être citée à témoi­gner au pro­cès de New York –se pré­sen­tant alors, à la télé en 2007, comme une des proies de DSK :


Une drôle d’affaire, vrai­ment, à l’image même de notre monde à la dérive : un drôle de monde. Quoi qu’il en sera de ses abou­tis­se­ments, elle aura tout de même per­mis de recen­trer un peu, espé­rons, les enjeux poli­tiques actuels au PS sur le fond. PS comme parti socia­liste ? Comme poli­tique sociale ?


L’affaire DSK remporte la palme du Spectacle mondialisé

Cli­quer sur l’image, tou­jours l’image… (lemonde.fr)

Si on en dou­tait encore, l’affaire DSK nous y replonge : notre monde est bien celui de l’empire visuel, du règne absolu – abso­lu­tiste – de l’image. L’image sacra­li­sée comme valeur de tout, du bien comme du mal, de la gloire comme de la déchéance, aux deux extré­mi­tés du visible – lequel recèle tel­le­ment d’invisible.

Et nous sommes là, bal­lot­tés dans ce champ à haute ten­sion, le juge­ment pris entre croyances, convic­tions, incré­du­lité, scep­ti­cisme, rejet… Qu’on s’en tienne à ces seules der­nières semaines : on est alors pas­sés, en termes de célé­bra­tions visuelles ultra-spectaculaires, par des phases les plus extrêmes : révoltes arabes ; drame japo­nais (séisme, tsu­nami, explo­sions à la cen­trale nucléaire de Fuku­shima) ; guerre civile en Côte d’ivoire ; cano­ni­sa­tion de pape ; mariage prin­cier ; mort de Ben Laden ; chute de Strauss-Kahn…

Étrange « film », au mon­tage sac­cadé, de ce qu’on appelle l’actualité, dont la hié­rar­chie est por­tée par le monde du Spec­tacle consi­déré comme une sorte de sur-virtualité, un état inter­mé­diaire entre une cer­taine réa­lité et ses repré­sen­ta­tions visuelles sur­tout média­tiques. Film qui rem­porte la palme uni­ver­selle, bien au-delà de Cannes au fes­ti­val plus que jamais « empailletté ».

Notre monde en devient dingue, ça on le savait, mais ses habi­tants – du moins une frange d’entre eux – s’en trouvent lit­té­ra­le­ment dro­gués, ren­dus addicts à une drogue très dure qui rend dépen­dants dea­lers et consom­ma­teurs dans un même tra­fic mon­dia­lisé. Une addic­tion si forte que le fait même de l’évoquer ou encore de l’analyser oblige à consom­mer encore et encore ces fameuses images.

C’est aussi le cas de cette ana­lyse menée ici par Chris­tian Sal­mon, grand (d)énonciateur du « sto­ry­tel­ling », lorsqu’il démonte la machine à l’ouvrage dans l’affaire DSK. Car son ana­lyse est tenue autant qu’elle tient par l’image, qu’à notre tour nous sommes menés à consom­mer, voire à savourer…


Des cathédrales au nucléaire. « Cette Ascension sans fin qu’on appelle aussi le Progrès… »

Entre­tien avec John Mac­Gre­gor, cher­cheur au MIT

 

John Mac­Gre­gor, vieux com­plice américano-canado-écossais, cher­cheur au MIT (Mas­sa­chu­setts Ins­ti­tute of Tech­no­logy — Cam­bridge, Etats-Unis), socio­logue des médias et astro­phy­si­cien, le type qui lit à la fois dans les gazettes & dans les étoiles… Tout comme il goûte le pure-malt & le mon­tra­chet (ou le sau­ternes, mais pas en même temps). Un éner­gu­mène dans son genre, qui a bien labouré notre hexa­gone et en remon­tre­rait à plus d’un Gau­lois. Il passe quelques jours à la Jaz­zine où il dérouille le piano à coups de Scria­bine et d’Oscar Peter­son, se goin­frant aussi de notre télé­vi­sion et de nos canards. Bref, de quoi cau­ser – et on ne s’en prive pas !

 

• Comme nul n’est pro­phète en son pays, je prends tou­jours un malin plai­sir à écou­ter tes ruades et coups de coeur concer­nant la France. Ton prisme, cette fois, passe par la chaîne de télé Arte et le quo­ti­dien Le Monde, que nous avons regar­dés ensemble. Et tu en pro­fites pour effec­tuer un grand écart entre deux époques, deux lieux, deux rap­ports au monde : les cathé­drales et les cen­trales nucléaires… Des expli­ca­tions s’imposent.

John Mac­Gre­gor : Je n’aurais pu faire les mêmes obser­va­tions aux États-Unis ! En tout cas pas à par­tir de la télé. Sous ses cou­verts multi-ethniques, l’empire état­su­nien est tota­le­ment eth­no­cen­tré sur lui-même, si je peux me per­mettre ce pléo­nasme… J’ai été sub­ju­gué par Arte, chaîne inima­gi­nable outre-Atlantique : ce mélange osé de cultures, alle­mande et fran­çaise, et aussi, il est vrai, cette pro­pen­sion à atteindre le fameux « point God­win » avec ses sujets très récur­rents autour du nazisme, de l’Occupation, de la ques­tion juive. Deux soi­rées m’ont par­ti­cu­liè­re­ment étonné par le pont qu’elles ont per­mis entre deux stades de nos civi­li­sa­tions au sens large. Je veux par­ler de la soi­rée du samedi 23 (avril) avec ce film excep­tion­nel, « Les Cathé­drales dévoi­lées »*. J’y ai appris plein de choses sur la construc­tion, les maté­riaux, l’architecture et les pro­blèmes ren­con­trés il y a huit siècles pour édi­fier de tels chefs d’œuvre ! Et trois jours après, à la même heure, la même chaîne dif­fu­sait « Tcher­no­byl fore­ver »** ques­tion­nant de manière pro­fonde l’avenir du nucléaire à tra­vers ses enjeux post-catastrophes. Huit siècles, dira-t-on un peu vite, de « civi­li­sa­tion » ; à condi­tion tou­te­fois d’exclure toute vision de conti­nuité, voire d’évolutionnisme.

 

« Comme la défaite d’une idée de la Beauté…

 

… au pro­fit, si on ose dire, de la Dis­grâce absolue »

• Certes, ces siècles ont été des plus chao­tiques. Mais il s’agit tout de même de « notre » civi­li­sa­tion, enfin celle dont nous sommes les héritiers…

– Oui ! Il y eut bien les cathé­drales et, plus ou moins en même temps, les guerres de reli­gion, la « sainte inqui­si­tion », toutes sortes de mas­sacres pré­cé­dant les guerres tech­niques, je veux dire à tech­ni­cité spé­ci­fique, celles des armes effi­caces jus­ti­fiant ce que par la suite et bien­tôt on nom­mera le pro­grès. Car les guerres ont pré­cédé les « paci­fi­ca­tions » – par défi­ni­tion, on ne peut faire la paix qu’après la guerre. De même qu’on impose l’atome « civil » après avoir décidé d’abord de sa ver­sion mili­taire : la bombe a pré­cédé et annoncé les cen­trales, aux États-Unis d’abord, puis notam­ment en France quand De Gaulle a opté pour l’arme ato­mique comme gage d’indépendance. De Gaulle voyait dans la bombe ato­mique un ins­tru­ment de dis­sua­sion au ser­vice de la paix. C’était juste à une époque où seuls quelques rares pays – quatre ou cinq –  pos­sé­daient de tels arme­ments. Depuis, la matière nucléaire s’est presque bana­li­sée, à l’image de l’industrie  nucléaire civile. Elle est deve­nue un objet de dis­sé­mi­na­tion et repré­sente ainsi un dan­ger phé­no­mé­nal dans ce champ nou­veau qu’est aujourd’hui le « grand ter­ro­risme » par lequel la notion de guerre s’est ainsi dépla­cée. La guerre, rap­pe­lons les fon­da­men­taux, consti­tue à l’origine le moyen d’instaurer des domi­na­tions d’un groupe sur un autre et de faire main basse sur les biens de l’« ennemi » en annexant son ter­ri­toire, sa main d’œuvre, sa force de pro­duc­tion, de repro­duc­tion aussi et bien sûr de consom­ma­tion – en un mot ses richesses, ou ce qu’on appelle l’économie. L’économie, du grec oikos, la « mai­son » dont on a fait une science d’allure paci­fique, alors qu’elle pour­suit cette guerre ances­trale de domi­na­tion ou, éga­le­ment, de riva­li­tés – affron­te­ments dans le but de s’approprier la rive de l’autre, l’ennemi. La « science de la mai­son », c’est la manière pro­prette de pro­lon­ger les guerres – on parle bien, d’ailleurs et sans se gêner, de guerre éco­no­mique.

 

• Mieux vaut quand même ces guerres éco­no­miques que les ter­ribles massacres…

– Mieux vaut aussi un match de foot qu’une émeute… Mais on peut aussi avoir les deux… ce qui qui se pro­duit par­fois d’ailleurs. Je pour­suis mon idée : ce que j’appelle le grand ter­ro­risme a changé la donne en ce sens notam­ment que son but guer­rier n’est plus de domi­ner sur le plan éco­no­mique, mais d’affaiblir l’ennemi au point même de l’anéantir par la vio­lence – but suprême ! – selon des moyens incon­nus jusque là, alliant à la fois tech­no­lo­gie de base et fana­tisme politico-religieux. Les atten­tats du 11 sep­tembre en sont la « quin­tes­sence »… Les reli­gions ont toutes, peu ou prou dans l’Histoire, été ten­tées par ce genre d’extrémisme, ce néga­tion­nisme niant l’altérité consi­dé­rée comme héré­tique. En ce moment, ce sont les isla­mistes qui portent ce fana­tisme à son plus haut point, consé­quence d’une déses­pé­rance economico-politique et expres­sion de la mar­ty­ro­lo­gie reli­gieuse qui glo­ri­fie les attentats-suicides contre les­quels il n’est guère vrai­ment de parades. Telle est la nou­velle guerre aujourd’hui, qui pour­rait trans­po­ser dans la « rou­tine » ter­ro­riste les bombes d’Hiroshima et Nagasaki.

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Alors, les yeux de Liz : violets, émeraude, bleus ?

Post scrip­tum. Ah ben, à en croire Libé du jour, ils ne sont pas rouges non plus…

Dans le même « JT » de 20 heures, hier, Liz Tay­lor a été célé­brée pour  la beauté de ses yeux suc­ces­si­ve­ment qua­li­fiés vio­lets, éme­raude, puis bleus. Éblouis, sub­ju­gués, aveu­glés nos égre­neurs de nou­velles ! Une photo en noir et blanc s’impose donc pour tran­cher ce si déli­cat et fon­da­men­tal point d’actualité et même d’Histoire. Celle d’Hollywood comme temple de la mytho­lo­gie spec­ta­cu­laire, celle qui brouille la hié­rar­chie des valeurs en s’imposant comme valeur pre­mière : la vedette, la star, l’idole, l’Argent-roi, le sen­ti­men­ta­lisme exhibé, l’exhibition « sacra­li­sée », la beauté inju­riant la misère – bref, toute l’injustice du monde, la magni­fi­cence outran­cière du pipole qui gou­verne ce monde. Une étoile s’éteint, l’univers vacille.

 


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  • 2sexpolLa Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)
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  • ouah__la_poilade_-_
    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances
    (Ber­trand Russel)
  • Un récent et com­pli­qué chan­ge­ment de ser­veur a causé la perte de quelques « car­tons », en l’occurrence cer­taines images. Les reverra-t-on un jour ? Hmmm…

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