On n'est pas des moutons

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EPR, Bayer-Monsanto, Alteo, Sarko… N’en jetez plus !

Il y a des jours… Des jours où le ciel s’assombrit au plus noir : relan­ce de l’EPR fran­co-chi­nois en Gran­de-Bre­ta­gne ;  maria­ge mons­trueux de Bayer et de Mon­san­to – Mon­sieur Pes­ti­ci­de avec Mada­me OGM, bon­jour la des­cen­dan­ce ! Alteo et ses boues rou­ges en Médi­ter­ra­née. Et en pri­me, le péril Sar­ko en haus­se son­da­giè­re, sur les tra­ces de Trump (il avait bien sin­gé son ami Bush) et son néga­tion­nis­me cli­ma­ti­que…

L’affaire Alteo est loin d’être jouée !  L’usine de Gar­dan­ne est l’objet d’une mise en demeu­re de la pré­fec­tu­re des Bou­ches-du-Rhô­ne, sui­te à un contrô­le inopi­né de l’Agence de l’eau. Cel­le-ci a en effet détec­té des effluents hors nor­mes dans les rejets actuels en mer. Un comi­té de sui­vi doit tran­cher ce 26 sep­tem­bre.

Restons-en à la « Gran­de nou­vel­le ! », la «  nou­vel­le extra­or­di­nai­re! ». Ils n’en peu­vent plus, côté fran­çais, d’exulter : la diri­gean­te bri­tan­ni­que, The­re­sa May, vient de vali­der « sous condi­tions » le pro­jet d’EDF de construi­re deux réac­teurs nucléai­res EPR à Hin­ck­ley Point, dans le sud de la Gran­de-Bre­ta­gne. Res­te, il est vrai, à connaî­tre les­di­tes « condi­tions » de la « per­fi­de Albion ». On ver­ra plus tard. Ne bou­dons pas la joie « exul­tan­te », donc, du secré­tai­re d’État à l’industrie qui va jusqu’à évo­quer « un nou­veau départ » pour la filiè­re nucléai­re fran­çai­se ; Hol­lan­de n’est pas en res­te, et même son de clo­che, c’est le mot, du patron d’EDF qui joue là, cepen­dant, l’avenir finan­cier de sa boî­te sur­en­det­tée et acces­soi­re­ment l’avenir de ses sala­riés.

Le sujet est clai­ron­né sur les télés et radios, sans grand dis­cer­ne­ment com­me d’habitude, c’est-à-dire sans rap­pe­ler la ques­tion de fond du nucléai­re, sous ses mul­ti­ples aspects :

sa dan­ge­ro­si­té extrê­me, éprou­vée lors de deux catas­tro­phes majeu­res (Tcher­no­byl et Fuku­shi­ma)– et plu­sieurs autres acci­dents plus ou moins mino­rés (Threee Miles Island aux Etats-Unis, 1979), ou dis­si­mu­lés (catas­tro­phe du com­plexe nucléai­re Maïak, une usi­ne de retrai­te­ment de com­bus­ti­ble en Union sovié­ti­que, 1957, l’un des plus gra­ves acci­dents nucléai­res jamais connus).

sa noci­vi­té poten­tiel­le liée aux ris­ques tech­no­lo­gi­ques, sis­mi­ques, ter­ro­ris­tes ; ain­si qu’à la ques­tion des déchets radio­ac­tifs sans solu­tion accep­ta­ble ; sans oublier les ris­ques sani­tai­res et éco­lo­gi­ques liés à l’extraction de l’uranium et au trai­te­ment du com­bus­ti­ble usa­gé (La Hague, entre autres) ;

son coût exor­bi­tant, dès lors que sont pris en comp­te les coûts réels d’exploitation, des inci­dents et acci­dents, de la san­té des popu­la­tions, des éco­no­mies loca­les rui­nées (Ukrai­ne, Bié­lo­rus­sie, pré­fec­tu­re de Fuku­shi­ma-Daï­chi) , du trai­te­ment des déchets, du déman­tè­le­ment si com­plexe des cen­tra­les en fin d’exploitation ;

ses incer­ti­tu­des tech­no­lo­gi­ques spé­ci­fi­ques aux réac­teurs EPR en construc­tion pro­blé­ma­ti­que – Fin­lan­de, Fla­man­vil­le et Chi­ne –, tou­jours retar­dés, selon des bud­gets sans ces­ses rééva­lués.

Coco­ri­co ! L’annonce est por­tée sur le ton triom­phal, glo­ri­fiant l’ « excel­len­ce fran­çai­se » et les retom­bées pro­mi­ses avec des emplois par mil­liers ! Cer­tes.

Mais les éner­gies renou­ve­la­bles, ne devraient-elles pas créer aus­si des mil­liers d’emplois – de la recher­che à la pro­duc­tion ? Selon des cri­tè­res autre­ment éco­lo­gi­ques et éthi­ques que ceux du nucléai­re – rap­pe­lons en pas­sant que l’extraction et le trai­te­ment ini­tial de l’uranium (com­bus­ti­ble fos­si­le, limi­té lui aus­si), sont très émet­teurs de gaz à effet de ser­re (engins miniers gigan­tes­ques ; trans­port du mine­rai jusqu’aux usi­nes loin­tai­nes, com­me à Pier­re­lat­te dans la Drô­me.

Évi­dem­ment, la « ques­tion de l’emploi » demeu­re un élé­ment déter­mi­nant ; au point de blo­quer tou­te dis­cus­sion réel­le, c’est-à-dire de fond, hon­nê­te, qui évi­te le piè­ge du « chan­ta­ge à l’emploi ».

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L’usine Alteo de Gar­dan­ne (Bou­ches-du-Rhô­ne) ©alteo

« L’écologie, c’est bien beau, mais ça ne don­ne pas du bou­lot ! » : paro­les d’un ano­ny­me de Gar­dan­ne inter­ro­gé par la télé sur l’affaire des boues rou­ges pro­dui­tes par l’usine Alteo 1. Argu­ment bien com­pré­hen­si­ble, qui oppo­se une néces­si­té immé­dia­te à une autre, dif­fé­rée dans le temps et autre­ment essen­tiel­le, cepen­dant : cel­le des dés­équi­li­bres bio­lo­gi­ques qui mena­cent la vie mari­ne et, par delà, humai­ne.

Cet­te semai­ne aus­si, sur le même regis­tre, on a vu les syn­di­ca­lis­tes de Fes­sen­heim mani­fes­ter pour leur emploi mena­cé par la fer­me­tu­re annon­cée de la cen­tra­le nucléai­re. Des cégé­tis­tes, en l’occurrence, vont ain­si jusqu’à dénon­cer « une inco­hé­ren­ce » dans la volon­té poli­ti­que de vou­loir main­te­nir l’emploi chez Alstom à Bel­fort tout en « détrui­sant » ceux de Fes­sen­heim. Ce pro­pos pas­se tota­le­ment à la trap­pe l’enjeu éco­lo­gi­que lié à une cen­tra­le nucléai­re ayant dépas­sé la limi­te de sa durée de vie. On com­pa­re deux situa­tions incom­pa­ra­bles, de même qu’on oppo­se ain­si une logi­que loca­le « court-ter­mis­te » à des enjeux por­tant sur l’avenir de l’espèce humai­ne. On poin­te là un gouf­fre d’incompréhension fon­da­men­ta­le oppo­sant le temps d’une vie d’homme à celui de l’espèce humai­ne.

Concer­nant pré­ci­sé­ment l’affaire des boues rou­ges et des effluents toxi­ques reje­tés dans la Médi­ter­ra­née, il y aurait cepen­dant une solu­tion tech­ni­que avé­rée pré­sen­tée depuis plu­sieurs mois à Alteo. Mais la « logi­que » finan­ciè­re sem­ble s’opposer à cet­te solu­tion. L’élimination tota­le des déchets toxi­ques impli­que en effet un coût que les action­nai­res du fond d’investissement état­su­nien dont dépend Alteo refu­sent par prin­ci­pe – c’est-à-dire par inté­rêt ! Même oppo­si­tion symé­tri­que, là enco­re, entre inté­rêts indi­vi­duels immé­diats et inté­rêts rele­vant du bien com­mun et de la conscien­ce éco­lo­gi­que glo­ba­le.

On se trou­ve pré­ci­sé­ment dans l’enjeu expri­mé par le « pen­ser glo­bal - agir local », selon la for­mu­le de Jac­ques Ellul 2, repri­se et por­tée à son tour par René Dubos 3. C’est là une dua­li­té de ten­sions, que recou­vrent bien nos actuels erre­ments de Ter­riens mal en point. En fait, on peut affir­mer sans trop s’avancer que le « pen­ser glo­bal » de la plu­part de nos contem­po­rains se limi­te à l’« agir local ». Autre­ment dit, de la pen­sée de lil­li­pu­tiens ne voyant guè­re au-delà de leur bout de nez court-ter­mis­te. Et enco­re ! Car il n’y par­fois pas de pen­sée du tout, une preu­ve :

 

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La non-conscien­ce éco­lo­gi­que, ou l’inconscience de l’homo « peu » sapiens mena­ce l’humanité entiè­re. [Ph. gp]

Un tel outra­ge à la beau­té du mon­de (voir l’arrière plan : Mar­seille, pla­ge des Gou­des) me rend tris­te­ment pes­si­mis­te sur l’avenir de l’humanité. Ici, ce n’est pour­tant qu’un for­fait d’allure mineu­re, ordi­nai­re – cepen­dant à hau­te por­tée sym­bo­li­que – aux côtés des agres­sions et des pol­lu­tions majeu­res : mers et océans à l’état de pou­bel­les, agri­cul­tu­re chi­mi­que, éle­va­ges indus­triels, défo­res­ta­tion, déser­ti­fi­ca­tion, sur­con­som­ma­tion-sur­dé­jec­tions, atmo­sphè­re satu­rée par les gaz à effet de ser­re ; dérè­gle­ment cli­ma­ti­que, fon­te des gla­ces et mon­tée des eaux… Un désas­tre ample­ment amor­cé – sans même par­ler des folies guer­riè­res et ter­ro­ris­tes. Et j’en pas­se.

Ain­si à Gar­dan­ne, vil­le dou­ble­ment rou­ge : rou­gie par les pous­siè­res d’alumine qui la recou­vre, et rou­gie par qua­ran­te ans de muni­ci­pa­li­té com­mu­nis­te et à ce titre asser­vie à la crois­san­ce et à son indus­trie, fût-elle dévas­ta­tri­ce de l’environnement natu­rel et de la san­té humai­ne. Il en va de même ici com­me à Fes­sen­heim et pour tou­te l’industrie nucléai­re, sou­te­nue depuis tou­jours par les com­mu­nis­tes et la CGT, tout autant que par les socia­lis­tes et tou­te la clas­se poli­ti­que et syn­di­ca­lis­te, à l’exception des éco­lo­gis­tes, bien enten­du, et d’EELV en par­ti­cu­lier.

Notes:

  1. L’ancienne usi­ne Pechi­ney de Gar­dan­ne, créée en 1893, appar­tient depuis 2012 au fonds d’investissement H.I.G Capi­tal basé à Mia­mi. Alteo se pré­sen­te com­me le « pre­mier pro­duc­teur mon­dial d’alumines de spé­cia­li­té ». Alteo Gar­dan­ne emploie 400 sala­riés et 250 sous-trai­tants
  2. Pro­fes­seur d’histoire du droit, socio­lo­gue, théo­lo­gien pro­tes­tant, 1912-1994. Pen­seur du sys­tè­me tech­ni­cien, ses idées sont notam­ment déve­lop­pées en Fran­ce par l’association Tech­no­lo­gos
  3. Agro­no­me, bio­lo­gis­te, 1901-1982 Auteur de nom­breux ouvra­ges, dont Cour­ti­sons la ter­re (1980) et Les Célé­bra­tions de la vie (1982)

Tchernobyl. L’inavouable bilan humain et économique

 Chro­ni­que de la catas­tro­phe nucléai­re de Tcher­no­byl - 5 

logo55Le bilan humain et éco­no­mi­que de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl est qua­si impos­si­ble à réa­li­ser. L’accident résul­te en gran­de par­tie de la failli­te d’un régi­me basé sur le secret ; un sys­tè­me à l’agonie qui s’est pro­lon­gé cinq ans après l’accident, puis qui a tra­ver­sé une pério­de des plus trou­blées, pour abou­tir fina­le­ment à des sys­tè­me de gou­ver­ne­ment plus ou moins para-maf­fieux – qu’il s’agisse de l’Ukraine, de la Bié­lo­rus­sie ou de la Rus­sie. Dans de tels sys­tè­mes cor­rom­pus, les lob­bies nucléai­res ont eu beau jeu de main­te­nir leur empri­se sur ce sec­teur mili­ta­ro-indus­triel – com­me au « bon vieux temps » de l’URSS.

Victoire ! Une banderole apposée sur le réacteur éventré proclame que "le peuple soviétique est plus fort que l'atome" tandis qu'un drapeau rouge est fixé au sommet de la tour d'aération de la centrale à l'issue des travaux de déblaiement. [Tass]

Vic­toi­re ! Une ban­de­ro­le appo­sée sur le réac­teur éven­tré pro­cla­me que « le peu­ple sovié­ti­que est plus fort que l’atome » tan­dis qu’un dra­peau rou­ge est fixé au som­met de la tour d’aération de la cen­tra­le à l’issue des tra­vaux de déblaie­ment. [Tass]

Les vic­ti­mes n’ont pas été comp­ta­bi­li­sées, elles ne figu­rent sur aucun regis­tre offi­ciel. Éta­blir un bilan non tru­qué des vic­ti­mes direc­tes et indi­rec­tes, des mala­des et de leur degré d’affection demeu­re donc impos­si­ble. De même pour ce qui est du coût social lié à l’abandon de domi­ci­les et de ter­ri­toi­res, aux famil­les phy­si­que­ment, psy­cho­lo­gi­que­ment, émo­tion­nel­le­ment anéan­ties. À jamais. Car rien de tels dra­mes n’est répa­ra­ble. Seules des esti­ma­tions peu­vent être ten­tées, plus ou moins fon­dées, plus ou moins catas­tro­phis­tes ou, au contrai­re, sciem­ment mini­mi­sées.

Concer­nant le nom­bre de morts, les chif­fres de l’AIEA (Agen­ce inter­na­tio­na­le de l’énergie ato­mi­que) sont plus que dou­teux ; cet orga­nis­me, rat­ta­ché à l’ONU, est en effet lié au lob­by nucléai­re inter­na­tio­nal qu’il finan­ce notoi­re­ment. 1 Il faut aus­si savoir que l’OMS (Orga­ni­sa­tion mon­dia­le de la san­té) lui est inféo­dée, ce qui rend éga­le­ment sus­pec­tes tou­tes ses étu­des sur le domai­ne nucléai­re.…

À défaut d’autres étu­des cré­di­bles, consi­dé­rons cel­les de l’AIEA pour ce qu’elles sont : des indi­ca­tions à pren­dre avec la plus gran­de pru­den­ce. Ain­si, de 2003 à 2005, l’AIEA a réa­li­sé une étu­de d’où il res­sort que sur le mil­lier de tra­vailleurs for­te­ment conta­mi­nés lors de leurs inter­ven­tions durant la catas­tro­phe, « seule­ment » une tren­tai­ne sont morts direc­te­ment. Quant aux liqui­da­teurs, l’AIEA pré­tend qu’ils ont été expo­sés à des doses rela­ti­ve­ment fai­bles, « pas beau­coup plus éle­vées que le niveau natu­rel de radia­tion. »…

S’agissant des 5 mil­lions d’habitants qui ont été expo­sés à de « fai­bles doses », l’étude recon­naît un nom­bre très éle­vé des can­cers de la tyroï­de chez les enfants – 4.000 direc­te­ment impu­ta­bles à la catas­tro­phe. L’Agence admet tou­te­fois que la mor­ta­li­té liée aux can­cers pour­rait s’accroître de quel­ques pour-cents et entraî­ner « plu­sieurs mil­liers  » de décès par­mi les liqui­da­teurs, les habi­tants de la zone éva­cuée et les rési­dents de la zone la plus tou­chée,

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Sans légen­de… [dr]

Ce bilan offi­ciel est for­te­ment contes­té par cer­tains cher­cheurs. En 2010, l’Académie des scien­ces de New York a publié un dos­sier à par­tir de tra­vaux menés par des cher­cheurs de la région de Tcher­no­byl. Ils contes­tent for­te­ment l’étude de l’AIEA, aus­si bien s’agissant du nom­bre de per­son­nes affec­tées que de l’importance des retom­bées radio­ac­ti­ves. Ain­si, il y aurait eu en réa­li­té 830.000 liqui­da­teurs et 125.000 d’entre eux seraient morts. Quant aux décès dus à la dis­per­sion des élé­ments radio­ac­tifs, il pour­rait s’élever au niveau mon­dial à près d’un mil­lion au cours des 20 ans ayant sui­vi la catas­tro­phe. Cet­te esti­ma­tion sem­ble cepen­dant invrai­sem­bla­ble – on l’espère.

Green­pea­ce a aus­si publié un rap­port réa­li­sé par 60 scien­ti­fi­ques de Bié­lo­rus­sie, d’Ukraine et de Rus­sie. Le docu­ment pré­ci­se que « les don­nées les plus récen­tes indi­quent que [dans ces trois pays] l’accident a cau­sé une sur­mor­ta­li­té esti­mée à 200 000 décès entre 1990 et 2004. »

On le voit, les écarts éva­lua­tifs sont à l’image des enjeux qui s’affrontent autour de ce type de catas­tro­phes. Des diver­gen­ces sem­bla­bles appa­rais­sent éga­le­ment au Japon entre oppo­sants (la majo­ri­té de la popu­la­tion) et par­ti­sans du nucléai­re (gou­ver­nants et indus­triels).

Quant au coût éco­no­mi­que, il est plus objec­ti­va­ble que le coût humain à pro­pre­ment par­ler ; même si l’un et l’autre ne devraient pas être dis­so­ciés.

Le n° de mars comprend un intéressant dossier sur le nucléaire.

Le n° de mars com­prend un inté­res­sant dos­sier sur le nucléai­re.

Plu­sieurs esti­ma­tions ont été réa­li­sées, abou­tis­sant à des mon­tants situés entre 700 et 1 000 mil­liards de dol­lars US – entre 600 et 900 mil­lions d’euros. 2

Un des der­niers rap­ports éma­ne de Green Cross Inter­na­tio­nal. 3 Il prend en comp­te :
– les coûts directs : dégâts cau­sés à la cen­tra­le elle-même et dans ses envi­rons, per­te de mar­chan­di­ses et effets immé­diats sur la san­té ;
– les coûts indi­rects : retrait de la popu­la­tion de la zone conta­mi­née et consé­quen­ces socié­ta­les liées à la vie des per­son­nes expo­sées aux radia­tions ain­si que leurs enfants.

La Bié­lo­rus­sie esti­me à 235 mil­liards d’USD les coûts engen­drés par les dom­ma­ges subis pour les années 1986 à 2015 et à 240 mil­liards d’USD pour l’Ukraine. Ces mon­tants n’incluent pas les coûts liés à la sécu­ri­té, l’assainissement et la main­te­nan­ce de la cen­tra­le désor­mais arrê­tée ain­si que les coûts actuels pour la mise en pla­ce du nou­veau sar­co­pha­ge ; ceux-ci sont pris en char­ge par les gou­ver­ne­ments des nations concer­nées, sou­te­nus par l’Union Euro­péen­ne, les États-Unis et d’autres pays. Pour les habi­tants ayant dû quit­ter leur mai­son, des fonds (dont le mon­tant n’est pas connu) ont été déblo­qués, des pro­gram­mes sociaux et des aides médi­ca­les mis en pla­ce. Mais cha­cun a sans dou­te essuyé bien plus de per­tes dues à l’effondrement de l’économie et subi des séquel­les sani­tai­res et psy­cho­lo­gi­ques impos­si­bles à chif­frer.

Le nucléai­re pour la bom­be
Ne pas per­dre de vue que le nucléai­re dit « civil » est d’origine mili­tai­re et le res­te d’ailleurs, tant qu’il ser­vi­ra à four­nir le plu­to­nium des­ti­né à fabri­quer les bom­bes ato­mi­ques. Rap­pe­lons aus­si que le Com­mis­sa­riat à l’énergie ato­mi­que (CEA) 4 fut créé par De Gaul­le à la Libé­ra­tion, avec mis­sion de pour­sui­vre des recher­ches scien­ti­fi­ques et tech­ni­ques en vue de l’utilisation de l’énergie nucléai­re dans les domai­nes de la scien­ce (notam­ment les appli­ca­tions médi­ca­les), de l’industrie (élec­tri­ci­té) et de la défen­se natio­na­le.

De son côté Mikhaïl Gor­bat­chev, der­nier diri­geant de l’Union sovié­ti­que, et aujourd’hui pré­si­dent de la Croix ver­te inter­na­tio­na­le (Green Cross) a connu son « che­min de Damas » en 1986 : « C’est la catas­tro­phe de Tcher­no­byl qui m’a vrai­ment ouvert les yeux : elle a mon­tré quel­les pou­vaient être les ter­ri­bles consé­quen­ces du nucléai­re, même en dehors d’un usa­ge mili­tai­re. Cela per­met­tait d’imaginer plus clai­re­ment ce qui pour­rait se pas­ser après l’explosion d’une bom­be nucléai­re. Selon les experts scien­ti­fi­ques, un mis­si­le nucléai­re tel que le SS-18 repré­sen­te l’équivalent d’une cen­tai­ne de Tcher­no­byl. » (Tcher­no­byl, le début de la fin de l’Union sovié­ti­que, tri­bu­ne dans Le Figa­ro, 26/04/2006)

Par com­pa­rai­son, l’accident de Fuku­shi­ma, com­pre­nant la décon­ta­mi­na­tion et le dédom­ma­ge­ment des vic­ti­mes, pour­rait n’atteindre « que » 100 mil­liards d’euros. Ce mon­tant éma­ne de l’exploitant Tep­co et date de 2013 ; il relè­ve de l’hypothèse bas­se et ne com­prend pas les char­ges liées au déman­tè­le­ment des qua­tre réac­teurs rava­gés. Ces opé­ra­tions dure­ront autour de qua­ran­te ans et néces­si­te­ront le déve­lop­pe­ment de nou­vel­les tech­ni­ques ain­si que la for­ma­tion de mil­liers de tech­ni­ciens.

Et en Fran­ce ? L’Institut de radio­pro­tec­tion et de sûre­té nucléai­re (IRSN) a pré­sen­té en 2013 à Cada­ra­che (Bou­ches-du-Rhô­ne), une « étu­de choc » sur l’impact éco­no­mi­que d’un acci­dent nucléai­re en Fran­ce.

Un  » acci­dent majeur « , du type de ceux de Tcher­no­byl ou de Fuku­shi­ma, sur un réac­teur stan­dard de 900 méga­watts coû­te­rait au pays la som­me astro­no­mi­que de 430 mil­liards d’euros. Plus de 20 % de son pro­duit inté­rieur brut (PIB).

La per­te du réac­teur lui-même ne repré­sen­te que 2 % de la fac­tu­re. Près de 40 % sont impu­ta­bles aux consé­quen­ces radio­lo­gi­ques : ter­ri­toi­res conta­mi­nés sur 1 500 km2, éva­cua­tion de 100 000 per­son­nes. Aux consé­quen­ces sani­tai­res s’ajoutent les per­tes sèches pour l’agriculture. Dans une même pro­por­tion inter­vien­nent les  » coûts d’image  » : chu­te du tou­ris­me mon­dial dont la Fran­ce est la pre­miè­re des­ti­na­tion, boy­cot­ta­ge des pro­duits ali­men­tai­res.

Le choc dans l’opinion serait tel que l’hypothèse  » la plus pro­ba­ble  » est une réduc­tion de dix ans de la durée d’exploitation de tou­tes les cen­tra­les, ce qui obli­ge­rait à recou­rir, à mar­che for­cée, à d’autres éner­gies : le gaz d’abord, puis les renou­ve­la­bles. Au-delà des fron­tiè­res,  » l’Europe occi­den­ta­le serait affec­tée par une catas­tro­phe d’une tel­le ampleur « .

Les dom­ma­ges sont d’un tout autre ordre de gran­deur que ceux du nau­fra­ge de l’Eri­ka en 1999, ou de l’explosion de l’usine AZF de Tou­lou­se en 2001, éva­lués « seule­ment » à 2 mil­liards d’euros. 5

Ces chif­fres pour­raient dou­bler en fonc­tion des condi­tions météo­ro­lo­gi­ques, des vents pous­sant plus ou moins loin les pana­ches radio­ac­tifs, ou de la den­si­té de popu­la­tion. Un acci­dent gra­ve à la cen­tra­le de Dam­pier­re (Loi­ret) ne for­ce­rait à éva­cuer que 34 000 per­son­nes, alors qu’à cel­le du Bugey (Ain), il ferait 163 000 « réfu­giés radio­lo­gi­ques « .

Record mondial d'installations nucléaires par habitant.

Record mon­dial d’installations nucléai­res par habi­tant.

Encore dix ans de plus ? Doc. Sortir du nucléaire.

Enco­re dix ans de plus ? Doc. Sor­tir du nucléai­re.

Pour tem­pé­rer ce tableau apo­ca­lyp­ti­que, l’IRSN sort la ren­gai­ne connue du « ris­que zéro [qui] n’existe pas » et met en avant « les pro­ba­bi­li­tés très fai­bles de tels évé­ne­ments. 1 sur 10 000 par an pour un acci­dent gra­ve, 1 sur 100 000 par an pour un acci­dent majeur. »

Pour avoir par­ti­ci­pé, dans les années 1960, au sein du Com­mis­sa­riat à l’énergie ato­mi­que, à l’élaboration des pre­miè­res cen­tra­les fran­çai­ses, Ber­nard Lapon­che ne par­ta­ge pas du tout cet « opti­mis­me ». Pour ce phy­si­cien, le nucléai­re ne repré­sen­te pas seule­ment une mena­ce ter­ri­fian­te, pour nous et pour les géné­ra­tions qui sui­vront ; il condam­ne notre pays à rater le train de l’indispensable révo­lu­tion éner­gé­ti­que.

« Il est urgent, cla­me Ber­nard Lapon­che, de choi­sir une civi­li­sa­tion éner­gé­ti­que qui ne mena­ce pas la vie » 6. Selon lui – entre autres spé­cia­lis­tes reve­nus de leurs illu­sions – les acci­dents qui se sont réel­le­ment pro­duits (cinq réac­teurs déjà détruits : un à Three Miles Island, un à Tcher­no­byl, et trois à Fuku­shi­ma) sur qua­tre cent cin­quan­te réac­teurs dans le mon­de, obli­gent à revoir cet­te pro­ba­bi­li­té théo­ri­que des experts. « La réa­li­té de ce qui a été consta­té, esti­me-t-il, est trois cents fois supé­rieu­re à ces savants cal­culs. Il y a donc une for­te pro­ba­bi­li­té d’un acci­dent nucléai­re majeur en Euro­pe. »

[Fin de l’interminable feuille­ton…] 7

 

Notes:

  1. En par­ti­cu­lier au Japon depuis la catas­tro­phe de 2011. À noter que le Saint-Siè­ge (Vati­can) est mem­bre de l’AIEA ! (Liai­son direc­te Enfer-Para­dis ?…)
  2. Le direc­teur de Green­pea­ce Fran­ce, Pas­cal Hus­ting, chif­fre le coût total de la catas­tro­phe à 1 000 mil­liards de dol­lars US.
  3. Croix ver­te inter­na­tio­na­le, est une orga­ni­sa­tion non gou­ver­ne­men­ta­le inter­na­tio­na­le à but envi­ron­ne­men­tal, fon­dée en 1993 à Kyō­to. Mikhaïl Gor­bat­chev, der­nier diri­geant de l’URSS, en est le fon­da­teur et l’actuel pré­si­dent.
  4. … « et aux éner­gies alter­na­ti­ves », ain­si que Sar­ko­zy en eut déci­dé, en 2009.
  5. Au delà des coûts, un acci­dent nucléai­re ne sau­rait être com­pa­ré à un acci­dent indus­triel dont les effets, même rava­geurs, ces­sent avec leur répa­ra­tion.
  6. Entre­tien, Télé­ra­ma, 18/06/2011.
  7. Une biblio­gra­phie se trou­ve avec le pre­mier arti­cle de la série.

Tchernobyl. Un nuage, des lambeaux… et le déni français

 Chro­ni­que de la catas­tro­phe nucléai­re de Tcher­no­byl - 4 

logo4Début 2002, la  Crii­rad (Com­mis­sion de recher­che et d’information indé­pen­dan­tes sur la radio­ac­ti­vi­té) publie un atlas de 200 pages qui révè­le de façon détaillée la conta­mi­na­tion de la Fran­ce et d’une par­tie de l’Europe par les retom­bées du « nua­ge » en ses mul­ti­ples lam­beaux. Plus de 3 000 mesu­res ont été effec­tuées de 1999 à 2001 par le géo­lo­gue André Paris sur le ter­ri­toi­re fran­çais et jusqu’en Ukrai­ne ; les résul­tats, les ana­ly­ses et la car­to­gra­phie ont été ras­sem­blés et édi­tés par le labo­ra­toi­re de Valen­ce. C’est un acte d’accusation qui dénon­ce ain­si le scan­da­leux déni du gou­ver­ne­ment fran­çais et des auto­ri­tés nucléai­res de l’époque.

Pour nous en tenir ici à la Cor­se et à la région Paca, les plus tou­chées en Fran­ce, les rele­vés mesu­rent des acti­vi­tés sur­fa­ci­ques de césium 137 supé­rieu­res à 30 000 Bq/m2. C’est le cas en par­ti­cu­lier dans le Mer­can­tour, autour de Digne, de Gap et de Sis­te­ron avec des poin­tes à 50 000 Bq/m2.

criirad- Tchernobyl

Paca et Cor­se. Rele­vés de la Crii­rad, 1999, 2000 et 2001. Cli­quer sur l’image pour l’agrandir.

Pour don­ner une idée de cet­te conta­mi­na­tion, la moyen­ne des retom­bées consta­tées en Fran­ce à la sui­te de l’accident était de 4 000 Bq/m2. Le bec­que­rel (Bq) par mètre car­ré mesu­re les conta­mi­na­tions de sur­fa­ces. L’activité mesu­re le taux de dés­in­té­gra­tions d’une sour­ce radio­ac­ti­ve, c’est-à-dire le nom­bre de rayons émis par secon­de.

Dans l’instruction d’une plain­te dépo­sée en Fran­ce en 2001 pour « empoi­son­ne­ment et admi­nis­tra­tion de sub­stan­ces nui­si­bles » par la Crii­rad, l’Association fran­çai­se des mala­des de la thy­roï­de (AFMT) et des per­son­nes ayant contrac­té un can­cer de la thy­roï­de, un rap­port (notam­ment co-signé par Geor­ges Char­pak) affir­me que le SCPRI a four­ni des car­tes « inexac­tes dans plu­sieurs domai­nes » et « n’a pas res­ti­tué tou­tes les infor­ma­tions qui étaient à sa dis­po­si­tion aux auto­ri­tés déci­sion­nai­res ou au public ». Tou­te­fois, ce rap­port repro­che au SCPRI une com­mu­ni­ca­tion faus­se mais non pas d’avoir mis en dan­ger la popu­la­tion.

Devant la dif­fi­cul­té d’établir un lien de cau­sa­li­té entre les dis­si­mu­la­tions des pou­voirs publics et les mala­dies de la thy­roï­de, la juge Marie-Odi­le Ber­tel­la-Gef­froy 1 requa­li­fie péna­le­ment la plain­te d”« empoi­son­ne­ment » en cel­le plus lar­ge de « trom­pe­rie aggra­vée ».

Le 31 mai 2006, Pier­re Pel­le­rin est mis en exa­men pour « infrac­tion au code de la consom­ma­tion », « trom­pe­rie aggra­vée » et pla­cé sous sta­tut de témoin assis­té concer­nant les délits de « bles­su­res invo­lon­tai­res et attein­tes invo­lon­tai­res à l’intégrité de la per­son­ne ».

Le pro­cès se ter­mi­ne par un non-lieu le 7 sep­tem­bre 2011. Le 20 novem­bre 2012, Pier­re Pellerin[Ref] Direc­teur du SCPRI (Ser­vi­ce cen­tral de pro­tec­tion contre les rayon­ne­ments ioni­sants). mort en mars 2013 à 89 ans.[/ref] est recon­nu inno­cent des accu­sa­tions de « trom­pe­rie et trom­pe­rie aggra­vée » par la Cour de cas­sa­tion de Paris qui expli­que notam­ment qu’il était « en l’état des connais­san­ces scien­ti­fi­ques actuel­les, impos­si­ble d’établir un lien de cau­sa­li­té cer­tain entre les patho­lo­gies consta­tées et les retom­bées du pana­che radio­ac­tif de Tcher­no­byl ».

Enco­re aujourd’hui , le débat res­te ouvert sur ces patho­lo­gies et leurs ori­gi­nes.

Dans la zone de Tcher­no­byl, beau­coup plus expo­sée que les régions fran­çai­ses, une aug­men­ta­tion du nom­bre d’enfants atteints de can­cers pro­vo­qués par la catas­tro­phe, esti­mée à 5 000 cas, a été consta­tée. Il n’y aurait pas eu d’augmentation des can­cers chez les adul­tes. Le condi­tion­nel reflè­te le man­que de fia­bi­li­té des étu­des et sta­tis­ti­ques rus­ses.

Le cas des can­cers thy­roï­diens après Fuku­shi­ma – Com­plé­ment d’info pour les spor­tifs qui sou­hai­tent aller concou­rir aux JO de 2020 à Tokyo : Kashi­wa est à 26 km du cen­tre de Tokyo, à 200 km de la cen­tra­le Dai ichi acci­den­tée. Et pour­tant, 112 enfants sur 173 diag­nos­ti­qués ont des pro­blè­mes thy­roï­diens à Kashi­wa ! Rap­pe­lons éga­le­ment ici que les can­cers de la thy­roï­de des enfants de Fuku­shi­ma sont bien dus à la radio­ac­ti­vi­té : dans la pré­fec­tu­re de Fuku­shi­ma, on a détec­té une aug­men­ta­tion de quel­que 30 fois du nom­bre de can­cers de la thy­roï­de chez les jeu­nes âgés de 18 ans et moins en 2011. Le total de jeu­nes atteints de can­cer de la thy­roï­de est de 127, mais offi­ciel­le­ment, cela n’a aucun rap­port avec la radio­ac­ti­vi­té. Cher­chez l’erreur ! Note de Pier­re Fetet du 10/11/2015, sur le site Fuku­shi­ma

En Fran­ce, l’Institut natio­nal de veille sani­tai­re (INVS) exclut une aug­men­ta­tion des can­cers de la thy­roï­de sui­te aux retom­bées de Tcher­no­byl. Tou­te­fois, une thè­se de méde­ci­ne publiée quel­ques mois après ce rap­port, en 2011, éta­blit un lien entre la catas­tro­phe et l’augmentation des can­cers diag­nos­ti­qués : cel­le du doc­teur Sophie Fau­con­nier, fille du doc­teur Denis Fau­con­nier, méde­cin exer­çant en Cor­se, désor­mais en retrai­te. Ce der­nier, inter­ro­gé en jan­vier 2015 dans une émis­sion de Fran­ce Cultu­re, rap­pe­lait non sans quel­que amer­tu­me que, hier com­me aujourd’hui, « c’est la poli­ti­que qui contrô­le les don­nées scien­ti­fi­ques ».

Face aux contro­ver­ses sur les effets sani­tai­res du nua­ge radio­ac­tif, des faits sont mis en avant :

– Le nom­bre de can­cers de la thy­roï­de a aug­men­té en Fran­ce régu­liè­re­ment d’environ 7 % en moyen­ne par an depuis 1975 (soit un qua­dru­ple­ment en 19 ans), sans inflexion par­ti­cu­liè­re en 1986.

– Les can­cers de la thy­roï­de sont très majo­ri­tai­re­ment fémi­nins et l’évolution de leur nom­bre suit l’évolution du nom­bre de can­cers du sein.

Deux phé­no­mè­nes conco­mi­tants sont à pren­dre en comp­te :

  • l’augmentation du nom­bre de can­cers détec­tés par l’accrois­se­ment de la sen­si­bi­li­té des appa­reils à ultra­sons : le seuil de détec­tion des nodu­les est pas­sé d’un dia­mè­tre de 10 mm à 2 mm ;
  • une évo­lu­tion dans les com­por­te­ments fémi­nins de pri­se d’hormones de sub­sti­tu­tions pré- et post- méno­pau­se.

Selon l’étude de l’INVS parue en 2006, les résul­tats ne vont pas glo­ba­le­ment dans le sens d’un éven­tuel effet de l’accident de Tcher­no­byl sur les can­cers de la thy­roï­de en Fran­ce. Tou­te­fois, l’incidence obser­vée des can­cers de la thy­roï­de en Cor­se est éle­vée chez l’homme.

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Les qua­tre zones de conta­mi­na­tion post Tcher­no­byl recon­nues quel­ques années après l’accident par l’Institut de pro­tec­tion et de sûre­té nucléai­re (IPSN). Il appa­raît qu’aucune région fran­çai­se n’a été tota­le­ment épar­gnée.

Le 7 mai 1986, un cour­rier de l’Organisation mon­dia­le de la san­té indi­que que « des res­tric­tions quant à la consom­ma­tion immé­dia­te [du] lait peu­vent donc demeu­rer jus­ti­fiées. »

Le 16 mai, une réunion de cri­se se tient au minis­tè­re de l’Intérieur : du lait de bre­bis en Cor­se pré­sen­te une conta­mi­na­tion par l’iode 131 anor­ma­le­ment éle­vée, d’une acti­vi­té de plus de 10 000 bec­que­rels par litre. Mais dans la mesu­re où l’iode 131 a une demi-vie cour­te (l’activité au bout de deux mois est dif­fi­ci­le­ment détec­ta­ble), il a été jugé que le bilan de l’activité radio­ac­ti­ve sur une année ne serait pas affec­té sen­si­ble­ment, et les auto­ri­tés n’ont pas pris de mesu­re par­ti­cu­liè­res. Une note du 16 mai éma­nant du minis­tè­re de l’Intérieur, à l’époque diri­gé par Char­les Pas­qua décla­re « Nous avons des chif­fres qui ne peu­vent pas être dif­fu­sés. (…) Accord entre SCPRI et IPSN pour ne pas sor­tir de chif­fres. »

Des indi­ces lais­saient pen­ser que pour des per­son­nes qui ont vécu ou vivent enco­re dans les zones de Cor­se tou­chées par les pluies du « nua­ge de Tcher­no­byl », exis­tait une aug­men­ta­tion du nom­bre de plu­sieurs patho­lo­gies de la thy­roï­de, can­cer notam­ment. Mais le lien avec l’accident de Tcher­no­byl a été contes­té. Per­son­ne ne nie que dans le mon­de le nom­bre de patho­lo­gies de la thy­roï­de a effec­ti­ve­ment aug­men­té (dou­ble­ment en Euro­pe) et il y a bien une aug­men­ta­tion signi­fi­ca­ti­ve du ris­que de can­cer de la thy­roï­de signa­lée et scien­ti­fi­que­ment recon­nue dans plu­sieurs pays. Cepen­dant, cet­te aug­men­ta­tion d’une part a com­men­cé avant l’accident de Tcher­no­byl, et d’autre part n’est pas cen­trée sur les zones où il a plu lors du pas­sa­ge du nua­ge ; une gran­de par­tie du mon­de non concer­née par les pluies lors du pas­sa­ge du nua­ge est éga­le­ment tou­chée par l’augmentation des thy­roï­di­tes.

Tchernobyl - nuage-sans-fin

Remar­qua­ble BD édi­tée par l’Asso­cia­tion fran­çai­se des mala­des de la thy­roï­de (AMFT). Des­sin de Ming.

Depuis mars 2001, 400 pour­sui­tes ont été enga­gées en Fran­ce contre “X” par l’Asso­cia­tion fran­çai­se des mala­des de la thy­roï­de, dont 200 en avril 2006. Ces per­son­nes sont affec­tées par des can­cers de la thy­roï­de ou goi­tres, et ont accu­sé le gou­ver­ne­ment fran­çais, à cet­te épo­que diri­gé par le pre­mier minis­tre Jac­ques Chi­rac 2, de ne pas avoir infor­mé cor­rec­te­ment la popu­la­tion des ris­ques liés aux retom­bées radio­ac­ti­ves de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl. L’accusation met en rela­tion les mesu­res de pro­tec­tion de la san­té publi­que dans les pays voi­sins (aver­tis­se­ment contre la consom­ma­tion de légu­mes verts ou de lait par les enfants et les fem­mes encein­tes) avec la conta­mi­na­tion rela­ti­ve­ment impor­tan­te subie par l’Est de la Fran­ce et la Cor­se.

Pour sor­tir du dou­te, les mem­bres de l’Assem­blée de Cor­se ont déci­dé de « fai­re réa­li­ser par une struc­tu­re indé­pen­dan­te (…) une enquê­te épi­dé­mio­lo­gi­que sur les retom­bées en Cor­se de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl ». Cet­te nou­vel­le étu­de a été condui­te par une équi­pe d’épidémiologistes et sta­tis­ti­ciens de l’unité médi­ca­le uni­ver­si­tai­re de Gênes (Ita­lie). Elle est basée sur l’analyse d’environ 14 000 dos­siers médi­caux.

Les auteurs concluent en 2013 à un ris­que effec­ti­ve­ment plus éle­vé chez les hom­mes des patho­lo­gies thy­roï­dien­nes dues à l’exposition au nua­ge. L’augmentation chez eux des can­cers de la thy­roï­de due au fac­teur Tcher­no­byl serait de 28,29 %, cel­le des thy­roï­di­tes de 78,28 %, et cel­le de l’hyperthyroïdisme de 103,21 %. Concer­nant les fem­mes, la fai­bles­se des échan­tillons sta­tis­ti­ques ne per­met pas de conclu­re pour les patho­lo­gies hors thy­roï­di­tes ; pour ces der­niè­res, l’augmentation due à Tcher­no­byl est chif­frée à 55,33 %51. Concer­nant les enfants cor­ses expo­sés au nua­ge, l’étude conclut à une aug­men­ta­tion des thy­roï­di­tes et adé­no­mes bénins, et à une aug­men­ta­tion sta­tis­ti­que­ment non signi­fi­ca­ti­ve des leu­cé­mies aiguës et des cas d’hypothyroïdisme.

Cet­te étu­de, non publiée dans une revue à comi­té de lec­tu­re, a fait l’objet de cri­ti­ques met­tant en avant des fai­bles­ses métho­do­lo­gi­ques. La minis­tre de la San­té, Mari­sol Tou­rai­ne rap­pel­le ce fac­teur de confu­sion pos­si­ble, et rejet­te ces résul­tats.

La com­mis­sion nom­mée par la col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­ria­le de Cor­se, qui a com­man­dé cet­te étu­de, et sa pré­si­den­te Joset­te Ris­te­ruc­ci esti­ment que l’augmentation du ris­que est main­te­nant incon­tes­ta­ble et sou­hai­te une « recon­nais­san­ce offi­ciel­le du pré­ju­di­ce ».

[Pro­chain arti­cle : L’inavouable bilan humain et éco­no­mi­que]

Notes:

  1. Spé­cia­li­sée dans les dos­siers judi­ciai­res de san­té publi­que (affai­res du « sang conta­mi­né », de l’hormone de crois­san­ce, de l’amiante sur le cam­pus de Jus­sieu, de la « vache fol­le » – ain­si que d’autres dos­siers sen­si­bles com­me celui de la guer­re du Gol­fe et du nua­ge de Tcher­no­byl. A, depuis, quit­té ses fonc­tions, décla­rant dans un entre­tien sur Fran­ce Inter le 12 février 2013 : « Je suis entrée dans la magis­tra­tu­re car je croyais en la Jus­ti­ce. Je vais en sor­tir, je n’y crois plus. »
  2. Minis­tres à la manœu­vre : Fran­çois Guillau­me, Agri­cul­tu­re ; Michè­le Bar­za­ch, San­té ; Alain Cari­gnon, Envi­ron­ne­ment ; Alain Made­lin, Indus­trie ; Char­les Pas­qua, Inté­rieur.

Tchernobyl, 28 avril 1986. L’art du mensonge étatique

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 Chro­ni­que de la catas­tro­phe nucléai­re de Tcher­no­byl - 3 

L’alerte qu’une catas­tro­phe nucléai­re avait eu lieu arri­va d’abord par la Suè­de. Le lun­di 28 avril au matin, les employés de la cen­tra­le de Fors­mark emprun­tent les por­ti­ques de contrô­le habi­tuels. Une haus­se anor­ma­le de la radio­ac­ti­vi­té est détec­tée. Le site est immé­dia­te­ment éva­cué. Mais la fui­te ne pro­vient pas de la cen­tra­le. Comp­te tenu des vents et des par­ti­cu­les iden­ti­fiées, il appa­raît que la conta­mi­na­tion pro­vient d’URSS.

Dans l’après-midi, l’AFP confir­me : « Des niveaux de radio­ac­ti­vi­té inha­bi­tuel­le­ment éle­vés ont été appor­tés vers la Scan­di­na­vie par des vents venant d’Union sovié­ti­que ».

Dans la soi­rée, le Krem­lin recon­naît la sur­ve­nue d’un acci­dent dans un réac­teur de la cen­tra­le de Tcher­no­byl, sans en pré­ci­ser la date, l’importance ni les cau­ses. L’opacité de la bureau­cra­tie est tota­le. Mikhaïl Gor­bat­chev n’est infor­mé offi­ciel­le­ment que le 27 avril. Avec l’accord du Polit­bu­ro, il est for­cé de fai­re appel au KGB pour obte­nir des infor­ma­tions. Le rap­port qui lui est trans­mis par­le d’une explo­sion, de la mort de deux hom­mes, de l’arrêt des réac­teurs 1, 2 et 3. Le déni rejoint l’obscurantisme d’un sys­tè­me poli­ti­que en rui­nes.

Le même jour, en Fran­ce, le pro­fes­seur Pier­re Pel­le­rin, direc­teur du SCPRI (Ser­vi­ce cen­tral de pro­tec­tion contre les rayon­ne­ments ioni­sants) 1, fait équi­per des avions d’Air Fran­ce, se diri­geant vers le nord et l’est de l’Europe, de fil­tres per­met­tant, à leur retour, d’analyser et fai­re connaî­tre la com­po­si­tion de cet­te conta­mi­na­tion.

Invi­té du 13 heu­res d’Anten­ne 2, le len­de­main 29 avril, Pier­re Pel­le­rin fait état de ses contacts avec les experts sué­dois, dénon­ce à l’avance le catas­tro­phis­me des médias et tient des pro­pos ras­su­rants : « Même pour les Scan­di­na­ves, la san­té n’est pas mena­cée. » Dans la soi­rée, son adjoint, le pro­fes­seur Chan­teur, répond à une ques­tion du pré­sen­ta­teur : « On pour­ra cer­tai­ne­ment détec­ter dans quel­ques jours le pas­sa­ge des par­ti­cu­les mais, du point de vue de la san­té publi­que, il n’y a aucun ris­que ».

Le mot « nua­ge » va ain­si connaî­tre sa célé­bri­té en Fran­ce. Un nua­ge tou­te­fois invi­si­ble, entraî­nant les émis­sions radio­ac­ti­ves reje­tées pen­dant les jours qui ont sui­vi l’accident. Mélan­gées à l’air chaud de l’incendie du réac­teur, ces rejets ne contien­nent que très peu de vapeur d’eau. Mais les vrais nua­ges vont jouer un rôle impor­tant et néfas­te car, en cre­vant au-des­sus du pana­che, leurs gout­tes d’eau vont entraî­ner plus abon­dam­ment les par­ti­cu­les radio­ac­ti­ves. La conjonc­tion des deux crée des dépôts humi­des géo­gra­phi­que­ment très hété­ro­gè­nes, en taches de léo­pard.

meteo- Tchernobyl

Ima­ge du bul­le­tin météo d’Antenne 2, le 30 avril.

Dans l’après-midi du 30 avril, une des « bran­ches » du nua­ge est détec­tée par le Labo­ra­toi­re d’écologie mari­ne de Mona­co, avant de l’être dans l’ensemble du Midi de la Fran­ce. Pen­dant la nuit, tan­dis que cet­te bran­che remon­te en direc­tion du nord du pays, sui­vie d’une sta­tion météo à l’autre, une autre bran­che venant plus direc­te­ment de l’est, abor­de aus­si le ter­ri­toi­re à une alti­tu­de dif­fé­ren­te. Mona­co puis le SCPRI en infor­ment l’Agence Fran­ce-Pres­se.

Ce 30 avril, la pré­sen­ta­tri­ce Bri­git­te Simo­net­ta, la bou­che en coeur, annon­ce dans le bul­le­tin météo d’Anten­ne 2 que la Fran­ce est pro­té­gée du « nua­ge » par l’anticyclone des Aço­res et le res­te­ra pen­dant les trois jours sui­vant. Un pan­neau « STOP » vient lour­de­ment appuyer l’image de l’arrêt « à la fron­tiè­re ».

Une polé­mi­que s’ensuit, gros­sie par de nom­breu­ses décla­ra­tions visant plus par­ti­cu­liè­re­ment le Pr Pel­le­rin, bien­tôt cari­ca­tu­ré par cet­te ima­ge du « nua­ge arrê­té à la fron­tiè­re ». Libé­ra­tion affir­me que « les pou­voirs publics ont men­ti en Fran­ce » et que « le pro­fes­seur Pel­le­rin [en] a fait l’aveu ». Ce der­nier, par la sui­te, por­te­ra plain­te pour dif­fa­ma­tion contre dif­fé­rents médias ou per­son­na­li­tés (dont Noël Mamè­re). Il gagne­ra tous les pro­cès en pre­miè­re ins­tan­ce, en appel et en cas­sa­tion. En effet, il n’a pas employé cet­te ima­ge d’arrêt à la fron­tiè­re, même s’il en a induit l’idée. Ain­si, ce télex – ambi­gu – du 1er mai du Pr Pel­le­rin, cité par Noël Mamè­re, au 13 heu­res d’Antenne 2 : « Ce matin, le SCPRI a annon­cé une légè­re haus­se de la radio­ac­ti­vi­té de l’air, non signi­fi­ca­ti­ve pour la san­té publi­que, dans le Sud-Est de la Fran­ce et plus spé­cia­le­ment au-des­sus de Mona­co. »

Vidéo du dépla­ce­ment du nua­ge radio­ac­tif du 26 avril au 9 mai. La Fran­ce est presqu’entièrement tou­chée le 1er mai, le sud-est et la Cor­se plus for­te­ment le 3 mai (docu­ment de l’IRSN, réa­li­sé en 2005, neuf ans après…).

En ces temps recu­lés…, les poli­ti­ciens ne sont pas enco­re entrés dans l’ère de la com­mu­ni­ca­tion, et les minis­tè­res du tout nou­veau gou­ver­ne­ment Chi­rac (pre­miè­re coha­bi­ta­tion) vont se déchar­ger sur ce pro­fes­seur Pel­le­rin, méde­cin expert en radio­pro­tec­tion, pas davan­ta­ge rom­pu aux médias… C’est à lui prin­ci­pa­le­ment qu’incombera la tâche d’ « infor­mer » les Fran­çais des résul­tats des mesu­res de conta­mi­na­tion radio­ac­ti­ve et du niveau de ris­que cou­ru.

Les minis­tres concer­nés, mal coor­don­nés, inter­vien­dront peu par la sui­te, et sou­vent en gros sabots, com­me Alain Made­lin, minis­tre de l’industrie, mobi­li­sé en boni­men­teur ridi­cu­le pour clai­ron­ner l’absence de tout ris­que…

Même son de clo­che de tou­tes parts afin de pré­ve­nir tout mou­ve­ment de pani­que et de pré­ser­ver le com­mer­ce de la sala­de prin­ta­niè­re… Le SCPRI juge tout de sui­te que la conta­mi­na­tion des ali­ments pro­duits en Fran­ce sera trop fai­ble pour poser un vrai pro­blè­me de san­té publi­que et qu’il n’y a pas lieu de pren­dre de mesu­res de pré­cau­tion par­ti­cu­liè­res, sauf sur les pro­duits impor­tés de l’Est de l’Europe…

Pel­le­rin, à nou­veau, ren­ché­rit avec un com­mu­ni­qué selon lequel il fau­drait ima­gi­ner des élé­va­tions de radio­ac­ti­vi­té dix mil­le ou cent mil­le fois plus impor­tan­tes pour que com­men­cent à se poser des pro­blè­mes signi­fi­ca­tifs d’hygiène publi­que. Il pré­ci­se que les pri­ses pré­ven­ti­ves d’iode des­ti­nées à blo­quer le fonc­tion­ne­ment de la thy­roï­de ne sont ni jus­ti­fiées ni oppor­tu­nes. 2

Le gou­ver­ne­ment fran­çais esti­me alors qu’aucune mesu­re par­ti­cu­liè­re de sécu­ri­té n’est néces­sai­re.

C’est dans ce contex­te de men­son­ges et de mani­pu­la­tions de l’opinion que naît, à Valen­ce dans la Drô­me, la Crii­rad, Com­mis­sion de recher­che et d’information indé­pen­dan­tes sur la radio­ac­ti­vi­té. Des scien­ti­fi­ques et des citoyens cri­ti­ques se regrou­pent pour contre­car­rer l’information offi­ciel­le qui tour­ne à la pro­pa­gan­de sovié­ti­que. Ani­mée par Michè­le Riva­si, aujourd’hui dépu­tée euro­péen­ne d’Europe-Écologie-Les Verts, cet­te asso­cia­tion va se poser en contre-pou­voir face aux ins­ti­tu­tions sus­pec­tées de fal­si­fier les faits au pro­fit de l’État et du sys­tè­me nucléai­re.

Vite recon­nue par son sérieux scien­ti­fi­que, ins­tau­rée dès le départ par sa fon­da­tri­ce, la Crii­rad demeu­re une réfé­ren­ce dans l’expertise nucléai­re. Ces résis­tants ne seront pas les seuls, bien sûr, à s’opposer aux manœu­vres men­son­gè­res contrai­res au bien com­mun. Il fau­dra aus­si comp­ter sur des oppo­sants poli­ti­ques, les éco­lo­gis­tes, cer­tes, ain­si que de nom­breu­ses asso­cia­tions et les citoyens conscients des dan­gers liés l’énergie nucléai­re.

Une résis­tan­ce s’est peu à peu ins­tau­rée, qui aura contri­bué au fil des années à bri­der quel­que peu l’ogre affa­mé, à l’amener à ren­dre des comp­tes – pas enco­re à « ren­dre gor­ge », bien qu’une autre catas­tro­phe majeu­re, cel­le de Fuku­shi­ma, l’aura à nou­veau étour­di… Mais la bête, tel le Phé­nix, sait renaî­tre de ses cen­dres. Jusqu’à quand – jusqu’à quelle(s) autre(s) catastrophe(s) ?

Résu­mé en ima­ges de l’accident de Tcher­no­byl (docu­ment IRSN)

[Pro­chain arti­cle : Un nua­ge, des lam­beaux… de consé­quen­ces]

Notes:

  1. Labo­ra­toi­re situé au Vési­net, le SCPRI est suc­ces­si­ve­ment deve­nu l’Office de pro­tec­tion contre les rayon­ne­ments ioni­sants (OPRI) et enfin l’actuel Ins­ti­tut de radio­pro­tec­tion et de sûre­té nucléai­re (IRSN), créé pour assu­rer la sur­veillan­ce dosi­mé­tri­que dans tous les domai­nes d’utilisation des rayon­ne­ments ioni­sants.
  2. À sup­po­ser que cet­te mesu­re ait pu être effec­ti­ve : stocks réels des com­pri­més d’iodure de potas­sium ; mode d’information et de dis­tri­bu­tion. De plus la pri­se doit être effec­ti­ve une demi-heu­re avant la conta­mi­na­tion, au plus tard deux heu­res après. Les dou­tes quant à l’application d’une tel­le mesu­re demeu­rent actuels. Inter­ro­gez à ce sujet votre phar­ma­cien… (le mien n’a pas de ces com­pri­més en sto­ck…)

Publicité bucolique. Quand EDF nous refait le coup de l”« électricité verte »

EDF, qui est dans la pana­de que l’on sait, ten­te crâ­ne­ment de détour­ner l’attention de l’opinion publi­que. Ain­si vient-elle de s’offrir une cam­pa­gne de publi­ci­té dans les quo­ti­diens dou­ble­ment éhon­tée : une plei­ne page à sa pro­pre gloi­re et à cel­le de ses cen­tra­les, cela à la veille du tren­tiè­me anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl – l’élégance même – et sur son thè­me men­son­ger de pré­di­lec­tion, le mythe d’une « élec­tri­ci­té ver­te ». Une pro­vo­ca­tion des plus indé­cen­tes !

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Cli­quer des­sus pour agran­dir, c’est trop beau !

A com­men­cer par l’image idyl­li­que et ver­doyan­te mon­trant une splen­di­de chu­te d’eau émer­geant de la mon­ta­gne et épou­sant avec grâ­ce la for­me de ces splen­di­des tours d’évaporation qui égaient tant nos pay­sa­ges. Trois jolis nua­ges, insou­ciants, mon­tent gaie­ment dans l’azur. C’est frais et buco­li­que. Un vrai chro­mo de calen­drier des pos­tes – d’avant l’invention du nucléai­re et ses catas­tro­phes ! Il man­que tou­te­fois quel­ques biches inno­cen­tes, Cen­drillon et ses sept nains, dont les plus ravis, Hol­lan­de et Macron – mais là, le tableau aurait été gâché.

À sui­vre avec le slo­gan « L’électricité bas car­bo­ne, c’est cen­tra­le ». Oui, cen­tra­le, avec un E. Ah ah ! elle est bon­ne. Et qui dit cen­tra­le, dit cen­tra­les nucléai­res et leurs 58 réac­teurs four­nis­sant 82,2 % de l’électricité pro­dui­te en Fran­ce. 1

À conti­nuer enco­re avec les trois lignes « fine­ment » bara­ti­neu­ses qui, d’un zes­te d’ « éner­gies renou­ve­la­bles » nous ser­vent le plus pétillant des cock­tails, « à 98% sans émis­sion de car­bo­ne ni de gaz à effet de ser­re ». Ce que EDF appel­le « un mix » de nucléai­re et de renou­ve­la­bles, selon la fameu­se recet­te du pâté d’alouette : un che­val pour une alouet­te.

Par­lons-en du nucléai­re « bas car­bo­ne » !

Tou­tes les opé­ra­tions liées au fonc­tion­ne­ment de l’industrie nucléai­re émet­tent des gaz à effet de ser­re : extrac­tion miniè­re et enri­chis­se­ment de l’uranium, construc­tion et déman­tè­le­ment des cen­tra­les, trans­port et « trai­te­ment » des déchets radio­ac­tifs, etc.

Ne pas oublier non plus les dizai­nes de sites ther­mi­ques, dont des cen­tra­les à char­bon, exploi­tées par EDF dans le mon­de, qui en font la 19e entre­pri­se émet­tri­ce de CO2 au niveau mon­dial. 2

Pen­dant ce temps, der­riè­re le décor d’opérette, EDF doit fai­re face à une réa­li­té autre­ment plus âpre (hors capi­lo­ta­de finan­ciè­re) :

•La construc­tion rui­neu­se de l’EPR de Fla­man­vil­le (tri­ple­ment du devis ini­tial), rui­neu­se et sur­tout poten­tiel­le­ment dan­ge­reu­se. Les défauts métal­lur­gi­ques déce­lés dans la cuve du réac­teur – piè­ce maî­tres­se – com­pro­met­tent cet­te ins­tal­la­tion (et d’autres en cours).

La chu­te d’une hau­teur de vingt mètres, le 31 mars 2016, d’un géné­ra­teur de vapeur de 450 ton­nes lors d’une manu­ten­tion – par une entre­pri­se sous-trai­tan­te… – dans un bâti­ment réac­teur de la cen­tra­le de Paluel (Nor­man­die). Pas de vic­ti­mes, heu­reu­se­ment, mais le bâti­ment a été for­te­ment ébran­lé, ce qui va deman­der une éva­lua­tion et une immo­bi­li­sa­tion de plu­sieurs mois des ins­tal­la­tions.

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Chu­te d’un géné­ra­teur de vapeur à Paluel. Moins gla­mour que la pub…

Pour cou­ron­ner le tout, l’Auto­ri­té de sûre­té nucléai­re (ASN) fran­çai­se vient de dénon­cer un fabri­cant de piè­ces métal­li­ques 3 qui, dans une soixan­tai­ne de cas au moins, a four­ni à ses clients com­me Are­va des pro­duits pré­sen­tant des mal­fa­çons, accom­pa­gnés de cer­ti­fi­cats fal­si­fiés. L’ASN a deman­dé à tou­tes les entre­pri­ses du sec­teur de véri­fier les piè­ces qu’elles uti­li­sent en pro­ve­nan­ce de cet­te PME, pour pou­voir stop­per les équi­pe­ments en cas de besoin.

Faux, usa­ge de faux : le Bureau Veri­tas a très vite por­té plain­te, sui­vi en mars par Are­va et le Com­mis­sa­riat à l’énergie ato­mi­que (CEA). Cer­tai­nes piè­ces en cau­se étaient en effet des­ti­nées au réac­teur de recher­che Jules-Horo­witz, qu’Areva construit pour le CEA à Cada­ra­che (Bou­ches-du-Rhô­ne).

Ou quand la réa­li­té rejoint la fic­tion : ce cas recou­pe exac­te­ment le scé­na­rio du film Le Syn­dro­me chi­nois dans lequel un four­nis­seur véreux est à l’origine d’une situa­tion catas­tro­phi­que dans une cen­tra­le nucléai­re. Ce film amé­ri­cain est sor­ti quel­ques jours avant l’accident de Three Miles Island en 1979 (fon­te du réac­teur).

Notes:

  1. Don­née de 2014, por­tée sur les fac­tu­res d’EDF.
  2. On peut, à ce pro­pos, signer la péti­tion lan­cée par le réseau Sor­tir du nucléai­re qui dénon­ce cet­te publi­ci­té men­son­gè­re d’EDF : http://www.sortirdunucleaire.org/CO2-mensonge-EDF#top
  3. SBS, une PME de Boën (Loi­re)

Tchernobyl, 26 avril 1986. Le monstre se déchaîne

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 Chro­ni­que de la catas­tro­phe nucléai­re de Tcher­no­byl - 2 

26 avril 1986. 1 h 23. En moins de cinq secon­des, le réac­teur s’est embal­lé, dépas­sant sa puis­san­ce jusqu’à cent fois. Il n’était plus contrô­la­ble, les bar­res de modé­ra­tion de la réac­tion nucléai­re ayant été éjec­tées. Des explo­sions suc­ces­si­ves se pro­dui­sent, sui­vies d’une autre, si for­te que la dal­le de 1 000 ton­nes de béton située au-des­sus du bâti­ment est pro­je­tée dans les airs, retom­bant incli­née sur le cœur du réac­teur, qui s’entrouvre alors. Un gigan­tes­que incen­die se décla­re. Plus de 100 ton­nes de com­bus­ti­bles radio­ac­tifs entrent en fusion. Un immen­se fais­ceau de lumiè­re aux reflets bleuâ­tres mon­te du cœur du réac­teur, illu­mi­nant l’installation dévas­tée, plon­gée dans l’obscurité.

Centrale nucléaire de Tchernobyl, Ukraine

« Ceux qui ont mené l’expérience, expli­que­ra par la sui­te le Pr Vas­si­li Nes­te­ren­ko  1, se sont lour­de­ment trom­pés dans leurs cal­culs. La puis­san­ce du réac­teur a brus­que­ment bais­sé à 30 méga­watts, au lieu des 800 méga­watts escomp­tés. Ils ont alors levé les bar­res mobi­les pour aug­men­ter la puis­san­ce. Mais là, à la sui­te d’un défaut de fabri­ca­tion, l’eau a rem­pli l’espace qu’avaient occu­pé les bar­res. La puis­san­ce est mon­tée en flè­che et l’eau est entrée en ébul­li­tion. Une radio­ly­se de l’eau a com­men­cé à se pro­dui­re, ce qui a pro­vo­qué la for­ma­tion d’un mélan­ge déto­nant d’oxygène et d’hydrogène. Ces pre­miè­res peti­tes explo­sions ont éjec­té entiè­re­ment les bar­res mobi­les des­ti­nées à arrê­ter le réac­teur en cas de pan­ne, le réac­teur n’était donc plus contrô­la­ble. En 5 secon­des, sa puis­san­ce a aug­men­té de 100 fois ! Les expé­ri­men­ta­teurs ont alors essayé d’enfoncer de nou­veau les bar­res, mais trop tard. Une immen­se explo­sion s’ensuivit. »

Tchernobyl-horloge

Quand tout a bas­cu­lé. [Musée de Tcher­no­byl]

His­to­rien fran­çais, de père rus­se, Nico­las Wer­th est un spé­cia­lis­te de l’histoire de l’Union sovié­ti­que. En 2006, dans la revue L’Histoire, à l’occasion du ving­tiè­me anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe, il en recons­ti­tuait la genè­se. Il reliait ain­si les faits au contex­te poli­ti­co-éco­no­mi­que du régi­me sovié­ti­que à bout de souf­fle. Son ana­ly­se se nour­rit d’un voya­ge qu’il effec­tue alors en Ukrai­ne. Voi­ci com­ment il recons­ti­tue ce qui demeu­re jusqu’à pré­sent l’accident nucléai­re le plus gra­ve de la pla­nè­te (On évi­te­ra l’inutile et sor­di­de com­pa­rai­son avec Fuku­shi­ma et ses qua­tre ins­tal­la­tions dévas­tées ; les contex­tes sont dif­fé­rents et les consé­quen­ces éga­le­ment, bien que tout aus­si incom­men­su­ra­bles.)

« Vik­tor Petro­vit­ch Briou­kha­nov [le direc­teur] est réveillé à 1 h 30 du matin. Pour ten­ter d’éteindre l’incendie, il fait appel à une sim­ple équi­pe de pom­piers de la vil­le de Pri­pyat […]. Le direc­teur télé­pho­ne au minis­tè­re de l’Énergie, à Mos­cou, vers 4 heu­res du matin. Il se veut ras­su­rant, affir­me que «  le cœur du réac­teur n’est pro­ba­ble­ment pas endom­ma­gé  ».

« Avec un équi­pe­ment déri­soi­re, sans aucu­ne pro­tec­tion spé­ci­fi­que, quel­ques dizai­nes de pom­piers s’efforcent de maî­tri­ser l’incendie, com­me s’il s’agissait d’un feu ordi­nai­re. Au petit matin, celui-ci est cir­cons­crit. Mais le cœur nucléai­re du réac­teur endom­ma­gé et le gra­phi­te conti­nuent de se consu­mer, déga­geant dans l’atmosphère une très for­te radio­ac­ti­vi­té. Les pom­piers, gra­ve­ment irra­diés, sont éva­cués vers l’hôpital local, puis, leur état empi­rant, ache­mi­nés vers Mos­cou, où la plu­part meu­rent, dans d’atroces souf­fran­ces, au cours des jours sui­vants.

« Ce n’est qu’après l’extinction de l’incendie géné­ré par l’explosion que la direc­tion de la cen­tra­le prend enfin conscien­ce de la gra­vi­té de la situa­tion : le coeur du réac­teur est atteint ! Mais per­son­ne, par­mi le per­son­nel de la cen­tra­le, ingé­nieurs, tech­ni­ciens, cadres diri­geants com­pris, n’a jamais été pré­pa­ré à fai­re face à une situa­tion pareille. La pan­ne la plus gra­ve envi­sa­gée par les construc­teurs était une rup­tu­re du sys­tè­me prin­ci­pal de refroi­dis­se­ment !

« Briou­kha­nov n’ordonne, dans l’immédiat, aucu­ne éva­cua­tion. Or, au moment de l’explosion, plus de 200 employés tra­vaillaient à la cen­tra­le, et plu­sieurs cen­tai­nes d’ouvriers s’affairaient à la construc­tion des cin­quiè­me et sixiè­me réac­teurs. Dans la mati­née du 26 avril, les alen­tours de la cen­tra­le grouillent de pom­piers et de mili­tai­res appe­lés en ren­fort. En ce same­di matin, les habi­tants de Pri­pyat vaquent tran­quille­ment à leurs occu­pa­tions. Près de 900 élè­ves, âgés de 10 à 17 ans, par­ti­ci­pent même au « Mara­thon de la paix » qui, de Pri­pyat au vil­la­ge de Kopa­chy, dis­tant de 7 kilo­mè­tres à pei­ne du réac­teur dévas­té, fait le tour de la cen­tra­le !

« Entre-temps, à Mos­cou, une com­mis­sion gou­ver­ne­men­ta­le est mise sur pied. Quel­ques-uns de ses mem­bres pren­nent l’avion pour Tcher­no­byl. Vale­ri Legas­sov, un haut res­pon­sa­ble du nucléai­re sovié­ti­que, témoi­gne : «  En nous appro­chant de Tcher­no­byl, dans la soi­rée du 26 avril, nous fûmes frap­pés par la cou­leur du ciel. A une dizai­ne de kilo­mè­tres, une lueur cra­moi­sie domi­nait les

Tchernobyl explosion

envi­rons. Pour­tant, les cen­tra­les nucléai­res ne rejet­tent habi­tuel­le­ment aucu­ne fumée. Mais ce jour-là, l’installation res­sem­blait à une usi­ne métal­lur­gi­que sur­mon­tée d’un épais nua­ge assom­bris­sant la moi­tié du ciel. Les res­pon­sa­bles étaient per­dus, para­ly­sés. Ils ne savaient où don­ner de la tête et n’avaient reçu aucu­ne direc­ti­ve. Les employés des trois autres blocs ato­mi­ques de la cen­tra­le n’avaient tou­jours pas quit­té leur pos­te. Per­son­ne n’avait pris soin de débran­cher la ven­ti­la­tion inté­rieu­re et les radio­élé­ments s’étaient répan­dus à tra­vers tou­tes les ins­tal­la­tions de la cen­tra­le »

« Le chef de la com­mis­sion gou­ver­ne­men­ta­le, Boris Cht­cher­bi­na, l’un des vice-pré­si­dents du Conseil des minis­tres de l’URSS, arri­vé sur pla­ce vers 21 heu­res, déci­de enfin d’ordonner l’évacuation, à par­tir du sur­len­de­main, 28 avril, 14 heu­res, de la popu­la­tion dans un rayon de 30 kilo­mè­tres autour de la cen­tra­le, et de fai­re appel à l’armée de l’air pour ten­ter d’ensevelir le coeur du réac­teur nucléai­re en fusion sous du sable et d’autres maté­riaux.

« Il fau­dra quin­ze jours à des équi­pes spé­cia­li­sées pour étouf­fer la réac­tion nucléai­re en déver­sant, depuis des héli­co­ptè­res, plu­sieurs mil­liers de ton­nes de sable, d’argile, de plomb, de bore (qui a la pro­prié­té d’absorber les neu­trons), de borax et de dolo­mi­te. Plus de 1 000 pilo­tes par­ti­ci­pè­rent à ces opé­ra­tions menées à bord d’hélicoptères mili­tai­res gros por­teurs.

[© Tass]

[© Tass]

« Attein­dre le coeur du réac­teur – un objec­tif d’une dizai­ne de mètres de dia­mè­tre – depuis une hau­teur de 200 mètres était une tâche ardue. Il fal­lait fai­re très vite : à cau­se de la for­mi­da­ble radia­tion qui se déga­geait du réac­teur en fusion – 1 500 rems 2 à 200 mètres de hau­teur –, les pilo­tes ne pou­vaient pas res­ter plus de 8 secon­des à la ver­ti­ca­le du réac­teur. Les pre­miers jours, les deux tiers des lar­ga­ges man­què­rent leur cible. En chu­tant, les gros paquets de sable explo­saient sous l’effet de la cha­leur. Les jours pas­sant, les ratés se firent plus rares. Le 30 avril, 160 ton­nes de sable, mélan­gé à de l’argile pour for­mer une mas­se plus com­pac­te, furent ain­si jetées sur le coeur nucléai­re en fusion. Les radia­tions chu­tè­rent brus­que­ment. Mais le len­de­main on s’aperçut que le sable avait fon­du et que les rejets de radio­nu­cléi­des avaient repris de plus bel­le.

« On déci­da alors de déver­ser d’énormes paquets en gros­se toi­le de para­chu­te conte­nant des cen­tai­nes de lin­gots de plomb, de la dolo­mi­te et du bore. Mais une nou­vel­le mena­ce se pro­fi­la. Les fon­da­tions de la cen­tra­le mon­traient des signes d’affaissement. Il fal­lait les ren­for­cer pour empê­cher le com­bus­ti­ble nucléai­re fon­du de péné­trer mas­si­ve­ment dans les sols. Des cen­tai­nes de mineurs du Don­bass furent appe­lés en ren­fort pour creu­ser un boyau de 170 mètres de long jus­que sous le réac­teur. [Ndlr : Dans le but de pré­ve­nir une nou­vel­le explo­sion et de pro­té­ger la nap­pe phréa­ti­que].

« Le 6 mai, l’émission de radia­tions chu­ta for­te­ment, pour attein­dre 150 rems. Le com­bat, néan­moins, n’était pas gagné. Vale­ri Legas­sov témoi­gne : «  Le 9 mai, le mons­tre avait appa­rem­ment ces­sé de res­pi­rer, de vivre. Nous nous apprê­tions à fêter la fin des opé­ra­tions, qui coïn­ci­dait jus­te­ment avec le jour anni­ver­sai­re de la vic­toi­re sur l’Allemagne nazie. Mais un nou­veau foyer s’est décla­ré. On ne savait plus ce qu’il fal­lait fai­re. On ne savait pas ce que c’était. Cela res­sem­blait à une mas­se incan­des­cen­te com­po­sée de sable, d’argile et de tout ce qui avait été jeté sur le réac­teur. On se remit au tra­vail et on jeta enco­re 80 ton­nes sup­plé­men­tai­res sur le cra­tè­re fumant. »

« […] Le géné­ral Ber­dov fit venir 1 200 auto­bus de Kiev. Les 45 000 habi­tants de Pri­pyat furent éva­cués en pre­mier, dans l’après-midi du 28 avril. Ils ne furent aver­tis de leur départ que quel­ques heu­res plus tôt, par la radio loca­le. « Ne pre­nez que le strict néces­sai­re : de l’argent, vos papiers et un peu de nour­ri­tu­re. Aucun ani­mal domes­ti­que. Vous serez vite de retour. Dans deux ou trois jours  ».

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« Vous serez vite de retour ! » [d.r.]

« Dans la soi­rée, les éva­cués arri­vè­rent dans la région rura­le de Poless­koie, dis­tan­te d’à pei­ne une cin­quan­tai­ne de kilo­mè­tres au sud-ouest. On les « ins­tal­la » chez les pay­sans du coin. Tous les bâti­ments d’exploitation, gran­ges, han­gars, éta­bles, furent réqui­si­tion­nés. Nom­breux étaient ceux qui souf­fraient déjà de nau­sées et de diar­rhées, pre­miers signes d’une for­te irra­dia­tion. Or, dans ces vil­la­ges, aucu­ne assis­tan­ce médi­ca­le n’était dis­po­ni­ble. Com­ble de l’absurde : la région de Poless­koie était elle-même for­te­ment conta­mi­née !

« Pour ten­ter d’éviter que les éva­cués ne se sau­vent, ordre fut don­né à cha­cun de poin­ter quo­ti­dien­ne­ment à l’administration loca­le, com­me devaient le fai­re les dépor­tés sous Sta­li­ne. Des cor­dons de poli­ce furent déployés sur les rou­tes et les voies fer­rées pour inter­cep­ter les fuyards. Non­obs­tant tous les obs­ta­cles, des mil­liers de per­son­nes s’enfuirent pour rejoin­dre Kiev ou une autre gran­de vil­le, ampli­fiant la rumeur sur la catas­tro­phe qui venait de se pro­dui­re.

« Dans les pre­miers jours de mai, l’évacuation s’amplifia : près de 100 000 per­son­nes, habi­tant dans une zone d’une tren­tai­ne de kilo­mè­tres autour de la cen­tra­le, furent éva­cuées à leur tour. Pour la plu­part, sim­ples kol­kho­ziens n’ayant jamais quit­té leur vil­la­ge, ce dépla­ce­ment for­cé, qui fai­sait remon­ter chez les plus âgés les sou­ve­nirs du grand exo­de de l’été 1941, consti­tua un pro­fond trau­ma­tis­me.

« Les éva­cua­tions se pro­lon­gè­rent jusqu’au mois d’août, après que les légis­la­teurs sovié­ti­ques eurent défi­ni qua­tre « zones de conta­mi­na­tion » […]

« Au total, quel­que 250 000 per­son­nes furent, en trois mois, éva­cuées des trois pre­miè­res zones. En un an, une nou­vel­le vil­le, Sla­vou­tit­ch, à une soixan­tai­ne de kilo­mè­tres de la cen­tra­le, sor­tit de ter­re. Fin 1987, elle comp­tait déjà plus de 30 000 habi­tants. De nom­breux occu­pants des zones conta­mi­nées furent éga­le­ment relo­gés dans des ban­lieues de Kiev. Le gou­ver­ne­ment octroya à cha­que éva­cué des indem­ni­tés : 4 000 rou­bles soit un an envi­ron de salai­re moyen par adul­te et 1 500 rou­bles par enfant.

[Pro­chain arti­cle : Com­me un nua­ge]

 

Notes:

  1. Vas­si­li Nes­te­ren­ko, phy­si­cien bié­lo­rus­se, direc­teur de l’Institut de l’énergie nucléai­re de l’Académie des scien­ces de Bié­lo­rus­sie de 1977 à 1987. Il a cher­ché à limi­ter les effets sani­tai­res de la catas­tro­phe, et aus­si à en limi­ter l’ampleur ; il est inter­ve­nu lui-même com­me liqui­da­teur pour lar­guer par héli­co­ptè­re­di­rec­te­ment dans le réac­teur en fusion des pro­duits de col­ma­ta­ge. Trois des qua­tre pas­sa­gers de l’hélicoptère sont morts des sui­tes de l’irradiation. Lui a sur­vé­cu jusqu’en 2008.
  2. Soit 3 000 fois plus que la dose maxi­ma­le tolé­rée en Fran­ce par an pour une per­son­ne. Le rem est une uni­té de mesu­re d’équivalent de dose de rayon­ne­ment ioni­sant.

Tchernobyl, 25 avril 1986. Tout va bien à la centrale Lénine

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 Chro­ni­que de la catas­tro­phe nucléai­re de Tcher­no­byl - 1 

Ce 25 avril 1986, un jour com­me bien d’autres à la cen­tra­le Léni­ne, ce fleu­ron du nucléai­re sovié­ti­que : qua­tre réac­teurs d’une puis­san­ce de 1.000 MW et deux autres en construc­tion. Ce devait être la plus puis­san­te cen­tra­le nucléai­re du bloc com­mu­nis­te. Car nous som­mes tou­jours à l’époque des deux « blocs » enne­mis. La fin de l’affrontement est pro­che. Dans moins de cinq ans c’en sera fini de l’URSS.

Marche arriè­re. La Répu­bli­que socia­lis­te sovié­ti­que d’Ukraine fut créée en 1921 et le 30 décem­bre 1922, l’URSS nais­sait, regrou­pant la Rus­sie, l’Ukraine, la Bié­lo­rus­sie et la Trans­cau­ca­sie. En 1932-1933, le vil­la­ge de Tcher­no­byl com­me tout le res­te de l’Ukraine fut odieu­se­ment tou­ché par la fami­ne – l’Holo­do­mor –, pro­vo­quant de 3 à 7 mil­lions de morts dans tout le pays. Mer­ci Sta­li­ne, « petit père des peu­ples ».

tchernobyl-ukraine-mapLa pre­miè­re cen­tra­le nucléai­re d’Ukraine voit le jour à par­tir de 1970 sur un affluent du Dnie­pr, dans les fau­bourgs de Pri­pyat, vil­le nou­vel­le de 40.000 habi­tants, près de la fron­tiè­re entre l’Ukraine et la Bié­lo­rus­sie, à 15 kilo­mè­tres de Tcher­no­byl et 110 au nord de Kiev.

La cen­tra­le devait regrou­per six réac­teurs. La construc­tion des « blocs » 1 et 2 débu­te en 1971 ; le pre­mier est mis en ser­vi­ce en 1977, le second, l’année sui­van­te. Les 3 et 4 sont mis en chan­tier en 1975 ; leur exploi­ta­tion com­men­ce res­pec­ti­ve­ment en 1981 et 1983. La construc­tion des 5 et 6 sera inter­rom­pue par la catas­tro­phe.

En 1985, l’Union sovié­ti­que dis­po­se de 46 réac­teurs nucléai­res, dont une quin­zai­ne de type RBMK 1000 d’une puis­san­ce élec­tri­que de 1 000 méga­watts cha­cun. À cet­te épo­que, la part du nucléai­re en Union sovié­ti­que repré­sen­te envi­ron 10 % de l’électricité pro­dui­te, et la cen­tra­le de Tcher­no­byl four­nit 10 % de l’électricité en Ukrai­ne.

Ladi­te cen­tra­le est alors diri­gée par Vik­tor Petro­vit­ch Briou­kha­nov, ingé­nieur en ther­mo­dy­na­mi­que, nom­mé en 1970 à ce pos­te pour « son volon­ta­ris­me mili­tant, sa volon­té et sa capa­ci­té à dépas­ser les quo­tas, dans le res­pect des règles de sécu­ri­té », selon la ter­mi­no­lo­gie en vigueur. C’était ce qu’on appel­le un appa­rat­chik.

Le com­plexe Léni­ne avait fait l’objet de rap­ports alar­mants dès sa construc­tion. Ain­si, ce rap­port confi­den­tiel signé en 1979 par You­ri Andro­pov, patron du KGB deve­nu ensui­te pré­si­dent du Soviet suprê­me de l’URSS. Il était fait état d’un man­que total de res­pect des nor­mes de construc­tion et des tech­no­lo­gies de mon­ta­ge tel­les que défi­nies dans le cahier des char­ges.

Ce point ser­vi­ra d’argument après la catas­tro­phe pour déni­grer la tech­no­lo­gie sovié­ti­que – « rus­ti­que-russ­to­que » – et van­ter la supé­rio­ri­té de l’américaine… Cela ser­vait évi­dem­ment la poli­ti­que d’affrontement des blocs, tout en valo­ri­sant un « nucléai­re sûr ». De la même maniè­re qu’après Fuku­shi­ma, Anne Lau­ver­geon (qui diri­geait alors Are­va) s’était empres­sée de van­ter – pour le ven­dre autant que pos­si­ble – la supé­rio­ri­té pré­ten­due de l’EPR fran­çais.

Biblio­gra­phie sélec­ti­ve  Ce fameux nua­ge… Tcher­no­byl, Jean-Michel Jac­que­min, Sang de la ter­re, 1999  Com­me un nua­ge, 30 ans après Tcher­no­byl, Fran­çois Pon­thieu, Gérard Pon­thieu, Le Condot­tie­re, 2016  Conta­mi­na­tions radio­ac­ti­ves : atlas Fran­ce et Euro­pe, Crii­rad et André Paris, éd. Yves Michel, 2002  La Comé­die ato­mi­que, Yves Lenoir, La Décou­ver­te, 2016  La Sup­pli­ca­tion, Svet­la­na Alexie­vit­ch, Lat­tès, 1998  La véri­té sur Tcher­no­byl, Gri­go­ri Med­ve­dev, Albin Michel, 1990  Le nucléai­re, une névro­se fran­çai­se - Patri­ck Piro, Les Petits matins, 2012   Maî­tri­ser le nucléai­re - Sor­tir du nucléai­re après Fuku­shi­ma,  Jean-Louis Bas­de­vant, Eyrol­les, 2012   Tcher­no­byl : enquê­te sur une catas­tro­phe annon­cée, Nico­las Wer­th - L’Histoire - n°308, avril 2006    Vers un Tcher­no­byl fran­çais ?, Eric Ouzou­nian, Nou­veau Mon­de Edi­tions, 2008   Le Mon­de  Libé­ra­tion  Scien­ces & Ave­nir  

Orga­nis­mes et sites  AFMT - Asso­cia­tion fran­çai­se des mala­des de la thy­roï­de  ASN - Auto­ri­té de sûre­té nucléai­re  C’est pour dire [en par­ti­cu­lier Tcher­no­byl. La ter­reur par le Men­son­ge, du 25 avril 2006]  Crii­rad - Com­mis­sion de recher­che et d’information indé­pen­dan­tes sur la radio­ac­ti­vi­té  Ina – Ins­ti­tut natio­nal de l’audiovisuel  IRSN – Ins­ti­tut de radio­pro­tec­tion et de sûre­té nucléai­re  La radioactivite.com  Obser­va­toi­re du nucléai­re  Sor­tir du nucléai­re  Wiki­pé­dia

Dans les deux cas, on s’empressait de met­tre le sys­tè­me nucléai­re hors de cau­se – c’était de la fau­te à la mau­vai­se tech­ni­que (sovié­ti­que), à des pan­nes de pom­pes sui­vies d’« actions de condui­te inap­pro­priée » (États-Unis – Three Miles Island) et aux élé­ments déchaî­nés (Japon).

La « guer­re froi­de », en quel­que sor­te, se réchauf­fait au nucléai­re. D’un côté, la tech­no­lo­gie dan­ge­reu­se des demeu­rés com­mu­nis­tes, de l’autre la triom­phan­te supé­rio­ri­té de l’empire capi­ta­lis­te. « RBMK ver­sus Westinghouse/General Elec­tric », le mat­ch suprê­me des poids-lourds ato­mi­ques…

Un mat­ch nul, en véri­té. Et, sur­tout, un com­bat émi­nem­ment dan­ge­reux et mor­ti­fè­re. À y regar­der de plus près, deux tech­no­cra­ties s’affrontaient au bord d’un gouf­fre, dans une même fui­te en avant.

À ma gau­che, si on peut dire, le sys­tè­me RBMK (du rus­se Reak­tor Bol­shoy Moshch­nos­ti Kanal­nyi : réac­teur de gran­de puis­san­ce à tube de for­ce). Avec ses avan­ta­ges cer­tains, com­me le char­ge­ment conti­nu du réac­teur en com­bus­ti­ble, et ses incon­vé­nients hélas démon­trés. Sans entrer dans les détails trop tech­ni­ques, les fai­bles­ses prin­ci­pa­les de ce sys­tè­me rési­dent dans la dif­fi­cul­té de contrô­le du cœur et dans l’absence d’enceinte de confi­ne­ment. 1. On y revient dans l’article sui­vant sur l’accident du 26 avril 1986.

Les réac­teurs de Tcher­no­byl ont été mis pro­gres­si­ve­ment à l’arrêt défi­ni­tif (le der­nier en 2000 seule­ment), ain­si que les deux réac­teurs de la cen­tra­le d’Ignalina, en Litua­nie. Il res­te, à ce jour, 11 réac­teurs RBMK en exploi­ta­tion, tous en Rus­sie et qui ont fait l’objet d’« amé­lio­ra­tions de sûre­té ».

À ma droi­te, on peut le dire, le sys­tè­me Wes­tin­ghou­se (à eau sous pres­sion) qui, avec son concur­rent Gene­ral Elec­tric (qui a rache­té Alstom en Fran­ce) domi­ne le nucléai­re mon­dial, aux États-Unis, bien sûr, mais aus­si au Japon et en Fran­ce, dont tous les réac­teurs sont sous licen­ce amé­ri­cai­ne, y com­pris les EPR fran­çais en (aven­tu­reu­se) construc­tion 2. Pas­sons sur les avan­ta­ges van­tés par ses concep­teurs (et uti­li­sa­teurs), tan­dis que ses failles ont écla­té au grand jour lors de l’accident à la cen­tra­le de Three Miles Island en Penn­syl­va­nie.

28 mars 1979. Les pom­pes prin­ci­pa­les d’alimentation en eau du sys­tè­me de refroi­dis­se­ment tom­bent en pan­ne vers 4 h du matin. Une sou­pa­pe auto­ma­ti­que res­te blo­quée. Les voyants ne l’indiquent pas. S’ensuit une per­te d’étanchéité du cir­cuit d’eau pri­mai­re. Le refroi­dis­se­ment du cœur n’est plus assu­ré, entraî­nant sa fusion. L’explosion est heu­reu­se­ment évi­tée et, de ce fait, les rejets à l’extérieur rela­ti­ve­ment limi­tés – selon les sour­ces offi­ciel­les. 3

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Les qua­tre « blocs » de la cen­tra­le Léni­ne. (Ph. Prav­da)

Retour à Tcher­no­byl. Ce 25 avril 1986, une expé­ri­men­ta­tion a été pro­gram­mée sur le réac­teur n°4. En gros, il s’agit de « voir » si on peut conti­nuer à maî­tri­ser le fonc­tion­ne­ment de la chau­diè­re (en par­ti­cu­lier son refroi­dis­se­ment) en cas de pan­ne d’alimentation élec­tri­que, cela en recou­rant à l’électricité rési­duel­le pro­dui­te par l’inertie des alter­na­teurs. Car un réac­teur, et une cen­tra­le en géné­ra­le, ne peu­vent fonc­tion­ner que s’ils sont ali­men­tés en élec­tri­ci­té ! C’est ain­si. D’où l’importance des grou­pes élec­tro­gè­nes de secours. Or, ces sales bêtes (entraî­nées par de puis­sants moteurs die­sel) sont capri­cieu­ses : elles vont jusqu’à rechi­gner au démar­ra­ge et, de plus, met­tent plus de qua­ran­te secon­des avant d’atteindre leur plein régi­me.

L’essai devait avoir lieu dans la jour­née, mais une pan­ne dans une autre cen­tra­le obli­ge à le dif­fé­rer pour main­te­nir le réac­teur 4 en pro­duc­tion. Une obli­ga­tion fâcheu­se pour l’expérience qui pré­co­ni­sait une mise en « repos » préa­la­ble de l’installation. De plus, par ce contre-temps, c’est l’équipe de relè­ve qui doit « se col­ler » à l’exercice, ce qui obli­ge à une pas­sa­tion des consi­gnes et expo­se à inter­pré­ta­tions.

Com­me sou­vent, un enchaî­ne­ment mal­heu­reux de cir­cons­tan­ces va condui­re à l’accident.

Réacteur RBMK. Mise en place des éléments combustibles

Réac­teur RBMK. Mise en pla­ce des bar­res de contrô­le. [©d.r.]

Le cœur de ce type de réac­teur est intrin­sè­que­ment insta­ble à cau­se d’un effet dit de « coef­fi­cient de vide posi­tif », qui favo­ri­se l’emballement de la réac­tion nucléai­re. En d’autres ter­mes, la puis­san­ce aug­men­te spon­ta­né­ment et doit sans ces­se être régu­lée par les opé­ra­teurs pour évi­ter la fon­te du cœur. Dans les réac­teurs amé­ri­cains, et dans les modè­les rus­ses modi­fiés, ce « coef­fi­cient de vide » est néga­tif : l’intensité de la réac­tion a ten­dan­ce à chu­ter d’elle-même sans inter­ven­tion exté­rieu­re.

Autre défaut majeur des RBMK : le délai beau­coup trop long – 20 secon­des – néces­sai­re au fonc­tion­ne­ment de son sys­tè­me d’arrêt d’urgence (la des­cen­te des bar­res de contrô­le). Enfin, son cœur de gra­phi­te et d’uranium est inflam­ma­ble à hau­te tem­pé­ra­tu­re.

Mal­gré ces fai­bles­ses, c’est bien l’expérimentation ris­quée et son dérou­lé qui ont déclen­ché l’accident. Expé­ri­men­ta­tion qui n’avait d’ailleurs pas obte­nu l’aval de l’organisme spé­cial (Gosa­tom­nad­zor) char­gé de super­vi­ser tous les aspects de la sûre­té nucléai­re.

L’équipe pas­sa outre, ayant reçu l’accord du direc­teur de la cen­tra­le, Vik­tor Petro­vit­ch Briou­kha­nov. En 1983, c’est lui qui signe « l’acte de mise en exploi­ta­tion expé­ri­men­ta­le » du qua­triè­me réac­teur alors même que tou­tes les véri­fi­ca­tions n’avaient pas été ache­vées. Ce qui lui valut, cet­te année-là, d’être déco­ré de l’ordre de l’Amitié des peu­ples… En 1986, il figu­rait sur la lis­te pro­po­sée des médaillés de l’Ordre du Tra­vail socia­lis­te à l’occasion de l’inauguration, pré­vue en octo­bre, du cin­quiè­me réac­teur, enco­re en construc­tion lors de l’explosion...

Au moment de l’expérimentation, Briou­kha­nov était ren­tré chez lui. Peut-être dor­mait-il déjà. Tout com­me l’ingénieur en chef, Niko­laï Fomi­ne. C’est donc Ana­to­li Dyat­lov, l’ingénieur en chef adjoint, qui diri­ge l’équipe d’expérimentateurs. 4

Per­son­ne ne se dou­te que ce 26 avril 1986 à Tcher­no­byl, ne sera pas un jour com­me les autres.

[Pro­chain arti­cle : Le mons­tre se déchaî­ne]

Notes:

  1. Cet­te enve­lop­pe de béton n’empêche pas son explo­sion (Fuku­shi­ma), ni des fui­tes de radio­ac­ti­vi­té dues au vieillis­se­ment, ni sa des­truc­tion lors d’un éven­tuel atten­tat, notam­ment aérien
  2. La coen­tre­pri­se nucléai­re entre Gene­ral Elec­tric et le japo­nais Hita­chi for­me l’un des prin­ci­paux construc­teurs nucléai­res mon­diaux avec le fran­çais Are­va et l’américano-japonais Wes­tin­ghou­se (grou­pe Toshi­ba). GE a ain­si fabri­qué trois des réac­teurs de Fuku­shi­ma-Daii­chi, dont deux ont été acci­den­tés.
  3. Le 16 mars 1979 – dou­ze jours avant l’accident – sor­tait aux États-Unis Le Syn­dro­me chi­nois, film de James Brid­ges dans lequel un acci­dent dans une cen­tra­le man­que de pro­vo­quer la fusion du cœur qui, en théo­rie,  ris­que­rait de s’enfoncer jusqu’au cen­tre de la Ter­re (et non jusqu’en Chi­ne com­me le lais­se­rait sup­po­ser le titre du film).
  4. En 1987, au ter­me d’un pro­cès à huis clos, Vik­tor Briou­kha­nov, Niko­laï Fomi­ne et Ana­to­li Diat­lov ont été condam­né à dix ans de réclu­sion. Ana­to­li Diat­lov et Iou­ri Laou­ch­ki­ne, for­te­ment irra­diés au moment de l’accident, mour­ront en déten­tion. L’ingénieur en chef Niko­laï Fomi­ne, lui, per­dra la rai­son. L’ex-directeur vit aujourd’hui à Kiev, où il est sim­ple employé d’une fir­me.

Tchernobyl, 30 ans après. Mensonges et désolation

logo26 avril 1986, Tcher­no­byl. 5 mars 2011, Fuku­shi­ma. Tren­te ans d’un côté, cinq de l’autre. Deux tris­tes anni­ver­sai­res qui mar­quent à jamais les deux plus gran­des catas­tro­phes liées à l’exploitation par l’homme de l’énergie nucléai­re. Une éner­gie bien par­ti­cu­liè­re que ses exploi­tants s’efforcent de ren­dre bana­le, ordi­nai­re… Une éner­gie de l’avenir, radieu­se (si on ose dire) et même pro­pre ! C’est ain­si que ses plus émi­nents repré­sen­tants, EDF au pre­mier chef, se sont invi­tés à la COP-21 afin d’y gref­fer leur habi­tuel­le pro­pa­gan­de en se rac­cro­chant au train du Pro­grès « décar­bon­né », dont les riants wagons ato­mi­ques, en effet, ne pro­dui­sent pas le si néfas­te CO2. Donc, plu­tôt la Pes­te (nucléai­re) que le Cho­lé­ra (fos­si­le).

Mais il tour­ne, le vent mau­dit du pseu­do-pro­grès qui a semé la déso­la­tion en Ukrai­ne et plus enco­re en Bié­lo­rus­sie, et tout alen­tour jus­que sur nos têtes et sous nos pieds, dans pres­que tou­te l’Europe. Puis une autre tem­pê­te aus­si malé­fi­que s’est déchaî­née à par­tir du Japon, rui­nant une par­tie du pays, chas­sant sa popu­la­tion, mena­çant la san­té, pro­fa­nant les océans et le mon­de vivant.

Le vent tour­ne, en effet. Le vent du soleil qui fait tur­bi­ner les éolien­nes, pro­duit les marées, rem­plit les bar­ra­ges, élec­tri­se les pan­neaux pho­to­vol­taï­ques. Le vent d’un autre ave­nir qui refu­se la ter­reur de la Tou­te-Puis­san­ce tech­no­lâ­tre à la mer­ci d’un cou­ver­cle de cuve fis­su­ré, d’un cla­pet récal­ci­trant, d’un séis­me et d’une inon­da­tion, de ter­ro­ris­tes hal­lu­ci­nés, d’un Doc­teur Fola­mour aux ordres de son déli­re.

En coor­di­na­tion avec la coopé­ra­ti­ve d’Europe Éco­lo­gie – Les Verts (région Paca), « C’est pour dire » va publier et dif­fu­ser à par­tir de lun­di une série d’articles mar­quant le tren­tiè­me anni­ver­sai­re de cet­te catas­tro­phe – tou­jours en cours, il ne faut pas l’oublier. En quoi un acci­dent nucléai­re ne peut être com­pa­ra­ble à aucun autre acci­dent lié à l’activité humai­ne.

Au pro­gram­me

Lun­di 25. 1) 25 avril 1986. Tout va bien à la cen­tra­le Léni­ne

Mar­di 26. 2) Le mons­tre s’est déchaî­né

Mer­cre­di 27. 3)  Com­me un nua­ge

Jeu­di 26. 4) Un nua­ge, des lam­beaux par­tout

Ven­dre­di 26 5) Acci­dents connus… et dis­si­mu­lés

Same­di 27. 6) Coût esti­mé d’un acci­dent majeur

 

Et aujourd’hui , en avant-pro­gram­me

Une centrale, des Inconnus



Cyclisme : le dopage technologique enfin avoué

Ca y est, tout est avoué : voi­ci l’ère du dopa­ge tech­no­lo­gi­que ! Les soup­çons ne man­quaient pas : ces démar­ra­ges ful­gu­rants de cham­pions cyclis­tes dans des mon­tées de cols, que même une moby­let­te n’aurait pas pu ; ces roues qui conti­nuent à tour­ner lors d’une chu­te… Et c’est tout de même moins ris­qué, à tous points de vue, que la piquou­se et autres potions « magi­ques ». Le repor­ta­ge ci-des­sous dévoi­le enfin la face cachée de ce nou­veau dopa­ge. Tan­dis que bibi, sur son VAE (vélo à assis­tan­ce élec­tri­que), ne fait pas mys­tè­re des limi­tes de ses mol­lets…


Cyclis­me : dopa­ge tech­no­lo­gi­que, le nou­veau scan­da­le

Le « pro­grès » ? La tech­no­lo­gie + la fal­si­fi­ca­tion. Qu’il s’agisse de sport ou de finan­ce, l’époque est vrai­ment sen­sass ! À quand la raquet­te de ten­nis à laser et la bal­le-mis­si­le sub­ti­le­ment télé­gui­dée ?


Halte à la dissidence ! Halte aux attentats anti « smartphones » !

Pris sur Twit­ter en plei­ne cri­se d’anormalité, ce dis­si­dent attra­pé au col­let par la vidéo-sur­veillan­ce, sera bien­tôt tra­duit devant le tri­bu­nal de Big Bro­ther. Nul dou­te que cet atten­tat à la smar­ti­tu­de télé­pho­ni­que sera puni avec la sévé­ri­té qui s’impose. Et que cet­te scè­ne déplo­ra­ble ser­ve de leçon aux éven­tuels délin­quants, heu­reu­se­ment de plus en plus rares !

dissident_2016

Aujourd’hui , en Fran­ce, sur un quai de gare… [Ph. d.r.]


Nucléaire. Michel Onfray, trop bavardo-actif

onfray_le_pointMichel Onfray devrait mieux se gar­der de son enne­mi du dedans, ce dia­blo­tin qui le pous­se à trop se mon­trer. Ici, la une du Point, là, en vedet­te chez Ruquier, en par­lo­tes sur les ondes, en maints endroits et sur tous les sujets ou pres­que, ce qui est bien périlleux. Sur­tout quand, de sur­croît, on s’aventure dans des domai­nes qui impli­quent quel­que com­pé­ten­ce idoi­ne. Notam­ment sur le nucléai­re. C’est ain­si qu’il se prend une bon­ne raclée (salu­tai­re ?), infli­gée par Sté­pha­ne Lhom­me, direc­teur de l’Observatoire du nucléai­re. Où l’on voit que la phi­lo ne déver­rouille pas for­cé­ment tou­tes les por­tes du savoir.

Michel Onfray explose 
sur le nucléaire

par Sté­pha­ne Lhom­me, direc­teur de l’Observatoire du nucléai­re

On ne peut que res­ter sidé­ré par le tex­te de Michel Onfray, publié par Le Point 1, par lequel il démon­tre son igno­ran­ce tota­le de la ques­tion du nucléai­re... ce qui ne l’empêche pas de pren­dre ardem­ment posi­tion en faveur de cet­te éner­gie. C’est d’ailleurs pro­ba­ble­ment par­ce qu’il n’y connaît rien qu’il prend cet­te posi­tion.

Il ne s’agit pas pour nous de contes­ter le libre-arbi­tre de M. Onfray qui peut bien être favo­ra­ble à l’atome (tout le mon­de a le droit de se trom­per), mais de rec­ti­fier les erreurs les plus impor­tan­tes qu’il com­met en s’exprimant sur cet­te ques­tion. Nous poin­tons en par­ti­cu­lier le tex­te « Catas­tro­phe de la pen­sée catas­tro­phis­te », publié par Le Point le 22/03/2011, c’est à dire 10 jours après le début de la catas­tro­phe de Fuku­shi­ma. Voyons cela à tra­vers quel­ques extraits :

On se rap­pro­che du 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl, tan­dis qu’on vient de dépas­ser le 5e de cel­le de Fuku­shi­ma. Rap­pe­lons que ces acci­dents majeurs sont tou­jours en cours ; car on n’efface pas les consé­quen­ces de tels désas­tres nucléai­res.

Michel Onfray :  « A défaut de pétro­le, et dans la pers­pec­ti­ve de l’épuisement des éner­gies fos­si­les com­me le char­bon, le nucléai­re offrait en plei­ne guer­re froi­de une pos­si­bi­li­té d’indépendance natio­na­le en matiè­re d’énergie civi­le. »

Sté­pha­ne Lhom­me : Michel Onfray igno­re donc que, s’il a pro­duit jusqu’à 80% de l’électricité fran­çai­se, le nucléai­re n’a jamais cou­vert plus de 17% de la consom­ma­tion natio­na­le d’énergie : même pous­sé à son maxi­mum (jusqu’à devoir bra­der les sur­plus à l’exportation), l’atome ne repré­sen­te qu’une peti­te part de l’énergie fran­çai­se, loin der­riè­re le pétro­le et le gaz et il est donc bien inca­pa­ble d’assurer une quel­con­que « indé­pen­dan­ce éner­gé­ti­que ». Ce n’est d’ailleurs même pas le cas de ces 17% puis­que la tota­li­té de l’uranium (le com­bus­ti­ble des cen­tra­les) est impor­tée… ce que M. Onfray recon­naît pas ailleurs :

Michel Onfray : « Revers de la médaille : l’indépendance de la Fran­ce se payait tout de même d’une poli­ti­que afri­cai­ne cyni­que et machia­vé­lien­ne. »

SL : On s’étonnera de la curieu­se indul­gen­ce que Onfray accor­de à la « poli­ti­que afri­cai­ne cyni­que et machia­vé­lien­ne » : pour le phi­lo­so­phe hédo­nis­te, tout serait donc bon pour nour­rir nos bel­les cen­tra­les nucléai­res ? Le pilla­ge et la conta­mi­na­tion du Niger, l’assèchement des nap­pes phréa­ti­ques loca­les, le dépla­ce­ment de popu­la­tions ances­tra­les, la mili­ta­ri­sa­tion de la région : sim­ple « revers de la médaille » ?

On s’étonnera enco­re plus de voir le phi­lo­so­phe mêler allè­gre­ment cet­te pré­ten­due « indé­pen­dan­ce » et la dite poli­ti­que afri­cai­ne : s’il y a « indé­pen­dan­ce » de la Fran­ce, com­ment peut-elle pas­ser par l’Afrique ? A ce comp­te, la Fran­ce est « indé­pen­dan­te » pour sa consom­ma­tion de pétro­le puisqu’elle entre­tient de bon­nes rela­tions avec la dic­ta­tu­re d’Arabie Saou­di­te. Mais le fes­ti­val conti­nue :

Michel Onfray :  « On ne trou­ve pas d’uranium dans le Can­tal ou la Cor­rè­ze... »

SL : Mais si, bien sûr, il y a de l’uranium en Fran­ce, y com­pris dans le Can­tal et en Cor­rè­ze ! Are­va (à l’époque la Coge­ma) a exploi­té dans le pays des cen­tai­nes de mines d’uranium, ce qui fait d’ailleurs que le ter­ri­toi­re est enco­re lar­ge­ment conta­mi­né  2. Et si 100% de l’uranium est désor­mais impor­té (pillé), c’est que la popu­la­tion fran­çai­se ne tolè­re­rait plus aujourd’hui cet­te acti­vi­té et ses nui­san­ces dra­ma­ti­ques.

Essayez donc de rou­vrir une mine d’uranium quel­que part en Fran­ce et vous ver­rez immé­dia­te­ment les rive­rains se mobi­li­ser avec la der­niè­re éner­gie, à com­men­cer par les pro­nu­cléai­res (qui connais­sent mieux que per­son­ne, eux, les rava­ges qu’ils nient le res­te du temps). Alors, on conti­nue tran­quille­ment de piller le Niger, où les mani­fes­ta­tions anti-Are­va sont répri­mées sans état d’âme 3, sans jamais fai­re la Une des médias en Fran­ce, et sans émou­voir le phi­lo­so­phe pro­nu­cléai­re qui conti­nue à s’enfoncer :

Michel Onfray : « Le pho­to­vol­taï­que, la bio­mas­se, l’éolien, l’hydraulique fonc­tion­nent en appoint mais ne suf­fi­sent pas à répon­dre à la tota­li­té du consi­dé­ra­ble besoin d’énergie de nos civi­li­sa­tions.  »

SL : Les éner­gies renou­ve­la­bles seraient donc bien sym­pa­thi­ques, mais tel­le­ment fai­bles com­pa­rées à ce cher ato­me. Il suf­fit pour­tant de se repor­ter aux don­nées les plus offi­ciel­les, par exem­ple l’édition 2013 (la der­niè­re en date) de Key World Ener­gy Sta­tis­tics (publié par l’Agence inter­na­tio­na­le de l’énergie), en consul­ta­tion libre 4 : on consta­te alors que, en 2011 (il faut deux ans pour recueillir les don­nées exac­tes), les éner­gies renou­ve­la­bles pro­dui­saient 20,3% de l’électricité mon­dia­le, le nucléai­re n’étant qu’à 11,7%, une part en déclin conti­nu depuis 2001 - c’est à dire bien avant Fuku­shi­ma - quand l’atome avait atteint son maxi­mum : 17%.

Or c’est pré­ci­sé­ment en 2011 qu’a com­men­cé la catas­tro­phe nucléai­re au Japon, avec la fer­me­tu­re des 54 réac­teurs du pays, sui­vie de la fer­me­tu­re défi­ni­ti­ve de 8 réac­teurs en Alle­ma­gne, mais aus­si der­niè­re­ment de 5 réac­teurs aux USA (du fait du coût trop éle­vé de l’électricité nucléai­re) : aujourd’hui, la part du nucléai­re dans l’électricité mon­dia­le est pas­sée sous les 10%. Les éner­gies renou­ve­la­bles font donc plus du dou­ble.

La réa­li­té est enco­re plus édi­fian­te lorsqu’on regar­de l’ensemble des éner­gies et non plus la seule élec­tri­ci­té : le nucléai­re cou­vre moins de 2% de la consom­ma­tion mon­dia­le d’énergie quand les renou­ve­la­bles (prin­ci­pa­le­ment hydro­élec­tri­ci­té et bio­mas­se) sont à plus de 13%. On pour­ra cer­tes se déso­ler de ce que le trio pétro­le-gaz-char­bon repré­sen­te 85% du total mais, s’il exis­te une alter­na­ti­ve, elle vient bien des renou­ve­la­bles, dont la part aug­men­te conti­nuel­le­ment, et cer­tai­ne­ment pas du nucléai­re dont la part est infi­me et en déclin.

S’il est une éner­gie « d’appoint », com­me dit Michel Onfray, c’est donc bien le nucléai­re, qui réus­sit cepen­dant l’exploit de cau­ser des pro­blè­mes gigan­tes­ques (catas­tro­phe, déchets radio­ac­tifs, pro­li­fé­ra­tion à des fins mili­tai­res, etc.) en échan­ge d’une contri­bu­tion négli­gea­ble à l’énergie mon­dia­le.

N.B. : il ne s’agit pas de dis­cu­ter ici des tares res­pec­ti­ves des dif­fé­ren­tes éner­gies (si tant est que cel­les des renou­ve­la­bles puis­sent être com­pa­rées à cel­les, effroya­bles, de l’atome), il s’agit de mon­trer que le rai­son­ne­ment du phi­lo­so­phe s’appuie sur des don­nées tota­le­ment faus­ses, et même inver­ses à la réa­li­té (com­me si « le réel n’avait pas lieu »...), ce qui ne lui per­met évi­dem­ment pas d’aboutir à des conclu­sions lumi­neu­ses.

Michel Onfray : « Qui ose­rait aujourd’hui invi­ter à vivre sans élec­tri­ci­té ?  »

SL : Il est tris­te de voir le phi­lo­so­phe se lais­ser aller à des argu­ments si écu­lés que même les com­mu­ni­cants d’EDF ou d’Areva n’y ont plus recours. Ain­si, sans nucléai­re, point d’électricité ? Il suf­fit de se repor­ter au point pré­cé­dent pour consta­ter l’absurdité de cet­te remar­que. Mais il y a pire enco­re :

Michel Onfray : « Avec la catas­tro­phe japo­nai­se, la ten­ta­tion est gran­de de renon­cer à la rai­son. Les ima­ges télé­vi­sées mon­trent le cata­clys­me en bou­cle… ». Le phi­lo­so­phe stig­ma­ti­se les irres­pon­sa­bles selon les­quels « Il suf­fit dès lors d’arrêter tout de sui­te les cen­tra­les et de se met­tre aux éner­gies renou­ve­la­bles demain matin  ».

SL : Ain­si, face à l’explosion d’une cen­tra­le nucléai­re cen­sée résis­ter à tout, les Japo­nais étant pré­sen­tés jusqu’alors com­me les maî­tres de la construc­tion anti­sis­mi­que, la « rai­son » serait de reje­ter tou­te mise en cau­se de cet­te façon de pro­dui­re de l’électricité ! Notons cepen­dant que les Japo­nais ont « cédé à l’émotion » de façon par­fai­te­ment « irra­tion­nel­le » en fer­mant leurs 54 réac­teurs nucléai­res (non pas en un jour mais en un an : un bon exem­ple pour la Fran­ce et ses 58 réac­teurs).

Il est vrai que, com­me Onfray, le pre­mier minis­tre ultra­na­tio­na­lis­te Shin­zo Abe choi­sit la pré­ten­due « rai­son » en exi­geant la remi­se en ser­vi­ce de cer­tai­nes cen­tra­les. Mais la popu­la­tion (la rai­son popu­lai­re ?) s’y oppo­se fron­ta­le­ment : peut-être ne tient-elle pas, de façon tout à fait « irra­tion­nel­le », à être à nou­veau irra­diée ?

Michel Onfray :  « Or il nous faut pen­ser en dehors des émo­tions. La catas­tro­phe fait par­tie du mon­de (…) Ce qui a lieu au Japon relè­ve d’abord de la catas­tro­phe natu­rel­le ». RAPPEL :  » Tcher­no­byl pro­cè­de (…) de l’impéritie indus­triel­le et bureau­cra­ti­que sovié­ti­que, en aucun cas du nucléai­re civil en tant que tel. » (Féé­ries ana­to­mi­ques, 2003)

SL : Cet argu­men­tai­re est vieux com­me le nucléai­re, usé jusqu’à la cor­de, et pour tout dire pro­fon­dé­ment ridi­cu­le : « Tcher­no­byl c’est la fau­te aux Sovié­ti­ques, Fuku­shi­ma, c’est la fau­te au tsu­na­mi ». Le nucléai­re et ses pro­mo­teurs n’y sont jamais pour rien ! Tou­te­fois, pro­ba­ble­ment conscient de la fai­bles­se du rai­son­ne­ment, Onfray inven­te le concept de catas­tro­phe « natu­rel­le »… mais quand même un peu à cau­se des hom­mes :

Michel Onfray :  « Les Japo­nais ont fait pren­dre des ris­ques consi­dé­ra­bles à l’humanité et à la pla­nè­te. (…) Si l’on bâtit 17 cen­tra­les nucléai­res, pour un total de 55 réac­teurs, dans un pays quo­ti­dien­ne­ment sujet aux secous­ses sis­mi­ques, il faut bien que cet­te catas­tro­phe natu­rel­le inévi­ta­ble soit ampli­fiée par la catas­tro­phe cultu­rel­le évi­ta­ble qu’est la mul­ti­pli­ca­tion de ces bom­bes ato­mi­ques japo­nai­ses poten­tiel­les... »

SL : Voi­là qui fait pen­ser à Sar­ko­zy assu­rant qu’une catas­tro­phe nucléai­re ne pou­vait se pro­dui­re à la cen­tra­le de Fes­sen­heim, l’Alsace étant à l’abri des tsu­na­mis. Or il exis­te de mul­ti­ples cau­ses pos­si­bles pour abou­tir à une catas­tro­phe nucléai­re, qu’il s’agisse de fac­teurs natu­rels (séis­mes, tsu­na­mis, inon­da­tions, etc.) ou humains (erreur de concep­tion, de main­te­nan­ce, d’exploitation, etc.).

Il est en réa­li­té par­fai­te­ment injus­ti­fié d’attribuer tous les torts aux seuls Japo­nais, l’Agence inter­na­tio­na­le pour l’énergie ato­mi­que (AIEA) ayant régu­liè­re­ment vali­dé les mesu­res de sûre­té face à tous les ris­ques, y com­pris celui du tsu­na­mi. Ce fut d’ailleurs le cas après un vio­lent séis­me qui, en juillet 2007, avait pré­fi­gu­ré Fuku­shi­ma en met­tant à mal la plus gran­de cen­tra­le nucléai­re du mon­de, cel­le de Kashi­wa­sa­ki : c’est hélas un haut diri­geant de l’Autorité de sûre­té fran­çai­se qui avait alors diri­gé une mis­sion de l’AIEA et décré­té que les cen­tra­les japo­nai­ses pou­vaient conti­nuer à fonc­tion­ner sans ris­que 5

Il tout aus­si vain d’attribuer Fuku­shi­ma à la Natu­re : ce sont bien des humains qui ont fait tous les cal­culs et sont arri­vés à la conclu­sion que les cen­tra­les résis­te­raient à un séis­me et/ou un tsu­na­mi. Les humains sont failli­bles par essen­ce, ils se met­tent tou­jours en dan­ger quoi qu’ils fas­sent. Ce n’est cer­tes pas une rai­son pour ne rien fai­re, mais c’est assu­ré­ment une bon­ne rai­son pour se pas­ser des cen­tra­les nucléai­res (et des bom­bes ato­mi­ques) qui repré­sen­tent un dan­ger ulti­me. Or Onfray enton­ne le doux refrain susur­ré depuis 40 ans par la CGT-éner­gie :

Michel Onfray : « Ici, com­me ailleurs, il est temps que, com­me avec la diplo­ma­tie et la poli­ti­que étran­gè­re qui échap­pent au pou­voir du peu­ple, les éli­tes ren­dent des comp­tes aux citoyens. Le nucléai­re ne doit pas être remis en ques­tion dans son être mais dans son fonc­tion­ne­ment : il doit ces­ser d’être un reli­quat monar­chi­que pour deve­nir une affai­re répu­bli­cai­ne. »

SL : Il suf­fi­rait donc que les citoyens et les sala­riés de l’atome s’emparent de l’industrie nucléai­re, et cel­le-ci devien­drait mira­cu­leu­se­ment « sûre ». C’est à nou­veau oublier que l’être humain est par natu­re failli­ble, mais c’est aus­si oublier que la popu­la­tion n’a en gran­de majo­ri­té aucu­ne inten­tion de se trans­for­mer en exploi­tant nucléai­re ! Les mal­heu­reux qui n’ont pas accès à l’électricité sont sou­vent ins­tru­men­ta­li­sés par les ato­mis­tes, les­quels accu­sent les anti­nu­cléai­res de vou­loir main­te­nir des mil­liards de gens dans la misè­re. Mais les pau­vres aus­si savent se ren­sei­gner et s’organiser et, s’ils veu­lent bien l’électricité, ils rejet­tent cel­le issue de l’atome : il n’y a qu’à voir les mani­fes­ta­tions anti­nu­cléai­res ultra-mas­si­ves en Inde, tant contre un pro­jet de cen­tra­le rus­se que contre celui du fran­çais Are­va 6.

Conclu­sion :

Michel Onfray : « L’énergie nucléai­re n’a jamais cau­sé aucun mort : Hiro­shi­ma et Naga­sa­ki, puis Tcher­no­byl pro­cè­dent du déli­re mili­tai­re amé­ri­cain, puis de l’impéritie indus­triel­le et bureau­cra­ti­que sovié­ti­que, en aucun cas du nucléai­re civil en tant que tel. » (Fée­ries ana­to­mi­ques, 2003)

SL : On retrou­ve ici exac­te­ment le même gen­re d’arguments que ceux de la tris­te­ment célè­bre Natio­nal Rifle Asso­cia­tion (le puis­sant lob­by des armes à feu aux USA) qui assu­re que pis­to­lets et fusils ne tuent per­son­ne, la fau­te étant exclu­si­ve­ment cel­le des gens qui appuient sur les gâchet­tes. C’est d’ailleurs for­mel­le­ment exact, for­mel­le­ment mais stu­pi­de­ment car c’est de ain­si que se mul­ti­plient les cri­mes de mas­se jus­que dans les éco­les amé­ri­cai­nes. Pour reve­nir à nos mou­tons, on pour­ra accor­der à Michel Onfray, s’il y tient vrai­ment, que le nucléai­re n’a tué per­son­ne : ce sont donc les gens qui exploi­tent le nucléai­re qui tuent. Nous voi­là bien avan­cés.

Mais notre pro­pos n’est pas de riva­li­ser avec Michel Onfray : si jamais il lit cet­te modes­te mise au point, peut-être accep­te­ra-t-il de se ren­sei­gner un peu sur l’atome et sa part dans l’électricité mon­dia­le, l’uranium et ses mines en Fran­ce et au Niger, les cen­tra­les et leur pré­ten­due « accep­ta­tion » par la popu­la­tion qui n’a pas for­cé­ment la chan­ce de fré­quen­ter l’Université popu­lai­re de Caen mais qui par­vient néan­moins à s’informer et à pen­ser col­lec­ti­ve­ment.

Sté­pha­ne Lhom­me 
Obser­va­toi­re du nucléai­re
http://www.observatoire-du-nucleaire.org
28 août 2014

(Et grand mer­ci à l’auteur !)

Intelligence artificielle. Un ou deux doigts ?

Mars 2016, date à rete­nir… Alpha­Go, le pro­gram­me d’intelligence arti­fi­ciel­le mis au point par Goo­gle, a bat­tu Lee Sedol, joueur 9e dan, alors consi­dé­ré com­me un des meilleurs joueurs mon­diaux de go, en rem­por­tant suc­ces­si­ve­ment les trois pre­miè­res par­ties, puis la cin­quiè­me d’un mat­ch en cinq par­ties.

Le pro­gram­me s’est vu décer­ner le titre de grand maî­tre du go le plus éle­vé qui soit, réser­vé à ceux dont les capa­ci­tés à ce jeu très ancien relè­vent du « divin », selon l’association sud-coréen­ne du go. Cel­le-ci a annon­cé la dis­tinc­tion avant la cin­quiè­me man­che dis­pu­tée mar­di par le super ordi­na­teur et le cham­pion du mon­de de ce jeu inven­té il y a près de 3000 ans en Chi­ne.

Les com­bats hom­me-ordi­na­teur fas­ci­nent depuis des décen­nies. Déjà en 1959, une fem­me se confron­tait à une machi­ne dans un jeu des deux doigts. On note­ra aus­si, en pas­sant, qu’entre la machi­ne et la fem­me-poti­che à deux doigts, se dres­sait déjà un erec­tus du modè­le domi­nant.

© Docu­ment Ina, 1959


« Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

3/5/16 La sous­crip­tion est clo­se. Grand mer­ci aux valeu­reux contri­bu­teurs qui ont per­mis la publi­ca­tion de ce modes­te ouvra­ge. Des exem­plai­res res­tent dis­po­ni­bles, en ven­te ci-contre (colon­ne de droi­te).

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Mer­ci enco­re !

Fran­çois et Gérard Pon­thieu


Fukushima, cinq ans après : « Ça s’arrose » à l’Écomotive de Marseille

Cinq ans après Fuku­shi­ma, tren­te après Tcher­no­byl, « ça s’arrose » !… On aime­rait en rire, si ces deux anni­ver­sai­res n’étaient syno­ny­mes de dra­mes et de dévas­ta­tions. Ce ven­dre­di 11 mars à Mar­seille (et ailleurs aus­si *), la coopé­ra­ti­ve d’Europe Éco­lo­gie-Les Verts orga­ni­se une soi­rée Fuku­shi­ma (pro­gram­me ci-contre) afin de rap­pe­ler que, par ses consé­quen­ces incal­cu­la­bles et son éta­le­ment dans la durée, une catas­tro­phe nucléai­re n’est com­pa­ra­ble à aucu­ne autre catas­tro­phe indus­triel­le ou natu­rel­le.

Ven­dre­di à Mar­seille – Dans le cadre de l’appel de Bru­no Bous­sa­gol pour l’organisation de 1 000 évè­ne­ments cultu­rels en Fran­ce pour com­mé­mo­rer les 5 ans de Fuku­shi­ma et les 30 ans de Tcher­no­byl, la coopé­ra­ti­ve EELV PACA orga­ni­se à Mar­seille à l’Éco­mo­ti­ve, ven­dre­di 11 mars à par­tir de 18H30, une soi­rée cultu­rel­le Fuku­shi­ma, à entrée libre mais limi­tée en nom­bre de pla­ces.

acteurs_réacteursAu pro­gram­me :  18h 30  accueil musi­cal par l’orchestre du  Bam­boo Orches­tra. 19 h  lec­tu­re théâ­tra­li­sée d’extraits de la piè­ce d’Alain Per­sat « Acteurs Réac­teurs », créée en 2015 sur le thè­me du nucléai­re. 19h 45 débat sur des solu­tions alter­na­ti­ves aux éner­gies nucléai­res et fos­si­les, qui peu­vent être mises en œuvre à l’échelle d’une famil­le ou d’une col­lec­ti­vi­té. Vers 20h 30, repas bio végé­ta­rien et local autour d’une gran­de table.

Pré-réser­va­tion néces­sai­re ici.

Un rap­pel salu­tai­re au moment où le ris­que nucléai­re revient sur le devant de la scè­ne. Notam­ment avec le pro­jet de pro­lon­ger de dix ans la durée d’exploitation des réac­teurs du parc fran­çais vieillis­sant (58 réac­teurs, plus l’EPR de Fla­man­vil­le en cours de construc­tion pro­blé­ma­ti­que). Et cela au moment où la Suis­se, l’Allemagne et le Luxem­bourg deman­dent la fer­me­tu­re à court ter­me des cen­tra­les fron­ta­liè­res de Fes­sen­heim, Bugey et Cat­te­nom. Au moment enco­re où EDF se voit ployer sous la char­ge finan­ciè­re cumu­lée de trois « héri­ta­ges » : remi­se aux nor­mes du par­ce nucléai­re de l’après-Fukushima ; repri­se par­tiel­le des acti­vi­tés d’Areva – et de sa failli­te ; cas­se-tête des EPR en pro­jet (Gran­de-Bre­ta­gne, Chi­ne) et en construc­tion plus que pro­blé­ma­ti­que (Fin­lan­de, Fran­ce) – avec démis­sion du direc­teur finan­cier de l’électricien…

La bon­ne nou­vel­le de ce fatras, si on ose dire, c’est que « notre » élec­tri­ci­té si appa­rem­ment « com­pé­ti­ti­ve » va aug­men­ter sale­ment dans les mois et années qui vien­nent (de 30 à 50 % !). Bon­ne nou­vel­le en ce sens que le coût réel du nucléai­re se dévoi­le­ra dans sa réa­li­té crue face aux éner­gies alter­na­ti­ves renou­ve­la­bles. Dès lors, les choix éner­gé­ti­ques appa­raî­tront sans dou­te, il faut l’espérer, plus évi­dents.

Fuku­shi­ma : 11 mars 2011, les réac­teurs 1, 2 et 3 et la pis­ci­ne de désac­ti­va­tion du réac­teur 4 de la cen­tra­le nucléai­re japo­nai­se de Fuku­shi­ma Daii­chi sont atteints par un séis­me majeur puis d’un tsu­na­mi. Des incen­dies sui­vis d’explosions vont contri­buer à rui­ner défi­ni­ti­ve­ment les ins­tal­la­tions et relâ­cher des quan­ti­tés mas­si­ves d’effluents radio­ac­tifs gazeux et liqui­des.

Tou­te une région s’est trou­vée rui­née : popu­la­tion éva­cuée, conta­mi­na­tion des per­son­nes, des ani­maux et des plan­tes; agri­cul­tu­re et pêche rui­nées, ter­res conta­mi­nées par la radio­ac­ti­vi­té, rejets toxi­ques dans l’air et dans la mer. Les consé­quen­ces d’une tel­le catas­tro­phe sont humai­ne­ment inac­cep­ta­bles.

Sur les 300 000 per­son­nes de la pré­fec­tu­re de Fuku­shi­ma qui ont éva­cué la zone, jusqu’en août 2013, d’après les chif­fres de la Croix-Rou­ge, approxi­ma­ti­ve­ment 1 600 morts seraient liées aux condi­tions d’évacuation, com­me l’hébergement en abris d’urgence ou en loge­ment tem­po­rai­re, l’épuisement dû aux dépla­ce­ments, l’aggravation de mala­dies exis­tan­tes consé­cu­ti­ves à la fer­me­tu­re d’hôpitaux, les sui­ci­des, etc. Un éva­lua­tion qui est com­pa­ra­ble aux 1 599 décès direc­te­ment cau­sés par le séis­me et le tsu­na­mi dans la pré­fec­tu­re de Fuku­shi­ma, en 2011. De nom­breu­ses muni­ci­pa­li­tés refu­sent d’indiquer la cau­se exac­te du décès, afin de ne pas per­tur­ber les futu­res pro­jec­tions de deman­de d’indemnisation des famil­les pour le pre­tium dolo­ris.

Outre ces décès dans la pré­fec­tu­re de Fuku­shi­ma, on comp­te 869 décès dans la pré­fec­tu­re de Miya­gi et 413 dans cel­le d’Iwate.

En juin 2013, pour la seule pré­fec­tu­re de Fuku­shi­ma, 150 000 per­son­nes étaient enco­re « réfu­giées ». Selon la Croix-Rou­ge, outre leurs condi­tions de vie dif­fi­ci­les, ces réfu­giés sont affec­tés par l’incertitude sur la date ou la pos­si­bi­li­té d’un retour dans leur habi­ta­tion d’origine. [Wiki­pe­dia].


Le Bonheur selon Bouygues

C’est loin Demain ? Pour Bouy­gues Immo­bi­lier, c’est déjà la réa­li­té – au moins vir­tuel­le. Voi­ci le « pit­ch » de la vidéo ci-des­sous (datée de 2014) :

Le blog Demain La Vil­le vous pré­sen­te la vil­le de demain. Vil­le dura­ble, connec­tée et intel­li­gen­te, tel­les sont les inno­va­tions urbai­nes qui per­met­tront d’améliorer la qua­li­té de vie dans la vil­le du futur. Ren­dre une vil­le har­mo­nieu­se et agréa­ble à vivre où la qua­li­té de l’air sera pri­mor­dia­le avec la construc­tion de bâti­ments verts, tel­les seront les pré­oc­cu­pa­tions majeu­res de la vil­le de demain.

Magni­fi­que, n’est-ce pas ? Orwell s’en retour­ne dans sa tom­be.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­tai­gne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramas­se un frag­ment et dit que tou­te la véri­té s’y trou­ve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le mon­de chan­ge »

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