On n'est pas des moutons

Mot-clé: technique

Bridget Kyoto empoigne le Système technicien de Jacques Ellul

La Minute Néces­saire de Brid­get Kyoto :

Brid­get vous révèle une vieille tech­nique de grand-mère pour sor­tir de notre « sys­tème tech­ni­cien » devenu fou. Elle s’inspire, dirait-on, d’un bou­quin d’un cer­tain Jacques Ellul, mono­ma­niaque de ce qu’il dénonce, à juste titre : Le Sys­tème tech­ni­cien. L’analyse, certes, semble juste éga­le­ment. Mon scep­ti­cisme porte sur les consé­quences qu’Ellul attri­bue à une cause unique : la tech­nique. Moyen­nant quoi, il pré­tend déte­nir la clé uni­ver­selle ouvrant la solu­tion à tous les maux du monde. Je ne m’étends pas plus ici sur cette épi­neuse ques­tion. Car je sens que des com­men­taires vont bien­tôt lan­cer l’inévitable débat…


Hans Rosling et la machine à laver magique

Cette allé­go­rie autour de la machine à laver pro­vient d’une des fameuses confé­rences de l’organisation états-unienne TED (Tech­no­logy Enter­tain­ment Design) qui se tient chaque année en Cali­for­nie – et désor­mais aussi ailleurs dans le monde. On y célèbre le pro­grès comme fac­teur… de pro­grès, en une sorte de tau­to­lo­gie le plus sou­vent naïve et bar­dée des meilleures inten­tions. On sait  que l’enfer, aussi, se trouve pavé de la même manière. Mais soit ! pre­nons à bras le corps ce débat ainsi lancé sur la tech­nique et l’avenir de l’humanité. Ça nous chan­gera des joutes élec­to­rales pla­nant très au-dessus du plan­cher des vaches – quoique…

Le confé­ren­cier est Hans Ros­ling, célèbre  méde­cin, théo­ri­cien et sta­tis­ti­cien suédois.

Vidéo de 9 mn.


Des cathédrales au nucléaire. « Cette Ascension sans fin qu’on appelle aussi le Progrès… »

Entre­tien avec John Mac­Gre­gor, cher­cheur au MIT

 

John Mac­Gre­gor, vieux com­plice américano-canado-écossais, cher­cheur au MIT (Mas­sa­chu­setts Ins­ti­tute of Tech­no­logy — Cam­bridge, Etats-Unis), socio­logue des médias et astro­phy­si­cien, le type qui lit à la fois dans les gazettes & dans les étoiles… Tout comme il goûte le pure-malt & le mon­tra­chet (ou le sau­ternes, mais pas en même temps). Un éner­gu­mène dans son genre, qui a bien labouré notre hexa­gone et en remon­tre­rait à plus d’un Gau­lois. Il passe quelques jours à la Jaz­zine où il dérouille le piano à coups de Scria­bine et d’Oscar Peter­son, se goin­frant aussi de notre télé­vi­sion et de nos canards. Bref, de quoi cau­ser – et on ne s’en prive pas !

 

• Comme nul n’est pro­phète en son pays, je prends tou­jours un malin plai­sir à écou­ter tes ruades et coups de coeur concer­nant la France. Ton prisme, cette fois, passe par la chaîne de télé Arte et le quo­ti­dien Le Monde, que nous avons regar­dés ensemble. Et tu en pro­fites pour effec­tuer un grand écart entre deux époques, deux lieux, deux rap­ports au monde : les cathé­drales et les cen­trales nucléaires… Des expli­ca­tions s’imposent.

John Mac­Gre­gor : Je n’aurais pu faire les mêmes obser­va­tions aux États-Unis ! En tout cas pas à par­tir de la télé. Sous ses cou­verts multi-ethniques, l’empire état­su­nien est tota­le­ment eth­no­cen­tré sur lui-même, si je peux me per­mettre ce pléo­nasme… J’ai été sub­ju­gué par Arte, chaîne inima­gi­nable outre-Atlantique : ce mélange osé de cultures, alle­mande et fran­çaise, et aussi, il est vrai, cette pro­pen­sion à atteindre le fameux « point God­win » avec ses sujets très récur­rents autour du nazisme, de l’Occupation, de la ques­tion juive. Deux soi­rées m’ont par­ti­cu­liè­re­ment étonné par le pont qu’elles ont per­mis entre deux stades de nos civi­li­sa­tions au sens large. Je veux par­ler de la soi­rée du samedi 23 (avril) avec ce film excep­tion­nel, « Les Cathé­drales dévoi­lées »*. J’y ai appris plein de choses sur la construc­tion, les maté­riaux, l’architecture et les pro­blèmes ren­con­trés il y a huit siècles pour édi­fier de tels chefs d’œuvre ! Et trois jours après, à la même heure, la même chaîne dif­fu­sait « Tcher­no­byl fore­ver »** ques­tion­nant de manière pro­fonde l’avenir du nucléaire à tra­vers ses enjeux post-catastrophes. Huit siècles, dira-t-on un peu vite, de « civi­li­sa­tion » ; à condi­tion tou­te­fois d’exclure toute vision de conti­nuité, voire d’évolutionnisme.

 

« Comme la défaite d’une idée de la Beauté…

 

… au pro­fit, si on ose dire, de la Dis­grâce absolue »

• Certes, ces siècles ont été des plus chao­tiques. Mais il s’agit tout de même de « notre » civi­li­sa­tion, enfin celle dont nous sommes les héritiers…

– Oui ! Il y eut bien les cathé­drales et, plus ou moins en même temps, les guerres de reli­gion, la « sainte inqui­si­tion », toutes sortes de mas­sacres pré­cé­dant les guerres tech­niques, je veux dire à tech­ni­cité spé­ci­fique, celles des armes effi­caces jus­ti­fiant ce que par la suite et bien­tôt on nom­mera le pro­grès. Car les guerres ont pré­cédé les « paci­fi­ca­tions » – par défi­ni­tion, on ne peut faire la paix qu’après la guerre. De même qu’on impose l’atome « civil » après avoir décidé d’abord de sa ver­sion mili­taire : la bombe a pré­cédé et annoncé les cen­trales, aux États-Unis d’abord, puis notam­ment en France quand De Gaulle a opté pour l’arme ato­mique comme gage d’indépendance. De Gaulle voyait dans la bombe ato­mique un ins­tru­ment de dis­sua­sion au ser­vice de la paix. C’était juste à une époque où seuls quelques rares pays – quatre ou cinq –  pos­sé­daient de tels arme­ments. Depuis, la matière nucléaire s’est presque bana­li­sée, à l’image de l’industrie  nucléaire civile. Elle est deve­nue un objet de dis­sé­mi­na­tion et repré­sente ainsi un dan­ger phé­no­mé­nal dans ce champ nou­veau qu’est aujourd’hui le « grand ter­ro­risme » par lequel la notion de guerre s’est ainsi dépla­cée. La guerre, rap­pe­lons les fon­da­men­taux, consti­tue à l’origine le moyen d’instaurer des domi­na­tions d’un groupe sur un autre et de faire main basse sur les biens de l’« ennemi » en annexant son ter­ri­toire, sa main d’œuvre, sa force de pro­duc­tion, de repro­duc­tion aussi et bien sûr de consom­ma­tion – en un mot ses richesses, ou ce qu’on appelle l’économie. L’économie, du grec oikos, la « mai­son » dont on a fait une science d’allure paci­fique, alors qu’elle pour­suit cette guerre ances­trale de domi­na­tion ou, éga­le­ment, de riva­li­tés – affron­te­ments dans le but de s’approprier la rive de l’autre, l’ennemi. La « science de la mai­son », c’est la manière pro­prette de pro­lon­ger les guerres – on parle bien, d’ailleurs et sans se gêner, de guerre éco­no­mique.

 

• Mieux vaut quand même ces guerres éco­no­miques que les ter­ribles massacres…

– Mieux vaut aussi un match de foot qu’une émeute… Mais on peut aussi avoir les deux… ce qui qui se pro­duit par­fois d’ailleurs. Je pour­suis mon idée : ce que j’appelle le grand ter­ro­risme a changé la donne en ce sens notam­ment que son but guer­rier n’est plus de domi­ner sur le plan éco­no­mique, mais d’affaiblir l’ennemi au point même de l’anéantir par la vio­lence – but suprême ! – selon des moyens incon­nus jusque là, alliant à la fois tech­no­lo­gie de base et fana­tisme politico-religieux. Les atten­tats du 11 sep­tembre en sont la « quin­tes­sence »… Les reli­gions ont toutes, peu ou prou dans l’Histoire, été ten­tées par ce genre d’extrémisme, ce néga­tion­nisme niant l’altérité consi­dé­rée comme héré­tique. En ce moment, ce sont les isla­mistes qui portent ce fana­tisme à son plus haut point, consé­quence d’une déses­pé­rance economico-politique et expres­sion de la mar­ty­ro­lo­gie reli­gieuse qui glo­ri­fie les attentats-suicides contre les­quels il n’est guère vrai­ment de parades. Telle est la nou­velle guerre aujourd’hui, qui pour­rait trans­po­ser dans la « rou­tine » ter­ro­riste les bombes d’Hiroshima et Nagasaki.

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Effet Fukushima. Les gazouillis de l’anxiété nucléaire en direct sur la Toile

Des artistes mul­ti­mé­dia ita­liens viennent de déve­lop­per Nuclear Anxiety, une carte inter­ac­tive per­met­tant de visua­li­ser en temps réel, à par­tir de comptes Twit­ter, l’angoisse géné­rée sur la Toile par l’énergie nucléaire. Chaque fois qu’un gazouillis (tweet) com­por­tant le mot « nucléaire » (en plu­sieurs langues) est posté, il appa­raît géo­lo­ca­lisé. Ainsi s’exprime l’ampleur de cette peur, notam­ment aux Etats-Unis, où Twit­ter est très popu­laire. 

 

Autre bruit de fond issu de la Toile, listentothedeep.com a mis en écoute l’enregistrement du bruit du séisme qui s’est pro­duit au large du Japon le 11 mars, les basses fré­quences ayant été accé­lé­rées seize fois. Acces­sible dans la rubrique « Sound Library », puis « Ear­th­quake ». Le chant de la terre, comme Mah­ler lui-même ne l’avait jamais entendu…

Tout ça est gai, sympa, moderne, tech­nique – comme notre monde.


Le nucléaire est affaire trop dangereuse pour la laisser aux mains des nucléocrates !

L’émission « Mots croi­sés » du 11 avril était en par­tie consa­crée au nucléaire. J’y aurai sur­tout vu l’affligeant numéro d’un tech­no­lâtre dénommé Jean-Marc Jan­co­vici, pré­senté comme « 
Ingé­nieur éner­gie cli­mat, 
Pro­fes­seur à l’Ecole des Mines Paris Tech » (fer­mez le ban !) Sou­vent à l’œuvre média­tique en ces temps de contes­ta­tion nucléaire, ce pré­ten­tieux est le pro­to­type même du nucléo­crate : mépri­sant autant que suf­fi­sant, ça va ensemble, il assène la « science » en rame­nant la sienne.

Extraits :

 

Cette pres­ta­tion, atter­rante, a eu l’avantage de mon­trer in vivo com­ment le monde nucléaire est devenu une sorte de secte, anti­dé­mo­cra­tique ô com­bien, dont l’objet est inac­ces­sible à ceux qui n’en font pas par­tie. C’est ainsi qu’un spec­ta­teur lambda ne peut rien com­prendre au nucléaire puisque « per­sonne ne sait ce qu’est un mil­li­sie­vert ». Ben expliquez-nous donc ça, grand mani­tou ! «Ah non, pas pos­sible, ça prend au moins trois pages » L’extrait  ci-dessus de l’émission illustre bien la ques­tion de fond de ce sec­teur à part,  cette caste de consan­guins refer­més sur eux-mêmes et deve­nus sourds et aveugles au monde exté­rieur. D’où leur grand dan­ger à les lais­ser agir sans contrôle. On les a assez vus à l’œuvre à Three Mile Island, Tcher­no­byl et Fuku­shima. Le nucléaire est affaire trop sérieuse et sur­tout dan­ge­reuse pour la lais­ser aux mains de tels allumés !

L'attitude, le ton, les propos – tout oppose le scientifique au nucléocrate arrogant.

L’attitude, le ton, les pro­pos – tout oppose le scien­ti­fique au nucléo­crate arrogant.

 

 

A l’opposé, cet entre­tien vidéo sur Universcience.tv du 31 mars avec Roland Des­bordes, pré­sident de la Com­mis­sion de recherche et d’information indé­pen­dantes sur la radio­ac­ti­vité (CRIIRAD). Exact contraire de ce pédant insup­por­table Jan­co­vici, Roland Des­bordes se veut expli­ca­tif autant que rigou­reux, déplo­rant les don­nées a-scientifiques four­nies par les auto­ri­tés japo­naises sur les émis­sions radio­ac­tives liées à l’accident de Fuku­shima. Où l’on apprend éga­le­ment, sans alar­misme, que nous sommes bel et bien expo­sés au nuage radio­ac­tif venu du Japon.

Deux concep­tions de la science, de l’information, de la démo­cra­tie. Un autre huma­nisme aussi.

Cli­quer sur les images pour voir les vidéos, ou sur les liens ci-dessous :

http://www.universcience.tv/media/3000/les-emissions-radioactives-de-fukushima.html

 

http://www.youtube.com/watch?v=weRm6XKYDxo

 


Fukushima. Ou comment nos nucléocrates réarment le système – sans l’avoir désarmé

Une indus­trie, des capi­taux, une tech­no­lo­gie, un sys­tème et une vision du monde. Voilà tout ce qu’il y a à « sau­ver » der­rière la catas­trophe de Fuku­shima : rien de moins. En termes plus savants, on appelle ça un para­digme, un modèle sur lequel on avait cru bon de bâtir un sys­tème de valeurs – comp­tables, pro­duc­ti­vistes –, à défaut de pen­sée huma­niste éle­vée. Ce qui fut donc réa­lisé et vient ainsi de se fra­cas­ser dans le chaos de la cen­trale nucléaire japonaise.

 

Mais cette catas­trophe, que d’aucuns s’échinent encore, et on peut com­prendre leur ardeur, à qua­li­fier d’ « acci­dent », trouve matière à dis­si­mu­ler sa vraie réa­lité. D’abord par l’action concer­tée de ceux qui y ont l’intérêt le plus impé­rieux, le plus vital, si on ose dire. Simul­ta­né­ment par le jeu concur­ren­tiel d’une actua­lité – le chaos plus géné­ral du monde – qui sert de diver­tis­se­ment à des enjeux pour­tant autre­ment cru­ciaux pour l’avenir de l’humanité.

 

« Autre­ment cru­ciaux », à mes yeux, cela ne signi­fie nul­le­ment que je tien­drais pour « négli­geables » les révoltes qui secouent le monde arabe, pas plus que celles qui déchirent ce magni­fique pays de Côte d’ivoire. Pour nous en tenir à ces seules convul­sions de la pla­nète Terre, on peut dire qu’elles expriment le sinueux che­mi­ne­ment de l’Histoire, celles des hommes s’évertuant à s’affirmer comme tels : sen­sés, rai­son­nables sinon ration­nels, et si pos­sible poètes et aimants – un hori­zon encore bien éloi­gné, un pro­gramme pour quelques siècles au moins…

 

Une par­tie de la cen­trale dévas­tée, 24 mars 2011. Ph. Tepco.

Autre­ment cru­ciaux, en effet, me paraissent les convul­sions de Fuku­shima et ce que recouvrent les gra­vats radio­ac­tifs, leurs éma­na­tions, suda­tions, éruc­ta­tions, écou­le­ments et autres « humeurs » d’une sorte de « corps » inqua­li­fiable, dont on redoute une ago­nie inter­mi­nable. Rien d’organique pour­tant là-dedans. Rien que de la tech­nique à haute dose, en hyper-dose, à satu­ra­tion. De cette Tech­nique de démiurges qui en ont perdu le contrôle, pour avoir trop parié sur leur infaillibilité.

 

Dans un sens, en les consi­dé­rant sous l’angle res­treint de la folie humaine, les enjeux du nucléaire rejoignent ceux des conflits et guerres en cours. Ils en dif­fé­rent pour­tant de manière radi­cale en ce qu’ils pèsent à terme comme une menace sur toute l’espèce, pas seule­ment sur des vic­times immé­diates. Car le déni opposé par les nucléo­crates – qui décident selon les impé­ra­tifs du nucléaire –  à la réa­lité de catas­trophe en cours ren­voie à la catas­trophe pro­chaine, d’ailleurs pré­vue, comme on va le voir ci-dessous, par les « probabilistes ».

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Le magma nucléaire de Fukushima, foyer de la confusion du monde

Sar­kozy, m’apprend la radio, serait désor­mais équipé d’un super-parapluie seyant mieux, si on peut dire, à sa super fonc­tion. Un para­pluie blindé (en kev­lar et tout) comme un gilet pare-balles et qui, non seule­ment pour­rait pro­té­ger de la pluie, mais le met­trait aussi à l’abri du mécon­ten­te­ment à son égard des 80% de citoyens son­dés… En ces mau­vais temps de météo plus qu’incertaine, le pré­sident fait donc un cro­chet par le Japon, his­toire de tes­ter le fameux pébroc sur ses capa­ci­tés para-pluies radioactives.

 

Ce n’est en tout cas pas à Fuku­shima que se sera rendu l’homme au(x) pépin(s). Mata­more, certes, sui­ci­daire, non ! Il en est de même pour le trio franco-nucléaire « invité » là-bas, mais pas trop près non plus, pour livrer leur botte secrète aux diri­geants de la cen­trale et de Tepco. Ainsi Madame Areva et mes­sieurs CEA et EDF vont-ils s’efforcer d’apporter aux Nip­pons leurs vacillantes lumières. Et ten­ter sur­tout de redo­rer leurs bla­sons res­pec­tifs et uni­fié face à l’adversité qui ter­nit sacré­ment leur ave­nir irradieux.

 

© Tepco (et merci pour la qua­lité de l’image !)

Madame Areva sur­tout, car, blin­dée de sa haute suf­fi­sance, elle voit s’écrouler la mon­tagne de men­songes accu­mu­lés de haute lutte durant ces 25 années de com’ éhon­tée qui ont suivi la catas­trophe de Tcher­no­byl. Vrai­ment dom­mage, ainsi que l’a déploré la pré­si­dente du Medef, Lau­rence Pari­sot : « Tout ceci tombe très mal, ça se passe à un moment où l’économie mon­diale com­men­çait tout juste à repar­tir. » [Le Monde, 19/3/11]. D’autant plus, en effet, que l’affolement du cli­mat venait appuyer l’idée de cette radieuse éner­gie « propre », sinon « verte » – voir le vidéo-clip d’Areva et son détour­ne­ment ci-contre =>

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Jacques Ellul. Ou quand « la technique rend l’avenir impensable »

« Qui donc manœuvre le navire pla­né­taire ? » Il en a de bonnes, mon pote Joël (Decar­sin), à poser pareille ques­tion à l’heure pré­cise où il n’y a plus de pilote dans l’engin en dérive totale. Mais il a une réponse, sa réponse, LA réponse – qui est aussi celle d’un cer­tain Jacques Ellul (1912–1994). Si on en est « là », dixit mon pote et les siens, c’est à cause de la tech­nique, voire la Tech­nique, consi­dé­rée comme entité prin­ceps, celle qui régit le monde et les rela­tions humaines, si peu humaines.

 

Je reviens de la confé­rence sur ce thème orga­ni­sée ce soir [30/3/11] à l’IEP d’Aix-en-Provence, devant un public pas bien jeune – cause que la tech­nique aussi les aurait décul­tu­rés, les jeunes, et qu’ils ont des diver­tis­se­ments ne croi­sant guère les grandes ques­tions sur l’avenir du monde. L’hypothèse fut avan­cée, quoique non véri­fiée. Mais c’est un fait qu’il faut avoir accu­mulé des mil­liers d’heures de vol pour com­prendre et la fra­gile beauté du monde et les affreuses menaces venues des hommes . Et c’est à l’heure de ren­trer au han­gar qu’on se sou­cie des envo­lées du len­de­main, qui ne seront pas les nôtres… Mys­tère et gran­deurs de l’homo erec­tus. S’il s’est levé, jus­te­ment, l’homo, ce ne devrait pas être pour se cou­cher devant on ne sait quelle idôle, divine ou tech­nique, avec ou sans majuscule.

 

Pour­tant, on en est bien là, et il y a plus que du vrai dans la quête de Jacques Ellul. Ce touche-à-tout aux cin­quante livres publiés, celui qui « avait (presque) tout prévu » comme l’a écrit Jean-Luc Por­chet (éd. Le Cherche-midi, 2003), jour­na­liste au Canard, qui devait esquis­ser l’envergure du pro­fes­seur de droit bor­de­lais : mar­xiste, éco­lo­giste avant la lettre, chré­tien, anar­chiste et ainsi contre l’État et la poli­tique, dont il n’attendait plus rien.

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Du Titanic à Fukushima. Navigation à vue sur l’océan de la Technique sacralisée

Le texte qui suit (merci à Fran­çois qui me l’a trans­mis) est extrait du livre « Tita­nic, au-delà d’une malé­dic­tion » de Djana et Michel Pas­cal (Ed. Anne Car­rière Docu­ment, 2004). On le voit, il s’agit du Tita­nic dont on sait le des­tin, le mythe et sa « réin­car­na­tion » dans le spec­tacle hol­ly­woo­dien. Mais son actua­lité rejoint, un siècle après (1912), la tra­gé­die japo­naise, en ce sens qu’il super­pose dans une mytho­lo­gie moderne et tech­nique le plus grand, luxueux, et sur­tout « insub­mer­sible » paque­bot de l’époque, à la cen­trale nucléaire de Fuku­shima, au Japon. Celle-ci ne pou­vait évi­dem­ment figu­rer au pan­théon des Mer­veilles du monde d’alors, pas plus que l’A-380 ou les ver­ti­gi­neuses tours comme celle de Dubaï – et autres phal­liques chefs d’œuvre de l’ingéniosité humaine. Avant la série d’accidents sur ses réac­teurs, elle y aurait figuré d’office, dans le même lot des 435 réac­teurs nucléaires recen­sés dans le monde, implan­tés au nom de la sûreté maxi­male. Tout comme le Tita­nic avait navi­gué sur l’océan de l’infaillibilité, tout comme Tcher­no­byl avait été le jouet d’apprentis-sorciers.

Voilà qui don­nera du grain à moudre aux par­ti­sans de Jacques Ellul – dont mon ami Joël Decar­sin, avec ardeur – qui voyait la source des maux de la moder­nité dans la sacra­lité trans­fé­rée à la Technique.

 

La dixième et ultime Mer­veille du monde, ici mesu­rée à l’aune de ses concurrentes…

 

« …sur l’affiche de pro­mo­tion, on « pose » donc le Tita­nic à côté d’une cathé­drale, mais pas n’importe laquelle : on choi­sit l’une des plus hautes jamais bâties par l’homme, celle de Cologne. On fait la même chose avec la pyra­mide de Gizeh qui parait plu­tôt ridi­cule. Com­pa­rer le Tita­nic aux plus hautes construc­tions sacrées de l’homme, c’est induire, dans l’inconscient col­lec­tif, le concept que ce navire porte en lui une dimen­sion sacrée, éter­nelle, immor­telle. C’est aussi rap­pro­cher les ouvriers des chan­tiers navals des bâtis­seurs de cathé­drales d’hier. Bien évi­dem­ment, ces hommes sont tout autant res­pec­tables, la ques­tion n’est pas là. Construire un paque­bot demande un immense savoir-faire, une expé­rience, du talent. Mais les cathé­drales et les pyra­mides recèlent une dimen­sion spi­ri­tuelle suprême, un laby­rinthe de mes­sages sur le sens de la vie, de la mort. Les paque­bots, eux, sont avant tout des gale­ries mar­chandes, des hôtels de luxe, de magni­fiques lieux de consom­ma­tion. Confondre pro­fane et sacré, comme le fait Ismay (un des publi­ci­taires de l’époque, de la White Star Line), tout mélan­ger, réduire le sens fon­da­men­tal, abo­lir les repères, tel est le nou­vel évan­gile de ce début de siècle.

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La dernière du jour : Et si l’Europe se chauffait avec le soleil du Sahara ?

« Un consor­tium alle­mand veut lan­cer un grand pro­jet de cen­trales ther­mo­so­laires. Pro­duite en Afrique saha­rienne, l’électricité tran­si­te­rait sur des lignes à haute ten­sion. Les pre­mières livrai­sons pour­raient avoir lieu dans dix ans ». [Le Monde, 13/7/09]

La der­nière richesse de l’Afrique pas encore exploi­tée, le soleil, bon sang, que fai­saient les rapaces à la lais­ser ainsi dorer… au soleil ? Sur­tout, que les Afri­cains ne se dépêchent pas d’entrer « dans l’Histoire », qu’on les pille encore un peu plus !

Remar­quez que les plus pour­ris des poli­ti­ciens afri­cains n’ont pas attendu cette lumi­neuse idée venue du Nord. Ainsi, dans la si longue lignée des dic­ta­teurs du conti­nent, un Mobutu a-t-il placé le Congo-Kinshasa en coupes réglées ; pour exploi­ter, à son compte per­son­nel pour com­men­cer, les immenses richesses minières du pays, il a fait construire des bar­rages hydro­élec­triques, dont un gigan­tesque des­tiné à ali­men­ter les mines de cuivre du Katanga. Les lignes à haute ten­sion tra­versent le pays, sans même condes­cendre dans les pauvres vil­lages quelles sur­plombent [lire sur ce blog : Congo-Banque mon­diale. Ou com­ment, avec deux euros par mois, rem­bour­ser une dette de 10 mil­liards ]

Donc l’énergie solaire et son exploi­ta­tion, c’est déjà com­mencé avec les bar­rages. La nou­veauté, sous cou­vert « tech­no­lo­gique » – jadis les mis­sion­naires et les mili­taires pré­cé­daient les colons ; aujourd’hui c’est la « tech­no­lo­gie » qui déboule d’abord – c’est de la jouer « écolo » avec des pan­neaux solaires. La blague ! Ils vont tout bon­ne­ment enva­hir le Sahara – pas grave, c’est un désert – et plan­ter leurs pylônes à tout va. Sans doute n’oseront-ils pas, ces affai­ristes tein­tés de sens démo­cra­tique, on ne rigole pas, la jouer car­ré­ment à la Mobutu. Non, ils dis­tri­bue­ront plus visi­ble­ment, osten­si­ble­ment, quelques miettes de kilo­watts à grands coups de com’ tiers-mondiste. Crai­gnons le pire. Pour le peu que les Chi­nois sur­en­ché­rissent en tirant leurs lignes jusque là-bas…

Obama devra reve­nir encore et sou­vent sur les traces de ses loin­tains ancêtres s’il veut par­ve­nir à bran­cher leurs actuels des­cen­dants sur les étroites voies du libé­ra­lisme démocraticable.


«c’est pour dire» demande, et obtient, l’asile politique chez «c’est pour dire +»

Malaise dans la blo­go­sphère, du moins dans la pla­nète satel­li­taire dénom­mée lemonde.fr. Quelques expli­ca­tions et consi­dé­ra­tions à pro­pos de cafouillages tech­niques liés au chan­ge­ment de pla­te­forme décidé par les res­pon­sables des blogs liés au site du Monde. Les­quels ont dû s’emballer un peu vite après une démo de repré­sen­tant de com­merce. Ils ont donc adopté « word­press » et laissé tom­ber « type­pad », deux anglo­saxons, l’un dit « libre », l’autre moins puisque inféodé à un mar­chand. Ques­tion d’économie ? Soit.

Mais le trans­fert s’est mal opéré, sans assez de pré­pa­ra­tion, ni de concer­ta­tion avec les usa­gers de la chose, nous autres blo­go­sphé­ristes pas for­cé­ment fami­liers des cha­ra­bias tech­no­choses ni de l’angliche de babe­loueb. En plus des vrais mer­doie­ments. Cer­tains sites se sont quasi effon­drés, d’autres ont sur­vécu, mais tous furent plus ou moins atteints lors du oui­kinde noir.

Un vent de rébel­lion a souf­flé, attisé à l’occasion par des ministres du «blogo– gou­ver­ne­ment», un comité luro­nesque, sur­tout mais pas seule­ment vir­tuel. Des émiles plus ou moins vin­di­ca­tifs ont cir­culé, l’affaire a enflé, on a entendu sourdre la Car­ma­gnole et, pour un peu, et Mati­gnon, et l’Élysée – sans oublier la place Beau­vau ! –, s’en seraient mêlés.

C’est dire comme les oueb­mas­teurs du monde.fr ont dû ser­rer les fesses, sans par­ler de leur égo, ben oui, tiens, pardi.

C’est pas pour dire, mais je le dis quand même et sur­tout, cette his­toire me ren­voie à celle qui nous empoi­sonne année après année, au fond à chaque fois que le « pro­grès » auto­pro­clame ses « avan­cées ». His­toire de déga­ger un peu la « morale de la fable » – la fable de la Tech­ni­cité triom­phante, celle qui, entre autres nous a valu Three Mile Island et Tcher­no­byl, pour ne par­ler que du nucléaire, excu­sez du peu. Cette fois, rien à voir a priori. Et pour­tant, oui, il s’agit bien de ce moment où la Tech­ni­cité se prend les pieds dans le tapis. Car, comme les imbé­ciles, elle (ses affi­dés, ses croyants fana­tiques) voit le doigt, pas la lune ; et encore moins le trou dans lequel elle chute et nous entraîne.

Bref. Nos oueb­mas­teurs nous émilent gen­ti­ment, des mots ras­su­rants comme on en enten­drait durant le crash d’un air­bus. Des mots d’hôtesse char­mante, veux-je dire. Mais qui nous deman­de­rait aussi d’apprendre en vitesse le manuel de pilo­tage du zingue… Bon j’arrête la com­pa­rai­son, elle devient foi­reuse. Je veux dire que nos « pilotes » nous demandent d’apprendre une nou­velle syn­taxe, c’est-à-dire de bouf­fer de fas­ti­dieuses don­nées tech­niques, de nous faire pom­per l’air et le temps.

Nos oueb­mas­teurs, pas si mas­teurs que ça donc, nous disent aussi qu’ils se décar­cassent pour rendre le vol plus agréable (je recom­mence). Donc : je me cale dans mon fau­teuil, pense à la reine d’Angleterre, et file ailleurs voir si j’y suis.

Tra­duc­tion : je renonce à me com­pli­quer la vie avec « ça ». Je me replie sur mon aéro­port de secours – le b-a-ba de la navi­ga­tion – et mijote dans mes four­neaux ma tam­bouille de P’tits coins, de titres, pho­tos et mes Faber qu’auront plus la tronche de rillettes. Suf­fit, pour me suivre, de cli­quer sur ce der­nier para­graphe. Na.


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    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances
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