On n'est pas des moutons

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Télévision. Collaro chez les ploucs, ou le mépris anthropologique

« Col­la­ro chez les ploucs ». Repor­ta­ge sur un cou­ple d’agriculteurs de Condé-sur-Seul­les, dans le Cal­va­dos. Lui a échoué au per­mis de condui­re. Elle est à la remor­que… Et Sté­pha­ne Col­la­ro – qui ser­re la main du mon­sieur mais pas cel­le de la dame… – d’y aller de sa déma­go­gie d’amuseur public et de son mépris des gens sim­ples de la cam­pa­gne. Alors, pour­quoi publier à nou­veau ? Par­ce que  ce mépris vaut anthro­po­lo­gie, tant pour les obser­vés que pour l’observateur. Sans nier que c’est quand même poi­lant, tout en témoi­gnant d’une épo­que et d’une for­me de télé­vi­sion (Anten­ne 2, émis­sion La Lor­gnet­te, 2 avril 1978. © Archi­ves Ina).

Dans un autre regis­tre, mais pro­che, revoyons cet autre mor­ceau d’anthologie : Dumayet et Des­grau­pes, Pier­re-s angu­lai­res du scoop rim­bal­dien 

Com­me quoi la « télé-réa­li­té », dès ses ori­gi­nes, c’est d’abord la réa­li­té de la télé.


Le journalisme est (parfois) un sport de combat

Ouais, les repor­ters de guer­re, les pho­to­gra­phes en gilets pare-bal­les, ils paient com­me on dit un lourd tri­but à l’information. Cer­tes. Mais il est d’autres ter­rains (pres­que) aus­si dan­ge­reux, ain­si qu’en témoi­gnent ces deux vidéos d’archives jour­na­lis­ti­co-pugi­lis­ti­ques…

6 mars 1959 – Au cours de la retrans­mis­sion du com­bat de cat­ch oppo­sant l « Hom­me mas­qué  » [alias Gil Voi­ney] à Roger Dela­por­te, un mat­ch com­men­té avec ver­ve par Roger Cou­derc, le jour­na­lis­te est pris à par­ti par Roger Dela­por­te, à la des­cen­te du ring.

Emis­sion : Cat­ch - 
Offi­ce natio­nal de radio­dif­fu­sion télé­vi­sion fran­çai­se - réa­li­sa­teur
 Pier­re Badel - com­men­ta­teur
 Roger Cou­derc - Docu­ment Ina

 

5 mars 1976 – Sur le pla­teau de l’émission « Apos­tro­phes », Moha­med Ali s’emporte contre l’ancien secré­tai­re de Sar­tre, Jean Cau, invi­té de l’émission, qui n’en mène pas lar­ge. « S’il y’a quelqu’un que je n’aime pas, c’est vous (il le poin­te du doigt). Oh je vois quel­que cho­se que je n’aime pas du tout... je sais que vous êtes suf­fi­sam­ment malin pour ne pas taper sur Moha­med Ali » ! Voi­là un boxeur qui ne man­quait ni de pun­ch ni de flair.

Emis­sion : Apos­tro­phes - 
Anten­ne 2 - réa­li­sa­teur
 Jean Caze­na­ve - pro­duc­teur
 Ber­nard Pivot - Docu­ment Ina


Document. Dumayet et Desgraupes, Pierre-s angulaires du scoop rimbaldien

Ce 25 novem­bre 1954, sur­gis­sant de la bru­me arden­nai­se, chaus­sés de leurs bot­tes de caou­tchouc, affron­tant bra­ve­ment la gadoue, Pier­re Dumayet et Pier­re Des­grau­pes ont fleu­ré miam-miam le scoop d’enfer.

Clo­pe au bec, gabar­di­ne de flic, les Roux-Com­ba­lu­zier du jour­na­lis­me let­tré, allu­re madrée et fiè­re d’épagneul picard en appro­che du gibier, sont venus (exprès de Paris, avec tou­te une équi­pe tech­ni­que) inter­vie­wer Mon­sieur Fri­co­tot, contem­po­rain d’Arthur Rim­baud.  Le pay­san, en cas­quet­te, un peu endi­man­ché dirait-on, a été posé au pied de sa char­rue, bâton à la main. Par la gau­che, Mada­me Fri­co­tot vient se ran­ger dans le champ, façon Ange­lus de Millet. « Bon­jour Mada­me ». Mais c’est à Mon­sieur qu’on cau­se. Ça tour­ne. On bran­che le micro. Les ques­tions fusent (ils s’y met­tent à deux). Quant aux répon­ses, elles valent leurs 2 min 42 s de jour­na­lis­me à hau­te inten­si­té docu­men­tai­re…

« Bon, ben, j’crois qu’on vous a deman­dé à peu près tout… Au revoir Mon­sieur, R’voir mada­me… »

––

Archi­ve de l’Ina.

MOTS CLÉS de l’Ina : jour­na­lis­te pay­san Rim­baud Arthur vie rura­le champ boue bot­te Témoi­gna­ge


Porno-misère, autre genre télévisuel

Com­me des mil­lions d’autres, je me bran­che cha­que soir ou pres­que sur le jour­nal télé, celui de Fran­ce 2. Ailleurs, ça doit être pareil, tou­tes chaî­nes confon­dues, dans un sys­tè­me com­mun où le spec­ta­cle domi­ne. Donc, on étend un regard voyeur sur la scè­ne mon­dia­le – enfin, de cet­te par­tie super­fi­ciel­le du mon­de relié au sys­tè­me tech­ni­que média­ti­que. Le réseau tis­se sa toi­le en éten­dant son empri­se à fina­li­té mar­chan­de ; c’est pour­quoi il n’y tra­vaille qu’en sur­fa­ce, ou à la crê­te des aspé­ri­tés, sur­tout pas en pro­fon­deur.

 

Donc, hier soir, com­me les autres soirs, « mon » JT pré­sen­tait « sa » séquen­ce « émo­tions ». Aujourd’hui, rayon pau­vre­té, voi­ci Fabien­ne, jeu­ne mère céli­ba­tai­re, cais­siè­re à 800 euros par mois, qui ne peut plus payer sa fac­tu­re d’électricité. Lar­mes le long de la joue.

– Salauds de riches !
– Cau­se tou­jours ! Des­sin de Faber ©

 

La veille, rayon « illet­tris­me », ces tra­vailleurs en fait qua­si anal­pha­bè­tes, se retrou­vant en appren­tis­sa­ge basi­que, avec des méca­ni­ques intel­lec­tuel­les grip­pées, appe­lant des efforts dou­lou­reux. Cet hom­me est mon­tré de près, la camé­ra scru­te, tra­vaille à la lou­pe, de son œil de rapa­ce. Le visa­ge se prê­te si bien à l’exploration, l’homme est un peu rus­tre, c’est un pro­lo « brut de décof­fra­ge » ; pour un peu on irait avec l’endoscope, fouiller jus­que dans ses tri­pes. Il résis­te, l’homme autop­sié par la camé­ra, il veut fai­re bon­ne figu­re, sou­rit, croit domi­ner le ric­tus. Il par­le de son fis­ton, qu’après il pour­ra même aider à ses devoirs. Et sou­dain écla­te en san­glots. Et la camé­ra qui insis­te, le pour­suit, le tra­que.

 

La Cri­se a ouvert tout grand le champ de la misè­re à ces ter­ro­ris­tes moder­nes, l’œil de rapa­ce rivé au viseur, mitraillant en silen­ce, ne lâchant pas la proie, qu’ils téta­ni­sent, qu’ils médu­sent par­fois d’un regard obs­cè­ne de cyclo­pe.

 

Tels sont ces por­no­gra­phes adep­tes du gros plan, mon­trant des nez, des yeux, des rides com­me on exhi­be des bites et des chat­tes.

 

Qui iso­lent la par­tie du tout afin d’en extrai­re la lar­me inti­me, la per­le lumi­neu­se du mon­de en déri­ve et en spec­ta­cle.

 

Qui nous trans­for­ment en voyeurs, culpa­bi­li­sés ou jouis­seurs secrets de nos pri­vi­lè­ges, com­pa­tis­sants jusqu’à la séquen­ce sui­van­te – une vedet­te, un spor­tif – qui fera aus­si­tôt oublier cel­le-ci.

 

Et avant-hier, enco­re, c’était cet ouvrier agri­co­le meur­tri par sept années en pri­son sous l’accusation men­son­gè­re de viol. Pleurs ren­trés.

 

Et ce soir, de quel­les lar­mes la fameu­se « séquen­ce émo­tions » nour­ri­ra-t-elle l’interminable feuille­ton de cet­te lita­nie télé/visuelle – vue à dis­tan­ce, de loin, hors contex­te, si peu poli­ti­que ?

 

Enfants-mar­tyrs, ou enfants-sol­dats ; Noël du « sdf » ; mamie sans famil­le à l’hospice… La réser­ve socia­le des dému­nis, des lais­sés pour comp­te est inépui­sa­ble. Elle peut même, au besoin, se gros­sir de la détres­se ani­ma­le. Atten­tion cepen­dant à bien en « gérer les riches­ses » télé/géniques. Cet­te éco­no­mie-là aus­si est déli­ca­te. Rien ne serait plus contre-pro­duc­tif qu’un abus dans ce domai­ne ; com­me dans tout autre – celui du luxe, par exem­ple, son pen­dant symé­tri­que. Ain­si, en fait-on des kilos, c’est le cas de le dire, avec un Depar­dieu pseu­do-exi­lé, visant à sous­trai­re au fisc du pays qui l’a fait roi – des riches et des cons – 1,4% de son immen­se for­tu­ne. Mina­ble, va ! Oui, mais il nous emmer­de, le mina­ble, du haut de sa Tour d’Argent com­me nous le mon­tre si bien Faber et son des­sin ci-contre.

 

L’essentiel étant, tout de même, que les injus­ti­ces res­tent assez sup­por­ta­bles pour qu’on sup­por­te l’Injustice.


Les vrais faux vœux 2011 de qui l’on sait, censurés par Dailymotion…(Ça promet !)

Pour marquer ses 90 balais sans paraître trop gaga, le Parti communiste français s'est offert un détournement des voeux de qui l'on sait. Exercice marrant et réussi dans le genre. Il est surtout relayé ici en raison de la censure – c'est bien le mot – imposée par Dailymotion, qui a carrément coupé le robinet ! C'est que le concurrent franchouiillard de Youtube (USA) diffuse cette année les vœux officiels du même qui vous savez… Fallait choisir, ce qui fut fait ! Mais ce qu'on sort par la porte toilée revient par les fenêtres.


…et les vrais vœux de "C'est pour dire" et de Faber

Et petit cadeau en prime, offert par La Provence.com de l'An neuf…

(Ndlr : On suppose l'intention chaste…)



  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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