On n'est pas des moutons

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Lettre de Tunis sur l’« islamisme rampant »

J’ai reçu hier de Tunis ces nou­velles atter­rantes et tout à fait dignes de foi (si on ose dire…) :

[…] Mais je vou­lais atti­rer ton atten­tion et celles des nôtres sur une situa­tion inquié­tante que j’ai apprise hier :

Une bache­lière ayant réussi au Bac avec men­tion a été orien­tée vers l’Ecole Supé­rieure pré­pa­rant aux études d’ingénieur de Mont­fleury. Etant de l’intérieur du pays , ses parents ont cher­ché déses­pé­ré­ment un foyer pour loger leur fille. Ils ont fini par en trou­ver un, pas trop loin du lieu de ses études, s’appelant d’ailleurs« FLEUR(Y) » ou « Fleur ». Bref, après les avoir fait attendre des semaines pour ins­crire leur fille, le direc­teur de ce foyer privé a fini par l’accepter en fai­sant payer à ces parents un semestre (ou un an ???) d’avance.Tout en étant trois par chambre.

La ren­trée ayant eu lieu, la pauvre jeune fille s’est trou­vée prise dans un piège isla­mique exi­geant des étudiantes :

- le port du niqab et ou khi­mar qu’on leur offre,

- la prière à heure fixe (en par­ti­cu­lier celle de l’aube = réveil à 3 h du matin),

- des cours d’enseignement cora­nique sur place dès le retour de ces étu­diantes de leur Institut…

Comme vous vous en dou­tez , on est bien loin hélas des condi­tions néces­saires à toute prépa… Inutile de vous dire que la pauvre n’a pu s’adapter à ce genre de pro­gramme, elle a quitté ce fameux foyer aban­don­nant  tous les frais d’inscription et les mois d’avance consen­tis ! Les parents cherchent encore une autre for­mule de logement.

Cet isla­misme ram­pant à outrance donne froid dans le dos ! Mais où donc allons-nous ?!

A.B.

[J’ai bien sûr pré­servé l’anonymat de ce témoignage.]

 


[Révoltes arabes]. A Cuba, place de la Révolution, on prépare le défilé au pas de l’oie

© faber

Le pas de l’oie à Cuba, selon Yoani San­chez sur «  Gene­ra­cion Y  »

 

«  Mon quar­tier connaît une petite secousse, un chan­ge­ment qui se pré­sente sous la forme d’une couche d’asphalte neuve, d’ouvriers qui refont les rues et posent un revê­te­ment noi­râtre qui dans quelques jours aura durci sous les pneus des voi­tures. Nous sommes tous sur­pris. La joie serait le sen­ti­ment le plus cou­rant si ce n’étaient les rai­sons qui ont conduit à ces répa­ra­tions et la rai­son de ces tra­vaux. Toute la Place de la Révo­lu­tion et la « zone blo­quée » où j’habite se pré­parent au grand défilé du 15 avril pro­chain*. Un grand défer­le­ment de puis­sance mili­taire qui pré­tend dis­sua­der tous ceux qui sou­haitent un chan­ge­ment à Cuba.

« Depuis des semaines le par­king du stade Latino-américain est le siège de répé­ti­tions pour le pas de l’oie des sol­dats. Des jambes ten­dues à qua­rante cinq degrés, qui rap­pellent des marion­nettes tirées par un fil, par une corde qui se perd là-haut dans l’immensité du pouvoir.

« Je ne sais pas ce qu’il peut y avoir de beau dans une parade mili­taire, ce qu’il peut y avoir d’émouvant dans le défilé de ces êtres syn­chrones et auto­ma­tiques qui passent le visage tourné vers le lea­der dans la tri­bune. Mais le résul­tat je le connais bien : on dira ensuite que le gou­ver­ne­ment est armé jusqu’aux dents et que ceux qui des­cendent dans la rue pour pro­tes­ter seront écra­sés contre le sol qu’aujourd’hui même on est en train de réparer.

« Le pas des pelo­tons ten­tera de nous de nous aver­tir que le Parti n’a pas seule­ment des mili­taires pour le défendre mais aussi des troupes anti-émeute et des corps d’élite. J’appellerais ça la cho­ré­gra­phie de l’autoritarisme, mais d’autres pré­fèrent croire que ce sera une démons­tra­tion d’indépendance, d’une auto­no­mie natio­nale qui res­semble en réa­lité à celle de Robin­son aban­donné sur son île.

« Mais au-delà de mes réti­cences envers les uni­formes, de mon aller­gie au défilé d’escadrons qui marchent à l’unisson, je suis aujourd’hui pré­oc­cu­pée par le gou­dron, par cet asphalte posé récem­ment que les chaînes des tanks vont endommager. »

Tra­duit par Jean-Claude MAROUBY

* Note de GP: il s’agit de mar­quer le cin­quan­te­naire du débar­que­ment de la baie des Cochons : le 15 avril 1961, ten­ta­tive d’invasion mili­taire de Cuba par des exi­lés cubains sou­te­nus par les États-Unis.


Libye Tunisie. Question de regards

 

Revue de presse. La légende est celle de l’Histoire en marche…

 


SUR LES ROUTES DE TUNISIE — Que Redeyef est belle en ce jour !

Par Ber­nard Dréano

Res­pon­sable du Centre d’études et d’initiatives de soli­da­rité inter­na­tio­nale (CEDETIM), Ber­nard Dréano a par­couru la Tuni­sie, un mois après la chute du pré­sident Ben Ali. Il a accom­pa­gné le mili­tant Mou­hied­dine Cher­bib au tri­bu­nal, ren­con­tré des avo­cats, des familles de mar­tyrs et des syn­di­ca­listes de l’UGTT.  Voici son récit, comme un beau et fort témoignage.

14 février 2011. Zine el-Abidine Ben Ali a fui la Tuni­sie depuis un mois.

Un ami de la Ligue tuni­sienne des droits de l’homme (LTDH) est venu me cher­cher à l’aéroport de Tunis-Carthage. Nous allons direc­te­ment au local de la Ligue rejoindre le groupe qui doit par­tir pour Gafsa.

La villa qui abrite le siège de la Ligue est un lieu emblé­ma­tique de la résis­tance à la dic­ta­ture. La LTDH, fon­dée en 1976, n’a jamais cédé devant les pres­sions des pou­voirs de Bour­guiba puis de Ben Ali, les inti­mi­da­tions et cen­sures, les empri­son­ne­ments ou l’exil de cer­tains de ses res­pon­sables comme Khe­maïs Chem­mari, Khe­maïs Ksila, Mon­cef Mar­zouki. La Ligue n’a cessé de dénon­cer les atteintes au droit, la cor­rup­tion, la répres­sion et la tor­ture de mili­tants poli­tiques ou syn­di­caux, isla­mistes, com­mu­nistes, sociaux-démocrates ou libé­raux. Entrer dans la villa de la Ligue, constam­ment sur­veillée par la police, c’était l’assurance d’être suivi, fiché, par­fois inter­pellé… J’en ai fait l’expérience.

Mais aujourd’hui, aucun flic à l’horizon. Aucun flic ? Pas tout à fait. Il y a, en civil, à l’intérieur du bâti­ment quelques poli­ciers. Ils sont venus sol­li­ci­ter des conseils pour créer un syn­di­cat indé­pen­dant dans la police !

À l’intérieur, je retrouve avec émo­tion Mokh­tar Trifi, pré­sident de la Ligue depuis 2000 (aucun congrès de la LTDH n’ayant pu se tenir depuis cette date du fait des pres­sions du pou­voir), et d’autres membres de l’organisation. Et les exi­lés reve­nus au pays, Khé­maïs Ksila, Kamel Jen­doubi, le pré­sident du réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme, et bien sûr Mou­hied­dine Cherbib.

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Suite élégiaque et diplomatique. Super-Boillon « fils » de Khadafi !


Boillon défend Kadhafi (C+)
envoyé par LePostfr. — L’info inter­na­tio­nale vidéo.

Ça tourne au court-Boillon pour le toni­truant ambas­sa­deur de France à Tunis. Car, ce lundi, le site Le Post a déterré un extrait de novembre 2010 du Grand jour­nal, émis­sion télé de Canal+. On y voit [ci-dessus] Boris Boillon défendre Kadhafi. Dans un pre­mier temps, il faut toute l’insistance de Jean-Michel Apha­tie pour que le diplo­mate recon­naisse le passé ter­ro­riste du dic­ta­teur libyen, avant d’appeler à ne pas « lais­ser libre cours aux idées reçues » . Et de conclure, à pro­pos du diri­geant libyen:  « Dans la vie, on fait tous des erreurs. »

Rap­pe­lons aussi que le même super-Boillon avait été le grand ordon­na­teur des frasques de Kha­dafi lors de sa visite offi­cielle en France, en décembre 2007 – y com­pris donc les défi­lés du cor­tège dans Paris et la fameuse tente de « bédouin » mon­tée dans les jar­dins de l’hôtel Mati­gnon.
Le « colo­nel » y fut reçu avec tous les hon­neurs sar­ko­zyens, ainsi qu’on le voit éga­le­ment sur cette vidéo :


Super-Boillon à Tunis, ambassadeur et « philosophe »…

http://www.youtube.com/watch?v=SnuH0fuXcSg

« Je suis là pour vous expo­ser une phi­lo­so­phie… » « Je suis pour le contrat de confiance… » Ainsi cause le nou­vel ambas­sa­deur de la France, per­met­tez, entre Mon­sieur Homais et Mon­sieur Darty. Quel mépris que ce mec ! « Dégage, petit Sarko ! » lui a aus­si­tôt rétor­qué la rue tuni­sienne, sans craindre le pléo­nasme qui fait mouche. Le tout frin­gant ambas­sa­deur de France en Tuni­sie, le « Sarko-boy » Boris Boillon a été obligé de bouf­fer son cha­peau après son exploit du jour et pré­sen­ter son mea-culpa le soir même. Sur son site Twit­ter d’abord -« Vrai­ment désolé si j’ai pu offen­ser. Ce n’était pas mon inten­tion »-, et puis à la télé­vi­sion natio­nale tuni­sienne samedi soir. « Je pré­sente toutes mes excuses à tout le peuple tuni­sien, a déclaré l’ambassadeur décrié. « J’ai une éner­gie et une volonté bien déter­mi­née de pro­mou­voir des rela­tions bila­té­rales. J’ai été spon­tané plus que je n’aurais du l’être. Doré­na­vant je dois par­ler de manière plus polie ». Pré­ten­tion gou­jate et diplo­ma­tie, ça fait deux ; ce n’est pas à l’école de son men­tor qu’un tel gom­meux aurait pu apprendre ce b-a-ba, certes.

Ce qu’en dit sur son blog je jour­na­liste tuni­sien Allal Sahbi :

« J’ai écouté l’intervention en arabe, l’échange avec les jour­na­listes. La façon dont il fait ces­ser le dia­logue : “kha­lass !“ (un peu l’équivalent de “basta” en espa­gnol), est extrê­me­ment mépri­sante, auto­ri­taire et cassante. 

« Déjà, il ne fal­lait pas envoyer comme diplo­mate en Tuni­sie un type qui a aussi chau­de­ment appré­cié l’intervention US en Irak. Regar­dez plus bas d’ailleurs, pas un mot sur les vic­times humaines. Pas un mot  de com­pas­sion, pas de place pour l’humain. Il ne sait par­ler qu’en mil­lions et mil­liards de dol­lars, en parts de mar­ché, c’est vrai­ment hon­teux, indé­cent !!!  Pas­cal Boni­face l’a très heu­reu­se­ment épin­glé au sujet de ses prises de posi­tions en Irak

Devant l’ambassade de France à Tunis, 20/2/11

« Ensuite, il est super­flu d’être ara­bo­phone quand on fait montre d’autant de mépris. Il vaut mieux quelqu’un qui ne parle pas un mot d’arabe, mais qui ne méprise pas à ce point ses inter­lo­cu­teurs, et tout le peuple.

Il est dans la droite ligne du trop fameux “dis­cours de Dakar” : tout dans l’arrogance, la condes­cen­dance et le mépris.
.  Il se qua­li­fie de pur  pro­duit “Sarko”, ce en quoi il a par­fai­te­ment rai­son.[…] Ce sar­ko­boy 2.0, sou­vent pré­senté comme un James Bond de la diplo­ma­tie aura fort à faire pour redo­rer l’image de la France, démi­ner le ter­rain poli­tique et retis­ser des liens avec la société civile. Sans comp­ter la réor­ga­ni­sa­tion d’un outil diplo­ma­tique qui a mon­tré beau­coup de fai­blesses au moment de la révolte tuni­sienne.
Il incarne le pro­to­type de l’homo diplo­ma­ti­cus moderne sous l’ère Sarkozy. »



Un « néo­con » à la fran­çaise ?

 Ancien ambas­sa­deur de France auprès des Emi­rats Arabes Unis, éga­le­ment en poste en Soma­lie, et en Tuni­sie, auteur du livre « Les Voies de la diplo­ma­tie », Charles Cret­tien a ainsi exprimé ses réti­cences dans une tri­bune au Monde  : « On ne nomme pas un ambas­sa­deur comme on nomme un pré­fet. La diplo­ma­tie est un dia­logue avec un pays étran­ger, son gou­ver­ne­ment et son chef d’Etat. La nomi­na­tion de Boris Boillon comme ambas­sa­deur de France est la néga­tion de ce prin­cipe élé­men­taire, elle est donc cho­quante voire dan­ge­reuse pour les rela­tions à venir entre Paris et Tunis ».



Le Caire – La Havane. Les parallèles peuvent-elles se rejoindre ?

Les évé­ne­ments révo­lu­tion­naires qui secouent le monde arabe nous ques­tionnent à bien des égards. On ne manque pas de les com­men­ter, de les inter­pré­ter, de glo­ser. Les Arabes en pre­mier lieu, eux qui se voient, en grande par­tie semble-t-il, réins­crits dans le cou­rant de l’Histoire. Des tri­bunes, « libres opi­nions », et autres fleu­rissent ça et là dans les médias, comme en toute période d’effervescence. Le plai­sir n’est pas mince pour qui­conque se pré­oc­cupe du bien-être des humains et de la marche – si sou­vent clau­di­cante – du vaste monde, notre si petite planète.

Sans nul­le­ment vou­lant jouer les rabat-joie, inutile de rap­pe­ler aux dures réa­li­tés des len­de­mains de fêtes – elles s’en chargent toutes seules. Les Tuni­siens espèrent de beaux jours, tout comme les Égyp­tiens – sinon, à quoi bon avoir lutté contre la tyran­nie avec une telle éner­gie ? Mais voilà que, déjà, l’âpreté du monde glo­ba­lisé les coince au tournant.

Mes réflexions aujourd’hui tourne autour d’un rap­pro­che­ment, déjà évo­qué ici en pas­sant, entre deux images, deux lieux, deux révo­lu­tions et deux pays. Je veux par­ler des place de la Libé­ra­tion (Tah­rir) au Caire et de la Révo­lu­tion, à La Havane, donc de l’Égypte et de Cuba. En fait, on pour­rait tout aussi bien rap­pro­cher Cuba et la Tuni­sie qui, d’ailleurs, pré­sentent des don­nées socio­po­li­tiques plus com­pa­rables. Mais restons-en à la pre­mière hypo­thèse qui m’est souf­flée par le blog Gene­ra­cion Y de cette résis­tante cubaine, Yoani San­chez qui, depuis plu­sieurs années, tient tête aux dic­ta­teurs cas­tristes. [Voir dans mes pré­cé­dents articles, via la case de recherche ci-contre].

Dans son article du 12 février, sous le titre « Égypte 2.0 » et sous cette photo de la fameuse place Tah­rir enva­hie par une marée humaine :

…voici ce qu’elle écrit :

« Pénombre et lumière sur la Place Tah­rir, une phos­pho­res­cence rou­geoyante entre­cou­pée par les flashs des appa­reils photo et la lueur des écrans de télé­phones por­tables. Je n’y étais pas et pour­tant je sais ce qu’ont res­senti cha­cun des Égyp­tiens réunis la nuit der­nière au centre du Caire. Moi qui n’ai jamais pu crier et pleu­rer de joie en public […], je confirme que je ferais la même chose, je res­te­rais sans voix, j’embrasserais les autres, je me sen­ti­rais légère comme si mes épaules étaient sou­dain libé­rées d’un énorme far­deau. Je n’ai pas vécu de révo­lu­tion, encore moins de révo­lu­tion citoyenne, mais cette semaine, mal­gré la pru­dence des jour­naux offi­ciels j’ai senti que le canal de Suez et la mer des Caraïbes n’était pas si éloi­gnés, que les deux endroits n’étaient pas si différents.

« Pen­dant que les jeunes Égyp­tiens s’organisaient sur Face­book, nous assis­tions conster­nés à l’exposé piraté d’un poli­cier cyber­né­tique, pour lequel les réseaux sociaux sont « l’ennemi ». Il a bien rai­son ce cen­seur de kilo­bits, et tous ses chefs, de craindre ces sites vir­tuels où les indi­vi­dus pour­raient se don­ner rendez-vous pour secouer les contrôles éta­tiques, par­ti­sans et idéo­lo­giques. En lisant les paroles du jeune Wael Gho­nim « Vous vou­lez un pays libre, don­nez leur inter­net !» Je com­prends mieux la dis­cré­tion dont font preuve  nos auto­ri­tés à l’heure de nous per­mettre ou non de nous connec­ter à la toile. Ils se sont habi­tués à avoir le mono­pole de l’information, à régu­ler ce qui nous arrive et à réin­ter­pré­ter pour nous ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur de nos fron­tières. Main­te­nant ils savent, parce que l’Égypte le leur a appris, que chaque pas qu’ils nous laissent faire dans le cybers­pace nous rap­proche de Tah­rir, nous porte à grande vitesse vers une place qui vibre et un dic­ta­teur qui démissionne. »

[Tra­duit par Jean-Claude Marouby – merci !]

Bien qu’écrit entre ses lignes très sur­veillées, le mes­sage de Yaoni San­chez est des plus clairs. Il se résume en oppo­si­tion avec cette autre photo, celle d’un de ces ras­sem­ble­ments monstres orga­ni­sés par le cas­trisme radieux. Sur cette place de la Révo­lu­tion s’est fina­le­ment échoué l’une des plus men­son­gères illu­sions de l’Histoire.

Cin­quante ans après sa révo­lu­tion, le peuple cubain ne s’est tou­jours pas libéré. Le sujet reste ouvert, appe­lant à des ana­lyses pous­sées. On s’en tien­dra là pour aujourd’hui.


Tunisie. La révolution doit rester en marche face à la dictature

Comme un clou chasse l’autre, il ne fau­drait pas que, sur la scène et dans l’opinion inter­na­tio­nales, la révo­lu­tion égyp­tienne chasse la tuni­sienne pour laquelle il reste tant à accom­plir. Les Tuni­siens en sont pour la plu­part bien conscients, en par­ti­cu­lier quand ils affirment haut et fort : « Le dic­ta­teur est parti mais la dic­ta­ture est tou­jours là. » C’est ce que sou­ligne le Col­lec­tif pour les liber­tés et la démo­cra­tie en Tuni­sie* dans l’appel ci-dessous :

Salle comble et effer­ves­cente mer­credi à Aix-en-Provence pour la réunion de sou­tien à la révo­lu­tion tuni­sienne. Ph. gp

« L’année 2011 res­tera dans l’histoire comme celle de la for­mi­dable révo­lu­tion popu­laire tuni­sienne. Pour la pre­mière fois un dic­ta­teur est contraint par son peuple de s’enfuir. Cette vic­toire des masses popu­laires de Tuni­sie est por­teuse d’un espoir immense pour tous les peuples oppri­més. Elle montre la voie et annonce de nou­velles révoltes popu­laires dans le monde arabe et afri­cain et dans toute l’Afrique. Par­tout les tyrans tremblent et ont peur que leurs peuples tirent les leçons de l’exemple tunisien.

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Normalement, le sommet de Davos ne devrait plus exister…

La grand-messe annuelle  du capi­ta­lisme mon­dia­lisé bat son plein une fois de plus depuis mer­credi. La nou­veauté, cette année, c’est  la crainte mani­feste des explo­sions sociales dans le monde. La révo­lu­tion tuni­sienne est pas­sée par là et la rue gronde ou menace ça et là. Le texte qui suit n’y va pas par quatre che­mins. Il émane de l’association alter­mon­dia­liste Attac, ins­piré en par­tie par… le quo­ti­dien éco­no­mique Les Échos. Les temps chan­ge­raient ? Ce n’est qu’apparence. D’où ce « nor­ma­le­ment » qui en dit long.

© édito-dessin de faber

« Nor­ma­le­ment, Davos ne devrait plus exis­ter. Enfin, pas la tris­tou­nette sta­tion hel­vé­tique de ski, mais le Forum éco­no­mique mon­dial, qui y attire fin jan­vier des cen­taines de patrons, de ministres, d’universitaires et de jour­na­listes. Cette gigan­tesque « busi­ness party » aurait dû s’étioler. Car elle a porté toutes les valeurs, toutes les idées balayées par la crise finan­cière, qui a connu son apo­gée en 2008. Nulle part ailleurs la « sha­re­hol­der value », la valeur action­na­riale, n’aura été prê­chée avec autant de foi. À Davos, on a aussi prôné avec une rare constance la mon­dia­li­sa­tion débri­dée, la finance sou­ve­raine et la déré­gle­men­ta­tion per­ma­nente. On s’y est aussi beau­coup trompé. Une ses­sion a été orga­ni­sée chaque année pour ten­ter de trou­ver « d’où vien­dra le pro­chain choc » sans jamais débus­quer autre chose que les pays émer­gents, l’immobilier chi­nois ou le pétrole.

« En 2007 et 2008, l’économiste Nou­riel Rou­bini avait sérieu­se­ment agacé les par­ti­ci­pants en annon­çant des catas­trophes. Toutes les étoiles déchues de l’entreprise ont brillé à Davos, de Jean-Marie Mes­sier (Vivendi) à Carly Fio­rina (HP) en pas­sant par Ken­neth Lay (Enron), Chuck Prince (Citi­group) ou Dick Fuld (Leh­man Bro­thers), qui affi­chait encore une incroyable morgue début 2008, huit mois avant sa chute [Note de GP : sur ce der­nier per­son­nage et sa morgue, pas­sage recom­mandé ici-même : La crise comme un (mau­vais) roman. « Leur arra­cher le cœur et le bouf­fer avant qu’ils crèvent ! »]. Et en ces temps d’économies tous azi­muts pour pré­ser­ver la tré­so­re­rie des entre­prises voire des États, il peut paraître sur­pre­nant de cla­quer des dizaines ou quelques cen­taines de mil­liers d’euros ou de dol­lars pour aller se faire voir dans un vil­lage perdu des Gri­sons suisses »[1].

Mais Davos existe encore. Car les élites glo­bales n’ont aucu­ne­ment renoncé à impo­ser à leurs socié­tés « la mon­dia­li­sa­tion débri­dée, la finance sou­ve­raine et la déré­gle­men­ta­tion per­ma­nente ». Les plans d’austérité, le chô­mage et la pré­ca­rité déferlent sur l’Europe, les bulles finan­cières gonflent à nou­veau, la spé­cu­la­tion se déchaîne sur les pro­duits agri­coles. Mais les puis­sants vont conti­nuer à dis­ser­ter sur les « risques émer­gents », les « oppor­tu­ni­tés de crois­sance » et  les « normes par­ta­gées pour une nou­velle réa­lité »… Nico­las Sar­kozy osera-t-il tenir demain un dis­cours encore plus « anti-finance » que l’an der­nier ? Les paris sont ouverts…

À l’initiative de mou­ve­ments sociaux – dont Attac Suisse – se tenait du 21 au 23 jan­vier à Bâle « L’Autre Davos  2011 », une ini­tia­tive « des­ti­née à valo­ri­ser toutes les expé­riences révé­lant le carac­tère intel­li­gem­ment sub­ver­sif des luttes popu­laires » contre ce néo­li­bé­ra­lisme dis­cré­dité mais tou­jours aussi arrogant.

Dans quelques jours, s’ouvre à Dakar le Forum social mon­dial, où se ren­con­tre­ront non les maîtres du monde comme à Davos mais les arti­sans d’un autre monde.

Attac y sera pré­sent  à tra­vers une délé­ga­tion de près de 60 per­sonnes de France, et plus d’une cen­taine de repré­sen­tants des Attac du monde.

Sur le G20, la crise cli­ma­tique, l’accès à l’eau, la sou­ve­rai­neté ali­men­taire, à Dakar nous construi­rons les mobi­li­sa­tions et les conver­gences entre toutes les luttes qui cherchent à faire chu­ter le pou­voir de la finance et aspirent à construire des alter­na­tives éco­lo­giques et solidaires. »

Attac France

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[1] Nous remer­cions Jean-Marc Vit­tori, l’éditorialiste du quo­ti­dien éco­no­mique Les Échos, d’avoir rédigé notre com­mu­ni­qué de presse pour l’ouverture du som­met de Davos. http://www.lesechos.fr/opinions/analyses/0201092173513-l-invraisemblable-survie-du-forum-de-davos.htm


Tunisie. De la vraie nature du sarkozysme

Si on pou­vait en dou­ter, voilà au moins un point de clarté que nous aura apporté la révo­lu­tion tuni­sienne : la « bourde » de la ministre des affaires étran­gères n’en était pas une. Cette pro-position était bien celle, déci­dée et assu­mée à l’Élysée comme à Mati­gnon : celle de venir en aide directe à un régime et à un pré­sident amis.

Les plus scep­tiques, s’il en res­tait, auront pu être convain­cus ce matin sur France inter à la seule l’écoute des bafouillis aussi pénibles et tor­dus qu’embarrassés du « conseiller Afrique » de Saz­kozy, Henri Guaino. Comme il dit si bien : « C’est trop facile, c’est trop facile… » tout en pen­sant, comme dans les bulles savon­neuses de BD « Quelle mer­dasse, com­ment m’en sor­tir ? »…

Ainsi appa­raît une fois de plus – notam­ment après le trop fameux dis­cours de Dakar – la vraie nature du sar­ko­zysme. A la fois comme poli­tique à dupli­cité per­ma­nente (refrain « droits de l’homme » et cou­plet don­neur de leçon ; ingé­rence et non-ingérence ; bref : gran­deur du bara­tin et déca­dence de l’action) et comme vraie nature : une poli­tique auto­ri­taire sur fond répres­sif dif­fi­ci­le­ment dis­si­mulé. Car ce « savoir-faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécu­rité [pour] régler des situa­tions sécu­ri­taires de ce type » [sic Mme Alliot-Marie, 12 jan­vier 2011], ne dou­tons pas, hélas, de sa fonc­tion pre­mière : son uti­li­sa­tion « sécu­ri­taire » hors expor­ta­tion, c’est-à-dire à l’intérieur même de notre oli­gar­chie constitutionnelle.


Henri Guaino
envoyé par fran­cein­ter. — L’info inter­na­tio­nale vidéo.


Ce que nous dit aussi la révolution tunisienne

Comme pour l’avenir, on ne sait pré­dire les révo­lu­tions. Au mieux peut-on les pres­sen­tir par quelques signes avant-coureurs, quelques alertes. La tuni­sienne nous aura bien pris de court. Tel­le­ment qu’elle n’en finit pas de nous inter­ro­ger sur notre aveu­gle­ment géné­ral, ainsi que sur celui des ana­lystes plus ou moins paten­tés. Sa sur­ve­nue nous inter­pelle, comme on dit, en ce sens tout par­ti­cu­lier qu’elle indique la fra­gi­lité de ce qu’on prend faci­le­ment pour des « équi­libres » socio-politiques.

Dessin-édito de faber ©

Un demi-siècle de post-colonialisme – avec ce qui pré­cède donc –, n’aura guère résisté à cet embra­se­ment à domi­nante paci­fique et à si haute déter­mi­na­tion qu’une dic­ta­ture se sera effon­drée en moins d’un mois. Et c’est bien ce carac­tère appa­rem­ment spon­tané, aux causes quasi mys­té­rieuses – vu de cet aveu­gle­ment sourd des « élites » – qui ne cesse d’inquiéter toute la sphère poli­tique, au plan mon­dial d’ailleurs, par­tout où pré­do­minent le néo-impérialisme de la macro-économie et de la finance en folie. Quand « un » direc­teur du FMI, grand oracle à pré­ten­tion pon­ti­fiante, décerne à la Tuni­sie son bre­vet de « bonne santé », c’est bien à cause d’une vision autis­te­ment « macro » (c’est ten­tant : com­ment ne pas pen­ser « maque­reau de la finance » ?).

Quand Domi­nique Strauss-Kahn voit en la Tuni­sie « un modèle pour les pays émer­gents », il ne dis­tingue pas plus loin que son écran d’ordinateur, c’est-à-dire le bout de son nez [à TV7-Tunisie, 18 novembre 2008]. Pas plus que la carte n’est le ter­ri­toire, les sta­tis­tiques ne reflètent la réa­lité vécue du quo­ti­dien des pauvres gens. D’ailleurs les chiffres les ignorent super­be­ment, ne consi­dé­rant sous leurs courbes et tableaux que flux, ten­dances et com­pa­gnie. De ce seul point de vue, la mort par le déses­poir et le feu du jeune Moha­med Boua­zizi n’aurait jamais dû croi­ser la courbe expo­nen­tielle de crois­sance des clans Ben Ali-Trabelsi. C’est ce qu’on appelle un « acci­dent » de l’Histoire – qui en est pleine, de ces accidents…

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Tunisie. De l’inconvénient d’avoir raté le train de la révolution

La révo­lu­tion comme un coup de foudre. Ne pas s’y brû­ler les ailes. S’être pré­muni de ses illu­sions pour en jouir au bon moment. Et puis pas­ser à la durée, au dur désir de durer. Je parle bien sûr de la Tuni­sie qui aura sur­pris tout un cha­cun. Qui en aura dépité quelques autres, certes. Comme notre grand oracle du FMI pré­di­sant le plus bel ave­nir au royaume de Ben Ali tout en rêvant de gou­ver­ner le pays France. Mau­vaise pioche. En quoi il ne suf­fit pas d’avoir des airs ins­pi­rés pour être super ana­lyste. Car ces gens, que savent-ils de la souf­france des peuples ? Rien.

Je pense aussi, bien sûr, à notre petit empe­reur d’opérette, même pas comique, lamen­table, rece­vant les clés de la ville de Tunis et ne taris­sant de facé­ties élo­gieuses à l’adresse de son émir ami.

Je pense à la ci-devant Michèle Alliot-Marie dite « MAM », des affaires si étran­gères, tout emper­ru­quée et si empres­sée de secou­rir – selon le « savoir-faire » des agents de notre Répu­blique – son monarque étran­ger dans la débine. Je pense donc aux Juppé et Fillon condam­nés à sou­te­nir leur bre­bis éga­rée au quai d’Orsay.

Je pense aussi au Mit­ter­rand, l’autre, esti­mant – le 9 jan­vier 2011 – en tou­riste de la culture, que “Dire [de la] Tuni­sie [qu’elle] est une dic­ta­ture uni­voque me paraît tout à fait exagéré“.

Je ne sau­rais oublier le bon Jacques Chi­rac, pré­sident de notre même Répu­blique, man­quant en 2003 d’étouffer son ami Ben, qui il étreint d’une vigou­reuse acco­lade, avant de décla­rer : “Le pre­mier des droits de l’homme est de man­ger, d’être soi­gné et de rece­voir une édu­ca­tion. De ce point de vue, il faut bien recon­naître que la Tuni­sie est très en avance”.

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Tunisie. DSK en prophète de Ben Ali

Por­trait offi­ciel du direc­teur géné­ral et grand oracle du Fonds moné­taire international.

Pom­pon de « La-bas si j’y suis » cet après-midi, tan­dis que la rue gronde au plus fort à Tunis : la pro­phé­tie de « DSK » pré­di­sant le plus bel ave­nir à la Tuni­sie de Ben Ali. Et pour 2012 en France, que nous annonce le car­to­man­cien du FMI ? Ça craint !

En atten­dant, voyons-voir ce grand moment de fine ana­lyse économico-politique… Domi­nique Strauss-Kahn à TV7-Tunisie, 18 novembre 2008 (2 mn 12 s) :


Tunisie. Fortes tensions sociales et brutalités policières

La Tuni­sie est en proie à de graves ten­sions sociales pro­vo­quant des mani­fes­ta­tions et une répres­sion poli­cière des plus bru­tales. Un récit nous en est fourni par la Fédé­ra­tion des Tuni­siens pour une Citoyen­neté des deux Rives (FTCR), qui regroupe en France des Tuni­siens oppo­sés au régime de Ben Ali. De son côté, la télé­vi­sion qua­ta­rie El Jazira a lar­ge­ment rendu compte de ces évé­ne­ments comme le montre l’extrait ci-dessous/

« Le mou­ve­ment  de pro­tes­ta­tion  s’est déclen­ché  à Sidi Bou­zid le ven­dredi 17 décembre après qu’un jeune chô­meur, ven­deur ambu­lant de fruits et légumes, s’est immolé par le feu. Il venait d’être délogé du trot­toir par des poli­ciers. Ainsi a-t-il voulu signi­fier qu’il ne lui res­tait aucun espoir pour vivre dans la Tuni­sie des « miracles » éco­no­miques, dont le résul­tat est un chô­mage endé­mique qui touche aujourd’hui en par­ti­cu­lier la jeu­nesse, sans épar­gner aucu­ne­ment les titu­laires d’un diplôme supérieur.

« A par­tir de ce moment, ce sont d’importantes mani­fes­ta­tions de jeunes chô­meurs, de pré­caires et de tra­vailleurs qui sont des­cen­dues dans la rue. De nom­breuses villes des alen­tours de Sidi Bou­zid ont rejoint le mou­ve­ment dans un pre­mier temps, puis des villes du nord au sud du pays jusque la capi­tale, Tunis, ont donné à ce mou­ve­ment un carac­tère de ras-le-bol géné­ra­lisé contre le chô­mage, la cherté de la vie, la cor­rup­tion, l’injustice des poli­tiques sociales et éco­no­miques qui s’est éten­due à toutes les régions de la Tuni­sie. Les slo­gans les plus répan­dus y mettent en cause direc­te­ment les choix poli­tiques fon­da­men­taux du pou­voir et de l’administration.

« Le régime tuni­sien dans une atti­tude carac­té­ri­sée par l’autisme a refusé d’entendre ces cris de déses­poir. Sa seule réponse à ce mou­ve­ment paci­fique dans un pre­mier temps a été l’utilisation des forces de répres­sion. Il en est résulté la mort par balles d’un jeune de 18 ans, et de nom­breux bles­sés. (Lire la suite…)


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  • 2sexpolLa Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)
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    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances
    (Ber­trand Russel)
  • Un récent et com­pli­qué chan­ge­ment de ser­veur a causé la perte de quelques « car­tons », en l’occurrence cer­taines images. Les reverra-t-on un jour ? Hmmm…

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