On n'est pas des moutons

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Homélie du Mali. De la guerre et de la civilisation

Tout conflit signe une cer­taine huma­nité, celle qui se cherche en s’opposant tout en cher­chant son har­mo­nie. Mais la guerre ? La guerre, c’est la part d’inhumanité, l’échec face au conflit dans l’incapacité à le résoudre autre­ment que par la vio­lence – qui ne résout rien. Mais alors, la guerre au Mali ?

Tel est le thème de mon homé­lie domi­ni­cale, ali­men­tée par l’échange de tweets suivant :

 

– « Grac­chus Babeuf » : L’intervention au Mali pour rendre ser­vice à Areva ? Non, on a un pré­sident de Gauche qui com­bat la Finance ? C’est ça j’ai bon ? Hein ? 


– Moi : Ces amal­games, c’est d’un nul ! Presqu’aussi binaire que les fous d’Allah.

– « G-B »: Sûre­ment, mais alors pour­quoi ? Par bonté d’âme ?

– Moi : Ben quoi, t’aurais laissé faire ces « libé­ra­teurs » ? Dis voir ta recette.

 

Fin de l’échange.

 

je penseDans sa si lente évo­lu­tion, l’humanité peine à se défaire de son ani­ma­lité. C’est aussi que sa part ins­tinc­tive lui pro­cure des avan­tages réels en termes de sur­vie et de repro­duc­tion notam­ment, ce que Dar­win qua­li­fiait de carac­tères béné­fiques pour l’espèce. L’agressivité relève de ces com­por­te­ments béné­fiques, en même temps qu’elle se heurte à l’évolution sociale – la quête d’harmonie entre les indi­vi­dus et entre les groupes. C’est de cette évo­lu­tion qu’a émergé ce qu’on appelle la civi­li­sa­tion, cet effort des humains vers l’humanité en marche.

 

Évo­lu­tion lente, donc – à l’image tu temps long qui tra­verse pré­his­toire et his­toire, selon une direc­tion non linéaire, en fait sinueuse au pos­sible et par­fois même régres­sive. En quoi il s’agit bien d’une construc­tion humaine, donc hési­tante et impar­faite, non téléo­lo­gique, pour employer un gros mot qui sépare, là encore, les tenants du maté­ria­lisme de ceux du déter­mi­nisme fina­liste. Sépa­ra­tion qui culmine, en par­ti­cu­lier aux Etats-Unis de manière visible et même spec­ta­cu­laire, entre scien­ti­fiques évo­lu­tion­nistes et créa­tion­nistes. Les­quels consi­dèrent que l’origine du monde remonte à 6000 ans, puisque c’est écrit dans la Bible. Ces sor­nettes ayant aujourd’hui du mal à tenir debout – du moins dans les esprits un peu éclai­rés – leurs par­ti­sans se sont… adap­tés. Ainsi ont-ils « évo­lué » en adop­tant le concept du « des­sein intel­li­gent » (intel­li­gent design), ver­sion état­su­nienne du Grand hor­lo­ger qui, dans l’Europe du XVIIIe siècle, divi­sait déjà les tenants des Lumières.

Mais la guerre au Mali dans tout ça ?

N’est-ce pas la ques­tion : celle de la résis­tance à l’obscurantisme ? Les Maliens ne s’y trompent pas quand ils acclament l’intervention mili­taire fran­çaise. Une néo-colonisation ? Ou un rem­part contre ces fana­tiques assas­sins qui, au nom d’Allah et de la cha­ria, tient, violent, pillent ou, au « mieux », amputent, fouettent, dégradent les femmes en les ter­rant chez elles ou en les voi­lant, détruisent livres et biblio­thèques, inter­disent la musique ?

 

Que la droite umpiste, après avoir applaudi l’intervention fran­çaise, se res­sai­sisse par obli­ga­tion idéo­lo­gique et par­ti­sane, soit ! Que des gau­chistes paten­tés s’enferrent comme à l’habitude dans leur rôle de tenan­ciers de cha­pelles, bof ! Qu’un Mélen­chon pointe un doigt ven­geur de pro­phète ! Mais pas cer­tains de mes potes de gauche, d’ordinaire éclai­rés, qui s’empêcheraient sous pré­texte de non-hollandisme, non !

 

Si toute guerre est déplo­rable – voir le début de cette homé­lie –, elle l’est comme consé­quence de l’impossible har­mo­nie en ce bas monde. Et non du fait qu’il n’y aurait pas de causes justes. Tout comme le sont les trois mots emblé­ma­tiques de notre Répu­blique, et ce qui s’ensuit en termes de jus­tice et de laï­cité. D’humanité.


De l’origine possible des pavés dans la tronche

»> Atten­tion ! Cette fac­tu­rette serait un faux… Auquel cas, ça ferait « pan sur le bec » comme dit le Canard. Voir dans les com­men­taires ci-dessous.

Un copain m’envoie ça, qu’il a ramassé sur inter­net, après avoir été négli­gem­ment délaissé parmi les reliefs du fes­tin – un simple brunch pro­ba­ble­ment. Pour ceux, dont je suis – les minables sans roleix –, qui ne liraient pas cette poé­sie dans le texte, ten­ta­tive d’explications lexicales :

– les deux pre­mières lignes, ça res­semble à du caviar (à la louche) : 15 000 euros quand même ;

– suivent le cham­pagne, du Dom Péri­gnon; un mathu­sa­lem (soit 6 litres) pour com­men­cer (50 000 euros !) ; le Dom Péri­gnon rosé à 20 000 euros le jéro­boam3 litres seule­ment, mais vous m’en met­trez deux… (Notons en pas­sant le sur­moi biblique éti­que­tant les breu­vages du célèbre moine …) ;

– quant au reste, lan­gouste, badoit, coca, c’est tout ce qu’il y a de plus ordi­naire – sauf les prix bien sûr, sinon ça ser­vi­rait à quoi de se pava­ner sur une plage de Saint-Tropez, pro­ba­ble­ment à bord d’un des ces yotes à la Bolloré…

Gar­çon, l’addition je vous prie !

Voilà Mon­sieur : 107 524 euros. Bah, pour 16 convives, ça fait jamais que 6 720,25 euros par tête de pîpe. Notez les quelque 16 000 euros de TVA. Pour le coup, une sorte de TVA sociale, ver­sion haut du pavé.

À pro­pos, cette cita­tion de Totor Hugo, ouais, celui des Misé­rables : «  Le peuple, disait donc Vic­tor Hugo, c’est comme les pavés : on lui marche des­sus jusqu’à ce qu’il vous tombe sur la tête. »

[Merci Frank, et à la nôtre !]

 


Mort de Ben Laden : Chat ne changera rien

Édi­to­rial par l’image.  Minette est for­melle : chat ne chan­gera rien. Sur­tout pas ses habi­tudes de regar­der le 20 heures à dis­tance dans le reflet de la fenêtre. Y com­pris et sur­tout un soir comme celui-ci où le monde (infan­tile) fes­toie après l’assassinat d’un assas­sin. Par­don­nons aux vio­lents qui gou­vernent, ils ne savent pas ce qu’ils font…


Les gendarmes attaquent dans le Gard. C’est à pleurer !

Relan­cée par Le Canard enchaîné sorti ce jour, une vidéo mon­trant un gradé de la gen­dar­me­rie fai­sant usage de gaz lacry­mo­gène contre des mani­fes­tants paci­fiques à Anduze (Gard) cir­cule sur Inter­net depuis le 23 jan­vier, tota­li­sant plus de 85 000 vues. Pas éton­nant, c’est un grand moment de démo­cra­tie en action.

Le 21 jan­vier, des habi­tants de la com­mu­nauté de com­munes d’Anduze bloquent, par un sit-in sur les voies, un train tou­ris­tique régio­nal afin de pro­tes­ter contre une réor­ga­ni­sa­tion locale de com­munes. Comme le montre la vidéo tour­née par un mani­fes­tant, la pro­tes­ta­tion dégé­nère lorsqu’un gen­darme – et pas n’importe lequel, le com­man­dant Fré­dé­ric Warion qui dirige la bri­gade d’Alès – asperge de gaz lacry­mo­gène les pro­tes­ta­taires. Les gen­darmes portent éga­le­ment des coups de matraque sur des manifestants.


vio­lences des forces de l’ordre gra­tuites
envoyé par zim­prod. — Regar­dez les der­nières vidéos d’actu.

Plaignons-nous ! Nous ne sommes ni en Tuni­sie, ni en Égypte.


Abolition des corridas. Hommage à la Catalogne !

Le vote est-il pur de toute arrière-pensée sépa­ra­tiste ? Pas sûr… Tou­jours est-il que le Par­le­ment régio­nal de Cata­logne s’est pro­noncé hier pour l’interdiction des cor­ri­das sur son ter­ri­toire à par­tir du 1er jan­vier 2012, par 68 voix pour et 55 contre [AFP]. On sait à quel point les cli­vages peuvent être tran­chés dans cette que­relle de reli­gion oppo­sant afi­cio­na­dos et adver­saires de cette ances­trale cou­tume. Pour ma part j’en suis un adver­saire résolu, pour des tas de raisons.

A com­men­cer par la pre­mière, cette seule cor­rida à laquelle j’aie assisté. C’était en 1967 à Béziers (j’étais jeune jour­na­liste sta­giaire au Midi Libre) dont les arènes s’enorgueillissaient, c’est bien le mot, de la pré­sence du fameux El Cor­do­bés. Heming­way n’y a rien pu en ce qui me concerne : ce sinistre spec­tacle pro­vo­qua chez moi un haut-le-cœur. A la fois en rai­son de la souf­france « gra­tuite » (une gra­tuité de gros biz­ness), cette cruauté infli­gées aux ani­maux : tau­reaux bar­dés de ban­de­rilles – des har­pons, oui ! –, poi­gnar­dés à coups de dagues par les pica­dores, ren­dus fous et exsangues par le mata­dor, ce tueur déguisé en pois­son comme disait Coluche ; che­vaux aux yeux ban­dés à qui on vou­drait épar­gner le ter­rible stress – autre­fois, sans pro­tec­tion, ils étaient très sou­vent encorné et éventrés.

Madrid, Plaza de Toros Las Ven­tas, octobre 2005. © Manuel Gonzá­lez Olae­chea y Franco [Wikipedia

Deuxième rai­son : la lâcheté des spec­ta­teurs rabais­sés aux com­por­te­ments de leurs ancêtres des jeux du cirque. Les hur­le­ments de la foule ; je n’aime pas la foule en délire et ses hys­té­ries jus­ti­cières me glacent d’effroi, là plus encore que dans les autres stades, où les com­por­te­ments sont pour­tant sem­blables : pré­do­mi­nance des cer­veaux rep­ti­liens, hur­le­ments, com­mu­nion de trou­peaux, odeur de lyn­chage… Certes, le tau­reau a rem­placé l’esclave – quel progrès !

Troi­sième rai­son : la morgue du torero, cet amas d’orgueil, d’arrogance, ce concen­tré de l’Homme qui se croit tout puis­sant – sauf devant Dieu, qu’il implore lâche­ment de sur­croît lors de chaque « com­bat ». J’y vois le pan­tin rigide, engoncé dans sa suf­fi­sance, repré­sen­ta­tif du « sur­homme » vou­lant aussi mater (de matar, tuer) la nature, prendre son contrôle jusqu’à l’asservir. C’est le pro­to­type du « bat­tant » qui consi­dère la vie comme une arène, un lieu de spec­tacle pour s’y adon­ner au dar­wi­nisme social – abhorré par Dar­win lui-même, faut-il le rap­pe­ler, et sans cesse dénoncé par ses conti­nua­teurs évo­lu­tion­nistes. Le mata­dor moderne porte un cos­tard moins tapa­geur mais col­porte des valeurs de com­pé­ti­tion et de domi­na­tion sour­cées dans l’entreprise et l’économie néolibérale.

Et qu’on ne me parle pas du « cou­rage » du torero ! Au nom de quelle valeur supé­rieure – sinon celle de son ego déme­suré – et de quelle néces­sité altruiste va-t-il donc pro­vo­quer (« affron­ter ») une bête à qui il n’a rien demandé – et qui lui en demande encore moins ?! Accom­plir un acte ris­qué, gra­tuit et géné­reux, voilà ce qui me semble aller de pair avec la notion de cou­rage – c’est plus rare et précieux.

Les objec­tions des par­ti­sans me semblent de bien peu de poids. En par­ti­cu­lier celle met­tant en avant cruauté des éle­vages et des abat­toirs d’animaux. Les deux com­bats pour le res­pect des bêtes ne sont nul­le­ment contra­dic­toires. De plus, on ne sau­rait jus­ti­fier une pra­tique en invo­quant les pires. La guerre étant la pire d’entre toutes, elle ne jus­ti­fie pas pour autant les gué­rillas, prises d’otages, lapi­da­tions reli­gieuses, assas­si­nats et autres bar­ba­ries « ordinaires »…

Autre objec­tion, celle de la tra­di­tion, de la culture, etc. Alors, il fau­drait réta­blir les com­bats de coqs (ils sont inter­dits en Europe mais demeurent clan­des­tins) de même que les com­bats de gla­dia­teurs – les uns et les autres étant des mani­fes­ta­tions émi­nem­ment culturelles.

Si la culture est l’expression de l’état d’une civi­li­sa­tion à un ins­tant donné, elle n’est aussi qu’un moment entre deux avan­cées qui lui donnent un sens. Je veux le croire !

D’où cet « hom­mage à la Cata­logne » en clin d’œil au grand jour­na­liste et huma­niste que fut George Orwell ; c’est sous ce titre en effet que furent publiés le recueil de ses repor­tages sur la guerre d’Espagne. C’est de lui aussi qu’on retient le concept de « décence com­mune » dans laquelle se recon­naît l’humanité fra­ter­nelle et bien­veillante – y com­pris avec les ani­maux et leurs souffrances.

Prime : La Cor­rida, pam­phlet de et par Fran­cis Cabrel

Fran­cis Cabrel — La Cor­rida
envoyé par Qua­rouble. — Regar­dez la der­nière sélec­tion musicale.


À Michel Germaneau, mort au nom de l’Homme, victime du fanatisme

Ni un tou­riste, ni un jour­na­liste ou un « huma­ni­taire » au sens patenté. Un huma­niste sans doute. Un homme avant tout. Michel Ger­ma­neau a fini sa vie dans le désert nigé­rien, vic­time de fana­tiques reli­gieux et assas­sins – ça va si sou­vent de pair. Ancien ingé­nieur élec­tri­cien, il avait 78 ans et souf­frait du cœur. Une mala­die et des élans pour un même homme, debout, qui a su don­ner du sens à sa vie, jusqu’à la fin. Un homme, comme on aime en rencontrer.

La sinistre mise en scène d’Al Qaïda au Magh­reb islamique

Il était d’abord venu dans cette région si déshé­ri­tée du Sahel pour y admi­rer le ciel à l’occasion d’une éclipse. Il aurait pu res­ter tou­riste émer­veillé, mais le cœur en a décidé autre­ment. Il s’entiche de ses amis de ren­contre, s’engage à les aider, et revien­dra de mul­tiples fois à In-Abangharet, un vil­lage à 280 km au nord-ouest d’Agadez où il avait aidé à mon­ter une école.

Aga­dez, une ville et une région dou­ble­ment désta­bi­li­sés : une pre­mière fois lors de la grande séche­resse des années 70 qui pro­vo­qua un exode mas­sif des Toua­regs vers Aga­dez même et vers Nia­mey, la capi­tale nigé­rienne, où ils furent des plus mal accueillis, c’est peu dire. Une seconde fois avec la décou­verte et la mise en exploi­ta­tion du gise­ment d’uranium d’Arlite, devenu un enjeu politico-économique entre l’état nigé­rien et la France d’Areva, dont les popu­la­tions locales ne rece­vaient que des miettes tout en étant exclues des prises de déci­sions les concer­nant. Un bon ter­reau pour les extrémistes.

Qu’il s’agisse de la forêt ou du cacao, du pétrole, des dia­mants, du cuivre, du col­tan et plus encore de l’uranium, les richesses de l’Afrique n’ont pour ainsi dire jamais pro­fité à leurs popu­la­tions. Voyez la Côte d’ivoire, le Congo, les pays des Grands lacs, le Dar­four et le Tchad, l’Algérie. Et que dire de l’Afrique du Sud, au delà du mon­dial de foot ? Car l’Afrique, c’est le règne de la pré­da­tion, d’une éco­no­mie entiè­re­ment détour­née vers les inté­rêts privés.

Alors un Michel Ger­ma­neau là-dedans, bah, tout juste une pièce de gibier pour fous d’Allah ! Ils lui ont donc volé la vie, ses élans et ses illu­sions, au pro­fit des leurs, si ter­ribles et démentes, infes­tées des pires pul­sions mor­bides et mortifères.

Michel Ger­ma­neau ne sera pas mort dans un hos­pice, ce qui est déjà beau. Il ne se sera pas rési­gné à la petite vie de retraité pépère,ce qui est aussi remar­quable. Le pire serait tout de même qu’il mou­rût comme un chien dans une meute de hyènes. Ce qui est hélas probable.


Affaire(s) Éric Woerth. Le ministre roulerait-il pour Peugeot ?

Voyons : Éric Woerth jure la main sur le cœur que le ministre du bud­get qu’il fut n’a pu inter­ve­nir dans une « quel­conque » affaire Bet­ten­court, pas même pour deman­der une enquête de l’administration, a-t-il mar­telé. Et de pré­ci­ser : aucun ministre ne le pour­rait, pas davan­tage mon suc­ces­seur.. Or celui-ci, Fran­çois Baroin, a annoncé dimanche sur Europe 1 que l “admi­nis­tra­tion fis­cale va exa­mi­ner les comptes ban­caires suisses de l’héritière de L’Oréal et les élé­ments de for­tune qu’elle pour­rait déte­nir à l’étranger…

Le gou­ver­ne­ment fait bloc et la droite poli­tique aussi, mais en moins asser­tif que le pré­sident, sur­tout, qui en fait bien beau­coup sur la pro­tec­tion de Woerth. Il lui renou­velle sa confiance «tota­le­ment et com­plè­te­ment» parce que… «c’est un remar­quable ministre du tra­vail». Est-ce le sujet ? En tout cas c’est l’axe de défense et donc celui des «élé­ments de lan­gage» : accu­ser la gauche, en s’en pre­nant au ministre, de vou­loir tor­piller la réforme des retraites.

Mais les faits sont têtus : voilà que M. Woerth trempe main­te­nant dans une his­toire de dîner, en décembre der­nier, avec l’héritier de Peu­geot et une affaire de lin­gots d’or volés… Tan­dis que le même ministre, en juin, déco­rait de la légion d’honneur le même Robert Peu­geot

M. Woerth semble affec­tion­ner la fré­quen­ta­tion des riches héritie(e)s qu’il honore de médailles (pas en chocolat).

Notons en pas­sant que la der­nière révé­la­tion a été publiée par le Jour­nal du dimanche (JDD) du «frère» Lagar­dère. Y aurait-il quelque chose de vrai­ment pourri dans le royaume de France ?


Du Tchernobyl pétrolier et des émeutes dans le monde

Tan­dis que la diver­sion rem­plit son office autour du bal­lon mon­dia­lisé, tan­dis que le rideau de fumée s’épaissit sur les sombres affaires et magouilles du monde (le ministre et la miliar­daire ; le fric des banques dans le sys­tème Bouton-Kerviel ; le tour de passe-passe entre ce même fric et les retraites ; le mer­dier à France Inter ; l’annulation de la garden-party ély­séenne et la livrai­son de l’avion Air Sarko One… on en oublie et on nous en cache d’autres…). Pen­dant ce temps donc le pétrole conti­nue à rem­plir l’océan. Pas de quoi rigo­ler à pro­pos de ce Tcher­no­byl pétro­lier. Pour­tant marrons-nous quand même (rire jaune et vert) à la vue de cette cin­glante parodie :

L’émeute, phé­no­mène mon­dia­lisé… comme la mondialisation.

Autre perle, sur un mode bien dif­fé­rent, cet entre­tien sur « Nonfiction.fr » avec Alain Ber­tho, pro­fes­seur d’anthropologie à l’Université de Paris 8-Saint Denis qui, après avoir étu­dié les ban­lieues et la crise de la poli­tique, s’intéresse aux émeutes comme phé­no­mène mon­dial ancré dans le contem­po­rain. Extrait : « Parmi les choses obser­vables, il y a notam­ment l’absence d’interlocution avec l’État. L’absence de mots qui a beau­coup frappé les obser­va­teurs en 2005. Une émeute ne se fait pas avec des ban­de­roles, ne se fait pas avec des mots d’ordre, ne se fait pas avec des pro­grammes de négo­cia­tions. On n’est pas dans l’interlocution, on n’est pas dans le dis­cur­sif, on est dans autre chose. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien à dire, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de lan­gage sauf que le lan­gage, c’est l’acte. Nous sommes dans un moment d’affrontement où l’affrontement est ce que l’on a à dire. Cet affron­te­ment a des formes, un réper­toire. » […]


Éric Woerth ou la politique saisie par le luxe indécent

Éric Woerth, août 2008. Doué pour les chiffres, il veille sur nos retraites. Photo Wikipedia

L’affaire Woerth, madame et mon­sieur, leurs manœuvres fri­quées. « Légal » ou pas, on s’en fout ! Car la ques­tion est celle de la légi­ti­mité ou, plus encore, de la décence com­mune comme disait George Orwell. Ce goût du luxe jusqu’à la luxu­riance, cette avi­dité pour la « clin­quance » (on en est à inven­ter des mots !), la cherté obsé­quieuse du bling-bling, le jamais assez et donc tou­jours plus, voilà la névrose obses­sion­nelle des puis­sants de ce monde qu’ils mettent en coupe réglée ! La ques­tion est bien celle du pognon exor­bi­tant dont cer­tains se goinfrent avec une avi­dité encore jamais vue. Je dis bien « vue », en ce sens où le caché d’avant, sans doute, valait bien l’étalage actuel, devenu indé­cent jusqu’au porno !

L’âpreté au gain semble n’avoir jamais été aussi vorace qu’en ces temps de déca­dence. Une telle osten­ta­tion tient du pousse au crime et consti­tue l’une des causes des vio­lences récur­rentes qui secouent, entre autres, les quar­tiers dits « dif­fi­ciles » – c’est-à-dire là où la prise de conscience ne trouve d’autre exu­toire que dans le caillas­sage de  « tout » : bus, flics, pom­piers, bagnoles et pou­belles – sym­boles glo­ba­li­sés d’une société fon­ciè­re­ment malade, car fon­ciè­re­ment injuste. La délin­quance comme mode d’expression… Quelle déso­la­tion morale, exis­ten­tielle ! Et il en est ainsi dans tout le monde glo­ba­lisé régi par son inéqua­tion : tou­jours plus de très riches = tou­jours plus de très pauvres. « Jusque-z-à-quand », ren­ché­ri­raient nos sati­ristes déchus, dont on espère qu’ils vont pas­ser à l’acte de l’engagement direct : se payer, gra­tos, les têtes cou­ron­nées… On peut encore rêver.

Reve­nons aux Woerth, char­mant couple, fringues grif­fées, fra­grances de LVMH-L’Oréal, tis­sus pré­cieux payés cher à la sueur du front du populo, ceux qui gagnent si peu mais qui sont si nom­breux. C’est le prin­cipe même du capi­ta­lisme : prendre un peu (appa­rem­ment) à beau­coup ; les faire cas­quer pour pas grand chose, un chouia par ci un par là, à peine visible, même pas dou­lou­reux, pas trop : y a le foot, le pipole, le bourre-bedaine de bouffe et de bière pas trop chère, bien dégueu, la télé pour faire rêver et apeu­rer en même temps : les grandes séries hol­ly­woo­diennes, leurs copies locales, du drame et du cul, de l’angoisse ter­ri­fiante – méchants bar­jots, flics ex-machina pour tenir à car­reaux et ras­su­rer le bas peuple cade­nassé dans ses incer­ti­tudes du len­de­main, et enfin les courses de bour­rins, les lotos miri­fiques et autres ordi­naires sédatifs.

Tiens, au moment même où je vous cause, lemonde.fr (pas Le Pari­sien, non, la « réfé­rence ») me bom­barde un URGENT : « Isner bat Mahut et rem­porte le match le plus long de l’histoire du ten­nis ». Voilà l’urgence d’aujourd’hui : l’insignifiance spec­ta­cu­laire ! Tan­dis que l’hémorragie pétro­lière, la sai­gnée de la Terre-mère reprennent de plus belle – façon de par­ler. Tan­dis qu’un chef d’État, chef de quoi ?, reçoit vous savez qui, un foo­teux tri­cheur, repré­sen­tant du sys­tème le plus éhonté mêlant par la déme­sure le fric à la pelle et le vedet­ta­riat le plus ido­lâtre. Mais le peuple en veut, il en rede­mande le peuple, du pain (un peu) et des jeux (beau­coup), et on n’est pas tenu alors de l’enmajusculer. Fai­blesses et gran­deurs sont les moteurs de l’Histoire en marche. D’un côté la las­si­tude déses­pé­rée, de l’autre un res­saut de manif. Et à l’instant même, autre URGENT de même source : Le nombre d’inscrits au chô­mage en hausse de 0,8 % en mai. Bizarre cette col­li­sion de niouzes, ces col­lages d’actu comme des mes­sages épars venus de pla­nètes étrangères…

Donc le Woerth, cet irré­pro­chable hon­nête homme dont je mesure l’étendue et la pré­co­cité de ses talents en cha­rité bien ordonnée :

En 1992 donc, la Chambre régio­nale des Comptes de Picar­die épluche les livres  de l’Agence de déve­lop­pe­ment de l’Oise (ADO), diri­gée par Woerth, sur la période 1986–1989 et émet de sévères observations :

« [Le juge admi­nis­tra­tif] n’a pas admis que le conseil géné­ral délègue à un orga­nisme privé l’exécution des inter­ven­tions éco­no­miques du dépar­te­ment sans avoir défini les prin­cipes de ces inter­ven­tions, les moda­li­tés géné­rales de leur mise en œuvre et les contrôles qu’il enten­dait exer­cer. De nom­breuses dérives sont consta­tées, notamment :

– Des reva­lo­ri­sa­tions de salaires « dis­cré­tion­naires et exor­bi­tantes » :

Éric Woerth, direc­teur géné­ral, dont le salaire passe de 23 400 F (3 567€) en 1986 à 35 000 F (5 336€) en 1989. Il a perçu une prime de fin de contrat équi­va­lente à 5 mois de salaire, qua­li­fiée de « pure libé­ra­lité » par la Chambre. A cette rému­né­ra­tion men­suelle s’ajoute les trois primes de fin d’année de 3567,31 euros, 4484,75 euros et 4484,75 euros qui lui ont été ver­sées au titre des exer­cices 1986, 1987 et 1988.

Des frais de dépla­ce­ments, de mis­sions et de récep­tions « en aug­men­ta­tion de 724% » entre 1986 et 1989 :

«  La Chambre a observé que près de la moi­tié de ces dépenses cor­res­pon­dait à des frais de res­tau­rant du pré­sident de l’ADO. Elle a, en par­ti­cu­lier, relevé que tous les res­tau­rants, sans excep­tion, étaient situés à Paris, qu’ils comp­taient parmi les plus répu­tés et les plus chers de la capi­tale, qu’aucune indi­ca­tion sur l’objet de la récep­tion et les per­sonnes conviées n’était jointe aux fac­tures et que le prix par per­sonne était élevé, fré­quem­ment voi­sin des 1000 F (150 euros) ».

Eric Woerth dis­po­sait éga­le­ment d’une voi­ture de fonc­tion, ce qui n’était pas prévu dans son contrat de tra­vail, et comme son domi­cile situé à Chan­tilly, est éloi­gné du siège de l’Agence, les frais d’essence pris en charge par l’ADO ont été coû­teux pour les finances de celles-ci. En 1988, par exemple, leur mon­tant s’est élevé à 2295,88 euros. »

Cet homme, très doué pour les chiffres, ne pou­vait que gra­vir les plus hautes marches du pou­voir et, en par­ti­cu­lier celle qui l’a conduit au minis­tère du bud­get – noblesse oblige – tout en tenant les caisses de l’UMP.

En jan­vier 2008, alors qu’il était ministre du bud­get, Éric Woerth a aussi remis les insignes de che­va­lier de la Légion d’honneur à Patrice de Maistre, direc­teur géné­ral de Cly­mène, orga­nisme de ges­tion du patri­moine de Liliane Bet­ten­court – avocat qu’il pré­ten­dait ne pas connaître. Tan­dis que, jusqu’à sa démis­sion il y a quelques jours, son épouse Flo­rence Woerth était elle-même res­pon­sable de la ges­tion de la for­tune de Liliane Bet­ten­court, une des plus grandes for­tunes du monde, au sein de Cly­mène.

Le voici aujourd’hui ministre du Tra­vail, et maire de Chan­tilly. C’est lui qui doit négo­cier la réforme des retraites avec les syn­di­cats. Un homme de la situa­tion, capable de com­prendre et par­ta­ger l’inquiétude de ses conci­toyens. D’ailleurs, il est aussi chargé de la Fonc­tion publique. Et de la Soli­da­rité [sic].


Société folle. 10 mai : à bas l’esclavage, vive l’Ego !

Le moi de mai, c’est fou, com­mence tou­jours par un 1er. Puis voilà le 9, férié éga­le­ment, mar­quant la « vic­toire » de 45 – guille­mets pour dire que rien n’est jamais acquis, la preuve, voici le 10, aujourd’hui, censé com­mé­mo­rer l’abolition de l’esclavage. J’entendais ce matin sur France Culture les pas­sion­nants pro­pos de Fran­çoise Ver­gès, pré­si­dente du Comité pour la mémoire de l’esclavage, rap­pe­lant en pas­sant que la Mai­son Blanche – oui, celle de Washing­ton, haut lieu et sym­bole de la démo­cra­tie état­su­nienne – avait été construite par des esclaves noirs. Ce qu’on appelle un effet de contraste…

Elle s’en balance en se vau­trant dans le « tout à l’égo »

Tant de peuples sur Terre res­tent à libé­rer de leurs innom­brables chaînes… L’Histoire est encom­brée des luttes de libé­ra­tion, dont cer­taines sont pour­tant à peine esquis­sées, comme celles des Noirs d’Afrique et de leurs dépor­ta­tions mas­sives. Et que dire de cette moi­tié de l’humanité que consti­tue le « conti­nent noir », celui des femmes qui, y com­pris dans nos pays si avan­cés, sont encore et tou­jours mal­trai­tés, sous consi­dé­rées, sous payées, sur­ex­ploi­tées, déva­luées… Ou alors, par contre effet, ce qui peut par­fois s’avérer bien alié­nant, sur­éva­luées, sur­dé­ter­mi­nées dans leur propre genre : la Femme, majus­cule, encen­sée, mythi­fiée, déifiée…

Réflexions ins­pi­rées par l’annonce reçue ce jour, 10 mai-pour l’abolition de l’esclavage, du lan­ce­ment de EGO Maga­zine… « Le seul maga­zine éli­tiste et gla­mour 100% évé­ne­men­tiel » J’adore ! Dire que des attaché(e)s de presse se croient malin(e)s en m’envoyant de telles insa­ni­tés. Enfin, merci tout de même, d’alimenter ma chau­dière à indignation.

« Ego », au moins voilà bien un titre qui colle à son temps, ce temps qui ne sépare plus, dans sa fange super­fé­ta­toire, « égo » de son épi­thète « sur­di­men­sionné ». C’est le couple du siècle nais­sant (et de l’autre aussi, et peut-être même des temps plus anciens…) Voici les temps du « tout à l’égo » comme aime à déplo­rer Régis Debray.

Ne bou­dons pas notre plai­sir moqueur à par­cou­rir le « com­mu­ni­qué de presse » (en gras, sou­li­gné par mes soins…) :

« Le seul maga­zine éli­tiste et gla­mour 100% évé­ne­men­tiel.  Maga­zine évé­ne­men­tiel de luxe tri­mes­triel, EGO Maga­zine Paris cible le haut de gamme avec un contenu sélec­tif et pro­pose un pano­rama des plus beaux évé­ne­ments. Le maga­zine offre une ligne édi­to­riale inédite et inno­vante, liée à une mise en page artis­tique per­pé­tuel­le­ment renou­ve­lée. Le pre­mier maga­zine de luxe qui accom­pagne les marques à tra­vers leurs évé­ne­ments afin de véhi­cu­ler leur noto­riété. EGO Maga­zine Paris couvre en images l’ensemble des évé­ne­ments de réfé­rence en y asso­ciant iden­tité et qua­lité, avec une sélec­tion des plus beaux repor­tages pho­tos de la capi­tale (ver­nis­sages, inau­gu­ra­tions, lan­ce­ments de pro­duits, galas, évé­ne­ments spor­tifs, expo­si­tions, défi­lés, ral­lyes, dîners cari­ta­tifs et soi­rées pri­vées). Le contenu rédac­tion­nel assure une com­mu­ni­ca­tion dyna­mique liée à l’image de ses par­te­naires évé­ne­men­tiels, annon­ceurs et spon­sors. »

120 000 lec­teurs sont atten­dus pour ce grand rendez-vous de presse et se société, « un lec­to­rat mixe et haut de gamme, de 25 à 55 ans, cultivé, épi­cu­rien et dyna­mique »…

« Au som­maire du n°1 : Le Gala de la Truffe à la bou­tique Lan­cel, la pré­sen­ta­tion de la nou­velle col­lec­tion Kate Moss pour Long­champ au Ritz Club, le lan­ce­ment de l’Audi A8 à L’Olympia, la céré­mo­nie des Césars, le Gala de l’association Vie Espoir au Châ­teau de Ver­sailles, la 14è édi­tion du Pavillon des arts et du design au jar­din des Tui­le­ries, la soi­rée Coca-Cola au 1515, les inter­views de Bar Refaeli, Chris­tophe Decha­vanne, Jean Dujar­din, Vincent Elbaz,… »

La une (ci-dessus) est évi­dem­ment à la hau­teur, annon­cia­trice de la pro­fon­deur du contenu. On en doute d’autant moins que son direc­teur (un homme) n’est autre qu’un cer­tain Chris­tophe… Marx. Même Dar­win n’avait pas prévu ce genre d’évolution.


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  • 2sexpolLa Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances
    (Ber­trand Russel)
  • Un récent et com­pli­qué chan­ge­ment de ser­veur a causé la perte de quelques « car­tons », en l’occurrence cer­taines images. Les reverra-t-on un jour ? Hmmm…

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