On n'est pas des moutons

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Politiquerie. La lapidation de M. W. et le songe de M. K

Une autre fable à écrire : la vic­time et l’embobineur. Mon­sieur W. et Mon­sieur K. Le pre­mier qui ne craint pas de se décla­rer vic­time d’une « lapi­da­tion média­tique », l’autre disant avoir songé à démis­sion­ner… Deux ministres donc et leurs états d’âme déplacés.

L’un qui se voit en cerf de chasse à courre (syn­drome de Chan­tilly), l’autre à qui « ça [me] fend le cœur », que les Roms, en quelque sorte, se mal­traitent entre eux – pas tant qu’on les expulse comme des parias (qu’ils sont), car « il est néces­saire de faire res­pec­ter la loi ». Dire que ce type d’argument – on a exé­cuté les ordres – fut entendu au pro­cès de Nurem­berg serait sans doute mal­venu. Pourtant.

Celui-​ci, donc, l’embobineur rusé n’ayant de cesse de brouiller ses décla­ra­tions (RTL ce matin), mi-​figue mi-​raisin, mi-​polies mi-​acerbes, don­nant du « mon­sieur » et du « mon vieux » à Apha­tie – car on ne la lui fait pas, côté « mayon­naise » ; pré­ten­dant avoir fait un songe de démis­sion mais vite repris par l’argument de déser­tion – « s’en aller, c’est déser­ter » : une fois suf­fit, soyons un peu résis­tant, sinon cou­ra­geux. Perdre son hon­neur pour les hon­neurs, beuh, c’est pas grand chose, sauf le matin dans la glace.

Celui-​là, qui n’a rien fait d’ « illégal », on le saura, mais dont on se demande pour­tant depuis des mois ce qu’il aurait bien pu com­mettre de pas propre, de pas bien éthique, pas moral ni droit. Et qui ne craint pas de poser en lapidé, au moment même où une Ira­nienne « adul­tère » risque bien, elle, de périr sous les pierres des fous d’Allah !… Après tout, c’est la loi cora­nique. Rien d’illégal.

Ces deux-​là donc, que l’on pré­dit en fin de par­cours minis­té­riels, auraient bien pu ten­ter de s’en sor­tir par une pirouette d’honorabilité, une sorte de fierté de façade qui auraient pu jeter un rien de panache sur leur ombre déla­vée. Sans pou­voir faire le deuil de leur déshon­neur, ils fini­ront ainsi dans la « panouille » comme dirait l’ami Lan­glois, dans ces petits rôles même pas seconds, entrant dans l’histoire comme ils en sor­ti­ront : par la porte dérobée.


Le bouclier et les cacahuètes de Bettencourt – ou le grand bluff fiscal de Sarkozy

Sur son blog «Déchif­frages», Jean-​François Cou­vrat, montre com­ment Sar­kozy a chaussé lundi à la télé ses plus gros sabots de bluf­feur. Sous le titre «Sar­kozy, plus c’est gros, plus ça passe «, le blo­gueur relève que Nico­las Sar­kozy s’est une fois de plus féli­cité qu’en France, « per­sonne ne paie plus de 50% de ce qu’il a gagné » (en impôts). Et une fois de plus, il a dési­gné son modèle : « Le bou­clier fis­cal existe en Alle­magne depuis plus de vingt ans »…

«Il a répété cela avec un aplomb décon­cer­tant. Ignorerait-​il encore, tant le sujet lui tient à cœur, que cette dis­po­si­tion fis­cale a dis­paru outre-​Rhin depuis 2006, en même temps que l’impôt sur la for­tune, auquel elle s’appliquait exclusivement ?»

Puja­das n’y a vu que du feu et il n’aura pas été le seul. De même s’agissant de l’impôt payé par Mme L’Oréal, la pauv’ petite fille riche qui, dixit Sar­kozy en s’étranglant de com­pas­sion sur France 2, verse à l’Etat « plu­sieurs mil­lions d’euros par mois ! »

« […] Voilà une for­tune, relève Jean-​François Cou­vrat, qui assure à Mme Bet­ten­court un revenu annuel de 700 mil­lions d’euros. Pour ceux que l’accumulation de zéros décon­certe, disons que cela cor­res­pond à plus de deux lotos gagnants par semaine. Ce qui étonne, ce n’est donc pas que la dame paie des impôts, c’est qu’elle en paie aussi peu. 40 mil­lions, rap­por­tés à revenu de 700 mil­lions, cela fait un taux d’imposition de 5,7%.»

On est donc loi de la «moi­tié du vison» de la dame. Et quand bien même en paierait-​elle la moi­tié que l’autre moi­tié res­tante – et appa­rente, pour ne pas par­ler des reve­nus «éva­sifs» ou éva­dés – demeu­re­rait un affront à la misère. Or, Mme Bet­ten­court ne paie que des caca­huètes ! « Le com­mun des mor­tels peine en tous cas, conclut Cou­vrat, à admettre que c’est à cette femme, troi­sième for­tune fran­çaise, que le Tré­sor public a remis l’an der­nier un chèque de 30 mil­lions d’euros au titre du bou­clier fis­cal. »


Woerth-​Bettencourt. « La rapacité et le cynisme mis à nu », estime Attac

Je l’aurais peut-​être dit autre­ment, mais sûre­ment pas mieux que ce com­mu­ni­qué d’Attac en réac­tion à l’onction sar­ko­zienne déver­sée hier soir. Voilà com­ment ils résument la situa­tion, les gens de l’altermondailisation de la taxe Tobin et de la lutte contre les para­dis fis­caux – des orfèvres :

Affaire Woerth-​Bettencourt : refu­ser l’affaissement démocratique

» Nico­las Sar­kozy a vai­ne­ment tenté hier soir de clore l’affaire Woerth-​Bettencourt, à la veille de l’adoption du pro­jet de réforme des retraites par le Conseil des ministres. En s’appuyant sur des hauts fonc­tion­naires aux ordres, une jus­tice au pas et des inter­vie­weurs com­plai­sants, il espère faire oublier le scan­dale pour lais­ser Eric Woerth et le gou­ver­ne­ment impo­ser la réforme des retraites.

» Pour­tant la page Woerth-​Bettencourt sera dif­fi­cile à tour­ner. Car elle rend ter­ri­ble­ment concrète aux yeux de dizaines de mil­lions de citoyens une réa­lité que seuls des chiffres peu com­pré­hen­sibles démon­traient jusqu’alors. Entre 2000 et 2010, les poli­tiques de moins-​disant fis­cal ont réduit de 100 mil­liards d’euros les recettes de l’Etat (d’après Gilles Car­rez, rap­por­teur UMP du bud­get à l’Assemblée). Niches fis­cales pour les riches, exo­né­ra­tions pour les entre­prises, on a creusé sciem­ment les défi­cits, le tout au nom de la « com­pé­ti­ti­vité » et de « l’emploi ». La réforme des retraites, c’est encore 20 mil­liards d’euros éco­no­mi­sés pour les action­naires au détri­ment des ouvriers, des sala­riés pré­caires et des femmes, dont beau­coup devront attendre 67 ans pour une retraite à taux plein.

» Ils nous serrent la cein­ture pour enri­chir encore leurs amis et spon­sors mil­liar­daires : voilà ce que révèle crû­ment l’affaire Woerth-​Bettencourt aux yeux de la popu­la­tion. La crise de la finance avait affai­bli les argu­ments d’intérêt géné­ral sur la « com­pé­ti­ti­vité » et « l’emploi » qui ser­vaient à jus­ti­fier ces poli­tiques. Mais avec cette affaire, c’est main­te­nant la rapa­cité et le cynisme des classes diri­geantes qui sont mis à nus. On ne peut plus s’étonner de la com­plai­sance envers les para­dis fis­caux, de la liberté totale lais­sée aux spé­cu­la­teurs, des décla­ra­tions ron­flantes mais jamais sui­vies d’effets sur la taxa­tion de la finance…

» Une véri­table crise de régime est ouverte, qui pose la ques­tion de sa légi­ti­mité démo­cra­tique. La réforme des retraites devient aujourd’hui plus qu’une lutte entre patro­nat et sala­riat sur la répar­ti­tion des richesses. Elle concerne l’ensemble des citoyens car elle met en jeu le sens même de la démo­cra­tie : peut-​on lais­ser ces gou­ver­nants, élus sur des pro­messes non tenues et qui gou­vernent par le men­songe, conti­nuer à impo­ser les inté­rêts de leur caste ? La mobi­li­sa­tion popu­laire contre la réforme des retraites doit per­mettre d’entraîner toute la société pour refu­ser cet affais­se­ment de la démo­cra­tie dans notre pays. Attac s’y emploiera en tout cas avec toute son éner­gie dans les semaines à venir.« 
Attac France,
Mon­treuil, le 13 juillet 2010


Woerth-​Bettencourt. Elle tourne mal, la Noce chez les grands-​bourgeois

Tragi-​comédie ou sinistre farce ? L’affaire Woerth-​Bettencourt nous balade entre « La Noce chez les petits bour­geois » (Brecht, 1926) et « Le Charme dis­cret de la bour­geoi­sie » (Buñuel, 1972). Même s’il s’agit d’une affaire d’État et de mœurs poli­tiques et socié­tales, gageons que la créa­tion artis­tique à venir (et sans doute déjà en cours) reflé­tera au mieux ce monde de la tur­pi­tude et de la déca­dence.

Ici, il s’agit plu­tôt de la grande bour­geoi­sie affai­riste. Mais la vul­ga­rité bling-​bling de poli­ti­ciens par­ve­nus n’a rien à envier à celle de ses frères « petits » réunis pour une noce qui va som­brer dans le chaos. Quelques années plus tard c’est l’Allemagne nazie qui invi­tait à une autre fiesta. Buñuel, lui, abor­dait l’après-68 en dépei­gnant une déca­dence tou­jours à l’œuvre der­rière ses hono­rables para­vents. L’art du spec­tacle peut, bien sou­vent, dépas­ser en réa­lisme et en por­tée sym­bo­lique, les ana­lyses socio-​historiques.

Certes, on pour­rait faire bégayer l’Histoire en évo­quant aussi cette période de la Régence qui, il est vrai, par cer­tains aspects, res­semble fort au règne de Sar­kozy. On com­men­çait alors à s’éclairer aux Lumières et la Révo­lu­tion poin­tait à l’horizon. Aujourd’hui, la presse y va à coups d’éclairages crus tan­dis que le peuple, même imbibé de foot, pour­rait bien, comme si sou­vent, crier « aux chiottes l’arbitre ! » et en appe­ler à la revanche lepe­niste avec rem­bour­se­ment de la fac­ture. Il faut dire que celle-​ci com­mence à être salée : cigares à tout va, jets pri­vés, hôtels de luxe, émo­lu­ments éhon­tés, passe-​droits fis­caux, magouilles en tout genre. Tan­dis que ces petits-​grands bour­geois de la « répu­blique » se réfu­gient dans le déni, se dra­pant dans leur « léga­lité » – c’est la majo­rité gou­ver­ne­men­tale qui a ficelé les lois, dont celle du bou­clier fis­cal ­­­– et reje­tant la faute sur l’opposition et les médias !

L’enquête avance comme un âne à recu­lons – de l’intérêt de nom­mer ses amis aux bonnes places judi­ciaires – mais la police a confirmé (selon Le Monde) le retrait de 50 000 euros en espèces fin mars 2007, tel que l’avait raconté à Media­part Claire Thi­bout, l’ex-comptable de Liliane Bet­ten­court. Même s’il n’y avait eu qu’un seul ver­se­ment, il serait dou­ble­ment délic­tueux : d’une part, du fait qu’il s’agit d’espèces , de l’autre que la loi pla­fonne les dons de par­ti­cu­liers à 7 500 euros par per­sonne et par an.

On com­prend que Sar­kozy (Mon­sieur Tiers, selon les son­dages) s‘agite de plus belle et tire une tronche de croque-​mort. « Quelle époque, quel abais­se­ment !» a-​t-​il bre­douillé hier en oubliant ses droits d’auteur. C’est qu’il risque non seule­ment de se trou­ver sale­ment mouillé dans cette affaire de finan­ce­ment occulte, mais en plus de pei­ner dur à nous faire ava­ler l’amère pilule de la « rigueur » en marche. En rabo­tant tous azi­muts – enfin sauf dans cer­taines direc­tions amies ­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­– le risque aug­mente sérieu­se­ment d’une ren­trée sociale explo­sive. Retraites en baisse, chô­mage en hausse, rognage des aides sociales – dont l’allocation loge­ment aux étu­diants…, crai­gnons que l’éjection d’un Woerth et un rema­nie­ment seront alors de bien peu d’effet.

Trois ans à peine pour mettre un pays sur les rotules, saluons l’artiste !


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  • Non à la propagande d’AREVA !

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