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Boycott des J.O. en Chine : un problème faussement complexe !

par Pascal Heisserer

Il est toujours possible d'examiner la question de la participation de la France (et des démocraties occidentales) aux J.O. en Chine à partir de considérations telles que toute prise de position claire, nette et tranchée passe pour inutile et vaine.

En effet, si on commence par mettre en balance la participation aux J.O. et l'amélioration effective des droits de l'homme en Chine, on peut disserter longuement sur l'opportunité de boycotter ou de participer et se demander à l'infini si c'est la stratégie d'ouverture ou de fermeture qui est la plus à même de produire des résultats positifs.

En effet, que ce soit pour l'épineuse question du Tibet (autonomie ou indépendance, autonomie culturelle ou autonomie politique, liberté religieuse ou reconnaissance en tant que minorité), pour les atteintes à la liberté de la presse, pour l'absence de pluralisme politique, pour l'impossible alternative politique (pas d'opposition libre) il est, à peu près, certain que boycotter ou participer n'aura pas beaucoup d'effets sur la politique conduite par les autorités chinoises. Certains mêmes prédisent que le boycott serait contre-productif.

De plus, si on se demande encore si c'est en participant ou en boycottant que l'on va amener la Chine à abandonner toute volonté de recouvrer sa souveraineté sur Taïwan, à ne plus faire des essais militaires menaçant le Japon, à ne plus faire travailler les enfants, à augmenter les salaires, bref à ne plus jouer la carte du dumping social pour exporter à bas-prix, à respecter l'environnement (la liste des incriminations est longue), à ne plus recourir massivement (voire du tout) à la peine de mort, etc, on risque à nouveau de ne pas être d'accord sur la meilleure attitude à adopter.

Poser le problème en ces termes, c'est se mettre dans une situation où le levier (participation ou boycott) est sans commune mesure avec l'objectif à atteindre (processus de démocratisation globale de la Chine).
C'est, qu'on le taise ou le confesse, se cacher derrière son impuissance et se plier à la réalité (chinoise) telle qu'elle est. Par conséquent, comme il y a de toute manière peu de chances ou d'espoirs que les choses changent - qu'on y aille ou pas -, autant y aller et glaner quelques médailles !!!

Il existe encore une seconde manière de compliquer inutilement la question.

Cette fois-ci on ne s'interroge plus sur les effets du boycott ou de la participation sur la situation interne de la Chine mais on passe en revue les différentes conséquences possibles pour la France de ce boycott ou de cette participation.

Il existe d'abord le stupéfiant argument économique. Pour que la France puisse continuer à commercer (vendre et acheter mais surtout vendre car on fait comme si les risques n'existaient que pour nous, comme si notre balance commerciale avec la Chine était excédentaire) avec ce pays, il faudrait surtout qu'elle ne fasse pas de vague, qu'elle taise ses idéaux.

Cet argument est stupéfiant car il ignore que le commerce franco-chinois se fait dans le cadre de l'OMC (faut-il le rappeler la Chine a adhéré à l'OMC le 11 décembre 2001 !) et donc que l'idée d'un contre-boycott économique de la Chine ne pourrait se faire sans que la Chine pâtisse en retour de ce choix. De plus, cet argument semble reposer sur l'idée que si les autorités chinoises achètent certains de nos fleurons (TGV, technologie nucléaire avec Areva, A380, etc) c'est non pas parce que nos produits sont compétitifs mais parce que nous les laisserions par ailleurs bafouer les droits de l'homme..... Il me semblait naïvement qu'il en allait de leur intérêt de puissance qui veut s'équiper pour rattraper (avant de dépasser) leur retard technologique et non pas de considérations "humanitaires"....

En clair, il faut avoir l'honnêteté de dire que si nous boycottions ces jeux, nos intérêts économiques ne seraient pas significativement et durablement menacés en Chine.

Reste alors l'intérêt des sportifs! Il est certain que le boycott aux J.O. priverait une génération de sportifs de la possibilité de briller, de remporter des médailles et de s'assurer des subsides collatéraux conséquents.

C'est pourquoi derrière les sportifs ce sont les sponsors qui vont in fine décider! Si la situation se détériore en Chine, en clair s'ils ne peuvent supporter de voir l'image de leurs produits (les sportifs compris) associés à des images péjoratives, ils se désengageront, à condition que cela leur soit possible.

Il ne faudrait pas oublier non plus l'intérêt des médias. Ils ont grâce aux J.O. de quoi remplir leurs grilles, pages, programmes (rubriques sports, politiques étrangères et nationales, économies) et de quoi alimenter leurs espaces publicitaires.

Maintenant si la question du boycott n'était pas polluée par ces considérations "secondaires" (intérêt des sponsors, des médias et manque à gagner pour les sportifs) on pourrait alors se poser simplement la question de la participation à ces J.O.

En effet, la France pays des droits de l'homme, démocratie représentative respectueuse de valeurs supérieures (non-inféodées à des intérêts économiques, mercantiles ou marchands) va-t-elle s'honorer ou se déshonorer en acceptant que des sportifs concourent sous ses couleurs?

Poser en ces termes la réponse me semble si évidente que je me demande même comment certains arrivent à douter de la nécessité morale de boycotter ces jeux.

Mais on me rétorquera, c'est justement parce que les considérations morales font sourire en 2008 que personne (je veux dire ceux qui ont quelque chose à perdre, pour les autres dont moi c'est évidemment plus simple) ne songe sérieusement à boycotter ces jeux.

Triste monde !

En résumé, le boycott n'aura aucun effet (positif ou négatif sur la Chine ou sur les relations économiques) mais la participation fera honte non pas à la France ou aux français mais aux doux rêveurs (dont moi) qui croient qu'il y a encore de la place pour des valeurs ou des idéaux supérieurs aux intérêts économiques, politiques, géostratégiques.

Pascal Heisserer

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JO de Mexico, 1968. Tommie Smith, vainqueur du 200 mètres, et John Carlos, 3e, montent sur le podium avec l’Australien Peter Norman. Ils lèvent le poing pendant l’hymne américain pour protester contre les discriminations raciales aux USA. Ils sont exclus à vie des JO. Dommage, ils ne vont pas concourir à Pékin…

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Une réflexion sur “Boycott des J.O. en Chine : un problème faussement complexe !

  • DECARSIN

    « L’IMPORTANT N’EST PAS DE GAGNER MAIS DE PARTICIPER », disait-il…

    Parce qu’ils sont lar­ge­ment média­ti­sés dans nos démo­cra­ties, les efforts déses­pé­rés (en tout cas déses­pé­rants) des diri­geants du CIO pour se déro­ber à leur conscience morale consti­tuent un évé­ne­ment his­to­rique. En rai­son de leur cynisme, « l’es­prit olym­pique » appa­raît ni plus ni moins pour ce qu’il est, c’est-à-dire une vaste comé­die. Alors qu’il est de bon ton aujourd’­hui de vou­loir « mora­li­ser l’é­co­no­mie » ou « mora­li­ser la poli­tique », les entendre pleur­ni­cher « la fête est gâchée » a même quelque chose de pathétique.

    C’est un fait : leur cynisme, tout comme celui des diri­geants chi­nois dont ils sont les com­plices, tout comme celui de tant d’of­fi­ciels et affai­ristes de tous pays, n’a plus la por­tée qu’elle pou­vait avoir par le pas­sé. Des per­son­nages comme Kouchner qui, par « sou­ci d’efficacité », tentent de ren­voyer l’en­ga­ge­ment per­son­nel au rang d’ob­jet désuet, appa­raissent de plus en plus comme d’au­then­tiques ringards.

    Ceci dit, ce ne sont pas tel­le­ment les souf­frances d’un peuple qui sus­citent l’é­lan pour les Droits de l’Homme (le géno­cide du Rwanda, par exemple, n’a pro­vo­qué de réac­tions signi­fi­ca­tives que bien après coup). Ce qui est source de mobi­li­sa­tion, c’est ce que j’ap­pelle « l’in­com­pa­ti­bi­li­té des sym­boles » : défendre à la fois « l’es­prit de Coubertin » (… pas­sons vite sur la vision réac­tion­naire de ce mon­sieur…) et le prag­ma­tisme éco­no­mique, c’est tout sim­ple­ment défendre une posi­tion inte­nable. Ce n’est pas pour une autre rai­son qu’il y a vingt ans l’i­déo­lo­gie com­mu­niste s’est effon­drée en quelques mois.

    Quelque chose se passe ces jours-ci sur la pla­nète qui m’é­voque la chute du Mur de Berlin. Je ne suis pas pour autant naïf, j’ai aus­si le sou­ve­nir de ce qui s’est pas­sé ensuite et qu’on a appe­lé l’os­tal­gie. La liber­té civique n’est pas la Liberté.

    Même si l’élan de contes­ta­tion contre les JO de Pekin a quelque chose de récon­for­tant (j’y par­ti­cipe moi-même volon­tiers), je pense que les plus grandes avan­cées viennent et vien­dront d’in­di­vi­dus iso­lés. Je garde, ancrée en moi, l’i­mage de Tommie Smith et John Carlos, ces deux ath­lètes amé­ri­cains, en octobre 1968, sur un podium des JO de Mexico. Le poing levé et gan­té mais les chaus­sures reti­rées et la tête bais­sée. Plus tard, Smith décla­rait : « Il ne s’a­gis­sait pas pour moi de sabo­ter une céré­mo­nie que je res­pecte mais de lui don­ner du sens ».

    Donner du sens…

    Alors qu’un homme de cou­leurs est sus­cep­tible de deve­nir Président des Etats-Unis dans quelques mois, les offi­ciels du CIO et leurs sinistres sup­por­ters seraient bien ins­pi­rés de médi­ter le sens du geste de Smith et de Carlos. D’autant que leurs homo­logues, à l’é­poque, ne s’étaient pas pri­vés de les accu­ser d’avoir « gâché la fête ».

    Joël Decarsin

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