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Côte d’Ivoire. Pour Jean-François Probst, « Gbagbo est plus proche de Mandela que de Mugabe »

Contrepoint sur la situation en Côte d’Ivoire pour ne pas emboucher les trompettes dominantes. Ce changement de refrain vient d’un certain Jean-François Probst, ancien bras droit de Jacques Chirac, franc-parleur et connaisseur de l’Afrique à sa façon. Après une carrière politique (il a notamment été conseiller de Jérôme Monod au RPR, secrétaire général du groupe RPR au Sénat, conseiller d’Alain Juppé et directeur de la communication de la Mairie de Paris pour Jean Tibéri…), il est aujourd’hui consultant international en communication et conseille des chefs d’entreprise, des politiques et des chefs d’État africains. On lui doit aussi des chroniques vidéo sur le site d'informations politiques en ligne Bakchich. Il était l'invité de Yannick Urrien le 21 décembre sur Kernews, une radio locale de droite qui émet en Loire-Atlantique. Il est bon de changer de point d’observation et les propos (choisis) de Jean-François Probst ne manquent pas de décapant, ce qui est salutaire quand il s’agit de ne pas sombrer dans le manichéisme si facillement rassurant.

Kernews : Pour quelles raisons le gaulliste que vous êtes estime-t-il que nos compatriotes, particulièrement ceux qui sont attachés aux souverainetés nationales, doivent s’intéresser aux événements de Côte d’Ivoire qui, selon vous, marqueront l’histoire de l’Afrique ?

Ph. Bakchich

Jean-François Probst : Pour comprendre ce qui se joue aujourd'hui, il faut se reporter à la fin de la IVe République. Les socialistes n'arrivaient pas se dépêtrer des affaires coloniales et c'est là que le général De Gaulle a joué un coup majeur, pour l'intérêt supérieur de la France et des Africains : il a octroyé par référendum à chaque pays la possibilité de devenir indépendant et souverain. La base de l'indépendance nationale lorsque l'on est gaulliste, c’est le 18 juin 1940. C'est le refus de l'occupant, c'est le refus de la collaboration avec l'ennemi, c'est la capacité, malgré la difficulté, à résister. En Côte d'Ivoire, la flamme d'une résistance générale, contre les colonisateurs, les anciens colonisateurs ou les nouveaux colonisateurs que sont les États-Unis, la Chine ou l'Inde, cela existe. Dans le monde entier, des centaines de milliers de jeunes gens s'informent et voient bien qu'il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Ce qui ne fonctionne pas, c'est un point très cher à la doctrine du général De Gaulle : l'organisation des Nations Unies, «le machin» comme l'appelait le général. C'est une organisation qui n'a pas lieu de s'ingérer dans les affaires intérieures d'un pays pour régler ou annoncer les choses à sa manière. Dans ce qui se passe, la responsabilité de l'ONU est patente. Les Nations Unies ne font pas respecter leurs résolutions de manière générale, que ce soit en Israël, en Iran ou au Kosovo après les trafics d'organes…

En Côte d'Ivoire, les Nations Unies n'ont pas fait leur travail pour organiser une élection dans un pays qui a connu une dizaine d'années de crise. Monsieur Gbagbo a été élu en 2000. Il n'est pas arrivé du ciel, il n'est pas seulement un homme un peu socialiste soutenu par les socialistes français. C'est un Ivoirien qui a souffert dans le passé en tant qu’opposant et c'est d'ailleurs Monsieur Ouattara qui l’avait mis en prison quand il était premier ministre de Monsieur Houphouët-Boigny. Pour revenir à ce qui nous préoccupe, les Nations Unies auraient dû organiser des élections incontestables. Or, ce qui vient de se passer montre que rien n'était prêt : les listes électorales n'étaient ni faites ni à faire, on a vu 20 000 électeurs supplémentaires par rapport aux inscrits dans le nord où Ouattara et Soro ont été des rebelles à l'élection... Il y a eu des fraudes, tricheries et truandages... Le délégué des Nations Unies en Côte d'Ivoire, Monsieur Choi, a, à mon avis, une technique coréenne qui n'a rien à voir avec la démocratie moderne. S'il souhaite par la suite qu'il y ait deux Côte d'Ivoire, comme il y a deux Corée depuis 70 ans, c'est son affaire…

Mais en Afrique, on est en Afrique, on n’est pas en Asie ! Il y a 15 000 Français en Côte d'Ivoire et ils ne doivent pas subir les effets de la carence, de l'incompétence de l'ONU dans l'organisation d'élections. On voit bien qu'il y a eu beaucoup de fraudes. On me dit qu'il y en a eu des deux côtés. Probablement, mais je vois les cinq régions dans lesquelles certains bureaux de vote sont quasiment à 95% pour Monsieur Ouattara... Il y a eu des empêchements de voter, des violences, des viols et on m'a même raconté que dans certains villages, les amis de Messieurs Ouattara et Soro y allaient à l’arme pour intimider les gens et même parfois les tuer. Les Nations Unies ne peuvent pas fermer les yeux sur de telles affaires. Monsieur Choi n'a pas fait son travail dans le nord… Est-ce que cela exonère pour autant le président Gbagbo et son équipe de tous les défauts ? Sûrement pas, mais ce n'est pas à nous, gens de l'extérieur et prétendument de la communauté internationale, de nous ingérer dans les affaires de la Côte d'Ivoire… La Côte d'Ivoire n'est pas un pays qui est appelé à vivre en guerre civile. C'est un pays que je connais depuis 1969, c'est un pays gaulliste et houphouëtiste dans son cœur et dans ses tripes, c'est un pays uni et rassemblé avec de nombreuses ethnies et des étrangers. Et voilà que les Nations Unies, au lieu d'installer et de préserver la paix, viennent de sécréter la guerre. Je dis que Monsieur Ban Ki-Moon et Monsieur Choi vont avoir très mauvaise conscience et du sang sur les mains.

Pourquoi l’ONU a-t-elle fermé les yeux sur les fraudes dans le nord et pourquoi soutient-on Monsieur Ouattara à Washington en lui attribuant cette victoire ?

Avant de parler des États-Unis, de Monsieur Obama, de Washington et de la CIA, finissons de parler des Nations Unies et de leur rôle. Je crois qu'il y a beaucoup de soldats dans les chars marqués UN. Il y a beaucoup de fonctionnaires et de bureaucrates et, d'après des témoins sur le terrain, on n'a pas vu beaucoup d'observateurs dans les bureaux de vote des cinq régions du nord où il y a eu toutes ces fraudes. Là où l'ONU a encore un rôle encore plus critiquable, c'est que le président de cette fameuse commission électorale indépendante - qui, en réalité, n'avait d’indépendante que le nom - Monsieur Bakayoko, à peine avait-il quelques résultats partiels, s’est enfui à l'Hôtel du Golf… Tout cela est une farce ! Les Nations Unies couvrent cette ouattaresque pantalonnade et c'est très grave ! Cela s'apparente à un vol et un cambriolage de voix d’Ivoiriens par Monsieur Ouattara, malheureusement téléguidé par l'extérieur…

Vous avez évoqué la CIA…

De mon point de vue, et du point de vue de certains observateurs avertis et connaissant bien les affaires ivoiriennes, il est évident que depuis longtemps la CIA téléguide avec quelques longues cornes, et assez facilement semble-t-il, le couple Alassane et Dominique Ouattara… Les rebelles du nord sont manipulés de l'extérieur, et pas seulement par l'islam avec Al Qaïda, des islamistes du nord de l'Afrique qui voudraient bien pousser jusqu'au sud. Tout cela est un imbroglio dans lequel les États-Unis nagent comme d'habitude à contre-courant. Ils ont engendré beaucoup de guerres et beaucoup de conflits civils, avec de nombreux morts dans de nombreux pays où il y a du diamant, de l'uranium, de l’or, du pétrole et d'autres richesses… Tout le monde fait la danse du ventre autour de la Côte d'Ivoire, mais les États-Unis, avec leurs manières lourdingues et obamesques, un peu comme Bush le faisait en Irak, arrivent à entraîner derrière eux des petits satellites ou des vassaux.

Malheureusement pour mon beau pays de France, que le général De Gaulle avait fait sortir du commandement intégré de l'OTAN, le président Sarkozy a réintégré l'OTAN. Le président Sarkozy est à la traîne des États-Unis et la France est un wagon de queue de la grosse locomotive américaine… Les USA voudraient le Maroc, la Mauritanie, le Sénégal, la Guinée, le Mali, le Niger et cette Haute-Volta, devenue Burkinabè, qui veut percer vers le sud jusqu’à Yamoussokro pour, disent-ils, transformer la basilique Houphouët-Boigny de Yamoussoukro en mosquée. Obama, comme Sarkozy, c'est un peu une marionnette entre les mains du complexe militaro-industriel américain et des grandes multinationales de l'agroalimentaire qui font ces barres chocolatées qui rendent obèses tous les enfants du monde.

Cette action américaine me fait retourner un peu en arrière, au moment de la mort du président Houphouët-Boigny. La France avait déjà cette espèce de difficulté à être ensemble de façon gaullienne pour reconnaître les bienfaits et les défauts de la politique d'Houphouët. Mais Houphouët a dû gérer un pays après l'indépendance, il a commis sûrement des erreurs. Il a sûrement commis celle de mettre dans le même marigot Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, qu'il a nommé premier ministre pendant que sa femme, Dominique, jouait un rôle semble-t-il bizarre à Abidjan et à Yamoussoukro. À la mort d'Houphouët, dans l'avion qui emmenait les autorités, Chirac ne parlait quasiment plus à Balladur... Messmer l'Africain représentait un peu l'autrefois. Il était difficile pour ces gens-là de se parler, même pour Mitterrand qui était carrément attaché aux années 40-50, pour ne pas dire à Vichy puisqu'il y avait carrément reçu la francisque... Le seul en France, socialiste d'ailleurs, qui avait une vision de l'avenir, c'était Gaston Defferre.

Aujourd'hui, le président Sarkozy n'a aucune compétence dans le domaine de l'Afrique. Il l’a d'ailleurs démontré par deux stupides discours : celui de Dakar, qui était à la fois raciste et précolonial, et celui de Pretoria, que je viens de relire, dans lequel il annonçait que la France retirait toutes ses bases et tous ses militaires… Aujourd'hui, ce qu'il reste à faire à Monsieur Alain Juppé et à Madame Alliot-Marie, c'est conseiller au président Sarkozy de tenir son engagement : retirer les troupes françaises et pas à cause des élections cafouilleuses de Côte d'Ivoire, mais parce que nous allons vers un monde nouveau, vers la communauté de destin de 53 pays d'Afrique : 1 milliard d'habitants et pas seulement le petit Gabon, dont ne s’occupent que les Balkany, les Bourgi ou les Guéant... Nicolas Sarkozy pourra de façon grossière et indécente s'agiter, vociférer, s'ingérer dans les affaires intérieures de la Côte d'Ivoire, mais il n'aura que des réponses cinglantes des Ivoiriens qui lui répondront que la Côte d'Ivoire n'est pas une sous-préfecture française. Donc, de grâce, que les Américains, que la France de Monsieur Sarkozy, que l'Europe de Messieurs Baroso et Van Rompuy, se calment et s'abstiennent de commentaires vasouilleux et menaçants… Pendant ce temps, Monsieur Netanyahou n'a que faire des recommandations des Nations Unies et Monsieur Ahmadinejad s'assoit sur les recommandations des Nations Unies et de Monsieur Obama…

Sommes-nous en train de vivre un cas de manipulation médiatique mondiale comme ce fut le cas avec l’Irak ?

Incontestablement. Il y a intoxication des lecteurs, auditeurs et téléspectateurs sur la situation qui prévaut à Abidjan et en Côte d'Ivoire. Bien sûr, il y a la responsabilité des journalistes, dont certains ne connaissent rien à la réalité ivoirienne : c'est le cas de Monsieur Jean-Michel Apathie qui s'est fait moucher par un artiste africain… Mon cher Yannick Urrien, je suis né en 1949, j'ai travaillé dans la politique, et des manipulations, il y en a eu plus d'une... D'abord, il y a un grand nombre de monopoles de journaux qui sont tenus par des marchands de canons, des marchands d'avions, des marchands de caleçons ou de béton

Mais c'est aussi vieux que le monde, la manipulation, l'intoxication, c'est aussi vieux que la politique étrangère… Mais cela n'a jamais été aussi accéléré qu'aujourd'hui, parce qu'il y a les médias et surtout Internet, avec les révélations de Wikileaks qui sont tout-à-fait extraordinaires ! Donc, on peut mentir à la population mondiale une fois, comme disait Abraham Lincoln, mais on ne peut pas mentir à tout le monde tout le temps. Par conséquent, les États-Unis, qui sont un géant aux pieds d'argile, feraient mieux de réfléchir plusieurs fois avant d'installer la guerre dans des endroits où ils finiront, comme partout, par être rejetés…

Ce qui se passe en Côte d'Ivoire, ce n'est pas seulement de l'intoxication et de la désinformation, ce n'est pas simplement l'instrumentalisation d'un gars comme Ouattara pour mettre le pied dans la porte des richesses. La nouvelle guerre qui se tient maintenant dans tous les coins du monde, c'est celle entre les États-Unis d'Amérique et la République populaire de Chine. L'Afrique de l'Ouest sera l'eldorado des vingt prochaines années dans le monde et, si nous ne comprenons pas que nous avons le devoir, même cynique, d'un rapport Nord-Sud intelligent, il vaut mieux que nous allions nous coucher et la France deviendra un espèce de vaste musée où l'on viendra voir les statues de cire de Monsieur Sarkozy, de Madame Dati ou de Monsieur Delanoë au musée Grévin

Il faut aussi que les journalistes, comme Monsieur Elkabbach, arrêtent de prendre les élites africaines pour des petits «négros Banania»… Cela dépasse l'entendement ! Je viens de réécouter l'interview par Monsieur Elkabbach de Monsieur Pierre Kipré, brillant ambassadeur de la République de Côte d'Ivoire en France, et je me demande s'il ne serait pas temps que les Duhamel, Apathie et Elkabbach aillent directement à la maison des vieux artistes de Ris-Orangis ! On sent l’incompétence, l'arrogance et presque l'injure.

Cela rejoint ce que pensent de nombreux Français de Nicolas Sarkozy. Ce garçon a trop tété le biberon de Charles Pasqua et il est le roi de la rodomontade. La politique étrangère, cela nécessite du calme, de la hauteur de vue et de la discussion. Je recommande aussi à nos reporters de France Info et d'ailleurs, d'arrêter de camper dans des halls d'hôtel et de lire des papiers qui leur sont confiés par je ne sais qui à l'ambassade de France ou par d'autres officines…

Je suis très peiné pour mon pays, parce que l'on disait la France fille aînée de l'église et la Côte d'Ivoire petite sœur de la France. Les Ivoiriens et nous, nous étions faits pour nous aimer et nous entendre. À Abidjan, il y a quelque chose d'un peu marseillais et en France il y a quelque chose de très ivoirien, ce goût de l'indépendance, de la liberté de la souveraineté et de la rébellion. Ne négligeons pas le fait que 60% des Ivoiriens ont moins de 20 ans. Ne négligeons pas que, comme les gaullistes de la Résistance, ils ont envie de s'opposer aux colonisateurs et au totalitarisme…

Seulement, les Chinois ont une diplomatie un peu plus intelligente que la nôtre… Actuellement, ce n'est pas difficile, parce que des crétins gèrent notre approche française de l'Afrique… L’ONU n’a pas été capable de préparer et de contrôler convenablement ces élections et je les entends dire, dans le camp Ouattara de l’Hôtel du Golf, que le Conseil constitutionnel est à la solde du président Gbagbo. Mais ils sont injurieux ! Est-ce que Monsieur Louis Joxe était à la solde de De Gaulle ? Est-ce que Monsieur Roger Frey était à la solde de Pompidou ? Est-ce que Monsieur Roland Dumas était à la solde de Mitterrand ? Est-ce que Monsieur Jean-Louis Debré était à la solde de Chirac ou à la solde du président Sarkozy ? Les journalistes, prétendus spécialistes de l'Afrique, qui essaient de faire passer Gbagbo pour Mugabe se trompent : je crois que Gbagbo est plus proche de Mandela que de Mugabe.

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15 réflexions sur “Côte d’Ivoire. Pour Jean-François Probst, « Gbagbo est plus proche de Mandela que de Mugabe »

  • Turlututu chapeau pointu

    Ouf.…Il est assez piquant d’en­tendre un res­pon­sable de com­mu­ni­ca­tion de chefs d’é­tats afri­cains par­ler d’in­toxi­ca­tion à pro­pos de la Cote d’Ivoire quand son propre métier consiste à bidon­ner l’i­mage de futurs pré­si­den­tiables ou chefs d’en­tre­prises… il doit faire par­tie de ceux qu’Antoine Glaser nom­mait l’autre jours “les sor­ciers blancs” qui ont fait croire à Gbagbo que la par­tie était gagnée en lui conseillant d’ac­cep­ter d’al­ler aux élections.
    Ben oui faut bien vendre sa soupe sans craindre le ridi­cule. Pas sûr que Mandela appré­cie­ra la com­pa­rai­son o¨combien “flat­teuse” de ce conseiller en com… On peut conseiller à Mr Probst la Biélorussie de Loukachenko pour conti­nuer à exer­cer son exer­cice d’é­man­ci­pa­tion des peuples !

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  • Jean Louis

    J’avais naguère, un soir, zap­pé sur une émis­sion de débat. Deux Noirs fai­saient valoir que la seule auto­ri­té ayant pou­voir de décla­rer qui était l’é­lu était, consti­tu­tion­nel­le­ment, la cour suprême (je ne suis pas sûr, mais en tout cas pas la com­mis­sion indé­pen­dante de l’ONU). Ils ont aus­si évo­qué les troubles dans le nord, qui n’é­tait pas garants d’une élec­tion démo­cra­tique de M. Ouatarra.

    Puis le débat s’est orien­té vers d’autres sujets, je n’a­vais pas vu le début, j’ai zap­pé à nouveau.

    Mais j’a­vais déjà du mal à prendre la défense d’un ancien patron du FMI. Leur inter­ven­tion ne tur­lu­pine depuis.

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  • Jean Louis

    P.S. Pas la cour suprême, le conseil constitutionnel.

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  • Hum ! J’éviterais de prendre ce vieux poli­ti­card de Probst comme maître à pen­ser … Il ne dit pas que des conne­ries, certes, et il est clair que Ouattara est l’homme des Ricains et de la finance inter­na­tio­nale. De là à défendre Gbagbo, aux mains pleines de sang, et à le com­pa­rer à Mandela, hola !

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  • Dominique Dréan

    France 2 vient de dif­fu­ser en deux par­ties un docu­men­taire inti­tu­lé « La France-Afrique ». Premier épi­sode : « La rai­son d’Etat ». Deuxième épi­sode : « L’argent roi ».
    Une seule pré­oc­cu­pa­tion depuis l’in­dé­pen­dance : main­te­nir la sta­bi­li­té afin de pou­voir conti­nuer à exploi­ter les matières pre­mières de ces pays, donc les pays eux-mêmes. Plaque tour­nante de ce tra­fic, Elf, puis main­te­nant Total et quelques autres grands groupes.
    Depuis les indé­pen­dances tous les chefs d’Etat de la France-Afrique ont été choi­sis par la France et élus grâce à des finan­ce­ments occultes (avec évi­dem­ment des rétro finan­ce­ments ici et là). Des per­son­na­li­tés en postes offi­ciels et des hono­rables cor­res­pon­dants en parlent clai­re­ment avec un cer­tain cynisme.
    La sur­en­chère inter­na­tio­nale fait que main­te­nant les rôles sont un peu inver­sés et que cer­tains chefs d’Etat afri­cains réfutent ou adoubent les ministres fran­çais (cf Jean-Pierre Cot/Bongo)avec la béné­dic­tion de Nicolas le petit qui devait ins­tau­rer de nou­velles rela­tions avec le conti­nent noir. D’une cer­taine façon il l’a fait !
    Si on veut par­ler clai­re­ment des pro­blèmes de l’Afrique on pose la pre­mière pierre : l’argent, puis on décline ! Probst affiche une théo­rie reje­tant toute la res­pon­sa­bi­li­té de la situa­tion actuelle sur la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale, la CIA et « le fourbe » Ouattara. C’est quand même gon­flé de venir par­ler de magouille élec­to­rale main­te­nant que la France n’en est plus l’or­ga­ni­sa­trice et alors que ça a tou­jours été la règle de ces pseu­do démo­cra­ties. Il habille tout cela d’un sen­ti­men­ta­lisme gro­tesque (« petite soeur de la France », ça fait un peu pen­ser au bouf­fon Bokassa pleu­rant « son papa » à Colombey).
    Il manque la seule véri­té, le pos­tu­lat de base de toute la poli­tique afri­caine de la France : le pognon et la cor­rup­tion orga­ni­sée. Mais c’est peut-être sous-enten­du quand Probst dit : « …en France, il y a quelque chose de très Ivoirien ».

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  • Denis Guenneau

    Une fois de plus, les médias domi­nants mani­pulent l’o­pi­nion fran­çaise. Ce que dit Monsieur Probst n’est rien d’autre que le déni de la démo­cra­tie par les poli­ti­ciens élus par leurs peuples. Le rôle de l’AFP dans cette mani­pu­la­tion de l’o­pi­nion fran­çaise est majeur, et ce n’est pas pour rien que son direc­teur est un proche du pouvoir.
    Pauvres ivoi­riens qui vont se faire mas­sa­crer au nom d’un homme de pou­voir (Gbagbo ou Ouattara), qui n’est lui qu’une marion­nette au ser­vice des inté­rêts d’autres nations ou de multinationales.

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  • vincent

    Etonnant ce déchai­ne­ment inter­na­tio­nal contre Gbagbo ! Ni Israel, ni l’Iran, ni Madagascar (oubliée de tous), ni le Rwanda de Kagamé (récem­ment accu­sé de crime contre l’hu­ma­ni­té en RDC) n’ont eu droit à un pareil traitement.

    Qu’est-ce qui peut expli­quer cette prise de posi­tion mas­sive contre Gbagbo ? Le résul­tat de l’é­lec­tion ? Il est rien moins que clair. La per­son­na­li­té des deux pré­si­dents ? Ils se valent : tous deux sont prêts à jeter leur pays dans la guerre civile pour satis­faire leur ego per­son­nel. La fran­ça­frique ? Bof, même si Gbagbo aime jouer de l’an­ti­co­lo­nia­lisme indi­gné, il n’a jamais vrai­ment rom­pu avec la France ni empê­ché les affaires avec elle, ni avec d’autres pays, y com­pris US, bien au contraire ! La « future guerre amé­ri­ca­no-chi­noise » ? Ouais, ou bien encore un coup des petits mar­tiens verts ?

    Plus pro­ba­ble­ment, c’est la prise de posi­tion uni­la­té­rale de Mr Choi, l’im­pé­tueux délé­gué coréen de l’ONU, qui a déclen­ché tout ce bor­del. Ban Ki Moon, qui n’est pas au fait des pro­blèmes ivoi­riens, a nor­ma­le­ment sui­vi son délé­gué. Les US ont sui­vi l’ONU. La CEDEAO a sui­vi son bailleur de fond US. Sarko, qui n’aime pas Gbagbo, a lui aus­si sou­te­nu la « léga­li­té » onu­sienne. Idem pour l’Europe. Les tech­no­crates sou­tiennent celui d’entre eux (Mr Choi) qu’ils pensent connaître le sujet… Tous, avec la crainte dif­fuse de voir la crise ivoi­rienne tour­ner à la catas­trophe rwan­daise, et d’être accu­sés un jour de n’a­voir rien fait. La Côte d’Ivoire n’a stric­te­ment rien à voir avec le Rwanda, mais des médias en ont par­lé, un ancien direc­teur du FMI ça ras­sure les « responsables »…

    Bref, on assiste à un embal­le­ment de la machi­ne­rie média­ti­co-tech­no­cra­tique mon­diale sur fond d’i­gno­rance et de prin­cipe pré­cau­tion­neux. Avec comme 1er résul­tat, le déni démo­cra­tique fon­da­men­tal qui est que les ivoi­riens n’ont plus rien à dire sur la dési­gna­tion de leur pré­sident. Tout ça n’est qu’­hy­po­thèse bien sûr, mais la bêtise est tou­jours plus pro­bable que le complot.

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    • Turlututu chapeau pointu

      Accusations répé­tées contre le délé­gué coréen de l’ONU à Abidjan. Comme si on ne pou­vait pas etre coréen et avoir une vision sur ce qui s’est pas­sé en CI. Je trouve que ça sent pas­sa­ble­ment mau­vais. Gbagbo avait déjà iro­ni­sé sur Mr Choi par un amal­game dou­teux (Deux Corées pour deux Cote d’Ivoire…) . L’article de Probst émet les mêmes attaques contre le délé­gué, sous enten­du « ce n’est pas un jaune qui va y voir clair dans le conflit ivoi­trien ». On n’est jamais tres loin de points de vue raciste dans ces sarcasmes.
      Pour une fois que l’ONU émet une opi­nion claire, sans vou­loir tran­si­ger avec les petits acco­mo­de­ments géos­tra­té­giques, ne lui tirons pas dans le dos. Elle n’en a pas besoin. Personnellement, je salue donc le cou­rage de Mr Choi et à tra­vers lui de Ban Ki moon.

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      • vincent

        On ne dit pas que Mr Choi est plus nul que les les autres, on dit qu’il est pareil que les autres. Mais comme il est sur le ter­rain, ses erreurs (ou ses véri­tés) ont bien plus de poids et sont la base du choix de la tech­no­cra­tie mon­diale. Prendre une posi­tion aus­si tran­chée que celle de l’ONU en faveur de Ouattara alors que l’on connait la situa­tion explo­sive du pays et que l’on sait que la CEI et le Conseil Constitutionnel sont tous deux inféo­dés à un can­di­dat dif­fé­rent semble très ris­qué. La natio­na­li­té de Mr Choi n’a aucune impor­tance. Seule la paix compte. La démo­cra­tie n’est qu’un ins­tru­ment au ser­vice de la paix et du bien être des citoyens. Pareil pour l’ONU. Si la guerre civile éclate en Côte d’Ivoire, les deux se seront plan­tées dans les grandes lar­geurs. J’espère vrai­ment que non.

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  • Dominique Dréan

    Relevé sur le site d’Agoravox et sous la plume de Paul Villach ce lap­sus de Juppé qui pour­rait pas­ser inaper­çu tant nous sommes imbus de notre supé­rio­ri­té sur nos ex colonies :
    ‑Dans une inter­view don­née sur la situa­tion en Côte d’Ivoire à son retour d’Afghanistan, lun­di matin 27 décembre 2010, et dif­fu­sée par « le Journal de 13 heures » de France Inter, M. Juppé a décla­ré que le dis­po­si­tif mili­taire fran­çais sur place « (était) fait pour pro­té­ger (les quinze mille) res­sor­tis­sants (fran­çais) s’ils étaient mena­cés » ; des conseils leur avaient été don­nés « notam­ment, lorsqu’ils le (pou­vaient), de retourner…en métropole ».
    Dans l’es­prit du meilleur des Gaullistes, la Côte d’Ivoire est en fait un DOM ou un TOM et, si Gbagbo conti­nue à déso­béir au petit, il suf­fi­ra d’en­voyer des CRS pour lui don­ner une fessée…ça, on en est convain­cus, il sait faire !

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  • BION

    Tout cela sous cou­vert de la démocratie …
    Ne devient-il pas urgent de pro­gram­mer, au niveau mon­dial, le chan­ge­ment de ce sys­tème de gou­ver­nance des nations qui est deve­nu un pro­ces­sus de mani­pu­la­tion de Citoyens par des lobbys ?
    La réso­nance de cette  »caverne » est de plus en plus mauvaise.

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  • Gérard Ponthieu

    Bon, je regarde sif­fler les balles, si j’ose dire, d’un camp à l’autre. Où l’on voit bien que Probst tape là où ça fait mal – et qu’il ne dit pas que des conne­ries. Quel que soit le per­son­nage, pre­nons le pour ce qu’il dit, à savoir un dis­cours de gaul­liste de fond dont la doc­trine pre­mière se résume à « tout ce qui est anti-amé­ri­cain ne peut qu’être bon ». Ce qui l’a­mène à devoir pré­fé­rer Gbagbo, le socia­lo dou­teux, plu­tôt que le très libé­ral Ouattara lequel, recon­nais­sons-le (même avec Probst) repré­sente le ban et l’ar­rière-ban de ce que la pla­nète porte de libé­ra­listes achar­nés, Sarko en tête qui s’est pré­ci­pi­té à mena­cer le « socia­lo » de repré­sailles ter­ribles, et tant pis pour les 15 000 Français de Côte d’Ivoire quand ils devront payer les consé­quences des coups de men­ton de leur cher pré­sident ! Bien sûr que Probst rêve de Françafrique pro­lon­gée ! Il n’empêche que ses pro­pos tranchent, à mon sens uti­le­ment, sur l’u­ni­la­té­ra­lisme domi­nant fon­dé sur des résul­tats élec­to­raux pos­tu­lés comme réguliers.
    Cela étant dit : com­ment sor­tir d’un tel guê­pier ? Sûrement pas avec des bruits de bottes ! Mais alors, avec quoi, qui et comment ?

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  • Comment on en sort ? Qui le sait ! Si Gbagbo reste sur ses posi­tions, la guerre est quasi-inéluctable …
    Mais il peut encore choi­sir l’exil doré avec l’im­pu­ni­té garan­tie pour ses crimes : pro­ba­ble­ment ce que lui conseillent en chœur les Bolloré, Bouygues, RSCG, bons amis « socia­listes », etc.
    Sinon, cher Gérard (qui connaît l’Afrique mieux que moi), je te trouve plu­tôt indul­gent avec « le bou­lan­ger » (qui est aus­si un bou­cher) … Il pour­rait paro­dier Brel : « J’ai pas tué d’op­po­sants, m’sieur ; ou alors, y’a long­temps ; ou ils étaient pas beaux … »

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  • Turlututu chapeau pointu

    Je sens que je m’é­nerve. Gérard, si tu t’y mets aussi!!!Que dit Probst qui puisse un tant soit peu cha­touiller ta fibre anti­co­lo­nia­liste et ser­vir le conti­nent afri­cain ? Ce type est puant , il sert sa soupe de conseiller des émi­nences grises afri­caines et c’est tout. Au moins les socia­los fran­çais de la vieille garde sont ils du même moule que le per­son­nel de droite, on a dif­fi­cile à glis­ser une feuille de papier entre leurs points de vue. Pour rap­pel, Gbagbo a su user et abu­ser de ses rap­ports avec l’Internationale socia­liste pour faire de la Cote d’Ivoire sa chose, et cela depuis plus de dix ans, ca ne date pas d’au­jourd­hui. L’ivoirité c’est lui (Bedié avait jeté les bases) , l’as­sas­si­nat de Kieffer c’est encore ses sbires , l’ex­ploi­ta­tion des dia­mants hors du pro­ces­sus de Kimberly pour ali­men­ter les fonds de la guerre, c’est encore mr Gbagbo. Il faut donc plus que de la man­sué­tude pour lui trou­ver des cir­cons­tances atténuantes.…
    En 2000, un socio­logue belge un peu allu­mé, Benoit Scheuer, avait tour­né un film pré­mo­ni­toire en Cote d’Ivoire (« Cote d’Ivoire, pou­drière iden­ti­taire ») qui mon­trait déjà les dérives de Gbagbo et en par­ti­cu­lier son exploi­ta­tion du phé­no­mène de l’i­voi­ri­té. Son film, sur lequel j’ai un peu eu l’oc­ca­sion de col­la­bo­rer, a fait l’ob­jet de débats tres vifs à Abidjan et ailleurs. Il illustre de manière frap­pante la construc­tion de méca­niques iden­ti­taires. Les patriotes de Gbagbo et la presse du gou­ver­ne­ment ont dit à l’é­poque (c’é­tait avant la guerre civile) que ce type était fou et qu’il allu­mait des feux. Or tu sais ce qu’il en est quand ce genre de cri­tique pleut : on pré­fère trou­ver des boucs émis­saires plu­tôt que d’in­ter­ro­ger son propre discours.
    Je veux donc dire que Gbagbo a rou­lé tout le monde dans la farine depuis cette époque, il a bien com­pris qu’il pou­vait ral­lier à lui des fran­cais de souche, pou­fen­deurs de la Francafrique (à juste titre), anti colo­nia­listes convain­cus et tou­jours prêts à sou­te­nir des hommes poli­tiques ayant fait leurs classes sur les bancs de la répu­blique. C’est ça le magis­tral coup de bluff de mis­ter Gbagbo. Mugabe s’y est essayé un temps jus­qu’à ce que le vent tourne.
    Encore une chose. Si Gbagbo décide de s’en aller ou qu’il s’y voit contraint, où crois tu qu’il ira ? Je mets ma main au feu qu’il choi­si­ra la Tunisie, l’un des seuls pays à le sou­te­nir dans la région. Tiens donc, la Tunisie de Ben Ali. Encore un “gen­til cama­rade”. Pour mémoire, Mobutu s’é­tait exi­lé au Maroc en 1996 pour ter­mi­ner sa course. Il était mort quelques mois plus tard des suites d’une maladie.

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    • Gérard Ponthieu

      @ Turlututu et à BL, mes amis. En quoi voyez-vous et pou­vez-vous croire que j’aie des sym­pa­thies pour Gbagbo ? Pas plus que pour Ouattara qui, lui, appa­raît à peu près par­tout dans les médias domi­nants comme l’a­gneau et la pauvre vic­time du méchant loup. De même, pour avoir publié du Probst, je ne m’y suis pour autant pas ral­lié. J’essaie d’en­tendre ce qu’il dit de déran­geant pour la « pen­sée » domi­nante, même au nom du gaul­lisme fran­ça­fri­cain. Fallait-il que ça soit dit ?

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