Déjà à la radio… À la télé c’est encore pire : ce for­ma­tage jour­na­lis­tique qui ravage grand nombre de com­men­taires et de repor­tages. Il fut un temps où je m’échinais à les poin­ter du pied (de bronze, d’argent et d’or, mes fameuses Pan­toufles connurent leur gloire – tapez aus­si  « pan­toufles » dans la case de recherche.). Et ils ont fini par me fati­guer et m’avoir à l’usure.

« Ils », ces jour­na­listes de la faci­li­té : vite-fait mal-fait, pas d’élan et encore moins de mise en pers­pec­tive; ver­nis cultu­rel qui cra­quèle au pre­mier ques­tion­ne­ment évi­té; voca­bu­laire ché­tif, ortho­graphe racho, syn­taxe à l’agonie. Et puis il y a le ton, la fameuse pêche au ton… « Le ton Coco ! Appuie sur les mots, mets du rythme, ponc­tue, vingt guieux, comme dans la pub !  » Et c’est le ton qui pèche. D’autant qu’il vient « ser­vir » le récit, le fameux scé­nar de l’info-spectacle : « Ce soir là, Chan­tal Lan­vin rentre dans sa loin­taine ban­lieue après une dure jour­née. Infir­mière à l’hôpital de la Pitié… » Sa bou­lan­gère : « Une femme sans his­toire, jamais on aurait pu pen­ser que… » Et cae­te­ra, avec ce qu’il faut de bour­don­ne­ment musi­cal (le bruit de fond…) qui appuie sur le drame mon­tant et que ren­force tou­jours le fameux « ton »… Sans oublier, défense de rire, les encore plus fameux micro-trot­toirs – ce niveau zéro du « jour­na­lisme » – par les­quels pros­père la mys­té­rieuse « opi­nion ». Ain­si se pour­suit le for­ma­tage, au fil des géné­ra­tions de for­ma­tés dans les centres et écoles de for­ma­tion. For­ma­tage conjoint des jour­na­listes et de leurs publics, construc­tion lente et solide des modes de pen­sée et de com­por­te­ment, jusqu’au lan­gage même, ses cli­chés, ses mots à la mode – son prêt-à-pen­ser. Et vogue la démocratie…

Une « évo­lu­tion » jour­na­lis­tique qui tient à plu­sieurs fac­teurs, causes et consé­quences d’une dégra­da­tion tou­chant nos socié­tés. Par­mi ces fac­teurs, l’un des prin­ci­paux, à mes yeux, réside dans le concu­bi­nage très avan­cé entre infor­ma­tion et com” – je dis­tingue bien la com­mu­ni­ca­tion, branche de la psy­cho­lo­gie, pour dire vite, de sa vul­gate enta­chée de pub” et de stra­té­gie poli­tique autant que mar­chande. C’est un tour­nant dans l’histoire de la presse, une sorte de virage en épingle à che­veux avec sor­tie de route annoncée.

Ils ne mour­ront pas tous, mais la plu­part sont atteints – sur­tout dans l’audio-visuel, pour ce qui est de l’affadissement jour­na­lis­tique. Non pas tant dans les choix de sujets (pas tou­jours) que dans leur trai­te­ment, cette mise en forme par laquelle un fait devient in-for­ma­tion et nous autres in-for­més. Le fond et la forme s’étant rejoints dans un tout alors satis­fai­sant. Quand ce n’est pas le cas, eh bien, ça clau­dique, c’est ban­cal. Illus­tra­tion inté­res­sante avec ce mon­tage réa­li­sé par deux jour­na­listes de Télérama.


Le ton jour­na­lis­tique : petite leçon de formatage
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