Com­me ça, à lui tout seul, d’un trait de plu­me muni­ci­pal, Geor­ges Mothron, mai­re Les Répu­bli­cains d’Argenteuil, déci­de si ses conci­toyens peu­vent ou non aller voir un film au ciné­ma – et même deux.

Voici l’affaire, résu­mée par Le Figa­ro [30/04/2016] :

« Le ciné­ma Le Figuier blanc a dû annu­ler il y a quel­ques jours la pro­jec­tion de deux films en rai­son d’une deman­de expres­se du mai­re de la vil­le du Val-d’Oise, qui crai­gnait que leurs sujets «met­tent le feu aux pou­dres» dans la com­mu­ne.

 G. Mothron dans ses œuvres

Maire-argenteuil Georges Mothron• Pour «chan­ger l’image de la vil­le» […] le bou­le­vard Léni­ne et l’avenue Mar­cel Cachin sont rebap­ti­sés res­pec­ti­ve­ment bou­le­vard du géné­ral Leclerc et ave­nue Mau­ri­ce Utrillo.
• Le 6 août 2007, un arrê­té muni­ci­pal inter­di­sant la men­di­ci­té dans le cen­tre-vil­le d’Argenteuil est asso­cié à la consi­gne aux agents de la voi­rie de dif­fu­ser du mal­odo­re, un répul­sif nau­séa­bond, dans les lieux fré­quen­tés par les sans-abris. La cam­pa­gne de pres­se natio­na­le qui s’ensuit et des contro­ver­ses sur la réno­va­tion urbai­ne en cours lui coû­tent la mai­rie qui revient au socia­lis­te Phi­lip­pe Dou­cet aux élec­tions 2008. Lors des élec­tions muni­ci­pa­les de 2014, il reprend la mai­rie d’Argenteuil face au mai­re sor­tant. [Wiki­pé­dia]

« […] La sal­le, asso­ciée à un cen­tre cultu­rel, a eu la curieu­se sur­pri­se de rece­voir la semai­ne der­niè­re un cour­rier […] dans lequel l’élu deman­dait la dépro­gram­ma­tion de deux films : La Socio­lo­gue et l’ourson, d’Étienne Chaillou et Mathias The­ry, et 3000 nuits, de Mari Mas­ri.

« Le pre­mier, sor­ti le 6 avril, est un docu­men­tai­re qui revient sur les débats autour du maria­ge homo­sexuel en sui­vant la socio­lo­gue Irè­ne Thé­ry et en met­tant en scè­ne, sur un mode péda­go­gi­que et ludi­que, des pelu­ches et des jouets pour évo­quer cer­tai­nes ques­tions et recons­ti­tuer des moments fami­liaux. Le second, dif­fu­sé depuis l’an der­nier dans plu­sieurs fes­ti­vals, racon­te l’histoire de Layal, une jeu­ne Pales­tien­ne incar­cé­rée dans une pri­son israé­lien­ne, où elle don­ne nais­san­ce à un gar­çon.

« Des thè­mes qui pour le mai­re de la com­mu­ne sont sujets à la polé­mi­que, d’où leur inter­dic­tion. Dans les colon­nes du Pari­sien, il expli­que que sa déci­sion est «moti­vée par le fait qu’en ces temps trou­blés, des sujets tels que ceux-là peu­vent rapi­de­ment met­tre le feu aux pou­dres dans une vil­le com­me Argen­teuil». « Dans un sou­ci d’apaisement [...]la vil­le a pré­fé­ré jouer la sécu­ri­té en ne dif­fu­sant pas ces films, évi­tant ain­si des réac­tions éven­tuel­le­ment véhé­men­tes de cer­tains», ajou­te-t-il. Mais l’exigence de l’édile a sur­tout pro­vo­qué une volée de bois vers à l’encontre de la mai­rie d’Argenteuil. »

L’association Argen­teuil Soli­da­ri­té Pales­ti­ne (ASP), qui pro­gram­mait 3000 nuits a dénon­cé « la cen­su­re du mai­re qui, en octo­bre der­nier, avait déjà inter­dit une expo­si­tion sur l’immigration.»

L’Association pour la défen­se du ciné­ma indé­pen­dant (ADCI) d’Argenteuil, dénon­ce « un refus idéo­lo­gi­que de réflexion sur des ques­tions qui se posent dans le contex­te actuel ».

De son côté, la Scam, Socié­té civi­le des auteurs mul­ti­mé­dia, publie un com­mu­ni­qué sur cet acte de cen­su­re. Extraits :

« Les 102.000 habi­tants d’Argenteuil seraient-ils plus décé­ré­brés, osons le dire, plus cons que la moyen­ne ?
« Cer­tai­ne­ment pas, mais c’est ain­si que le mai­re, Geor­ges Mothron, consi­dè­re les habi­tants en les jugeant inca­pa­bles de regar­der serei­ne­ment un docu­men­tai­re de socié­té où les per­son­na­ges prin­ci­paux sont des pelu­ches. Un docu­men­tai­re qui fait réflé­chir sur pour­quoi la socié­té fran­çai­se s’est déchi­rée sur le maria­ge pour tous.
« Si le film sort en DVD, Geor­ges Mothron le fera-t-il sai­sir dans les rayon­na­ges ? Quand le film sera dif­fu­sé à la télé­vi­sion, Geor­ges Mothron fera-t-il cou­per les anten­nes du dif­fu­seur sur sa vil­le ?
« En ces temps trou­blés », Geor­ges Mothron a peur que le film « met­te le feu aux pou­dres ». […]
« En ces temps trou­blés », nous avons bien besoin de films qui nous ouvrent au mon­de, qui appor­tent de la pen­sée dans les réflexes pav­lo­viens de repli sur soi de tel­le ou tel­le com­mu­nau­té.
« La Scam sou­tient la mani­fes­ta­tion orga­ni­sée le 7 mai à 15 heu­res devant la mai­rie d’Argenteuil pour exi­ger la repro­gram­ma­tion des films et rap­pe­ler au mai­re, Geor­ges Mothron, que le suf­fra­ge uni­ver­sel ne lui confie pas pour autant un droit à déci­der ce que ses conci­toyens peu­vent choi­sir d’aller voir au ciné­ma. »

Pour ma part, me réfé­rant à la loi sur le non-cumul des man­dats, je rap­pel­le à ce mai­re qu’il ne peut ni ne doit cumu­ler sa fonc­tion de magis­trat muni­ci­pal avec cel­les de pro­gram­ma­teur-cen­seur de ciné­ma et de direc­teur des conscien­ces. Non mais.

Share Button