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« Transparence » du nucléaire : 30 kilos de plutonium fantôme à Cadarache

 On apprend donc la découverte à Cadarache – parlons plutôt d’information avouée – d’un stock sous évalué à hauteur d’une trentaine de kilos de plutonium, le déchet radioactif le plus nocif qui soit – les militaires en font des bombes. On ne l’apprend que ce jour, mi-octobre 2009, tandis que l’affaire a été levée sur place en juin, dans ce haut-lieu provençal du nucléaire français. C’est qu’il aura fallu, entre-temps, on peut le supposer, préparer un « mot d’excuse » pour l’autorité nucléaire (ASN, Autorité de sûreté nucléaire) et machiner un scénar plausible pour les médias, l’opinion, le bon peuple. Au nom de la fameuse « transparence » ? En fait, une vraie patate chaudement radioactive, au potentiel de dangerosité équivalent à cinq bombes A type Hiroshima…

Ancien lieu de production du Mox, sous-produit du plutonium destiné à alimenter certains réacteurs, ce site se trouve en cours de démantèlement. Il dépend du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et est exploité par Areva (tout comme La Hague, entre autres). Selon l’ASN, « l’incident n’a eu aucune conséquence ». « Toutefois, la sous-estimation de la quantité de plutonium a conduit à réduire fortement les marges de sécurité prévues à la conception pour prévenir un accident de criticité, dont les conséquences potentielles pour les travailleurs peuvent être importantes. » Bel euphémisme s’agissant du risque de criticité, défini  par cette même Autorité de sûreté, comme « le risque de démarrage d’une réaction nucléaire en chaîne lorsqu’une masse de matière fissile trop importante est rassemblée au même endroit. » C’est un accident de ce type qui s’est produit il y a dix ans, le 30 septembre 1999, à Tokai-mura au Japon, dans un centre de recherche sur le traitement de l’uranium, provoquant l’irradiation à des niveaux plus ou moins graves de plusieurs centaines de personnes.

Cet événement de Cadarache est avoué deux jours après la diffusion sur Arte d’une enquête accablante consacrée au traitement des déchets nucléaires [Déchets : Le cauchemar du nucléaire]. « Déchets », ce mot sale, par définition, que les nucléocrates se refusent à prononcer, même sous la « torture » de faits et de preuves apportés par un document implacable. Des Etats-Unis à la Russie, en passant par La Hague, Pierrelatte (visite interdite pour les journalistes enquêteurs) et bien sûr Cadarache, le film montre à quel point la Terre entière, surtout les océans et les rivières ont été lâchement transformés en poubelles nucléaires. Les déchets – jusqu’à plusieurs milliers d’années de nocivité ! – sont aussi stockés près des centrales en attendant d’être rejetés plus ou moins en douce comme des ordures inavouables, ou expédiés au fin fond de la Sibérie, entre autres, pour y être entreposés à ciel ouvert sans autre protection que celle des dieux…

Tandis que les évangélistes du Nucléaire, sous leurs costards gris, mais aujourd’hui volontiers décravatés, entonnent le Grand air (pollué) de la Transparence. Ils nous le serinent sur tous les modes, en chœur et main sur le cœur, à chaque fois qu’un incident nucléaire émerge de l’actualité. Du moins tant que cet incident demeure dans les limites du télévisuellement correct. Seules les catastrophes tempèrent cette sorte de négationnisme. Et déjà, celle de Tchernobyl (1986 – mais il y eut d’autres accidents graves dans l’ex-URSS et aussi aux USA), tend à être effacée dans les débats.

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Une réflexion sur “« Transparence » du nucléaire : 30 kilos de plutonium fantôme à Cadarache

  • 23 000 ans.

    C’est la durée de vie de ce pro­duit radioactif.

    N’allez pas croire qu’il sera inof­fen­sif au bout de 23 000 ans !

    Dans 23000 ans il aura per­du la moi­tié de sa viru­lence, et dans les 23 000 sui­vants, aura per­du la moi­tié de cette moitié…etc.

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