Peut-être mou­rant mais pas mort ! Cas­tro Fidel tire encore les ficelles à la tête de son île. Il vient en effet de limo­ger deux hauts res­pon­sables du gou­ver­ne­ment, selon une pro­cé­dure qui fleure « bon » la purge sta­li­nienne.

Car­los Lage, était vice-pré­sident et chef de cabi­net et Felipe Per­ez Roque ministre des rela­tions exté­rieures. Ce der­nier avait été nom­mé chef de la diplo­ma­tie en 1999, à l’âge de 34 ans, après avoir été pen­dant sept ans le secré­taire par­ti­cu­lier de Fidel Cas­tro.

Tous deux ont été mis en dis­grâce par Fidel Cas­tro lui-même qui, jusqu’alors, les consi­dé­rait comme de ses plus « fidèles » ser­vi­teurs. Leur éjec­tion annon­cée la semaine der­nière par Raúl avait pu faire croire en un geste d’affirmation du « petit frère » (75 ans) ain­si déci­dé à s’affranchir de l’inusable « líder máxi­mo ». Que nen­ni ! C’est bien Fidel lui-même qui, dans une de ses « Reflexiones » publiée le 3 mars dans le quo­ti­dien Gran­ma, a pro­non­cé – sans les citer nom­mé­ment – la mise en dis­grâce de deux hommes, accu­sés de « conduite indigne ». Cita­tion exacte : « Le miel du pou­voir pour lequel ils n’ont consen­ti aucun sacri­fice a éveillé en eux des ambi­tions qui les ont conduits à jouer à un rôle indigne. L’ennemi exté­rieur a nour­ri bien des illu­sions à leur égard. »

En d’autres termes que la langue de bois, et faute de plus de pré­ci­sions, il s’agit bel et bien d’une tra­hi­son au pro­fit des États-Unis. Et dans la tra­di­tion des pro­cès de Mos­cou ou du moins de leur « ins­truc­tion », les deux appa­rat­chiks ont fait une auto­cri­tique publiée le 5 mars par les médias cubains. Dans une lettre au pré­sident, les deux poli­ti­ciens affirment avoir com­mis des « erreurs » et devoir quit­ter leurs fonc­tions à la suite de ces mêmes « erreurs ». « Je recon­nais les erreurs com­mises et en assume la res­pon­sa­bi­li­té. Je consi­dère comme juste et pro­fonde l’analyse réa­li­sée lors de la der­nière réunion du Bureau poli­tique », écrit Car­los Lage dans sa lettre datée du 3 mars. Quelles « erreurs » ? Mys­tère.

Car­los Lage était connu pour ses timides réformes intro­duites dans les années 1990 quand l’économie cubaine subis­sait le contre­coup de l’arrêt des sub­sides sovié­tiques. Felipe Roque était chef de la diplo­ma­tie depuis dix ans et jusqu’à ces der­niers jours où il eut à rece­voir l’émissaire de Sar­ko­zy, Jack Lang.

Lage et Roque sont de ces « quin­cas » sur les­quels pou­vait repo­ser une pos­sible ouver­ture du régime. Des « jeunes » hommes trop pres­sés sans doute et qui auraient pu com­mettre quelque impru­dence dans un sys­tème mili­taire et poli­cier tenu par de puis­sants ser­vices de ren­sei­gne­ment.

Ce ne sont pas les pre­mières têtes qui tombent sans expli­ca­tion. En avril der­nier, le ministre de l’éducation Luis Igna­cio Gomez avait connu le même sort, accu­sé par Fidel d’avoir « per­du sa conscience révo­lu­tion­naire » après 18 ans de ser­vice.. Avant lui, en 1999, Rober­to Robai­na, le pré­dé­ces­seur de Felipe Per­ez Roque au minis­tère des affaires étran­gères avait aus­si été bru­ta­le­ment limo­gé et exclu du par­ti com­mu­niste cubain en 2002. En 2006, Juan Car­los Robin­son, membre du Bureau poli­tique du PCC, avait été condam­né à 12 ans de pri­son pour « tra­fic d’influence ».

Plus avant encore, il y a vingt ans, et autre­ment plus grave, il y eut l’affaire Ochoa. Arnal­do Ochoa, géné­ral de tous les com­bats, héros natio­nal – Sier­ra Maes­tra, San­ta-Cla­ra avec le Che, Baie des Cochons, puis Vene­zue­la, Éthio­pie et Ango­la – condam­né à mort et exé­cu­té en 1989 pour « tra­fic de drogues ». Il avait eu le tort de résis­ter aux Cas­tro et même de pré­pa­rer une évo­lu­tion du régime. Démas­qué, Fidel lui avait impo­sé un mar­ché de dupes : prendre sur lui ce tra­fic de drogues entre Cuba et les nar­cos de Colom­bie que la CIA s’apprêtait à mettre au grand jour, en échange d’une condam­na­tion à la pri­son avec une libé­ra­tion arran­gée ensuite. D’où la confes­sion auto­cri­tique de Ochoa, qui fut cepen­dant exé­cu­té un mois après sa condam­na­tion à mort. Le régime fit  de ce pro­cès, tenu par des juges mili­taires, une opé­ra­tion de pro­pa­gande dont il a le secret. On peut en suivre les prin­ci­pales phases sur  inter­net (taper « Arnal­do Ochoa » sur Google). C’est stu­pé­fiant – sans mau­vais jeu de mots.

Les diri­geants cubains ont tou­jours vou­lu cacher toute dis­si­dence et même tout désac­cord avec  la ligne poli­tique. Le régime ne peut admettre que des déviances ou des « fautes morales » per­son­nelles.

Le par­ti com­mu­niste cubain est aujourd’hui tiraillé entre prag­ma­tiques, par­ti­sans d’une ouver­ture de l’économie et de la diplo­ma­tie, et conser­va­teurs, qui s’obstinent à main­te­nir le modèle exis­tant mal­gré les graves dif­fi­cul­tés que connaît le peuple cubain. L’arrivée de Barack Oba­ma et la pers­pec­tive d’une détente avec les Etats-Unis ont accen­tué les dis­sen­sions, sur­tout si, à terme, une levée de l’embargo place le régime cubain devant sa propre ina­ni­té éco­no­mique et le signe patent de son échec poli­tique. Que l’Histoire ne les acquitte pas, c’est par des­sus tout ce que redoutent les frères Cas­tro.

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