On n'est pas des moutons

jazz

Jerry Lewis, génial garçon de courses

Sans blague, il est mort le blagueur excité, excen­tré, extrav­a­gant. Exit Jer­ry Lewis, à Las Vegas ce 20 août à l’âge de 91 ans, une belle durée qui lui aura per­mis d’apparaître dans des dizaines films. Du quan­ti­tatif qui, for­cé­ment, a inclus pas mal de nanars, selon la loi du biz­ness. Pas­sons et retenons le meilleur, comme le fait sur son blog mon ami Daniel Chaize pour mar­quer les 90 ans du comé­di­en à la voix de canard :

« Tous les films de Jer­ry Lewis sont des films soci­aux. La course exténu­ante autour du grand mag­a­sin pour promen­er les chiens dans Un chef de ray­on explosif (1963) est à la hau­teur de On achève bien les chevaux de Syd­ney Pol­lack (1969). Et la salle des dacty­los écrasées d’un bruit abrutis­sant autant que leur aligne­ment en rangées pour un tra­vail « tay­lorisé », dans Le Zinzin d’Hollywood, fait penser aux Temps mod­ernes de Chap­lin. » [Lire son arti­cle ici].

De mon côté, je ne me lasse pas d’un extrait de film qui, selon moi, relève du génie d’acteur. Ça s’appelle “The Chair­man of the Board” [extrait de The Errand Boy, de 1961]. On y voit un garçon d’étage d’une grosse boîte qui se prend pour le prési­dent du con­seil d’administration. Le tout sur « Blues in Hoss », une musique de Count Basie. Un hom­mage on ne peut plus élo­quent, servi par lui-même. Du grand art.


Fin de partition pour le pianiste John Taylor

IMGP8546_John Taylor

© Gérard Tissier — 2015

Il s’en est allé en musique, en jazz, effon­dré sur son clavier. Fin du morceau, fin finale, et sans rap­pel. C’était ce ven­dre­di 17 juil­let, au Saveurs Jazz Fes­ti­val à Seg­ré près d’Angers. John Tay­lor n’a pas survécu à une crise car­diaque, il est mort le lende­main. C’était un fameux com­pos­i­teur et pianiste anglais, né en 42 à Man­ches­ter – il aurait eu 73 ans en sep­tem­bre prochain. Il tour­nait avec le quar­tet de Stéphane Kerec­ki (com­po­si­tion, con­tre­basse), aux côtés d’Émile Parisien (sopra­no) et Fab­rice More­au (bat­terie).

Auto­di­dacte, John Tay­lor avait forgé son style pro­pre en dehors des écoles, et auprès des meilleurs jazzmen, comme notam­ment son com­pa­tri­ote le sax­o­phon­iste John Sur­man. Il jouera aus­si avec Lee Konitz, Gil Evans, Ken­ny Wheel­er et la chanteuse Nor­ma Win­stone, qui devien­dra sa pre­mière épouse. Sa discogra­phie est des plus fournies, notam­ment chez ECM pour lequel, à l’occasion de son soix­an­tième anniver­saire, il enreg­istre le mag­nifique Ross­lyn en trio avec le con­tre­bassiste Marc John­son et le bat­teur Joey Baron.

Pianiste sub­til, au jeu plutôt intérieur, loin du démon­stratif, on pour­rait – sans réduire sa réelle orig­i­nal­ité – le rat­tach­er à la lignée des Bill Evans et Paul Bley, où l’on retrou­ve aus­si l’Américaine Marylin Crispell. Il aura par­cou­ru les vagues suc­ces­sives du jazz « mod­erne », du hard bop au free, sans se dépar­tir d’une vraie con­ti­nu­ité musi­cale hors chapelles.

IMGP8541_John Taylor- JC Richard-S Kerecki-F Moreau

Invité par le Moulin à Jazz de Vit­rolles, le 23 mai 2015, John Tay­lor aux côtés de Jean-Charles Richard, Stéphane Kerec­ki, Fab­rice More­au. © Gérard Tissier.

Il avait trou­vé toute sa place dans le mag­nifique quar­tet de Stephane Kerec­ki et son pro­gramme Nou­velle Vague inspiré du ciné­ma, bien sûr, et de musiques de films. C’est avec ce pro­gramme (Jean-Charles Richard rem­plaçait alors Émile Parisien) qu’il était venu en mai dernier au Théâtre de Font­blanche à Vit­rolles, invité par le Moulin à Jazz.

En plus de ses tal­ents musi­caux, John Tay­lor mêlait joie de vivre et humour, british of course – en quoi il savait aus­si appréci­er un blanc de Provence (entre autres, car il vivait en France) et partager une bonne blague d’un rire explosif.


Mort d’Eddy Louiss. Un grand de l’orgue Hammond, mais pas seulement

eddy-louiss

Avec la Mul­ti­col­or Feel­ing Fan­fare, au Paris Jazz Fes­ti­val 2011 (Parc flo­ral de Paris). Ph. Myra­bel­la / Wiki­me­dia Com­mons

Organ­iste, pianiste, chanteur ; et aus­si trompet­tiste, per­cus­sion­niste , chef d’orchestre et com­pos­i­teur : Eddy Louiss vient de mourir à l’âge de 74 ans et avec lui dis­paraît une grande fig­ure du jazz, du jazz français en par­ti­c­uli­er. Il était malade depuis quelques années et, ces derniers temps, ne répondait même plus aux appels télé­phoniques de ses amis, comme Bernard Lubat notam­ment, avec qui il avait joué et chan­té surtout dans le groupe des Dou­ble Six, aux côtés de sa fon­da­trice Mimi Per­rin, de Roger Guérin, Ward Swingle et Chris­tiane Legrand. [Voir ici à pro­pos de Mimi Per­rin, morte en 2010 : Mimi Per­rin, comme un pin­son du jazz ]

Edouard Louise, de son vrai nom, naît à Paris le 22 mai 1941. Son père, Pierre, d’origine mar­tini­quaise, est trompet­tiste et l’entraîne très jeune dans des tournées esti­vales où il s’imprègne de la musique dite « typ­ique » : rum­ba, paso-doble, cha-cha-cha. Il décou­vre bien­tôt le jazz et tâte d’instruments comme la trompette, le vibra­phone – et l’orgue Ham­mond, qui devien­dra son instru­ment d’élection. À seize ans, il fait le bœuf avec Jean-François Jen­ny-Clark et Aldo Romano. Plus tard, il enreg­istre avec Daniel Humair – il for­mera avec lui et Jean-Luc Pon­ty le trio HLP), accom­pa­gne Nicole Croisille au bugle (Fes­ti­val d’Antibes, 1963), puis Claude Nougaro à l’orgue pen­dant treize ans. Il ne rechigne pas à la var­iété (avec Hen­ri Sal­vador, Charles Aznavour, Bar­bara, Serge Gains­bourg, Jacques Higelin), se lance dans un octette (avec le vio­loniste Dominique Pifaré­ly), s’adjoint une fan­fare de cinquante musi­ciens pro­fes­sion­nels et ama­teurs… En 1994, il enreg­istre en duo avec Michel Petruc­ciani deux disque fameux, Con­férence de Presse (Drey­fus Jazz) [extrait ci-dessous]. Il joue égale­ment avec Richard Gal­liano, en duo et en orchestre (sou­venir de Mar­ci­ac, je ne sais plus quand au juste…) En 2000, la mal­adie le con­traint à s’éclipser jusqu’en 2010 où il enreg­istre à nou­veau en stu­dio, se pro­duit à l’Olympia et enfin en 2011, au Paris Jazz Fes­ti­val, sa dernière appari­tion publique.

Musi­cien de tous les reg­istres, ain­si qu’il a été sou­vent qual­i­fié, à l’image de son ouver­ture « mul­ti­col­ore » – rap­pelons sa série de con­certs inti­t­ulée Mul­ti­col­or Feel­ing. Il s’était don­né aus­si bien dans les impro­vi­sa­tions avec les John Sur­man, Michel Por­tal et Bernard Lubat, que dans les rythmes afro-caraïbéens ou les enreg­istrements en re-record­ing au clavier (Sang mêlé). Il était aus­si un des con­tin­u­a­teurs de Jim­my Smith, maître du Ham­mond, instru­ment de finesse et de fougue (pour ne pas dire de fugue…) qui va si bien au jazz, où il est devenu plutôt rare. La dis­pari­tion d’Eddy Louiss ne va rien arranger.

Un doc­u­ment de l’Ina du 26 mars 1970 Eddy Louiss à l’orgue et Daniel Humair à la bat­terie inter­prè­tent “Tris­teza”. Dif­fusé par l’ORTF dans l’émission Jazz en France, présen­tée par André Fran­cis. Tout le monde avait 45 ans de moins… Le son laisse à désir­er. Cet extrait  de Caraïbes (Drey­fus Jazz), avec Michel Petruc­ciani, est meilleur : 

[audio:https://c-pour-dire.com/wp-content/1audio/Caraiibes.mp3|titles=Eddy Louiss — Caraibes|autostart=no]

Tou­jours les meilleurs qui par­tent”, comme il se dit bête­ment… Dans cette caté­gorie, j’ai “raté” le départ, le 11 juin dernier, d’Ornette Cole­man, un his­torique du jazz s’il en est. Rat­tra­page avec cet arti­cle sur Cit­i­zen­Jazz


Combien de temps ? poème d’Edward Perraud

Edward Per­raud, né à Nantes en 1971 : per­cus­sion­niste, bat­teur, com­pos­i­teur, impro­visa­teur, chercheur et aus­si trou­veur – comme dans trou­vère… Oui, ça lui va bien à ce Pier­rot lunaire, trou­ba­dour de la baguette mag­ique, celle qui pulse, rythme, impulse, assure le bat­te­ment du cœur vital, chœur musi­cal, du jazz et de l’univers. En quoi, il est donc fon­cière­ment poète, jusqu’à écrire de la poésie, comme ici, avec des mots, des mots-images, des images pho­tos, car cet homme à tal­ents est aus­si pho­tographe. Il a l’œil qui écoute, l’oreille d’ un voy­ant rim­bal­dien jouant aux dés avec Lautréa­mont, Hugo, Mahler, Ayler. Il aime les citer à l’occasion, au détour de ses con­certs – comme celui d’Avignon où il lançait la suite n°2 du disque « Synaes­thet­ic Trip », un som­met du genre. Décou­vrez-le davan­tage ça et , entre autres.

edward-perraud

Moulin à jazz, 2010 © G. Tissier

Com­bi­en de temps ?

C’est la fin de l’hiver, le début d’un print­emps

Un vieil­lard qui se perd, un enfant qui apprend

La terre a fait son tour, encore un chant d’amour ?

Com­bi­en de temps déjà que papa n’est plus là ?

La toupie s’arrêtera, nous serons bien moins fiers

Réduits en grains de sable puis finir en pous­sière.

La terre a fait son tour, encore un champ d’horreurs ?

Com­bi­en de temps déjà que je compte plus les heurts ?

Imag­inez le prix de ce petit poème

Quand nous ne savons pas jusqu’où la vie nous aime ?

La terre a fait son tour, est ce un mal pour un bien ?

Com­bi­en de temps déjà qu’on bafoue les humains ?

Devant l’astre suprême nous serons tous égaux

Et fon­dront nos égos comme s’écoulent les armes

La terre a fait son tour, c’est pour­tant pas banal ?

Com­bi­en de temps encore pour le règne ani­mal ?

Cupi­don trop cupi­de, la coupe d’or est pleine,

Mais la terre sat­ure, pol­luée, morne plaine.

Va faire un tour au large, Terre change de mythe,

Et débar­rasse toi de tes pires par­a­sites

Une chance pour­tant pour­rait sauver le monde

Que l’âme de poète inocule et féconde

L’esprit des tout-petits futurs grands mil­i­tants.

Que l’amour du vivant sup­plante le pau­vre argent !

Com­bi­en de temps encore jusqu’aux dernières neiges

Con­tin­uera-t-il à tourn­er le beau manège ?

 Edward Per­raud, le 27 mars 2015

Edward Perraud

ph. Edward Per­raud
© mars 2015


Charlie Haden (1937–2014). Le jazz comme “musique de la rébellion »

Char­lie Haden est mort le 11 juil­let 2014 à Los Ange­les. Il avait 76 ans. Malade et très affaib­li depuis plusieurs années, il avait cessé de jouer en 2011 et son dernier con­cert avec son Quar­tet West band remonte à 2008. Instru­men­tiste, com­pos­i­teur, chef d’orchestre, un géant du jazz et de la con­tre­basse s’est éteint.

En 2007, après trente ans d’éloignement, Haden télé­phone à Jar­rett pour lui pro­pos­er de jouer à nou­veau avec lui. Les retrou­vailles auront lieu chez Kei­th Jar­rett, dans la grange de sa mai­son du New Jer­sey, là où il a instal­lé son vieux Stein­way. Pen­dant plusieurs jours, Jar­rett et Haden jouent les stan­dards, sans témoin. Des chan­sons d’amour, le « Great Amer­i­can Song­book »… ECM en sor­ti­raJas­mine puis, tout récem­ment, comme un adieu pré­moni­toire, Last Dance.

charlie-haden-jazz-contrebasse-roque-d'antheron

À La Roque d’Anthéron en 2005, après son con­cert avec le pianiste cubain Gon­za­lo Rubal­ca­ba. Il s’entretient avec Gérard de Haro, du stu­dio de La Buis­sonne. [Ph. gp]

On le recon­nais­sait d’emblée : ce son unique porté par un tem­po infail­li­ble et sans la moin­dre fior­i­t­ure ; un « gros son », comme il fut sou­vent dit, attiré vers la pro­fondeur et, pour le coup, par la grav­ité. Il ne s’agissait pas seule­ment sous son doigté des sons d’abysse de la con­tre­basse, mais du pro­pos lui-même, rel­e­vant de la pul­sion vitale autant que de l’humaine révolte. On par­lera ici de l’engagement, oui, musi­cien et citoyen, sans doute de manière indis­so­cia­ble. D’où le choix de l’instrument, d’où cette musique qui, l’un et l’autre gron­dent, enflent, sour­dent.

Jean-Louis Comol­li résume la per­son­nal­ité musi­cale de l’instrumentiste en ces mots : « La basse de Haden – mesurée, sobre et sere­ine – trou­ve le ton juste pour accueil­lir dans les pro­fondeurs du jazz d’autres révoltes (…) » [Dic­tio­n­naire du jazz, éd. Robert Laf­font, 1986].

Charles Edward Haden, dit « Char­lie », né le 6 août 1937 dans l’Iowa, passe son enfance et son ado­les­cence dans le Mis­souri. Ses par­ents sont des musi­ciens tra­di­tion­nels, portés sur les chan­sons de style blue­grass, un matéri­au basique, pop­u­laire, dont on retrou­vera sou­vent l’influence chez le jazzman tout au long de son par­cours.

Dans son enfance, il est plutôt ten­té par le chant, mais à l’âge de 14 ans, il con­tracte une forme légère de poliomyélite qui endom­mage de manière irréversible sa gorge et ses cordes vocales. Il fera donc chanter d’autres cordes, ne choi­sis­sant toute­fois la con­tre­basse comme instru­ment prin­ci­pal qu’à l’âge de 19 ans.

En 1957, Haden gagne Los Ange­les attiré par sa scène jazz et la musique impro­visée con­tem­po­raine. Il s’inscrit au West­lake Col­lege of Music, tout en prenant des cours par­ti­c­uliers avec Red Mitchell, alors l’un des con­tre­bassistes les plus renom­més de la côte ouest. Il joue avec Art Pep­per et Paul Bley. Ren­con­tre Scott LaFaro avec qui il partage un apparte­ment pen­dant quelques mois. Tous deux devien­dront bien­tôt des pio­nniers de l’émancipation de la con­tre­basse jazz des années 1960, cha­cun en suiv­ant sa pro­pre voie. Ain­si pour Haden, trois musi­ciens seront déter­mi­nants dans son chem­ine­ment : Ornette Cole­man, Kei­th Jar­rett et Car­la Bley – trois per­son­nal­ités aus­si dif­férentes que rich­es.

charlie-haden-gand-c'est-pour-dire

Char­lie Haden, Gand, Bel­gique, sep­tem­bre 2007. Pho­to de Geert Van­de­poele

Avec Ornette, Haden va plonger dans le free nais­sant ; le sax­o­phon­iste l’intègre dans son fameux quar­tette, aux côtés du trompet­tiste Don Cher­ry et du bat­teur Bil­ly Hig­gins. En 1959, les albums The Shape of Jazz To Come et Change of the Cen­tu­ry font par­tie des pro­duc­tions les plus abouties du quar­tette. Puis Ornette dou­ble la mise : il enrôle dans le plus fou des pro­jets du moment (1960) Scott LaFaro (cb), Eric Dol­phy (bcl),Fred­die Hub­bard (tp), Ed Black­well (dm). Un quar­tette pour le canal gauche, un autre pour le droit. Ce sera l’historique album Free Jazz – A Col­lec­tive Impro­vi­sa­tion By The Ornette Cole­man Dou­ble Quar­tet pro­duit chez Atlantic par les frères Ertegün. Deux con­tre­bass­es, deux bat­ter­ies, deux trompettes, un alto et une clar­inette basse ; deux ving­taines de min­utes où s’invente une manière incon­nue de con­tre­point – l’interplay –, cou­sine loin­taine de Jean-Sébastien, certes, héri­tière directe de John – qui a large­ment ouvert la voie depuis quelques années avec les albums Giant Steps, Bags and Trane(avec Milt Jack­son), Coltrane Jazz et, cette même année 1960, The Avant-Garde (avec Don Cher­ry) et My Favorite Things.

Char­lie a donc « fait » les bar­ri­cades de ce « Mai 68 » du jazz. Une révo­lu­tion. Musi­cale­ment du moins, le mot n’est pas gal­vaudé : le jazz ne sera plus comme avant. Ou plutôt, il y aura un avant et un après « Free Jazz », tout comme il y eut en Europe, dans l’autre siè­cle, l’avant et l’après Her­nani. Puis l’avant et l’après 68. L’Histoire ne s’arrêtant pas, on pour­rait – et on doit désor­mais, mar­quer les bornes de 1989 : la chute du Mur, la répres­sion de Tianan­men. On s’égare ? Pas si sûr.

Là-bas, aux States, si le jazz joue les cham­boule-tout, c’est aus­si que la musique afro-améri­caine se heurte de plein fou­et à la lutte con­tre le racisme et pour les droits civiques. Le blues et les gospels n’y ont rien fait : la dis­crim­i­na­tion s’est enkys­tée comme un can­cer. La guerre au Viet­nam atteint son parox­ysme. Le chô­mage sévit lour­de­ment. Des émeutes écla­tent dans les ghet­tos noirs. Cas­tro a repris Cuba à Batista et aux « yan­quis », les fusées sovié­tiques pointent leurs men­aces sur l’Empire états-unien.

A quoi s’ajoute cette autre plaie qui frappe en par­ti­c­uli­er les milieux artis­tiques et musi­caux : la drogue. Le jazz est très touché, Haden aus­si est grave­ment atteint. Le suc­cès du quar­tette Free Jazz s’évanouit bien­tôt. Scott Lafaro meurt dans un acci­dent. Char­lie Haden suit plusieurs cures de dés­in­tox­i­ca­tion, avant d’être con­traint de se retir­er presque totale­ment de la scène jusqu’en 1968 où il retrou­ve Ornette Cole­man, et se pro­duit avec lui au fes­ti­val de Mon­ter­rey et dans divers clubs en Europe.

De 1975 à 1981, Haden obtient des engage­ments sur la côte ouest et enreg­istre avec Dex­ter Gor­don, Hamp­ton Hawes, Art Pep­per. À New York, le free jazz est devenu la référence et, out­re des jeunes musi­ciens (comme Archie Shepp et Albert Ayler), beau­coup de musi­ciens con­fir­més s’y recon­nais­sent. C’est l’époque du Jazz Composer’s Orches­tra, un col­lec­tif d’avant-garde fondé par Bill Dixon, auquel Haden par­ticipe à la plu­part des ren­con­tres et enreg­istrements. Son expéri­ence est désor­mais recon­nue, liée à un sens aigu de la mélodie et une grande assur­ance ryth­mique.

L’autre ren­con­tre musi­cale déter­mi­nante se sera pro­duite en 1968, quand le con­tre­bassiste intè­gre aux côtés du bat­teur Paul Mot­ian le pre­mier trio de Kei­th Jar­rett. Trio qui renou­velle le genre tant par son style très per­son­nel que par son réper­toire à base de titres inhab­ituels pour une for­ma­tion de jazz à cette époque, comme des repris­es de Bob Dylan (My Back Pages, Lay Lady Lay). Le trio con­tin­ue jusque vers le milieu des années 1970, puis Jar­rett se con­cen­tre davan­tage sur son tra­vail en solo, et son quar­tette « européen » (avec Jan Gar­barek, Jon Chris­tensen, et Palle Daniels­son).

carla-bley-charlie-haden-liberation-music-orchestra

Car­la Bley et Char­lie Haden por­tent la ban­nière. Cou­ver­ture du disque.

Troisième ren­con­tre enfin – sans préjuger des innom­brables autres –, celle avec Car­la Bley. Une affaire aus­si poli­tique que musi­cale. Lib­er­a­tion Music Orches­tra est le nom – « génial et mod­este… » – que se donne le col­lec­tif de 13 musi­ciens de free jazz lors de sa con­sti­tu­tion en 1969. Une grande par­tie du réper­toire, com­posé essen­tielle­ment par Haden et arrangé par Car­la Bley, est for­mée de « chants de libéra­tion » – même si The bal­lad of the fall­en célèbre les vain­cus… – liés notam­ment à la guerre d’Espagne, à la révo­lu­tion por­tu­gaise (Grandola Vila More­na de José Afon­so), aux résis­tances pop­u­laires au Chili et au Sal­vador. Mais l’engagement con­cerne aus­si les droits civiques des Noirs états-uniens, porté en l’occurrence par deux musi­ciens blancs. Ain­si, en pho­to sur le pre­mier disque du Lib­er­a­tion Music Orches­tra, Car­la Bley tient la ban­de­role d’un côté, et Char­lie Haden de l’autre. En tête de manif’, comme dirait la presse locale, on recon­nais­sait notam­ment : Gato Bar­bi­eri, Dewey Red­man, Don Cher­ry, Roswell Rudd, Andrew Cyrille, Paul Mot­ian… Par­mi les « slo­gans », un « Song for Ché » et des chants répub­li­cains espag­nols (El Quin­to Regimien­to)… – pour situer l’époque, le style.

(Lire la suite…)


17e Charlie Jazz Festival. La belle cuvée

P1230896

Médéric Collignon - King Crimson-charlie jazz festival-vitrolles

Médéric Col­lignon et ses 11 musi­ciens pour un hom­mage au groupe de rock King Crim­son.

Foot­ball et météo ont bien ten­té leurs red­outa­bles assauts. Mais non, le jazz a tenu bon et Char­lie de même, depuis son domaine de Font­blanche à Vit­rolles. Encore une belle cuvée que cette 17e qui aura réu­ni quelque 2.300 ama­teurs autour d’un pro­gramme de haute qual­ité [rap­pelé ici] dans un lieu par­ti­c­ulière­ment adap­té à la célébra­tion musi­cale. Ces pho­tos [© Gérard Tissier et Klervi Bechen­nec] en guise d’aperçu et pour le ren­dez-vous de 2015.

joshua redman-charlie jazz festival-vitrolles

Joshua Red­man, fig­ure de proue du jazz actuel


Jazz à Vitrolles (13). Charlie met la dernière touche


charlie-jazz-festival-vitrolles

Ça s’affaire à Vit­rolles, Bouch­es-du-Rhône, où un cer­tain Char­lie (Free) met la dernière touche à son légendaire fes­ti­val de jazz. Cette 17e édi­tion (4, 5 et 6 juil­let) aura lieu comme tou­jours dans le mag­nifique domaine de Font­blanche aux pla­tanes tri-cen­te­naires. Le pro­gramme et les infor­ma­tions pra­tiques se trou­vent à portée de clic, ici. On en repar­le ces prochains jours.


Jazz. Mort de Horace Silver, messager du hard bop

Vidéo du con­cert filmé en pub­lic à Copen­h­ague, Dane­mark, en avril 1968. Horace Sil­ver y présente le fameux morceaux « Song for my flat­ter » – Chan­son pour mon père – enreg­istré pour Blue Note en 1964. Les morceaux de ce disque ont été com­posés suite à un voy­age au Brésil. La cou­ver­ture repro­duit une pho­to du père du musi­cien [ci-dessous].

Le pianiste et com­pos­i­teur de jazz Horace Sil­ver est mort ce 18 juin aux Etats-Unis, où il est né il y a 85 ans. Un musi­cien impor­tant dans l’histoire du jazz qu’il a con­tribué à viv­i­fi­er et à renou­vel­er à tra­vers le courant dit du hard bop.

Courant qu’illustre assez bien, à sa manière, le film de Mar­tin Scors­ese, New York, New York (1977), mon­trant l’évolution de son héros sax­o­phon­iste (Robert De Niro) pas­sant d’orchestres swing et be bop à des groupes de Harlem. Là, des musi­ciens afro-améri­cains ont décidé de réa­gir à la dom­i­na­tion du cool jazz de la côte ouest des Etats-Unis – surtout des Blancs comme Chet Bak­er, Ger­ry Mul­li­gan, Lennie Tris­tano, Dave Brubeck égale­ment rejoints, il est vrai, mais pro­vi­soire­ment, par un Miles Davis.

Pour aller vite, dis­ons que l’acte de nais­sance (jamais unique !) est mar­qué en 1954 par le quin­tette que for­ment le bat­teur Max Roach et le trompet­tiste Clif­ford Brown, rejoints en 1955 par le sax­o­phon­iste ténor Son­ny Rollins. Toute­fois, le pre­mier représen­tant de ce style fut le groupe des Jazz Mes­sen­gers créé par le bat­teur Art Blakey et, nous y voilà, le pianiste Horace Sil­ver en 1955, qui for­mera ensuite son pro­pre quin­tette.

L’affaire est lancée, dans le con­texte états-unien de luttes pour les droits civiques et con­tre le racisme. Les artistes en général, les musi­ciens en par­ti­c­uli­er et les musi­ciens de jazz surtout sont à la pointe de ce com­bat poli­tique et cul­turel. Sour­cé au blues, notam­ment, le jazz est né d’un sen­ti­ment d’injustice mêlé de résig­na­tion et de révolte.

C’est en1955 égale­ment que Miles Davis embauche John Coltrane (Son­ny Rollins a décliné l’invitation) dans son quin­tet, au côté de Red Gar­land (piano), Paul Cham­bers (basse) et Philly Joe Jones (bat­terie). À cette époque, Coltrane était encore un musi­cien incon­nu.

En 1957, Son­ny Rollins se rat­trape en rassem­blant Sil­ver, Monk, Cham­bers – et inau­gure l’apparition du trom­bone dans le hard bop avec Jay Jay John­son.
Blue Note et Pres­tige sont les prin­ci­paux labels qui pro­duisirent des groupes de hard bop.

Le père d'Horace Silver – couverture du disque "Song for my father", 1964

Le père d’Horace Sil­ver – cou­ver­ture du disque “Song for my father”, 1964

Biogra­phie [Wikipedia]Horace Sil­ver est né le 2 sep­tem­bre 1928 à Nor­walk (Con­necti­cut) aux États-Unis. Son père (né Sil­va) était natif de Maio (Cap-Vert) alors que sa mère née à New Canaan dans le Con­necti­cut était d’origine irlandaise-africaine. Son père lui enseigne la musique folk­lorique du Cap Vert. Il com­mence sa car­rière comme sax­o­phon­iste tenor dans les clubs du Con­necti­cut et en 1950, il est repéré par Stan Getz. Il part pour New York ou il chang­era d’instrument pour le piano. C’est dans son orchestre qu’il s’affirme comme com­pos­i­teur be bop. Il tra­vaille ensuite avec Miles Davis, Milt Jack­son, Lester Young et Cole­man Hawkins. Il effectue les pre­miers enreg­istrements sous son nom aux côtés du sax­o­phon­iste Lou Don­ald­son en 1952.

En 1953, il fonde avec le bat­teur Art Blakey le quin­tette des Jazz Mes­sen­gers mar­quant ain­si l’entrée dans l’ère du hard bop. Peu après, il quitte le groupe pour fonder le Horace Sil­ver Quin­tet qui sera avec les Jazz Mes­sen­gers et les groupes de Miles Davis un des prin­ci­paux trem­plins de jeunes tal­ents.


Musique. Ne regardez pas cette vidéo, elle est écœurante !

Aver­tisse­ment solen­nel ! Amis musi­ciens, ama­teurs de jazz et/ou de clas­sique, et surtout si vous tâtez du piano : ne regardez pas cette vidéo, elle est écœu­rante !

Puisque vous l’avez voulu :

Joey  Alexan­der est né… en 2003 à Den­pasar-Bali, en Indonésie. Il n’a donc que dix ans ! Il a com­mencé à jouer du piano à six. À sept, il attaque le jazz. À huit, avec ses par­ents, il démé­nage dans la cap­i­tale, Djakar­ta, afin de mieux étudi­er et se con­sacr­er au jazz. Il est alors invité par l’Unesco à jouer du piano solo en présence de Her­bie Han­cock. Comme un pre­mier com­mu­ni­ant invité au Vat­i­can pour dire la messe avec le pape… Je sais, la com­para­i­son est osée, et même débile.

C’est qu’il est plus qu’agaçant ce merdeux sur­doué, ce petit prodi­ge même pas (pas encore) pré­ten­tieux, tout juste admirable. Si vous fouinez sur la toile à son pro­pos, vous ver­rez aus­si que ce Joey ne craint pas de devis­er grave­ment à pro­pos de Bill Evans, John Coltrane, Chick Corea, Brad Mehldau et Robert Glasper… Et, comme vous l’avez con­staté de video-visu, il tutoie Thelo­nious Monk, con­ver­sant  avec lui autour de minu­it. Écœu­rant, je vous dis !


Paco de Lucia (1947–2014)

paco-de-lucia

Paco de Lucía, Fes­ti­val de Tim­işoara, 2007 [Ph. Cor­nel]

Le gui­tariste espag­nol Paco de Lucía est mort ce 26 févri­er à Can­cún au Mex­ique. Arrêt du cœur pour l’un des plus grands musi­ciens de son temps. On peut dire qu’il a sor­ti l’art du fla­men­co de sa gangue tra­di­tion­al­iste et même de sa tor­peur fran­quiste. C’est un rac­cour­ci mais qui, cepen­dant, exprime bien une réal­ité que j’ai partagée en son temps avec des amis anti-fran­quistes.

Fran­co et sa dic­tature s’étaient en effet appro­priés le fla­men­co, ain­si devenu une sorte d’art offi­ciel figé dans ses stéréo­types. En Espagne, jusqu’à la fin des années 70, les radios, sous con­trôle, sat­u­raient leurs audi­teurs de musiques « nationales » et folk­loristes, en tête desquelles trô­nait le fla­men­co. Les opposants à la dic­tature, et les plus jeunes d’entre eux en par­ti­c­uli­er finis­saient par vom­ir cette musique aux relents pro­pa­gan­distes. D’autant plus que cette Espagne de Fran­co, tout comme le Por­tu­gal de Salazar, s’étaient coupés du reste de l’Europe et, de ce fait, demeu­raient à l’écart du jazz et du rock débar­qués avec les libéra­teurs améri­cains. L’irruption de Paco de Lucia dans le champ musi­cal fut ain­si perçue comme une promesse de renou­veau, y com­pris dans le fla­men­co dont il était pleine­ment issu et qu’il ne reni­ait nulle­ment. Au con­traire, il s’y affir­mait comme instru­men­tiste de pre­mier plan et non plus d’accompagnement, doué d’une vir­tu­osité épous­tou­flante au ser­vice d’un jeu des plus inven­tifs. Bien­tôt, et peu à peu, Paco de Lucia va décou­vrir le jazz et l’improvisation, puis se rap­procher de musi­ciens de jazz comme le gui­tariste tex­an Lar­ry Coryell – un des pio­nniers du jazz-rock, né en 1943 – et le pianiste Chick Corea (1941), issu de l’émigration latine européenne.

En 1981, il se retrou­ve avec l’Anglais John McLaugh­lin (1942) et l’Italo-Américain Al Di Meo­la (1954) en un trio qui devien­dra légendaire ; leur disque Fri­day Night in San Fran­cis­co [cli­quer pour écouter] enreg­istré à l’issue d’une tournée mon­di­ale s’est classé rapi­de­ment par­mi les meilleures ventes de dis­ques de gui­tare instru­men­tale. Il aura ain­si été à la fois un « revival­iste » du fla­men­co – notam­ment aux côtés de la grande fig­ure du chant fla­men­co Camarón de la Isla  – et un des révéla­teurs du jazz-fusion.

De son vrai nom Fran­cis­co Sánchez Gomez, il était né le 21 décem­bre 1947 à Alge­sir­as, province de Cadix. Paco de Lucia aura illu­miné la scène musi­cale dans le monde entier. On le voit aus­si dans le Car­men de Car­los Saura. Comme ce dernier pour le ciné­ma, et égale­ment Pedro Almod­ovar ; comme Anto­nio Gades pour la danse ; comme Paco Ibañez pour la chan­son – pour se lim­iter à eux –, Paco de Lucia aura don­né large­ment sa part au génie artis­tique espag­nol.


Aux amateurs de jazz !

Avis aux ama­teurs de jazz !  Vous pour­rez retrou­ver – à par­tir de l’onglet “Jazz” en tête de « C’est pour dire »  – des liens ouvrant mes arti­cles  parus (ordre chronologique) sur le fameux site Cit­i­zen Jazz. De même, vous pour­rez vous branch­er sur les sites de Char­lie Free et du Moulin à jazz  de Vit­rolles pour y suiv­re pro­grammes et activ­ités divers­es. Et que ça swingue !


Guy Longnon est mort à Marseille. Le premier, il avait apporté le jazz dans un conservatoire

jazz.-guy-longnon-conservatoire-marseille

Guy Longnon, avec Yves Laplane, en 2011. (Ph. © Yves Scot­to)

Le jazz français, et en par­ti­c­uli­er provençal, ne serait pas ce qu’il est sans Guy Longnon, mort ce 4 févri­er 2014. Trompet­tiste et créa­teur en 1964 de la pre­mière classe de jazz dans un con­ser­va­toire français, en l’occurrence celui de Mar­seille, il a porté sur les fron­tons du jazz toute une généra­tion de musi­ciens par­mi lesquels Bruno Angeli­ni, André Jaume, Raphaël Imbert, Per­rine Man­suy, Pierre Christophe, Alain Sol­er, Jean-Paul Flo­rens, Hen­ri Flo­rens.

Ain­si, le sax­o­phon­iste André Jaume se sou­vient de la con­férence sur le jazz que Guy Longnon prononça à Mar­seille vers 1960 et dans laque­lle il pré­cisa claire­ment sa préférence pour le be-bop, mar­quant ain­si sa dis­si­dence d’avec le pape du Hot Club de France, Hugues Panas­sié. C’est aus­si à cette époque qu’il renonça à jouer avec Sid­ney Bechet car, rap­pelle André Jaume, il en avait assez d’être con­sid­éré comme « un accom­pa­g­na­teur de chanteur ». Bechet était alors en effet une véri­ta­ble star, à l’égal d’une vedette de var­iétés.

Sans doute est-ce à l’époque de cette con­férence que Pierre Bar­bi­zet, directeur du con­ser­va­toire de Mar­seille – et immense musi­cien –, l’invite à créer la classe de jazz, pre­mière du genre. Guy Longnon y con­sacr­era toute sa car­rière. Un péd­a­gogue « fab­uleux », s’exclame André Jaume, se sou­venant de l’« homme très ouvert à toutes les musiques, du clas­sique au jazz », se référant sou­vent à Elling­ton, Park­er, Clif­ford Brown… « Un homme très mod­este », souligne encore André Jaume, rap­pelant que dans ses cours « il jouait du piano, de la con­tre­basse… mais pas de la trompette ! »

Guy Longnon avait aus­si joué avec Claude Luter, Jean-Claude Fohren­bach et Mous­tache.  Élève au Con­ser­va­toire de Paris dans la classe de vio­lon­celle, il fréquen­ta Boris Vian et le monde de Saint-Ger­main-des-Prés.

Claude Gravier rap­pelle qu’il avait chaleureuse­ment encour­agé la créa­tion en 1989 de l’association de Vit­rolles Char­lie Free et le Moulin à Jazz, qu’il avait soutenus dans la péri­ode « noire » de 1997 et l’avait hon­oré de sa présence lors de quelques con­certs de ses élèves : André Jaume, Raphaël lmbert, Paul Pioli, Bernard Abeille, Joseph Cri­mi, Philippe Renault, Hen­ri Flo­rens, Chris­t­ian Bon, Yves Laplane…

Dans leur pas­sion­nant livre À fond de cale (éd. Wild­pro­ject) sur le jazz à Mar­seille, Michel Sam­son et Gilles Suzanne con­sacrent un savoureux chapitre au cham­boule­ment provo­qué par l’arrivée de Guy  Longnon dans la cité phocéenne. On y décou­vre une éton­nante facette de Pierre Bar­bi­zet et cet échange :

« Ah ! alors tu es v’nu ? » lance le pianiste clas­sique. « Ah ben oui »,  répond le jazzeux. « Alors on va faire une classe de jazz », pro­pose Bar­bi­zet. L’affaire est lancée, mais en 2010, l’ancien prof de jazz pré­cise : « J’étais com­plète­ment ahuri parce que, pour moi, il n’y avait pas d’enseignement pos­si­ble du jazz. »

L’affaire ne fut pas sim­ple, ni sans péripéties, ain­si que le racon­tent les auteurs. Mais la descen­dance est assurée puisque la classe de jazz con­tin­ue de vivre sous la direc­tion du trom­bon­iste Philippe Renault, tan­dis le « D6 », octette/nonette qui porte le nom de la salle jazz du con­ser­va­toire, a récem­ment enreg­istré un hom­mage au maître.

–––           

La discogra­phie de Guy Longnon dans Wikipedia ne men­tionne que peu d’enregistrements :

– 1952 : Sid­ney Bechet avec Claude Luter et son orchestre, Blue Note Records

– 1984 : Tor­ride !, 52e Rue Est

– 1994 : Cyclades (JMS)

– 2000 : Clas­sic Jazz at Saint-Ger­main-des-Prés, Uni­ver­sal

André Jaume sig­nale un disque en quar­tet avec Don Byas, sous le titre Sarato­ga Hound Jazz.

Il a aus­si com­posé pour le ciné­ma, dans deux films de Paul Paviot :

– 1951 : Ter­reur en Okla­homa

– 1952 : Chica­go-digest

–––

Ne pas con­fon­dre Guy et son neveu Jean-Loup, lui aus­si trompet­tiste, pianiste, chanteur, com­pos­i­teur de renom (né en 1953).

–––

La céré­monie des obsèques aura lieu le mar­di 11 févri­er à 14h30 au cré­ma­to­ri­um du cimetière Saint-Pierre de Mar­seille.


Jazz. Trompettiste aventureux, Roy Campbell est mort à 61 ans

C’était un fameux trompet­tiste et flûtiste états-unien. Roy Camp­bell Jr est mort le 9 jan­vi­er à l’âge de 61 ans. Du be-bop au free, il avait tra­ver­sé avec fer­veur les derniers grands courants du jazz, en leader ou aux côtés d’artistes les plus réputés comme Don Cher­ry, Matthew Shipp, Hamid Drake, William Park­er et Peter Brötz­mann, Il n’hésitait pas non plus à s’aventurer sur les ter­ri­toires de la world, du hip-hop et même du reg­gae et du rock.

Né à Los Ange­les en 1952, Roy Camp­bell s’installe à New York où il apprend le piano et le vio­lon avant de pass­er, vers l’âge de vingt ans, à la trompette, au bugle et à la flûte. Ses maîtres ne sont autres que Lee Mor­gan, Ken­ny Dorham, Joe New­man, Yusef Lateef (qui, lui aus­si, vient de mourir)… Fraîche­ment diplômé, il monte son pro­pre groupe, Spec­trum, En 1978, il rejoint l’Ensem­ble Muntu, dirigé par le bassiste William Park­er.

Puis on le suiv­ra aux côtés de Mar­cus Miller, Woody Shaw, Cecil Tay­lor, John Zorn, Wilbur Ware, Ken­ny Kirk­land, Sun­ny Mur­ray, Rashied Ali et autres. Au début des années 90, il passera qua­tre ans aux Pays-Bas, jouant surtout  en Europe. De retour à New York, il y pour­suit une car­rière soutenue, n’hésitant pas à se pro­duire par­fois aux côtés d’artistes de R & B.

Le Moulin à jazz de Vit­rolles l’avait fait venir par deux fois avec ses com­pars­es du Nu Band, Mark Whitecage (alto et clar­inette), Lou Gras­si (bat­terie), emmenés par Jo Fon­da (con­tre­basse). Mémorables con­certs, dont celui du 12 jan­vi­er 2009, il y a exacte­ment cinq ans. Arti­cle et pho­tos ici pour ren­dre hom­mage à cet artiste aus­si remar­quable que dis­cret, vivant la musique avec brio et élé­gance, puis­sance et déli­catesse.

Sur le con­cert de Vit­rolles, lire ici.


À l’ouest du jazz, Chico Hamilton a cessé de battre

1chico_HamiltonReprenant la bag­nole, Jazz à Fip envoie du Chico Hamil­ton. Tiens, en quel hon­neur ? Tou­jours bon à pren­dre, hein. Mais c’est que le bougre avait, ce 25 novem­bre 2013, ren­du baguettes, cym­bales, mail­loches et le toutim. Les bat­teurs sont en deuil, et les musi­ciens en général, surtout les jazzeux. Il avait 92 ans.

Héri­ti­er de Jo Jones, Chico [« p’tit mec »] fut très appré­cié, non seule­ment pour son jeu des plus sub­tils, mais aus­si pour son flair comme décou­vreur de tal­ents par­mi lesquels on relève le bassiste Ron Carter, les sax­o­phon­istes Eric Dol­phy et Charles Lloyd et les gui­taristes Jim Hall, Gabor Szabo et Lar­ry Coryell.

Il est né à Los Ange­les le 21 sep­tem­bre 1921. Encore lycéen, il s’immerge dans les scènes jazz locales. En 1940, il part en tournée avec le big band de Lionel Hamp­ton. Après son ser­vice mil­i­taire pen­dant la Sec­onde Guerre mon­di­ale, on le retrou­ve dans les orchestres de Jim­my Mundy, Char­lie Bar­net et Count Basie.

De 1948 à 1955, tou­jours basé et act­if à Los Ange­les, il accom­pa­gne Lena Horne en Europe dans ses tournées d’été. Il par­ticipe à des musiques de film et rejoint le pre­mier quar­tette de Ger­ry Mul­li­gan qui com­pre­nait égale­ment Chet Bak­er à la trompette. En quoi il a par­ticipé à la nais­sance du jazz West Coast, plus lisse et cérébral que celui de la côte Est.

En 1955, il monte un quin­tette avec Bud­dy Col­lette, Jim Hall, Fred Katz et Car­son Smith. Gros suc­cès, pro­longé par une appari­tion dans le film The Sweet Smell of Suc­cess [Le Grand Chan­tage en VF] réal­isé par Alexan­der Mack­endrick.

Chico Hamil­ton a con­tin­ué à jouer et enreg­istr­er au-delà de son 90e anniver­saire. Il a sor­ti un album, “Révéla­tion” en 2011 et en avait un autre en pré­pa­ra­tion.

Les morceaux qu’on peut écouter ci-dessous par le biais de Deez­er, provi­en­nent de l’album Danc­ing To A Dif­fer­ent Drum­mer (1994) qui ressem­ble à une leçon de bat­terie. De la Danse des tym­pa­ns à la Valse des mail­loches, en pas­sant Mr Jo Jones, Chico Hamil­ton en arrive finale­ment à l’Uni­ver­sal Lan­guage Of Man.


Ibrahim Maalouf entre parking et platanes du Charlie Jazz Festival

Un banal sous-sol de park­ing, cinq palettes en bois, une grat­te et son ampli ; enfin une trompette et son souf­fleur. Et quand même une bonne dose de tal­ent. Il n’en fal­lait pas plus à Ibrahim Maalouf et François Del­porte pour faire jail­lir la musique, de celle qui vient des pro­fondeurs, bien en deçà du park­ing de Téléra­ma.

Le trompet­tiste fran­co-libanais vient de sor­tir un nou­veau disque, Wind, qui s’inspire d’un film de René Clair, La Proie du vent, un film muet de 1926. Il y est ques­tion d’un pilote pris dans une tem­pête et for­cé d’atterrir dans un parc du château. Il tombe amoureux de la maîtresse des lieux… Com­ment en vient-on à com­pos­er du jazz là-dessus ? Com­ment Miles com­posa, à la volée, la bande orig­i­nale d’Ascenseur pour l’échafaud ?

Si vous voulez com­pren­dre ce genre de mys­tère, prenez date : Ibrahim Maalouf jouera avec son quin­tette le same­di 6 juil­let au Char­lie Jazz Fes­ti­val de Vit­rolles.

L’occasion de faire aus­si le lien, le ven­dre­di 5, avec Mar­seille-Provence 2013 et le con­cert don­né par le Mediter­ranean Char­lie Orches­tra, alliage promet­teur entre l’Orchestre des Jeunes de la Méditer­ranée et la com­pag­nie Nine Spir­it – soit une trentaine de musi­ciens enlevés par le sax­o­phon­iste et com­pos­i­teur Raphaël Imbert.

Le fes­ti­val pren­dra fin le dimanche 7 avec le quar­tet d’Avishaï Cohen, con­tre­bassiste pétil­lant. Il rem­place ain­si le trompet­tiste Roy Har­grove, obligé d’annuler sa tournée pour rai­son de san­té.

Pro­gramme com­plet du Char­lie Jazz Fes­ti­val et réser­va­tion : http://charliejazzfestival.com/


Ibrahim Maalouf en Téléra­ma garage Ses­sion par tel­era­ma

Lire aus­si l’entretien avec Ibrahim Maalouf sur CitizenJazz.com


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter — Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

  • Catégories d’articles

  • Salut cousin !

    Je doute donc je suis - gp

  • Fréquentation de « C’est pour dire »

    • 0
    • 590
    • 175
    • 4 821
    • 36 418
    • 1 621
    • 3 748
  • Calendrier

    janvier 2018
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Déc  
    1234567
    891011121314
    15161718192021
    22232425262728
    293031 
    Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress