On n'est pas des moutons

Peut-être pas trop tard pour bien venir au monde…

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Ça y est, il s’est déchaî­né le tsu­na­mi dénom­mé Har­cè­le­ment. Et sexuel en plus. Épi­cen­tré à Hol­ly­wood, pire que les cyclones aux jolis noms de femmes, il ne pou­vait que défer­ler sur tout le monde spec­ta­cu­laire. Il aurait tout de même mieux valu y pen­ser avant : avant que naisse et paraisse, ces jours-ci, le petit der­nier de Jacques A. Ber­trand, un grand petit der­nier au titre pro­phy­lac­tique : Quelques Conseils pour venir au monde. 1

Remar­quez que l’intention n’est nul­le­ment contra­cep­tive. Ni néo-mal­thu­sienne. Ce serait peine per­due car, comme le note judi­cieu­se­ment l’auteur, « si on sait à peu près de quoi les gens meurent, on sait moins de quoi ils naissent ». Oyez, en effet, ce pro­pos échan­gé entre deux jeunes femmes à la ter­rasse d’un bis­trot : « – Tu vois tou­jours Tom ? Tu sais, il faut faire atten­tion : en ce moment des tas de bébés cherchent à naître. »

À quoi, ça tient, le génie de l’écrivain ! Car c’est de là, de ce conseil puis­sam­ment ano­din, que fut donc ense­men­cé ce livre,  l’un des plus drôles, spi­ri­tuels, enle­vés et donc réjouis­sants de ce que peut char­rier la tor­nade lit­té­raire de l’année. 2

Depuis Tris­tesse de la Balance et autres signes, en 1983, Jacques André Ber­trand a publié une ving­taine d’ouvrages dont Le Pas du loup (prix de Flore), Der­niers camps de base avant les som­mets (prix Grand-Cho­sier), L’Angleterre ferme à cinq heures, La Course du che­vau-léger, J’aime pas les autres, Les Sales Bêtes (prix 30 mil­lions d’amis), Les autres, c’est rien que des sales types (grand prix de l’Humour noir), Mariages, Com­man­deur des Incroyables et autres Hono­rables Cor­res­pon­dants, Com­ment j’ai man­gé mon esto­mac (prix Paroles de Patients), Brève his­toire des choses (prix Alexandre-Via­latte), et Bio­gra­phies non auto­ri­séesQuelques conseils pour venir au monde (2017) est son der­nier ouvrage. Il col­la­bore aus­si à l’émission de France Culture « Des papous dans la tête ».

Naître ou ne pas naître, telle n’est pas la ques­tion de Jacques A. Ber­trand, dès lors que le mal est fait (dans l’extase, espé­rons). La ques­tion en ques­tion est crû­ment posée au bien­tôt bébé vagis­sant, encore au chaud ven­tral et pei­nard, juste à l’huis fatal au delà duquel les emmer­de­ments sont embus­qués. « Tous ces bébés en attente […] je me devais de les pré­ve­nir. » L’ouvrage est donc plus que phi­lan­thro­pique, il est « anté », comme on dit « anté­di­lu­vien ». Main­te­nant que vous n’échapperez certes plus au déluge de vivre, du moins soyez dûment aver­tis. D’où ce petit trai­té de savoir-naî­tre autour d’un cha­pe­let de ques­tions pro­pre­ment exis­ten­tielles : où naître, dans quel milieu social ? à la ville ou à la cam­pagne ? quand, com­ment, etc. – le pour­quoi étant aban­don­né aux métaphysiciens.

Et d’abord, concrè­te­ment, comme disent les jour­na­listes : quel sexe pré­fé­rer ? Ah ah, com­ment choi­sir, sans exclure la pos­si­bi­li­té de l’ambivalence ?… Fina­le­ment, l’auteur se risque, non sans oppor­tu­nisme peut-être bien lié à l’« actu » : « Je conseille­rais le fémi­nin. Encore que j’aie choi­si le mas­cu­lin, mais j’ignore si c’était en toute connais­sance de cause ». Ben oui, son livre n’était pas encore paru. « Et si c’était à refaire, je ne sais pas. », avant de s’en remettre au scribe de Mel­ville : « Je pré­fé­re­rais pas. »

L’humour est ici éri­gé en impé­ra­tif caté­go­rique. Ain­si « le Doc­teur Freud lui-même, dans sa grande humi­li­té, expri­ma un jour qu’il pou­vait arri­ver qu’on rêve d’un gros cigare et qu’il s’agisse réel­le­ment d’un gros cigare. »…

D’une plume légère et court vêtue, il caresse les hautes sphères de la phi­lo­so­phie et explore en pas­sant les pro­fon­deurs exis­ten­tielles. C’est la marque de cet écri­vain à la ving­taine d’ouvrages. Sa modes­tie dût-elle en rou­gir, il y a du Mon­taigne sous cette malice grave, au sens où vivre [serait] apprendre à naître.

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Notes:

  1. Edi­tions Jul­liard, 110 p., 14 €
  2. Croyez m’en sur paroles, j’ai tout lu !

Nucléaire. Une fois de plus, Greenpeace fait voler en éclats le dogme sécuritaire d’EDF

En s’introduisant ce jeu­di matin à l’intérieur du péri­mètre de la cen­trale nucléaire de Cat­te­nom, en Moselle, pour y déclen­cher un feu d’artifice, des mili­tants de Green­peace ont une fois de plus dénon­cé, en les démon­trant, la fra­gi­li­té et l’accessibilité de ces ins­tal­la­tions hau­te­ment radio­ac­tives. En l’occurrence, il s’agissait de la pis­cine d’entreposage du com­bus­tible nucléaire usé, bâti­ment par­ti­cu­liè­re­ment vul­né­rable puisque construit selon des normes ordi­naires d’entrepôts industriels.

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Cette opé­ra­tion vient tout à pro­pos illus­trer un rap­port d’experts indé­pen­dants 1 qui met en cause la sécu­ri­té des ins­tal­la­tions nucléaires fran­çaises et belges en poin­tant du doigt leur vul­né­ra­bi­li­té face aux risques d’attaques exté­rieures. Ces experts sont par­ti­cu­liè­re­ment inquiets concer­nant cer­taines ins­tal­la­tions des cen­trales fran­çaises : les pis­cines d’entreposage des com­bus­tibles nucléaires usés. Alors qu’elles peuvent conte­nir le volume de matière radio­ac­tive le plus impor­tant au sein des cen­trales, ces pis­cines sont très mal pro­té­gées ; elles consti­tuent une épée de Damo­clès au-des­sus de nos têtes.

En cas d’attaque exté­rieure, si une pis­cine est endom­ma­gée et qu’elle perd son eau, le com­bus­tible n’est plus refroi­di et c’est le début d’un acci­dent nucléaire : de la radio­ac­ti­vi­té s’échappe mas­si­ve­ment dans l’atmosphère, avec des consé­quences radio­lo­giques très graves.

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Le point faible des cen­trales, les pis­cines d’entreposage du com­bus­tible. Ici, à Fes­sen­heim – la plus vieille du parc nucléaire fran­çais. (Cli­quer pour agrandir).

En France, niveau 4 atteint

Le nucléaire 100 % sûr est un mythe. Même si les acci­dents sont rela­ti­ve­ment rares, leurs impacts sur la popu­la­tion, l’environnement et l’économie d’un pays sont effroyables. La France n’est pas à l’abri. Les acci­dents les plus graves jamais enre­gis­trés sont ceux de Tcher­no­byl (26 avril 1986) et de Fuku­shi­ma (11 mars 2011). Ils étaient de niveau 7. Mais d’autres acci­dents ont eu lieu aux États-Unis et au Royaume-Uni par exemple.

Les acci­dents nucléaires les plus graves en France (niveau 4) ont eu lieu à la cen­trale de St-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) en octobre 1969 et en mars 1980. Dans les deux cas, des com­bus­tibles ont fusion­né dans un des réac­teurs de la cen­trale. D’autres acci­dents nucléaires aus­si graves ont été évi­tés de jus­tesse dans d’autres centrales.

Certes, les inci­dents de niveau 2 ou 3 sont rela­ti­ve­ment rares en France : l’incendie d’un silo de sto­ckage à La Hague en 1981, une mau­vaise vis dans le sys­tème de pro­tec­tion de Gra­ve­lines en 1989, l’inondation de la cen­trale du Blayais en 1999, la perte de plu­to­nium à Cada­rache en 2009, etc. Mais l’Auto­ri­té de sûre­té nucléaire, char­gée du contrôle du nucléaire en France, recon­naît que plu­sieurs cen­taines d’écarts de niveau 0 et une cen­taine d’anomalies de niveau 1 ont lieu chaque année. Les inci­dents qui se sont pro­duits sur les sites du Tri­cas­tin en 2008 et de Gra­ve­lines en 2009 relèvent, offi­ciel­le­ment, de cette caté­go­rie 1.

Vu le nombre de réac­teurs nucléaires en France (58) et d’installations néces­saires à leur fonc­tion­ne­ment, tous les Fran­çais sont concer­nés par ce risque, mais aus­si les habi­tants des pays voi­sins, en rai­son de l’emplacement de cer­taines cen­trales nucléaires proches des fron­tières : Gra­ve­lines et Chooz à côté de la Bel­gique, Fes­sen­heim proche de l’Allemagne et de la Suisse (elle-même aus­si sous la menace du Bugey) ou encore Cat­te­nom en Lor­raine, à deux pas du Luxembourg.

Avec un parc nucléaire vieillis­sant et mal pro­té­gé, la pro­duc­tion d’électricité est aujourd’hui syno­nyme de dan­ger en France. Green­peace, tou­te­fois, ne se vou­drait pas fata­liste. L’organisation éco­lo­giste veut croire (ou fait sem­blant) qu’EDF peut encore faire le choix de se pas­ser du nucléaire et de déve­lop­per les éner­gies renou­ve­lables. « Plu­tôt que d’investir des dizaines de mil­liards dans le rafis­to­lage de vieux réac­teurs, estime Green­peace, et de pro­duire des déchets qui res­te­ront radio­ac­tifs pen­dant des cen­taines de mil­liers d’années, EDF peut déci­der d’investir dans des éner­gies qui sont sûres, propres et désor­mais bon mar­ché. Deman­dons à EDF de sor­tir du risque nucléaire, une bonne fois pour toutes. » 2

La réponse, les nucléo­crates d’EDF l’ont à nou­veau répé­tée hier dans les médias, dès la publi­ca­tion du rap­port de Green­peace. Ils ont res­sor­ti leur dogme – infaillible par défi­ni­tion – selon lequel l’électricien ne cesse de ren­for­cer ses sys­tèmes sécu­ri­taires autour de ses cen­trales. 3 Le feu d’artifice de ce matin fait voler en éclats spec­ta­cu­laires ces pieuses et incon­sé­quentes certitudes.

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Notes:

  1. « La sécu­ri­té des réac­teurs nucléaires et des pis­cines d’entreposage du com­bus­tible en France et en Bel­gique, et les mesures de ren­for­ce­ment asso­ciées », octobre 2017. Contri­bu­teurs du rap­port : Oda Becker (Alle­magne), Manon Bes­nard (France), David Boilley (France), Ed Lyman (États-Unis), Gor­don Mac­Ker­ron (Royaume-Uni), Yves Mari­gnac (France), et Jean-Claude Zer­bib (France). Rap­port com­man­dé par Green­peace France.
  2. Green­peace lance une péti­tion en direc­tion d’EDF. On peut la signer ici.
  3. EDF dit avoir enga­gé un mon­tant de 700 mil­lions d’euros pour ren­for­cer la sur­veillance des ins­tal­la­tions. On voit leur effi­ca­ci­té… Quant à pro­té­ger réel­le­ment les pis­cines de sto­ckage, cela se chif­fre­rait en plu­sieurs dizaines de mil­liards. Déjà dans le rouge finan­cier, EDF n’en a pas les moyens et se trouve lit­té­ra­le­ment dans l’impasse.

Un peu de profondeur : six minutes planantes dans la plus grande grotte terrestre

Consi­dé­rée comme la plus grande grotte de notre pla­nète, la « Caverne de la mon­tagne », de son vrai nom Hang Soon Dong, n’a été décou­verte qu’au début des années 90 au Viet­nam, dans le parc natio­nal de Phong Nha-Kẻ Bàng, près de la fron­tière avec le Laos. Sa taille est esti­mée à plus de 4 km de long avec des gale­ries de plus de 200 m de haut pour 100 m de large. Elle accueille son propre micro­cli­mat, ain­si que sa jungle et sa rivière. Un décor épous­tou­flant fil­mé avec un drone par le pho­to­graphe amé­ri­cain Ryan Deboodt, dont le site vaut éga­le­ment le détour. Six minutes dans et hors de notre monde si per­tur­bé, voi­là qui repose un peu. 1

© Ryan Deboodt & Futu­ra Sciences

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Notes:

  1. Ne man­quez pas de pas­ser en mode « plein écran » !

Faber. Les riches sont à bout

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© faber - 2017

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De Socrate à Lidl, Free et autres Macron, un peu de philosophie politique à l’usage improbable de nos gérants

C’est un peu comme une urti­caire : ça me démange de par­tout… sans savoir au juste d’où ça vient. Je parle de cette « actu », drogue jour­na­lis­tique à haute accou­tu­mance. S’en défaire, une gageure. Sor­tie par la porte, la revoi­là par la moindre lucarne, fac­teur de stress, de manque. Que faire ? comme disait l’autre. Sen­ti­ment d’impuissance contre désir d’agir. Com­ment ? Alors je cause, je me cause, je cause ici en écri­vant, comme dans un jour­nal, un autre, pas celui du métier d’informer – enfin d’essayer. Don­ner une forme à cette réa­li­té du monde qui semble s’effilocher par tous les bouts. Pour paro­dier Nou­ga­ro, « est-ce moi qui vacille, ou la terre qui tremble ? » Le fait est que j’ai bien du mal à prendre ladite « actu » par un bout, sans être rat­tra­pé par un autre ; sans don­ner dans la dis­per­sion… Je connais un type qui a écrit L’Homme dis­per­sé, un roman docu­men­té. À l’image de notre monde, au bord de l’éclatement.

Les opti­mistes espèrent, ils croient : on trou­ve­ra des solu­tions, c’est le sens du pro­grès : la tech­no­lo­gie, ses miracles, la Lune, Mars. L’Homme s’en sor­ti­ra, trop génial. Les pes­si­mistes ana­lysent, pensent : c’est cuit pour le bipède sapiens (mal)pensant, l’homo faber (mal)faisant ; il s’est mis la corde au cou, celle de l’eco­no­mi­cus. Gloire au « plus », encore « plus », tou­jours « plus ».

Ils auront trait la vache Terre jusqu’à sa der­nière goutte de « plus » ; elle, elle s’en remet­tra, depuis le temps qu’elle s’accommode des cata­clysmes – dont elle naquit. Mais ses habi­tants, loca­taires arro­gants, vils pro­fi­teurs, exploi­teurs éhon­tés, fiers imbé­ciles. Ils ont oublié, ou jamais su, qu’ils ne fai­saient que pas­ser ici-bas, sus­pen­dus au via­ger d’une vie brève, aléa­toire. À ce sujet, « vu à la télé » l’enquête de Cash inves­ti­ga­tion (France 2) sur les escla­va­gistes modernes à l’œuvre chez Lidl et Free, deux cas­seurs de prix de la bouffe et du télé­phone. Rois de la « petite marge », ils font galé­rer leurs sala­riés, mal­trai­tés comme des bêtes de somme, mépri­sés, ser­mon­nés, engueu­lés, usés et fina­le­ment jetés comme des déchets à la pou­belle de Pôle emploi, aux frais de la col­lec­ti­vi­té. On connaît la musique : « Pri­va­ti­ser les béné­fices, mutua­li­ser les pertes », ren­gaine capi­ta­liste. Marx n’y pour­ra rien, tout juste figu­rant de ciné­ma (un film vient de sor­tir sur le père du Mani­feste com­mu­niste ; signe des temps déses­pé­rés car nostalgiques).

Retour à l’envoyeur.

Ils sont là, les pro­lé­taires d’aujourd’hui, comme dit à sa façon Xavier Niel, le mul­ti­mil­liar­daire patron de Free : « Les sala­riés dans les centres d’appels, ce sont les ouvriers du XXIe siècle. C’est le pire des jobs. » Au moins sait-il de quoi il parle. Mais il n’a pas vou­lu par­ler dans le poste ; pas davan­tage sa char­gée de com’ – le comble ! –, lais­sant la cor­vée à un chef de régi­ment bien emmer­dé, pro­ba­ble­ment aus­si faux derche qu’intraitable « mana­ger ». Tous ces pions néfastes ne jurent que par le « manag’mint », ont été bibe­ron­nés aux mêmes évan­giles pro­duc­ti­vistes. Comme l’autre de chez Lidl, qui aura dû en tuer des comme lui avant de rece­voir l’onction du pou­voir par la schlague. Il est là comme un mioche pris les doigts dans la confiote, minable rouage d’une machine à « faire du cash », en rêvant que d’autres machines éli­minent tota­le­ment les tra­vailleurs – pour­tant déjà robo­ti­sés. Ah, que viennent enfin les temps bénis de la robo­ti­sa­tion totale, tota­li­taire ! « 1984 » en vrai et en pire.

Certes, cha­cun peut tou­jours aller chez Lidl ou chez Free – entre autres exploi­teurs de choc – pour gagner trois euros six sous. À quel prix ? Ils ne pour­ront plus igno­rer ce que recouvre la ques­tion – enfin si, ils pour­ront tou­jours se voi­ler la face. 1

À ce pro­pos, et dans la rubrique « ONPLG », On n’arrête pas le pro­grès 2, les femmes saou­diennes vont être auto­ri­sées par leurs princes à conduire. Elles vont pou­voir prendre le volant – mais res­tent astreintes au voile inté­gral. L’inverse eut été plus libé­ra­teur. Cha­cun ses hié­rar­chies de valeurs.

Le procès de Socrate

Le pro­cès de Socrate. Sur les 501 juges, 280 votent en faveur de la condam­na­tion, 221 de l’acquittement.

Jus­te­ment, côté valeurs, com­ment ne pas saluer les quatre émis­sions, cette semaine, des Che­mins de la phi­lo­so­phie (France Culture) consa­crés à Socrate, spé­cia­le­ment à son pro­cès et à sa mort ? La condam­na­tion du phi­lo­sophe grec (470-399 avant notre ère) demeure un sujet de dis­cus­sion à la fois phi­lo­so­phique et poli­tique. Adèle Van Reeth, l’animatrice des Che­mins, mène au mieux l’« ins­truc­tion » à par­tir des chefs d’accusation ain­si libel­lés : « Socrate enfreint la loi, parce qu’il ne recon­naît pas les dieux que recon­naît la cité, et qu’il intro­duit d’autres divi­ni­tés nou­velles ; et il enfreint la loi aus­si parce qu’il cor­rompt la jeu­nesse. Peine requise : la mort. »

Si le débat garde toute son actua­li­té, c’est parce qu’il pose de nom­breuses ques­tions concer­nant le droit et la loi, la citoyen­ne­té et la démo­cra­tie, la liber­té et la phi­lo­so­phie – tout comme la reli­gion et le libre-arbitre. De ces quatre heures pas­sion­nantes, il appa­raît, pour le dire vite et vul­gai­re­ment, que Socrate fut un emmer­deur suprême, un gêneur poli­tique qui cla­quait le bec aus­si bien à ceux qui pré­ten­daient savoir qu’aux sophistes, embo­bi­neurs filoux, aux poli­ti­ciens, poètes, gens de métier ren­voyés à leur igno­rance – comme la sienne propre… Socrate sait… qu’il ne sait rien. Ce qui est impie ! En effet, ne pas savoir revient à ne rien croire, pas même les dieux !

Autre ques­tion, et non des moindres, posée par Socrate et sa condam­na­tion : celle de la démo­cra­tie. Le phi­lo­sophe était très cri­tique à son sujet ; il lui repro­chait notam­ment de faire la part belle aux opi­nions, et ain­si de figer l’examen des faits et l’exercice de la pen­sée libre. 3  Sa phi­lo­so­phie poli­tique se situait entre mépris de la majo­ri­té et amour des lois, y com­pris celles qui le condam­naient : plu­tôt subir l’injustice que la commettre…

Socrate Athènes

Socrate, devant l’Académie, Athènes © gp

Reste la « cor­rup­tion de la jeu­nesse »… Concerne-t-elle l’enseignement du maître – lui qui se disait n’avoir jamais été maître de qui que ce soit, qui ensei­gnait en déam­bu­lant, pro­fes­sant le « Connais-toi toi-même » 4 car le savoir est en soi, passe par soi-même, et la sagesse se trans­met par l’échange, la dis­cus­sion. On avan­ça aus­si ses atti­rances pour les beaux jeunes gens, lui, le lai­de­ron… Pédo­phi­lie socra­tique ? en des temps où la pédé­ras­tie effa­rou­chait peu, semble-t-il… Il est plus pro­bable que la per­ver­sion en ques­tion por­tait d’abord sur le conte­nu sub­ver­sif de l’enseignement. 5

Voi­là qui nous emmène loin de Lidl et Free… Loin ? Que nen­ni ! Socrate rap­pelle au sens de la vie qui, de nos jours, se trouve acca­pa­ré par les obli­ga­tions de la sur­vie. Se tuer à gagner sa vie – for­mu­la­tion ancienne (mai 68…) du « burn out ». Plus-plus-plus : subir les indé­centes pubs, sur les radios publiques, qui font cha­toyer les charmes du pro­duc­ti­visme, le pri­vi­lège de « vivre les same­dis comme des lun­dis » ! Le tra­vail renoue plus que jamais avec son ori­gine latine : tri­pa­lium, engin de tor­ture à trois pieux… L’économie vul­gaire com­mande. Les pos­sé­dants et affai­ristes télé­com­mandent les gou­ver­nants – qui n’en sont plus depuis si long­temps, depuis 1983, pour en res­ter à nos hori­zons, quand Mit­ter­rand s’est conver­ti à la reli­gion libéraliste.

Gou­ver­ner sup­pose un gou­ver­nail, un cap, des direc­tions, des idées, et tant qu’à faire des idéaux. Nos rameurs de la finance et du biz­ness ne sont plus que de sinistres gérants, tout comme ceux de Lidl et de Free, qu’ils vénèrent et imitent jusque dans leur arro­gance inculte. De petits bou­ti­quiers der­rière leur caisse enre­gis­treuse, tenant un pays comme une épi­ce­rie. La San­té, com­bien ? Ah ? trop cher ! On rabiote. L’impôt sur la for­tune ? Trop éle­vé, inci­tant à l’évasion fis­cale ? On va arran­ger ça. La for­mule magique reste inchan­gée : les pauvres ne sont pas riches, mais ils sont si nom­breux que leur prendre un peu, rien qu’un peu, ça rap­porte beau­coup beaucoup.

Je par­lais, au début de ma dérive, du par­tage binaire entre opti­mistes et pes­si­mistes. Reste les réa­listes, ou ceux qui s’essaient à don­ner du sens au réel, tel qu’ils le per­çoivent. Exer­cice très instable d’équilibriste. Casse-gueule ! Arrê­tons là pour aujourd’hui.

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Notes:

  1. On peut revoir l’émission ici.
  2. En taxi, pris dans un embou­teillage, l’écrivain Alexandre Via­latte, s’entendant dire par son voi­sin la sen­ten­cieuse phrase, lui réplique : « Non, il s’arrête tout seul ».
  3. Pléo­nasme aurait iro­ni­sé Jules Renard, comme dans son Jour­nal : « Libre pen­seur. Pen­seur suf­fi­rait. »
  4. Pro­lon­gé par Nietzsche : « Deviens ce que tu es ».
  5. « Mélé­tos, tu m’accuses de per­ver­tir la jeu­nesse. Sans doute nous savons ce qui consti­tue la per­ver­si­té des jeunes gens. Nomme-s-en, si tu connais, qui, pieux d’abord, sages, éco­nomes, modé­rés, tem­pé­rants, labo­rieux, soient deve­nus par mes leçons, impies, vio­lents, amis du luxe, adon­nés au vin, effé­mi­nés ; qui enfin se soient livrés à quelque pas­sion honteuse.

    – Oui, repar­tit Mélé­tos, j’en connais que tu as déci­dés à suivre tes avis plu­tôt que ceux de leur père, de leur mère.

    – J’avoue, répli­qua Socrate, qu’ils ont sui­vi les avis que je leur don­nais sur l’instruction morale de la jeu­nesse. C’est ain­si que pour la san­té nous sui­vons les conseils des méde­cins plu­tôt que ceux de nos parents. Vous-mêmes Athé­niens, dans les élec­tions de géné­raux, ne pré­fé­rez-vous pas à vos pères, à vos frères, à vous-mêmes, les citoyens jugés les plus habiles dans la pro­fes­sion des armes ?

    – Tel est l’usage, repar­tit Mété­los ; et le bien géné­ral le demande.

    – Mais, ajou­ta Socrate, toi Mété­los, qui vois que dans tout le reste les plus habiles obtiennent pré­fé­rence et consi­dé­ra­tion, explique com­ment tu peux sol­li­ci­ter la mort de Socrate, pré­ci­sé­ment parce qu’on le juge habile dans une par­tie essen­tielle, l’art de for­mer l’esprit. »

    Xéno­phonApo­lo­gie de Socrate, pp.726-727


C’était Jacques, c’était mon ami

jacques-rossollinIl est mort tout à l’heure 1, mon vieux pote Jaco, qua­rante ans d’amitié pro­je­tés dans le grand trou noir. Il a lâché, son corps ne l’ayant plus sou­te­nu, vain­cu par le can­cer. La tris­tesse, les larmes enva­hissent les cœurs qui l’ont aimé.

Jacques, mon Jaco, je ne me sens pas à écrire ta « nécro », quand bien même tu serais vrai­ment mort… Je t’oublierai en malade vain­cu pour te gar­der comme là, sur cette pho­to, en Mar­seillais ardent, à l’heure du pas­tis, ter­rasse de la Bras­se­rie du port, où nous aimions tant nous retrou­ver, avec Jean-Pierre en par­ti­cu­lier, pour des déjeu­ners bavards, à refaire nos mondes – la vie, jus­te­ment, l’amour, la mort… Non pas la mort, on ne l’invitait jamais, la garce. Pas plus qu’à l’Estaque quand, chaque année, pour ton anni­ver­saire, tu aimais tant te retrou­ver au beau milieu de ton pre­mier cercle, comme tu aimais dire : Gene­viève, Mari­nette, Ber­na­dette, Jean-Yves, Jean-Pierre, ma pomme. Mais cette année, tu as dû zap­per ton soixante-dixième avec un mot d’excuse… une ordon­nance médi­cale. On res­te­ra à jamais sur notre faim, pri­vé de nos blagues par­ta­gées, de nos rires et des tiens sur­tout, comme une rafale enjouée.

Avec ses deux S et ses deux L – il y tenait, par­di  – , tel était notre Jacques Ros­sol­lin. Jusqu’à ce qu’un beau jour il devienne Lou papet : Jeanne, sa fille, venait de mettre Malou au monde, Son monde en fut cham­bou­lé, tout comme celui de Face­book et de sa cohorte d’amis plus ou moins virtuels.

Tant de sou­ve­nirs me remontent… Encore un, d’ordre disons his­to­rique… J’évoquais ce pas­tis (caché sur la pho­to) ; la véri­té – his­to­rique, donc –, m’oblige à pré­ci­ser qu’il s’agissait d’un Ricard. Car c’est chez Ricard que Jacques a effec­tué l’essentiel de sa car­rière pro­fes­sion­nelle, au ser­vice com­mu­ni­ca­tion, char­gé notam­ment du jour­nal d’entreprise. Il était très atta­ché à cette entre­prise si emblé­ma­tique de Mar­seille et de la Provence.

Comme tou­jours, la mort rap­pelle à la briè­ve­té de la vie, à sa fra­gi­li­té, à toutes les incer­ti­tudes qui la rendent si pré­cieuse. Elle nous ren­voie à l’urgence de vivre, jusqu’à ce que la roue se remette à tour­ner, et sou­vent, trop sou­vent, jusqu’à s’emballer vers des len­de­mains que l’on croit sans fin. Ain­si va le cours des humains, entre insou­ciance et cha­grins, dans les hauts et les bas qui rythment l’existence.

Adieu, vieux Jaco que j’aimais.

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Notes:

  1. Ce dimanche 11 sep­tembre 2017, à l’hôpital Saint-Joseph à Mar­seille. On peut tou­jours craindre quelque impu­deur à évo­quer publi­que­ment la mort d’un proche, incon­nu aux yeux des autres. Enten­dons plu­tôt ici : « il a vécu », lais­sant son empreinte dans le che­mi­ne­ment de l”« humaine condi­tion ».

Cet été, Faber a découvert l’art moderne

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© faber 2017

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La rentrée littéraire, par Faber

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© faber 2017

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Jerry Lewis, génial garçon de courses

Sans blague, il est mort le bla­gueur exci­té, excen­tré, extra­va­gant. Exit Jer­ry Lewis, à Las Vegas ce 20 août à l’âge de 91 ans, une belle durée qui lui aura per­mis d’apparaître dans des dizaines films. Du quan­ti­ta­tif qui, for­cé­ment, a inclus pas mal de nanars, selon la loi du biz­ness. Pas­sons et rete­nons le meilleur, comme le fait sur son blog mon ami Daniel Chaize pour mar­quer les 90 ans du comé­dien à la voix de canard :

« Tous les films de Jer­ry Lewis sont des films sociaux. La course exté­nuante autour du grand maga­sin pour pro­me­ner les chiens dans Un chef de rayon explo­sif (1963) est à la hau­teur de On achève bien les che­vaux de Syd­ney Pol­lack (1969). Et la salle des dac­ty­los écra­sées d’un bruit abru­tis­sant autant que leur ali­gne­ment en ran­gées pour un tra­vail « tay­lo­ri­sé », dans Le Zin­zin d’Hollywood, fait pen­ser aux Temps modernes de Cha­plin. » [Lire son article ici].

De mon côté, je ne me lasse pas d’un extrait de film qui, selon moi, relève du génie d’acteur. Ça s’appelle « The Chair­man of the Board » [extrait de The Errand Boy, de 1961]. On y voit un gar­çon d’étage d’une grosse boîte qui se prend pour le pré­sident du conseil d’administration. Le tout sur « Blues in Hoss », une musique de Count Basie. Un hom­mage on ne peut plus élo­quent, ser­vi par lui-même. Du grand art.

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Attentat de Barcelone : Kamel Daoud s’insurge contre le laxisme européen

Écri­vain et jour­na­liste algé­rien, Kamel Daoud s’est impo­sé, par­mi d’autres trop rares dans le monde musul­man, par son indé­pen­dance de juge­ment, la finesse de ses ana­lyses et de son écri­ture. Tan­dis que nos médias se lamentent sans fin sur les abo­mi­na­tions de Daesh, Kamel Daoud pointe ses réflexions sur leurs causes plu­tôt que sur leurs seuls effets. On ne sau­rait certes dénier les dimen­sions dra­ma­tiques des atten­tats. Mais leur mise en spec­tacle média­tique, l’étalage des témoi­gnages mul­tiples, les décla­ra­tions outrées ou va-t’en guerre, les recueille­ments et les prières publics, tout cela ne sert-il pas la stra­té­gie publi­ci­taire de ter­reur visée par l’État isla­mique ? En dénon­çant l’Arabie saou­dite comme « un Daesh qui a réus­si », Kamel Daoud va pré­ci­sé­ment à contre­cou­rant du dolo­risme ambiant qui masque une géo­po­li­tique – celle de ce qu’on appelle l’Occident – schi­zo­phrène, absurde, meur­trière et sans fin. [GP]

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« L’Arabie saou­dite est un Daesh qui a réussi »

Par Kamel Daoud

Une pen­sée pour Bar­ce­lone. Mais après la com­pas­sion il est temps de s’interroger : Dans sa lutte contre le ter­ro­risme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en ser­rant la main de l’autre. Méca­nique du déni, et de son prix. On veut sau­ver la fameuse alliance stra­té­gique avec l’Ara­bie saou­dite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un cler­gé reli­gieux qui pro­duit, rend légi­time, répand, prêche et défend le wah­ha­bisme, isla­misme ultra-puri­tain dont se nour­rit Daesh.

Le wah­ha­bisme, radi­ca­lisme mes­sia­nique né au XVIIIe siècle, a l’idée de res­tau­rer un cali­fat fan­tas­mé autour d’un désert, un livre sacré et deux lieux saints, la Mecque et Médine. C’est un puri­ta­nisme né dans le mas­sacre et le sang, qui se tra­duit aujourd’hui par un lien sur­réa­liste à la femme, une inter­dic­tion pour les non-musul­mans d’entrer dans le ter­ri­toire sacré, une loi reli­gieuse rigo­riste, et puis aus­si un rap­port mala­dif à l’image et à la repré­sen­ta­tion et donc l’art, ain­si que le corps, la nudi­té et la liber­té. L’Arabie saou­dite est un Daesh qui a réussi.

Le déni de l’Occident face à ce pays est frap­pant : on salue cette théo­cra­tie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le prin­ci­pal mécène idéo­lo­gique de la culture isla­miste. Les nou­velles géné­ra­tions extré­mistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées dji­ha­distes. Elles ont été bibe­ron­nées par la Fat­wa Val­ley, espèce de Vati­can isla­miste avec une vaste indus­trie pro­dui­sant théo­lo­giens, lois reli­gieuses, livres et poli­tiques édi­to­riales et média­tiques agressives.

Vifs remer­cie­ments à Omar Lou­zi, direc­teur du site Amazigh24, et à Kamel Daoud, qui ont volon­tiers auto­ri­sé la dif­fu­sion de cet article sur « C’est pour dire ».

Amazigh24.ma dont le siège est à Rabat se pré­sente comme un site d’information géné­ra­liste, concer­nant le monde ama­zigh (rela­tif au peuple ber­bère et à sa langue) : Maroc, Algé­rie, Tuni­sie, Egypte, Libye, Niger, Mali, Iles Cana­ries, Mau­ri­ta­nie, … et la dia­spo­ra ama­zigh en Amé­rique du Nord et en Europe… Un site par­ti­ci­pa­tif, indé­pen­dant, qui donne la parole à tous les Ama­zighs dans le monde… quels que soient leurs domaines d’activité : affaires, poli­tique, culture. Le site se veut pro­gres­siste, huma­niste, ouvert et tolérant.

On pour­rait contre­car­rer : Mais l’Arabie saou­dite n’est-elle pas elle-même une cible poten­tielle de Daesh ? Si, mais insis­ter sur ce point serait négli­ger le poids des liens entre la famille régnante et le cler­gé reli­gieux qui assure sa sta­bi­li­té — et aus­si, de plus en plus, sa pré­ca­ri­té. Le piège est total pour cette famille royale fra­gi­li­sée par des règles de suc­ces­sion accen­tuant le renou­vel­le­ment et qui se rac­croche donc à une alliance ances­trale entre roi et prê­cheur. Le cler­gé saou­dien pro­duit l’islamisme qui menace le pays mais qui assure aus­si la légi­ti­mi­té du régime.

 

Il faut vivre dans le monde musul­man pour com­prendre l’immense pou­voir de trans­for­ma­tion des chaines TV reli­gieuses sur la socié­té par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture isla­miste est aujourd’hui géné­ra­li­sée dans beau­coup de pays — Algé­rie, Maroc, Tuni­sie, Libye, Egypte, Mali, Mau­ri­ta­nie. On y retrouve des mil­liers de jour­naux et des chaines de télé­vi­sion isla­mistes (comme Echou­rouk et Iqra), ain­si que des cler­gés qui imposent leur vision unique du monde, de la tra­di­tion et des vête­ments à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une socié­té qu’ils consi­dèrent comme contaminée.

Il faut lire cer­tains jour­naux isla­mistes et leurs réac­tions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies » ; les atten­tats sont la consé­quence d’attaques contre l’Islam ; les musul­mans et les arabes sont deve­nus les enne­mis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la ques­tion pales­ti­nienne, le viol de l’Irak et le sou­ve­nir du trau­ma colo­nial pour embal­ler les masses avec un dis­cours mes­sia­nique. Alors que ce dis­cours impose son signi­fiant aux espaces sociaux, en haut, les pou­voirs poli­tiques pré­sentent leurs condo­léances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situa­tion de schi­zo­phré­nie totale, paral­lèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite.

Ceci laisse scep­tique sur les décla­ra­tions toni­truantes des démo­cra­ties occi­den­tales quant à la néces­si­té de lut­ter contre le ter­ro­risme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plu­tôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, com­ment empê­cher les géné­ra­tions futures de bas­cu­ler dans le dji­ha­disme alors qu’on n’a pas épui­sé l’effet de la Fat­wa Val­ley, de ses cler­gés, de sa culture et de son immense indus­trie éditoriale ?

Gué­rir le mal serait donc simple ? A peine. Le Daesh blanc de l’Arabie Saou­dite reste un allié de l’Occident dans le jeu des échi­quiers au Moyen-Orient. On le pré­fère à l’Iran, ce Daesh gris. Ceci est un piège, et il abou­tit par le déni à un équi­libre illu­soire : On dénonce le dji­ha­disme comme le mal du siècle mais on ne s’attarde pas sur ce qui l’a créé et le sou­tient. Cela per­met de sau­ver la face, mais pas les vies.

Daesh a une mère : l’invasion de l’Irak. Mais il a aus­si un père : l’Arabie saou­dite et son indus­trie idéo­lo­gique. Si l’intervention occi­den­tale a don­né des rai­sons aux déses­pé­rés dans le monde arabe, le royaume saou­dien leur a don­né croyances et convic­tions. Si on ne com­prend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tue­ra des dji­ha­distes mais ils renaî­tront dans de pro­chaines géné­ra­tions, et nour­ris des mêmes livres.

Kamel Daoud

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Maître Eolas. La République à 35 euros (l’Anarchie n’est pas en prime…)

Infor­mé par un ami 1 d’un billet de blog au titre allé­chant : « La Répu­blique vaut-elle plus que 35 euros ? », je tombe sur le fameux blog de « Maître Éolas », Jour­nal d’un avo­cat - Ins­tan­ta­nés de la jus­tice et du droit.

La Répu­blique. Ange-Louis Janet (1815-1872) © Musée Carnavalet

LEolas en ques­tion semble être désor­mais le plus connu des avo­cats ano­nymes… Ne vou­lant pas mêler liber­té de juge­ment et affaires pro­fes­sion­nelles, il s’abrite der­rière ce pseu­do­nyme, lequel nous dit Wiki­pé­dia, vient du mot gaé­lique irlan­dais eolas qui signi­fie « connais­sance, infor­ma­tion. » Que voi­là une bonne réfé­rence ! Aus­si n’est-il pas éton­nant que cet homme de droit s’en prenne si sou­vent à la presse, grande péche­resse dans son propre domaine. D’où cet exergue, qui rejoint mon cre­do : « Qui aime bien châ­tie bien. Et la presse, je l’aime très fort. » Pour le coup, Eolas s’en prend à un édi­to de L’Opinion. 2

Voi­ci les faits, remon­tant à 2016, tels que repris de la plume (alerte et à l’occasion cin­glante) d’Eolas :

« Sébas­tien X. est l’heureux pro­prié­taire d’un lot dans le Lot, sur lequel se trouve une mai­son d’habitation et un garage. On y accède par un por­tail don­nant sur la voie publique, par lequel une auto­mo­bile peut pas­ser afin de rejoindre le garage. Le trot­toir devant cet accès est abais­sé, for­mant ce que l’on appelle une entrée car­ros­sable et plus cou­ram­ment un bateau.

« Un jour, mû par la flemme ou peut-être parce qu’il ne comp­tait pas res­ter long­temps chez lui, peu importe, Sébas­tien X. a garé sa voi­ture devant l’accès à sa pro­prié­té, au niveau du bateau. “Que diable, a-t-il dû se dire, je ne gêne pas puisque seul moi ai voca­tion à uti­li­ser cet accès. Or en me garant ain­si, je mani­feste de façon uni­voque que je n’ai nulle inten­tion d’user de ce dit pas­sage”. Oui, Sébas­tien X. s’exprime dans un lan­gage sou­te­nu, ai-je décidé.

« Fata­li­tas. Un agent de police pas­sant par là voit la chose, et la voit d’un mau­vais œil ; sans désem­pa­rer, il dresse pro­cès-ver­bal d’une contra­ven­tion de 4e classe pré­vue par l’article R.417-10 du code de la route : sta­tion­ne­ment gênant la cir­cu­la­tion. Sébas­tien X., fort mar­ri, décide de contes­ter l’amende qui le frappe, fort injus­te­ment selon lui. »

Il s’ensuit que le Sébas­tien X. dépose une requête, à laquelle le juge de proxi­mi­té de Cahors fait droit et le relaxe, au motif “qu’il n’est pas contes­té que l’entrée car­ros­sable devant laquelle était sta­tion­né le véhi­cule de M. X. est celle de l’immeuble lui appar­te­nant qui consti­tue son domi­cile et des­sert son garage, et que le sta­tion­ne­ment de ce véhi­cule, sur le bord droit de la chaus­sée, ne gêne pas le pas­sage des pié­tons, le trot­toir étant lais­sé libre, mais, le cas échéant, seule­ment celui des véhi­cules entrant ou sor­tant de l’immeuble rive­rain par son entrée car­ros­sable, c’est à dire uni­que­ment les véhi­cules auto­ri­sés à emprun­ter ce pas­sage par le pré­ve­nu ou lui appartenant”.

Mais voi­là-t-il pas que le repré­sen­tant du minis­tère public, « fin juriste » selon Eolas, dépose un pour­voi en cas­sa­tion. Et la cour, en effet, a cas­sé. Ledit juge­ment s’est trou­vé annulé.

Alors, se demande gou­lu­ment l’avocat : « Pour­quoi la cour de cas­sa­tion a-t-elle mis à l’amende ce juge­ment ? Pour deux séries de motif dont cha­cun à lui seul jus­ti­fiait la cassation. »

À par­tir de là, puisque je ne vais pas reco­pier la longue autant qu’argumentée et pas­sion­nante plai­doi­rie de l’avocat, je vous invite à la lire direc­te­ment ici.

Pour ma part, non juriste, je m’en tien­drai à quelques réflexions sur ce qu’on appelle « l’État de droit » et qui pose des ques­tions essen­tielles, non seule­ment sur la Répu­blique et la démo­cra­tie mais plus géné­ra­le­ment sur l’état de la socié­té, donc sur les com­por­te­ments indi­vi­dua­listes ou communautaristes.

L’usage de l’automobile et, en géné­ral, de tous les engins à moteur, dévoile le reflet hideux des com­por­te­ments humains – à l’humanité rela­tive, spé­cia­le­ment dans les villes, en dehors de toute urba­ni­té… C’est en quoi cet article de Maître Eolas revêt son impor­tance poli­tique, voire idéo­lo­gique et phi­lo­so­phique. Il pose en effet – depuis son titre, « La Répu­blique vaut-elle plus que 35 euros ? » –  la ques­tion du bien com­mun, cen­sé être codi­fié et confor­té par la Loi. Cette Loi (avec majus­cule) si sou­vent bafouée, par des hors-la-loi dont notre socié­té a bien du mal à endi­guer les flots : manque de pri­sons, qui débordent, de juges, de poli­ciers. On manque plus encore, avant tout, d’esprit civique – ce que George Orwell, sous l’expression décence com­mune, défi­nis­sait comme « ce sens com­mun qui nous aver­tit qu’il y a des choses qui ne se font pas ».

Non, ça ne se fait pas, enfin ça ne devrait pas se faire de : 

– Se foutre du code de la route, spé­cia­le­ment des limi­ta­tions de vitesse et mettre ain­si des vies en dan­ger ; cau­ser un bou­can infer­nal avec son engin à moteur ; jeter les ordures n’importe où ; incen­dier pou­belles et voi­tures ; insul­ter qui­conque par des pro­pos agres­sifs et racistes 3 ; bar­rer des rues pour empê­cher l’accès de la police dans des « ter­ri­toires per­dus de la Répu­blique » 4 Liste non exhaustive !

Mais ça ne devrait se faire non plus que :

– Près de la moi­tié des richesses mon­diales soit entre les mains des 1 % les plus riches, tan­dis que 99 % de la popu­la­tion mon­diale se par­tagent l’autre moi­tié, tan­dis que 7 per­sonnes sur 10 vivent dans un pays où les inéga­li­tés se sont creu­sées ces 30 der­nières années. (Rap­port Oxfam, 2014).

– … Et que les riches conti­nuent à s’enrichir et les pauvres à s’appauvrir…

L’État de droit, certes, implique la pri­mau­té du droit sur le pou­voir poli­tique, de sorte que gou­ver­nants et gou­ver­nés, doivent obéir à la loi, tous étant ain­si égaux en droit. En droit. Pour le reste : on comp­te­ra sur les talents, la chance, et sur­tout la « bonne for­tune »… Rien à voir avec le degré de démo­cra­tie d’un régime ! Où serait alors le « monde com­mun » entre les nou­velles élites de l’industrie, du com­merce, de la banque, des arts, du sport et de la poli­tique ? – cette nou­velle aris­to­cra­tie, à l’hérédité finan­cière et aux reve­nus éhon­tés, injurieux.

État de droit, ou État de tra­vers ? Par delà le désordre éco­no­mique fac­teur de misère 5, c’est l’ordre sym­bo­lique du monde – celui de la jus­tice et du bien-être par le « pro­grès » tant van­té – qui se trouve gra­ve­ment atteint et accen­tue le res­sen­ti­ment géné­ral et la mal­veillance des lais­sés pour compte. Tan­dis que les déma­gogues de tous poils se ren­gorgent sous de grandes envo­lées éga­li­ta­ristes, accu­sant l’État et ses « élites », dénon­çant les démons, les com­plots, le « sys­tème ». Ce qui revient à désen­ga­ger le citoyen de sa propre res­pon­sa­bi­li­té – ce qui, il est vrai, pos­tule sa liberté.

À ce stade, on ne peut igno­rer l’autre res­pon­sa­bi­li­té, celle des gou­ver­ne­ments, dont elle ques­tionne leur forme et leur légi­ti­mi­té. Cette notion de l’État de droit, si elle fonde la Répu­blique en tant que démo­cra­tie théo­rique, se voit confron­tée à l’État tout court. Cer­tains cou­rants anar­chistes y ont vu et conti­nuent à y voir le mal abso­lu. D’autres, plus phi­lo­so­phiques que dog­ma­tiques, ont su poser les prin­cipes de fond. Ain­si Prou­dhon quand il écrit : « La liber­té est anar­chie, parce qu’elle n’admet pas le gou­ver­ne­ment de la volon­té, mais seule­ment l’autorité de la loi, c’est-à-dire de la néces­si­té », ou encore « L’anarchie c’est l’ordre sans le pou­voir ». Ou Éli­sée Reclus : « L’anarchie est la plus haute expres­sion de l’ordre. »

Au fond, on n’est pas loin de l’affaire du sta­tion­ne­ment illé­gal si fine­ment ana­ly­sé par Maitre Eolas. Par­tant d’une amende à 35 euros, dénon­cée par un jour­na­liste sur­feur et déma­gogue 6, on en arrive à embras­ser la com­plexi­té d’un tout his­to­rique et phi­lo­so­phique, dont les fon­da­tions datent de l’Antiquité grecque et romaine, tan­dis que l’édifice entier demeure sous écha­fau­dages, plus ou moins (in)stable, selon le rap­port incer­tain entre bâtis­seurs et démo­lis­seurs – ce qui consti­tue l’Histoire.

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Notes:

  1. Mer­ci Daniel !
  2. Média éco­no­mique d’inspiration libé­rale, pro-busi­ness, euro­péenne.
  3. Rou­lant à vélo dans les quar­tiers Nord de Mar­seille, je me suis fait trai­ter de « sale pédé » et mena­cer de cas­sage de gueule par un Noir hai­neux [c’est un fait] en bagnole, voci­fé­rant parce qu’empêché de me pas­ser des­sus dans une rue étroite !
  4. Je parle de ce que je connais : à Mar­seille, quar­tiers Nord encore, cité de la Cas­tel­lane pour être pré­cis : des guet­teurs au ser­vice de tra­fi­quants de drogue sont pos­tés en per­ma­nence et une rue (au moins) est obs­truée par des blocs de pierre et des cha­riots de super­mar­ché. Lire sur ces ques­tions La Fabrique du monstre, une enquête à Mar­seille de Phi­lippe Pujol, sur ce qu’il appelle « les mal­fa­çons de la Répu­blique fran­çaise » (Ed. Les Arênes)
  5. Voir L’économie, cette mytho­lo­gie dégui­sée en « science »
  6. Le titre de son article taclé par Eolas : « Sta­tion­ne­ment inter­dit » ou Kaf­ka au volant. La chute du papier est évi­dem­ment du même ton­neau libé­ra­liste : « Il y a, fina­le­ment, plu­tôt de quoi en pleu­rer de rage. Que disait Pom­pi­dou, déjà ? Ah oui : « Arrê­tez donc d’emmerder les Français ! »

    Et vive l’anarchie ! – au mau­vais sens du mot, évi­dem­ment.


15 et 16 septembre à Paris. L’éducation face au numérique

« Là, tout n’est qu’ordre et beauté… »

Numé­ri­sa­tion de l’éducation : pro­messes, illu­sions et enjeux. C’est sous ce titre que l’association Tech­no­lo­gos, d’inspiration ellu­lienne 1, consacre ses cin­quièmes Assises natio­nales à la numé­ri­sa­tion de l’éducation.

Rap­pel : Mai 2015, le Pré­sident de la Répu­blique déploie, à marche for­cée, le « Plan numé­rique pour l’éducation ». Des mil­liers d’écoles et des cen­taines de mil­liers de col­lé­giens vont être dotés de tablettes numé­riques, cofi­nan­cées par l’État et par les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales, pour le plus grand pro­fit de Micro­soft. Il ne s’agit pas moins d’un for­mi­dable ter­rain d’expérimentation de la numé­ri­sa­tion du monde. Le numé­rique est pro­mu par nos diri­geants comme solu­tion aux maux de l’Ecole, alors que la maî­trise insuf­fi­sante des savoir-faire fon­da­men­taux appa­raît comme la cause prin­ci­pale de la dégra­da­tion de l’insertion professionnelle.

Béa­ti­tude par l’écran. Docu­ment Microsoft…

Peu importent les alarmes des sciences cog­ni­tives sur les effets néfastes des écrans dans l’apprentissage, l’épuisement des psy­chismes sous l’effet de l’excitation per­ma­nente, l’appauvrissement des savoir-faire, l’affaissement des liens péda­go­giques, l’infantilisation des maîtres et des élèves, l’entrée en force de firmes pri­vées dans l’enseignement public, ou la réduc­tion des effec­tifs d’enseignants par le numé­rique à l’heure de l’austérité budgétaire…

En croi­sant le regard d’experts et de pra­ti­ciens, d’observateurs du numé­rique et d’enseignants, ces deux jours seront l’occasion de débattre des enjeux du numé­rique à l’école et dans l’éducation non sco­laire – de ses pro­messes et de ses réa­li­sa­tions, mais aus­si de ses dégâts et des moyens d’y résister.

15 et 16 sep­tembre à l’EHESS, 105 bou­le­vard Ras­pail - Paris VIe.   Entrée libre. Pro­gramme com­plet : http://technologos.fr/index.php?fic=text/assises_nationales_2017.txt

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Notes:

  1. Taper Ellul dans la case de recherche ci-des­sus pour en savoir plus. Wiki­pé­dia est bien aus­si…

Faber, trait international

Les habi­tués de C’est pour dire connaissent les talen­tueux des­sins de mon ami André Faber. Il était déjà connu aus­si des lec­teurs de Cour­rier inter­na­tio­nal mais cette fois le spé­cial été, sup­plé­ment au numé­ro de la semaine, est entiè­re­ment illus­tré par lui et son trait inimi­table. Belle et juste consé­cra­tion. Alleluia !

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L’économie, cette mythologie déguisée en « science »

Enfin, des pro­pos sur l’économie qui sou­lagent ! Non pas des paroles de mes­sie mais, au contraire, de quoi nous désen­gluer des dogmes assé­nés par les Len­glet, Atta­li, Ceux et autres prê­cheurs du libé­ra­lisme sal­va­teur. France Inter a eu la bonne idée d’inviter 1 à son micro un éco­no­miste « autre » : Éloi Laurent, ensei­gnant à l’IEP de Paris et à Stan­ford, aux Etats-Unis – grand bien soit fait à ses étu­diants ! –, auteur de Nou­velles mytho­lo­gies éco­no­miques 2 dans lequel, en effet, il pré­sente l’économie comme une mytho­lo­gie, lieu où se concentre le caté­chisme néo­li­bé­ral des­ti­né à faire oublier les fina­li­tés essen­tielles de l’activité humaine, à savoir le bien-être géné­ral et les équi­libres écologiques.

Je ne suis nul­le­ment éco­no­miste, ni par culture et moins encore par goût. C’est aus­si en quoi réside ma méfiance envers la « chose éco­no­mique » et sa pré­ten­tion à se pré­va­loir du sta­tut de « science ». Cette auto-qua­li­fi­ca­tion m’a tou­jours fait rigo­ler. Autant que pour ce qui est de la poli­tique, pareille­ment auto-éle­vée – selon le même effet récur­sif – à hau­teur de « science ». On parle ain­si de « sciences éco­no­miques » – au plu­riel de majes­té, s’il vous plaît –, et de « sciences poli­tiques ». Pour cette der­nière espèce, a même été créée une École libre des sciences poli­tiques (1872), par la suite sur­nom­mée « Sciences Po » deve­nue une marque en 1988, dépo­sée par la Fon­da­tion Natio­nale des sciences poli­tiques [sic]. Voi­là com­ment un cer­tain savoir, tout à fait empi­rique, amal­ga­mant des bribes de socio­lo­gie et de sta­tis­tiques, s’est his­sé par elle-même, à un rang pré­ten­du­ment scientifique.

Dans les deux cas, ce sont ces pseu­do-sciences 3 qui pré­tendent nous gou­ver­ner et, tant qu’on y est, diri­ger le monde entier. En fait, dans ce domaine de la gou­ver­nance mon­diale, c’est l’économie qui tient lar­ge­ment le haut du pavé. S’il n’existe pas de Poli­tique mon­diale, il y a bien une Banque mon­diale. Quand les « Grands » se réunissent, que ce soit à Davos (Suisse…) ou lors de leurs messes régu­lières tenues par le Groupe des vingt, le fameux « G20 » (ou même 21), il s’agit d’arranger les affaires des pays les plus riches, repré­sen­tant 85 % du com­merce mon­dial, les deux tiers de la popu­la­tion du globe et plus de 90 % du pro­duit mon­dial brut (somme des PIB de tous les pays du monde).

Concer­nant les Prix Nobel, on note­ra que celui de la Paix n’est nul­le­ment le pen­dant poli­tique du Nobel de l’Économie. L’histoire de ce der­nier est d’ailleurs très par­lante : À l’origine a été créé le Prix de la Banque de Suède en sciences éco­no­miques en mémoire d’Alfred Nobel, bien­tôt sur­nom­mé « prix Nobel d’économie », qui récom­pense chaque année, depuis 1969, une ou plu­sieurs per­sonnes pour leur « contri­bu­tion excep­tion­nelle dans le domaine des  sciences éco­no­miques ». À noter que c’est le seul prix géré par la Fon­da­tion Nobel non issu du tes­ta­ment d’Alfred Nobel. L’idée de ce nou­veau « prix Nobel » vient de Per Åsbrink, gou­ver­neur de la Banque de Suède, l’une des plus anciennes banques cen­trales du monde. Sou­te­nu par les milieux d’affaires, Åsbrink s’oppose au gou­ver­ne­ment social-démo­crate  – qui enten­dait uti­li­ser les fonds pour favo­ri­ser l’emploi et le loge­ment –, et pré­co­nise de s’orienter vers la lutte contre l’inflation. Le but caché était de sus­ci­ter un inté­rêt média­tique et ain­si d’accroitre l’influence de ces milieux d’affaires au détri­ment des idées sociales-démo­crates. 4

Les dif­fé­rences appa­rentes entre poli­tique et éco­no­mie dis­si­mulent une égale pré­ten­tion « holis­tique ». Cepen­dant, si la poli­tique pré­tend gou­ver­ner (de gou­ver­nail), c’est bien l’économie qui tient les rênes, c’est-à-dire les cor­dons de la Bourse. D’où un sem­blant de ten­sion entre les deux domaines, une forme de concur­rence pou­vant faire illu­sion, spé­cia­le­ment en démo­cra­tie libérale.

Et plus spé­cia­le­ment encore en libé­ra­lisme « avan­cé » qui place à la barre un habile agent de la grande finance – sui­vez mon regard.

Éloi Laurent frappe juste en rap­pe­lant les fina­li­tés de l’activité humaine : bien-être pour l’homme, récon­ci­lié avec la nature. En quoi il s’accorde à l’étymologie com­mune aux deux mots, éco­no­mie et éco­lo­gie : du grec oikos « mai­son, habi­tat », et de nomos, l’usage ou la loi, et logos, science, dis­cours.

Le reste, c’est de la poli­tique, jeu de com­bi­nai­sons au pro­fit d’une minorité.

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Notes:

  1. Le « 7-9 » du 7/7/17. Il a aus­si été maintes fois invi­té par France Culture.
  2. Ed.Les Liens qui Libèrent
  3. On dis­tingue les sciences « dures », ou exactes, (mathé­ma­tiques, phy­sique, chi­mie, bio­lo­gie, géo­lo­gie, etc.) des sciences humaines ou « douces » (socio­lo­gie, psy­cho­lo­gie, phi­lo­so­phie, etc.)
  4. Source Wiki­pé­dia

Trump / Kim Jong-un. Affreux, bêtes, méchants et surtout dangereux

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Trump - Kim Jong-un © faber 2017

Quand deux débiles et néan­moins chefs d’État prennent le monde pour une cour d’école ; quand dans leur bac à sable ils ont appor­té des jou­joux du genre mis­siles balis­tiques à tête nucléaire et autres râteaux et pelles démo­niaques… les humains un peu conscients ont de sérieuses rai­sons de s’inquiéter. Mais l’inquiétude demeure bien vaine, tout juste bonne à nous angois­ser face à l’impuissance rési­gnée. L’Histoire se nour­rit de ces « malades qui nous gou­vernent » – que nous les ayons élus, qu’ils aient usur­pé notre naï­ve­té, tra­hi nos « espé­rances », abu­sé de notre cré­du­li­té. Bref, que nous ayons, par un biais ou un autre, renon­cé à affir­mer nos dési­rs d’humains libres et vivants. Ce « Nous » de la majes­té du Peuple pas encore adulte, pas davan­tage debout. Il lui fau­dra encore bien du talent, bien du désir, bien de la gran­deur. Jusqu’à quand ?

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  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

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  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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