On n'est pas des moutons

Johnny H. – Spectacle et Démesure

Ain­si la France, le Monde même, ont per­du deux idol­es en deux jours: un grand écrivain et un grand chanteur. Il s’est passé quelque chose, certes. quelque chose de trou­blant, dif­fi­cile à expli­quer sim­ple­ment, c’est-à-dire à dépli­er. quelque chose de com­pliqué donc. Un mot me vient, qui remonte aux philosophes de la Grèce antique, hubris. Un mot à l’image de notre monde chao­tique. Il veut dire « arro­gance, démesure ».

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Hom­mage pop­u­laire”… Tout est en place, dans une mise en scène hiérar­chisée, dans le spec­ta­cle de la sépa­ra­tion.

Les deux pom­pes funèbres et sur­mé­di­a­tiques qui se sont presque simul­tané­ment déver­sées sur « nous », empor­taient en effet dans une même démesure toute l’arrogance d’un monde désor­mais emporté par le spec­ta­cle de lui-même, cette sorte d’auto-spectacle, de gigan­tesque self­ie général­isé. Self­ie qu’en ter­mes locaux on appellerait « por­trait de soi » – et en l’occurence, « de l’entre-soi ».

Notes sur les pom­pes funèbres de Jean d’Ormesson. C’est éton­nant comme les vieux chenus, yeux bleus si pos­si­ble, cra­vate choisie, spir­ituelle, sens de la con­ver­sa­tion alliant esprit et légèreté… c’est éton­nant comme un tel pro­fil bon­homme peut, entre Académie et Invalides, con­verg­er aus­si vers une sorte de Pan­théon. Tous les vieux, ou presque, finis­sent par se racheter leur passé, même peu reluisant. Le « Jean d’O » de la cinquan­taine et du Figaro, approu­vait la guerre états-uni­enne au Viêt Nam – Jean Fer­rat lui dédia alors une chan­son cinglante, qu’il fera inter­dire. Plus tard, en 1994, aven­turé au Rwan­da sous géno­cide, ain­si que le rap­pelle Daniel Mer­met qui le qual­i­fie de rou­blard 1, il exerce son tal­ent lyrique :

« Partout, dans les villes, dans les vil­lages, dans les collines, dans la forêt et dans les val­lées, le long des rives ravis­santes du lac Kivu, le sang a coulé à flots – et coule sans doute encore. Ce sont des mas­sacres grandios­es dans des paysages sub­limes. »

D’où, encore, la ques­tion du spec­ta­cle – lit­téraire à l’occasion, celui qui fait se pâmer Bus­nel et Ors­en­na dans une même extase. « Bien écrire » ou « écrire bien » ?

Une par­tie de la France – et non pas « la France » ; une par­tie du peu­ple – et non pas « le peu­ple », se sont livrés à ce rite étrange et désor­mais banal d’une immense auto­con­tem­pla­tion. De même que les­dits self­ies n’ont été ren­dus pos­si­bles qu’avec l’apparition des télé­phones dits « intel­li­gents », les célébra­tions funèbres de ces derniers jours ne l’ont été que par le déploiement démesuré de la machine médi­a­tique – à l’« intel­li­gence » rel­a­tive et pour­tant red­outable.

Et puisque nous étions tombés dans une forme poussée de spec­ta­cle 2, une référence pou­vait sem­bler s’imposer : le livre de Guy Debord, La Société du spec­ta­cle. L’ouvrage con­tin­ue à faire l’objet de con­tre­sens, étant sou­vent ramené à une approche super­fi­cielle – médi­a­tique – dans laque­lle le spec­ta­cle est pris en son sens de représen­ta­tion ordi­naire. C’est ain­si que les funérailles en ques­tion ont pu être vues, perçues, aperçues comme « spec­tac­u­laires » – qual­i­fi­catif revenu maintes fois lors des retrans­mis­sions télévisées. 3

Bref. Je me rep­longe donc dans « mon » Debord (1967) et ses thès­es numérotées (comme la Bible ;-)). Je tombe sur la 29, que voici :

« L’origine du spec­ta­cle est la perte d’unité du monde, et l’expansion gigan­tesque du spec­ta­cle mod­erne exprime la total­ité de cette perte : l’abstraction de tout tra­vail par­ti­c­uli­er et l’abstraction générale de la pro­duc­tion d’ensemble se traduisent par­faite­ment dans le spec­ta­cle, dont le mode d’être con­cret est juste­ment l’abstraction. Dans le spec­ta­cle, une par­tie du monde se représente devant le monde, et lui est supérieure. Le spec­ta­cle n’est que le lan­gage com­mun de cette sépa­ra­tion. Ce qui relie les spec­ta­teurs n’est qu’un rap­port irréversible au cen­tre même qui main­tient leur isole­ment. Le spec­ta­cle réu­nit le séparé, mais il le réu­nit en tant que séparé. » 4

Que voy­ait-on défil­er sur nos écrans ? 5 On y voit une mise en scène ordon­nancée, selon une hiérar­chie stricte délim­i­tant les ter­ri­toires du pou­voir, par déf­i­ni­tion poli­tique. C’est là que réside la sépa­ra­tion, et notam­ment dans la « séquence » de la Madeleine 6 , lieu et moment de cette dis­jonc­tion entre le Peu­ple et, dis­ons, les élites ; entre le poulailler et le parterre. C’est là que défi­lent, pour les caméras et donc le peu­ple d’en-bas, les hap­py-few et VIP à lunettes noires de cir­con­stance, tout l’entre-soi du monde médi­ati­co-spec­tac­u­laire 7, tan­dis que le peu­ple éploré donne à voir ses tatoués en larmes, descen­dus, qui du Gol­go­tha, qui de l’Olympia toute proche ou des Champs-Elysées ? 8 ; qui de la Harley-fils-de-David [encore une sépa­ra­tion dans la sépa­ra­tion : l’élite de la Moto et de son culte com­mu­nau­taire], tous éprou­vés par tant de peine insur­montable, par le Chemin de croix d’une nuit de froidure.

Le Peu­ple en deuil ? Non, bien sûr. Pas seule­ment par abus courant de général­i­sa­tion : Alain Finkielkraut, l’un des pre­miers, a noté l’absence de ceux qu’il appelle les « non-souch­iens » 9– enten­dons les non-Français de souche, ceux « des quartiers », d’une autre reli­gion, d’une autre cul­ture, d’un autre milieu, d’une autre his­toire. Com­ment ne pas le remar­quer ? Com­ment ne pas le dire ? Ce fut non-dit. John­ny et son osten­si­ble croix chris­tique en sautoir ne pou­vait que repouss­er les mahomé­tans et autres sar­rasins… Le rock n’est pas leur cre­do… Tout comme les Noirs états-uniens s’en sont remis au rap iden­ti­taire. Elvis, le faux dur du Ten­nessee – dont John­ny « avait quelque chose de » –, leur avait piqué le blues, au moins en par­tie, au prof­it du show­biz. Nous y revoilà, au Spec­ta­cle ! On n’y échappe plus. Tout est spec­ta­cle – « tout le monde il est spec­ta­cle », aurait pu dire Desprog­es.

L’affaire n’est pour­tant pas récente. Sans remon­ter au Déluge, Pla­ton lui même n’avait-il pas ques­tion­né ce monde de la sépa­ra­tion réel/virtuel ? Plus tard, fin du IIe siè­cle, un cer­tain Ter­tul­lien, écrivain berbère de langue latine et émi­nent théolo­gien chré­tien, avait inter­rogé « la » ques­tion dans De Spec­ta­c­ulis et De Idol­o­la­tria, deux de ses nom­breux écrits 10. Extraits :

« Que les con­vives de Satan s’engraissent de ces ali­ments. Le lieu, le temps, le patron qui les con­vie, tout est à eux. Pour nous, l’heure de nos ban­quets et de nos noces n’est pas encore venue. Nous ne pou­vons nous asseoir à la table des Gen­tils, parce que les Gen­tils ne peu­vent s’asseoir à la nôtre. Chaque chose arrive à son tour. Ils sont main­tenant dans la joie ; nous, nous sommes dans les tour­ments. »

Reste tout de même la ques­tion : Trou­vera-t-on encore en France, un seul autre grand per­son­nage – un poète, un savant, un bien­fai­teur, un sim­ple héros du quo­ti­di­en… homme ou femme – pour mérit­er d’aussi grandios­es céré­monies ?

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Notes:

  1. Daniel Mer­met : « C’est un homme char­mant, et je dois dire que j’apprécie le soin qu’il apporte au choix de ses cra­vates… » Lire ici
  2. Car il y a des formes de spec­ta­cle qui élèvent : on en ressort gran­di.
  3. À la radio, où l’on avait même con­vo­qué… Jack Lang, ex-min­istre de la cul­ture spec­tac­u­laire, on lui deman­da : « Quelle séquence vous a par­ti­c­ulière­ment mar­qué ? »…
  4. Guy Debord, La Société du Spec­ta­cle, Gal­li­mard, Paris, 1992, 3e édi­tion. Pub­li­ca­tion orig­i­nale : Les Édi­tions BuchetChas­tel, Paris, 1967.
  5. Comme le fait remar­quer un com­men­ta­teur récent de « C’est pour dire », Bernard H., « Nous avons large­ment la lib­erté télévi­suelle de ne pas se planter devant des hom­mages inter­minables et c’est ce que j’ai fait sans prob­lème avec ma télé­com­mande. ». Certes, mais la chose « événe­ment » nous regarde…
  6. Tem­ple grec, à l’image du Parthénon, qui aurait dû mag­ni­fi­er le culte de Napoléon, s’il n’y avait eu la débâche de Russie… Rede­v­enue église, non sans vicis­si­tudes séculières, cette Madeleine a rassem­blé les pros­ti­tuées sen­si­bles à sa pro­tec­tion. Notons pour le fun que c’est dans ce quarti­er, en 1974, que Mgr Jean Daniélou, car­di­nal et académi­cien, meurt d’un infarc­tus [« dans l’épectase » selon sa hiérar­chie] chez une Marie-Madeleine de la rue Dulong.
  7. Filmé sans ver­gogne, au télé­phone intel­li­gent, par Claude Lelouch, as du ciné-spec­ta­cle
  8. Je ne sais tou­jours pas pourquoi le cortège funèbre est par­ti du Mont-Valérien, ce haut-lieu du Mémo­r­i­al de la France com­bat­tante…
  9. Finkielkraut détourne pour la dénon­cer l’expression de « souch­iens » par laque­lle le groupe des Indigènes de République dénonce les Français « de souche » comme colo­nial­istes de fait, autant dire pires que des chiens…
  10. Du Spec­ta­cle et De l’Idolâtrie. On les trou­ve sur inter­net, notam­ment De Spec­ta­c­ulis.

« Héros national ». Johnny au Panthéon !

« Un héros nation­al », a déclaré le prési­dent. On n’en a pas tant que ça des héros, et nationaux en plus ! Eh ben, allons-y pour des obsèques nationales, non ? Et même le Pan­théon, aux côtés de Jean-Moulin, par exem­ple. « Entre ici, John­ny !… » Mal­raux au sec­ours ! Ou bien entre Hugo et Zola. La classe !

Je trou­ve qu’il chipote, Macron : pas d’obsèques nationales, mais un « hom­mage pop­u­laire » a-t-il tranché. On croit s’en tir­er avec des mots pour ne froiss­er ni Pierre ni Paul, ni les idol­âtres, ni les m’en-fous ou seule­ment les ça-m’est-égal. La poli­tique tou­jours, cet art du trébuchet – surtout ne pas trébuch­er.

Johnny pantheon

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Bien sûr, on ne peut nég­liger l’événement, et surtout pas l’ignorer. Du petit matin à la nuit entamée, et l’écho n’est pas retombé, les ondes n’ont vibré que de la même célébra­tion, des mêmes lamen­tos, du même pathos, cha­cun y allant de ses sou­venirs, de sa nos­tal­gie, de sa larme. Radios, télés, jour­naux n’ont cessé de jouer les pleureuses, selon la tra­di­tion d’un peu­ple 1, en effet, retourné (ou demeuré) à l’état d’idol­âtrie 2. En quoi il y a lieu de con­vo­quer soci­o­logues et anthro­po­logues, car il s’agit d’un « fait de société », de ceux qui inter­ro­gent sur la nature humaine, les croy­ances, les com­porte­ments, les rites. Et même les mythes, à la façon dont Roland Barthes avait ques­tion­né les signes con­sti­tu­tifs de nos sociétés et de leurs mytholo­gies.

Ain­si ce témoignage recueil­li par Le Monde 3 : « Michèle Big­ot, bien­tôt 70 ans, a les yeux rougis […]Insom­ni­aque, la retraitée de France Télé­com a appris la dis­pari­tion de « son » John­ny cette nuit, « à 2 h 34 »[…]Encore sous le choc, ni une ni deux, elle est par­tie à 4 heures du matin de son domi­cile de Houilles (Yve­lines), a pris trains, RER puis tra­ver­sé à pied, de nuit, le domaine de Saint-Cloud pour venir se recueil­lir devant le domaine La Savan­nah où résidait son idole, à Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine). « L’essentiel c’est que John­ny sache que je suis là, souf­fle-t-elle. Sa mort est pour moi aus­si impor­tante que celle de De Gaulle et de Mit­ter­rand, que j’aimais pour­tant beau­coup. J’espère qu’il sera enter­ré au Pan­théon, il le mérite, c’est une tour Eif­fel. »

Johnny pantheon

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Ils l’auront, John­ny et Michèle Big­ot, leur tour Eif­fel illu­minée ! Car la mairesse Hidal­go ne saurait faire moins. Qui oserait « faire moins » devant une tragédie pareille ? 4

Un peu­ple (cf note n°1 ci-dessous) tombe dans une régres­sion ances­trale, dans un infan­til­isme atter­rant, tan­dis que le monde court à sa ruine : cli­mat, sur­pop­u­la­tion, sur­con­som­ma­tion, sur-pau­vreté, sur-injus­tice, surarme­ment – j’en passe. Tan­dis qu’un dément 5 met le feu au Moyen-Ori­ent et, par delà, à la planète, comme si son réchauf­fe­ment ne suff­i­sait pas. À côté de quoi, quitte à con­sid­ér­er les incen­di­aires, on se con­sol­era avec « notre John­ny nation­al­isé », un dieu qui ne met­tait le feu qu’à ses salles de fanas sur­chauf­fés.

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Notes:

  1. Général­i­sa­tion abu­sive, for­cé­ment. L’équation adéquate étant y=M-x. Soit y l’inconnue, M la masse pop­u­laire, x le nom­bre de résis­tants, autre incon­nue…
  2. L’ “idole des jeunes” a fini par vieil­lir, avec ses idol­âtres
  3. Son fon­da­teur Hubert Beuve-Méry doit s’en retourn­er dans sa tombe, ou depuis Sir­ius : un tel non-événe­ment à la une du « jour­nal de référence » !
  4. Fab­rice Luchi­ni n’est pas en reste dans l’homélie ampoulée : à pro­pos de son pote, qu’il qual­i­fie de “méta­physi­cien”, il ne craint pas d’évoquer Rim­baud, et même Socrate !… (France Inter)
  5. Ce qual­i­fi­catif est sans doute juste mais n’explique rien, en par­ti­c­uli­er s’agissant des intérêts de classe que Trump fait cul­min­er, notam­ment avec sa réforme fis­cale, au risque de ter­ri­bles affron­te­ments aux Etats-Unis.

PIFOP-MERDIAMÉTRIE. Suivez nos résultats et prévisions

L’Équipe et nos ser­vices PIFOP-MERDIAMÉTRIE com­mu­niquent :

Match médias : 

Jean-d’Ormesson Unit­ed 1John­ny-Hal­ly­day Olympique 7

Pronos­tic :

Michel-Ser­res Arse­nal 0Eddy-Mitchel St-Ger­main 4

 

NB : Résul­tats et prévi­sions sus­cep­ti­bles d’évolutions. 

• Ingénieur prévi­sion­niste : Gian Lau­rens

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Gloire au “Bug”. Chère Cliente, Cher Client, Chers Enfoirés !

« On n’arrête pas le pro­grès, il s’arrête tout seul ». Ces mots cinglants d’Alexandre Vialat­te, alors qu’il se trou­vait pris dans un embouteil­lage, je ne manque pas de les ressor­tir à chaque fois que les occa­sions se présen­tent. Au risque de les voir s’user trop vite, tant les occa­sions se mul­ti­plient.

« Bug » est l’affreux mot de la moder­nité. Il désigne le dieu dia­bolique qui met des bâtons dans les roues des trains – entre autres –, les empêchent d’arriver à l’heure et, pire encore, de par­tir. Comme ça, aurait dit Coluche, les acci­dents arriveront moins vite. 1

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Pub parue en même temps que le bug de la gare Mont­par­nasse. Pub et bug simul­tanés. Ils avaient (presque) tout prévu, même les bus. C’est beau le Pro­grès.

Cer­tains nos­tal­giques vont ressor­tir leur « c’était mieux avant ». Ils auront rai­son, au moins con­cer­nant les trains. Et sur bien d’autres sujets de dén­i­gre­ment liés à ce mod­ernisme tragi­co-comique. On sait à quel point il nour­rit l’inspiration des humoristes. Fer­nand Ray­naud en fut l’un des précurseurs avec son « 22 à Asnières ». Il annonçait la course en avant vers l’absurde qui livrait l’humain à la machine, c’est-à-dire à la déshu­man­i­sa­tion des rap­ports qu’on n’ose plus appel­er soci­aux. On en déduit que la société va mal, et même qu’elle « ne fait plus société ».

« Panne infor­ma­tique », c’est le leit­mo­tiv le plus enten­du chaque fois qu’on se casse le nez sur la porte fer­mée d’un ser­vice pub­lic (ce qu’il en reste), devant un dis­trib­u­teur de tim­bres, de bil­lets de banque, de cartes gris­es (il paraît que ça coince là aus­si). Le bureau de poste urbain ressem­ble désor­mais à un mag­a­sin Dar­ty. Les usagers sont ain­si devenus des clients – l’affreux mot pour désign­er le cochon qui paie, est prié de la fer­mer et de paraître radieux. La Caisse d’épargne, par exem­ple, m’envoie du « Cher Client » pour annon­cer qu’« afin de mieux [me] servir », la Direc­tion a « le plaisir de mod­erniser ses ser­vices »… en fer­mant son agence du coin de ma rue. Tenez, je ne résiste pas à recopi­er leur bafouille. Atten­tion, chef d’œuvre !

« Chère Cliente, Cher Client,

« Les usages ban­caires de nos clients évolu­ent. Mieux vous servir, c’est nous adapter à votre mode de vie en vous offrant plus d’accès à votre banque. C’est aus­si vous accueil­lir dans les meilleures con­di­tions.

« Nos locaux situés à […] ne per­me­t­tent pas une mise aux normes, aus­si l’agence fer­mera ses portes le 4 novem­bre. Nous nous aurons le plaisir de vous accueil­lir dès le 7 novem­bre au sein de l’agence […]

« Une agence plus acces­si­ble, plus de ser­vices avec un espace Libre Ser­vice Ban­caire doté d’automates disponibles de 6h à 22h où vous pou­vez / etc. »

Chers enfoirés, leur ai-je répon­du en sub­stance, que savez-vous de mon « mode de vie » pour décréter ain­si la con­cep­tion de mon bon­heur de « Cher client » ? Que savez-vous de mon extrême « plaisir » à marcher au loin vers vos « auto­mates disponibles » ? Tout dans cette bafouille de tech­nocrate merdique respire, jusqu’au moin­dre mot, de la faus­seté générale cul­mi­nant dans la for­mule finale : « Soucieux de main­tenir une rela­tion per­son­nal­isée et durable… » Beurk !

Bon, j’arrête de m’énerver à pro­pos de sit­u­a­tions sur lesquelles je ne peux rien. Surtout que j’ai un train à pren­dre, enfin si j’arrive à acheter mon bil­let, ce que décideront ensem­ble mon ordi et ceux de la SNCF, dont celui qui ne tient qu’à un bug . Après tout, val­ons-nous mieux qu’un bug ? – voyez d’Ormesson…

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Notes:

  1. Mais ils arriveront quand même ! Tout ce qui peut arriv­er, finit par arriv­er ( loi de Mur­phy), même dans une cen­trale nucléaire !

Anémone et Le Monde, improbable rencontre

Par Daniel Schnei­der­mannArrêt sur Images]

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L’article du Monde

C’est un dur méti­er, jour­nal­iste. Il faut imag­in­er San­drine Blan­chard, du Monde.Elle a décroché le gros lot : une inter­view d’Anémone. 1 Joie de l’intervieweuse. C’est d’ailleurs sa phrase d’attaque : “Je me fai­sais une joie de ren­con­tr­er Ané­mone”. L’Anémone du “Père Noël est une ordure”. L’Anémone du “Grand chemin”. Gon­flée de joie, toute pleine de sou­venirs de rigo­lade, San­drine Blan­chard arrive au ren­dez-vous. Et démarre le film-cat­a­stro­phe. D’abord, le ren­dez-vous est fixé “dans un bar d’hôtel imper­son­nel, comme il y en a des cen­taines à Paris, coincé entre la rue de Riv­o­li et le Forum des Halles”. C’est vrai, quoi. Elle n’aurait pas pu, Ané­mone, don­ner ren­dez-vous au Ritz, comme tout le monde ? C’est comme cette “mai­son per­due dans le Poitou”, où la comé­di­enne s’est retirée. Le Poitou ! A-t-on idée ? Saint-Trop et Saint Barth, c’est pour les chiens ?

Et tout s’enchaîne. “Les cheveux gris, courts et clairsemés, des lunettes ron­des qui lui man­gent un vis­age émacié, Ané­mone est plongée dans le dernier livre de Nao­mi Klein, Dire non ne suf­fit plus (Actes Sud, 224 p., 20,80 euros). Elle paraît fatiguée”. C’est sûr, la lec­ture de Nao­mi Klein, ça doit fatiguer. Alors qu’il existe tant de livres rigo­los, qui don­nent la pêche ! “Elle nous annonce qu’elle n’a qu’une petite heure à nous con­sacr­er, après, elle se«casse». Mais le pho­tographe doit arriv­er dans une heure… Ça l’«emmerde», les pho­tos. Elle n’est pas maquil­lée et ne se maquillera pas”. Une seule petite heure ? Quelle mesquiner­ie. C’est pour­tant un tel plaisir, de pass­er une heure au maquil­lage chaque matin, de revis­iter Le père Noël pour la 1739e fois, de livr­er pour la nième fois les mêmes anec­dotes sur Lher­mitte et Jug­not, et de sourire niaise­ment pour le nième pho­tographe !

Bref, elle a tout faux, Ané­mone. Ni sym­pa, ni souri­ante, ni maquil­lée, ni pos­i­tive. Si au moins, comme une bonne alter qui se respecte, elle était décem­ment révoltée, si elle mil­i­tait pour les pan­das ou le tri sélec­tif, San­drine Blan­chard pour­rait lui par­don­ner. Mais même pas ! “Tatie Danielle de la fin du monde”, elle n’a même plus le bon goût de se révolter ou de militer : “C’est frap­pé au coin du bon sens : on ne peut pas rêver d’une crois­sance infinie de la pop­u­la­tion et de la con­som­ma­tion indi­vidu­elle sur une planète qui n’est pas en expan­sion. […] C’est trop tard, toutes les études con­ver­gent. Il y a cinquante ans, on aurait pu faire autrement. Main­tenant, démerdez-vous. Ça va finir avec de grands bûch­ers. On n’arrivera plus à enter­rer les gens telle­ment ils mour­ront vite.» A tra­vers la mise en scène par San­drine Blan­chard de ses décep­tions en chaîne, on lit en creux toutes les injonc­tions incon­scientes de la Machine aux comé­di­ens médi­ati­s­ables. En atten­dant, on assiste à la con­fronta­tion d’un être humain authen­tique et d’une petite sol­date, qui n’y est plus habituée. Extra­or­di­naire duo. Je serais patron de salle, je saurais ce qui me reste à faire.

Le “Neuf -Quinze”,  bil­let quo­ti­di­en de Daniel Schnei­der­mann, est un régal de finesse caus­tique. Le fon­da­teur d’Arrêt sur images y pour­suit, avec son équipe, une salu­taire réflex­ion cri­tique sur les médias. On peut, et doit, si pos­si­ble, s’abonner au bil­let (gra­tu­it) et au site (4 euros par mois).

Mer­ci d’avoir autorisé « C’est pour dire » à repren­dre cet arti­cle.

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Le laminoir du Jeannot

par André Faber

Il y a des jours ici où soudain ça caille, il fait moins deux, moins qua­tre, et le soleil perce dans le ciel blanc de Talange du same­di matin. Un bon jour pour mourir. Est-ce que le Jean­not s’est posé la ques­tion la veille ? Est-il temps de par­tir ? La veille, il neigeait, mais à peine. His­toire d’annoncer Noël. On sor­tait enfin de ce noir mois de novem­bre. Le matin du 1er décem­bre, le Jean­not s’est effon­dré dans les waters. Crise car­diaque foudroy­ante. Il avait qua­tre-vingt trois.

On voy­ait bien qu’il fondait depuis un an ou deux. Le vis­age creux. Sa veste dev­enue trop large. Il s’appuyait sur une canne. Quand il souri­ait il avait l’air triste. Il entrait dans le silence. Quand on lui posait une ques­tion, en guise de réponse, il sec­ouait ses épaules pointues. Mais les yeux par­laient. Les yeux en avaient vu des vertes et des pas mûres. Une enfance rude sec­ouée par la guerre. Des froides années de pri­va­tions. Il en était sor­ti pour entr­er à l’usine comme fraiseur, un méti­er qu’il aimait. Il était beau, le Jean­not, beau comme un acteur améri­cain. Au bal, il ren­con­tra la Ray­monde, belle comme un soleil. La mis­ère, les déchirures, leur beauté de pau­vres, tout cela les rap­prochait. Ils s’étaient décou­verts une âme d’enfants aban­don­nés. Orphe­lin de par­ents vivants, quelque chose de ce genre. Ils dan­sèrent la valse et le tchatch­atcha, si bien qu’ils se mar­ièrent et eurent trois enfants, très beaux eux aus­si. Ils s’installèrent dans la rue de l’usine, c’était encore ce qui était le plus sim­ple.

Les trois huit à l’atelier, les cama­rades, les par­ties de pêche, quelques sor­ties, quinze jours en famille dans les maisons de vacances du comité d’entreprise, voilà la vie du Jean­not. Ils avaient vu la mer. Un peu la mon­tagne. Sur le tard, quand les enfants dev­in­rent plus grands, la Ray­monde se leva plus tôt, elle aus­si. Elle fit des ménages dans ce qu’on appelle les grands bureaux, les bâti­ments de l’usine dédiés aux cols blancs. His­toire d’arrondir les fins de moins.

Et la vie a filé en ligne droite sans trop de creux ni de boss­es. Le Jean­not fêta ses cinquante ans. L’usine le pous­sa dehors. C’était la fin de la sidérurgie. On lui deman­da cepen­dant de for­mer quelques intéri­maires avant de par­tir. Pour son départ, le Jean­not fab­ri­qua une pièce (voir pho­to). Un mod­èle réduit de cage de laminoir. Et dans cage de laminoir, il y a le mot cage et le mot laminoir. En vrai, une sorte de machine à faire des spaghet­tis. Les spaghet­tis étant des bar­res d’acier en fusion qui passent d’une cage à l’autre pour finir en fil de plus en plus fin.

Le Jean­not posa la pièce sur le meu­ble de la cui­sine, rangea ses cannes à pêche et devint silen­cieux. Par habi­tude il con­tin­ua à se lever tôt. Pour acheter une baguette, pren­dre le jour­nal, ou sim­ple­ment arpen­ter les rues de Talange et pren­dre un jus au café Cen­tral ou chez Pier­rot. Aux réu­nions de famille, on prit l’habitude de ses silences et de son regard bril­lant. Il haus­sait les épaules, n’en pen­sait pas moins. À quoi pen­sait-il ?

Au petit matin du 1er décem­bre, il se leva pour s’effondrer. C’était fini. Au cours de la journée, entre les pleurs, le café, les pho­tos anci­ennes qui pas­saient de mains en mains, je cares­sais cette pièce en aci­er fab­riquée par le Jean­not. Prends-là si tu veux, me dit la Ray­monde. Des laminoirs, j’en ai vu assez en vrai, dit Lionel, son fils.

C’est pourquoi depuis ce pre­mier jour de décem­bre, le laminoir est en bonne place sur mon bureau. Et tan­dis que j’en tourne les petites can­nelures en bronze, je retrou­ve la main solide du Jean­not.

andré faber 3 décem­bre Verny

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« L’émission politique ». Comment peut-on être mélenchoniste ?

Ah ! ah ! mon­sieur est mélen­chon­iste ? C’est une chose bien extra­or­di­naire ! Com­ment peut-on être mélen­chon­iste ? » J’ai tout de suite pen­sé à Mon­tesquieu et ses Let­tres per­sanes. Je venais de voir, atter­ré, (en repasse, car jeu­di soir je me sen­tais mieux avec des amis que devant la télé) le pas­sage de « L’émission poli­tique » [France 2] dont l’invité était Jean-Luc Mélen­chon – le « tri­bun du peu­ple » comme il s’est auto­proclamé 1 Voyez ou revoyez ce pas­sage con­sacré au Vénézuela. Bien sûr, les plus inté­gristes, comme leur maître, vont me reprocher ce choix. Ce fut la défense par l’attaque de l’Insoumis. Mais voyons cet extrait d’une dizaine de min­utes :

Cette séquence étant mon­trée et vue, je repose ma ques­tion : « Com­ment peut-on être mélen­chon­iste ? » Dites-moi, mes amis mélen­chon­istes (car j’en ai encore), com­ment pour­riez-vous jus­ti­fi­er : l’agressivité, la mau­vaise foi, la fix­ité idéologique (pléonasme), la mal­hon­nêteté intel­lectuelle, la gou­ja­terie 2 ? Je ne veux pas m’étendre à analyser ce qui me sem­ble sauter aux yeux d’un spec­ta­teur nor­male­ment atten­tif et de bonne foi. J’exclus donc à l’avance les dévôts de la France insoumise, venus à l’émission faire la claque à leur idole tels des fans du show­biz. À l’image de l’auteur de ce tweet :

✔@thomas_guenole « J’apprends à l’instant que “l’historienne” face à @JLMelenchon sur le #Venezuela est en fait une ex-ban­quière macro­niste. A @France2tv: en résumé, vous devriez avoir honte. 23:48 — 30 nov. 2017 »

Réac­tion typ­ique de rejet de toute dis­cus­sion, du procès d’intention, des pra­tiques stal­in­i­ennes et leurs avatars cas­tristes et chav­istes. Mélen­chon a ain­si ten­té la diver­sion vers l’Arabie saou­dite. Il lui faut, en effet, mobilis­er bien des con­tre­feux pour jus­ti­fi­er ses affinités passées ou actuelles avec les Pou­tine, Ahmadine­jad et autres auto­crates chi­nois. Tous ces bien­fai­teurs de l’humanité. Tan­dis que l’Insoumis en chef désigne son enne­mi suprême, cause de tous les maux de la Terre, l’impéri­al­isme améri­cain. Comme Georges Mar­chais dans les années 80, en moins drôle – c’est dire.

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Notes:

  1. Voir Mélen­chon, l’homme qui ne plan­tait rien (ou qui plan­tait tout). Voir aus­si sur « C’est pour dire » en tapant « Mélen­chon » dans la case de recherche.
  2. Dou­blée de mépris lorsqu’il tourne osten­si­ble­ment le dos à son inter­locutrice – « je rangeais mes papiers » !

Pas con, Monsieur Lhomme !

faber

© faber, 2017

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Le saut arrière du robot Atlas : un grand pas en avant ?

Étrange monde que le nôtre ! Nous y red­ou­tons ce que nous vénérons. Comme l’a si bien prêché l’Aigle de Meaux, évêque de son état, un cer­tain Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les con­séquences dont ils chéris­sent les caus­es » 1  Je voulais donc en venir aux hommes – nous autres, pau­vres humains – depuis si longtemps frap­pés par la malé­dic­tion (divine ou dia­bolique ?) nous con­damnant à l’aliénation. c’est-à-dire à ce qui nous déshu­man­is­erait, à ces forces obscures ou bien très matérielle­ment cap­i­tal­is­tiques par lesquelles nous devien­dri­ons des ROBOTS ! Hor­reur en effet !

Le fait est que l’homo sapi­ens, quand il se mon­tre digne de sa lignée, résiste à sa néga­tion. Ce qui énerve une caté­gorie d’impatients, nos­tal­giques de l’erec­tus, moins pré­ten­tieux, donc plus docile. Voilà pourquoi ils se vouent désor­mais à une tâche bien plus promet­teuse : human­is­er les robots. Voyez ces vidéos épous­tou­flantes ! Ce robot humanoïde, dénom­mé Atlas 2, réus­sit un spec­tac­u­laire salto arrière. Il marche dans la neige, trébuche sur la glace mais se rétablit – bien­tôt il va se lancer dans le pati­nage artis­tique. Plus sûre­ment, il rem­plac­era à court terme le mag­a­sinier, le sol­dat anti-ter­ror­iste, le flic anti-man­i­fes­tant. Sa docil­ité n’a de lim­ite que celle de sa bat­terie. Quand on le feinte, il ne se démonte nulle­ment. On le fait chuter, il se relève tout seul, comme un grand, sans se fâch­er.

© 2017 Boston Dynam­ics

Pas plus que les jou­joux de la chan­son­nette 3 ces robots ne se révoltent. Ils sont d’ores et déjà à l’ouvrage, par­courant les entre­pôts, soudant les car­rosseries des autos – avant de les con­duire –, faisant sous peu atter­rir les piz­zas dans nos assi­ettes, son­dant nos cœurs et nos reins pour assur­er notre soumis­sion algo­rith­mique, via nos désirs médi­a­tiques et spec­tac­u­laires.

Peau­fi­nant une future et proche col­lab­o­ra­tion entre deux espèces enfin unifiées – au ran­cart, Le Meilleur des mon­des, 1984, Fahren­heit 451, Sa Majesté des mouch­es et tant d’autres dystopies 4– voici qu’accourt le tran­shu­man­isme qui nous promet (enfin !) une aug­men­ta­tion… Mais pas celle de nos moyens d’existence, de notre joie de vivre ! L’homme aug­men­té le sera surtout par ses capac­ités d’adaptation docile, c’est-à-dire de soumis­sion – il doit d’abord être con­nec­té, branché (c’est en bonne voie…). Quelle marge lui restera-t-il pour la révolte et la résis­tance ? Où seront les maquis de notre futur ? Où ne vien­dront pas nous débus­quer ces sacrés robots ? – “sacrés”, du moins si nous con­sen­tons à les sacralis­er… ce à quoi pousse notre époque pro­fane par leur mise en spec­ta­cle.

Je rejoins ici les pro­pos du philosophe des sci­ences Michel Ser­res, déclarant dans La Voix du Nord 5: « Il faut être human­iste avant de penser à être tran­shu­man­iste. Le tran­shu­man­isme est une erreur. C’est au con­traire l’homme dimin­ué qui fait l’homme. Nous pou­vons en effet nous dépro­gram­mer pour mieux nous adapter à l’imprévu. Après tout, la ques­tion de l’homme aug­men­té et des robots est vieille comme l’antique mytholo­gie. Sou­venons-nous de l’histoire de Vul­cain racon­tée par Homère. Sous l’Etna, le dieu des forg­erons tra­vail­lait dans une cham­bre mag­ma­tique à façon­ner des « stat­ues mobiles qui le ser­vaient ». Des robots, dirait-on aujourd’hui ! On en a eu longtemps peur, d’eux et des créa­tures façon­nées par l’homme, bien avant Franken­stein et bien avant que l’après sec­onde guerre mon­di­ale ne vienne offrir une vision plus pos­i­tive du robot, c’était le début de la sci­ence-fic­tion. »

Une vision plus pos­i­tive ? Vrai­ment ? Serait-il déjà trop tard ? 6

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Notes:

  1. Cita­tion attribuée à Bossuet, évêque de Meaux (avant Copé), prédi­ca­teur, 1627–1704. Notons en pas­sant que pour le même Bossuet, “le rire est la corde du dia­ble”…. Dieu ne doit donc pas se mar­rer tous les jours.
  2. Créa­tion de la société états-uni­enne Boston Dynam­ics. Dans la mytholo­gie grecque, Atlas se voit con­damné par Zeus à porter pour l’éternité la voûte céleste sur ses épaules.
  3. La Révolte des jou­joux, chan­son pop­u­laire de Pin­gault et Webel, 1936.
  4. Une dystopie est un réc­it de fic­tion dépeignant une société organ­isée de telle façon qu’elle empêche ses mem­bres d’atteindre le bon­heur.
  5.  Entre­tien avec Yan­nick Bouch­er, 17/11/2017
  6. Lire aus­si : Le futur « tran­shu­man­iste », selon le neu­ro­bi­ol­o­giste Jean-Didi­er Vin­cent Cet arti­cle de 2015 est illus­tré par une vidéo de la même société Boston Dynam­ics ; on y voit un de leurs derniers robots, impres­sion­nant mais rus­tre comme un bœuf… En seule­ment deux ans, on mesure la vitesse du pro­grès tech­nologique qui sépare les deux mod­èles de robot…

Catalogne. « Vive l’indépendance de Llivia Nord ! »

La Gen­er­al­i­tat de Llivia-Nord nous prie d’insérer le com­mu­niqué suiv­ant :

En cet octo­bre 2018 his­torique, nous ne pou­vons qu’être fiers de voir nos amis Cata­lans du sud accéder à une légitime indépen­dance. Leur longue lutte pour la reven­di­ca­tion de leurs droits enfin aboutit, leur spé­ci­ficité nationale s’affirme enfin. Visqui Catalun­ya !

Cepen­dant, il ne faudrait pas oubli­er qu’à côté de leur com­bat de longue haleine s’en tien­nent d’autres qui n’en sont pas moins pro­longés. Celui de la par­tie septen­tri­onale de notre enclave en est un des plus emblé­ma­tiques.

Avec ses 7,9 des 12,8 km2 de l’enclave située à l’intérieur de la val­lée de la Cerdagne, dans le départe­ment français des Pyrénées-Ori­en­tales, la nation de Llivia-Nord cou­vre donc la plus grande par­tie du ter­ri­toire enclavé, ce qui représente un atout indis­cutable. Elle regroupe la majorité des 1536 habi­tants lliviencs et la total­ité de ceux du hameau de Cer­a­ja au nord du pays. D’autre part, la plu­part des éle­vages de ses célèbres chevaux pyrénéens rus­tiques sont situés chez elle. Ce sont là d’indubitables atouts qui ne peu­vent faire de Llivia-Nord qu’une nation priv­ilégiée dans le con­cert des nations de l’Europe.

Cli­quer pour agrandir

Le 26 mai 1866, afin de clar­i­fi­er le traité des Pyrénées signé en 1659, les Français et les Espag­nols sig­nent le traité de Bay­onne, dont l’article 16 établit défini­tive­ment le périmètre de l’enclave, attribuée à l’Espagne en 1582. Dès lors, sur le ter­rain, une « route neu­tre » (sans con­trôle douanier, à la plus grande joie des con­tre­bandiers) de 4 km relie Llívia au ter­ri­toire espag­nol. Le 11 févri­er 1939, à la fin de la guerre civile espag­nole, les autorités nation­al­istes revendiquent la pos­ses­sion du ter­ri­toire de Llívia, ce qu’accepte le gou­verne­ment Dal­adier.

Il n’y a aucune rai­son que le génie naturel des Lliviencs prof­ite indû­ment à Barcelone, qui a déjà ses ressources pro­pres en quan­tité et qual­ité suff­isantes. Nous revendiquons le droit d’être une nation prospère capa­ble de se gou­vern­er elle-même et se dot­er d’une poli­tique de développe­ment économique adap­tée à une sit­u­a­tion spé­ci­fique que nous con­nais­sons mieux que per­son­ne. Et il n’y a aucune rai­son pour que les priv­ilèges de gou­verne­ment soient réservés à des édiles étrangers à notre sol, les nôtres sauront s’en charg­er.

Nous con­cevons que nos amis de Llivia-Sud puis­sent deman­der un statut d’autonomie, ce que nous leur accor­dons volon­tiers en les assur­ant de nos bien­veil­lance et pro­tec­tion. Toute­fois, pour d’évidentes raisons de réal­isme poli­tique, nous devons con­serv­er la capac­ité déci­sion­naire, d’autant plus qu’une armée en for­ma­tion doit assur­er bien­tôt une pri­mor­diale fonc­tion régali­enne nationale.

Que les autres peu­ples européens suiv­ent l’exemple de notre grande soeur cata­lane, comme le nôtre: nous soutenons ardem­ment les indépen­dances de Malte-Ori­en­tal asso­ciée à Gozo-Nord, des îles de Sein, Molène et If chez nos amis et voisins français comme des par­ties sud-occi­den­tales de leurs départe­ments du Tarn-et-Garonne et de l’enclave ex-haute-pyrénéenne de Gardères-Luquet, de Lan­zarote-et-Gra­ciosa chez nos amis canariens-ibériques, ou encore de la par­tie nord-occi­den­tale de l’île alle­mande de Peenemünde jusqu’à la fron­tière ori­en­tale polon­aise, qui pour­rait être ain­si la 1000e nation européenne !

Vivent les peu­ples lli­bres !

Gen­er­al­i­tat de Llivia-Nordpcc, Gian Lau­rens

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La gitane et le gadjo. C’était mon jour, c’était surtout le sien

Ce matin une vieille gitane en longue robe noire m’a fait les poches ; ça devait être écrit dans les lignes de sa main. Venue vers moi pour la manche, elle est repar­tie avec 50 euros tout neufs, ma carte ban­caire, celle des trans­ports et la troisième des musées. L’artiste a dis­paru tout aus­si vite que je m’apercevais de la manœu­vre ; j’ai eu beau arpen­ter la zone du délit : nib, degun !

Là-dessus, aller racon­ter mes déboires au com­mis­sari­at, y poireauter une heure avant d’apprendre qu’on pou­vait se plain­dre sur inter­net. (On peut tout sur inter­net, même se faire vider les poches de son compte en banque.) Ce qui m’a pris une bonne demi-heure au clavier – j’imagine les béo­tiens du oueb, comme dans la séquence du film de Ken Loach, Daniel, je ne sais plus…

Je venais d’acheter ma dau­rade du ven­dre­di – soit 4 euros, à 12 le kilo ; de quoi je dédui­sis qu’elle devrait peser 333 grammes. Hmm… Mais sur le Vieux port, à Mar­seille, on chipote pas.

Fauché comme les blés d’automne, pas le moin­dre cen­time en poche, remon­tant à pied vers ma Bonne mère, creusé par tant d’émotions, je tente une halte place aux Huiles pour m’envoyer un aïoli et une petite mousse sous le soleil. Re nib : plus aucun gar­goti­er n’accepte ici de chèque ! (Car il me restait encore ce recours aus­si démodé que démonétisé).

Par­venu, si j’ose dire, à ma banque du coin pour ten­ter un rav­i­taille­ment son­nant, etc. Je me fais dire par la guichetière au large sourire que non, pas l’après-midi les sous-sous, seule­ment le matin. Comme dirait Ray­mond à Huguette : « On va pas vers le beau ma poule ! » 1

Je ter­mine mon ascen­sion ped­ibus (obligé : pas un euro, pas de carte de bus et, de toute façon, pas de bus non plus : grève.) Il n’aurait plus man­qué que je perdisse mes clés. J’avais seule­ment « per­du » mon porte-mon­naie, mon temps, et aus­si mon appétit. Si ça pou­vait me ren­dre plus svelte. La dau­rade atten­dra ce soir. Et ce soir, ma vieille gitane lèvera son verre à la san­té du couil­lon de gad­jo 2 à la poche gar­nie. Bah! je lui dois quand même ces quelques lignes qui me ren­voient à Brassens et ses mag­nifiques Stances à un cam­bri­oleur… L’élégance du poète, jusque dans son aver­tisse­ment : « Ne te crois pas du tout tenu de revenir / Ta moin­dre récidive aboli­rait le charme / Laisse-moi je t’en prie, sur un bon sou­venir ». Une élé­gance que je ne suis pas sûr de faire mienne si je croise à nou­veau la dame en noir… N’est pas poète qui veut.

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Notes:

  1. Seuls les accros télé à Scènes de ménage com­pren­dront…
  2. Homme qui n’appartient pas à l’ethnie des Gitans ;  gadgé ou gadgie pour une femme.
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Quand Jean Rochefort était chimpanzé

C’est un peu tardif comme hom­mage… Cette archive de l’Ina est for­mi­da­ble ; elle date du 10 juil­let 1966 – Jean Rochefort avait 36 ans, et pas de mous­tache. Pour l’émission de l’ORTF “Un cer­tain Regard”, le réal­isa­teur demande au comé­di­en d’improviser à par­tir d’un ani­mal… Et là, renonçant à faire le singe, il remonte lit­térale­ment vers l’origine de notre espèce, pour en attein­dre un som­met, celui du “comé­di­en-ani­malier”, en pleine empathie avec son chim­panzé intérieur. Il ne l’imite pas, il ne le car­i­ca­ture pas, il est l’animal.

Doc­u­ment de l’Ina ©

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Faber est formel : Hollywood est sur le coup

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© faber, 2017

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Peut-être pas trop tard pour bien venir au monde…

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Ça y est, il s’est déchaîné le tsuna­mi dénom­mé Har­cèle­ment. Et sex­uel en plus. Épi­cen­tré à Hol­ly­wood, pire que les cyclones aux jolis noms de femmes, il ne pou­vait que défer­ler sur tout le monde spec­tac­u­laire. Il aurait tout de même mieux valu y penser avant : avant que naisse et paraisse, ces jours-ci, le petit dernier de Jacques A. Bertrand, un grand petit dernier au titre pro­phy­lac­tique : Quelques Con­seils pour venir au monde. 1

Remar­quez que l’intention n’est nulle­ment con­tra­cep­tive. Ni néo-malthusi­enne. Ce serait peine per­due car, comme le note judi­cieuse­ment l’auteur, « si on sait à peu près de quoi les gens meurent, on sait moins de quoi ils nais­sent ». Oyez, en effet, ce pro­pos échangé entre deux jeunes femmes à la ter­rasse d’un bistrot : « – Tu vois tou­jours Tom ? Tu sais, il faut faire atten­tion : en ce moment des tas de bébés cherchent à naître. »

À quoi, ça tient, le génie de l’écrivain ! Car c’est de là, de ce con­seil puis­sam­ment anodin, que fut donc ense­mencé ce livre,  l’un des plus drôles, spir­ituels, enlevés et donc réjouis­sants de ce que peut char­ri­er la tor­nade lit­téraire de l’année. 2

Depuis Tristesse de la Bal­ance et autres signes, en 1983, Jacques André Bertrand a pub­lié une ving­taine d’ouvrages dont Le Pas du loup (prix de Flo­re), Derniers camps de base avant les som­mets (prix Grand-Chosier), L’Angleterre ferme à cinq heures, La Course du chevau-léger, J’aime pas les autres, Les Sales Bêtes (prix 30 mil­lions d’amis), Les autres, c’est rien que des sales types (grand prix de l’Humour noir), Mariages, Com­man­deur des Incroy­ables et autres Hon­or­ables Cor­re­spon­dants, Com­ment j’ai mangé mon estom­ac (prix Paroles de Patients), Brève his­toire des choses (prix Alexan­dre-Vialat­te), et Biogra­phies non autoriséesQuelques con­seils pour venir au monde (2017) est son dernier ouvrage. Il col­la­bore aus­si à l’émission de France Cul­ture « Des papous dans la tête ».

Naître ou ne pas naître, telle n’est pas la ques­tion de Jacques A. Bertrand, dès lors que le mal est fait (dans l’extase, espérons). La ques­tion en ques­tion est crû­ment posée au bien­tôt bébé vagis­sant, encore au chaud ven­tral et peinard, juste à l’huis fatal au delà duquel les emmerde­ments sont embusqués. « Tous ces bébés en attente […] je me devais de les prévenir. » L’ouvrage est donc plus que phil­an­thropique, il est « anté », comme on dit « antédilu­vien ». Main­tenant que vous n’échapperez certes plus au déluge de vivre, du moins soyez dûment aver­tis. D’où ce petit traité de savoir-naître autour d’un chapelet de ques­tions pro­pre­ment exis­ten­tielles : où naître, dans quel milieu social ? à la ville ou à la cam­pagne ? quand, com­ment, etc. – le pourquoi étant aban­don­né aux méta­physi­ciens.

Et d’abord, con­crète­ment, comme dis­ent les jour­nal­istes : quel sexe préfér­er ? Ah ah, com­ment choisir, sans exclure la pos­si­bil­ité de l’ambivalence ?… Finale­ment, l’auteur se risque, non sans oppor­tunisme peut-être bien lié à l’« actu » : « Je con­seillerais le féminin. Encore que j’aie choisi le mas­culin, mais j’ignore si c’était en toute con­nais­sance de cause ». Ben oui, son livre n’était pas encore paru. « Et si c’était à refaire, je ne sais pas. », avant de s’en remet­tre au scribe de Melville : « Je préfér­erais pas. »

L’humour est ici érigé en impératif caté­gorique. Ain­si « le Doc­teur Freud lui-même, dans sa grande humil­ité, expri­ma un jour qu’il pou­vait arriv­er qu’on rêve d’un gros cig­a­re et qu’il s’agisse réelle­ment d’un gros cig­a­re. »…

D’une plume légère et court vêtue, il caresse les hautes sphères de la philoso­phie et explore en pas­sant les pro­fondeurs exis­ten­tielles. C’est la mar­que de cet écrivain à la ving­taine d’ouvrages. Sa mod­estie dût-elle en rou­gir, il y a du Mon­taigne sous cette mal­ice grave, au sens où vivre [serait] appren­dre à naître.

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Notes:

  1. Edi­tions Jul­liard, 110 p., 14 €
  2. Croyez m’en sur paroles, j’ai tout lu !

Nucléaire. Une fois de plus, Greenpeace fait voler en éclats le dogme sécuritaire d’EDF

En s’introduisant ce jeu­di matin à l’intérieur du périmètre de la cen­trale nucléaire de Cat­tenom, en Moselle, pour y déclencher un feu d’artifice, des mil­i­tants de Green­peace ont une fois de plus dénon­cé, en les démon­trant, la fragilité et l’accessibilité de ces instal­la­tions haute­ment radioac­tives. En l’occurrence, il s’agissait de la piscine d’entreposage du com­bustible nucléaire usé, bâti­ment par­ti­c­ulière­ment vul­nérable puisque con­stru­it selon des normes ordi­naires d’entrepôts indus­triels.

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Cette opéra­tion vient tout à pro­pos illus­tr­er un rap­port d’experts indépen­dants 1 qui met en cause la sécu­rité des instal­la­tions nucléaires français­es et belges en pointant du doigt leur vul­néra­bil­ité face aux risques d’attaques extérieures. Ces experts sont par­ti­c­ulière­ment inqui­ets con­cer­nant cer­taines instal­la­tions des cen­trales français­es : les piscines d’entreposage des com­bustibles nucléaires usés. Alors qu’elles peu­vent con­tenir le vol­ume de matière radioac­tive le plus impor­tant au sein des cen­trales, ces piscines sont très mal pro­tégées ; elles con­stituent une épée de Damo­clès au-dessus de nos têtes.

En cas d’attaque extérieure, si une piscine est endom­magée et qu’elle perd son eau, le com­bustible n’est plus refroi­di et c’est le début d’un acci­dent nucléaire : de la radioac­tiv­ité s’échappe mas­sive­ment dans l’atmosphère, avec des con­séquences radi­ologiques très graves.

greenpeace-nucleaire

Le point faible des cen­trales, les piscines d’entreposage du com­bustible. Ici, à Fes­sen­heim – la plus vieille du parc nucléaire français. (Cli­quer pour agrandir).

En France, niveau 4 atteint

Le nucléaire 100 % sûr est un mythe. Même si les acci­dents sont rel­a­tive­ment rares, leurs impacts sur la pop­u­la­tion, l’environnement et l’économie d’un pays sont effroy­ables. La France n’est pas à l’abri. Les acci­dents les plus graves jamais enreg­istrés sont ceux de Tch­er­nobyl (26 avril 1986) et de Fukushi­ma (11 mars 2011). Ils étaient de niveau 7. Mais d’autres acci­dents ont eu lieu aux États-Unis et au Roy­aume-Uni par exem­ple.

Les acci­dents nucléaires les plus graves en France (niveau 4) ont eu lieu à la cen­trale de St-Lau­rent-des-Eaux (Loir-et-Cher) en octo­bre 1969 et en mars 1980. Dans les deux cas, des com­bustibles ont fusion­né dans un des réac­teurs de la cen­trale. D’autres acci­dents nucléaires aus­si graves ont été évités de justesse dans d’autres cen­trales.

Certes, les inci­dents de niveau 2 ou 3 sont rel­a­tive­ment rares en France : l’incendie d’un silo de stock­age à La Hague en 1981, une mau­vaise vis dans le sys­tème de pro­tec­tion de Grav­e­lines en 1989, l’inondation de la cen­trale du Blayais en 1999, la perte de plu­to­ni­um à Cadarache en 2009, etc. Mais l’Autorité de sûreté nucléaire, chargée du con­trôle du nucléaire en France, recon­naît que plusieurs cen­taines d’écarts de niveau 0 et une cen­taine d’anomalies de niveau 1 ont lieu chaque année. Les inci­dents qui se sont pro­duits sur les sites du Tri­c­as­tin en 2008 et de Grav­e­lines en 2009 relèvent, offi­cielle­ment, de cette caté­gorie 1.

Vu le nom­bre de réac­teurs nucléaires en France (58) et d’installations néces­saires à leur fonc­tion­nement, tous les Français sont con­cernés par ce risque, mais aus­si les habi­tants des pays voisins, en rai­son de l’emplacement de cer­taines cen­trales nucléaires proches des fron­tières : Grav­e­lines et Chooz à côté de la Bel­gique, Fes­sen­heim proche de l’Allemagne et de la Suisse (elle-même aus­si sous la men­ace du Bugey) ou encore Cat­tenom en Lor­raine, à deux pas du Lux­em­bourg.

Avec un parc nucléaire vieil­lis­sant et mal pro­tégé, la pro­duc­tion d’électricité est aujourd’hui syn­onyme de dan­ger en France. Green­peace, toute­fois, ne se voudrait pas fatal­iste. L’organisation écol­o­giste veut croire (ou fait sem­blant) qu’EDF peut encore faire le choix de se pass­er du nucléaire et de dévelop­per les éner­gies renou­ve­lables. « Plutôt que d’investir des dizaines de mil­liards dans le rafis­to­lage de vieux réac­teurs, estime Green­peace, et de pro­duire des déchets qui res­teront radioac­t­ifs pen­dant des cen­taines de mil­liers d’années, EDF peut décider d’investir dans des éner­gies qui sont sûres, pro­pres et désor­mais bon marché. Deman­dons à EDF de sor­tir du risque nucléaire, une bonne fois pour toutes. » 2

La réponse, les nucléocrates d’EDF l’ont à nou­veau répétée hier dans les médias, dès la pub­li­ca­tion du rap­port de Green­peace. Ils ont ressor­ti leur dogme – infail­li­ble par déf­i­ni­tion – selon lequel l’électricien ne cesse de ren­forcer ses sys­tèmes sécu­ri­taires autour de ses cen­trales. 3 Le feu d’artifice de ce matin fait vol­er en éclats spec­tac­u­laires ces pieuses et incon­séquentes cer­ti­tudes.

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Notes:

  1. « La sécu­rité des réac­teurs nucléaires et des piscines d’entreposage du com­bustible en France et en Bel­gique, et les mesures de ren­force­ment asso­ciées », octo­bre 2017. Con­tribu­teurs du rap­port : Oda Beck­er (Alle­magne), Manon Besnard (France), David Boil­ley (France), Ed Lyman (États-Unis), Gor­don MacK­er­ron (Roy­aume-Uni), Yves Mari­gnac (France), et Jean-Claude Zer­bib (France). Rap­port com­mandé par Green­peace France.
  2. Green­peace lance une péti­tion en direc­tion d’EDF. On peut la sign­er ici.
  3. EDF dit avoir engagé un mon­tant de 700 mil­lions d’euros pour ren­forcer la sur­veil­lance des instal­la­tions. On voit leur effi­cac­ité… Quant à pro­téger réelle­ment les piscines de stock­age, cela se chiffr­erait en plusieurs dizaines de mil­liards. Déjà dans le rouge financier, EDF n’en a pas les moyens et se trou­ve lit­térale­ment dans l’impasse.

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    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
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