jacques-rossollinIl est mort tout à l’heure 1, mon vieux pote Jaco, qua­rante ans d’amitié pro­je­tés dans le grand trou noir. Il a lâché, son corps ne l’ayant plus sou­te­nu, vain­cu par le can­cer. La tris­tesse, les larmes enva­hissent les cœurs qui l’ont aimé.

Jacques, mon Jaco, je ne me sens pas à écrire ta « nécro », quand bien même tu serais vrai­ment mort… Je t’oublierai en malade vain­cu pour te gar­der comme là, sur cette pho­to, en Mar­seillais ardent, à l’heure du pas­tis, ter­rasse de la Bras­se­rie du port, où nous aimions tant nous retrou­ver, avec Jean-Pierre en par­ti­cu­lier, pour des déjeu­ners bavards, à refaire nos mondes – la vie, jus­te­ment, l’amour, la mort… Non pas la mort, on ne l’invitait jamais, la garce. Pas plus qu’à l’Estaque quand, chaque année, pour ton anni­ver­saire, tu aimais tant te retrou­ver au beau milieu de ton pre­mier cercle, comme tu aimais dire : Gene­viève, Mari­nette, Ber­na­dette, Jean-Yves, Jean-Pierre, ma pomme. Mais cette année, tu as dû zap­per ton soixante-dixième avec un mot d’excuse… une ordon­nance médi­cale. On res­te­ra à jamais sur notre faim, pri­vé de nos blagues par­ta­gées, de nos rires et des tiens sur­tout, comme une rafale enjouée.

Avec ses deux S et ses deux L – il y tenait, par­di  – , tel était notre Jacques Ros­sol­lin. Jusqu’à ce qu’un beau jour il devienne Lou papet : Jeanne, sa fille, venait de mettre Malou au monde, Son monde en fut cham­bou­lé, tout comme celui de Face­book et de sa cohorte d’amis plus ou moins virtuels.

Tant de sou­ve­nirs me remontent… Encore un, d’ordre disons his­to­rique… J’évoquais ce pas­tis (caché sur la pho­to) ; la véri­té – his­to­rique, donc –, m’oblige à pré­ci­ser qu’il s’agissait d’un Ricard. Car c’est chez Ricard que Jacques a effec­tué l’essentiel de sa car­rière pro­fes­sion­nelle, au ser­vice com­mu­ni­ca­tion, char­gé notam­ment du jour­nal d’entreprise. Il était très atta­ché à cette entre­prise si emblé­ma­tique de Mar­seille et de la Provence.

Comme tou­jours, la mort rap­pelle à la briè­ve­té de la vie, à sa fra­gi­li­té, à toutes les incer­ti­tudes qui la rendent si pré­cieuse. Elle nous ren­voie à l’urgence de vivre, jusqu’à ce que la roue se remette à tour­ner, et sou­vent, trop sou­vent, jusqu’à s’emballer vers des len­de­mains que l’on croit sans fin. Ain­si va le cours des humains, entre insou­ciance et cha­grins, dans les hauts et les bas qui rythment l’existence.

Adieu, vieux Jaco que j’aimais.

Notes:

  1. Ce dimanche 11 sep­tembre 2017, à l’hôpital Saint-Joseph à Mar­seille. On peut tou­jours craindre quelque impu­deur à évo­quer publi­que­ment la mort d’un proche, incon­nu aux yeux des autres. Enten­dons plu­tôt ici : « il a vécu », lais­sant son empreinte dans le che­mi­ne­ment de l”« humaine condi­tion ».