Henri Guaino en son credo post-néo libéral : « Gouverner, c’est non pas prévoir mais agir »…

Par quel bout prendre « la chose » ? La chose : en fait l’agitation du monde et de ses sinistres acteurs. En son spectacle du monde agité donc, l’actualité se tortille derrière son castelet médiatique, là où des guignols font leur show. Heureux qu’on ne soit pas tenu d’admirer, ni même de mirer tout court. On peut même tenter de s’en amuser – jusqu’à un certain point..

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« Amusante » actualité, soit, mais bien bardée de guillemets, à défaut de trouver l’équivalent du rire jaune. C’est fou ce que je suis marré à entendre l’autre matin sur France Inter les raclements de gorge d’Henri Guaino entrecoupés de son nouveau credo post-néo libéral faisant passer son interlocutrice du jour, l’attacante Susan George, pour quasiment has been. J’ai été plié dès le début du laïus de l’éminence grise de Sarkozy déclarant tout de go : « Nous nous sommes rendu compte avec la crise […] que tout ce qu’on nous racontait depuis vingt ans, trente ans sur le progrès, la croissance, le développement… était faux ». Hin-hin (râclements). « …à force de raconter n’importe quoi aux gens, ils ont fini par penser qu’on leur mentait délibérément » ! Texto. D’autant plus garanti que je me suis du coup rendu sur le site d’Inter et que là, j’ai en plus découvert l’image de la scène granguignolesque. Parce que le type en costard gris éminence ne laisse pas seulement échapper des « hin-hin » de gorge irritée ; il est aussi bourré de tics, comme son mentor en quelque sorte, mais dans un autre style. Lui, c’est l’œil gauche qui se barre en clignements compulsifs, et aussi le droit. Allez voir, ça vaut le clin d’œil et c’est là .

Bon, je n’en ferai pas une théorie définitive, mais n’empêche… N’empêche, je me demande quels ressorts intérieurs agitent ainsi ces hommes qui prétendent nous gouverner. Qu’est-ce qui les gouverne du dedans, eux ? La dope du pouvoir, ces nuits si courtes, « au nom de l’État » et du service accompli. N’en doutons pas, cela doit être… grisant. Ils n’en meurent pas tous, notez. Mais tous sont atteints, d’une manière ou d’une autre. Voyez les, si intranquillles ministrions, anxieux, sous surveillance et en permanente représentation, à sans cesse questionner leur image, à faire du plat à dame Opinion. Et voilà que « les gens »… « ont fini par penser qu’on leur mentait délibérément » ! Susan George, qu’on ne voit alors pas sur l’image, a tout de même dû en ravaler, mais comme du petit lait, ses quinze dernières années d’altermondialisme. Un peu plus tard, dialoguant avec elle, il lâchera à propos des banques à mettre sous surveillance de l’État « Nous sommes entièrement d’accord ! » tandis que Demorand s’écrie : « Supéfiant, hein ! Le conseiller spécial de Nicolas Sazkozy entièrement d’accord avec Susan George, le monde a changé ! »

Que penser de cette séquence de Guignol ? Pour ma part, j’y vois une resucée de la « fin de l’Histoire » selon la prophétie de l’économiste étatsunien Francis Fukuyama et égérie des néo-conservateurs, dont Guaino et son maître. Lequel Guaino, au cours de cette même émission sur France Inter, a eu l’occasion de réaffirmer son credo en déclarant : « Moi je pense que le capitalisme c’est la civilisation  matérielle de l’Occident depuis le XIVe siècle […] On a déjà essayé de faire table rase du capitalisme, on sait où ça nous a conduits. Bon. » Il n’y a donc pas d’alternative possible et, comme le prétend Fukuyama, seul le consensus universel sur la démocratie capitaliste mettra un point final aux conflits idéologiques. D’ailleurs, n’est-ce pas exactement cela, le sarkozysme? C’est-à-dire un lieu où tout se vaut, gauche ou droite, sens mêlés et confondus. Ou plutôt absence du sens, et le pouvoir pour le pouvoir. Un vrai modèle de la pensée unique hors de laquelle il n’est point de salut, et qui nous a ainsi valu la cohorte des Thatcher, Pinochet, les deux Bush et jusqu’à la social-démocratie en capilotade libérale, sans parler de la guerre d’Irak et de la débandade financière avec son chômage abyssal. Bonjour la « civilisation matérielle » !

Autre aphorisme de Guaino, sur ce registre du sens absent : « Gouverner, c’est non pas prévoir mais agir » ! Alors, rétorque en substance Susan George, que n’agissiez-vous auprès des banques que l’État a renflouées ? « Ah ben on change pas du jour au lendemain trente ans d’habitude ! » Ne voulait-il pas plutôt parler des calendes grecques ? D’ailleurs, « agir » sans prévoir, en politique, c’est comme qui dirait s’adonner au fameux « plus ça change moins ça change », selon la mécanique huilée de l’invincible Marché. Aussi va-t-on « moraliser le tigre », comme l’a souligné l’ex vice-présidente d’Attac ; en effet, on convoque les banquiers à l’Élysée pour quelque sermonnage : Enfin, messieurs, un peu de tenue et surtout de discrétion ! … Et vogue la galère sur l’océan du Profit et de la Spéculation !

Guaino, qui dit préférer l’action à la prévision, va jusqu’à s’indigner de ces « comportements indécents que les opinions publiques ne supporteront plus ». Ne dirait-on pas là le début d’une prévision ? Ou plutôt la crainte d’un futur peu réjouissant ?

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