Enfin, des pro­pos sur l’économie qui soula­gent ! Non pas des paroles de messie mais, au con­traire, de quoi nous désen­gluer des dogmes assénés par les Lenglet, Attali, Ceux et autres prêcheurs du libéral­isme sal­va­teur. France Inter a eu la bonne idée d’inviter 1 à son micro un écon­o­miste « autre » : Éloi Lau­rent, enseignant à l’IEP de Paris et à Stan­ford, aux Etats-Unis – grand bien soit fait à ses étu­di­ants ! –, auteur de Nou­velles mytholo­gies économiques 2 dans lequel, en effet, il présente l’économie comme une mytholo­gie, lieu où se con­cen­tre le catéchisme néolibéral des­tiné à faire oubli­er les final­ités essen­tielles de l’activité humaine, à savoir le bien-être général et les équili­bres écologiques.

Je ne suis nulle­ment écon­o­miste, ni par cul­ture et moins encore par goût. C’est aus­si en quoi réside ma méfi­ance envers la « chose économique » et sa pré­ten­tion à se pré­val­oir du statut de « sci­ence ». Cette auto-qual­i­fi­ca­tion m’a tou­jours fait rigol­er. Autant que pour ce qui est de la poli­tique, pareille­ment auto-élevée – selon le même effet récur­sif – à hau­teur de « sci­ence ». On par­le ain­si de « sci­ences économiques » – au pluriel de majesté, s’il vous plaît –, et de « sci­ences poli­tiques ». Pour cette dernière espèce, a même été créée une École libre des sci­ences poli­tiques (1872), par la suite surnom­mée « Sci­ences Po » dev­enue une mar­que en 1988, déposée par la Fon­da­tion Nationale des sci­ences poli­tiques [sic]. Voilà com­ment un cer­tain savoir, tout à fait empirique, amal­ga­mant des bribes de soci­olo­gie et de sta­tis­tiques, s’est hissé par elle-même, à un rang pré­ten­du­ment sci­en­tifique.

Dans les deux cas, ce sont ces pseu­do-sci­ences 3 qui pré­ten­dent nous gou­vern­er et, tant qu’on y est, diriger le monde entier. En fait, dans ce domaine de la gou­ver­nance mon­di­ale, c’est l’économie qui tient large­ment le haut du pavé. S’il n’existe pas de Poli­tique mon­di­ale, il y a bien une Banque mon­di­ale. Quand les « Grands » se réu­nis­sent, que ce soit à Davos (Suisse…) ou lors de leurs mess­es régulières tenues par le Groupe des vingt, le fameux « G20 » (ou même 21), il s’agit d’arranger les affaires des pays les plus rich­es, représen­tant 85 % du com­merce mon­di­al, les deux tiers de la pop­u­la­tion du globe et plus de 90 % du pro­duit mon­di­al brut (somme des PIB de tous les pays du monde).

Con­cer­nant les Prix Nobel, on notera que celui de la Paix n’est nulle­ment le pen­dant poli­tique du Nobel de l’Économie. L’histoire de ce dernier est d’ailleurs très par­lante : À l’origine a été créé le Prix de la Banque de Suède en sci­ences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, bien­tôt surnom­mé « prix Nobel d’économie », qui récom­pense chaque année, depuis 1969, une ou plusieurs per­son­nes pour leur « con­tri­bu­tion excep­tion­nelle dans le domaine des  sci­ences économiques ». À not­er que c’est le seul prix géré par la Fon­da­tion Nobel non issu du tes­ta­ment d’Alfred Nobel. L’idée de ce nou­veau « prix Nobel » vient de Per Åsbrink, gou­verneur de la Banque de Suède, l’une des plus anci­ennes ban­ques cen­trales du monde. Soutenu par les milieux d’affaires, Åsbrink s’oppose au gou­verne­ment social-démoc­rate  – qui entendait utilis­er les fonds pour favoris­er l’emploi et le loge­ment –, et pré­conise de s’orienter vers la lutte con­tre l’inflation. Le but caché était de sus­citer un intérêt médi­a­tique et ain­si d’accroitre l’influence de ces milieux d’affaires au détri­ment des idées sociales-démoc­rates. 4

Les dif­férences appar­entes entre poli­tique et économie dis­simu­lent une égale pré­ten­tion « holis­tique ». Cepen­dant, si la poli­tique pré­tend gou­vern­er (de gou­ver­nail), c’est bien l’économie qui tient les rênes, c’est-à-dire les cor­dons de la Bourse. D’où un sem­blant de ten­sion entre les deux domaines, une forme de con­cur­rence pou­vant faire illu­sion, spé­ciale­ment en démoc­ra­tie libérale.

Et plus spé­ciale­ment encore en libéral­isme « avancé » qui place à la barre un habile agent de la grande finance – suiv­ez mon regard.

Éloi Lau­rent frappe juste en rap­pelant les final­ités de l’activité humaine : bien-être pour l’homme, réc­on­cil­ié avec la nature. En quoi il s’accorde à l’étymologie com­mune aux deux mots, économie et écolo­gie : du grec oikos « mai­son, habi­tat », et de nomos, l’usage ou la loi, et logos, sci­ence, dis­cours.

Le reste, c’est de la poli­tique, jeu de com­bi­naisons au prof­it d’une minorité.

Notes:

  1. Le « 7–9 » du 7/7/17. Il a aus­si été maintes fois invité par France Cul­ture.
  2. Ed.Les Liens qui Libèrent
  3. On dis­tingue les sci­ences « dures », ou exactes, (math­é­ma­tiques, physique, chimie, biolo­gie, géolo­gie, etc.) des sci­ences humaines ou « douces » (soci­olo­gie, psy­cholo­gie, philoso­phie, etc.)
  4. Source Wikipé­dia