On n'est pas des moutons

Politique

De Socrate à Lidl, Free et autres Macron, un peu de philosophie politique à l’usage improbable de nos gérants

C’est un peu comme une urti­caire : ça me démange de par­tout… sans savoir au juste d’où ça vient. Je parle de cette « actu », drogue jour­na­lis­tique à haute accou­tu­mance. S’en défaire, une gageure. Sor­tie par la porte, la revoi­là par la moindre lucarne, fac­teur de stress, de manque. Que faire ? comme disait l’autre. Sen­ti­ment d’impuissance contre désir d’agir. Com­ment ? Alors je cause, je me cause, je cause ici en écri­vant, comme dans un jour­nal, un autre, pas celui du métier d’informer – enfin d’essayer. Don­ner une forme à cette réa­li­té du monde qui semble s’effilocher par tous les bouts. Pour paro­dier Nou­ga­ro, « est-ce moi qui vacille, ou la terre qui tremble ? » Le fait est que j’ai bien du mal à prendre ladite « actu » par un bout, sans être rat­tra­pé par un autre ; sans don­ner dans la dis­per­sion… Je connais un type qui a écrit L’Homme dis­per­sé, un roman docu­men­té. À l’image de notre monde, au bord de l’éclatement.

Les opti­mistes espèrent, ils croient : on trou­ve­ra des solu­tions, c’est le sens du pro­grès : la tech­no­lo­gie, ses miracles, la Lune, Mars. L’Homme s’en sor­ti­ra, trop génial. Les pes­si­mistes ana­lysent, pensent : c’est cuit pour le bipède sapiens (mal)pensant, l’homo faber (mal)faisant ; il s’est mis la corde au cou, celle de l’eco­no­mi­cus. Gloire au « plus », encore « plus », tou­jours « plus ».

Ils auront trait la vache Terre jusqu’à sa der­nière goutte de « plus » ; elle, elle s’en remet­tra, depuis le temps qu’elle s’accommode des cata­clysmes – dont elle naquit. Mais ses habi­tants, loca­taires arro­gants, vils pro­fi­teurs, exploi­teurs éhon­tés, fiers imbé­ciles. Ils ont oublié, ou jamais su, qu’ils ne fai­saient que pas­ser ici-bas, sus­pen­dus au via­ger d’une vie brève, aléa­toire. À ce sujet, « vu à la télé » l’enquête de Cash inves­ti­ga­tion (France 2) sur les escla­va­gistes modernes à l’œuvre chez Lidl et Free, deux cas­seurs de prix de la bouffe et du télé­phone. Rois de la « petite marge », ils font galé­rer leurs sala­riés, mal­trai­tés comme des bêtes de somme, mépri­sés, ser­mon­nés, engueu­lés, usés et fina­le­ment jetés comme des déchets à la pou­belle de Pôle emploi, aux frais de la col­lec­ti­vi­té. On connaît la musique : « Pri­va­ti­ser les béné­fices, mutua­li­ser les pertes », ren­gaine capi­ta­liste. Marx n’y pour­ra rien, tout juste figu­rant de ciné­ma (un film vient de sor­tir sur le père du Mani­feste com­mu­niste ; signe des temps déses­pé­rés car nostalgiques).

Retour à l’envoyeur.

Ils sont là, les pro­lé­taires d’aujourd’hui, comme dit à sa façon Xavier Niel, le mul­ti­mil­liar­daire patron de Free : « Les sala­riés dans les centres d’appels, ce sont les ouvriers du XXIe siècle. C’est le pire des jobs. » Au moins sait-il de quoi il parle. Mais il n’a pas vou­lu par­ler dans le poste ; pas davan­tage sa char­gée de com’ – le comble ! –, lais­sant la cor­vée à un chef de régi­ment bien emmer­dé, pro­ba­ble­ment aus­si faux derche qu’intraitable « mana­ger ». Tous ces pions néfastes ne jurent que par le « manag’mint », ont été bibe­ron­nés aux mêmes évan­giles pro­duc­ti­vistes. Comme l’autre de chez Lidl, qui aura dû en tuer des comme lui avant de rece­voir l’onction du pou­voir par la schlague. Il est là comme un mioche pris les doigts dans la confiote, minable rouage d’une machine à « faire du cash », en rêvant que d’autres machines éli­minent tota­le­ment les tra­vailleurs – pour­tant déjà robo­ti­sés. Ah, que viennent enfin les temps bénis de la robo­ti­sa­tion totale, tota­li­taire ! « 1984 » en vrai et en pire.

Certes, cha­cun peut tou­jours aller chez Lidl ou chez Free – entre autres exploi­teurs de choc – pour gagner trois euros six sous. À quel prix ? Ils ne pour­ront plus igno­rer ce que recouvre la ques­tion – enfin si, ils pour­ront tou­jours se voi­ler la face. 1

À ce pro­pos, et dans la rubrique « ONPLG », On n’arrête pas le pro­grès 2, les femmes saou­diennes vont être auto­ri­sées par leurs princes à conduire. Elles vont pou­voir prendre le volant – mais res­tent astreintes au voile inté­gral. L’inverse eut été plus libé­ra­teur. Cha­cun ses hié­rar­chies de valeurs.

Le procès de Socrate

Le pro­cès de Socrate. Sur les 501 juges, 280 votent en faveur de la condam­na­tion, 221 de l’acquittement.

Jus­te­ment, côté valeurs, com­ment ne pas saluer les quatre émis­sions, cette semaine, des Che­mins de la phi­lo­so­phie (France Culture) consa­crés à Socrate, spé­cia­le­ment à son pro­cès et à sa mort ? La condam­na­tion du phi­lo­sophe grec (470-399 avant notre ère) demeure un sujet de dis­cus­sion à la fois phi­lo­so­phique et poli­tique. Adèle Van Reeth, l’animatrice des Che­mins, mène au mieux l’« ins­truc­tion » à par­tir des chefs d’accusation ain­si libel­lés : « Socrate enfreint la loi, parce qu’il ne recon­naît pas les dieux que recon­naît la cité, et qu’il intro­duit d’autres divi­ni­tés nou­velles ; et il enfreint la loi aus­si parce qu’il cor­rompt la jeu­nesse. Peine requise : la mort. »

Si le débat garde toute son actua­li­té, c’est parce qu’il pose de nom­breuses ques­tions concer­nant le droit et la loi, la citoyen­ne­té et la démo­cra­tie, la liber­té et la phi­lo­so­phie – tout comme la reli­gion et le libre-arbitre. De ces quatre heures pas­sion­nantes, il appa­raît, pour le dire vite et vul­gai­re­ment, que Socrate fut un emmer­deur suprême, un gêneur poli­tique qui cla­quait le bec aus­si bien à ceux qui pré­ten­daient savoir qu’aux sophistes, embo­bi­neurs filoux, aux poli­ti­ciens, poètes, gens de métier ren­voyés à leur igno­rance – comme la sienne propre… Socrate sait… qu’il ne sait rien. Ce qui est impie ! En effet, ne pas savoir revient à ne rien croire, pas même les dieux !

Autre ques­tion, et non des moindres, posée par Socrate et sa condam­na­tion : celle de la démo­cra­tie. Le phi­lo­sophe était très cri­tique à son sujet ; il lui repro­chait notam­ment de faire la part belle aux opi­nions, et ain­si de figer l’examen des faits et l’exercice de la pen­sée libre. 3  Sa phi­lo­so­phie poli­tique se situait entre mépris de la majo­ri­té et amour des lois, y com­pris celles qui le condam­naient : plu­tôt subir l’injustice que la commettre…

Socrate Athènes

Socrate, devant l’Académie, Athènes © gp

Reste la « cor­rup­tion de la jeu­nesse »… Concerne-t-elle l’enseignement du maître – lui qui se disait n’avoir jamais été maître de qui que ce soit, qui ensei­gnait en déam­bu­lant, pro­fes­sant le « Connais-toi toi-même » 4 car le savoir est en soi, passe par soi-même, et la sagesse se trans­met par l’échange, la dis­cus­sion. On avan­ça aus­si ses atti­rances pour les beaux jeunes gens, lui, le lai­de­ron… Pédo­phi­lie socra­tique ? en des temps où la pédé­ras­tie effa­rou­chait peu, semble-t-il… Il est plus pro­bable que la per­ver­sion en ques­tion por­tait d’abord sur le conte­nu sub­ver­sif de l’enseignement. 5

Voi­là qui nous emmène loin de Lidl et Free… Loin ? Que nen­ni ! Socrate rap­pelle au sens de la vie qui, de nos jours, se trouve acca­pa­ré par les obli­ga­tions de la sur­vie. Se tuer à gagner sa vie – for­mu­la­tion ancienne (mai 68…) du « burn out ». Plus-plus-plus : subir les indé­centes pubs, sur les radios publiques, qui font cha­toyer les charmes du pro­duc­ti­visme, le pri­vi­lège de « vivre les same­dis comme des lun­dis » ! Le tra­vail renoue plus que jamais avec son ori­gine latine : tri­pa­lium, engin de tor­ture à trois pieux… L’économie vul­gaire com­mande. Les pos­sé­dants et affai­ristes télé­com­mandent les gou­ver­nants – qui n’en sont plus depuis si long­temps, depuis 1983, pour en res­ter à nos hori­zons, quand Mit­ter­rand s’est conver­ti à la reli­gion libéraliste.

Gou­ver­ner sup­pose un gou­ver­nail, un cap, des direc­tions, des idées, et tant qu’à faire des idéaux. Nos rameurs de la finance et du biz­ness ne sont plus que de sinistres gérants, tout comme ceux de Lidl et de Free, qu’ils vénèrent et imitent jusque dans leur arro­gance inculte. De petits bou­ti­quiers der­rière leur caisse enre­gis­treuse, tenant un pays comme une épi­ce­rie. La San­té, com­bien ? Ah ? trop cher ! On rabiote. L’impôt sur la for­tune ? Trop éle­vé, inci­tant à l’évasion fis­cale ? On va arran­ger ça. La for­mule magique reste inchan­gée : les pauvres ne sont pas riches, mais ils sont si nom­breux que leur prendre un peu, rien qu’un peu, ça rap­porte beau­coup beaucoup.

Je par­lais, au début de ma dérive, du par­tage binaire entre opti­mistes et pes­si­mistes. Reste les réa­listes, ou ceux qui s’essaient à don­ner du sens au réel, tel qu’ils le per­çoivent. Exer­cice très instable d’équilibriste. Casse-gueule ! Arrê­tons là pour aujourd’hui.

Notes:

  1. On peut revoir l’émission ici.
  2. En taxi, pris dans un embou­teillage, l’écrivain Alexandre Via­latte, s’entendant dire par son voi­sin la sen­ten­cieuse phrase, lui réplique : « Non, il s’arrête tout seul ».
  3. Pléo­nasme aurait iro­ni­sé Jules Renard, comme dans son Jour­nal : « Libre pen­seur. Pen­seur suf­fi­rait. »
  4. Pro­lon­gé par Nietzsche : « Deviens ce que tu es ».
  5. « Mélé­tos, tu m’accuses de per­ver­tir la jeu­nesse. Sans doute nous savons ce qui consti­tue la per­ver­si­té des jeunes gens. Nomme-s-en, si tu connais, qui, pieux d’abord, sages, éco­nomes, modé­rés, tem­pé­rants, labo­rieux, soient deve­nus par mes leçons, impies, vio­lents, amis du luxe, adon­nés au vin, effé­mi­nés ; qui enfin se soient livrés à quelque pas­sion honteuse.

    – Oui, repar­tit Mélé­tos, j’en connais que tu as déci­dés à suivre tes avis plu­tôt que ceux de leur père, de leur mère.

    – J’avoue, répli­qua Socrate, qu’ils ont sui­vi les avis que je leur don­nais sur l’instruction morale de la jeu­nesse. C’est ain­si que pour la san­té nous sui­vons les conseils des méde­cins plu­tôt que ceux de nos parents. Vous-mêmes Athé­niens, dans les élec­tions de géné­raux, ne pré­fé­rez-vous pas à vos pères, à vos frères, à vous-mêmes, les citoyens jugés les plus habiles dans la pro­fes­sion des armes ?

    – Tel est l’usage, repar­tit Mété­los ; et le bien géné­ral le demande.

    – Mais, ajou­ta Socrate, toi Mété­los, qui vois que dans tout le reste les plus habiles obtiennent pré­fé­rence et consi­dé­ra­tion, explique com­ment tu peux sol­li­ci­ter la mort de Socrate, pré­ci­sé­ment parce qu’on le juge habile dans une par­tie essen­tielle, l’art de for­mer l’esprit. »

    Xéno­phonApo­lo­gie de Socrate, pp.726-727


Attentat de Barcelone : Kamel Daoud s’insurge contre le laxisme européen

Écri­vain et jour­na­liste algé­rien, Kamel Daoud s’est impo­sé, par­mi d’autres trop rares dans le monde musul­man, par son indé­pen­dance de juge­ment, la finesse de ses ana­lyses et de son écri­ture. Tan­dis que nos médias se lamentent sans fin sur les abo­mi­na­tions de Daesh, Kamel Daoud pointe ses réflexions sur leurs causes plu­tôt que sur leurs seuls effets. On ne sau­rait certes dénier les dimen­sions dra­ma­tiques des atten­tats. Mais leur mise en spec­tacle média­tique, l’étalage des témoi­gnages mul­tiples, les décla­ra­tions outrées ou va-t’en guerre, les recueille­ments et les prières publics, tout cela ne sert-il pas la stra­té­gie publi­ci­taire de ter­reur visée par l’État isla­mique ? En dénon­çant l’Arabie saou­dite comme « un Daesh qui a réus­si », Kamel Daoud va pré­ci­sé­ment à contre­cou­rant du dolo­risme ambiant qui masque une géo­po­li­tique – celle de ce qu’on appelle l’Occident – schi­zo­phrène, absurde, meur­trière et sans fin. [GP]

kamel-daoud-daesh

 

« L’Arabie saou­dite est un Daesh qui a réussi »

Par Kamel Daoud

Une pen­sée pour Bar­ce­lone. Mais après la com­pas­sion il est temps de s’interroger : Dans sa lutte contre le ter­ro­risme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en ser­rant la main de l’autre. Méca­nique du déni, et de son prix. On veut sau­ver la fameuse alliance stra­té­gique avec l’Ara­bie saou­dite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un cler­gé reli­gieux qui pro­duit, rend légi­time, répand, prêche et défend le wah­ha­bisme, isla­misme ultra-puri­tain dont se nour­rit Daesh.

Le wah­ha­bisme, radi­ca­lisme mes­sia­nique né au XVIIIe siècle, a l’idée de res­tau­rer un cali­fat fan­tas­mé autour d’un désert, un livre sacré et deux lieux saints, la Mecque et Médine. C’est un puri­ta­nisme né dans le mas­sacre et le sang, qui se tra­duit aujourd’hui par un lien sur­réa­liste à la femme, une inter­dic­tion pour les non-musul­mans d’entrer dans le ter­ri­toire sacré, une loi reli­gieuse rigo­riste, et puis aus­si un rap­port mala­dif à l’image et à la repré­sen­ta­tion et donc l’art, ain­si que le corps, la nudi­té et la liber­té. L’Arabie saou­dite est un Daesh qui a réussi.

Le déni de l’Occident face à ce pays est frap­pant : on salue cette théo­cra­tie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le prin­ci­pal mécène idéo­lo­gique de la culture isla­miste. Les nou­velles géné­ra­tions extré­mistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées dji­ha­distes. Elles ont été bibe­ron­nées par la Fat­wa Val­ley, espèce de Vati­can isla­miste avec une vaste indus­trie pro­dui­sant théo­lo­giens, lois reli­gieuses, livres et poli­tiques édi­to­riales et média­tiques agressives.

Vifs remer­cie­ments à Omar Lou­zi, direc­teur du site Amazigh24, et à Kamel Daoud, qui ont volon­tiers auto­ri­sé la dif­fu­sion de cet article sur « C’est pour dire ».

Amazigh24.ma dont le siège est à Rabat se pré­sente comme un site d’information géné­ra­liste, concer­nant le monde ama­zigh (rela­tif au peuple ber­bère et à sa langue) : Maroc, Algé­rie, Tuni­sie, Egypte, Libye, Niger, Mali, Iles Cana­ries, Mau­ri­ta­nie, … et la dia­spo­ra ama­zigh en Amé­rique du Nord et en Europe… Un site par­ti­ci­pa­tif, indé­pen­dant, qui donne la parole à tous les Ama­zighs dans le monde… quels que soient leurs domaines d’activité : affaires, poli­tique, culture. Le site se veut pro­gres­siste, huma­niste, ouvert et tolérant.

On pour­rait contre­car­rer : Mais l’Arabie saou­dite n’est-elle pas elle-même une cible poten­tielle de Daesh ? Si, mais insis­ter sur ce point serait négli­ger le poids des liens entre la famille régnante et le cler­gé reli­gieux qui assure sa sta­bi­li­té — et aus­si, de plus en plus, sa pré­ca­ri­té. Le piège est total pour cette famille royale fra­gi­li­sée par des règles de suc­ces­sion accen­tuant le renou­vel­le­ment et qui se rac­croche donc à une alliance ances­trale entre roi et prê­cheur. Le cler­gé saou­dien pro­duit l’islamisme qui menace le pays mais qui assure aus­si la légi­ti­mi­té du régime.

 

Il faut vivre dans le monde musul­man pour com­prendre l’immense pou­voir de trans­for­ma­tion des chaines TV reli­gieuses sur la socié­té par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture isla­miste est aujourd’hui géné­ra­li­sée dans beau­coup de pays — Algé­rie, Maroc, Tuni­sie, Libye, Egypte, Mali, Mau­ri­ta­nie. On y retrouve des mil­liers de jour­naux et des chaines de télé­vi­sion isla­mistes (comme Echou­rouk et Iqra), ain­si que des cler­gés qui imposent leur vision unique du monde, de la tra­di­tion et des vête­ments à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une socié­té qu’ils consi­dèrent comme contaminée.

Il faut lire cer­tains jour­naux isla­mistes et leurs réac­tions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies » ; les atten­tats sont la consé­quence d’attaques contre l’Islam ; les musul­mans et les arabes sont deve­nus les enne­mis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la ques­tion pales­ti­nienne, le viol de l’Irak et le sou­ve­nir du trau­ma colo­nial pour embal­ler les masses avec un dis­cours mes­sia­nique. Alors que ce dis­cours impose son signi­fiant aux espaces sociaux, en haut, les pou­voirs poli­tiques pré­sentent leurs condo­léances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situa­tion de schi­zo­phré­nie totale, paral­lèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite.

Ceci laisse scep­tique sur les décla­ra­tions toni­truantes des démo­cra­ties occi­den­tales quant à la néces­si­té de lut­ter contre le ter­ro­risme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plu­tôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, com­ment empê­cher les géné­ra­tions futures de bas­cu­ler dans le dji­ha­disme alors qu’on n’a pas épui­sé l’effet de la Fat­wa Val­ley, de ses cler­gés, de sa culture et de son immense indus­trie éditoriale ?

Gué­rir le mal serait donc simple ? A peine. Le Daesh blanc de l’Arabie Saou­dite reste un allié de l’Occident dans le jeu des échi­quiers au Moyen-Orient. On le pré­fère à l’Iran, ce Daesh gris. Ceci est un piège, et il abou­tit par le déni à un équi­libre illu­soire : On dénonce le dji­ha­disme comme le mal du siècle mais on ne s’attarde pas sur ce qui l’a créé et le sou­tient. Cela per­met de sau­ver la face, mais pas les vies.

Daesh a une mère : l’invasion de l’Irak. Mais il a aus­si un père : l’Arabie saou­dite et son indus­trie idéo­lo­gique. Si l’intervention occi­den­tale a don­né des rai­sons aux déses­pé­rés dans le monde arabe, le royaume saou­dien leur a don­né croyances et convic­tions. Si on ne com­prend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tue­ra des dji­ha­distes mais ils renaî­tront dans de pro­chaines géné­ra­tions, et nour­ris des mêmes livres.

Kamel Daoud


Maître Eolas. La République à 35 euros (l’Anarchie n’est pas en prime…)

Infor­mé par un ami 1 d’un billet de blog au titre allé­chant : « La Répu­blique vaut-elle plus que 35 euros ? », je tombe sur le fameux blog de « Maître Éolas », Jour­nal d’un avo­cat - Ins­tan­ta­nés de la jus­tice et du droit.

La Répu­blique. Ange-Louis Janet (1815-1872) © Musée Carnavalet

LEolas en ques­tion semble être désor­mais le plus connu des avo­cats ano­nymes… Ne vou­lant pas mêler liber­té de juge­ment et affaires pro­fes­sion­nelles, il s’abrite der­rière ce pseu­do­nyme, lequel nous dit Wiki­pé­dia, vient du mot gaé­lique irlan­dais eolas qui signi­fie « connais­sance, infor­ma­tion. » Que voi­là une bonne réfé­rence ! Aus­si n’est-il pas éton­nant que cet homme de droit s’en prenne si sou­vent à la presse, grande péche­resse dans son propre domaine. D’où cet exergue, qui rejoint mon cre­do : « Qui aime bien châ­tie bien. Et la presse, je l’aime très fort. » Pour le coup, Eolas s’en prend à un édi­to de L’Opinion. 2

Voi­ci les faits, remon­tant à 2016, tels que repris de la plume (alerte et à l’occasion cin­glante) d’Eolas :

« Sébas­tien X. est l’heureux pro­prié­taire d’un lot dans le Lot, sur lequel se trouve une mai­son d’habitation et un garage. On y accède par un por­tail don­nant sur la voie publique, par lequel une auto­mo­bile peut pas­ser afin de rejoindre le garage. Le trot­toir devant cet accès est abais­sé, for­mant ce que l’on appelle une entrée car­ros­sable et plus cou­ram­ment un bateau.

« Un jour, mû par la flemme ou peut-être parce qu’il ne comp­tait pas res­ter long­temps chez lui, peu importe, Sébas­tien X. a garé sa voi­ture devant l’accès à sa pro­prié­té, au niveau du bateau. “Que diable, a-t-il dû se dire, je ne gêne pas puisque seul moi ai voca­tion à uti­li­ser cet accès. Or en me garant ain­si, je mani­feste de façon uni­voque que je n’ai nulle inten­tion d’user de ce dit pas­sage”. Oui, Sébas­tien X. s’exprime dans un lan­gage sou­te­nu, ai-je décidé.

« Fata­li­tas. Un agent de police pas­sant par là voit la chose, et la voit d’un mau­vais œil ; sans désem­pa­rer, il dresse pro­cès-ver­bal d’une contra­ven­tion de 4e classe pré­vue par l’article R.417-10 du code de la route : sta­tion­ne­ment gênant la cir­cu­la­tion. Sébas­tien X., fort mar­ri, décide de contes­ter l’amende qui le frappe, fort injus­te­ment selon lui. »

Il s’ensuit que le Sébas­tien X. dépose une requête, à laquelle le juge de proxi­mi­té de Cahors fait droit et le relaxe, au motif “qu’il n’est pas contes­té que l’entrée car­ros­sable devant laquelle était sta­tion­né le véhi­cule de M. X. est celle de l’immeuble lui appar­te­nant qui consti­tue son domi­cile et des­sert son garage, et que le sta­tion­ne­ment de ce véhi­cule, sur le bord droit de la chaus­sée, ne gêne pas le pas­sage des pié­tons, le trot­toir étant lais­sé libre, mais, le cas échéant, seule­ment celui des véhi­cules entrant ou sor­tant de l’immeuble rive­rain par son entrée car­ros­sable, c’est à dire uni­que­ment les véhi­cules auto­ri­sés à emprun­ter ce pas­sage par le pré­ve­nu ou lui appartenant”.

Mais voi­là-t-il pas que le repré­sen­tant du minis­tère public, « fin juriste » selon Eolas, dépose un pour­voi en cas­sa­tion. Et la cour, en effet, a cas­sé. Ledit juge­ment s’est trou­vé annulé.

Alors, se demande gou­lu­ment l’avocat : « Pour­quoi la cour de cas­sa­tion a-t-elle mis à l’amende ce juge­ment ? Pour deux séries de motif dont cha­cun à lui seul jus­ti­fiait la cassation. »

À par­tir de là, puisque je ne vais pas reco­pier la longue autant qu’argumentée et pas­sion­nante plai­doi­rie de l’avocat, je vous invite à la lire direc­te­ment ici.

Pour ma part, non juriste, je m’en tien­drai à quelques réflexions sur ce qu’on appelle « l’État de droit » et qui pose des ques­tions essen­tielles, non seule­ment sur la Répu­blique et la démo­cra­tie mais plus géné­ra­le­ment sur l’état de la socié­té, donc sur les com­por­te­ments indi­vi­dua­listes ou communautaristes.

L’usage de l’automobile et, en géné­ral, de tous les engins à moteur, dévoile le reflet hideux des com­por­te­ments humains – à l’humanité rela­tive, spé­cia­le­ment dans les villes, en dehors de toute urba­ni­té… C’est en quoi cet article de Maître Eolas revêt son impor­tance poli­tique, voire idéo­lo­gique et phi­lo­so­phique. Il pose en effet – depuis son titre, « La Répu­blique vaut-elle plus que 35 euros ? » –  la ques­tion du bien com­mun, cen­sé être codi­fié et confor­té par la Loi. Cette Loi (avec majus­cule) si sou­vent bafouée, par des hors-la-loi dont notre socié­té a bien du mal à endi­guer les flots : manque de pri­sons, qui débordent, de juges, de poli­ciers. On manque plus encore, avant tout, d’esprit civique – ce que George Orwell, sous l’expression décence com­mune, défi­nis­sait comme « ce sens com­mun qui nous aver­tit qu’il y a des choses qui ne se font pas ».

Non, ça ne se fait pas, enfin ça ne devrait pas se faire de : 

– Se foutre du code de la route, spé­cia­le­ment des limi­ta­tions de vitesse et mettre ain­si des vies en dan­ger ; cau­ser un bou­can infer­nal avec son engin à moteur ; jeter les ordures n’importe où ; incen­dier pou­belles et voi­tures ; insul­ter qui­conque par des pro­pos agres­sifs et racistes 3 ; bar­rer des rues pour empê­cher l’accès de la police dans des « ter­ri­toires per­dus de la Répu­blique » 4 Liste non exhaustive !

Mais ça ne devrait se faire non plus que :

– Près de la moi­tié des richesses mon­diales soit entre les mains des 1 % les plus riches, tan­dis que 99 % de la popu­la­tion mon­diale se par­tagent l’autre moi­tié, tan­dis que 7 per­sonnes sur 10 vivent dans un pays où les inéga­li­tés se sont creu­sées ces 30 der­nières années. (Rap­port Oxfam, 2014).

– … Et que les riches conti­nuent à s’enrichir et les pauvres à s’appauvrir…

L’État de droit, certes, implique la pri­mau­té du droit sur le pou­voir poli­tique, de sorte que gou­ver­nants et gou­ver­nés, doivent obéir à la loi, tous étant ain­si égaux en droit. En droit. Pour le reste : on comp­te­ra sur les talents, la chance, et sur­tout la « bonne for­tune »… Rien à voir avec le degré de démo­cra­tie d’un régime ! Où serait alors le « monde com­mun » entre les nou­velles élites de l’industrie, du com­merce, de la banque, des arts, du sport et de la poli­tique ? – cette nou­velle aris­to­cra­tie, à l’hérédité finan­cière et aux reve­nus éhon­tés, injurieux.

État de droit, ou État de tra­vers ? Par delà le désordre éco­no­mique fac­teur de misère 5, c’est l’ordre sym­bo­lique du monde – celui de la jus­tice et du bien-être par le « pro­grès » tant van­té – qui se trouve gra­ve­ment atteint et accen­tue le res­sen­ti­ment géné­ral et la mal­veillance des lais­sés pour compte. Tan­dis que les déma­gogues de tous poils se ren­gorgent sous de grandes envo­lées éga­li­ta­ristes, accu­sant l’État et ses « élites », dénon­çant les démons, les com­plots, le « sys­tème ». Ce qui revient à désen­ga­ger le citoyen de sa propre res­pon­sa­bi­li­té – ce qui, il est vrai, pos­tule sa liberté.

À ce stade, on ne peut igno­rer l’autre res­pon­sa­bi­li­té, celle des gou­ver­ne­ments, dont elle ques­tionne leur forme et leur légi­ti­mi­té. Cette notion de l’État de droit, si elle fonde la Répu­blique en tant que démo­cra­tie théo­rique, se voit confron­tée à l’État tout court. Cer­tains cou­rants anar­chistes y ont vu et conti­nuent à y voir le mal abso­lu. D’autres, plus phi­lo­so­phiques que dog­ma­tiques, ont su poser les prin­cipes de fond. Ain­si Prou­dhon quand il écrit : « La liber­té est anar­chie, parce qu’elle n’admet pas le gou­ver­ne­ment de la volon­té, mais seule­ment l’autorité de la loi, c’est-à-dire de la néces­si­té », ou encore « L’anarchie c’est l’ordre sans le pou­voir ». Ou Éli­sée Reclus : « L’anarchie est la plus haute expres­sion de l’ordre. »

Au fond, on n’est pas loin de l’affaire du sta­tion­ne­ment illé­gal si fine­ment ana­ly­sé par Maitre Eolas. Par­tant d’une amende à 35 euros, dénon­cée par un jour­na­liste sur­feur et déma­gogue 6, on en arrive à embras­ser la com­plexi­té d’un tout his­to­rique et phi­lo­so­phique, dont les fon­da­tions datent de l’Antiquité grecque et romaine, tan­dis que l’édifice entier demeure sous écha­fau­dages, plus ou moins (in)stable, selon le rap­port incer­tain entre bâtis­seurs et démo­lis­seurs – ce qui consti­tue l’Histoire.

Notes:

  1. Mer­ci Daniel !
  2. Média éco­no­mique d’inspiration libé­rale, pro-busi­ness, euro­péenne.
  3. Rou­lant à vélo dans les quar­tiers Nord de Mar­seille, je me suis fait trai­ter de « sale pédé » et mena­cer de cas­sage de gueule par un Noir hai­neux [c’est un fait] en bagnole, voci­fé­rant parce qu’empêché de me pas­ser des­sus dans une rue étroite !
  4. Je parle de ce que je connais : à Mar­seille, quar­tiers Nord encore, cité de la Cas­tel­lane pour être pré­cis : des guet­teurs au ser­vice de tra­fi­quants de drogue sont pos­tés en per­ma­nence et une rue (au moins) est obs­truée par des blocs de pierre et des cha­riots de super­mar­ché. Lire sur ces ques­tions La Fabrique du monstre, une enquête à Mar­seille de Phi­lippe Pujol, sur ce qu’il appelle « les mal­fa­çons de la Répu­blique fran­çaise » (Ed. Les Arênes)
  5. Voir L’économie, cette mytho­lo­gie dégui­sée en « science »
  6. Le titre de son article taclé par Eolas : « Sta­tion­ne­ment inter­dit » ou Kaf­ka au volant. La chute du papier est évi­dem­ment du même ton­neau libé­ra­liste : « Il y a, fina­le­ment, plu­tôt de quoi en pleu­rer de rage. Que disait Pom­pi­dou, déjà ? Ah oui : « Arrê­tez donc d’emmerder les Français ! »

    Et vive l’anarchie ! – au mau­vais sens du mot, évi­dem­ment.


L’économie, cette mythologie déguisée en « science »

Enfin, des pro­pos sur l’économie qui sou­lagent ! Non pas des paroles de mes­sie mais, au contraire, de quoi nous désen­gluer des dogmes assé­nés par les Len­glet, Atta­li, Ceux et autres prê­cheurs du libé­ra­lisme sal­va­teur. France Inter a eu la bonne idée d’inviter 1 à son micro un éco­no­miste « autre » : Éloi Laurent, ensei­gnant à l’IEP de Paris et à Stan­ford, aux Etats-Unis – grand bien soit fait à ses étu­diants ! –, auteur de Nou­velles mytho­lo­gies éco­no­miques 2 dans lequel, en effet, il pré­sente l’économie comme une mytho­lo­gie, lieu où se concentre le caté­chisme néo­li­bé­ral des­ti­né à faire oublier les fina­li­tés essen­tielles de l’activité humaine, à savoir le bien-être géné­ral et les équi­libres écologiques.

Je ne suis nul­le­ment éco­no­miste, ni par culture et moins encore par goût. C’est aus­si en quoi réside ma méfiance envers la « chose éco­no­mique » et sa pré­ten­tion à se pré­va­loir du sta­tut de « science ». Cette auto-qua­li­fi­ca­tion m’a tou­jours fait rigo­ler. Autant que pour ce qui est de la poli­tique, pareille­ment auto-éle­vée – selon le même effet récur­sif – à hau­teur de « science ». On parle ain­si de « sciences éco­no­miques » – au plu­riel de majes­té, s’il vous plaît –, et de « sciences poli­tiques ». Pour cette der­nière espèce, a même été créée une École libre des sciences poli­tiques (1872), par la suite sur­nom­mée « Sciences Po » deve­nue une marque en 1988, dépo­sée par la Fon­da­tion Natio­nale des sciences poli­tiques [sic]. Voi­là com­ment un cer­tain savoir, tout à fait empi­rique, amal­ga­mant des bribes de socio­lo­gie et de sta­tis­tiques, s’est his­sé par elle-même, à un rang pré­ten­du­ment scientifique.

Dans les deux cas, ce sont ces pseu­do-sciences 3 qui pré­tendent nous gou­ver­ner et, tant qu’on y est, diri­ger le monde entier. En fait, dans ce domaine de la gou­ver­nance mon­diale, c’est l’économie qui tient lar­ge­ment le haut du pavé. S’il n’existe pas de Poli­tique mon­diale, il y a bien une Banque mon­diale. Quand les « Grands » se réunissent, que ce soit à Davos (Suisse…) ou lors de leurs messes régu­lières tenues par le Groupe des vingt, le fameux « G20 » (ou même 21), il s’agit d’arranger les affaires des pays les plus riches, repré­sen­tant 85 % du com­merce mon­dial, les deux tiers de la popu­la­tion du globe et plus de 90 % du pro­duit mon­dial brut (somme des PIB de tous les pays du monde).

Concer­nant les Prix Nobel, on note­ra que celui de la Paix n’est nul­le­ment le pen­dant poli­tique du Nobel de l’Économie. L’histoire de ce der­nier est d’ailleurs très par­lante : À l’origine a été créé le Prix de la Banque de Suède en sciences éco­no­miques en mémoire d’Alfred Nobel, bien­tôt sur­nom­mé « prix Nobel d’économie », qui récom­pense chaque année, depuis 1969, une ou plu­sieurs per­sonnes pour leur « contri­bu­tion excep­tion­nelle dans le domaine des  sciences éco­no­miques ». À noter que c’est le seul prix géré par la Fon­da­tion Nobel non issu du tes­ta­ment d’Alfred Nobel. L’idée de ce nou­veau « prix Nobel » vient de Per Åsbrink, gou­ver­neur de la Banque de Suède, l’une des plus anciennes banques cen­trales du monde. Sou­te­nu par les milieux d’affaires, Åsbrink s’oppose au gou­ver­ne­ment social-démo­crate  – qui enten­dait uti­li­ser les fonds pour favo­ri­ser l’emploi et le loge­ment –, et pré­co­nise de s’orienter vers la lutte contre l’inflation. Le but caché était de sus­ci­ter un inté­rêt média­tique et ain­si d’accroitre l’influence de ces milieux d’affaires au détri­ment des idées sociales-démo­crates. 4

Les dif­fé­rences appa­rentes entre poli­tique et éco­no­mie dis­si­mulent une égale pré­ten­tion « holis­tique ». Cepen­dant, si la poli­tique pré­tend gou­ver­ner (de gou­ver­nail), c’est bien l’économie qui tient les rênes, c’est-à-dire les cor­dons de la Bourse. D’où un sem­blant de ten­sion entre les deux domaines, une forme de concur­rence pou­vant faire illu­sion, spé­cia­le­ment en démo­cra­tie libérale.

Et plus spé­cia­le­ment encore en libé­ra­lisme « avan­cé » qui place à la barre un habile agent de la grande finance – sui­vez mon regard.

Éloi Laurent frappe juste en rap­pe­lant les fina­li­tés de l’activité humaine : bien-être pour l’homme, récon­ci­lié avec la nature. En quoi il s’accorde à l’étymologie com­mune aux deux mots, éco­no­mie et éco­lo­gie : du grec oikos « mai­son, habi­tat », et de nomos, l’usage ou la loi, et logos, science, dis­cours.

Le reste, c’est de la poli­tique, jeu de com­bi­nai­sons au pro­fit d’une minorité.

Notes:

  1. Le « 7-9 » du 7/7/17. Il a aus­si été maintes fois invi­té par France Culture.
  2. Ed.Les Liens qui Libèrent
  3. On dis­tingue les sciences « dures », ou exactes, (mathé­ma­tiques, phy­sique, chi­mie, bio­lo­gie, géo­lo­gie, etc.) des sciences humaines ou « douces » (socio­lo­gie, psy­cho­lo­gie, phi­lo­so­phie, etc.)
  4. Source Wiki­pé­dia


Président. « Dieu est avec nous » : pourvu qu’il ne nous oublie pas !

macron-président-faber

© faber - 2017

Le jeune homme bien éle­vé s’est éle­vé au som­met. Il lui a fal­lu un beau culot, une confiance en soi confi­nant à un état supé­rieur, à une qua­si-mys­tique. Ce regard bleu et droit recèle de l’élan, une foi, pour ne pas dire une cer­taine trans­cen­dance, ingré­dients indis­pen­sables à tout conqué­rant du pou­voir. Ver­tu virile, donc plu­tôt mâle, qui sied moins aux dames – l’Histoire en témoigne, jusqu’à ses rares excep­tions. Dans cette caté­go­rie res­treinte, son oppo­sante en aura sans doute trop démon­tré dans sa mâli­tude, là où elle n’a pas su / pu jouer dans une finesse plu­tôt acco­lée à la fémi­ni­tude. Nous sommes là, pour une part, dans les sté­réo­types du genre – mais pour une part seule­ment, sinon qu’en serait-il de nos pré­cieuses dif­fé­rences femme / homme et de « celles-zé-ceux » du nou­vel élu ?

Certes, je pré­fère avoir ici taillé ce por­trait que celui de sa concur­rente (qui a bien pro­pul­sé son adver­saire en tant que repous­soir…) Nous n’en sommes pas quittes pour autant : dix mil­lions d’électeurs ont voté pour l’extrême-droite ! Cette bana­li­sa­tion « du mal » recouvre le déla­bre­ment d’un « sys­tème » igno­rant les inéga­li­tés criantes et nour­ris­sant les extrêmes. Le cri ne serait-il donc pas encore assez puis­sant qu’il faille attendre le pro­chain coup ? Pour m’en tenir à ma zone géo­gra­phique, en PACA et en Corse, l’extrême-droite a recueilli la plu­part du temps un vote sur deux ! Même à Vitrolles où ils avaient pour­tant déjà « essayé » les Mégret (1995), avec le désastre qui s’ensuivit ! Et mal­gré – ou à cause – les deux man­da­tures socia­listes sui­vantes… Tel est le défi, pro­ba­ble­ment ultime, qu’aura à rele­ver le nou­veau pré­sident : redon­ner un conte­nu à ce qu’on appelle encore la Répu­blique – en marche, ou en phase terminale.

Il l’a donc rem­por­té, ce valeu­reux guer­rier, ambi­tieux, volon­ta­riste et vain­queur. Ne le sur­es­ti­mons certes pas, sans pour autant nier cette farouche puis­sance de com­bat­tant, quelque chose de nietz­schéen chez ce gosse de nan­tis, nan­ti lui-même de cette volon­té de puis­sance rare­ment four­nie avec la « cuiller d’argent » de la nais­sance – et qui fait les chefs autant que les tyrans.

Le beau gosse, de sur­croît, a aus­si connu la grâce de la Pro­vi­dence, ça ne s’invente pas : ain­si s’appelle ce bahut catho joux­tant la Cité sco­laire d’Amiens, lycée public où j’ai pas­sé mon bachot. Nous ne ris­quions donc pas de nous croi­ser, indé­pen­dam­ment de nos âges res­pec­tifs : les grilles de cette mai­son jésui­tique en pierre de taille tenaient her­mé­ti­que­ment de murs de classes.

Le nou­vel élu, jamais autre­ment élu, et cepen­dant élu « des dieux » : celui du catho­li­cisme « pro­vi­den­tiel », depuis le col­lège même ; celui du pro­tes­tan­tisme du phi­lo­sophe Paul Ricœur auprès duquel il dit d’être frot­té ; celui, plus maté­ria­liste, de l’héritage fami­lial – parents méde­cins qui lui offri­ront au Tou­quet la vil­la du couple (esti­mée à 1,4 mil­lions d’euros, finan­cée éga­le­ment par Bri­gitte, l’épouse et héri­tière des renom­més cho­co­la­tiers amiénois).

Catho, pro­to, fri­qué… Le jeune homme a beau être héri­tier – on ne choi­sit pas ses ori­gines – il a aus­si du talent, qua­trième pilier de son édi­fi­ca­tion. D’abord de l’entregent – c’est-à-dire cette forme appli­quée de la séduc­tion –, qui pro­pulse notre Ras­ti­gnac picard vers les temples du pou­voir : Sciences Po’ 1, l’ENA, à défaut de Nor­mal Sup’ où il a buté par deux fois. Ces for­ma­li­tés accom­plies, il n’est pas bien dif­fi­cile de frap­per aux portes des banques et, tant qu’à faire, chez celle de Roth­schild, la plus emblé­ma­tique, voire cari­ca­tu­rale : frac, haut de forme et cigare…

Pour le « reste », quelques coups de pis­ton – Minc, Atta­li, Hol­lande, etc. – et hop ! voi­là com­ment se fabrique, ou se révèle, un « Ima­nou El » qui en hébreu veut dire « dieu avec nous » – tant qu’à faire.

Notes:

  1. Comme pour l’économie, his­ser la poli­tique au rang de science m’a tou­jours fait mar­rer !


Présidentielles. Pour Elzéard Bouffier, l’homme et ses arbres

L’Ange blanc, le Bour­reau de Béthune et Roger Cou­derc en mon­sieur Loyal… Image plus que jau­nie de la télé en noir & blanc. En cou­leur, sur écran plat et dans l’apparat des stu­dios pom­peux des grands moments vides, très peu pour moi. Devant l’affligeante par­tie de catch, j’ai tenu un quart d’heure, ques­tion de san­té. De plus cou­ra­geux m’ont résu­mé l’affaire, et ce matin, avec ma dose de radio, j’ai com­pris que j’en savais assez pour me dire que je n’avais rien per­du, sur­tout pas mon temps.

J’ai aus­si cru com­prendre que, sur le ring poli­ti­co-télé­vi­suel, l’une pra­ti­quait en effet le catch – coups bas et appels à la vin­dicte de la salle (le Peuple !) ; tan­dis que l’autre s’essayait plu­tôt à la boxe, dite fran­çaise en l’occurrence, donc sans exclure les coups de tatane. En gros, le com­bat était pipé, comme pré­vi­sible. D’un côté, un dogue qui jouait son va-tout dans la pro­voc, la hargne et les lita­nies men­son­gères ; de l’autre, un pré­si­den­tiable se devant de la jouer plus fin. Ce ne lui fut pas bien dif­fi­cile, au vu de la gros­sière charge oppo­sée. De ce seul point de vue on ne peut décla­rer le match nul, encore moins archi­nul. Car la forme aura par­lé, l’emportant sur le fond. C’est presque tou­jours le propre des com­bats télé­vi­sés, por­tés à ren­for­cer la bina­ri­té des com­por­te­ments et des idées (quand il y en a) et, fina­le­ment, à sacrer le mani­chéisme comme seule mode de pensée.

canard-ni-ni

Un ni-ni non ambigu…

Par­tant de là, sans besoin d’en rajou­ter sur le spec­tacle lui-même, il semble qu’« on » ne soit pas plus avan­cé après qu’avant. Et aus­si que le ni-ni ne repré­sente en rien un troi­sième pla­teau à la balance binaire. L’enjeu demeure, sauf à consi­dé­rer que « les jeux » sont faits. Il en fut ain­si, il y a peu, entre une naïve arri­vée et un fada dan­ge­reux qui, depuis, sème le souk sur toute la pla­nète. Car la déma­go­gie peut « payer », sur­tout en mon­naie de singe (en dol­lars comme en « nou­veaux » francs).

Mais enfin : même si, hier soir, je me suis abs­te­nu en fuyant l’affligeante joute déma­go­gique, je me retrouve bien rat­tra­pé le matin-même par l’évidence : faire l’autruche n’a jamais écar­té le danger.

Mon vieux pote Elzéard Bouf­fier 1, dor­mait hier soir du som­meil du juste ; il n’a d’ailleurs pas la télé. Il s’est levé au petit matin, pour arpen­ter son pays, avec son sac de glands, sa barre de fer… Tan­dis que la veille, des pos­tu­lants à gou­ver­ner la France, sinon le monde, n’ont pas même eu une parole pour évo­quer le désastre éco­lo­gique qui bou­le­verse la pla­nète, menace l’humanité entière ! Elzéard, ce matin, comme hier et demain, plante ses chênes, ses hêtres et bou­leaux. J’ai écrit ici que je vote­rai pour lui. Pour lui, en effet, je vote­rai. Au nom de l’Anarchie géné­reuse et comme disait un autre grand viveur, l’écrivain rou­main Panaït Istra­ti : Pour avoir aimé la terre.

> Cadeau de Gio­no, le plus beau mes­sage à l’humanité (pdf) : Gio­no-L_Homme_­qui_­plan­tait_des_arbres

Notes:

  1. Lire ici, et .

Macron ou Le Pen ? Entre deux maux, il faut choisir le moindre 

Par Serge Bourguignon, simple citoyen
onreflechit@yahoo.fr

Je suis effa­ré par tous ces gens, y com­pris des gens que j’aime et j’estime, qui croient dur comme fer que Macron et Le Pen, c’est pareil. Et je suis encore plus effa­ré par ceux pour qui Macron, c’est pire que Le Pen ! Aurait-on atteint le degré zéro de la conscience politique ?

La soupe néo­li­bé­rale, je ne la goûte guère. Elle détraque tou­jours plus notre bonne vieille Terre et ses habi­tants, en par­ti­cu­lier nous autres les z’humains. Il n’est pas inutile de le rap­pe­ler. Mais j’aime encore moins la soupe FHaine, qui me fait vomir et qui hélas ! ren­contre tel­le­ment d’écho aujourd’hui dans notre France : la can­di­date néo­fas­ciste (j’ai bien dit néo) a obte­nu bien plus de voix que son père en 2002. Si la façade a été réno­vée pour être plus « pré­sen­table », la réa­li­té empi­ri­que­ment obser­vable n’est pas belle à voir. Ce par­ti reste un ramas­sis de pétai­nistes et le soi-disant gaul­liste Phi­lip­pot y est mino­ri­taire. La ges­tion des muni­ci­pa­li­tés FN est inquié­tante, il y a beau­coup de témoi­gnages à ce sujet pour qui veut savoir. Et n’oublions pas que l’amère Le Pen a par­ti­ci­pé au bal de l’extrême droite euro­péenne le 27 jan­vier 2012, jour du 67e anni­ver­saire de la libé­ra­tion du camp de concen­tra­tion d’Auschwitz !...

m-le-pen

© Ph. Reu­ters. Cli­quer pour agrandir

Le Monde –28.01.2012
C’était son premier bal à Vienne, mais aussi l’occasion de resserrer ses contacts avec d’autres dirigeants de l’extrême droite européenne. La candidate du Front national à l’élection présidentielle française, Marine Le Pen, était l’hôte de marque, vendredi 27 janvier dans l’ancien palais impérial de la Hofburg, du fringant Heinz-Christian Strache, chef du Parti de la liberté (FPÖ), qui affiche son ambition de devenir chancelier d’Autriche. Avant de valser avec les étudiants  « combattants », adeptes de duels virils au sabre, la présidente du FN, en longue robe noire, a dû attendre que les forces de police aient éloigné des milliers de manifestants décidés à perturber la soirée. […]
Le bal des corporations estudiantines à Vienne est toujours un événement controversé. Principal réservoir de cadres du FPÖ, les Burschenschaften (de Bursch, jeune homme) comptent environ 4 000 membres, engagés leur vie durant dans des fraternités dont les noms – Aldania, Vandalia, Gothia, Silesia – cultivent une germanité mythique. L’une d’entre elles, Olympia, est considérée comme proche du néonazisme. […]
Cette année, les polémiques étaient d’autant plus vives que l’organisation du bal coïncidait avec le 67e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz.

Le FN aujourd’hui se pré­sente comme le défen­seur du peuple fran­çais contre la tech­no­cra­tique Union euro­péenne. Ce qui plaît dans ce dis­cours anti-UE, c’est qu’il offre un bouc-émis­saire facile aux élec­teurs, leur évi­tant par là-même la fatigue de pen­ser à des pro­blèmes com­plexes qui ne peuvent se résoudre d’un coup de baguette magique.  Il y a plein d’inconvénients à être dans l’UE, mais il y a aus­si quelques avan­tages. Et si l’on en sor­tait, il y aurait certes quelques avan­tages, mais quand même pas mal d’inconvénients. Mais pour séduire le bon peuple, on sim­pli­fie les choses, on lui fait miroi­ter des solu­tions miracles.

Ce que ne font jamais  les idéo­logues (qu’ils soient anti- ou pro-UE, d’ailleurs), et ceux qui boivent leurs paroles, c’est la part des choses. Or la réa­li­té est tou­jours mul­tiple et contra­dic­toire : la contra­dic­tion est l’essence même du vivant. Mais nous vivons à l’époque de l’ordinateur roi et de la pen­sée binaire, et dans le cirque élec­to­ral la réa­li­té est très sou­vent gom­mée d’un effet de manche, sans jamais être appré­hen­dée dans sa complexité.

Com­ment ne pas voir qu’il sera plus facile de s’opposer à Macron pré­sident qu’à Le Pen ? C’est la soi-disant proche du peuple Le Pen qui deman­dait l’interdiction des manifs pen­dant le mou­ve­ment d’opposition à la loi tra­vail, et non pas le ban­quier Macron. Il serait donc sage de choi­sir le moins nocif.

Citoyennes, citoyens, encore un effort pour être réel­le­ment républicains !

Rap­pel : Res publi­ca signi­fie la chose publique, qui appar­tient à tous.

S.B. (29 avril 2017)
onreflechit@yahoo.fr




Présidentielles. On n’a pas fini de rigoler (jaune)

J’ai même édi­té un timbre. Rien n’y a fait ! Un métier…

Je cède : tant de com­men­taires, ana­lyses, sup­pu­ta­tions, etc. déver­sés depuis des mois… Et rien sur ma can­di­da­ture, son échec, mon déses­poir, mon dépit ! À déses­pé­rer de la mer­dia­cra­tie. Ce néo­lo­gisme-valise syn­thé­tise à mer­veille le dégoût poli­ti­cien à l’encontre de la presse dans son ensemble – à l’exception tou­te­fois du Figa­ro et de Valeurs actuelles. Il réunit aus­si dans un même haut-le-cœur, Le Pen et Mélen­chon, outrance et amer­tume, triste alliance de contraires.

C’est en fait sous la pres­sion de mes innom­brables fans 1 que je reprends ma plume délais­sée sur ce blog depuis deux mois ! D’autres tâches m’avaient acca­pa­ré ; et puis, eh oui ! je n’ai pas réuni mes 500 signa­tures, pas même cinq… N’est pas Che­mi­nade qui veut, ni Pou­tou, ni Arthaud, etc. Ni dieu, ni césar, ni tri­bun. Ain­si en étais-je res­té à lInsou­mis « qui ne plan­tait rien », en tout cas qui s’est plan­té, à pas grand-chose, il est vrai – à deux points de Le Pen. À quoi cela tient-il, une foi­rade en poli­tique ? À un mot de trop, un déra­page ver­bal et fatal. Pour lui, son Alliance boli­va­rienne, au moment même où son cama­rade véné­zué­lien met­tait Cara­cas à feu et à sang. Il a eu beau ten­ter de rat­tra­per l’affaire avec un vague truc com­mer­cial guya­no-antillais, ben non, le coup était bien par­ti. Pour le Mar­cheur, une ivresse de trop, celle du pou­voir qui monte à la tête d’un Ras­ti­gnac si pres­sé, qui va devoir mâcher de la Rotonde comme l’autre avant lui avait dû bouf­fer du Fouquet’s pen­dant cinq ans.

À ce niveau, un trait de finesse s’impose. Des­sin de Charb, Char­lie Heb­do, 2016.

C’est dire si je compte m’obstiner à voter pour Elzéard Bouf­fier, qui plan­tait des arbres. 2 Rap­pel : mon can­di­dat (à défaut de ma propre can­di­da­ture…) est par­rai­né par un cer­tain Jean Gio­no, un fada de Manosque, Alpes de Haute-Pro­vence. Ce même Gio­no que ledit Mélen­chon a insul­té à la télé­vi­sion, en direct, quand le comé­dien Phi­lippe Tor­re­ton avait cru bon, éco­lo et géné­reux de lui offrir L’Homme qui plan­tait des arbres, dudit Gio­no : « [Un livre] fon­da­men­ta­le­ment immo­ral ! », avait tout aus­si­tôt lan­cé Mélen­chon. Quelle immo­ra­li­té, bigre ? Celle de « cette his­toire […] écrite pen­dant la guerre, et quand on lutte contre le nazisme on plante pas des arbres, on prend une arme et on va se battre ! » 3

Quoi qu’il en soit, les élec­teurs de Manosque, magna­nimes ou indo­lents, n’en ont pas vou­lu au don­neur de leçon va-t’en guerre : ils l’ont pla­cé en tête à 22,5% des bul­le­tins… Pour qui vote­ront-ils le 7 mai si leur pré­fé­ré s’obstine dans le ni-ni ? Car, lorsqu’on lutte contre « le fas­cisme », est-il bien moral de ne pas s’engager, hein ? Or, voi­là le « Tri­bun du peuple » sou­dain muet, mou­ché sur sa droite extrême, en appe­lant à la vox populi/dei de ses 450 000 afi­cio­na­dos.

Sans légende, et désor­mais légendaire.

Je rap­pe­lais en note, dans mon article pré­cé­dent que, jusqu’à l’avènement d’Hitler, le Par­ti com­mu­niste alle­mand avait pour cible prio­ri­taire le Par­ti social-démo­crate ! Et on sait que l’Histoire peut bégayer – même si je ne sau­rais confondre lepe­nisme et nazisme. Les ana­thèmes sim­plistes et outran­ciers contre le Front natio­nal n’ont plus de prise ; ils sont même deve­nus contre-pro­duc­tifs en niant une réa­li­té (certes acca­blante et déplo­rable) encore véri­fiée par ces élec­tions : le FN est confir­mé comme pre­mier par­ti « ouvrier » – plus pré­ci­sé­ment ceux des lais­sés pour compte, ceux que « les élites » ignorent ou méprisent, ceux que « le sys­tème » condamne, tout comme les « euro­crates » bruxel­lois et les « hordes d’immigrés ». Sous les outrances ver­beuses et le ric­tus car­nas­sier de la can­di­date, il y a « du vrai » qui atteint un citoyen sur cinq (et plus encore dans quinze jours…). Et elle tape juste, la fron­tiste, en filant droit à Run­gis saluer comme Sar­ko­zy « la France qui se lève tôt », à l’encontre de celle des couche-tard de la Rotonde… 4

Quant à l’effondrement de Hamon, il sonne certes le glas du PS, mais aus­si d’un pro­gramme éco­lo­giste et uto­piste. Dans cette France des 35-40 heures, on ne doit pas oser désa­cra­li­ser la valeur tra­vail. 5 Ain­si ont voté les 387 citoyens de Fes­sen­heim autour de leur vieille, dan­ge­reuse et nour­ri­cière cen­trale : les nucléa­ristes y font le plein, Fillon en tête, sui­vi de Macron, Le Pen et même Dupont-Aignant – Mélen­chon et Hamon recueillant moins de 50 voix…

À pro­pos de Dupont-Aignant, ren­dons lui grâce, avec ses petits 5 pour cent, de nous avoir à la fois épar­gnés la Le Pen en tête de gon­dole 6, et sau­vés du spectre Fillon. Lequel,  avec « son air de curé qui a piqué dans les troncs » 7, n’était pas si loin du podium… On se console de peu. Mais on n’a pas fini de rigo­ler (jaune) car revoi­là Sar­ko et sa bande d’embusqués prêts à dégai­ner pour le troi­sième tour. Le pire n’est jamais cer­tain, dit-on par précaution.

Notes:

  1. Eh eh, le Jo !
  2. À moins, une fois de plus, d’un péril avé­ré…
  3. Voir mon papier sur le sujet.
  4. C’est au len­de­main de ce pre­mier tour que les pro­duc­teurs de « viandes racées  » lancent une sai­gnante cam­pagne de pub dans les médias… avec ce slo­gan fleu­rant sa terre pétai­niste : « Ini­tiez-vous aux plai­sirs racés  ». Si la notion de race s’applique aux vaches, pour­quoi plus aux hommes ?
  5. Sur­tout en impro­vi­sant bien labo­rieu­se­ment, c’est le cas de le dire, sur la ques­tion du reve­nu uni­ver­sel » !
  6. Il va se faire par­don­ner vite fait!
  7. Dézin­guage en règle lan­cé sur France Inter par Char­line Van­hoe­na­cker, du « com­plot média­tique ».

Mélenchon, l’homme qui ne plantait rien (ou qui plantait tout)

Jean-Luc-Melenchon

[Ph. Gerhard Valck, 2015, domaine public]

De la mélasse pré­si­den­tielle, que pour­rait-il sor­tir de bon ? Qu’ajouter à cette triste ques­tion ? « C’est pour dire » n’avait donc rien à dire sur ce cha­pitre. Sauf  à le consi­dé­rer sous la plume ins­pi­rée d’Eugène Pot­tier écri­vant L’Internationale : « Il n’est pas de sau­veurs suprêmes / Ni Dieu, ni César, ni Tri­bun ». L’air est aujourd’hui plu­tôt éven­té, mais le mes­sage reste d’une navrante actua­li­té. Ain­si m’est-il reve­nu l’autre soir (23/2/17) à la télé en regar­dant le spec­tacle mon­té autour de Jean-Luc Mélen­chon. 1

Mélen­chon, ce soir-là, n’a pas craint de se pré­sen­ter comme « un tri­bun » et même comme « le tri­bun du peuple ». Oui : « Je suis le tri­bun du peuple », a-t-il ren­ché­ri, modeste… On sait l’homme por­té à l’admiration de lui-même, qu’il clone à l’occasion par holo­gramme inter­po­sé, réus­sis­sant ain­si l’admirable syn­thèse du Spec­tacle à la fois poli­ti­cien & tech­no­lo­gique. « Miroir, mon beau miroir… », cette si vieille fas­ci­na­tion égo­cen­trique… De nos jours – à l’ère du tout média­tique – la conquête et l’exercice du pou­voir passent par la mise en spec­tacle du geste et de la parole, sur­tout de la parole. Il est signi­fi­ca­tif et cocasse que cette émis­sion de France 2 s’intitule Des Paroles et des Actes

Tan­dis que la poli­tique se résume au Verbe, à l’effet de tri­bune (pour tri­buns…), un gou­ver­ne­ment peut se res­treindre à un seul minis­tère, celui de la Parole. Cette pra­tique est, elle aus­si, vieille comme le monde poli­tique ; elle remonte même à la rhé­to­rique des Anciens, qui l’avaient éle­vée au rang du dis­cours phi­lo­so­phique. Disons qu’aujourd’hui, seul le dis­cours a sub­sis­té. Enfin, sur­tout le dis­cours, par­fois quelques idées. Aucun poli­ti­cien n’y échappe, sur­tout pas les can­di­dats à la pré­si­dence. Il peut être inté­res­sant, voire dis­trayant, de lire entre les lignes des ver­biages élec­to­raux, d’en décryp­ter aus­si les non-dits, à l’occasion expri­més par le corps – atti­tudes, gestes, tonalités.

À cet égard, la par­lure de Hol­lande ponc­tuée, et même truf­fée de « euh… », s’avère tout à fait révé­la­trice de sa gou­ver­nance à base d’hésitations, de doutes peut-être et de renon­ce­ments. 2 Celle de Mélen­chon, elle, si elle ne manque pas de souffle, res­pire peu et ne s’autorise aucun silence. Pas de place pour le doute ou le ques­tion­ne­ment dans cette parole péremp­toire, défi­ni­tive. Un pro­pos sou­vent abrupt, cas­sant, dont son auteur prend par­fois conscience ; alors, il tente de se reprendre par une pirouette, comme dans l’émission de jeu­di : « Eh, on peut plai­san­ter, je suis méri­dio­nal… il y a du Pagnol en moi ! » Ouais… Et du Gio­no aussi ?

Car Mélen­chon doit se prou­ver en huma­niste  3, ce qui ne lui semble donc pas si natu­rel… Voi­là qu’arrive l”« invi­té sur­prise » – tou­jours dans la même émis­sion –, le comé­dien Phi­lippe Tor­re­ton  4 Or, il a appor­té, pour l’offrir à Mélen­chon, le livre de Jean Gio­no, L’Homme qui plan­tait des arbres. « [Un livre] fon­da­men­ta­le­ment immo­ral ! », lance tout aus­si­tôt Mélen­chon. Éton­ne­ment du comé­dien, qui s’explique néan­moins sur le sens de ce choix lié à l’urgence éco­lo­gique, en lit un pas­sage et se lève pour l’offrir au poli­ti­cien du jour, que l’on relance : alors, quelle immo­ra­li­té ? « L’immoralité, lance Mélen­chon, vient du fait que cette his­toire est écrite pen­dant la guerre, et que quand on lutte contre le nazisme on plante pas des arbres, on prend une arme et on va se battre ! »

L’ancien mili­taire – non : mili­tant trots­kyste, diri­geant de l’OCI (Orga­ni­sa­tion com­mu­niste inter­na­tio­na­liste) de Besan­çon (1972-79 selon Wiki­pé­dia), a lâché sa leçon de morale, celle du poli­ti­cien pro­fes­sion­nel qu’il n’a ces­sé d’être – puisque c’est un « métier ». Et ain­si de reprendre, en les sous-enten­dant, les accu­sa­tions vichystes et col­la­bo­ra­tion­nistes à l’encontre de Gio­no. Lequel avait pris le fusil à baïon­nette, enfin celui qu’on lui avait mis d’office dans les mains, dès jan­vier 1915, pour ses vingt ans, direc­tion la Somme, Ver­dun, le Che­min des dames, où il n’est « que » gazé alors qu’il y perd son meilleur ami et tant d’autres. Cho­qué par l’horreur de la guerre, les mas­sacres, la bar­ba­rie, l’atrocité de ce qu’il a vécu dans cet enfer, il devient un paci­fiste convain­cu. Jusques et y com­pris la seconde grande bar­ba­rie. En 1939, s’étant pré­sen­té au centre de mobi­li­sa­tion, il est arrê­té et déte­nu deux mois pour cause de paci­fisme (Il avait signé le tract « Paix immé­diate » lan­cé par l’anarchiste Louis Lecoin). Durant la guerre, il conti­nue à écrire et publie des articles dans des jour­naux liés au régime de Vichy. A la Libé­ra­tion, il est arrê­té, mais relâ­ché cinq mois plus tard sans avoir été incul­pé. 5

J’en reviens à notre sujet, sans m’en être vrai­ment éloi­gné, je crois. En refu­sant de consi­dé­rer pour ce qu’il est, le mes­sage pro­fond – éco­lo­giste avant la lettre, huma­niste et uni­ver­sel – de L’Homme qui plan­tait des arbres, pour pla­cer sa parole mora­li­sa­trice, le patron de La France insou­mise s’érige en Fou­quier-Tin­ville du Tri­bu­nal révo­lu­tion­naire. Il tranche. Il se pose en garant du « pur et dur », lui que les guerres ont heu­reu­se­ment épar­gné, qui n’a pas eu à résis­ter – l’arme à la main –, ni même à s’insoumettre. Lui qui, certes, connut les tran­chées du Par­ti socia­liste durant 32 ans (1976-2008) et, tour à tour, les affres du conseiller géné­ral de Mas­sy (1998-2004), du séna­teur de l’Essonne (2004-2010), du ministre sous Chi­rac-Jos­pin (2000-2002), du pré­sident du Par­ti de gauche (2009-2014), du dépu­té euro­péen depuis 2009. Que de com­bats héroïques, à mains nues cette fois ! (Quelle belle retraite en pers­pec­tive aus­si, non ?)

Il en a usé de la dia­lec­tique, de la stra­té­gie, de la tac­tique ! Il en a mâché de la parole ver­bale ! Tout ça pour rabais­ser le débat poli­tique à un cal­cul poli­ti­cien minable. Pour­tant, il l’assure :

– « À mon âge, je fais pas une car­rière ; je veux pas gâcher, détruire ; j’ai de la haine pour per­sonne ; il faut convaincre ! J’ai jamais été mélen­cho­niste ! [sic]

– Alors vous seriez prêt à vous reti­rer devant Benoît Hamon ?

Pour­quoi pas lui ? J’ai 65 ans, je veux pas dila­pi­der ! [re-sic]»

Alors Tor­re­ton, deve­nu pâle, semble jeter l’éponge. Non pas tant qu’il se soit dégon­flé, comme il a été dit, de lui poser LA ques­tion pour laquelle il avait été l’« invi­té sur­prise ». Non, on dirait plu­tôt qu’il com­prend alors que c’est cuit, que Mélen­chon ne démor­dra pas, que sa « voca­tion », son « métier » c’est de s’opposer, de bai­gner dans ce mari­got où il se com­plaît, où son égo enfle avec délice. Un demi-siècle de « métier » n’empêche pas, à l’évidence, de s’agripper à une pué­rile dia­lec­tique de cour d’école.

Et dès le len­de­main de l’émission, il pré­ten­dait sans ambages ne pas se sou­ve­nir d’avoir par­lé de rap­pro­che­ment avec le can­di­dat socia­liste. « J’ai dit ça hier soir ? Je ne m’en rap­pelle pas ! » a-t-il assu­ré. À la sor­tie d’un déjeu­ner avec le secré­taire natio­nal du PCF, Pierre Laurent, il a reje­té l’idée d’un ras­sem­ble­ment : « Ça n’a pas de sens aujourd’hui. De quoi parle-t-on ? Benoît Hamon dit qu’il pro­pose sa can­di­da­ture. Moi aus­si. Si vous vou­lez que le pro­gramme s’applique, la meilleure des garan­ties, c’est moi ! » Ain­si, pour lui, la ques­tion d’un ral­lie­ment ne se pose même pas. « Non, faut pas rêver, ça n’aura pas lieu. D’ailleurs, per­sonne ne le pro­po­sait », a-t-il asséné.

Le trots­kyste est reve­nu au galop : « Faut pas comp­ter sur nous pour aller faire l’appoint d’une force poli­tique qui a du mal à remon­ter sur le che­val ». Aurait-il donc choi­si « objec­ti­ve­ment » l’option Marine Le Pen ? 6 Ira-t-il ain­si jusqu’à refu­ser toute col­la­bo­ra­tion avec ce qui reste de la social-démo­cra­tie, sous enten­du avec Benoît Hamon, puisqu’investi par le Par­ti socia­liste ? Ou encore, estime-t-il que Macron va l’emporter, que l’affaire est pliée et que sa planche de salut, par consé­quent, réside encore et tou­jours dans les délices de l’éternelle oppo­si­tion, dans un hors-sol en quelque sorte, à l’abri de toute impu­re­té, de tout compromis.

Comme si la démo­cra­tie ce n’était pas l’art sub­til des arran­ge­ments accep­tables par le plus grand nombre – jamais par tous, évi­dem­ment. Comme si la vie même ne rele­vait pas en per­ma­nence de ses com­bi­nai­sons com­plexes, ni blanches ni noires. La pre­mière – la démo­cra­tie – se compte en siècles, par­fois seule­ment en années ; quelques semaines peuvent suf­fire à l’anéantir. La vie, elle, remonte à des mil­lions d’années ; elle reste à la mer­ci de la bêtise des humains.

Si je vote, ce sera pour Elzéard Bouf­fier, qui plan­tait des arbres.


En prime, le très beau film d’animation d’après le récit de Jean Gio­no, dit par Phi­lippe Noi­ret, réa­li­sé par Fré­dé­ric Back (1924-2013), Cana­da 1987. L’Homme qui plan­tait des arbres a rem­por­té l’Oscar du meilleur court métrage décer­né par l’Academy of Motion Pic­ture Arts and Sciences de Los Angeles, aux États-Unis, le 11 avril 1988.

Notes:

  1. Je dis bien spec­tacle, au sens de Guy Debord et sa Socié­té du spec­tacle (1967); c’est-à-dire au sens de la sépa­ra­tion entre réa­li­té et idéo­lo­gie, entre la vie et sa repré­sen­ta­tion. Dans ce sens la socié­té est deve­nue « une immense accu­mu­la­tion de spec­tacles », pro­lon­ge­ment de l’« immense accu­mu­la­tion de mar­chan­dises » énon­cée par Marx dans Le Capi­tal. Au « féti­chisme de la mar­chan­dise » (et des finances), puis à celui du Spec­tacle, il y aurait lieu aujourd’hui d’ajouter, à la façon d’un Jacques Ellul, le féti­chisme tech­no­lo­gique.
  2. Sur cette adé­qua­tion idéale « paroles/actes », voir ici mon article de 2014 sur Jau­rès.
  3. « Droit-de-l’hommiste », il est sans doute, car cela relève encore de la parole poli­tique, dif­fé­rente du sens de l’humain. Je me garde d’aborder ici le cha­pitre de ses tro­pismes lati­nos envers Cha­vez et les Cas­tro – sans par­ler de Pou­tine.
  4. De gauche, éco­lo­giste, il tient actuel­le­ment le rôle-titre dans La résis­tible Ascen­sion d’Arturo Ui, de Brecht – que j’ai vue et appré­ciée il y a peu à Mar­seille ; pièce ô com­bien actuelle sur le fas­cisme pré­sen­té en l’occurrence comme « résis­tible »… espé­rons !
  5. Dès 1934, Gio­no avait affir­mé un paci­fisme inté­gral ancré en pro­fon­deur dans ses sou­ve­nirs d’atrocités de la Grande Guerre. Le titre de son article paci­fiste publié dans la revue Europe en novembre 1934 « Je ne peux pas oublier » atteste de cette empreinte indé­lé­bile de la guerre dont il refuse toute légi­ti­ma­tion, même au nom de l’antifascisme. Il affirme dans « Refus d’obéissance », en 1937, que si un conflit éclate, il n’obéira pas à l’ordre de mobi­li­sa­tion.
  6. Rap­pel : Jusqu’à l’avènement d’Hitler, l’objectif prin­ci­pal du Par­ti com­mu­niste alle­mand demeu­rait la des­truc­tion du Par­ti social-démo­crate. Voir à ce sujet Sans patrie ni fron­tières, de Jan Val­tin, impla­cable témoi­gnage d’un marin alle­mand sur le sta­li­nisme en action. Ed. J-C Lat­tès, 1975.

Trente minutes pour « se brosser le cerveau »… et repenser la démocratie

David Van Rey­brouck (Bruges, 1971) a étu­dié l’archéologie et la phi­lo­so­phie. Ce qui peut être utile pour aller au fond des choses et réflé­chir. Et aus­si pour pas­ser à l’acte, geste plus rare. Sur­tout lorsqu’il s’agit de repen­ser la démo­cra­tie à l’heure où celle-ci se porte au plus mal, en par­ti­cu­lier là où elle est cen­sée gou­ver­ner – ce verbe qui a don­né le mot gou­ver­nail… On le déplore, hélas, dans les cirques élec­to­raux qui achèvent de dis­cré­di­ter le spec­tacle poli­ti­cien, en Europe comme aux Etats-Unis.

En 2011, David Van Rey­brouck lance le G1000, un som­met et une orga­ni­sa­tion de citoyens qui sert main­te­nant de plate-forme d’innovation démo­cra­tique en Bel­gique. Il y pro­meut la démo­cra­tie déli­bé­ra­tive – ou par­ti­ci­pa­tive. L’idée n’est pas neuve – elle remonte même à la Grèce antique [voir ici] –, mais se trouve ain­si vivi­fiée par une remise à jour avec pra­tique directe à par­tir du tirage au sort d’un groupe d’information, de réflexion et de déci­sion. Sa réflexion se nour­rit de ces pra­tiques et de maintes obser­va­tions et consi­dé­ra­tions – notam­ment sur la paix inté­rieure de cha­cun. En quoi, elle peut pré­tendre à une por­tée universelle.

Ces trente minutes de vidéo [docu­ment de Télé­ra­ma] valent le coup ; d’autant qu’elles per­mettent aus­si une belle rencontre.

• On peut lire aus­si : Contre les élec­tions de David van Rey­brouck, Actes Sud, 220 pp., 9,50 €.


Boues rouges dans les calanques de Marseille : Royal rejette la responsabilité sur Valls

Les mon­ti­cules de boues rouges reje­tées par l’usine d’alumine Alteo de Gar­danne, qui recouvrent les fonds marins du Parc natio­nal des calanques (Bouches-du-Rhône), inquiètent les spé­cia­listes, mais aus­si les défen­seurs de l’environnement.

boues-rouges-calanques-marseille

Les déchets liés à la fabri­ca­tion de l’alumine sont reje­tés en mer par un tuyau long de 50 km. Des mil­lions de tonnes de « boues rouges » conte­nant métaux lourds, élé­ments radio­ac­tifs et arse­nic sont accu­mu­lés au fond de la Médi­ter­ra­née, dans le Parc natio­nal des Calanques. [Tha­las­sa-F3]

La ministre de l’Environnement, Ségo­lène Royal, inter­ro­gée sur le rejet de ces déchets en mer, a impu­té à son Pre­mier ministre l’absence de lutte contre ce fléau : elle assure avoir vou­lu les inter­dire, mais que  « Manuel Valls a déci­dé le contraire ».  « C’est inad­mis­sible », assène la ministre devant la camé­ra de « Tha­las­sa », dif­fu­sé ven­dre­di 2 sep­tembre sur France 3.

Un permis de polluer pour six ans

Le pré­fet de la région Pro­vence-Alpes-Côte d’Azur a auto­ri­sé en décembre la socié­té Alteo à pour­suivre l’exploitation de ses usines sur le site de Gar­danne et à reje­ter en mer, pen­dant six ans, les effluents aqueux résul­tant de la pro­duc­tion d’alumine. La déci­sion avait pour­tant été aus­si­tôt dénon­cée par Ségo­lène Royal, rap­pelle Le Monde.

La déci­sion d’interdire ces déchets incombe au chef du gou­ver­ne­ment, affirme Ségo­lène Royal :   »[Manuel Valls] a pris cette déci­sion. Il a don­né l’ordre au pré­fet, donc le pré­fet a don­né l’autorisation. Je ne peux pas don­ner un contre-ordre », ajoute-t-elle.

[Source : Fran­cein­fo, 30/8/16]


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

  • Catégories d’articles

  • Salut cousin !

    Je doute donc je suis - gp

    • 1
    • 381
    • 172
    • 4 131
    • 22 079
    • 1 603
    • 3 609
  • Calendrier

    novembre 2017
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Oct  
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    27282930 
    Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress