« Mon grand-père et l’intox médiatique »

Par Christian Le Meut
Mon grand-père Julien a passé sa vie à Crac’h, près d’Auray, dans le Morbihan, étant né à huit kilomètres de là, à Ploemel en 1911. Il est décédé voici quelques années.

Un jour qu’il était, comme d’habitude, à boire un coup au “Crac’h bar”, alors tenu par mon oncle, son fils, et ma tante, voila qu’entre une journaliste… Il faut vous préciser qu’à ce moment là, nous sommes en novembre 1991, la commune est envahie par une nuée de journalistes venus attendre là l’arrivée d’un “Crac’hois” célèbre : Gérard d’Aboville. Celui-ci terminait sa traversée du Pacifique à la rame mais n’était pas encore arrivé à bon port aux Etats-Unis. Télés (TF1, F2, F3) et radios nationales n’avaient donc rien d’autres à se mettre sous la dent que la commune d’origine du rameur, même s’il n’y habitait pas et si très peu d’habitants l’avaient rencontré en vrai. Plusieurs personnes ont ainsi parlé à la télé d’une personne qu’elles n’avaient jamais vue ailleurs qu’à la télé… Le facteur, mon oncle, ma tante… Ces deux derniers tenaient alors le “Crac’h bar”. Ainsi, j’ai appris sur France Inter un matin à 7h30 que mon oncle tenait un cahier où il collait les articles sur Gérard d’Aboville. Dingue non ? Et ma tante de répondre à un journaliste qui lui demandait ce qu’elle attendait de l’exploit du rameur : “J’espère que ça va mettre de l’ambiance dans le café” ! Le facteur n’a pas dit mieux, mais il a été filmé en extérieur sur une des places du bourg…

Et voici donc mon grand-père face à la journaliste d’un grand quotidien régional de l’Ouest de la France. Et lui, toujours farceur, de dire : “Tous les jours, ces derniers temps, j’ai été faire une prière à Sainte-Anne, pour que Gérard réussisse sont exploit”. C’était une blague, un canulard, mais, le lendemain, c’était imprimé noir sur blanc sur le journal !

Et nous, sa famille, étions un peu gênés, comme lui-même d’ailleurs. Je lui ai demandé : “C’est vrai que tu es allé à Sainte-Anne tous les jours ?”. Il m’a répondu : “J’y suis allé au moins une fois”… Et même ça, ce n’était pas sûr car mon grand-père ne conduisait plus à cette époque, et ne pouvait aller à Sainte-Anne tout seul. Y aller à pied, pas question. il avait beau être toujours valide, il fallait le transporter en voiture pour faire 200 mètres !

Mais l’histoire n’est pas finie : l’anecdote a plu à un journaliste célèbre et, le vendredi suivant, voila que nous entendons sur France 3, dans la bouche de Georges Pernoud, le présentateur de Thalassa, l’histoire d’un grand père qui est allé chaque jour de Crac’h à Sainte-Anne, prier pour Gérard d’Aboville… Ainsi, le canulard raconté par un grand-père à une table de bistrot est devenu une histoire vraie pour des millions de gens, car accréditée par des journalistes qui n’avaient pas vérifié la véracité des faits. Sans bouger de sa chaise, en ne faisant rien que boire un coup et répondre à des questions, mon grand-père a réussi une véritable intoxication médiatique…

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Matteo

Un post tardif par rapport à l’article mais je découvre le blog aujourd’hui. Pensez-vous que le journaliste du “quotidien régional de l’ouest” aurait dû mener l’enquête dans le village, interroger tous les voisins jusqu’aux riverains de l’église pour savoir si, effectivement, le grand-père y était allé. Et quand bien même, comment savoir s’il priait pour que le temps soit meilleur ou pour Gérard d’Aboville? Il y a une part du travail du journaliste qui consiste à recueillir auprès de témoins des informations qui ne sont pas toutes vérifiables. Pour moi le bidonnage aurait consisté à décrire le grand-père agenouillé devant… Lire la suite

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