On n'est pas des moutons

Gaffe, les médias !

Anémone et Le Monde, improbable rencontre

Par Daniel SchneidermannArrêt sur Images]

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L’article du Monde

C’est un dur métier, journaliste. Il faut imaginer Sandrine Blanchard, du Monde.Elle a décroché le gros lot : une interview d’Anémone. 1 Joie de l’intervieweuse. C’est d’ailleurs sa phrase d’attaque : «Je me faisais une joie de rencontrer Anémone». L’Anémone du «Père Noël est une ordure». L’Anémone du «Grand chemin». Gonflée de joie, toute pleine de souvenirs de rigolade, Sandrine Blanchard arrive au rendez-vous. Et démarre le film-catastrophe. D’abord, le rendez-vous est fixé «dans un bar d’hôtel impersonnel, comme il y en a des centaines à Paris, coincé entre la rue de Rivoli et le Forum des Halles». C’est vrai, quoi. Elle n’aurait pas pu, Anémone, donner rendez-vous au Ritz, comme tout le monde ? C’est comme cette «maison perdue dans le Poitou», où la comédienne s’est retirée. Le Poitou ! A-t-on idée ? Saint-Trop et Saint Barth, c’est pour les chiens ?

Et tout s’enchaîne. «Les cheveux gris, courts et clairsemés, des lunettes rondes qui lui mangent un visage émacié, Anémone est plongée dans le dernier livre de Naomi Klein, Dire non ne suffit plus (Actes Sud, 224 p., 20,80 euros). Elle paraît fatiguée». C’est sûr, la lecture de Naomi Klein, ça doit fatiguer. Alors qu’il existe tant de livres rigolos, qui donnent la pêche ! «Elle nous annonce qu’elle n’a qu’une petite heure à nous consacrer, après, elle se«casse». Mais le photographe doit arriver dans une heure… Ça l’«emmerde», les photos. Elle n’est pas maquillée et ne se maquillera pas». Une seule petite heure ? Quelle mesquinerie. C’est pourtant un tel plaisir, de passer une heure au maquillage chaque matin, de revisiter Le père Noël pour la 1739e fois, de livrer pour la nième fois les mêmes anecdotes sur Lhermitte et Jugnot, et de sourire niaisement pour le nième photographe !

Bref, elle a tout faux, Anémone. Ni sympa, ni souriante, ni maquillée, ni positive. Si au moins, comme une bonne alter qui se respecte, elle était décemment révoltée, si elle militait pour les pandas ou le tri sélectif, Sandrine Blanchard pourrait lui pardonner. Mais même pas ! «Tatie Danielle de la fin du monde», elle n’a même plus le bon goût de se révolter ou de militer : «C’est frappé au coin du bon sens : on ne peut pas rêver d’une croissance infinie de la population et de la consommation individuelle sur une planète qui n’est pas en expansion. […] C’est trop tard, toutes les études convergent. Il y a cinquante ans, on aurait pu faire autrement. Maintenant, démerdez-vous. Ça va finir avec de grands bûchers. On n’arrivera plus à enterrer les gens tellement ils mourront vite.» A travers la mise en scène par Sandrine Blanchard de ses déceptions en chaîne, on lit en creux toutes les injonctions inconscientes de la Machine aux comédiens médiatisables. En attendant, on assiste à la confrontation d’un être humain authentique et d’une petite soldate, qui n’y est plus habituée. Extraordinaire duo. Je serais patron de salle, je saurais ce qui me reste à faire.

Le «Neuf -Quinze»,  billet quotidien de Daniel Schneidermann, est un régal de finesse caustique. Le fondateur d’Arrêt sur images y poursuit, avec son équipe, une salutaire réflexion critique sur les médias. On peut, et doit, si possible, s’abonner au billet (gratuit) et au site (4 euros par mois).

Merci d’avoir autorisé « C’est pour dire » à reprendre cet article.

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Attentat de Barcelone : Kamel Daoud s’insurge contre le laxisme européen

Écrivain et journaliste algérien, Kamel Daoud s’est imposé, parmi d’autres trop rares dans le monde musulman, par son indépendance de jugement, la finesse de ses analyses et de son écriture. Tandis que nos médias se lamentent sans fin sur les abominations de Daesh, Kamel Daoud pointe ses réflexions sur leurs causes plutôt que sur leurs seuls effets. On ne saurait certes dénier les dimensions dramatiques des attentats. Mais leur mise en spectacle médiatique, l’étalage des témoignages multiples, les déclarations outrées ou va-t’en guerre, les recueillements et les prières publics, tout cela ne sert-il pas la stratégie publicitaire de terreur visée par l’État islamique ? En dénonçant l’Arabie saoudite comme « un Daesh qui a réussi », Kamel Daoud va précisément à contrecourant du dolorisme ambiant qui masque une géopolitique – celle de ce qu’on appelle l’Occident – schizophrène, absurde, meurtrière et sans fin. [GP]

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«L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi»

Par Kamel Daoud

Une pensée pour Barcelone. Mais après la compassion il est temps de s’interroger : Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh.

Le wahhabisme, radicalisme messianique né au XVIIIe siècle, a l’idée de restaurer un califat fantasmé autour d’un désert, un livre sacré et deux lieux saints, la Mecque et Médine. C’est un puritanisme né dans le massacre et le sang, qui se traduit aujourd’hui par un lien surréaliste à la femme, une interdiction pour les non-musulmans d’entrer dans le territoire sacré, une loi religieuse rigoriste, et puis aussi un rapport maladif à l’image et à la représentation et donc l’art, ainsi que le corps, la nudité et la liberté. L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi.

Le déni de l’Occident face à ce pays est frappant : on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le principal mécène idéologique de la culture islamiste. Les nouvelles générations extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives.

Vifs remerciements à Omar Louzi, directeur du site Amazigh24, et à Kamel Daoud, qui ont volontiers autorisé la diffusion de cet article sur « C’est pour dire ».

Amazigh24.ma dont le siège est à Rabat se présente comme un site d’information généraliste, concernant le monde amazigh (relatif au peuple berbère et à sa langue) : Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Libye, Niger, Mali, Iles Canaries, Mauritanie, … et la diaspora amazigh en Amérique du Nord et en Europe… Un site participatif, indépendant, qui donne la parole à tous les Amazighs dans le monde… quels que soient leurs domaines d’activité : affaires, politique, culture. Le site se veut progressiste, humaniste, ouvert et tolérant.

On pourrait contrecarrer : Mais l’Arabie saoudite n’est-elle pas elle-même une cible potentielle de Daesh ? Si, mais insister sur ce point serait négliger le poids des liens entre la famille régnante et le clergé religieux qui assure sa stabilité — et aussi, de plus en plus, sa précarité. Le piège est total pour cette famille royale fragilisée par des règles de succession accentuant le renouvellement et qui se raccroche donc à une alliance ancestrale entre roi et prêcheur. Le clergé saoudien produit l’islamisme qui menace le pays mais qui assure aussi la légitimité du régime.

 

Il faut vivre dans le monde musulman pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture islamiste est aujourd’hui généralisée dans beaucoup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mauritanie. On y retrouve des milliers de journaux et des chaines de télévision islamistes (comme Echourouk et Iqra), ainsi que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tradition et des vêtements à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils considèrent comme contaminée.

Il faut lire certains journaux islamistes et leurs réactions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies » ; les attentats sont la conséquence d’attaques contre l’Islam ; les musulmans et les arabes sont devenus les ennemis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la question palestinienne, le viol de l’Irak et le souvenir du trauma colonial pour emballer les masses avec un discours messianique. Alors que ce discours impose son signifiant aux espaces sociaux, en haut, les pouvoirs politiques présentent leurs condoléances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situation de schizophrénie totale, parallèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite.

Ceci laisse sceptique sur les déclarations tonitruantes des démocraties occidentales quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fatwa Valley, de ses clergés, de sa culture et de son immense industrie éditoriale ?

Guérir le mal serait donc simple ? A peine. Le Daesh blanc de l’Arabie Saoudite reste un allié de l’Occident dans le jeu des échiquiers au Moyen-Orient. On le préfère à l’Iran, ce Daesh gris. Ceci est un piège, et il aboutit par le déni à un équilibre illusoire : On dénonce le djihadisme comme le mal du siècle mais on ne s’attarde pas sur ce qui l’a créé et le soutient. Cela permet de sauver la face, mais pas les vies.

Daesh a une mère : l’invasion de l’Irak. Mais il a aussi un père : l’Arabie saoudite et son industrie idéologique. Si l’intervention occidentale a donné des raisons aux désespérés dans le monde arabe, le royaume saoudien leur a donné croyances et convictions. Si on ne comprend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tuera des djihadistes mais ils renaîtront dans de prochaines générations, et nourris des mêmes livres.

Kamel Daoud


Trump. « Impensable », puisqu’impensé

Comment ne pas en rajouter, inutilement, à ce flot médiatique mondial déversé à propos de Trump et de son élection ? Car le nombril du monde, on le sait bien, se situe aux États-Unis, capitale du Capital 1. Qu’un histrion milliardaire en prenne les gouvernes, c’est dans « l’ordre des choses ». Dans un certain ordre de certaines choses : celles de l’argent-roi en particulier, de la croissance à tout-va, de l’exploitation sans bornes des ressources naturelles et des humains entre eux. Le climat planétaire n’est vraiment pas bon.

La nouveauté, cette fois, c’est que les Cassandre de tous poils en sont restés sur le cul. Tous médias confondus, analystes, prévisionnistes, sondeurs n’avaient envisagé « le pire » que sous l’angle quasi anecdotique, une vision cauchemardesque aussitôt refoulée, comme pour mieux en conjurer l’éventualité. C’était impensable.

Tellement impensable que cet « ordre des choses » commandait de ne pas y penser. L’impensable résultait en effet de l’impensé. Ce fut le pari gagnant de Trump, celui de parier sur le rejet organique du « clan Clinton », rejet tripal – car vécu au plus profond d’êtres frustrés économiquement, socialement, culturellement. Trump va sans doute les « trumper », puisque c’est un bandit politique qui a su les séduire (au sens premier : Détourner du vrai, faire tomber dans l’erreur) en sachant leur parler, avec le langage de la vulgarité dans lequel ledit peuple a la faiblesse de se complaire et de se reconnaître.

Et cela, à l’opposé des « élites », les soi-disant sachants, les « qui ne savent rien du tout » de la réalité vécue en dehors des sphères de l’entre-soi. On peut mettre dans ce panier des « instruits cons ». 2 Dans cette catégorie, on mettra notamment la « classe » des journalistes et assimilés. Je mets le mot entre guillemets car il n’est pas exact, pas juste, en ce sens qu’il désignerait un ensemble homogène ; ce n’est pas le cas, car il faut considérer les exceptions, même si elles sont plutôt rares, surtout aux Etats-Unis. Parmi elles, Michael Moore. Il a été l’un des rares à pressentir la victoire de Trump, dès le mois de juillet dans un article sur son site intitulé « Cinq raisons pour lesquelles Trump va gagner » 3.

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Le réalisateur 4 prévoyait notamment une sorte de « Brexit de la Ceinture de rouille », en référence aux États de la région à l’industrie sinistrée des Grands Lacs traditionnellement démocrates et qui pourtant ont élu des gouverneurs républicains depuis 2010. Selon Moore, cet arc est « l’équivalent du centre de l’Angleterre. Ce paysage déprimant d’usines en décrépitude et de villes en sursis est peuplé de travailleurs et de chômeurs qui faisaient autrefois partie de la classe moyenne. Aigris et en colère, ces gens se sont fait duper par la théorie des effets de retombées de l’ère Reagan. Ils ont ensuite été abandonnés par les politiciens démocrates qui, malgré leurs beaux discours, fricotent avec des lobbyistes de Goldman Sachs prêts à leur signer un beau gros chèque ».

Cette « prophétie » s’est réalisée mardi… D’ailleurs ce n’est pas une prophétie mais la déduction d’une analyse de terrain propre à la démarche de Moore. 5

Reconnaissons aussi à un journaliste français, Igniacio Ramonet (ex-directeur du Monde diplomatique), d’avoir lui aussi pensé l’« impensable ». Le 21 septembre, il publiait sur le site Mémoire des luttes, un article sous le titre « Les 7 propositions de Donald Trump que les grands médias nous cachent » 6. Extraits :

« Depuis la crise dévastatrice de 2008 (dont nous ne sommes pas encore sortis), plus rien n’est comme avant nulle part. Les citoyens sont profondément déçus, désenchantés et désorientés. La démocratie elle-même, comme modèle, a perdu une grande part de son attrait et de sa crédibilité.

[…]

« Cette métamorphose atteint aujourd’hui les Etats-Unis, un pays qui a déjà connu, en 2010, une vague populiste ravageuse, incarnée à l’époque par le Tea Party. L’irruption du milliardaire Donald Trump dans la course à la Maison Blanche prolonge cette vague et constitue une révolution électorale que nul n’avait su prévoir. Même si, apparemment, la vieille bicéphalie entre démocrates et républicains demeure, en réalité la montée d’un candidat aussi atypique que Trump constitue un véritable tremblement de terre. Son style direct, populacier, et son message manichéen et réductionniste, qui sollicite les plus bas instincts de certaines catégories sociales, est fort éloigné du ton habituel des politiciens américains. Aux yeux des couches les plus déçues de la société, son discours autoritaro-identitaire possède un caractère d’authenticité quasi inaugural. Nombre d’électeurs sont, en effet, fort irrités par le « politiquement correct » ; ils estiment qu’on ne peut plus dire ce qu’on pense sous peine d’être accusé de « raciste ». Ils trouvent que Trump dit tout haut ce qu’ils pensent tout bas. Et perçoivent que la « parole libérée » de Trump sur les Hispaniques, les Afro-Américains, les immigrés et les musulmans comme un véritable soulagement.

[…]

« A cet égard, le candidat républicain a su interpréter, mieux que quiconque, ce qu’on pourrait appeler la « rébellion de la base ». Avant tout le monde, il a perçu la puissante fracture qui sépare désormais, d’un côté les élites politiques, économiques, intellectuelles et médiatiques ; et de l’autre côté, la base populaire de l’électorat conservateur américain. Son discours anti-Washington, anti-Wall Street, anti-immigrés et anti-médias séduit notamment les électeurs blancs peu éduqués mais aussi – et c’est très important –, tous les laissés-pour-compte de la globalisation économique. »

Ramonet détaille ensuite les « sept mesures » en question, que je vous invite à connaître pour mieux comprendre en quoi les outrances de Trump – mise en avant, en effet, par le médiatisme moutonnier et spectaculaire – n’ont pu gommer le réalisme de ses propositions auprès des plus concernés, les laissés pour compte du libéralisme sauvage et ravageur.

Mercredi soir au JT de 20 heures sur France 2, Marine Le Pen n’a pas manqué de tirer son épingle de ce jeu brouillé, devant un journaliste en effet bien formaté selon la pensée dominante, à l’image du « tout Clinton » portée par la fanfare médiatique.

Pour la présidente du Front national, «la démocratie, c’est précisément de respecter la volonté du peuple. Et si les peuples réservent autant de surprises, dernièrement, aux élites, c’est parce que les élites sont complètement déconnectées. C’est parce qu’elles refusent de voir et d’entendre ce que les peuples expriment. [… ces peuples] « on les nie, on les méprise, on les moque bien souvent. Et ils ne veulent pas qu’une petite minorité puisse décider pour eux ». Tout cela envoyé en toute sérénité, sur la petite musique des « élites et du peuple » façon FN, une musiquette qui en dit beaucoup sur les enjeux de l’élection de l’an prochain.

Notes:

  1. Les bourses du monde se sont «ressaisies» en quelques heures…
  2. C’était l’expression de mon père pour désigner les politiciens et les technocrates ; je la trouve juste, et je suis fier de citer ma source…
  3. http://michaelmoore.com/trumpwillwin/
  4. On lui doit notamment Roger et moi (sur la crise dans l’automobile) ou encore Bowling for Columbine (le culte des armes à feu)
  5. Les médias de masse états-uniens, comme les autres ailleurs, reflètent cette séparation élite/peuple ; autrement dit entre ceux qui parlent « du peuple » (les analystes distingués se plaçant en position haute…), et ceux qui parlent « au peuple » (le plus souvent, hélas, les chaînes « populaires » – celles des télés-réalité chères à Trump – et les « tabloïds », chantres du divertissement vulgaire). On retrouve là aussi le clivage entre journalisme de terrain et journalisme assis. Ce qui me rappelle une sentence émise par un confrère africain : « Il vaut mieux avoir de la poussière sous les semelles que sous les fesses » ! À ce propos, on aura noté que nos médias hexagonaux ont déplacé des cohortes de journalistes-prophètes pour « couvrir » l’élection états-unienne. Et, où se sont-ils amassés, ces chers journalistes : dans le nombril du nombril du monde, à Manhattan, pardi ! En avez-vous lu, vu et entendu depuis le Bronx, ou bien à Detroit (Michigan), à Baton Rouge (Louisiane), à Amarillo (Texas) ?… par exemple.
  6. http://www.medelu.org/Les-7-propositions-de-Donald-Trump

Télévision. Collaro chez les ploucs, ou le mépris anthropologique

«Collaro chez les ploucs». Reportage sur un couple d’agriculteurs de Condé-sur-Seulles, dans le Calvados. Lui a échoué au permis de conduire. Elle est à la remorque… Et Stéphane Collaro – qui serre la main du monsieur mais pas celle de la dame… – d’y aller de sa démagogie d’amuseur public et de son mépris des gens simples de la campagne. Alors, pourquoi publier à nouveau ? Parce que  ce mépris vaut anthropologie, tant pour les observés que pour l’observateur. Sans nier que c’est quand même poilant, tout en témoignant d’une époque et d’une forme de télévision (Antenne 2, émission La Lorgnette, 2 avril 1978. © Archives Ina).

Dans un autre registre, mais proche, revoyons cet autre morceau d’anthologie : Dumayet et Desgraupes, Pierre-s angulaires du scoop rimbaldien 

Comme quoi la «télé-réalité», dès ses origines, c’est d’abord la réalité de la télé.


Harcèlement sexuel. S’il fallait «jeter la pierre» à Denis Baupin…

L’affaire Baupin. Excitation générale, à base médiatique… J’écris « excitation » sciemment, avec ses connotations nerveuses et sexuelles. L’affaire en question excite en proportion des enjeux et des conséquences autant politiciennes que politiques ; elle excite aussi sur le registre du voyeurisme qui alimente ou même prolonge le problème que certains voudraient dénoncer. Comment a-t-il fait « ça » ? Et envoyez les détails, svp ! Je vois donc là-dedans ce jeu trouble qui met en cause l’ambiguïté des humains autour de la sexualité et du pouvoir – dont la politique serait l’expression raffinée, ou seulement « civique ».

Ainsi, l’affaire en cours me semble-t-elle hausser d’un cran de plus, dans sa version « moderne », actuelle, la fondamentale question de la sexo-politique 1. À savoir, ce qui met en jeu, en opposition et, j’ose dire, en branle 2 le biologique & le raisonné, le pulsionnel & le rationnel – et pour finir l’individu & la société.

Autant dire qu’une fois de plus, dans une naïveté désarmante autant que questionnante, l’animal humain redécouvre, en quelque sorte, l’origine du monde… social. Mes trois points de suspension en disent long, faisant ici le pont entre le fameux tableau de Courbet 3, c’est-à-dire «la chose», et les démêlés de l’élu écologiste. Il s’agit bien du point de passage entre le sexe et la politique, vu cette fois sous l’angle du Spectacle – S majuscule – qui magnifie la chose en même temps que sa réprobation. 4

N’y a-t-il pas, derrière ce flot d’indignations aux motivations hétéroclites, une hypocrisie magistrale visant à dissimuler, sinon à nier, la double composante de l’homme, et de la femme évidemment, en tant qu’animal humain ? L’expression déplaît encore. Notamment en ce qu’elle dérange les morales établies, et spécialement les religions – toutes les religions. 5

N’est-elle pas là, précisément, l’origine du monde… refoulé, frustré, violent, de la domination, de la cupidité, du meurtre du vivant et de la liberté d’être ? N’est-il pas là, le véritable harcèlement sexuel : tapi dans son ombre de confessionnal, sous l’obscurité du voile ou dans les noires injonctions « divines » anti-vie ; s’en prenant aux enfants, tout spécialement, afin de perpétuer ce meurtre jusque dans les plus terribles guerres ?

Qui sont les « machos » originaux, sinon ceux qui ont injecté leurs trop-pleins d’oestrogènes dans les textes dits « sacrés », décrétant des lois de domination, des interdits, des infantilisations qui sévissent encore, ou en tout cas, s’opposent sans cesse au mouvement de la vie libre ?

Qui a dénigré la femme, l’a rabaissée et continue à le faire en la jetant dans des cachots, sous le voile, ou dans les arrière-mondes ?

Extraits :

Le Nouveau Testament. (1 Cor 11, 3) : «Le Christ est le chef de tout homme, l’homme est le chef de la femme, et Dieu le chef du Christ».

(1 Tim 2, 1214) : «Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de faire la loi à l’homme, qu’elle se tienne tranquille. C’est Adam en effet qui fut formé le premier, Eve ensuite. Et ce n’est pas Adam qui se laissa séduire, mais la femme qui séduite, a désobéi.».

Le Coran. (II, 228) : «Les maris sont supérieurs à leurs femmes». (IV, 38) : «Les hommes sont supérieurs aux femmes à cause des qualités par lesquelles Dieu a élevé ceux-là au dessus de celles-ci, et parce que les hommes emploient leurs biens pour doter les femmes. Les femmes vertueuses sont obéissantes et soumises.»

L’Ancien testament. (Genèse 3, 16) : «Le Seigneur dit ensuite à la femme: « Je rendrai tes grossesses pénibles, tu souffriras pour mettre au monde tes enfants. Tu te sentiras attirée par ton mari, mais il dominera sur toi »».

La Torah : «Sois béni, Seigneur notre Dieu, Roi de l’Univers, qui ne m’as pas fait femme», une des prières que tout bon juif doit prononcer chaque matin.

Et je m’arrêterai ici aux portes du bouddhisme, de l’hindouisme et d’autres religions, mono ou polythéistes qui, sans exceptions, placent la femme au second rang.

Pour finir sur ce chapitre sans fin, je rappellerai à quels points de récents soubresauts de nos sociétés dites éclairées ont été – plutôt plus que moins – « inspirées » par ces préceptes religieux qui sont devenus notre fond culturel.

On ne pourrait les renier, mais autant en être conscient ; qu’il s’agisse des confrontations autour des notions de famille (« pour tous » ou pas), de genres sexuels (oppositions Nature/culture, la nature étant élevée à hauteur divine) ; qu’il s’agisse tout autant de la marchandisation des attraits féminins, en particulier par la publicité racolant sur la voie médiatique ; qu’il s’agisse de tout ce jeu social aussi complexe qu’ambigu entre séduction et conquête, entre frivolité et violence. Autant de considérations – non de justifications – permettant d’expliquer cette double composante de l’animal humain face à ses programmes internes, biologiques et culturels : se reproduire, perpétuer l’espèce et s’élever jusqu’à « faire société ». Il n’est pas dit qu’il y arrive jamais !


Dix cas de sexisme en politique par libezap

Voilà pourquoi je ne « jetterai pas la pierre » (Bible) à Denis B.

Notes:

  1. Concept notamment développé par Wilhelm Reich dans ses analyses des structures caractérielles de l’humain refoulé
  2.  « Le monde n’est qu’une branloire pérenne. Toutes choses y branlent sans cesse. » (Montaigne, Essais, III)
  3. Tableau qui fut un temps la propriété de Jacques Lacan.
  4. On ne peut alors que penser à Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. »
  5. Que l’homme ne soit pas le summum de la création de Dieu, voilà ce que les religions n’ont toujours pas pardonné à Darwin et sa théorie de l’évolution.

Enfin de la pub, de la vraie, sur les radios du service public !

hara_kiri_pubSur l’autel de (feue) la gauche, ce gouvernement ne recule devant aucun sacrifice. Ce matin au réveil, j’apprends dans le poste qu’un décret paru aujourd’hui même au Journal officiel autorise la publicité sur les ondes de Radio France !

Le tout-pognon aura encore sévi, emportant sur son passage les restes d’éthique auquel on croyait encore pouvoir s’accrocher. Tu croyais, naïf, que les radios du service public te mettaient à l’abri des saillies de « pub qui rend con – qui nous prend pour des cons »… Macache ! Finies les débilités limitées aux seules « oui qui ? Kiwi ! » et autres « Matmut » à en dégueuler. On est passé au tout-Macron, mon vieux ! Tu savais pas ? Vive le tout-libéral, l’indécence commune et la vulgarité marchande ! Les enzymes gloutons sont de retour, et les bagnoles à tout-va, les chaussée-au-moine, les justin-bridoux, les mars-et-ça-repart – autant dire que le bonheur nous revient en splendeur, avec ses trouvailles enchanteresses, la vie facile, enfin !

Manque tout de même à ce gouvernement qui, lui aussi, nous prend pour des cons, un ministre à la hauteur. Je ne vois que Séguéla. Un Séguéla, sinon rien ! Et au complet, avec sa rolex et sa connerie.

Nous restera à fermer le poste. On mourra moins con (« oui mais, on mourra quand même ! »).

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Réfugiés à Aix-en-Provence : Pas de ça chez moi ! clame Maryse Joissains

Des réfugiés « chez moi » ? Et quoi encore ? La maire d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains, n’a pas tardé à se distinguer sur ce chapitre du rejet qui constitue son fond de commerce politique. Sa largesse de vue et d’esprit surgissent de même, agrémentée de sa « distinction » légendaire, déclarant ainsi [La Provence 8/9/15]:

« Des migrants, j’en ai déjà suffisamment à Aix. Il y a les sans-papiers et les Roms. J’ai mon quota. Je rejette la politique de dangerosité de Hollande qui ne sait pas gérer la crise. En plus, après la photo de l’enfant syrien, retrouvé mort noyé, il fait appel à l’émotion populaire. Ce qui est indigne. Les Syriens, il faut les accueillir chez eux, les protéger chez eux. » Admirons la finesse de l’analyse et sa portée géo-politique. Elle poursuit : « Puis, 24.000 ça veut dire quoi ? Il y a des milliers de migrants et ça va provoquer un appel d’air. Ce qu’on est en train de faire, c’est de la déportation. [sic] Si c’est ça l’humanisme, alors je n’y comprends plus rien. » La Provence ajoute : « Maryse Joissains avouera néanmoins [sous la torture des journalistes ? Note du blogueur] qu’elle est prête à accueillir des Syriens. « Mais des chrétiens ».

andré faber 2015

© andré faber 2015

Oui, restons entre gens de bonne compagnie. Et, surtout, pas question de laisser le « monopole » du rejet aux lepenistes du FN qui pourraient lui faire de l’ombre. Mais de petits arrangements seront toujours possibles avec cette femme qui n’est ni démocrate ni républicaine. Rappelons ses propos de mai 2012, autour de la présidentielle :

  «  Même si M. Hol­lande est pro­clamé pré­sident de la Répu­blique, je ne pense pas qu’il soit légi­time, parce qu’il y arrive après un com­bat anti-démocratique comme on ne l’a jamais vu dans ce pays. »

«  Fran­çois Hol­lande est un dan­ger pour la Répu­blique. Cet homme n’a jamais fait la démons­tra­tion qu’il ait fait quelque chose dans sa vie. Je ne le crois pas com­pé­tent, ni capable. En tout cas phy­si­que­ment. Il ne don­nera pas l’image d’un pré­sident de la Répu­blique. J’aurais aimé d’un pré­sident qu’il ait plus de pres­tance et pas qu’il agite ses petits bras comme il le fait dans tous ses mee­tings parce que ça me paraît extrê­me­ment ridi­cule. » [Lire sur « C’est pour dire » Sarkozysme. Le putsch verbal et fascisant de Maryse Joissains, maire d’Aix-en-Provence ]

Maryse Joissains, on le sait, a toujours eu un gros faible pour les petits bras agités par son politicien préféré. Affaire de goût, de choix. On ne discute même pas.

Quant à La Provence – le quotidien marseillais –avec ou sans Tapie à sa tête, il reste fidèle à sa ligne platement démagogique. Ainsi son innommable rubrique « Le vote du jour », en dernière page, entre la météo et l’horoscope, qui soumet une question à la réponse binaire : oui/non et « Ne se prononce pas ». Exemple de ce mardi 8/9/15 : À la question « Faut-il assouplir les conditions d’accueil des réfugiés syriens ? » « Vous avez voté hier » : Oui, 17 % — Non, 79 %. (Sans avis 4 %).

Une telle pratique est scandaleuse, à plus d’un titre.

Sans discuter ici de la validité des sondages en général (même pratiqués selon les règles de l’art), le journal, lui, n’indique jamais le nombre de réponses obtenues – c’est dire la valeur de ses pourcentages ! Quant aux questions posées, elles vont des plus débiles aux plus graves comme celle du jour, posée de manière on ne peut plus inconséquente : Faut-il assouplir [que le verbe est judicieux !] les conditions d’accueil [lesquelles ?]…

Ce genre de dérive relève tout autant de l’abêtissement journalistique que de l’absence d’éthique. Elle n’en recèle pas moins des intentions inavouées, peut-être inconscientes – allez savoir !

Sur ce constat et sur les propos de Mme Joissains, l’archevêque du Vaucluse, Mgr Cattenoz a de quoi s’époumoner encore davantage que dans sa vidéo sur internet où il déclare :

« J’ai honte de mon pays, la France, qui, à plus de 50% de sa population, refuse l’accueil des migrants. J’ai honte de certains politiques qui tiennent des propos inqualifiables lorsqu’ils parlent de “ces gens-là”. Ils les désignent avec mépris. J’ai honte des chrétiens qui semblent ignorer cette tragédie des migrants et surtout se refusent à perdre les avantages acquis de leur niveau de vie ».

Propos repris dans La Provence du même jour, même article, même punition.


« Ça sent le bouchon »

« Ça sent le bouchon » a osé la journaliste sur France Inter ce matin pour lancer le marronnier estival. Et d’enfiler les clichés sur les dangers de la déshydratation, les redoutables micro-trottoirs (sur autoroutes…) et, donc, les puissantes pensées des chevaliers à quatre roues. Il est revenu, l’heureux temps des bouchons, ces « hirondelles » qui annoncent l’été caniculaire. Ce rituel journalistique est aussi vieux que les hordes automobiles. C’est aussi un marqueur de société. Ainsi cette archive de l’Ina datée du 1er juillet… 1968, sobrement intitulée « Arrivée des touristes sur la Nationale 7 : trafic automobile et plages de la région », extraite de Provence Actualités, Office national de radiodiffusion télévision française,  Marseille. Où la niaiserie du propos atteste bien que la révolution de Mai-68 a vécu.


«Maréchal, me voilà !» Quand le FN redevient ce qu’il est

Ca a chauffé lors de la remise, mardi 27 à Paris,  par le Trombinoscope du prix d’ «élu local de l’année» au maire FN d’Hénin-Beaumont Steeve Briois. Cette banale cérémonie de l’entre-soi politicien a tourné au vinaigre, version frontiste.

Alors que les prix sont remis en mains propres, vient le moment pour Gilles Leclerc, président de la chaîne Public Sénat et qui n’a rien d’un gauchiste, de remettre le sien à Steeve Briois. Et son discours n’est… comment dire ?… pas vraiment enjoué :

«Je vais être tout a fait honnête, j’étais pas forcément spécialement volontaire pour cet exercice un peu spécial. […] Il ne s’agit pas à proprement parler d’une véritable récompense. […] Aujourd’hui maire, donc, député européen – tiens j’oubliais d’ailleurs qu’au Front national on n’était pas forcément contre le cumul. […] C’est vrai que vous avez sans doute en mémoire les bilans pas très fameux, vous en conviendrez, de vos collègues élus en 1995

Suite à quoi il descend de la scène et laisse une hôtesse remettre son prix à Steeve Briois. Qui déclare à la tribune :

«Je voulais vous remercier pour ce prix. Même s’il m’a été attribué visiblement à contre-cœur, il me va droit au cœur. »

Les responsables frontistes présents prennent alors à parti Gilles Leclerc, sous l’œil des caméras du Petit Journal. «Le discours que vous avez fait est un discours de protection, il fallait mettre un préservatif pour venir», lui lance finement le député Gilbert Collard, qui ajoute : «Quand on le relira dans dix ans, votre discours… Je vous plains.» «Monsieur Leclerc, vous avez été en-dessous de tout, le tance à son tour le sénateur Stéphane Ravier. Ne vous forcez pas à vous ridiculiser à ce point ! […] Vous vous êtes aplati, vous avez rampé…» Et puis c’est au tour de Marion Maréchal — Le Pen. Tout sourire, la députée et nièce de Marine Le Pen menace assez clairement le journaliste :

«Franchement, c’est minable. Je suis regonflée à bloc ! Mais on va vous avoir… Mais quand ça va arriver, ça va vraiment vous faire mal ! Vraiment, merci. Parce qu’on a des petits coups de mou et quand on a ça, on est motivés ! Vraiment. Vraiment.»

FN-Marion-Marechal-Le-Pen-menace-le-journaliste-Gilles-Leclerc-On-va-vous-avoir.-Mais-quand-ca-va-arriver-ca-va-vraiment-vous-fair

[Sources : Etienne Baldit, le lab.europe1.fr et Dany Bruet]


Dieudonné vs Patrick Cohen. Quand fascisme et journalisme voguent sur le même bateau

Dieudonné est un facho. Un facho qui s’affiche sans vergogne et comme il y en a de plus en plus. Ses propos antisémites sur le journaliste de France Inter, Patrick Cohen, sont accablants et sans appel : « Tu vois, lui, si le vent tourne, je ne suis pas sûr qu’il ait le temps de faire sa valise. Moi, tu vois, quand je l’entends parler, Patrick Cohen, j’me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage. »

Mais en cherchant à dépasser l’indignation sans frais, on peut tout de même se demander pourquoi ce Dieudonné s’en prend-il ainsi à ce Cohen-là, à ce Patrick de la radio publique.

Alain Pontvert, un lecteur du Monde (20/12/2013), déplace quelque peu l’angle de vision dans ces termes :

« Patrick Cohen un journaliste irréprochable et exempt de tout esprit partisan ou communautariste ??? C’est une blague ??? Lisez Schneidermann puisque l’article ne le met même pas en lien : les gens que le «service public» vu par Patrick Cohen ne doit pas inviter car «ils ont contrevenu à un dogme» (lequel?) ».

Voilà ce que raconte Daniel Schneidermann dans Libération (17/03/13) : « Cela se passe au micro de l’émission C’est à vous (France 5). Chroniqueur de cette émission, Patrick Cohen reçoit son collègue Frédéric Taddeï, animateur de Ce soir ou jamais, qui vient d’être transférée de France 3 à France 2. Et Cohen ne va pas le rater, Taddeï. A présent qu’il est passé sur France 2, chaîne amiral, Taddeï continuera-t-il d’inviter les maudits, comme il le faisait à l’abri de la (relative) confidentialité de France 3 ? «Vous invitez des gens que l’on n’entend pas ailleurs, mais aussi des gens que les autres médias n’ont pas forcément envie d’entendre, que vous êtes le seul à inviter.» Et Cohen cite quatre noms : Tariq Ramadan, Dieudonné, Alain Soral et Marc-Edouard Nabe. Un théologien, un humoriste, un publiciste inclassable, un écrivain : voici la liste des proscrits, des interdits, des bannis, dressée pour la première fois, tranquillement, sur un plateau de télé convivial et sympathique. Instant de vérité. »

Le débat s’engage alors, ainsi que poursuit Schneidermann :

« Cohen : «Moi, j’ai pas envie d’inviter Tariq Ramadan.» Taddeï : «Libre à vous. Pour moi, y a pas de liste noire, des gens que je refuse a priori d’inviter parce que je ne les aime pas. Le service public, c’est pas à moi.» «On a une responsabilité. Par exemple de ne pas propager les thèses complotistes, de ne pas donner la parole à des cerveaux malades. S’il y a des gens qui pensent que les chambres à gaz n’ont pas existé.» […] «Si je dis «j’ai des doutes sur le fait que Lee Harvey Oswald ait été le seul tireur de l’assassinat de Kennedy à Dallas», vous m’arrêtez ?»«Évidemment pas.»«Quelle différence ? Tout ce qui n’est pas défendu est autorisé. Je m’interdis de censurer qui que ce soit, à partir du moment où il respecte la loi.»

Voyons même la vidéo de l’émission en question :

  (Lire la suite…)


Au Répu, ça pue !

Un honorable et amical correspondant de Lorraine (merci Dominique) m’envoie cette photo (trouble, à cause de l’odeur) de son quotidien local dénommé Républicain lorrain, alias Le Répu.

Le Républicain lorrain, 24/9/13

Le Républicain lorrain, 24/9/13

On a beau être, comment dire ? tolérant, souple, compréhensif, bienveillant, etc. il y a quand même des coups de pied au cul qui se perdent. Quand la crasse mentale rejoint la journalistique, le Guiness des records n’y suffirait plus. C’est pourtant « dans le journal », celui daté du 24/9/13. Pourvu qu’il y ait encore plus d’invendus que d’habitude !


BONNE NOUVELLE. Les journaux sont foutus, vive les journalistes !

par John MacGregor, chercheur au département Sociologie des médias du MIT

Cet article a été publié à l’origine sur CINQsurCINQ.net, mon site professionnel désormais fermé pour cause de retraite. Il a ensuite été mis en ligne le le 07/12/2004 sur ce blog, c’est pour dire.com. Je lui redonne ici une nouvelle actualité, un peu à la manière dont les médias audio-visuels, à la faveur de l’été, pratiquent la rediffusion. 

En presque dix ans, l’analyse a gardé de sa pertinence et d’une certaine justesse d’anticipation. Ainsi en ce qui concerne l’apparition sur internet de plusieurs sites d’information dont, jusqu’à présent, seul Mediapart semble avoir trouvé le modèle journalistique et économique.

Cette décennie aura vu la dégradation générale de l’économie de la presse d’information et, parallèlement, l’accélération de la dématérialisation des supports au profit d’internet et des outils «nomades». Parmi ceux-ci, les smartphones ont pris la première place non seulement en tant que support d’information, mais dans le processus même de production d’information.. Les «réseaux sociaux»  sont ainsi devenus des médias à part entière – moins le professionnalisme des journalistes (notion d’ailleurs toute relative, on le sait, et l’article ci-dessous évoque largement cet aspect). Facebook et Twitter notamment devancent désormais les médias traditionnels dans la «course» aux nouvelles; bien plus, ils les squeezent littéralement dans le rôle dévolu à l’information dans les processus historiques (révolutions arabes, révoltes turque et brésilienne en particulier).

C’est peut-être sur le plan technique que l’article de «MacGregor» se trouve le plus dépassé, quoique de manière très relative : ainsi le support en plastique électronique n’a pas été généralisé, étant pour le moment supplanté par les tablettes ; ainsi, les centres d’impression délocalisés des journaux n’ont-ils pas vu le jour : la pression énergétique n’étant sans doute pas encore assez convaincante et les camions continuent à rouler à tout va ; surtout, le processus accéléré de la dématérialisation par le numérique est en passe de faire sauter cette étape et avec elle une partie importante de l’économie du papier d’impression.

Pour le reste, c’est-à-dire l’essentiel, on ne peut que constater amèrement – aux exceptions près, certes notables mais minoritaires – un affaiblissement du journalisme actif – positivement critique – au détriment d’une industrie du retraitement d’informations de secondes mains («experts», agents de com’, lobbyistes, et jusqu’aux réseaux sociaux !) On voit ainsi prospérer dans les médias de masse cette «information blanche» que déplore MacGregor, et qui s’autoalimente à l’intérieur d’un système clos. Une « information » qui se nie, autant dire une désinformation à base de mimétisme, voire de consanguinité menaçant l’espèce journalistique par excès de clichés, « marronniers », micro-trottoirs, pipolisation, généralisations, approximations, inculture, tics et fautes de langue, non recoupements, non contextualisation… 

Le bon côté de ce triste constat, c’est, comme se plaisent à dire les manageurs, qu’il y a «des marges de progression».

Lire l’article


L’Équipe à genoux devant le client Roi

« Journalisme sportif » : un oxymore. C’est-à-dire l’alliance incongrue de deux éléments aussi opposés que l’huile et l’eau. Summum du genre atteint par L’Équipe qui, au lendemain du match PSG-OM, n’a pas craint d’accommoder son lectorat en ménageant la chèvre PSG et le chou OM (c’est une image, hein !). Et voilà le tableau, selon l’édition, parisienne ou marseillaise :

Imaginons L'Huma publiant une édition de droite…

Imaginons L’Huma publiant une édition de droite…

Comme le note Daniel Schneiderman (Arrêt sur images), les hebdos aussi « sont coutumiers des couvertures régionalisées. «Le vrai pouvoir à Montpellier», «Strasbourg demain», «les dix qui font Le Havre», «ceux qui comptent à Vierzon»: en couverture du Point ou de L’Express, ça en jette au lectorat local, supposé flatté que la presse parisienne, du haut de Sa Parisianitude, s’intéresse à lui. »

Le mérite de L’Équipe, si on peut dire, c’est de mettre carrément les pieds dans le plat de la démagogie clientéliste ou, vulgairement parlant, du léchage-de-cul.

On dira qu’après tout, ce n’est jamais là que l’application à la presse sportive d’un bon principe de marchandisage : plaire au client, qui est Roi.

Où l’on voit bien aussi qu’il y a lieu de distinguer entre crise des médias et crise du journalisme, et ne pas réduire la réflexion à l’opposition toile contre papier.

 

Post scriptum, dans la foulée et en version «couvrez ces épaules que je ne saurais voir» :

Oscars: Une agence de presse iranienne recouvre les épaules de Michelle Obama

 


Trop forts, ces journalistes !

© faber

© faber

Les « épisodes neigeux » se ramassent à la pelle et les journalistes « de terrain » sont mobilisés tels les agents de l’Équipement et leurs saleuses. Bravons les clichés comme les intempéries, célébrons les marronniers qui fleurissent sous les blancs manteaux à l’immaculée blancheur, pour la joie des petits et des grands. Tandis que les micro-trottoirs turbinent à plein régime, tenus par les petites-mains grelottantes des stagiaires à l’avenir incertain comme la météo. Et pleuvent en flocons drus les fortes déclarations des Monsieur et Madame Michu « qui n’avaient jamais vu ça  »

Le 20 heures de dimanche soir sur France 2 a ainsi tenu un bon quart d’heure, à l’égal de tout grand événement. Météo, Algérie, Mali, hiérarchie quand tu nous tiens. Il est à parier que les autres chaînes auront fait au moins aussi bien. Et que les journaux n’auront pas été en reste. Le pluralisme des médias, c’est fondamental.


Porno-misère, autre genre télévisuel

Comme des millions d’autres, je me branche chaque soir ou presque sur le journal télé, celui de France 2. Ailleurs, ça doit être pareil, toutes chaînes confondues, dans un système commun où le spectacle domine. Donc, on étend un regard voyeur sur la scène mondiale – enfin, de cette partie superficielle du monde relié au système technique médiatique. Le réseau tisse sa toile en étendant son emprise à finalité marchande ; c’est pourquoi il n’y travaille qu’en surface, ou à la crête des aspérités, surtout pas en profondeur.

 

Donc, hier soir, comme les autres soirs, « mon » JT présentait « sa » séquence « émotions ». Aujourd’hui, rayon pauvreté, voici Fabienne, jeune mère célibataire, caissière à 800 euros par mois, qui ne peut plus payer sa facture d’électricité. Larmes le long de la joue.

– Salauds de riches !
– Cause toujours ! Dessin de Faber ©

 

La veille, rayon « illettrisme », ces travailleurs en fait quasi analphabètes, se retrouvant en apprentissage basique, avec des mécaniques intellectuelles grippées, appelant des efforts douloureux. Cet homme est montré de près, la caméra scrute, travaille à la loupe, de son œil de rapace. Le visage se prête si bien à l’exploration, l’homme est un peu rustre, c’est un prolo « brut de décoffrage » ; pour un peu on irait avec l’endoscope, fouiller jusque dans ses tripes. Il résiste, l’homme autopsié par la caméra, il veut faire bonne figure, sourit, croit dominer le rictus. Il parle de son fiston, qu’après il pourra même aider à ses devoirs. Et soudain éclate en sanglots. Et la caméra qui insiste, le poursuit, le traque.

 

La Crise a ouvert tout grand le champ de la misère à ces terroristes modernes, l’œil de rapace rivé au viseur, mitraillant en silence, ne lâchant pas la proie, qu’ils tétanisent, qu’ils médusent parfois d’un regard obscène de cyclope.

 

Tels sont ces pornographes adeptes du gros plan, montrant des nez, des yeux, des rides comme on exhibe des bites et des chattes.

 

Qui isolent la partie du tout afin d’en extraire la larme intime, la perle lumineuse du monde en dérive et en spectacle.

 

Qui nous transforment en voyeurs, culpabilisés ou jouisseurs secrets de nos privilèges, compatissants jusqu’à la séquence suivante – une vedette, un sportif – qui fera aussitôt oublier celle-ci.

 

Et avant-hier, encore, c’était cet ouvrier agricole meurtri par sept années en prison sous l’accusation mensongère de viol. Pleurs rentrés.

 

Et ce soir, de quelles larmes la fameuse « séquence émotions » nourrira-t-elle l’interminable feuilleton de cette litanie télé/visuelle – vue à distance, de loin, hors contexte, si peu politique ?

 

Enfants-martyrs, ou enfants-soldats ; Noël du « sdf » ; mamie sans famille à l’hospice… La réserve sociale des démunis, des laissés pour compte est inépuisable. Elle peut même, au besoin, se grossir de la détresse animale. Attention cependant à bien en « gérer les richesses » télé/géniques. Cette économie-là aussi est délicate. Rien ne serait plus contre-productif qu’un abus dans ce domaine ; comme dans tout autre – celui du luxe, par exemple, son pendant symétrique. Ainsi, en fait-on des kilos, c’est le cas de le dire, avec un Depardieu pseudo-exilé, visant à soustraire au fisc du pays qui l’a fait roi – des riches et des cons – 1,4% de son immense fortune. Minable, va ! Oui, mais il nous emmerde, le minable, du haut de sa Tour d’Argent comme nous le montre si bien Faber et son dessin ci-contre.

 

L’essentiel étant, tout de même, que les injustices restent assez supportables pour qu’on supporte l’Injustice.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

    • Twitter — Gazouiller

    • Énigme

      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

      Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

      tcherno2-2-300x211

      Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

    • montaigne

      Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

      La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

    • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
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    • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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