On n'est pas des moutons

Gaffe, les médias !

Attentat de Barcelone : Kamel Daoud s’insurge contre le laxisme européen

Écri­vain et jour­na­liste algé­rien, Kamel Daoud s’est impo­sé, par­mi d’autres trop rares dans le monde musul­man, par son indé­pen­dance de juge­ment, la finesse de ses ana­lyses et de son écri­ture. Tan­dis que nos médias se lamentent sans fin sur les abo­mi­na­tions de Daesh, Kamel Daoud pointe ses réflexions sur leurs causes plu­tôt que sur leurs seuls effets. On ne sau­rait certes dénier les dimen­sions dra­ma­tiques des atten­tats. Mais leur mise en spec­tacle média­tique, l’étalage des témoi­gnages mul­tiples, les décla­ra­tions outrées ou va-t’en guerre, les recueille­ments et les prières publics, tout cela ne sert-il pas la stra­té­gie publi­ci­taire de ter­reur visée par l’État isla­mique ? En dénon­çant l’Arabie saou­dite comme « un Daesh qui a réus­si », Kamel Daoud va pré­ci­sé­ment à contre­cou­rant du dolo­risme ambiant qui masque une géo­po­li­tique – celle de ce qu’on appelle l’Occident – schi­zo­phrène, absurde, meur­trière et sans fin. [GP]

kamel-daoud-daesh

 

« L’Arabie saou­dite est un Daesh qui a réussi »

Par Kamel Daoud

Une pen­sée pour Bar­ce­lone. Mais après la com­pas­sion il est temps de s’interroger : Dans sa lutte contre le ter­ro­risme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en ser­rant la main de l’autre. Méca­nique du déni, et de son prix. On veut sau­ver la fameuse alliance stra­té­gique avec l’Ara­bie saou­dite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un cler­gé reli­gieux qui pro­duit, rend légi­time, répand, prêche et défend le wah­ha­bisme, isla­misme ultra-puri­tain dont se nour­rit Daesh.

Le wah­ha­bisme, radi­ca­lisme mes­sia­nique né au XVIIIe siècle, a l’idée de res­tau­rer un cali­fat fan­tas­mé autour d’un désert, un livre sacré et deux lieux saints, la Mecque et Médine. C’est un puri­ta­nisme né dans le mas­sacre et le sang, qui se tra­duit aujourd’hui par un lien sur­réa­liste à la femme, une inter­dic­tion pour les non-musul­mans d’entrer dans le ter­ri­toire sacré, une loi reli­gieuse rigo­riste, et puis aus­si un rap­port mala­dif à l’image et à la repré­sen­ta­tion et donc l’art, ain­si que le corps, la nudi­té et la liber­té. L’Arabie saou­dite est un Daesh qui a réussi.

Le déni de l’Occident face à ce pays est frap­pant : on salue cette théo­cra­tie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le prin­ci­pal mécène idéo­lo­gique de la culture isla­miste. Les nou­velles géné­ra­tions extré­mistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées dji­ha­distes. Elles ont été bibe­ron­nées par la Fat­wa Val­ley, espèce de Vati­can isla­miste avec une vaste indus­trie pro­dui­sant théo­lo­giens, lois reli­gieuses, livres et poli­tiques édi­to­riales et média­tiques agressives.

Vifs remer­cie­ments à Omar Lou­zi, direc­teur du site Amazigh24, et à Kamel Daoud, qui ont volon­tiers auto­ri­sé la dif­fu­sion de cet article sur « C’est pour dire ».

Amazigh24.ma dont le siège est à Rabat se pré­sente comme un site d’information géné­ra­liste, concer­nant le monde ama­zigh (rela­tif au peuple ber­bère et à sa langue) : Maroc, Algé­rie, Tuni­sie, Egypte, Libye, Niger, Mali, Iles Cana­ries, Mau­ri­ta­nie, … et la dia­spo­ra ama­zigh en Amé­rique du Nord et en Europe… Un site par­ti­ci­pa­tif, indé­pen­dant, qui donne la parole à tous les Ama­zighs dans le monde… quels que soient leurs domaines d’activité : affaires, poli­tique, culture. Le site se veut pro­gres­siste, huma­niste, ouvert et tolérant.

On pour­rait contre­car­rer : Mais l’Arabie saou­dite n’est-elle pas elle-même une cible poten­tielle de Daesh ? Si, mais insis­ter sur ce point serait négli­ger le poids des liens entre la famille régnante et le cler­gé reli­gieux qui assure sa sta­bi­li­té — et aus­si, de plus en plus, sa pré­ca­ri­té. Le piège est total pour cette famille royale fra­gi­li­sée par des règles de suc­ces­sion accen­tuant le renou­vel­le­ment et qui se rac­croche donc à une alliance ances­trale entre roi et prê­cheur. Le cler­gé saou­dien pro­duit l’islamisme qui menace le pays mais qui assure aus­si la légi­ti­mi­té du régime.

 

Il faut vivre dans le monde musul­man pour com­prendre l’immense pou­voir de trans­for­ma­tion des chaines TV reli­gieuses sur la socié­té par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture isla­miste est aujourd’hui géné­ra­li­sée dans beau­coup de pays — Algé­rie, Maroc, Tuni­sie, Libye, Egypte, Mali, Mau­ri­ta­nie. On y retrouve des mil­liers de jour­naux et des chaines de télé­vi­sion isla­mistes (comme Echou­rouk et Iqra), ain­si que des cler­gés qui imposent leur vision unique du monde, de la tra­di­tion et des vête­ments à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une socié­té qu’ils consi­dèrent comme contaminée.

Il faut lire cer­tains jour­naux isla­mistes et leurs réac­tions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies » ; les atten­tats sont la consé­quence d’attaques contre l’Islam ; les musul­mans et les arabes sont deve­nus les enne­mis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la ques­tion pales­ti­nienne, le viol de l’Irak et le sou­ve­nir du trau­ma colo­nial pour embal­ler les masses avec un dis­cours mes­sia­nique. Alors que ce dis­cours impose son signi­fiant aux espaces sociaux, en haut, les pou­voirs poli­tiques pré­sentent leurs condo­léances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situa­tion de schi­zo­phré­nie totale, paral­lèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite.

Ceci laisse scep­tique sur les décla­ra­tions toni­truantes des démo­cra­ties occi­den­tales quant à la néces­si­té de lut­ter contre le ter­ro­risme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plu­tôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, com­ment empê­cher les géné­ra­tions futures de bas­cu­ler dans le dji­ha­disme alors qu’on n’a pas épui­sé l’effet de la Fat­wa Val­ley, de ses cler­gés, de sa culture et de son immense indus­trie éditoriale ?

Gué­rir le mal serait donc simple ? A peine. Le Daesh blanc de l’Arabie Saou­dite reste un allié de l’Occident dans le jeu des échi­quiers au Moyen-Orient. On le pré­fère à l’Iran, ce Daesh gris. Ceci est un piège, et il abou­tit par le déni à un équi­libre illu­soire : On dénonce le dji­ha­disme comme le mal du siècle mais on ne s’attarde pas sur ce qui l’a créé et le sou­tient. Cela per­met de sau­ver la face, mais pas les vies.

Daesh a une mère : l’invasion de l’Irak. Mais il a aus­si un père : l’Arabie saou­dite et son indus­trie idéo­lo­gique. Si l’intervention occi­den­tale a don­né des rai­sons aux déses­pé­rés dans le monde arabe, le royaume saou­dien leur a don­né croyances et convic­tions. Si on ne com­prend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tue­ra des dji­ha­distes mais ils renaî­tront dans de pro­chaines géné­ra­tions, et nour­ris des mêmes livres.

Kamel Daoud


Trump. « Impensable », puisqu’impensé

Com­ment ne pas en rajou­ter, inuti­le­ment, à ce flot média­tique mon­dial déver­sé à pro­pos de Trump et de son élec­tion ? Car le nom­bril du monde, on le sait bien, se situe aux États-Unis, capi­tale du Capi­tal 1. Qu’un his­trion mil­liar­daire en prenne les gou­vernes, c’est dans « l’ordre des choses ». Dans un cer­tain ordre de cer­taines choses : celles de l’argent-roi en par­ti­cu­lier, de la crois­sance à tout-va, de l’exploitation sans bornes des res­sources natu­relles et des humains entre eux. Le cli­mat pla­né­taire n’est vrai­ment pas bon.

La nou­veau­té, cette fois, c’est que les Cas­sandre de tous poils en sont res­tés sur le cul. Tous médias confon­dus, ana­lystes, pré­vi­sion­nistes, son­deurs n’avaient envi­sa­gé « le pire » que sous l’angle qua­si anec­do­tique, une vision cau­che­mar­desque aus­si­tôt refou­lée, comme pour mieux en conju­rer l’éventualité. C’était impen­sable.

Tel­le­ment impen­sable que cet « ordre des choses » com­man­dait de ne pas y pen­ser. L’impensable résul­tait en effet de l’impensé. Ce fut le pari gagnant de Trump, celui de parier sur le rejet orga­nique du « clan Clin­ton », rejet tri­pal – car vécu au plus pro­fond d’êtres frus­trés éco­no­mi­que­ment, socia­le­ment, cultu­rel­le­ment. Trump va sans doute les « trum­per », puisque c’est un ban­dit poli­tique qui a su les séduire (au sens pre­mier : Détour­ner du vrai, faire tom­ber dans l’erreur) en sachant leur par­ler, avec le lan­gage de la vul­ga­ri­té dans lequel ledit peuple a la fai­blesse de se com­plaire et de se reconnaître.

Et cela, à l’opposé des « élites », les soi-disant sachants, les « qui ne savent rien du tout » de la réa­li­té vécue en dehors des sphères de l’entre-soi. On peut mettre dans ce panier des « ins­truits cons ». 2 Dans cette caté­go­rie, on met­tra notam­ment la « classe » des jour­na­listes et assi­mi­lés. Je mets le mot entre guille­mets car il n’est pas exact, pas juste, en ce sens qu’il dési­gne­rait un ensemble homo­gène ; ce n’est pas le cas, car il faut consi­dé­rer les excep­tions, même si elles sont plu­tôt rares, sur­tout aux Etats-Unis. Par­mi elles, Michael Moore. Il a été l’un des rares à pres­sen­tir la vic­toire de Trump, dès le mois de juillet dans un article sur son site inti­tu­lé « Cinq rai­sons pour les­quelles Trump va gagner » 3.

moore-trump

Le réa­li­sa­teur 4 pré­voyait notam­ment une sorte de « Brexit de la Cein­ture de rouille », en réfé­rence aux États de la région à l’industrie sinis­trée des Grands Lacs tra­di­tion­nel­le­ment démo­crates et qui pour­tant ont élu des gou­ver­neurs répu­bli­cains depuis 2010. Selon Moore, cet arc est « l’équivalent du centre de l’Angleterre. Ce pay­sage dépri­mant d’usines en décré­pi­tude et de villes en sur­sis est peu­plé de tra­vailleurs et de chô­meurs qui fai­saient autre­fois par­tie de la classe moyenne. Aigris et en colère, ces gens se sont fait duper par la théo­rie des effets de retom­bées de l’ère Rea­gan. Ils ont ensuite été aban­don­nés par les poli­ti­ciens démo­crates qui, mal­gré leurs beaux dis­cours, fri­cotent avec des lob­byistes de Gold­man Sachs prêts à leur signer un beau gros chèque ».

Cette « pro­phé­tie » s’est réa­li­sée mar­di… D’ailleurs ce n’est pas une pro­phé­tie mais la déduc­tion d’une ana­lyse de ter­rain propre à la démarche de Moore. 5

Recon­nais­sons aus­si à un jour­na­liste fran­çais, Ignia­cio Ramo­net (ex-direc­teur du Monde diplo­ma­tique), d’avoir lui aus­si pen­sé l’« impen­sable ». Le 21 sep­tembre, il publiait sur le site Mémoire des luttes, un article sous le titre « Les 7 pro­po­si­tions de Donald Trump que les grands médias nous cachent » 6. Extraits :

« Depuis la crise dévas­ta­trice de 2008 (dont nous ne sommes pas encore sor­tis), plus rien n’est comme avant nulle part. Les citoyens sont pro­fon­dé­ment déçus, désen­chan­tés et déso­rien­tés. La démo­cra­tie elle-même, comme modèle, a per­du une grande part de son attrait et de sa crédibilité.

[…]

« Cette méta­mor­phose atteint aujourd’hui les Etats-Unis, un pays qui a déjà connu, en 2010, une vague popu­liste rava­geuse, incar­née à l’époque par le Tea Par­ty. L’irruption du mil­liar­daire Donald Trump dans la course à la Mai­son Blanche pro­longe cette vague et consti­tue une révo­lu­tion élec­to­rale que nul n’avait su pré­voir. Même si, appa­rem­ment, la vieille bicé­pha­lie entre démo­crates et répu­bli­cains demeure, en réa­li­té la mon­tée d’un can­di­dat aus­si aty­pique que Trump consti­tue un véri­table trem­ble­ment de terre. Son style direct, popu­la­cier, et son mes­sage mani­chéen et réduc­tion­niste, qui sol­li­cite les plus bas ins­tincts de cer­taines caté­go­ries sociales, est fort éloi­gné du ton habi­tuel des poli­ti­ciens amé­ri­cains. Aux yeux des couches les plus déçues de la socié­té, son dis­cours auto­ri­ta­ro-iden­ti­taire pos­sède un carac­tère d’authenticité qua­si inau­gu­ral. Nombre d’électeurs sont, en effet, fort irri­tés par le « poli­ti­que­ment cor­rect » ; ils estiment qu’on ne peut plus dire ce qu’on pense sous peine d’être accu­sé de « raciste ». Ils trouvent que Trump dit tout haut ce qu’ils pensent tout bas. Et per­çoivent que la « parole libé­rée » de Trump sur les His­pa­niques, les Afro-Amé­ri­cains, les immi­grés et les musul­mans comme un véri­table soulagement.

[…]

« A cet égard, le can­di­dat répu­bli­cain a su inter­pré­ter, mieux que qui­conque, ce qu’on pour­rait appe­ler la « rébel­lion de la base ». Avant tout le monde, il a per­çu la puis­sante frac­ture qui sépare désor­mais, d’un côté les élites poli­tiques, éco­no­miques, intel­lec­tuelles et média­tiques ; et de l’autre côté, la base popu­laire de l’électorat conser­va­teur amé­ri­cain. Son dis­cours anti-Washing­ton, anti-Wall Street, anti-immi­grés et anti-médias séduit notam­ment les élec­teurs blancs peu édu­qués mais aus­si – et c’est très impor­tant –, tous les lais­sés-pour-compte de la glo­ba­li­sa­tion économique. »

Ramo­net détaille ensuite les « sept mesures » en ques­tion, que je vous invite à connaître pour mieux com­prendre en quoi les outrances de Trump – mise en avant, en effet, par le média­tisme mou­ton­nier et spec­ta­cu­laire – n’ont pu gom­mer le réa­lisme de ses pro­po­si­tions auprès des plus concer­nés, les lais­sés pour compte du libé­ra­lisme sau­vage et ravageur.

Mer­cre­di soir au JT de 20 heures sur France 2, Marine Le Pen n’a pas man­qué de tirer son épingle de ce jeu brouillé, devant un jour­na­liste en effet bien for­ma­té selon la pen­sée domi­nante, à l’image du « tout Clin­ton » por­tée par la fan­fare médiatique.

Pour la pré­si­dente du Front natio­nal,  « la démo­cra­tie, c’est pré­ci­sé­ment de res­pec­ter la volon­té du peuple. Et si les peuples réservent autant de sur­prises, der­niè­re­ment, aux élites, c’est parce que les élites sont com­plè­te­ment décon­nec­tées. C’est parce qu’elles refusent de voir et d’entendre ce que les peuples expriment. [… ces peuples] « on les nie, on les méprise, on les moque bien sou­vent. Et ils ne veulent pas qu’une petite mino­ri­té puisse déci­der pour eux ». Tout cela envoyé en toute séré­ni­té, sur la petite musique des « élites et du peuple » façon FN, une musi­quette qui en dit beau­coup sur les enjeux de l’élection de l’an prochain.

Notes:

  1. Les bourses du monde se sont « res­sai­sies » en quelques heures…
  2. C’était l’expression de mon père pour dési­gner les poli­ti­ciens et les tech­no­crates ; je la trouve juste, et je suis fier de citer ma source…
  3. http://michaelmoore.com/trumpwillwin/
  4. On lui doit notam­ment Roger et moi (sur la crise dans l’automobile) ou encore Bow­ling for Colum­bine (le culte des armes à feu)
  5. Les médias de masse états-uniens, comme les autres ailleurs, reflètent cette sépa­ra­tion élite/peuple ; autre­ment dit entre ceux qui parlent « du peuple » (les ana­lystes dis­tin­gués se pla­çant en posi­tion haute…), et ceux qui parlent « au peuple » (le plus sou­vent, hélas, les chaînes « popu­laires » – celles des télés-réa­li­té chères à Trump – et les « tabloïds », chantres du diver­tis­se­ment vul­gaire). On retrouve là aus­si le cli­vage entre jour­na­lisme de ter­rain et jour­na­lisme assis. Ce qui me rap­pelle une sen­tence émise par un confrère afri­cain : « Il vaut mieux avoir de la pous­sière sous les semelles que sous les fesses » ! À ce pro­pos, on aura noté que nos médias hexa­go­naux ont dépla­cé des cohortes de jour­na­listes-pro­phètes pour « cou­vrir » l’élection états-unienne. Et, où se sont-ils amas­sés, ces chers jour­na­listes : dans le nom­bril du nom­bril du monde, à Man­hat­tan, par­di ! En avez-vous lu, vu et enten­du depuis le Bronx, ou bien à Detroit (Michi­gan), à Baton Rouge (Loui­siane), à Ama­rillo (Texas) ?… par exemple.
  6. http://www.medelu.org/Les-7-propositions-de-Donald-Trump

Télévision. Collaro chez les ploucs, ou le mépris anthropologique

« Col­la­ro chez les ploucs ». Repor­tage sur un couple d’agriculteurs de Condé-sur-Seulles, dans le Cal­va­dos. Lui a échoué au per­mis de conduire. Elle est à la remorque… Et Sté­phane Col­la­ro – qui serre la main du mon­sieur mais pas celle de la dame… – d’y aller de sa déma­go­gie d’amuseur public et de son mépris des gens simples de la cam­pagne. Alors, pour­quoi publier à nou­veau ? Parce que  ce mépris vaut anthro­po­lo­gie, tant pour les obser­vés que pour l’observateur. Sans nier que c’est quand même poi­lant, tout en témoi­gnant d’une époque et d’une forme de télé­vi­sion (Antenne 2, émis­sion La Lor­gnette, 2 avril 1978. © Archives Ina).

Dans un autre registre, mais proche, revoyons cet autre mor­ceau d’anthologie : Dumayet et Des­graupes, Pierre-s angu­laires du scoop rim­bal­dien 

Comme quoi la « télé-réa­li­té », dès ses ori­gines, c’est d’abord la réa­li­té de la télé.


Harcèlement sexuel. S’il fallait « jeter la pierre » à Denis Baupin…

L’affaire Bau­pin. Exci­ta­tion géné­rale, à base média­tique… J’écris « exci­ta­tion » sciem­ment, avec ses conno­ta­tions ner­veuses et sexuelles. L’affaire en ques­tion excite en pro­por­tion des enjeux et des consé­quences autant poli­ti­ciennes que poli­tiques ; elle excite aus­si sur le registre du voyeu­risme qui ali­mente ou même pro­longe le pro­blème que cer­tains vou­draient dénon­cer. Com­ment a-t-il fait « ça » ? Et envoyez les détails, svp ! Je vois donc là-dedans ce jeu trouble qui met en cause l’ambiguïté des humains autour de la sexua­li­té et du pou­voir – dont la poli­tique serait l’expression raf­fi­née, ou seule­ment « civique ».

Ainsi, l’affaire en cours me semble-t-elle haus­ser d’un cran de plus, dans sa ver­sion « moderne », actuelle, la fon­da­men­tale ques­tion de la sexo-poli­tique 1. À savoir, ce qui met en jeu, en oppo­si­tion et, j’ose dire, en branle 2 le bio­lo­gique & le rai­son­né, le pul­sion­nel & le ration­nel – et pour finir l’individu & la société.

Autant dire qu’une fois de plus, dans une naï­ve­té désar­mante autant que ques­tion­nante, l’animal humain redé­couvre, en quelque sorte, l’origine du monde… social. Mes trois points de sus­pen­sion en disent long, fai­sant ici le pont entre le fameux tableau de Cour­bet 3, c’est-à-dire « la chose », et les démê­lés de l’élu éco­lo­giste. Il s’agit bien du point de pas­sage entre le sexe et la poli­tique, vu cette fois sous l’angle du Spec­tacle – S majus­cule – qui magni­fie la chose en même temps que sa répro­ba­tion. 4

N’y a-t-il pas, der­rière ce flot d’indignations aux moti­va­tions hété­ro­clites, une hypo­cri­sie magis­trale visant à dis­si­mu­ler, sinon à nier, la double com­po­sante de l’homme, et de la femme évi­dem­ment, en tant qu’ani­mal humain ? L’expression déplaît encore. Notam­ment en ce qu’elle dérange les morales éta­blies, et spé­cia­le­ment les reli­gions – toutes les reli­gions. 5

N’est-elle pas là, pré­ci­sé­ment, l’origine du monde… refou­lé, frus­tré, violent, de la domi­na­tion, de la cupi­di­té, du meurtre du vivant et de la liber­té d’être ? N’est-il pas là, le véri­table har­cè­le­ment sexuel : tapi dans son ombre de confes­sion­nal, sous l’obscurité du voile ou dans les noires injonc­tions « divines » anti-vie ; s’en pre­nant aux enfants, tout spé­cia­le­ment, afin de per­pé­tuer ce meurtre jusque dans les plus ter­ribles guerres ?

Qui sont les « machos » ori­gi­naux, sinon ceux qui ont injec­té leurs trop-pleins d’oestrogènes dans les textes dits « sacrés », décré­tant des lois de domi­na­tion, des inter­dits, des infan­ti­li­sa­tions qui sévissent encore, ou en tout cas, s’opposent sans cesse au mou­ve­ment de la vie libre ?

Qui a déni­gré la femme, l’a rabais­sée et conti­nue à le faire en la jetant dans des cachots, sous le voile, ou dans les arrière-mondes ?

Extraits :

Le Nou­veau Tes­ta­ment. (1 Cor 11, 3) :  « Le Christ est le chef de tout homme, l’homme est le chef de la femme, et Dieu le chef du Christ ».

(1 Tim 2, 12-14) :  « Je ne per­mets pas à la femme d’enseigner, ni de faire la loi à l’homme, qu’elle se tienne tran­quille. C’est Adam en effet qui fut for­mé le pre­mier, Eve ensuite. Et ce n’est pas Adam qui se lais­sa séduire, mais la femme qui séduite, a déso­béi. ».

Le Coran. (II, 228) :  « Les maris sont supé­rieurs à leurs femmes ». (IV, 38) :  « Les hommes sont supé­rieurs aux femmes à cause des qua­li­tés par les­quelles Dieu a éle­vé ceux-là au des­sus de celles-ci, et parce que les hommes emploient leurs biens pour doter les femmes. Les femmes ver­tueuses sont obéis­santes et soumises. »

L’Ancien tes­ta­ment. (Genèse 3, 16) :  « Le Sei­gneur dit ensuite à la femme: « Je ren­drai tes gros­sesses pénibles, tu souf­fri­ras pour mettre au monde tes enfants. Tu te sen­ti­ras atti­rée par ton mari, mais il domi­ne­ra sur toi » ».

La Torah :  « Sois béni, Sei­gneur notre Dieu, Roi de l’Univers, qui ne m’as pas fait femme », une des prières que tout bon juif doit pro­non­cer chaque matin.

Et je m’arrêterai ici aux portes du boud­dhisme, de l’hindouisme et d’autres reli­gions, mono ou poly­théistes qui, sans excep­tions, placent la femme au second rang.

Pour finir sur ce cha­pitre sans fin, je rap­pel­le­rai à quels points de récents sou­bre­sauts de nos socié­tés dites éclai­rées ont été – plu­tôt plus que moins – « ins­pi­rées » par ces pré­ceptes reli­gieux qui sont deve­nus notre fond culturel.

On ne pour­rait les renier, mais autant en être conscient ; qu’il s’agisse des confron­ta­tions autour des notions de famille (« pour tous » ou pas), de genres sexuels (oppo­si­tions Nature/culture, la nature étant éle­vée à hau­teur divine) ; qu’il s’agisse tout autant de la mar­chan­di­sa­tion des attraits fémi­nins, en par­ti­cu­lier par la publi­ci­té raco­lant sur la voie média­tique ; qu’il s’agisse de tout ce jeu social aus­si com­plexe qu’ambigu entre séduc­tion et conquête, entre fri­vo­li­té et vio­lence. Autant de consi­dé­ra­tions – non de jus­ti­fi­ca­tions – per­met­tant d’expliquer cette double com­po­sante de l’animal humain face à ses pro­grammes internes, bio­lo­giques et cultu­rels : se repro­duire, per­pé­tuer l’espèce et s’élever jusqu’à « faire socié­té ». Il n’est pas dit qu’il y arrive jamais !


Dix cas de sexisme en poli­tique par libe­zap

Voi­là pour­quoi je ne « jet­te­rai pas la pierre » (Bible) à Denis B.

Notes:

  1. Concept notam­ment déve­lop­pé par Wil­helm Reich dans ses ana­lyses des struc­tures carac­té­rielles de l’humain refou­lé
  2.  « Le monde n’est qu’une bran­loire pérenne. Toutes choses y branlent sans cesse. » (Mon­taigne, Essais, III)
  3. Tableau qui fut un temps la pro­prié­té de Jacques Lacan.
  4. On ne peut alors que pen­ser à Bos­suet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils ché­rissent les causes. »
  5. Que l’homme ne soit pas le sum­mum de la créa­tion de Dieu, voi­là ce que les reli­gions n’ont tou­jours pas par­don­né à Dar­win et sa théo­rie de l’évolution.

Enfin de la pub, de la vraie, sur les radios du service public !

hara_kiri_pubSur l’autel de (feue) la gauche, ce gou­ver­ne­ment ne recule devant aucun sacri­fice. Ce matin au réveil, j’apprends dans le poste qu’un décret paru aujourd’hui même au Jour­nal offi­ciel auto­rise la publi­ci­té sur les ondes de Radio France !

Le tout-pognon aura encore sévi, empor­tant sur son pas­sage les restes d’éthique auquel on croyait encore pou­voir s’accrocher. Tu croyais, naïf, que les radios du ser­vice public te met­taient à l’abri des saillies de « pub qui rend con – qui nous prend pour des cons »… Macache ! Finies les débi­li­tés limi­tées aux seules « oui qui ? Kiwi ! » et autres « Mat­mut » à en dégueu­ler. On est pas­sé au tout-Macron, mon vieux ! Tu savais pas ? Vive le tout-libé­ral, l’indécence com­mune et la vul­ga­ri­té mar­chande ! Les enzymes glou­tons sont de retour, et les bagnoles à tout-va, les chaus­sée-au-moine, les jus­tin-bri­doux, les mars-et-ça-repart – autant dire que le bon­heur nous revient en splen­deur, avec ses trou­vailles enchan­te­resses, la vie facile, enfin !

Manque tout de même à ce gou­ver­ne­ment qui, lui aus­si, nous prend pour des cons, un ministre à la hau­teur. Je ne vois que Ségué­la. Un Ségué­la, sinon rien ! Et au com­plet, avec sa rolex et sa connerie.

Nous res­te­ra à fer­mer le poste. On mour­ra moins con (« oui mais, on mour­ra quand même ! »).

imgres-1 imgres imgres-3


Réfugiés à Aix-en-Provence : Pas de ça chez moi ! clame Maryse Joissains

Des réfu­giés « chez moi » ? Et quoi encore ? La maire d’Aix-en-Provence, Maryse Jois­sains, n’a pas tar­dé à se dis­tin­guer sur ce cha­pitre du rejet qui consti­tue son fond de com­merce poli­tique. Sa lar­gesse de vue et d’esprit sur­gissent de même, agré­men­tée de sa « dis­tinc­tion » légen­daire, décla­rant ain­si [La Pro­vence 8/9/15]:

« Des migrants, j’en ai déjà suf­fi­sam­ment à Aix. Il y a les sans-papiers et les Roms. J’ai mon quo­ta. Je rejette la poli­tique de dan­ge­ro­si­té de Hol­lande qui ne sait pas gérer la crise. En plus, après la pho­to de l’enfant syrien, retrou­vé mort noyé, il fait appel à l’émotion popu­laire. Ce qui est indigne. Les Syriens, il faut les accueillir chez eux, les pro­té­ger chez eux. » Admi­rons la finesse de l’analyse et sa por­tée géo-poli­tique. Elle pour­suit : « Puis, 24.000 ça veut dire quoi ? Il y a des mil­liers de migrants et ça va pro­vo­quer un appel d’air. Ce qu’on est en train de faire, c’est de la dépor­ta­tion. [sic] Si c’est ça l’humanisme, alors je n’y com­prends plus rien. » La Pro­vence ajoute : « Maryse Jois­sains avoue­ra néan­moins [sous la tor­ture des jour­na­listes ? Note du blo­gueur] qu’elle est prête à accueillir des Syriens. « Mais des chré­tiens ».

andré faber 2015

© andré faber 2015

Oui, res­tons entre gens de bonne com­pa­gnie. Et, sur­tout, pas ques­tion de lais­ser le « mono­pole » du rejet aux lepe­nistes du FN qui pour­raient lui faire de l’ombre. Mais de petits arran­ge­ments seront tou­jours pos­sibles avec cette femme qui n’est ni démo­crate ni répu­bli­caine. Rap­pe­lons ses pro­pos de mai 2012, autour de la présidentielle :

  «  Même si M. Hol­lande est pro­clamé pré­sident de la Répu­blique, je ne pense pas qu’il soit légi­time, parce qu’il y arrive après un com­bat anti-démo­cra­tique comme on ne l’a jamais vu dans ce pays. »

«  Fran­çois Hol­lande est un dan­ger pour la Répu­blique. Cet homme n’a jamais fait la démons­tra­tion qu’il ait fait quelque chose dans sa vie. Je ne le crois pas com­pé­tent, ni capable. En tout cas phy­si­que­ment. Il ne don­nera pas l’image d’un pré­sident de la Répu­blique. J’aurais aimé d’un pré­sident qu’il ait plus de pres­tance et pas qu’il agite ses petits bras comme il le fait dans tous ses mee­tings parce que ça me paraît extrê­me­ment ridi­cule. » [Lire sur « C’est pour dire » Sar­ko­zysme. Le putsch ver­bal et fas­ci­sant de Maryse Jois­sains, maire d’Aix-en-Provence ]

Maryse Jois­sains, on le sait, a tou­jours eu un gros faible pour les petits bras agi­tés par son poli­ti­cien pré­fé­ré. Affaire de goût, de choix. On ne dis­cute même pas.

Quant à La Pro­vence – le quo­ti­dien mar­seillais –avec ou sans Tapie à sa tête, il reste fidèle à sa ligne pla­te­ment déma­go­gique. Ain­si son innom­mable rubrique « Le vote du jour », en der­nière page, entre la météo et l’horoscope, qui sou­met une ques­tion à la réponse binaire : oui/non et « Ne se pro­nonce pas ». Exemple de ce mar­di 8/9/15 : À la ques­tion « Faut-il assou­plir les condi­tions d’accueil des réfu­giés syriens ? » « Vous avez voté hier » : Oui, 17 % - Non, 79 %. (Sans avis 4 %).

Une telle pra­tique est scan­da­leuse, à plus d’un titre.

Sans dis­cu­ter ici de la vali­di­té des son­dages en géné­ral (même pra­ti­qués selon les règles de l’art), le jour­nal, lui, n’indique jamais le nombre de réponses obte­nues – c’est dire la valeur de ses pour­cen­tages ! Quant aux ques­tions posées, elles vont des plus débiles aux plus graves comme celle du jour, posée de manière on ne peut plus incon­sé­quente : Faut-il assou­plir [que le verbe est judi­cieux !] les condi­tions d’accueil [les­quelles ?]…

Ce genre de dérive relève tout autant de l’abêtissement jour­na­lis­tique que de l’absence d’éthique. Elle n’en recèle pas moins des inten­tions inavouées, peut-être incons­cientes – allez savoir !

Sur ce constat et sur les pro­pos de Mme Jois­sains, l’archevêque du Vau­cluse, Mgr Cat­te­noz a de quoi s’époumoner encore davan­tage que dans sa vidéo sur inter­net où il déclare :

« J’ai honte de mon pays, la France, qui, à plus de 50% de sa popu­la­tion, refuse l’accueil des migrants. J’ai honte de cer­tains poli­tiques qui tiennent des pro­pos inqua­li­fiables lorsqu’ils parlent de “ces gens-là”. Ils les dési­gnent avec mépris. J’ai honte des chré­tiens qui semblent igno­rer cette tra­gé­die des migrants et sur­tout se refusent à perdre les avan­tages acquis de leur niveau de vie ».

Pro­pos repris dans La Pro­vence du même jour, même article, même punition.


« Ça sent le bouchon »

« Ça sent le bou­chon » a osé la jour­na­liste sur France Inter ce matin pour lan­cer le mar­ron­nier esti­val. Et d’enfiler les cli­chés sur les dan­gers de la déshy­dra­ta­tion, les redou­tables micro-trot­toirs (sur auto­routes…) et, donc, les puis­santes pen­sées des che­va­liers à quatre roues. Il est reve­nu, l’heureux temps des bou­chons, ces « hiron­delles » qui annoncent l’été cani­cu­laire. Ce rituel jour­na­lis­tique est aus­si vieux que les hordes auto­mo­biles. C’est aus­si un mar­queur de socié­té. Ain­si cette archive de l’Ina datée du 1er juillet… 1968, sobre­ment inti­tu­lée « Arri­vée des tou­ristes sur la Natio­nale 7 : tra­fic auto­mo­bile et plages de la région », extraite de Pro­vence Actua­li­tés, Office natio­nal de radio­dif­fu­sion télé­vi­sion fran­çaise,  Mar­seille. Où la niai­se­rie du pro­pos atteste bien que la révo­lu­tion de Mai-68 a vécu.


« Maréchal, me voilà ! » Quand le FN redevient ce qu’il est

Ca a chauf­fé lors de la remise, mar­di 27 à Paris,  par le Trom­bi­no­scope du prix d” « élu local de l’année » au maire FN d’Hénin-Beaumont Steeve Briois. Cette banale céré­mo­nie de l’entre-soi poli­ti­cien a tour­né au vinaigre, ver­sion frontiste. 

Alors que les prix sont remis en mains propres, vient le moment pour Gilles Leclerc, pré­sident de la chaîne Public Sénat et qui n’a rien d’un gau­chiste, de remettre le sien à Steeve Briois. Et son dis­cours n’est... com­ment dire ?... pas vrai­ment enjoué :

« Je vais être tout a fait hon­nête, j’étais pas for­cé­ment spé­cia­le­ment volon­taire pour cet exer­cice un peu spé­cial. [...] Il ne s’agit pas à pro­pre­ment par­ler d’une véri­table récom­pense. [...] Aujourd’hui maire, donc, dépu­té euro­péen – tiens j’oubliais d’ailleurs qu’au Front natio­nal on n’était pas for­cé­ment contre le cumul. [...] C’est vrai que vous avez sans doute en mémoire les bilans pas très fameux, vous en convien­drez, de vos col­lègues élus en 1995. »

Suite à quoi il des­cend de la scène et laisse une hôtesse remettre son prix à Steeve Briois. Qui déclare à la tribune :

« Je vou­lais vous remer­cier pour ce prix. Même s’il m’a été attri­bué visi­ble­ment à contre-cœur, il me va droit au cœur. »

Les res­pon­sables fron­tistes pré­sents prennent alors à par­ti Gilles Leclerc, sous l’œil des camé­ras du Petit Jour­nal. « Le dis­cours que vous avez fait est un dis­cours de pro­tec­tion, il fal­lait mettre un pré­ser­va­tif pour venir  », lui lance fine­ment le dépu­té Gil­bert Col­lard, qui ajoute : « Quand on le reli­ra dans dix ans, votre dis­cours... Je vous plains. » « Mon­sieur Leclerc, vous avez été en-des­sous de tout, le tance à son tour le séna­teur Sté­phane Ravier. Ne vous for­cez pas à vous ridi­cu­li­ser à ce point ! [...] Vous vous êtes apla­ti, vous avez ram­pé...  » Et puis c’est au tour de Marion Maré­chal - Le Pen. Tout sou­rire, la dépu­tée et nièce de Marine Le Pen menace assez clai­re­ment le journaliste :

« Fran­che­ment, c’est minable. Je suis regon­flée à bloc ! Mais on va vous avoir... Mais quand ça va arri­ver, ça va vrai­ment vous faire mal ! Vrai­ment, mer­ci. Parce qu’on a des petits coups de mou et quand on a ça, on est moti­vés ! Vrai­ment. Vraiment. »

FN-Marion-Marechal-Le-Pen-menace-le-journaliste-Gilles-Leclerc-On-va-vous-avoir.-Mais-quand-ca-va-arriver-ca-va-vraiment-vous-fair

[Sources : Etienne Bal­dit, le lab.europe1.fr et Dany Bruet]


Dieudonné vs Patrick Cohen. Quand fascisme et journalisme voguent sur le même bateau

Dieu­don­né est un facho. Un facho qui s’affiche sans ver­gogne et comme il y en a de plus en plus. Ses pro­pos anti­sé­mites sur le jour­na­liste de France Inter, Patrick Cohen, sont acca­blants et sans appel : « Tu vois, lui, si le vent tourne, je ne suis pas sûr qu’il ait le temps de faire sa valise. Moi, tu vois, quand je l’entends par­ler, Patrick Cohen, j’me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage. »

Mais en cher­chant à dépas­ser l’indignation sans frais, on peut tout de même se deman­der pour­quoi ce Dieu­don­né s’en prend-il ain­si à ce Cohen-là, à ce Patrick de la radio publique.

Alain Pont­vert, un lec­teur du Monde (20/12/2013), déplace quelque peu l’angle de vision dans ces termes :

« Patrick Cohen un jour­na­liste irré­pro­chable et exempt de tout esprit par­ti­san ou com­mu­nau­ta­riste ??? C’est une blague ??? Lisez Schnei­der­mann puisque l’article ne le met même pas en lien : les gens que le « ser­vice public » vu par Patrick Cohen ne doit pas invi­ter car « ils ont contre­ve­nu à un dogme » (lequel?) ».

Voi­là ce que raconte Daniel Schnei­der­mann dans Libé­ra­tion (17/03/13) : « Cela se passe au micro de l’émission C’est à vous (France 5). Chro­ni­queur de cette émis­sion, Patrick Cohen reçoit son col­lègue Fré­dé­ric Tad­deï, ani­ma­teur de Ce soir ou jamais, qui vient d’être trans­fé­rée de France 3 à France 2. Et Cohen ne va pas le rater, Tad­deï. A pré­sent qu’il est pas­sé sur France 2, chaîne ami­ral, Tad­deï conti­nue­ra-t-il d’inviter les mau­dits, comme il le fai­sait à l’abri de la (rela­tive) confi­den­tia­li­té de France 3 ? «Vous invi­tez des gens que l’on n’entend pas ailleurs, mais aus­si des gens que les autres médias n’ont pas for­cé­ment envie d’entendre, que vous êtes le seul à invi­ter.» Et Cohen cite quatre noms : Tariq Rama­dan, Dieu­don­né, Alain Soral et Marc-Edouard Nabe. Un théo­lo­gien, un humo­riste, un publi­ciste inclas­sable, un écri­vain : voi­ci la liste des pros­crits, des inter­dits, des ban­nis, dres­sée pour la pre­mière fois, tran­quille­ment, sur un pla­teau de télé convi­vial et sym­pa­thique. Ins­tant de vérité. »

Le débat s’engage alors, ain­si que pour­suit Schneidermann :

« Cohen : «Moi, j’ai pas envie d’inviter Tariq Rama­dan.» Tad­deï : «Libre à vous. Pour moi, y a pas de liste noire, des gens que je refuse a prio­ri d’inviter parce que je ne les aime pas. Le ser­vice public, c’est pas à moi.» «On a une res­pon­sa­bi­li­té. Par exemple de ne pas pro­pa­ger les thèses com­plo­tistes, de ne pas don­ner la parole à des cer­veaux malades. S’il y a des gens qui pensent que les chambres à gaz n’ont pas exis­té.» […] «Si je dis « j’ai des doutes sur le fait que Lee Har­vey Oswald ait été le seul tireur de l’assassinat de Ken­ne­dy à Dal­las », vous m’arrêtez ?»«Évi­dem­ment pas.»«Quelle dif­fé­rence ? Tout ce qui n’est pas défen­du est auto­ri­sé. Je m’interdis de cen­su­rer qui que ce soit, à par­tir du moment où il res­pecte la loi.»

Voyons même la vidéo de l’émission en question :

  (Lire la suite…)


Au Répu, ça pue !

Un hono­rable et ami­cal cor­res­pon­dant de Lor­raine (mer­ci Domi­nique) m’envoie cette pho­to (trouble, à cause de l’odeur) de son quo­ti­dien local dénom­mé Répu­bli­cain lor­rain, alias Le Répu.

Le Républicain lorrain, 24/9/13

Le Répu­bli­cain lor­rain, 24/9/13

On a beau être, com­ment dire ? tolé­rant, souple, com­pré­hen­sif, bien­veillant, etc. il y a quand même des coups de pied au cul qui se perdent. Quand la crasse men­tale rejoint la jour­na­lis­tique, le Gui­ness des records n’y suf­fi­rait plus. C’est pour­tant « dans le jour­nal », celui daté du 24/9/13. Pour­vu qu’il y ait encore plus d’invendus que d’habitude !


BONNE NOUVELLE. Les journaux sont foutus, vive les journalistes !

par John Mac­Gre­gor, cher­cheur au dépar­te­ment Socio­lo­gie des médias du MIT

Cet article a été publié à l’origine sur CINQsurCINQ.net, mon site pro­fes­sion­nel désor­mais fer­mé pour cause de retraite. Il a ensuite été mis en ligne le le 07/12/2004 sur ce blog, c’est pour dire.com. Je lui redonne ici une nou­velle actua­li­té, un peu à la manière dont les médias audio-visuels, à la faveur de l’été, pra­tiquent la rediffusion. 

En presque dix ans, l’analyse a gar­dé de sa per­ti­nence et d’une cer­taine jus­tesse d’anticipation. Ain­si en ce qui concerne l’apparition sur inter­net de plu­sieurs sites d’information dont, jusqu’à pré­sent, seul Media­part semble avoir trou­vé le modèle jour­na­lis­tique et économique. 

Cette décen­nie aura vu la dégra­da­tion géné­rale de l’économie de la presse d’information et, paral­lè­le­ment, l’accélération de la déma­té­ria­li­sa­tion des sup­ports au pro­fit d’internet et des outils « nomades ». Par­mi ceux-ci, les smart­phones ont pris la pre­mière place non seule­ment en tant que sup­port d’information, mais dans le pro­ces­sus même de pro­duc­tion d’information.. Les « réseaux sociaux  »  sont ain­si deve­nus des médias à part entière – moins le pro­fes­sion­na­lisme des jour­na­listes (notion d’ailleurs toute rela­tive, on le sait, et l’article ci-des­sous évoque lar­ge­ment cet aspect). Face­book et Twit­ter notam­ment devancent désor­mais les médias tra­di­tion­nels dans la « course » aux nou­velles; bien plus, ils les squeezent lit­té­ra­le­ment dans le rôle dévo­lu à l’information dans les pro­ces­sus his­to­riques (révo­lu­tions arabes, révoltes turque et bré­si­lienne en particulier).

C’est peut-être sur le plan tech­nique que l’article de « Mac­Gre­gor » se trouve le plus dépas­sé, quoique de manière très rela­tive : ain­si le sup­port en plas­tique élec­tro­nique n’a pas été géné­ra­li­sé, étant pour le moment sup­plan­té par les tablettes ; ain­si, les centres d’impression délo­ca­li­sés des jour­naux n’ont-ils pas vu le jour : la pres­sion éner­gé­tique n’étant sans doute pas encore assez convain­cante et les camions conti­nuent à rou­ler à tout va ; sur­tout, le pro­ces­sus accé­lé­ré de la déma­té­ria­li­sa­tion par le numé­rique est en passe de faire sau­ter cette étape et avec elle une par­tie impor­tante de l’économie du papier d’impression.

Pour le reste, c’est-à-dire l’essentiel, on ne peut que consta­ter amè­re­ment – aux excep­tions près, certes notables mais mino­ri­taires – un affai­blis­se­ment du jour­na­lisme actif – posi­ti­ve­ment cri­tique – au détri­ment d’une indus­trie du retrai­te­ment d’informations de secondes mains (« experts », agents de com”, lob­byistes, et jusqu’aux réseaux sociaux !) On voit ain­si pros­pé­rer dans les médias de masse cette « infor­ma­tion blanche  » que déplore Mac­Gre­gor, et qui s’autoalimente à l’intérieur d’un sys­tème clos. Une « infor­ma­tion » qui se nie, autant dire une dés­in­for­ma­tion à base de mimé­tisme, voire de consan­gui­ni­té mena­çant l’espèce jour­na­lis­tique par excès de cli­chés, « mar­ron­niers », micro-trot­toirs, pipo­li­sa­tion, géné­ra­li­sa­tions, approxi­ma­tions, incul­ture, tics et fautes de langue, non recou­pe­ments, non contextualisation… 

Le bon côté de ce triste constat, c’est, comme se plaisent à dire les mana­geurs, qu’il y a « des marges de pro­gres­sion  ».

Lire l’article


L’Équipe à genoux devant le client Roi

« Jour­na­lisme spor­tif » : un oxy­more. C’est-à-dire l’alliance incon­grue de deux élé­ments aus­si oppo­sés que l’huile et l’eau. Sum­mum du genre atteint par L’Équipe qui, au len­de­main du match PSG-OM, n’a pas craint d’accommoder son lec­to­rat en ména­geant la chèvre PSG et le chou OM (c’est une image, hein !). Et voi­là le tableau, selon l’édition, pari­sienne ou marseillaise :

Imaginons L'Huma publiant une édition de droite…

Ima­gi­nons L’Huma publiant une édi­tion de droite…

Comme le note Daniel Schnei­der­man (Arrêt sur images), les heb­dos aus­si « sont cou­tu­miers des cou­ver­tures régio­na­li­sées. « Le vrai pou­voir à Mont­pel­lier », « Stras­bourg demain », « les dix qui font Le Havre », « ceux qui comptent à Vier­zon »: en cou­ver­ture du Point ou de L’Express, ça en jette au lec­to­rat local, sup­po­sé flat­té que la presse pari­sienne, du haut de Sa Pari­sia­ni­tude, s’intéresse à lui. »

Le mérite de L’Équipe, si on peut dire, c’est de mettre car­ré­ment les pieds dans le plat de la déma­go­gie clien­té­liste ou, vul­gai­re­ment par­lant, du léchage-de-cul.

On dira qu’après tout, ce n’est jamais là que l’application à la presse spor­tive d’un bon prin­cipe de mar­chan­di­sage : plaire au client, qui est Roi.

Où l’on voit bien aus­si qu’il y a lieu de dis­tin­guer entre crise des médias et crise du jour­na­lisme, et ne pas réduire la réflexion à l’opposition toile contre papier.

 

Post scrip­tum, dans la fou­lée et en ver­sion « cou­vrez ces épaules que je ne sau­rais voir » :

Oscars: Une agence de presse iranienne recouvre les épaules de Michelle Obama

 


Trop forts, ces journalistes !

© faber

© faber

Les « épi­sodes nei­geux » se ramassent à la pelle et les jour­na­listes « de ter­rain » sont mobi­li­sés tels les agents de l’Équipement et leurs saleuses. Bra­vons les cli­chés comme les intem­pé­ries, célé­brons les mar­ron­niers qui fleu­rissent sous les blancs man­teaux à l’immaculée blan­cheur, pour la joie des petits et des grands. Tan­dis que les micro-trot­toirs tur­binent à plein régime, tenus par les petites-mains gre­lot­tantes des sta­giaires à l’avenir incer­tain comme la météo. Et pleuvent en flo­cons drus les fortes décla­ra­tions des Mon­sieur et Madame Michu « qui n’avaient jamais vu ça »

Le 20 heures de dimanche soir sur France 2 a ain­si tenu un bon quart d’heure, à l’égal de tout grand évé­ne­ment. Météo, Algé­rie, Mali, hié­rar­chie quand tu nous tiens. Il est à parier que les autres chaînes auront fait au moins aus­si bien. Et que les jour­naux n’auront pas été en reste. Le plu­ra­lisme des médias, c’est fondamental.


Porno-misère, autre genre télévisuel

Comme des mil­lions d’autres, je me branche chaque soir ou presque sur le jour­nal télé, celui de France 2. Ailleurs, ça doit être pareil, toutes chaînes confon­dues, dans un sys­tème com­mun où le spec­tacle domine. Donc, on étend un regard voyeur sur la scène mon­diale – enfin, de cette par­tie super­fi­cielle du monde relié au sys­tème tech­nique média­tique. Le réseau tisse sa toile en éten­dant son emprise à fina­li­té mar­chande ; c’est pour­quoi il n’y tra­vaille qu’en sur­face, ou à la crête des aspé­ri­tés, sur­tout pas en profondeur.

 

Donc, hier soir, comme les autres soirs, « mon » JT pré­sen­tait « sa » séquence « émo­tions ». Aujourd’hui, rayon pau­vre­té, voi­ci Fabienne, jeune mère céli­ba­taire, cais­sière à 800 euros par mois, qui ne peut plus payer sa fac­ture d’électricité. Larmes le long de la joue.

– Salauds de riches !
– Cause tou­jours ! Des­sin de Faber ©

 

La veille, rayon « illet­trisme », ces tra­vailleurs en fait qua­si anal­pha­bètes, se retrou­vant en appren­tis­sage basique, avec des méca­niques intel­lec­tuelles grip­pées, appe­lant des efforts dou­lou­reux. Cet homme est mon­tré de près, la camé­ra scrute, tra­vaille à la loupe, de son œil de rapace. Le visage se prête si bien à l’exploration, l’homme est un peu rustre, c’est un pro­lo « brut de décof­frage » ; pour un peu on irait avec l’endoscope, fouiller jusque dans ses tripes. Il résiste, l’homme autop­sié par la camé­ra, il veut faire bonne figure, sou­rit, croit domi­ner le ric­tus. Il parle de son fis­ton, qu’après il pour­ra même aider à ses devoirs. Et sou­dain éclate en san­glots. Et la camé­ra qui insiste, le pour­suit, le traque.

 

La Crise a ouvert tout grand le champ de la misère à ces ter­ro­ristes modernes, l’œil de rapace rivé au viseur, mitraillant en silence, ne lâchant pas la proie, qu’ils téta­nisent, qu’ils médusent par­fois d’un regard obs­cène de cyclope.

 

Tels sont ces por­no­graphes adeptes du gros plan, mon­trant des nez, des yeux, des rides comme on exhibe des bites et des chattes.

 

Qui isolent la par­tie du tout afin d’en extraire la larme intime, la perle lumi­neuse du monde en dérive et en spectacle.

 

Qui nous trans­forment en voyeurs, culpa­bi­li­sés ou jouis­seurs secrets de nos pri­vi­lèges, com­pa­tis­sants jusqu’à la séquence sui­vante – une vedette, un spor­tif – qui fera aus­si­tôt oublier celle-ci.

 

Et avant-hier, encore, c’était cet ouvrier agri­cole meur­tri par sept années en pri­son sous l’accusation men­son­gère de viol. Pleurs ren­trés.

 

Et ce soir, de quelles larmes la fameuse « séquence émo­tions » nour­ri­ra-t-elle l’interminable feuille­ton de cette lita­nie télé/visuelle – vue à dis­tance, de loin, hors contexte, si peu politique ?

 

Enfants-mar­tyrs, ou enfants-sol­dats ; Noël du « sdf » ; mamie sans famille à l’hospice… La réserve sociale des dému­nis, des lais­sés pour compte est inépui­sable. Elle peut même, au besoin, se gros­sir de la détresse ani­male. Atten­tion cepen­dant à bien en « gérer les richesses » télé/géniques. Cette éco­no­mie-là aus­si est déli­cate. Rien ne serait plus contre-pro­duc­tif qu’un abus dans ce domaine ; comme dans tout autre – celui du luxe, par exemple, son pen­dant symé­trique. Ain­si, en fait-on des kilos, c’est le cas de le dire, avec un Depar­dieu pseu­do-exi­lé, visant à sous­traire au fisc du pays qui l’a fait roi – des riches et des cons – 1,4% de son immense for­tune. Minable, va ! Oui, mais il nous emmerde, le minable, du haut de sa Tour d’Argent comme nous le montre si bien Faber et son des­sin ci-contre.

 

L’essentiel étant, tout de même, que les injus­tices res­tent assez sup­por­tables pour qu’on sup­porte l’Injustice.


De Brubeck à Niemeyer, même source même soupe

Mort de Dave Bru­beck et Oscar Nie­meyer, jazz et architecture.

 

Dave Bru­beck, 2005, Lud­wig­sha­fen. Ph. Frank C. Müller

Le pre­mier, pia­niste assez avant-gar­diste, s’est sur­tout fait connaître avec Take Five, cette com­po­si­tion en cinq temps qui n’était jus­te­ment pas de lui mais de son com­parse de longue date, le sax-altiste Paul Des­mond. Radios et télés, pas man­qué, se sont fait fort de célé­brer le cher dis­pa­ru avec ce Take Five, tube oblige.

 

Le second, aus­si bré­si­lien que sta­li­nien, s’était appli­qué à béton­ner Bra­si­lia et le siège du PC fran­çais. Estam­pillé peuple autant que célé­bré par l’élite mon­diale, tout comme le géo­mètre suisse Le Cor­bu­sier, ce fut aus­si un fami­lier du dic­ta­teur Cas­tro. Point à la ligne (de fuite).

 

Une fois de plus, le spec­tacle média­tique fait entendre sa même musique, celle qui par­court les rédac­tions d’une même vague confor­miste, venue de la même source, le plus sou­vent unique – celle de Wiki­pe­dia mati­née d’AFP pour le coup. De Libé à Ouest-France ou au Monde [hon­neur sauf, tou­te­fois, avec une bio par Syl­vain Siclier], les deux morts du jour sont célé­brés avec les mêmes orne­ments jour­na­lis­tiques à base de répé­ti­tions et de cli­chés invérifiés.

La soupe est ser­vie, en sachet. Même goût pour tout le monde, ingré­dients passe-par­tout, chi­miques et insi­pides ; ça rem­plit le vide et ne nour­rit pas, sur­tout pas l’esprit. Mais on peut som­no­ler tran­quille sans trop se deman­der qui, de Dave Bru­beck ou de Paul Des­mond, était pia­niste ou saxo­pho­niste. Qui dans le quar­tet indis­so­ciable tenait la contre­basse (Eugene Wright) et qui la bat­te­rie (Joe Morel­lo, mort l’an dernier) ?

Tiens, qu’est-ce que je disais… Rue 89 du 6/12

 

C’est vrai qu’on peut fort bien vivre sans « tout ça », du super­flu dans ce monde à la dérive. On peut se pas­ser de culture, s’il ne s’agit que de sur­vivre. On peut ne tra­vailler qu’à engrais­ser son ego. Et vogue la galère ! À l’opposé, ce matin dans le poste, on fai­sait dire à Nie­meyer que « le seul sens de notre pas­sage sur terre, c’est la solidarité ».

 

La culture comme atten­tion à l’autre. Le reste est littérature.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

  • Catégories d’articles

  • Salut cousin !

    Je doute donc je suis - gp

    • 0
    • 1 155
    • 461
    • 8 359
    • 45 223
    • 1 594
    • 3 575
  • Calendrier

    septembre 2017
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Août  
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    252627282930 
    Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress