Dimanche, déjà le 2, le temps qui passe, ver­tig­ineux. Il est des banal­ités qui résis­tent… D’autres aus­si : Hier était encore coton­neux, imprégné de la plus longue nuit avec les amis. Ça vient : On ne s’est presque rien dit de «là-bas» – pas par indif­férence, que non !, mais sans doute par respect. Le silence valait mieux, je crois; ou bien, il fal­lait renon­cer à la fête. L’embarras a atteint tous les plus ou moins rich­es de la Terre. Sur la «plus belle avenue du monde» – ah le clicheton ! –, le crêpe noir n’a pas empêché les habituelles et obscènes éjac­u­la­tions de mousseux, ni celles du feu d’artifice munic­i­pal. Des feux de Ben­gale, ça tombait on ne peut mieux… Ben, quoi, on avait payé Rug­gieri (le marc­hand d’artifice) et, dit la sagesse pop­u­laire, «quand le vin est tiré», hein…

A la mai­son, la télé est restée fer­mée. Comme en un deuil. Deuil médi­a­tique surtout. Ou plutôt, diète du lende­main de biture. Trop c’est trop. Ils font leur boulot, certes, et même plutôt bien, dans l’ensemble. Ne le feraient-ils pas que ça gueulerait, moi en pre­mier. Le font-ils que ça sat­ure. On touche là à l’un des fonde­ments de nos sociétés gavées et leurs fameux mass media. Les «médias de masse», hor­ri­ble expres­sion quand on y pense, tout comme celui de «pro­duits de grande con­som­ma­tion». Le quan­ti­tatif comme valeur pre­mière. Monde chosi­fié de la marchan­dise répliquée à grande échelle. Médias de super­marché, camelotte général­isée, mise en spec­ta­cle per­ma­nent, cerveaux disponibles. Aux armes !

Je me calme, je me calme… On n’est que le 2 et c’est encore dimanche. Comme dis­ait Valérie sur ce blog, à pro­pos du stress des infos : «Fais comme moi ecoute le silence.…». Y a de la sagesse là dedans. Mais le jour­nal­iste qui veille en moi ne saurait, comme ça, se trans­former en exégète de ses états internes. Intérêt vite lim­ité, fer­me­ture du blog et autres exu­toires publics. Non, «il» veut rester au monde, in the all world, quoi !

A pro­pos de Monde, grand M, son médi­a­teur se gra­touille le men­ton. Dans sa chronique du 1er de l’an, Robert Solé s’interroge sur cette espèce en voie de diminu­tion, celle du «fidèle lecteur». Comme en un prélude à une dis­pari­tion pro­gram­mée, il fait par­ler les poilus… Quand même plus nom­breux que ceux de 14–18, ils n’en tien­nent pas moins des pro­pos d’anciens com­bat­tants : «Je n’aurais jamais pen­sé vous écrire si je n’avais enten­du ce matin sur France-Inter une per­son­ne de 85 ans déclar­er lire Le Monde depuis décem­bre 1944, affirme Jean Thioulouse, d’Alfortville (Val-de-Marne). Or j’ai 89 ans et, moi aus­si, je suis un lecteur depuis le pre­mier numéro.» Ah nom dé djeu !

deucheMais depuis, con­tin­ue Solé, l’homo zap­pens a sur­gi dans la jun­gle médi­a­tique. Son prédécesseur s’était mis debout dans la savane, celui-là s’allonge plutôt pour jouer de la zap­pette à la télé comme dans la vie. Cet infidèle, ce dragueur impéni­tent, n’a de cesse de goûter à tous les rate­liers médi­a­tiques – et autres, si ça se trou­ve… Ou bien, son autre sous-espèce, fait le dif­fi­cile, tâte la mangue avant d’y goûter et sou­vent, file voir à côté si l’herbe est plus verte. Le pire, hélas pour les gazettes, c’est l’homo repus : a trop bouf­fé de toutes les nou­velles, en a trop avalé, vertes et pas mûres, avec et sans couleu­vres, à tous les arbres de l’info, jusqu’à l’écoeurement qui appelle la cure de dés­in­tox­i­ca­tion. D’où ce ter­ri­ble aveu : «Je me suis aperçue qu’un jour par semaine sans Le Monde me fai­sait du bien… Dès la semaine prochaine, je m’en passerai deux jours, puis — pourquoi pas ? — trois jours.»

Et, en effet – est-ce l’âge, bigre ? –, voilà que mes Monde à moi s’amoncellent par­fois dans leur embal­lage d’origine. Pas eu le goût de déchir­er le plas­tique, comme si je n’avais pas encore digéré la bouffe de la veille. Alors, ça s’accumule sur ce qu’à la mai­son nous appelons «la table de presse», ce foutoir de papi­er imprimé qui finit dans les bennes du tri sélec­tif ou dans la chem­inée. Avant ça, c’est le havre de la chat­te ; elle adore les jour­naux, elle et s’y a(band)onne des heures durant pour une revue de presse alan­guie : le con­traire du stress. Tout jour­nal­iste devrait avoir cette image (fournie ci-dessus), dont la légende sem­ble s’imposer : Ton arti­cle, à quelque alti­tude qu’il pré­tende, ne pète jamais plus haut que le cul de mon chat.

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