mon JOURNAL. 9/01/05 : Mais qu’on en finisse avec ces coûteux journalistes !

Imaginez la situation un dimanche matin : l’ordi rechigne. Un massage cardiaque s’impose. Résurrection. Mais c’est dimanche et dehors, un air de printemps… ; vous voyez ma bobine là à gauche, la semaine dernière, la Sainte-Victoire en toile de fond : du pareil en mieux durant tout une balade de rêve. Vous n’imaginez pas comme c’est dur de travailler en Provence. Vous vous en foutez. Normal. Mais un blog, c’est aussi du perso, non ?, donc de l’ordinaire également, de l‘anodin, du quotidien… – tiens, nous y revoilà aux canards, aux cancanages sur tout ce qui se publie. Tandis que l’actualité tend à subtiliser le réel. Bon, je m’égare.

Donc, je me paie ma revue de presse – on ne peut mieux dire, vu le prix des gazettes, y compris les gratos – si si, on les paie ! Ces prospectus n’ont rien de gratuit puisque c’est la pub qui les finance et en fin de compte chacun de nous. Je préfère les appeler les “pré-payés”(lire “Les journaux sont foutus, vive les journalistes!“). Mais après tout, ils distribuent «de l’information», exactement comme le patron de TF1 vend «du temps de cerveau humain disponible». Y avait longtemps qu’on ne l’avait pas ressortie celle-là… Bref, tout cela est comme devenu normal.

Dans Le Canard enchaîné (5/01/05), Jean-Luc Porquet, relève que Metro et 20 Minutes n’ont pas paru entre le 24 décembre et le 3 janvier. Un raz de marée à l’envers, en somme. Pas assez de lecteurs, peu ou pas de pub, allez hop tout lemonde au ski ! (ou à la plage ?). « Ça c’est du journalisme ! » conclut Porquet comme s’il découvrait la lune.

Les propos de Jacques Chirac au sujet de la disparition de Florence Aubenas en Irak, mine de rien, convergent vers un même point de neutralisation des journalistes et de l’information. Quand il dit «s’il y avait moins de journalistes sur place, il y aurait moins de risques», le président tient un discours proprement capitulard revenant à dénier la fonction de témoin qui reste le dernier rempart face aux dérèglements des hommes. Le pire s’accomode si bien su silence.

Résumons : d’un côté pas assez de pognon à engranger, pas de jounaux; de l’autre trop de risques coûteux, plus de journalistes. Et là, vraiment, les vaches seront bien gardées.

Y aller ou pas ?, la question se pose, bien sûr. Et aussi au chef de l’Etat, en conscience intime. Mais sur ce point ce n’est pas à lui de «déconseiller» au nom des «autorités françaises» (lui, en fait). Aurait-il trop «donné» avec Chesnot et Malbrunot ? Se verrait-il en secouriste fatigué des facéties inconscientes de ces skieurs hors-piste ?… «Cela a un coût global très important pour la nation» a notifié le président, qui est bon en calculs. «Florence n’est pas une touriste, a répliqué Serge July dans Libé de samedi, mais un témoin professionnel, un de ces artisans de l’information qui, justement ne sont pas, ne peuvent pas être, ne seront jamais agents de communication».

Puisse le patron de Libé dire vrai, surtout lorsque quelques pages plus loin dans le quotidien on lit qu’en raison de la disparition de Florence Aubenas « le personnel de Libération a décidé de reporter le vote de l’équipe concernant l’entrée au capital [du journal] d’Edouard de Rothschild».

Tout ça me rappelle mon premier patron, chapeau mou et ventre rond, qui disait en ricanant: «Ah, vous me coûtez cher, vous les journalistes!»

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faber

je me permets de compléter la revue … radiophonique :
dimanche midi sur France Inter, l’info ouvre sur la mort en exercice d’un pompier à Brest , il n’avait que 25 ans.
Maigrichon le drame ! Mais ouf, on embraye vite sur les suites de la cata asiatique et les élections palestiniennes. Consommons français que j’vous dis !

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