France Soir, ce vieux lifté, ce désir d’éternité

Faire du comme neuf avec du vieux, en anglais ça se prononce lifting ; pareil en chirurgie esthétique. Dans la presse, on dit «nouvelle formule». Mais la technique ne diffère pas toujours : gommer quelques mauvais plis, remonter les pendouilleries et, avant présentation, remaquiller la vieille peau.

Ainsi France Soir, dont on vient une fois de plus (peut-être la dixième en moins de dix ans) de retirer les tuyaux du nez pour tenter une énième sortie du coma. L’oxygène a été fourni, cette fois encore, par un homme d’«affaires», en l’occurence le franco-égyptien Raymond Lakah, dit Ramy. Des guillemets parce qu’il faut avoir un sens relatif du bizness pour reprendre un titre qui cumule un déficit mensuel de 500.000 euros. Mais on sait que la presse, même moribonde, fait toujours fantasmer les Citizen Kane, de Hollywood à Paris via le Caire. De quelles «affaires» s’agit-il donc concernant ce PDG qui, selon 20 minutes (19/10/04), a dû fuir l’Égypte par crainte de poursuites pour dettes (440 millions de dollars) ?Fsoir200105

Pour la nouvelle patronne de la rédaction, Valérie Lecasble, l’objectif du lifting est de «freiner le recul des ventes» (Le Monde, 20/01/05). Comme intention positive, on fait mieux. France Soir compte sur le sport pour changer son destin. Surtout le foot. Le ballon comme bouée de sauvetage…

Ce journal, qui culmina à 1.115.000 exemplaires en 1960, n’atteint plus les 70.000. Malade du populisme journalistique, il en est encore à puiser son «inspiration» auprès des crapoteux tabloïds britanniques. Ce qui, en terre hexagonale, fait douter du miracle espéré. Après tout…, croire à l’éternité peut aider à survivre.

Son historique et mythique patron , Pierre Lazareff, – Pierrot-les-bretelles pour les intimes –, avait tout de même une conception plus haute du métier d’informer. Je dis «tout de même» car il n’a pas non plus cassé trois pattes à son canard – enfin peut-être que si quand même puisque, mort en 1972, il en connut le déclin. Jusqu’à y participer par et avec une émission culte de la télé naissante : Cinq colonnes à la une. Quel symbole en effet que cet intitulé de télé calqué sur le jargon de presse ! Le pli était marqué, «inliftable» si j’ose dire – même à grands coups de six, sept, huit colonnes.

Il se trouve que France Culture l’a refait parler, Lazareff, il y a de ça un mois environ. On l’entendait donner sa définition du journal : «Un journal, c’est d’abord un service public». Un quoi ?

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Lazareff François

Non, je ne m’abrite pas derrière un pseudo.
Ce que je voulais dire: souvent, les gens les plus critiques d’une personne ou d’une époque ne sont pas ceux qui ont connu la personne ou l’époque en question.
Il est de bon ton de brocarder aujourd’hui les personnages d’hier avec des images fortes et inexactes. Si Pierre Lazareff a fait “cinq colonnes”, ce n’est pas pour participer au déclin de son journal mais pour créer une émission d’information sur un nouveau média.
Cette émission n’a jamais été égalée.

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