On n'est pas des moutons

Presse-Médias

PIFOP-MERDIAMÉTRIE. Suivez nos résultats et prévisions

L’Équipe et nos ser­vices PIFOP-MERDIAMÉTRIE com­mu­niquent :

Match médias : 

Jean-d’Ormesson Unit­ed 1John­ny-Hal­ly­day Olympique 7

Pronos­tic :

Michel-Ser­res Arse­nal 0Eddy-Mitchel St-Ger­main 4

 

NB : Résul­tats et prévi­sions sus­cep­ti­bles d’évolutions. 

• Ingénieur prévi­sion­niste : Gian Lau­rens


Anémone et Le Monde, improbable rencontre

Par Daniel Schnei­der­mannArrêt sur Images]

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L’article du Monde

C’est un dur méti­er, jour­nal­iste. Il faut imag­in­er San­drine Blan­chard, du Monde.Elle a décroché le gros lot : une inter­view d’Anémone. 1 Joie de l’intervieweuse. C’est d’ailleurs sa phrase d’attaque : “Je me fai­sais une joie de ren­con­tr­er Ané­mone”. L’Anémone du “Père Noël est une ordure”. L’Anémone du “Grand chemin”. Gon­flée de joie, toute pleine de sou­venirs de rigo­lade, San­drine Blan­chard arrive au ren­dez-vous. Et démarre le film-cat­a­stro­phe. D’abord, le ren­dez-vous est fixé “dans un bar d’hôtel imper­son­nel, comme il y en a des cen­taines à Paris, coincé entre la rue de Riv­o­li et le Forum des Halles”. C’est vrai, quoi. Elle n’aurait pas pu, Ané­mone, don­ner ren­dez-vous au Ritz, comme tout le monde ? C’est comme cette “mai­son per­due dans le Poitou”, où la comé­di­enne s’est retirée. Le Poitou ! A-t-on idée ? Saint-Trop et Saint Barth, c’est pour les chiens ?

Et tout s’enchaîne. “Les cheveux gris, courts et clairsemés, des lunettes ron­des qui lui man­gent un vis­age émacié, Ané­mone est plongée dans le dernier livre de Nao­mi Klein, Dire non ne suf­fit plus (Actes Sud, 224 p., 20,80 euros). Elle paraît fatiguée”. C’est sûr, la lec­ture de Nao­mi Klein, ça doit fatiguer. Alors qu’il existe tant de livres rigo­los, qui don­nent la pêche ! “Elle nous annonce qu’elle n’a qu’une petite heure à nous con­sacr­er, après, elle se«casse». Mais le pho­tographe doit arriv­er dans une heure… Ça l’«emmerde», les pho­tos. Elle n’est pas maquil­lée et ne se maquillera pas”. Une seule petite heure ? Quelle mesquiner­ie. C’est pour­tant un tel plaisir, de pass­er une heure au maquil­lage chaque matin, de revis­iter Le père Noël pour la 1739e fois, de livr­er pour la nième fois les mêmes anec­dotes sur Lher­mitte et Jug­not, et de sourire niaise­ment pour le nième pho­tographe !

Bref, elle a tout faux, Ané­mone. Ni sym­pa, ni souri­ante, ni maquil­lée, ni pos­i­tive. Si au moins, comme une bonne alter qui se respecte, elle était décem­ment révoltée, si elle mil­i­tait pour les pan­das ou le tri sélec­tif, San­drine Blan­chard pour­rait lui par­don­ner. Mais même pas ! “Tatie Danielle de la fin du monde”, elle n’a même plus le bon goût de se révolter ou de militer : “C’est frap­pé au coin du bon sens : on ne peut pas rêver d’une crois­sance infinie de la pop­u­la­tion et de la con­som­ma­tion indi­vidu­elle sur une planète qui n’est pas en expan­sion. […] C’est trop tard, toutes les études con­ver­gent. Il y a cinquante ans, on aurait pu faire autrement. Main­tenant, démerdez-vous. Ça va finir avec de grands bûch­ers. On n’arrivera plus à enter­rer les gens telle­ment ils mour­ront vite.» A tra­vers la mise en scène par San­drine Blan­chard de ses décep­tions en chaîne, on lit en creux toutes les injonc­tions incon­scientes de la Machine aux comé­di­ens médi­ati­s­ables. En atten­dant, on assiste à la con­fronta­tion d’un être humain authen­tique et d’une petite sol­date, qui n’y est plus habituée. Extra­or­di­naire duo. Je serais patron de salle, je saurais ce qui me reste à faire.

Le “Neuf -Quinze”,  bil­let quo­ti­di­en de Daniel Schnei­der­mann, est un régal de finesse caus­tique. Le fon­da­teur d’Arrêt sur images y pour­suit, avec son équipe, une salu­taire réflex­ion cri­tique sur les médias. On peut, et doit, si pos­si­ble, s’abonner au bil­let (gra­tu­it) et au site (4 euros par mois).

Mer­ci d’avoir autorisé « C’est pour dire » à repren­dre cet arti­cle.

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Télévision. Collaro chez les ploucs, ou le mépris anthropologique

Col­laro chez les ploucs”. Reportage sur un cou­ple d’agriculteurs de Condé-sur-Seulles, dans le Cal­va­dos. Lui a échoué au per­mis de con­duire. Elle est à la remorque… Et Stéphane Col­laro – qui serre la main du mon­sieur mais pas celle de la dame… – d’y aller de sa dém­a­gogie d’amuseur pub­lic et de son mépris des gens sim­ples de la cam­pagne. Alors, pourquoi pub­li­er à nou­veau ? Parce que  ce mépris vaut anthro­polo­gie, tant pour les observés que pour l’observateur. Sans nier que c’est quand même poilant, tout en témoignant d’une époque et d’une forme de télévi­sion (Antenne 2, émis­sion La Lorgnette, 2 avril 1978. © Archives Ina).

Dans un autre reg­istre, mais proche, revoyons cet autre morceau d’anthologie : Dumayet et Des­grau­pes, Pierre-s angu­laires du scoop rim­bal­dien 

Comme quoi la “télé-réal­ité”, dès ses orig­ines, c’est d’abord la réal­ité de la télé.


Maréchal, me voilà !” Quand le FN redevient ce qu’il est

Ca a chauf­fé lors de la remise, mar­di 27 à Paris,  par le Trom­binoscope du prix d’ “élu local de l’année” au maire FN d’Hénin-Beaumont Steeve Briois. Cette banale céré­monie de l’entre-soi politi­cien a tourné au vinai­gre, ver­sion fron­tiste.

Alors que les prix sont remis en mains pro­pres, vient le moment pour Gilles Leclerc, prési­dent de la chaîne Pub­lic Sénat et qui n’a rien d’un gauchiste, de remet­tre le sien à Steeve Briois. Et son dis­cours n’est… com­ment dire ?… pas vrai­ment enjoué :

“Je vais être tout a fait hon­nête, j’étais pas for­cé­ment spé­ciale­ment volon­taire pour cet exer­ci­ce un peu spé­cial. […] Il ne s’agit pas à pro­pre­ment par­ler d’une véri­ta­ble récom­pense. […] Aujourd’hui maire, donc, député européen – tiens j’oubliais d’ailleurs qu’au Front nation­al on n’était pas for­cé­ment con­tre le cumul. […] C’est vrai que vous avez sans doute en mémoire les bilans pas très fameux, vous en con­vien­drez, de vos col­lègues élus en 1995.”

Suite à quoi il descend de la scène et laisse une hôtesse remet­tre son prix à Steeve Briois. Qui déclare à la tri­bune :

Je voulais vous remerci­er pour ce prix. Même s’il m’a été attribué vis­i­ble­ment à con­tre-cœur, il me va droit au cœur. ”

Les respon­s­ables fron­tistes présents pren­nent alors à par­ti Gilles Leclerc, sous l’œil des caméras du Petit Jour­nal. “Le dis­cours que vous avez fait est un dis­cours de pro­tec­tion, il fal­lait met­tre un préser­vatif pour venir”, lui lance fine­ment le député Gilbert Col­lard, qui ajoute : “Quand on le reli­ra dans dix ans, votre dis­cours… Je vous plains.” “Mon­sieur Leclerc, vous avez été en-dessous de tout, le tance à son tour le séna­teur Stéphane Ravier. Ne vous forcez pas à vous ridi­culis­er à ce point ! […] Vous vous êtes aplati, vous avez ram­pé…” Et puis c’est au tour de Mar­i­on Maréchal — Le Pen. Tout sourire, la députée et nièce de Marine Le Pen men­ace assez claire­ment le jour­nal­iste :

Franche­ment, c’est minable. Je suis regon­flée à bloc ! Mais on va vous avoir… Mais quand ça va arriv­er, ça va vrai­ment vous faire mal ! Vrai­ment, mer­ci. Parce qu’on a des petits coups de mou et quand on a ça, on est motivés ! Vrai­ment. Vrai­ment.”

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[Sources : Eti­enne Baldit, le lab.europe1.fr et Dany Bruet]


En langue des médias, liberté se dit laïcité

Un dimanche matin, celui d’un dimanche d’« après ». Plus tout à fait comme « avant ». Après mes ablu­tions, le café et toute la procé­dure de démar­rage du lamb­da qui s’est couché tard pour cause de chaos mon­di­al, j’allume mon ordi resté en mode télé de la veille. Et voilà que je tombe (France 2) sur trois las­cars en cra­vates devisant, peinards, sur l’étymologie des prénoms musul­mans en langue arabe. C’est l’émission « Islam » : fort intéres­sante. Je suis sur le ser­vice pub­lic de la télé. Vont suiv­re « La Source de vie », émis­sion des juifs, puis « Présence protes­tante », puis « Le Jour du Seigneur ». Et, enfin, Nagui reprend les rênes avec « Tout le monde veut pren­dre sa place »… (Je n’ose voir là-dedans une hiérar­chie cal­culée…)

Donc, pas de pain, mais du religieux et du reli-jeux… Facile ? Peut-être mais quand même un chouïa pro­fond. Dans les deux cas, il s’agit de reli­er, autant que pos­si­ble, selon des niveaux de croy­ances bien séparés de la pen­sée cri­tique, en strates, en couch­es sédi­men­taires. Je veux dire qu’entre « tout ça », ça ne relie pas beau­coup… Cha­cun restant dans ses référents ancrés au plus pro­fond de soi, depuis l’inculcation parentale, selon qu’on sera né à Karachi, Niamey, Los Ange­les, Mar­seille, Paris XVIe ou Gen­nevil­liers.

Entre-temps j’ai allumé le poste (France Cul­ture, ma radio préférée, de loin !). Et là, dimanche oblige, vont se suc­céder : Chré­tiens d’Orient, Ser­vice protes­tant, La Chronique sci­ence (trois min­utes…), Tal­mudiques, Divers aspects de la pen­sée con­tem­po­raine : aujourd’hui la Grande loge de France (ça peut aus­si être le Grand ori­ent, la Libre pen­sée, etc., selon le tour de « garde »). Et, bien sûr, la Messe.

On est tou­jours sur le ser­vice pub­lic des médias d’un pays laïc et je trou­ve ça plutôt bien, même si, on le devine, toutes les innom­brables chapelles, obé­di­ences et autres ten­dances font la queue devant le bureau de la pro­gram­ma­tion de Radio France pour qué­man­der leurs parts de prêche.

sempe-tele-laicite

– Main­tenant, je voudrais vous pos­er la ques­tion que doivent se pos­er tous nos spec­ta­teurs : Com­ment votre con­cept onirique à ten­dance kafkaïenne coex­iste-t-il avec la vision sublogique que vous vous faites de l’existence intrin­sèque ? [© Sem­pé]

Je trou­ve ça plutôt bien, et qu’on nous foute la paix ! Surtout dans la mesure où – pour par­ler pré­cisé­ment de France Cul­ture – le reste des pro­grammes est essen­tielle­ment ori­en­té sur la cul­ture, au sens plein – inclu­ant à l’occasion les reli­gions –, et tout le champ des con­nais­sances : philosophiques, his­toriques, anthro­pologiques, soci­ologiques –sci­en­tifiques en général, sans oubli­er l’information (les Matins avec Marc Voinchet, 6 h 30 – 9 h, sont exem­plaires).

Je me dis qu’une telle radio s’inscrit dans l’« excep­tion cul­turelle » française et qu’elle est pré­cisé­ment un pro­duit de notre laïc­ité. Et je note aus­si un autre effet, tout récent celui-là car lié aux atten­tats du 7 jan­vi­er, et en par­ti­c­uli­er le pre­mier con­tre Char­lie Heb­do. Il ne s’agit nulle­ment de min­imiser celui con­tre les juifs du mag­a­sin cash­er, évidem­ment, mais seule­ment d’en rester au fait de la lib­erté d’expression et de car­i­ca­ture. Je trou­ve, en effet, que le ton des médias a mon­té d’un cran dans l’expression même de cette lib­erté, du moins dans une cer­taine vigueur de lan­gage, voire une verdeur – ce qui con­stitue un signe man­i­feste et sup­plé­men­taire de libéra­tion.

Encore un effort ! Et pourvu que ça dure.


Humanités”… Tout un programme sur France 5

Inti­t­uler  Human­ités un nou­veau pro­gramme de doc­u­men­taires, c’est une idée promet­teuse de France 5. Beau titre et générique superbe dû à Célia Riv­ière, sur des illus­tra­tions de Théo Guig­nard et une musique de Sacha Galper­ine. Tout un pro­gramme, en effet. “Si votre plumage se rap­porte à…”


Effet Charlie ? Libé saisi par le blasphème

Sans doute con­t­a­m­iné par le “virus Char­lie” et ses agents por­teurs hébergés dans ses locaux, Libéra­tion se lâche à son tour. Sa une de demain 16 jan­vi­er annonce un défoule­ment blas­phé­ma­toire tous azimuts. Tant qu’à blas­phémer, arrosons gaiement et large­ment. Une bonne foi(s ) pour toutes ?  Vingt guieux que non ! le sujet étant inépuis­able – ce qu’on appelle les éner­gies renou­ve­lables, cen­sées ali­menter l’écologie men­tale… 

charlie libé blasphemes

Libé 16/1/15


Les Actualités Françaises du 18 mars 1954

Les Actu­al­ités Français­es présen­tent…  Images du raid de Dien Bien Phu, Elis­a­beth II à Mel­bourne, grand bal au Krem­lin, le prési­dent Her­riot devient « Meilleur ouvri­er de France », mort de l’architecte Auguste Per­ret, présen­ta­tion de masques en plumes, pêche mirac­uleuse au Cana­da, course cycliste Paris-Côte d’Azur, ski à Garmisch. Y a pas à dire, il y a soix­ante ans on savait déjà informer !

Et en prime, le ton  tou­jours iné­galé du spiqueur. Quelques grands servi­teurs de l’ORTF s’en approchèrent par la suite, dont le pom­peux (= cireur de pom­pes) Léon Zitrone. Celui dont  Claude Dar­get dira qu’il ” par­le couram­ment trois langues : le français, le russe et le serve ».

 © Ina


L’ancêtre du smartphone, un dinosaure made in France

Avant de bom­barder vos pho­tos du pas­sage à l’An nou­veau, ce petit détour sur une avancée tech­nique déci­sive dans ce domaine, aujourd’hui si banal, de la trans­mis­sion d’images.

Il s’agit du bélino­graphe, ancêtre cinquan­te­naire du smart­phone…

un dinosaure !

belino

Et bonne année 2014 !

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Reportage datant de 1951 con­sacré au sys­tème de télépho­togra­phie par bélino­graphe inven­té par Edouard Belin. Expli­ca­tions, sché­ma et illus­tra­tion avec une mise en scène mon­trant un jour­nal­iste du ser­vice Télépho­to de France-Soir dépêché sur une scène de reportage qui trans­met en urgence ses pre­miers clichés.

On ne saura pas com­ment le Rouletabille a pu trou­ver la con­nec­tion télé­phonique au “pied” du fait-divers… Le plus beau, c’est le côté mer­veilleux du con­te à la gloire de la tech­nique tri­om­phante. C’est ain­si que les Actu­al­ités Français­es enchan­taient le monde des ciné­mas, entre le doc­u­men­taire et le film. Passées de la tech­nique à la tech­nolo­gie, néan­moins, nos mod­ernes télévi­sions n’ont rien per­du de l’art de racon­ter des con­tes de fées.

  • Doc­u­ment Ina provenant des Actu­al­ités Français­es
  • Par­tic­i­pants : Roul­leau, Edmond ; Belin, Edouard

Dieudonné vs Patrick Cohen. Quand fascisme et journalisme voguent sur le même bateau

Dieudon­né est un facho. Un facho qui s’affiche sans ver­gogne et comme il y en a de plus en plus. Ses pro­pos anti­sémites sur le jour­nal­iste de France Inter, Patrick Cohen, sont acca­blants et sans appel : « Tu vois, lui, si le vent tourne, je ne suis pas sûr qu’il ait le temps de faire sa valise. Moi, tu vois, quand je l’entends par­ler, Patrick Cohen, j’me dis, tu vois, les cham­bres à gaz… Dom­mage. »

Mais en cher­chant à dépass­er l’indignation sans frais, on peut tout de même se deman­der pourquoi ce Dieudon­né s’en prend-il ain­si à ce Cohen-là, à ce Patrick de la radio publique.

Alain Pontvert, un lecteur du Monde (20/12/2013), déplace quelque peu l’angle de vision dans ces ter­mes :

« Patrick Cohen un jour­nal­iste irréprochable et exempt de tout esprit par­ti­san ou com­mu­nau­tariste ??? C’est une blague ??? Lisez Schnei­der­mann puisque l’article ne le met même pas en lien : les gens que le “ser­vice pub­lic” vu par Patrick Cohen ne doit pas inviter car “ils ont con­trevenu à un dogme” (lequel?) ».

Voilà ce que racon­te Daniel Schnei­der­mann dans Libéra­tion (17/03/13) : « Cela se passe au micro de l’émission C’est à vous (France 5). Chroniqueur de cette émis­sion, Patrick Cohen reçoit son col­lègue Frédéric Tad­deï, ani­ma­teur de Ce soir ou jamais, qui vient d’être trans­férée de France 3 à France 2. Et Cohen ne va pas le rater, Tad­deï. A présent qu’il est passé sur France 2, chaîne ami­ral, Tad­deï con­tin­uera-t-il d’inviter les mau­dits, comme il le fai­sait à l’abri de la (rel­a­tive) con­fi­den­tial­ité de France 3 ? «Vous invitez des gens que l’on n’entend pas ailleurs, mais aus­si des gens que les autres médias n’ont pas for­cé­ment envie d’entendre, que vous êtes le seul à inviter.» Et Cohen cite qua­tre noms : Tariq Ramadan, Dieudon­né, Alain Soral et Marc-Edouard Nabe. Un théolo­gien, un humoriste, un pub­li­ciste inclass­able, un écrivain : voici la liste des pro­scrits, des inter­dits, des ban­nis, dressée pour la pre­mière fois, tran­quille­ment, sur un plateau de télé con­vivial et sym­pa­thique. Instant de vérité. »

Le débat s’engage alors, ain­si que pour­suit Schnei­der­mann :

« Cohen : «Moi, j’ai pas envie d’inviter Tariq Ramadan.» Tad­deï : «Libre à vous. Pour moi, y a pas de liste noire, des gens que je refuse a pri­ori d’inviter parce que je ne les aime pas. Le ser­vice pub­lic, c’est pas à moi.» «On a une respon­s­abil­ité. Par exem­ple de ne pas propager les thès­es com­plo­tistes, de ne pas don­ner la parole à des cerveaux malades. S’il y a des gens qui pensent que les cham­bres à gaz n’ont pas existé.» […] «Si je dis “j’ai des doutes sur le fait que Lee Har­vey Oswald ait été le seul tireur de l’assassinat de Kennedy à Dal­las”, vous m’arrêtez ?»«Évidem­ment pas.»«Quelle dif­férence ? Tout ce qui n’est pas défendu est autorisé. Je m’interdis de cen­sur­er qui que ce soit, à par­tir du moment où il respecte la loi.»

Voyons même la vidéo de l’émission en ques­tion :

  (Lire la suite…)


Au Répu, ça pue !

Un hon­or­able et ami­cal cor­re­spon­dant de Lor­raine (mer­ci Dominique) m’envoie cette pho­to (trou­ble, à cause de l’odeur) de son quo­ti­di­en local dénom­mé Répub­li­cain lor­rain, alias Le Répu.

Le Républicain lorrain, 24/9/13

Le Répub­li­cain lor­rain, 24/9/13

On a beau être, com­ment dire ? tolérant, sou­ple, com­préhen­sif, bien­veil­lant, etc. il y a quand même des coups de pied au cul qui se per­dent. Quand la crasse men­tale rejoint la jour­nal­is­tique, le Gui­ness des records n’y suf­fi­rait plus. C’est pour­tant « dans le jour­nal », celui daté du 24/9/13. Pourvu qu’il y ait encore plus d’invendus que d’habitude !


Adresse aux jeunes peut-être futurs journalistes et autres rêveurs romanesques

Jeunes peut-être futurs jour­nal­istes, pos­tu­lants ou appren­tis des si nom­breux lieux de for­ma­tion, rêveurs romanesques qui s’identifient à la pim­pante grande reporter et redresseuse de torts des films hol­ly­woo­d­i­ens et des séries télé, …

… il est encore temps de bien ques­tion­ner votre voca­tion et pour cela, …

…plus encore, de vous imprégn­er de la réal­ité d’aujourd’hui du méti­er d’informer.

Ce n’est pas l’ancien de la pro­fes­sion qui lance sa prophétie de vieux schnok,

c’est que les con­di­tions d’exercice dudit méti­er ont telle­ment changé, à l’image de la planète mon­di­al­isée et de l’information dématéri­al­isée.

Et si en prime vous fan­tas­mez sur les héros “des grands con­flits qui font les grands reporters”,

lisez en pri­or­ité le témoignage d’une jeune et courageuse pigiste ital­i­enne, Francesca Bor­ri, que sa présence sur le front de la guerre civile en Syrie a lit­térale­ment trans­for­mée – tout autant d’ailleurs que l’indifférence plus ou moins chargée de mépris opposée par ses con­frères. Et aus­si par le pub­lic.

Son arti­cle a été pub­lié le 1er juil­let 2013, sur le site de la ‘Colum­bia Jour­nal­ism Review’, Il est repris sur le site du Nou­v­el Obs sous le titre

« Lettre d’une pigiste perdue dans l’enfer syrien ».

Là non plus, on ne pour­ra pas dire « je ne savais pas ».

 

• Voir aus­si :

BONNE NOUVELLE. Les journaux sont foutus, vive les journalistes !


BONNE NOUVELLE. Les journaux sont foutus, vive les journalistes !

par John Mac­Gre­gor, chercheur au départe­ment Soci­olo­gie des médias du MIT

Cet arti­cle a été pub­lié à l’origine sur CINQsurCINQ.net, mon site pro­fes­sion­nel désor­mais fer­mé pour cause de retraite. Il a ensuite été mis en ligne le le 07/12/2004 sur ce blog, c’est pour dire.com. Je lui redonne ici une nou­velle actu­al­ité, un peu à la manière dont les médias audio-visuels, à la faveur de l’été, pra­tiquent la red­if­fu­sion. 

En presque dix ans, l’analyse a gardé de sa per­ti­nence et d’une cer­taine justesse d’anticipation. Ain­si en ce qui con­cerne l’apparition sur inter­net de plusieurs sites d’information dont, jusqu’à présent, seul Medi­a­part sem­ble avoir trou­vé le mod­èle jour­nal­is­tique et économique.

Cette décen­nie aura vu la dégra­da­tion générale de l’économie de la presse d’information et, par­al­lèle­ment, l’accélération de la dématéri­al­i­sa­tion des sup­ports au prof­it d’internet et des out­ils “nomades”. Par­mi ceux-ci, les smart­phones ont pris la pre­mière place non seule­ment en tant que sup­port d’information, mais dans le proces­sus même de pro­duc­tion d’information.. Les “réseaux soci­aux”  sont ain­si devenus des médias à part entière – moins le pro­fes­sion­nal­isme des jour­nal­istes (notion d’ailleurs toute rel­a­tive, on le sait, et l’article ci-dessous évoque large­ment cet aspect). Face­book et Twit­ter notam­ment devan­cent désor­mais les médias tra­di­tion­nels dans la “course” aux nou­velles; bien plus, ils les squeezent lit­térale­ment dans le rôle dévolu à l’information dans les proces­sus his­toriques (révo­lu­tions arabes, révoltes turque et brésili­enne en par­ti­c­uli­er).

C’est peut-être sur le plan tech­nique que l’article de “Mac­Gre­gor” se trou­ve le plus dépassé, quoique de manière très rel­a­tive : ain­si le sup­port en plas­tique élec­tron­ique n’a pas été général­isé, étant pour le moment sup­plan­té par les tablettes ; ain­si, les cen­tres d’impression délo­cal­isés des jour­naux n’ont-ils pas vu le jour : la pres­sion énergé­tique n’étant sans doute pas encore assez con­va­in­cante et les camions con­tin­u­ent à rouler à tout va ; surtout, le proces­sus accéléré de la dématéri­al­i­sa­tion par le numérique est en passe de faire sauter cette étape et avec elle une par­tie impor­tante de l’économie du papi­er d’impression.

Pour le reste, c’est-à-dire l’essentiel, on ne peut que con­stater amère­ment – aux excep­tions près, certes nota­bles mais minori­taires – un affaib­lisse­ment du jour­nal­isme act­if – pos­i­tive­ment cri­tique – au détri­ment d’une indus­trie du retraite­ment d’informations de sec­on­des mains (“experts”, agents de com’, lob­by­istes, et jusqu’aux réseaux soci­aux !) On voit ain­si prospér­er dans les médias de masse cette “infor­ma­tion blanche” que déplore Mac­Gre­gor, et qui s’autoalimente à l’intérieur d’un sys­tème clos. Une « infor­ma­tion » qui se nie, autant dire une dés­in­for­ma­tion à base de mimétisme, voire de con­san­guinité menaçant l’espèce jour­nal­is­tique par excès de clichés, « mar­ronniers », micro-trot­toirs, pipoli­sa­tion, général­i­sa­tions, approx­i­ma­tions, incul­ture, tics et fautes de langue, non recoupe­ments, non con­tex­tu­al­i­sa­tion… 

Le bon côté de ce triste con­stat, c’est, comme se plaisent à dire les man­ageurs, qu’il y a “des marges de pro­gres­sion”.

Lire l’article


L’Équipe à genoux devant le client Roi

« Jour­nal­isme sportif » : un oxy­more. C’est-à-dire l’alliance incon­grue de deux élé­ments aus­si opposés que l’huile et l’eau. Sum­mum du genre atteint par L’Équipe qui, au lende­main du match PSG-OM, n’a pas craint d’accommoder son lec­torat en ménageant la chèvre PSG et le chou OM (c’est une image, hein !). Et voilà le tableau, selon l’édition, parisi­enne ou mar­seil­laise :

Imaginons L'Huma publiant une édition de droite…

Imag­i­nons L’Huma pub­liant une édi­tion de droite…

Comme le note Daniel Schnei­der­man (Arrêt sur images), les heb­dos aus­si « sont cou­tu­miers des cou­ver­tures région­al­isées. “Le vrai pou­voir à Mont­pel­li­er”, “Stras­bourg demain”, “les dix qui font Le Havre”, “ceux qui comptent à Vier­zon”: en cou­ver­ture du Point ou de L’Express, ça en jette au lec­torat local, sup­posé flat­té que la presse parisi­enne, du haut de Sa Parisian­i­tude, s’intéresse à lui. »

Le mérite de L’Équipe, si on peut dire, c’est de met­tre car­ré­ment les pieds dans le plat de la dém­a­gogie clien­téliste ou, vul­gaire­ment par­lant, du léchage-de-cul.

On dira qu’après tout, ce n’est jamais là que l’application à la presse sportive d’un bon principe de marchan­dis­age : plaire au client, qui est Roi.

Où l’on voit bien aus­si qu’il y a lieu de dis­tinguer entre crise des médias et crise du jour­nal­isme, et ne pas réduire la réflex­ion à l’opposition toile con­tre papi­er.

 

Post scrip­tum, dans la foulée et en ver­sion “cou­vrez ces épaules que je ne saurais voir” :

Oscars: Une agence de presse iranienne recouvre les épaules de Michelle Obama

 


Trop forts, ces journalistes !

© faber

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Les « épisodes neigeux » se ramassent à la pelle et les jour­nal­istes « de ter­rain » sont mobil­isés tels les agents de l’Équipement et leurs saleuses. Bravons les clichés comme les intem­péries, célébrons les mar­ronniers qui fleuris­sent sous les blancs man­teaux à l’immaculée blancheur, pour la joie des petits et des grands. Tan­dis que les micro-trot­toirs tur­binent à plein régime, tenus par les petites-mains grelot­tantes des sta­giaires à l’avenir incer­tain comme la météo. Et pleu­vent en flo­cons drus les fortes déc­la­ra­tions des Mon­sieur et Madame Michu « qui n’avaient jamais vu ça  »

Le 20 heures de dimanche soir sur France 2 a ain­si tenu un bon quart d’heure, à l’égal de tout grand événe­ment. Météo, Algérie, Mali, hiérar­chie quand tu nous tiens. Il est à pari­er que les autres chaînes auront fait au moins aus­si bien. Et que les jour­naux n’auront pas été en reste. Le plu­ral­isme des médias, c’est fon­da­men­tal.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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  • Salut cousin !

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