INTERVIEW EXCLUSIVE – Gérard P. : «Le silence des pantoufles est plus inquiétant que le bruit des bottes»

Tout de même, ce bloguiste aux 600 visiteurs quotidiens (les meilleurs jours), avec son Palmarès des Pantoufles de Presse, il commence à se la péter grave. Nous (moi et lui) avons voulu le coincer. Poliment toutefois. Parce que… coriace, le mec.

• [Moi, aimable, prudent, puis un peu gonflé] : Monsieur Gérard Ponthieu, vous distribuez à tout va des Pantoufles de presse pour stigmatiser l’engourdissement journalistique, bon, et là vous me recevez… en pantoufles [photo ci-contre]. Ça ressemble foutrement à un flagrant délit de contradiction, non?

Gérard Ponthieu : Pas du tout ! Et estimez-vous heureux, j’ai passé un pantalon; cinq minutes plus tôt, vous me trouviez en pyjama ! Je saisis la perche pour une mise au point : je n’ai rien contre la pantoufle, je le dis haut et fort afin de dissiper tout malentendu éventuel, et compréhensible, avec le FLC (Front de libération de la charentaise). Au contraire! La pantoufle, je l’affirme, est un évident symbole de civilisation dont je me dois de reconnaître, en sa magnifique espèce charentaise, l’une de ses manifestations les plus abouties. Là où cet objet devient redoutablement néfaste, c’est quand il vous monte au cerveau pour s’y installer et prospérer. Il agglutine alors, tout autour de sa moumoute synthétique, et jusque sous la semelle d’élastomère, des nodules de pensée molle qui finissent généralement en tu-meurs. Et alors, en effet, on ne s’en remet pas.

Je garde toujours en tête cette profonde pensée que j’ai fait mienne – elle vient de Jean-Luc Neyroud, un de mes lecteurs du temps de la guerre d’Irak où j’entretenais sur internet le JPP – Journal Pour la Paix : «Le silence des pantoufles est plus inquiétant que le bruit des bottes». Donc, j’interpelle les pantoufles journalistiques dans l’espoir d’un ressaisissement de leurs victimes, voilà ! D’où ce Palmarès, comme des Oscar à l’envers. Bon, j’ai passé mon message, à toi de jouer, mec !

• [La vache, j’aurais dû mieux chiader mes question…] …Et vos pantoufles à vous, elles ne remontent jamais ?…[Vlan !]

– Oh ! je les surveille ! Ce sont quand même – à part tout le bien que je viens d’en dire, par diplomatie – de sales bêtes connes et pernicieuses. Il faut les apprivoiser, leur tenir tête en quelque sorte. Car c’est bien là qu’elles attaquent, sournoisement. Et rarement par paire : pendant que l’une vous tient la jambe, paf, l’autre entreprend son escalade, par l‘autre jambe. On ne s’en rend pas compte, ça peut même être agréable, vu l’itinéraire… Mais une seule suffit à vous ramollir l’esprit; il n’y a d’ailleurs pas la place pour deux.

• Mais pourquoi s’en prendre à la presse, aux médias en général ? Car enfin, d’où parlez-vous ? [hardi, gaillard !]

– C’est que j’en suis, de cette engeance, voyez-vous. Je la connais assez bien, jusque sous les jupes, si vous me permettez cette trivialité… Les médias, oui, c’est mon pays, j’y ai pas mal voyagé et j’y garde des attaches dans ses quatre coins. C’est de là que je cause, mon lapin, et je t’emmerde si tu continues à me les brouter comme un roquet de journaleux !

• Ah ah ! [Vas-y Louis !] on n’a pas l’habitude d’être sur le gril, hein ? Ça rend nerveux !

– Pas du tout, pas du tout ! Autre question ?

• [Allez, je m’engouffre dans la faille, j’y vais !] Euh, oui : C’est Le Monde qui vous héberge, avec ce blog, et vous n’y manquez pas une occasion de lui rentrer dedans. Vous n’avez pas l’impression de cracher dans la soupe ?

– Quelle soupe, banane ? Colombani me sous-loue une chambre de bonne de 10 mètres carrés [Ndlr : comprendre : 10 Mo, soit 10 mégaoctets alloués sur le serveur du Monde.fr]. Moyennant quoi je fais le tapin sur la toile [Ndlr : internet] et lui remonte de la clientèle de premier choix dans tous les étages de Blanqui [Ndlr : des visiteurs sur le site du journal, boulevard Auguste-Blanqui, Paris XIIIe]. Moyennant quoi, lui, il fait grimper les loyers des studios [Ndlr : la publicité en profite]. Qui c’est le maquereau, hein?

• Ah bon… [Là je sèche…]

– Et j’ai pas fini. En plus, je lui rends service en râlant ; comme ça il se sent quand même obligé d’entretenir la maison [Ndlr : sortir un bon canard]. Finalement, ça maintient le standing et il s’y retrouve largement. Il devrait nous payer pour ça, nous les bloguistes de base ; je dis ça pour râler encore, rapport à ses poules de luxe, celles dont il met la photo à la devanture [Ndlr : sur la page blogs du Monde.fr, il y a la tronche des chouchous du patron].

• [Tite remontée de tonus] Bien… Et pourquoi avoir appelé votre blog « c’est pour dire » ?

– Il fallait bien lui trouver un nom, dugenou ! Sans déc’ : c’est à cause des multiples sens de l’expression : entre la prise à témoin – «il n’a même pas osé venir, c’est pour dire»… – et la dénégation – «ouais, d’accord, j’y vais un peu fort, mais bon… c’est pour dire, hein…» En fait, il y a souvent de la peur derrière le fait de dire. D’où cette somme de non-dits qui s’accumulent dans les relations humaines, et les empoisonnent ; ça commence en soi-même, ça se noue dans le couple, ça culmine en politique et, évidemment en passant par les médias, eux qui sont justement entre «tout ça», à vouloir se mêler de tout ou presque, à avoir une opinion sur tout, ou presque. Et patin-couffin [Ndlr : et patati et patata en provençal]. Certes, tel devrait bien être le rôle des journalistes : dire, dire et redire au besoin, dès lors qu’il y va du vrai.

• Peut-être, mais qu’est-ce que le vrai ? [Non mais !]

– Eh ! Tu l’as dit bouffi !

Propos recueillis par Moi.
Interview relue et amendée par Gérard Ponthieu.

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j’adore tout simplement le titre (génial) et le contenu (à mourir de rire).
~laurent

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