Histoires de glace. Ou comment la rompre, sans la faire fondre

Dimanche soir, télé, JO. Ils patinent merveilleusement, «s’élançant impétueusement, vraiment». Image idyllique du couple : ça glisse en harmonie, beauté des corps jeunes, sourires béats – quoique de façade, dans cet univers impitoyable de juges, de télé mondialisée, de compétition universalisée. Ils sont beaux et performants, «magnifiques» disent les commentateurs à bout de superlatifs. Il ne leur reste plus que dix secondes de cette sorte de supplice propre, impeccable. Une dernière pirouette. L’homme fait tournoyer la gracile danseuse. Un tourbillon. Dix secondes et peut-être la médaille, l’Olympe, la Gloire.

Mais la main lâche. La belle échappe aux lois de l’équilibre, pas à celles de la gravitation. C’est la chute terrible sur la glace dure. En porcelaine, elle eut éclaté en miettes. En vrai, en «pro», cassée au dedans sans doute, elle se relève aussitôt pour boucler le numéro  et se jeter au cou de son comparse accablé. La douleur ne surgira en grimaces qu’après le salut final. J’ai mal pour elle, pour eux. Chapeau les artistes !

Autre histoire de glace, autrement dramatique. Cet article dans Le Monde de samedi : «La fonte des glaces du Groenland s’accélère dangereusement». Ce glacier «qui s’écoule désormais à une vitesse de 14 km par an (ou 38 mètres par jour), trois fois plus vite qu’il y a dix ans.» On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.

Y a-t-il menace plus grave et plus urgente ? Le reste, oui, n’est que… caricature. Non pas celle visant un prophète, anecdotique au regard de l’annonce faite aux humains d’une catastrophe en marche – et à laquelle ils ne croient pas, ou font semblant de… Cette «caricaturale légèreté» de l’Homme…

Hier dimanche, justement, en balade forestière, j’en rencontre deux spécimens de l’espèce à deux-roues, variété 90 décibels et «moto verte» – j’adore l’expression ! Ils chevauchent en boucle pétaradante entre pins et promeneurs effarés. Je m’en mêle. On s’explique. Un peu tendu, l’échange, au début. Le premier coupe son moteur, l’autre aussi un peu après. L’un enlève son casque, l’autre de même. C’est mieux pour se causer… Deux jeunes, dans les 15-16 ans, sympa au possible. Ne pas jouer au vieux con. Trop tard : «Vous êtes anti-jeunes alors !», que me lance l’un. Dur. Je me revois à leur âge, à fond la manette sur mon Solex, rêvant aussi de moto-cross…

Que dire, et comment ? Me voilà culpabilisant de gâcher leur plaisir de «jeunes», renvoyé dans mes cordes de «vieux».  Le piège se referme sur le «conflit de générations»… tandis que je me risque sur la piste glissante de l’ «harmonie sociale», sur la mince couche glacée de la planète en danger… Anti-jeunes, moi ? Seulement anti–cons, jeunes ou vieux, noirs, jaunes, ou rouges à pois verts.

Donc, mes deux jeunes et moi, on finit par se causer en paroles ouvertes. Ils me parlent des bagnoles, de la mienne par exemple…  Bon…, ouais, disons que j’essaie de limiter au moins pire la casse écologique -– facile, peuvent-ils penser, il a eu son temps d’insouciance ! J’évoque le réchauffement, la fameuse fonte des glaciers… On n’en est pas à évoquer le protocole de Kyoto, mais je sens bien que les 4×4, ils doivent les reluquer de travers. Une lutte des classes façon «âge et cylindrée» ? Même pas. Plutôt l’antagonisme «moi je»/ «nous autres».

«– Vous préféreriez qu’on braque des grands-mères ?, me fait l’un.
– Parce que c’est l’un ou l’autre, pas d’autre choix possible ?
– … C’est pas ça… mais on fait rien pour nous. Le maire nous envoie plus loin, on n’a pas envie…»

Que faire ? C’est le dimanche après-midi qu’ils veulent chevaucher leurs machines d’enfer– «Nous on travaille la semaine !». Ça alors, c’est aussi le dimanche après-midi que les travailleurs de la semaine se promènent!

Ah oui vraiment : que faire ? Le monde est mal foutu. Changeons-le, mais pas nous !

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René Pinck

Oui c’est vrai, on a été jeunes aussi, avec notre paquet plus ou moins gros de bêtises. Mais je connais aussi pas mal de jeunes qui eux se mobilisent, avec d’autres, pour faire appliquer sérieusement la réglementation sur la ciculation motorisée dans les milieux naturels, difficilement obtenue en 1991 par les associations de protection de la nature. Ca ne fait pas l’affaire d’un certain lobby, soutenu par les importateurs et vendeurs de 4×4, motos trials, scooters des neige, quads (la vente de quads a explosé l’année dernière….). Leurs utilisateurs ne sont pas tous jeunes, loin de là!.. les cousins, ou… Lire la suite

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