On n'est pas des moutons

Notules & Griffures

« L’émission politique ». Comment peut-on être mélenchoniste ?

Ah ! ah ! monsieur est mélenchoniste ? C’est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être mélenchoniste ? » J’ai tout de suite pensé à Montesquieu et ses Lettres persanes. Je venais de voir, atterré, (en repasse, car jeudi soir je me sentais mieux avec des amis que devant la télé) le passage de « L’émission politique » [France 2] dont l’invité était Jean-Luc Mélenchon – le « tribun du peuple » comme il s’est autoproclamé 1 Voyez ou revoyez ce passage consacré au Vénézuela. Bien sûr, les plus intégristes, comme leur maître, vont me reprocher ce choix. Ce fut la défense par l’attaque de l’Insoumis. Mais voyons cet extrait d’une dizaine de minutes :

Cette séquence étant montrée et vue, je repose ma question : « Comment peut-on être mélenchoniste ? » Dites-moi, mes amis mélenchonistes (car j’en ai encore), comment pourriez-vous justifier : l’agressivité, la mauvaise foi, la fixité idéologique (pléonasme), la malhonnêteté intellectuelle, la goujaterie 2 ? Je ne veux pas m’étendre à analyser ce qui me semble sauter aux yeux d’un spectateur normalement attentif et de bonne foi. J’exclus donc à l’avance les dévôts de la France insoumise, venus à l’émission faire la claque à leur idole tels des fans du showbiz. À l’image de l’auteur de ce tweet :

✔@thomas_guenole « J’apprends à l’instant que «l’historienne» face à @JLMelenchon sur le #Venezuela est en fait une ex-banquière macroniste. A @France2tv: en résumé, vous devriez avoir honte. 23:4830 nov. 2017 »

Réaction typique de rejet de toute discussion, du procès d’intention, des pratiques staliniennes et leurs avatars castristes et chavistes. Mélenchon a ainsi tenté la diversion vers l’Arabie saoudite. Il lui faut, en effet, mobiliser bien des contrefeux pour justifier ses affinités passées ou actuelles avec les Poutine, Ahmadinejad et autres autocrates chinois. Tous ces bienfaiteurs de l’humanité. Tandis que l’Insoumis en chef désigne son ennemi suprême, cause de tous les maux de la Terre, l’impérialisme américain. Comme Georges Marchais dans les années 80, en moins drôle – c’est dire.

Notes:

  1. Voir Mélenchon, l’homme qui ne plantait rien (ou qui plantait tout). Voir aussi sur « C’est pour dire » en tapant « Mélenchon » dans la case de recherche.
  2. Doublée de mépris lorsqu’il tourne ostensiblement le dos à son interlocutrice – « je rangeais mes papiers » !

Bonne année : « Joie, allégresse, alléluia ! »

Il est de ces rites auxquels on n’échappe pas. En particulier le rite païen du renouveau vital, forme de renaissance. Rites sociaux censés lier cette bizarre collectivité humaine. Ici les feux d’artifice, les pétarades ; là les sonos assourdissantes, les bouchons et les bulles ; et les bagnoles incendiées. Dans tous les cas, du bruit, beaucoup de bruit – pour rien ou presque rien, celui du déferlement des vœux, des résolutions diverses, des mêmes lieux communs. Comme les années précédentes, et les suivantes. Cette fois encore, laissons à feu (sans artifice) Pierre Desproges le soin d’assaisonner le rituel de ses grains de sel télévisuels. Une bonne dose d’humour salutaire.

Hep – au fait – bonne année !

  • Pendant ce temps, un savant fou transmute du bruit en composition musicale. Un concerto pour escalier… Si ça vous dit…  C’est là.

Le Père Noël est (vraiment) une ordure. Achevons-le !

Rino Stefano Tagliafierro, vidéaste italien, s’avère aussi talentueux qu’iconoclaste. Opportuniste aussi, il s’en prend, comme ci-dessous, au bourreau d’enfants autant qu’à la figure tutélaire de l’illusionnisme mercantilo-religieux qu’il va jusqu’à faire exploser. Ce terrorisme-là ne fait de mal à personne, si ce n’est à la personne mythique dudit Père Noël. Il l’a bien cherché, depuis sa relance commerçante par Coca-Cola dans les années 30 ; et depuis qu’il a été sacralisé comme ordure par les comédiens du Splendid (1979) et du film « culte » qui en a été tiré (1982). Lequel met à mal de fameux interdits moraux… Extraits :

- Vous mettez jamais de trempe à votre femme vous ?
— Si, mais pas à coup de fer à souder…
— Mais… c’est parce que vous êtes pas bricoleur.

Alors, s’il faut, selon le postulat freudiste, « tuer le père », autant commencer par le plus ordurier de tous !…

Merry Christmas by Rino Stefano Tagliafierro from Rino Stefano Tagliafierro on Vimeo.

PSBonnes fêtes et ripailles, quand même !


Séguéla : « Même si on est clochard, on peut arriver à mettre de côté 1 500 euros »

Jacques Séguéla, le plus con des pubeux bronzés , vient de remettre une couche  à sa connerie déjà gratinée. Après sa sortie de 2009 — «Si à cinquante ans on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie !», le célèbre moraliste s’est surpassé sur BFM TV. En tentant minablement de justifier sa «pub» précédente – une «connerie», admet-il en se donnant une baffe, même s’il ne la «regrette pas» [sic], il a cru bon d’ajouter : « Il n’y a pas de raison de dire aux gens “Vous êtes condamnés à ne jamais vous faire le plaisir de votre vie”. On a quand même le droit, même si on est clochard, on peut arriver à mettre de côté 1 500 euros ! On a le droit de rêver nom de Dieu ! »

À coté de  ce gars-là, Pierre Bourdieu fait pense-petit, je trouve.


Civilisation : «C’est fini l’argent !»

fini argentUne pépite sonore, retrouvée dans mes archives. Cueillie par Caroline Cartier, du temps où son micro picorait dans le cru de l’humanité ordinaire. C’était sur France Inter, un 16 novembre 2009 : la rencontre avec un Diogène pour qui «c’est fini l’argent» et qui avait décidé, comme ça, «de changer de civilisation tout seul». À l’opposé total des 100.000 fraudeurs rêvant de «paradis fiscal» en Suisse et ailleurs.


Le KamaTsipras, nouvel hymne gréco-européen

Le KamaTsipras ? C’est le titre de l’actualité chantée de Cécile de Kervasdoué et Benjamin Laurent, mercredi sur France Musique dans l’émission La Matinale culturelle, de Vincent Josse. L’actualité, c’est évidemment l’élection grecque et la victoire de Samothrace – euh, seulement de Tsipras, mais déjà sculpté dans le marbre médiatique. Pourvu qu’il résiste à l’érosion des pouvoirs.

Alexis_Tsipras

Kama qui veut dire désir et Tsipras du nom du nouveau chef du gouvernement grec. Premier homme politique d’extrême gauche à diriger un pays de l’Union Européenne, Alexis Tsipras, 40 ans, s’est fait élire triomphalement dimanche soir sur un programme anti-austérité anti-dette et anti-Union Européenne. Ça n’empêche pas de nombreux européens de succomber à son charme.

Texte et interprétation de cette parodie musicale et politique valent leur pesant son-or-e : ci-dessous :

KamaTsipras”

Chant 1

Il a le regard fier
Un sourire enjôleur
Il ouvre une nouvelle ère
Pour des millions de chômeurs
Finie l’austérité
Nous pourrons nous chauffer
Nous soigner, nous éduquer
Et peut être travailler
Victoire Victoire
C’est la victoire de Tsipras c’est la victoire de Tsipras c’est la victoire de Tsipras
Finis tous ces voyous
Qui nous piquent tous nos sous
Tous ces Papandreous
Qui vivent grâce à nous
Gloire Gloire
Gloire Au nouvel apollon, gloire au nouvel apollon, gloire au nouvel apollon.
Finis les libéraux
Les impôts et l’euro
Grâce à notre héros
On remet la dette à zéro

Chant 2

Kamatsipras Kamatsipras

Chant 3

Je n’céderai pas à ce Priape
Je ne veux pas de ces agapes
Il voudrait me tourner la tête
Mais pas question d’effacer sa dette

Chant 4

J’vais vous apprendre à danser
J’vais vous apprendre à lutter
Pour la solidarité
J’vais vous apprendre à m’aimer! 

Cécile de Kervasdoué

Capable de lire dans cinq langues, titulaire de multiples mastères, elle se forme parallèlement au chant lyrique dans la classe du contre ténor Robert Expert, puis avec l’alto Janine Fourrier de l’Opéra de Paris. Elle se distingue dans les rôles de travestis (Chérubin dans les Noces de Figaro de Mozart, Fragoletto dans les Brigands d’Offenbach, Oreste dans la Belle Helène d’Offenbach), puis dans la cantate française et se passionne pour la musique anglaise (Dowland, Blow, Purcell). Mue par le désir d’inventer de nouvelles formes pour transmettre l’actualité internationale, Cécile de Kervasdoué a rejoint en 2013, la rédaction du Mouv’.

Benjamin Laurent

Diplômé du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, Benjamin Laurent, pianiste, se consacre à la composition et à la direction de chant. Il est chef de chant dans l’opéra Eugène Oneguine de Tchaikovski à l’abbaye de Royaumont en août 2013, puis en février 2014 dans L’Elisir d’amore de Donizetti à l’opéra de Monte Carlo. Professeur d’accompagnement, il vient d’intégrer l’atelier lyrique de l’opéra de Paris comme pianiste chef de chant. Il est l’auteur de plusieurs musiques de film.



Desproges, Dubout et Morel vous présentent mes vœux…

…et ça devrait suffire pour tenir jusqu’à 2016

L'œil de Dubout…

L’œil de Dubout…

…et le coup de patte de Desproges (merci à Christine Genin)

…et le coup de patte de Desproges (merci à Christine Genin)

 


Les voeux de courage de François Morel – Merci à Mediapart


Ah oui, parlons-en de la «Journée de la Laïcité» !

Ils disent, dans le poste, qu’aujourd’hui c’est la journée de la Laïcité. Ah bon, ce n’est donc pas « chaque jour que Dieu fait » ? Comme la journée de la Bonté, de la Femme, de l’Air pur et du Bonheur en pilules.

laicite laïcité

Un mot qui se passe d’adjectifs.

Toujours est-il qu’on en entend de toutes sortes et de toutes sornettes surtout. Qui viennent non pas tant des laïcs de conviction que des cléricaux effarouchés par les dernières « affaires », les plus atroces il est vrai comme celle de Créteil. Et les voilà soudain trop empressés de saisir cette perche du Destin, même satanique, à laquelle ils s’évertuent à raccrocher l’innocence « pur Dieu » de leurs officines menacées. Le danger, même fantasmatique, ressoude les combattants de jadis, ennemis inconciliables devant l’Histoire connue, jamais à court d’étripages, de bûchers et de langues arrachées, de Giordano Bruno au chevalier de la Barre, sous la hargne des Torquemada innombrables, ornés de sabres, goupillons, faucilles, marteaux et autres cols Mao. Ou bien, désormais, au nom de la modernité tolérante, de la Marchandise et du Tiroir-caisse, qui n’ont de religion que celle du Profit. Avez-vous vu, sur nos écrans consensuels, ces rangs resserrés des imposteurs monothéistes prêcher cette tolérance qu’au long des siècles ils n’ont eu de cesse de combattre ? Je parle des cléricaux, non des croyants. Je parle de leurs soi-disant porte-parole, de leurs « bergers » prétentieux, avant-gardes des militaires et des colonisateurs de tous poils, ravageurs des forêts, exploiteurs de la Terre entière, des bêtes et des hommes, bâtisseurs d’empires et de fortunes et, au bout du Compte, agents de la grande Misère à l’œuvre sur toute la planète.

Avez-vous vu, sur nos écrans consensuels, ces rangs resserrés des imposteurs monothéistes prêcher cette tolérance qu’au long des siècles ils n’ont eu de cesse de combattre ?

Le problème, aujourd’hui même, avec la chansonnette de la Laïcité – je mets exprès partout des majuscules de Sacralité comme des grosses têtes de carnaval – c’est qu’elle habille de Tolérance ce qui lui est totalement contraire, si on veut bien considérer le douloureux cheminement de l’Humanité. Chemins de toutes les errances dont l’histoire humaine se trouve percluse, en une accumulation de guerres. L’Histoire ne se résume-t-elle pas, pour l’essentiel et hors exceptions, à celle des guerres ? Et celles-ci de se succéder en ses diverses variantes : conflits de domination entre ego pathologiques agissant au nom des multiples dieux du pouvoir, du commerce, de la compétition et des croyances « supérieures » promptes à racheter la bassesse des « pauvres pécheurs ».

Même perfidie, sinon pire, que celle de ces « laïcs » arguant de la Tradition pour justifier l’installation de la Crèche de Noël – un oxymore entre christianisme et paganisme, soit dit en passant * – dans une mairie (en l’occurrence celle de Béziers et de son maire, Robert Ménard et ses nouvelles frontières frontistes **. Puisqu’avant 1905 et la loi sur la laïcité, la « tradition », en effet, justifiait la présence de crucifix dans les écoles et les tribunaux, pas seulement dans les églises. Puisqu’avant le 21 janvier 1793, le Roi représentait Dieu sur Terre, tandis que sa décapitation a aussi tranché le fil divin, sans que le Chaos s’abatte sur l’humanité (en plus du désordre historique !) Puisque, jusqu’à présent, l’indigne spectacle de la corrida se trouve maintenu au nom de la « tradition tauromachique », sans rien enlever à son horreur.

Où l’on voit que la laïcité, tout comme les trois piliers fondateurs de la République, reste un acquis fragile, à préserver et à renforcer tant les forces anti-vie, voire mortifères, restent à la manœuvre.

J’en profite pour extraire un passage sur le sujet du fameux Journal de Jules Renard :

« — Moi, dit Borneau, je n’ai pas de religion, mais je respecte celle des autres. La religion, c’est sacré.

« Pourquoi ce privilège, cette immunité ? Un croyant, c’est un homme ou une femme qui croit à ce que dit un prêtre et ne veut pas croire à ce que dit Renan ou Victor Hugo. Qu’y a-t-il là de sacré ? Quelle différence entre ce croyant et tel imbécile qui préférerait la littérature du feuilleton à celle de nos grands poètes ?

« Un croyant crée Dieu à son image ; s’il est laid, son Dieu est laid, moralement. Pourquoi la laideur morale serait-elle respectable ? La religion d’un sot ne le met pas à l’abri de notre dédain ou de notre raillerie.

« Soyons intolérants pour nous-mêmes !

« Que le troupeau de nos idées file droit devant cette grave bergère, la Raison ! Effaçons les mauvais vers de l’humanité. » [26 septembre 1903]

–––

* Bien avant l’apparition du christianisme, l’époque du solstice d’hiver était déjà une période charnière de l’année, qui regroupait de nombreuses croyances païennes relatives à la fertilité, la maternité, la procréation et l’astronomie.

** Se méfier tout autant de ces «hyper-laïcs» nostalgiques des croisades… dont le fond de commerce abrite les moins reluisants des anti-musulmans – et donc anti-arabes – autant que des antisémites.


Lettre d’un Français au Québec


Église. Le lapsus du p’tit Nicolas

Quand le corps et l’inconscient parlent plus fort que le p’tit Nicolas, fringant séminariste… On en apprend de belles, sur le site des Inrocks, à propos de  la vie sexuelle des prêtres, telle qu’exposée dans l’émission de télé dominicale le Jour du seigneurconsacrée à l’Assemblée plénière des évêques de France. Ou comment un lapsus a ruiné la prestation – mais pas la carrière, au contraire ! – du jeune séminariste. 

Merci au cafteur, l’ami Bernard Langlois !


Foot et religion, comme sabre et goupillon

Je m’intéresse au foot à peu près comme à la religion : avec étonnement et désolation. Je nuance : j’aime quand même bien le foot, jusqu’à un certain point. Tandis que je ne saurais prendre du plaisir au spectacle de l’aliénation religieuse. Mais les deux m’intéressent sur le plan, disons, anthropologique : qu’est-ce que cet animal humain aussi admirable que souvent détestable, capable du sublime et de l’horrible, allant jusqu’à nuire à sa propre espèce et à tout l’écosystème ?

Or, avec la Coupe du monde… la coupe déborde de tous côtés,  et spécialement pour ce qui est du foot et du religieux. Ce n’est pas le lieu ici de s’y risquer, mais il y aurait matière à épiloguer sur cette liturgie qui accompagne les cérémonies dans les actuels temples païens du Brésil, avant, pendant, après… Rien qu’un détour par les joueurs : onze comme les… Douze apôtres que l’on sait, adulés comme tels par des foules en extase, au bord du sacrifice ; divinités intermédiaires rendant grâce au Ciel quand le Destin leur fait marquer un but – et empocher une substantielle prime –, se signant lors de l’entrée sur la pelouse sacrée – ou bien s’y prosternant, chacun selon son Dieu. C’est en ce moment au Brésil et ça enflamme la planète, qui ne s’en réchauffe que de plus belle ! Soit, que le ballon ait remplacé (pour un temps) le sabre dans son alliance avec le goupillon, voyons l’affaire comme un moindre mal.

S’agissant des mahométans, louons le génie d’Allah qui place sur une même orbite céleste ballon rond et ramadan, tout en fournissant, contre paiement, une dispense et le moyen d’éviter ainsi tout inutile conflit d’intérêt. On ne pourrait que rêver d’une même bonne volonté pour régler les conflits des Proche et Moyen Orient. Au fait, on ne signale pas sur les stades de signes ostentatoires de judaïsme… Sans doute parce que cette religion pas très catholique, ni même très orthodoxe, sait s’arranger avec ses propres règles… Ou alors, un juif ne sait pas jouer au foot, il a les pieds crochus, comme aurait dit Desproges…

Ce dimanche matin – un peu de vécu perso –, pédalant à l’heure de la messe sur un de mes itinéraires favoris, je passe devant le petit oratoire célébrant la Vierge Marie. À chaque fois je m’y arrête. Non par dévotion, on s’en doute, mais par attention aux variations portées par des mains anonymes à l’ordonnancement de la petite chapelle. Un jour c’est une image pieuse, un autre une carte à jouer ou un chapelet qui viennent s’ajouter aux multiples accessoires pieux ; ou encore quelques fleurs ou une bougie allumée au fond d’un verre. Et à chaque fois je prends une photo – on ne sait jamais, si un jour se produisait un miracle, comme à Lourdes… J’ai ainsi une sacrée collection de ce lieu évoluant au fil des ans et des croyances. Et, hier donc, voici ce qui m’est apparu :

religion-football-coupe du monde_

Marie, gardienne de but… © g_p

 

D’où ce petit chapelet de mes modestes réflexions… qui me rappellent un cadre accroché dans un bistrot de mon patelin provençal, clamant sur fond bleuté du sigle de l’« OM » : « Le football est notre religion – Le stade Vélodrome notre Temple – L’OM notre Dieu ». Profond, non ?

Un autre fait mériterait bien des développements. Il fait jaser en Catalogne et dans toute l’Espagne, jusqu’en Andalousie et bien au delà : l’émir du Qatar a proposé 2 milliards d’euros pour racheter les célèbres arènes monumentales de Barcelone qui seraient transformées en mosquée ! Laquelle pourrait accueillir 40 000 aficionados de l’islam, deviendrait ainsi la troisième plus grande mosquée au monde après celles de la Mecque et de Médine. Un minaret de 300 mètres de haut surplomberait cet ensemble du plus bel effet.

Voyons, cet émir qatari, n’est-ce pas le même qui s’est payé le PSG ? Les 300 mètres de la Tour Eiffel, il en propose combien ?


Journalistes-otages, héros modernes et sacralisés

« Nos » quatre journalistes-otages sont donc rentrés de Syrie. C’est bien. Mais plein de choses me gênent et, maintenant qu’ils ont été si célébrés, je me lâche. Car tant de célébrations, jusqu’à l’indécence, m’ont en effet incommodé. Surtout, cet étalage corporatiste des « professionnels de la profession », comme on dit avec ironie. Je reprends l’expression à mon compte, en y ajoutant… quoi ? Du dépit, de la honte (pour la « confrèrie »), de la gêne plutôt, au nom de tous ceux qui, face à cette sacralisation impudique, ne peuvent que se taire.

C’en est devenu un rituel, en effet, avec ses enjeux politico-médiatiques : le journaliste comme héros moderne, hélas parfois haussé au rang du martyr, tombé au champ d’honneur de l’Information et de la Liberté, rapatrié en hélico, tarmac militaire, président de la République, et tout et tout. Et pour bien faire entrer ces quatre héros au panthéon moderne du tout-info, il aura fallu bien les pressurer devant tant de micros et de caméras :

Dites, au moins, vous avez beaucoup souffert !…, « ils » ont été méchants, hein !…, et ces simulacres d’exécution !…

– Ben… pas tant que ça… enfin un peu quand même…

J’ai été de cette corporation…, en ayant toujours ressenti le besoin d’une distance. Avec des questionnements personnels et en général : Qu’est-ce qui pousse tel ou tel à devenir journaliste ? Quid du narcissisme « professionnel », du voyeurisme, du romantisme, de l’ « héroïsme » et de la vanité ?

Un professionnel, c’est quelqu’un… qui fait son boulot, de son mieux ; plus ou moins contraint ; en échange d’un salaire, plus ou moins gros. Un journaliste aussi. Si son chantier se trouve en Syrie, et qu’il a, plus ou moins, accepté de le rejoindre, il doit œuvrer à la même tâche : comprendre et faire comprendre, témoigner aussi. Boulot risqué, dans un pays en guerre. Y être pris en otage fait partie des dangers dudit métier. Accident du travail. C’est heureux, bien sûr, qu’il soit libéré. Que l’accidenté en réchappe et guérisse. Normal, là encore, c’est le boulot.

otages mali

Otages au Mali depuis 2011 et 2012

Mais l’un et l’autre de ces travailleurs ne connaîtront pas le même « traitement ». Tout comme pour Serge Lazarevic et Gilberto Rodriguez Leal, enlevés au Mali, respectivement depuis novembre 2011 et novembre 2012. Ils ne sont pas journalistes, les pauvres. Double peine ! De même pour Philippe Verdon, 53 ans, retrouvé en juillet 2013, au Mali, assassiné d’une balle dans la tête.

Je ne veux pas cracher dans cette soupe qui m’a nourri, et dont je me suis d’ailleurs régalé. Mais l’outrance de ces célébrations me font dire qu’elle cache trop de non-dits et d’enjeux qui n’ont rien à voir avec le spectacle exhibé. Ou bien si : ils ont à voir, par contraste, avec la réalité vraiment et autrement dramatique de l’état du monde. Avec les vrais héros de ce monde en souffrance extrême. Ces héros de la vie ordinaire, quotidienne ; ceux qui souffrent au jour le jour ; qui se lèvent dans la douleur, sans désir car cette société ne les regarde pas, ne les voit même pas ; car ils ne sont que données abstraites dans la macro-économie mondialisée. Tous ces héros non rendus assez visibles par tant de journalistes assis, ayant déserté les territoires de la grande misère ordinaire.

Si aucun journaliste n’a encore été pris en otage et gardé dans une cave obscure d’un quartier de France, c’est peut-être qu’aucun journaliste (ou presque) ne s’y rend, préférant, sans doute, de « vrais » territoires de guerre.

• Sur Wikipedia, la notice Otage

• Sur lemonde.fr : La fille de l’otage français retenu au Mali dénonce une inégalité de traitement

• sur Otages-du-monde : LES 3 FRANÇAIS OTAGES DANS LE MONDE (dont RODOLFO CAZARES, FRANCO-MEXICAIN AU MEXIQUE depuis le 9 juillet 2011LE PLUS ANCIEN OTAGE FRANCAIS)

• Pas si à côté du sujet — lemonde.fr : Faut-il libérer les orques en captivité ?


Pâques. Ça tourne pas rond

oeufs pâques planètes

© Solar Walk

« Pâque »vient du latin populaire *pascua»  (« nourriture », du verbe pascere « paître »), emprunté au grec πάσχα / páskha, lui-même emprunté à l’hébreu פסח Pessa’h « il passa [par-dessus] », d’où « passage », est le nom de la fête juive qui commémore la sortie d’Égypte. D’après les Évangiles, c’est pendant cette fête juive (qui dure 8 jours) qu’eut lieu la résurrection de Jésus ; c’est pourquoi le nom en a été repris pour désigner la fête chrétienne. [Wikipedia]

Tant qu’on en est à célébrer des sornettes, engrammées dans notre patrimoine culturel, revoyons notre système planétaire à la mode ovoïde. Et révisons les fondamentaux religieux avec un minimum de savoir rationnel remontant aux rites païens. Où l’on retrouve l’éternelle question de l’œuf ou du… lapin. La réponse appartient à chacun, à ses rêves, croyances, imaginaires, désirs… ou refoulements.

Cet «Happy Easter !» vient du monde anglo-saxon et de son folklore lié la déesse germanique Ostera (Easter pour les Anglo-saxons et Eastre pour les Scandinaves) dont le lapin, ou le lièvre,  était l’attribut symbolisant la fécondité. Mais de nombreuses coutumes datant de la plus haute Antiquité destinées à accueillir le retour du printemps se rattachèrent à la fête de Pâques. L’œuf est le symbole de la germination qui se produit au début du printemps.

Pas très catholique…

Pas très catholique…

La tradition d’offrir des œufs remonte à l’Antiquité. Les Égyptiens et les Romains offraient des œufs peints à la déesse mère (Vénus, Isis, Semiramis…). À l’époque pharaonique, on écrivait en couleurs des vœux sur les œufs, on les déposait le soir dans un panier qui, au matin était inondé par les bienfaits de Ra, le Soleil. Les premiers chrétiens coptes ont supprimé l’écriture des vœux et peint les œufs en rouge pour symboliser le sang du Christ. Cette tradition païenne s’est répandue dans toute la chrétienté jusqu’à nos jours (le commerce ayant quelque peu adapté les produits… > image impie ci-contre).

Comme pour Noël, la date de Pâques correspond à des événements astronomiques marquant les rites païens. La définition actuelle de la date de Pâques a été arrêtée en 325 lors du concile de Nicée. «Pâques est le dimanche qui suit le quatorzième jour de la Lune qui atteint cet âge au 21 mars ou immédiatement après». Le quatorzième jour de la Lune étant le jour de la pleine Lune et le 21 mars correspondant à la date de l’équinoxe de printemps, cette définition est souvent traduite de la manière suivante : Pâques est le premier dimanche qui suit la première pleine Lune de Printemps. Cette seconde définition est trompeuse car elle laisse entendre que la date de Pâques est le résultat d’un calcul astronomique basé sur la détermination de l’équinoxe de printemps et de la première pleine Lune suivant cet équinoxe. En réalité il n’en est rien, le calcul de la date de Pâques se fait à l’aide d’un calendrier perpétuel lunaire utilisant une Lune moyenne fictive (Lune ecclésiastique). Cette méthode de calcul porte le nom de comput ecclésiastique.  [ http://www.imcce.fr/promenade/pages4/440.html ]

Ainsi va le monde. «Et pourtant il tourne» – pas bien rond.


Elections et langue de bois. « Le message des Français a été entendu »

elections-baratin-politiqueAyant, ce dimanche, un peu succombé au charme télévisuel des soirées électorales, me voici sur France 2 en son concentré de niaiseries verbeuses. Une sorte de consommé, comme on dit dans les restos qui se la jouent en vous servant une vulgaire soupe, à l’occasion fraîchement sortie de sa boîte à conserve.

Ce n’est pas nouveau, certes, mais à chaque fois il semble que le progrès soit dans ce domaine en marche constante. À l’image du « Point Godwin », je me suis amusé à guetter le « Point Baratin Politique », ou Point BP – non pas une pompe à essence, plutôt une pompe à air, propice à générer du vide et à épuiser la démocratie.

Rappelons en passant la définition de la « Loi Godwin » : « Plus une discussion dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1. » Ainsi, dans un débat, un interlocuteur se discrédite quand il atteint le point Godwin, vérifiant ainsi la loi du même nom.

Donc ce Point BP a été très vite atteint, d’ailleurs à l’ouverture des micros, pour ce « debriefing » post électoral qui avait tout de la réunion de type managérial qui égaie tant le quotidien des patrons et autres cadres d’entreprises; par exemple, quand ils viennent d’emporter un appel d’offres ou, au contraire, de le perdre, et qu’il faut tirer des enseignements, régler des comptes, redéfinir des postes, mettre untel au placard, pousser tel autre au suicide, et toutes ces joyeusetés modernes de la sociabilité entrepreneuriale – beurk !

À l’origine, la « langue de bois » était la « langue de chêne », expression utilisée par les Russes, avant la révolution bolchevique, pour qualifier le style administratif dans la bureaucratie tsariste.

Et là, puisque la parole fut illico donnée à Ségolène Royale, c’est elle qui, sans barguigner, décrocha le pompon avec un glorieux : « Il faut mobiliser les énergies et libérer les forces créatrices ». Joli. Bien vite, la voici secourue par un Pierre Moscovici en grande forme (il vient de perdre sa mairie) : « Il est difficile de réformer un pays comme la France ». Forte pensée qu’il tenta de nuancer : Il fallait «prendre acte» de ce qui s’était passé et reconnaître «un déficit d’explication». « Faire sens » a  cru devoir renchérir Ségolène Royal. « En tant que responsable politique, nous ne pouvons pas ne pas tenir compte du résultat » a ensuite lâché Michel Sapin, impérial (après Royal, c’était bien le moins).

Puis vint Jean-Pierre Raffarin et ses fameuses raffarinades, ici en trois points dont il ne resta que deux mots-clés : « chômage » et « changement ». Le niveau montait. Pas tant qu’avec l’ineffable Henri Guaino, la « plume » de qui-l’on-sait, qui a tenté des envolées à base d’État, de Nation, de frontières, d’idées… Plouf. Heureusement, Marine Le Pen claironnait la fin du vieux monde UMPS, prophétisant la révolution frontiste. Tandis que Cécile Duflot, elle, revenait aux « fondamentaux » : « Moi, si j’étais un Français ou une Française, je ne sais pas si…» Rama Yade voyait quant à elle, l’occasion rêvée de relancer la marque UDI, moyennant un  «correctif en communication». Bruno Lemaire, enfin, avait la colère directoriale et Laurent Wauquiez, l’éloquence commerciale.

Pujadas et Delahousse se démenaient en gentils animateurs de réunion à l’usage des PDG de la politiquerie, ce vaste domaine mondialisé de la parole verbeuse auto-dévaluée et qui menace le monde de la pensée comme le CO2 le climat de la planète.

Mais que « les Français se rassurent », « leur message a été entendu ».

Lire aussi :

Tournée générale : Copé offre sa rasade de langue de bois


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

    • Twitter — Gazouiller

    • Énigme

      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

      Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

      tcherno2-2-300x211

      Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

    • montaigne

      Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

      La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

    • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
      Licence Creative Commons

    • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

      « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    • Catégories d’articles

    • Salut cousin !

      Je doute donc je suis - gp

    • Fréquentation de « C’est pour dire »

      • 0
      • 393
      • 174
      • 2 591
      • 13 892
      • 1 624
      • 3 776
    • Calendrier

      février 2018
      lunmarmerjeuvensamdim
      « Jan  
       1234
      567891011
      12131415161718
      19202122232425
      262728 
      Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
      iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress
      Translate »