par Ber­nard Nantet

© andré faber

L’exécution de Sad­dam Hus­sein m’amène à quelques réflexions : Si sa mort en tant que telle ne m’émeut guère, sa pen­dai­son pro­gram­mée nous replonge dans un type de ven­geance tri­bale et une pra­tique du lyn­chage qu’une autre atti­tude, à l’aube du nou­veau mil­lé­naire, aurait pu lais­ser moi­sir au rang des cou­tumes des temps bar­bares. Rele­vons en pas­sant les der­niers mots qu’aurait pro­non­cés le dic­ta­teur [Le Monde, 31-12-06], appa­rem­ment tou­ché par la Grâce : « Haïs­sez les diri­geants, pas les peuples ». Vraies ou pas, ces paroles ne man­que­ront pas d’alimenter le culte du martyre.

Par contraste, n’oublions pas que ce sont les État­su­niens qui ont dic­té à l’Irak leur consti­tu­tion, y pla­çant la peine de mort en bonne place. Or, c’était l’occasion ou jamais, de pro­mou­voir la « démo­cra­tie » dans ce pays en éta­blis­sant le prin­cipe « capi­tal » de l’humanisme, à savoir la sup­pres­sion de la peine « capi­tale » plu­tôt que d’attiser l’instinct de mort.

Tour­nons plu­tôt notre regard vers l’Afrique de Nel­son Man­de­la qui l’avait fait sup­pri­mer une dizaine d’années plus tôt en Afrique du Sud, ce qu pous­sa par la suite nombre des pays afri­cains - tels le Rwan­da - à l’abolir à leur tour.

Déci­dé­ment, l’Amérique tant van­tée pour sa démo­cra­tie a bien du mal à se haus­ser à la che­ville des Zulu, Xho­sa et autres Hottentots.

La peine de mort a encore de beaux jours devant elle. Et ce n’est pas Ban ki-Moon, le nou­veau secré­taire géné­ral de l’Onu, qui va reprendre à cet autre Afri­cain qu’est Kof­fi Annan le flam­beau de son abo­li­tion. Alors que ce der­nier avait affi­ché son oppo­si­tion à la peine capi­tale à plu­sieurs reprises durant ses deux man­dats suc­ces­sifs, Ban ki-Moon n’a-t-il pas décla­ré lors de sa pre­mière jour­née offi­cielle de tra­vail que « la peine capi­tale reste la déci­sion de cha­cun des pays membres » des Nations unies ? L’ONU, qui ne recon­nais­sait pas la peine capi­tale comme un châ­ti­ment légi­time va-t-elle désor­mais s’en laver les mains et lais­ser aux États la pos­si­bi­li­té de don­ner libre cours à leurs pul­sions de mort ?

Est-ce là la réforme tant pro­mise des Nations unies ?

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