TRICASTIN / ROMANS / SAINT-ALBAN : opacité dans la «transparence»

De « légères traces de contamination sans conséquence sur la santé » ont été constatées vendredi soir sur 15 salariés d’entreprises sous-traitantes ayant travaillé sur le site de la centrale nucléaire de Saint-Alban (Isère). L’annonce a été faite ce lundi 21 par EDF. Cet événement vient s’ajouter aux deux fuites d’uranium enregistrées sur des sites du groupe Areva, celui de FBFC à Romans-sur-Isère (Drôme) et Socatri au Tricastin (Vaucluse). à ceux qui ont affecté ces derniers jours les sites de Tricastin et de Romans. Le débat sur la sécurité nucléaire se trouve bel et bien relancé.

Que penser ? Que l’ « électricien » – cette fois il s’agit d’une des centrales d’Électricité de France – se dépêche lentement d’annoncer l’événement, sacrifiant à la religion de la sainte-Transparence. Il faut dire qu’il y avait le week-end entre la constatation des faits et leur annonce. Pourquoi ce délai ? Il n’aura pas été de trop pour accommoder la « com’ de crise », préparer un argumentaire média-compatible, limiter autant que possible l’effet « loi des séries » si chère aux journalistes. Bref minimiser l’affaire en « assumant », pour le peu que l’Autorité de sûreté nucléaire jouerait aussi le jeu. Ce qu’elle s’est empressée de faire en ne s’empressant pas d’invoquer, cette fois, la fameuse échelle Ines. « Surexposition, même minime, de 15 travailleurs »… ça va chercher quel échelon ? N’y pensons pas !

Dieu merci, ces manques de chance se produisent au beau milieu de l’été, en pleine insouciance estivale. Mais, sait-on jamais ?, le contexte vire à la crise rampante et les risques médiatiques ne sont pas négligeables. D’ailleurs ça jase beaucoup plus que prévu pour une banale « anomalie de niveau 1 »… Voyez ces blogs incontrôlables, et parfois fort crédibles et fréquentés…, comme « C’est pour dire » et ses plus de 8.000 visites en à peine deux jours (20 et 21 juillet)…

La question posée par ce nouvel événement est explicitement celle des « travailleurs extérieurs », salariés d’entreprises sous-traitantes chargés des opérations les plus dangereuses – la preuve – pour lesquelles EDF a choisi depuis longtemps de ne plus exposer ses propres salariés. Trop risqué et emmerdant, rapport aux syndicats et autres CHSCT (Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), sans parler des médecins du travail, cependant salariés d’EDF.

Donc, ces quinze mercenaires « intervenaient sur un chantier de maintenance, dans le cadre de la visite décennale en cours sur l’unité de production N°2 » (communiqué d’EDF). Ils travaillaient en zone nucléaire, là où l’on ne reste que quelques minutes, voire quelques secondes, le temps de serrer ou desserrer un boulon et de « prendre sa dose » annuelle. Mais, quand on a besoin de croûter et faire croûter les siens, on sera tenter de tricher avec les dosimètres. Et puis, le patron ne sera pas trop regardant non plus sur la fréquence d’intervention de ses salariés en zone dangereuse. Qui les contrôle, d’ailleurs ? – si contrôle il y a…

Des faits comme ceux de Saint-Alban/Saint-Maurice sont plutôt courants, sans faire le plus souvent l’objet de communication délibérée ou sans paraître dans les médias. Cette fois, à cause du “climat”, EDF a dû parer à toute éventualité. L’électricien conclut l’affaire ainsi : « Les intervenants ont été orientés vers le service médical du site afin de procéder à des contrôles complémentaires. Les résultats de ces contrôles montrent des traces de contamination internes toutes inférieures au centième de la limite réglementaire. Au vu de ces résultats, le service médical n’a prescrit aucun suivi particulier, les personnes ont donc regagné normalement leur domicile à l’issue de leur journée de travail ».[…] « Une analyse technique approfondie est en cours pour identifier la cause de cette légère contamination ».

Ce soir sur France Inter (Le Téléphone sonne), Jacques Repussard, directeur général de l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), dépendant des ministres de la Défense, de l’Environnement, de l’Industrie, de la Recherche et de la Santé, a déclaré que l’usine Socatri, filiale d’Areva où s’est produit la fuite d’uranium, n’employait pas de sous-traitants. Information démentie hier ici-même par le témoignage de « Florent » : « Je travaille pour l’entreprise sous-traitante de l’entreprise qui à décroché le projet de supervision responsable de la fuite à SOCATRI. Si vous m’avez suivi on est les sous-traitants des sous-traitants. » (Voir dans les commentaires à l’article « TRICASTIN. Rappel aux fondamentaux et au bon usage de l’échelle Ines »).

On ne peut pas tout connaître du Labyrinthe nucléaire. La transparence réerve bien des zones d’opacité.

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