Déjà inter­pel­lée trois fois en mai der­nier, la pho­to­graphe María Néli­da López Báez, a été arrê­tée le 16 juin par la Sécu­ri­té cubaine. Le Cen­tro de Infor­ma­ción Hable­mos Press (CIH-PRESS, col­lec­tif de jour­na­listes de La Havane), pour lequel elle tra­vaillait se trouve dans l’ignorance du lieu et des condi­tions de sa détention.

A sept heures du matin le 16 juin (heure locale), selon le CIH-PRESS, le fils de María Néli­da López Báez a reçu la visite d’une femme qui lui a remis un por­te­feuille et quelques objets appar­te­nant à sa mère. La visi­teuse lui a confié que la pho­to­graphe venait d’être arrê­tée par la Sécu­ri­té de l’État alors qu’elle se ren­dait dans les locaux du CIH-PRESS. Le lieu de déten­tion n’est pas connu. La jour­na­liste est sous le coup d’une pro­cé­dure pour « dan­ge­ro­si­té sociale pré­dé­lic­tueuse ».

Cette dis­po­si­tion aber­rante, exor­bi­tante du droit le plus élé­men­taire, est une inven­tion cubaine très uti­li­sée contre les dis­si­dents. En consa­crant le délit d’intention, cette pro­cé­dure per­met de condam­ner un indi­vi­du même s’il n’a com­mis aucun délit, au nom de la « menace poten­tielle » qu’il repré­sen­te­rait pour la socié­té ! Trois jour­na­listes ont été condam­nés depuis 2006 pour ce motif à des peines allant de trois à quatre ans de pri­son : Oscar Sán­chez Madán, cor­res­pon­dant du site Cuba­net, Ramón Veláz­quez Toran­so, de l’agence Liber­tad, et Ray­mun­do Per­digón Bri­to, de l’agence Yaya­bo Press.

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San­tia­go de Cuba, 2008 © g.ponthieu

À Cuba, estime Repor­ters sans fron­tières, « l’heure est à nou­veau à la répres­sion et à la cen­sure contre les dis­si­dents et les jour­na­listes. On com­prend mieux, dans ce contexte, pour­quoi le régime traite par le mépris la réin­té­gra­tion de Cuba à l’Organisation des États amé­ri­cains (OEA), récem­ment obte­nue grâce aux efforts des autres pays d’Amérique latine. Ce pro­ces­sus impli­que­rait le res­pect des liber­tés fon­da­men­tales, une pers­pec­tive visi­ble­ment into­lé­rable pour la der­nière dic­ta­ture du conti­nent. La déten­tion et la pos­sible condam­na­tion de María Néli­da López Báez le démontrent. La com­mu­nau­té inter­na­tio­nale doit se mobi­li­ser pour la libé­ra­tion des pri­son­niers poli­tiques cubains ».

Par­mi les dix-neuf condam­nés lors du « Prin­temps noir » de mars 2003 figure un autre pho­to­graphe, Omar Rodrí­guez Saludes, de Nue­va Pren­sa, qui a éco­pé de la peine la plus lourde: vingt-sept ans de prison.

Le CIH-PRESS a éga­le­ment fait savoir que son jeune cor­res­pon­dant à Guan­ta­na­mo, Enyor Díaz Allen, a été condam­né à un an de pri­son pour « outrage ». Il est empri­son­né depuis le 3 mai, date de la Jour­née inter­na­tio­nale… de la liber­té de la presse.

Cuba compte actuel­le­ment 24 jour­na­listes empri­son­nés, dont le cor­res­pon­dant de Repor­ters sans fron­tières, Ricar­do Gonzá­lez Alfon­so, fon­da­teur de la revue De Cuba et lau­réat du Prix 2008 de l’organisation, condam­né en mars 2003 à vingt ans de prison.

Sources : Repor­ters sans fron­tières et Échange inter­na­tio­nal de la liber­té d’expression (IFEX, Toronto).

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