Pour saluer Gabriel Garcia Marquez

Gabriel Garcia Marquez,
Gabriel Garcia Marquez, Ph. Jose Lara, 2002

Gabriel Garcia Marquez est mort hier à Mexico, à 87 ans. Un monument. Tous ces morts, on en parle plus que des vivants. N’ont-ils pas « fait leurs preuves », le cuir tanné à la vie, le « bilan » derrière eux ? 

Hier soir, donc, le JT de France 3, via sa correspondante à Mexico, le présentait comme un écrivain mexicain… Tout juste s’il avait été signalé comme Colombien. Qu’importe, c’était un latino, le plus universel des hispaniques, disons après Cervantes et en étant quelque peu injuste pour les autres : de Juan Rulfo à Mario Vargas Llosa, en passant par Jorge Luis Borges, Julio Cortazar et Carlos Fuentes. Et aussi le Cubain Alejo Carpentier et les très contemporains José Lezama Lima, Reinaldo Arenas, Pedro Juan Gutierrez.

Je parle des Cubains, ceux de Cuba, que Marques aura trahis par son inféodation totale à Fidel Castro et à son régime abominable. De retour de là-bas, en 2008 je lui dédiais en quelque sorte mon reportage :  “[…] J’y suis retourné [à Cuba], prenant au mot l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez. Celui-ci (et quel écrivain, bon sang !, mais moindre journaliste) s’étant vu attaqué sur son attitude pro-castriste a fini par répliquer : “Et puis zut, ne me croyez pas sur parole. Allez voir sur place !” Donc j’y suis allé, pour voir “de mes yeux vu” » [Reportage paru dans Politis, téléchargeable ici.]

Chacun ses « fidelités », à la hauteur de ses contradictions. Le lot de ces humains dont il était, ô combien. On ne pourrait sans cela avoir écrit de tels chefs d’œuvre, dont le Cent ans de solitude, qui tient de l’Odyssée, version latino-américaine, dans le délire, la luxuriance, l’excès et l’entière humanité, comme disait Montaigne.

Ces quelques lignes un peu trop à la va-vite, pour saluer l’homme et aussi le journaliste, grand ami du reporter polonais Ryszard Kapuscinski avec qui il avait fondé à Bogota cette école pour un journalisme « autre », en fait à fort penchant littéraire et, sur ce plan contestable.

De « Gabo », son surnom familier, et de son chef d’œuvre, je retiens deux passages à mes yeux essentiels – et sur deux registres bien typés :

• « […Le savoir est peine perdue s’il n’est possible de s’en servir pour inventer une nouvelle manière d’accommoder les pois chiches. » (p. 408, Le Seuil).

• « […] que le secret d’une bonne vieillesse n’était rien d’autre que la conclusion d’un pacte honorable avec la solitude. » (p.213)

Lire aussi, entre autres :
Mort de Gabriel Garcia Marquez, légende de la littérature (Le Monde)
Gabriel García Márquez (Wikipedia)
Ryszard Kapuscinski. Engagé comme un journaliste (C’est pour dire)

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Ensemble, reprenons en cœur, cent ans de solitude à raccommoder les pois chiches.
Néanmoins, respects à tous.

J’aime, des pois chiches, ce défit au savoir…

Emmanuelle Topart

Cent ans de solitude fut un grand moment pour moi!! L’amour au temps du choléra est également un bonheur à lire

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